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DEP

Al)])as II, slial) de Perse, punit deux de ses courtisans, qui lui avaient fait un mensonge, en faisant arracher deux dents à l'un, et les faisant planter dans la tête de l'autre.

— Outil de dentiste : baume d'acier.

— Montrer les dents : menacer.

...Il taisait le maître Parmi les autres prétendants.

Qui n'osaient lui montrer les dents.

'ScARRO.N, Virgile Iravesti.)

— Savant jusqu'aux dents :

N'étant pas de ces rats, qui les livres rongeants. Se tont savants jusques aux dents.

(La FoNTAiNF, VUI. 9.)

Départ, du vieux verlje départi?- (jmrtiri, partager). On dit encore : se départir de quelque chose.

ClKiniKiiitc r,;il.riclle.

Vvvvr ilr lllilk (l;inls.

OiKiiid kl giuii'i' ni'appelle Sous les drapeaux de Mars, Cruelle départie !

Mallieureux jour !

Que ne suis-je sans vie Ou sans amour !

(HKNnt IV.)

Dépêcher, latin dhpedkare, débarrasser les pieds : comme empêcher, de wipedlcare, prendre par les pieds.

— Se dépêclier, synonyme d'expédier, signifie donc au [)ropre se dégager les pieds.

Rabelais (Y, 1), fait dii-e à Pantagruel: « Et si jeusner faut, expédient aultre n'y est. fors nous eu despescber comme d'ung mauvais chemin. »

Dépenser, dou])let de dispenser : latin dispensare. Ancien français dépendre, qui est le provençal despendré. L'origine est piendere, peser.

Les anciens, avant l'usage de la monnaie, payaient avec de petits lingots de métal, qui avaient un poids déterminé.

— Mots correspondants : dispenser, dispendieux, dépendre, dépens.

— Dépenser plus qu'un évéque ne bénirait.

Conterere quœslum Hercuiis.

(Pi.ArrK.)

(Dissiper ce qu'Hercule pourrait gagner.)

DER 35o

Il y a i)his de moyens de dépenser que d'acquérir.

Qui plus que u'a vaillant despend.

File la corde à quoy se pend.

Je n'aime pas l'argent, j'aime la dépense. (G. Sand.) Il y a des gens riches, mais indilïérents, qui passent pour avares, parce qu'ils n'aiment ni l'argent ni la dépense.

— Les oliligations ^varrants des Magasins réunis (vers I8G5), qui avaient pour but de reconstituer le capital par l'acciniiulation des intérêts, ont été appelés « l'épargne par la dépense ».

Dépit, du latin despectum, de despicio, mépriser. En dépit de, malgré ; littéralement en mépris de.

Tes écrits, ii est vrai, sans art et languissants, SemJjlent être formés en dépit du bon sens.

(BoiLE.u;.)

— Faire des vers, rimer en dépit d'Apollon, de Minerve : Invifa M inerra. (Voy. rimer.)

Déplaire, de dis et placere.

Il dé4^ilait à Dieu et au diable.

DispUcuit nasus.

(.IL-VKN.U..)

(Votre nez me déplait.)

Cœlo gravis ac terris. Déplaisant aux Dieux et aux bommes. Ils aiment à piipier, se plaisent à déplaire.

(F..ORIAN.)

Déportation, condamnés à la déportation.

Synonymes : (lonvicts, sinistres voyageurs.

Dépouiller, du latin dispoliare.

Déshabiller, en latin rustique ; mais dépouiller, dans le latin littéraire, celui de Rome. Ce qui prêta ce jeu de mots à Plante {Casina. v. 662) :

17/' le (•c.sti((l, lu rirniii dcspolics.

A ton mari de te vêtir, à toi de le dé])ouiller. (C'est un esclave qui donne des conseils à une jeune mariée.)

Dérailler, néologisme anglais.

Est bien loin de railler, qu'il rappelle par son ortliograpbe.

Dérayer serait plus dans l'esprit de la langue : mais il est formé sur rail, et non sur raie. Hais vaudrait mieux que rail; mais raie vaudrait mieux que rais.

3o6 DER

Déraycr serait naturellement l'opposé A'enrayer.

— Rabelais (I, 27) dit : « Chacun estoyt desrayé » , et aussi (Ilï, 3) : « En ce monde desrayé », c'est-à-dire sorti de la raie sur laquelle il devrait être placé.

Il valait donc mieux garder déraijer que d'adopter déradier, qui n'a rien de français.

Déraisonner, de de et latin rallonem.

Synonymes : avoir une araignée dans le plafond ; une écrevisse dans la tourte ; — les Anglais disent : une abeille dans le bonnet — ; ])attre la breloque ; battre la campagne.

Dernier, en latin barbare deretronarius.

Avoir le dernier :

Dans les discussions qu'il (Duclos) engageait, il était accoutumé à avoir, comme on dit, le dernier ; on le savait emporté, on le craignait, et on faisait place devant lui. (Sainte-Beuve.)

Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers. {Evangile.)

D'où la locution : Aux derniers les bons.

Dérober, de dé etrober: anciennement voler.

Robe a signifié ce qui approvisionne, et vêtement.

En provençal raubar, voler, comme le font les gens de robe, parce qu'il est en etïet, très facile de cacher ce qu'on vole, sous une robe ou sous un froc (?).

Derrière, en provençal dernier, anciennement der renier dérivé de d erra in, de retranus.

— Synonymes : Le bas du dos.

Le bienséant, ou le séant : ce sur quoi on s'assied.

Cadet :

Sur un banc elle se met :

Cest trop haut pour son cadet.

(Vadé.)

Face du Grand Turc: visage sans nez, c'est-à-dire nez de turqi^et,

sorte de petit chien camus.

Lq juste milieu.

La lune: La lune de Landerneau ; le cadran solaire.

Est-ce un apotliicaire Qui vient poser l'aiguille à mon cadran solaire ?

(Parodie de Zaïre.)

Le moutardier : liaril à la moutarde.

Ne plante pas la Ijalleharde Dans mon réservoir à moutarde...

( Vir/jile Iracesli.)

Postérieur.

Proye, prose, pour proue de vaisseau (en aruot).

Filer de proye : aller à la selle, parce que les latrines, à bord des navires, sont placées à la proue, que les Provençaux appellent /)/'oy^. [irai.

De là, les marins ont dit : Hier le càlile de proi : et faire des cordes, pour : aller à la selle.

Dans \ Assemblée des Femmes, comédie d'Aristoi)l)ane, un acteur dit : « Tu fais donc de la corde? »

Prussien. Allusion à la dysenterie qui décima les Prussiens pendant l'invasion de 1792. (L. Larcber.)

11 existe un petit volume intitulé Je Guide du Prussien, ou Manuel de l'artilleur sournois, à l'usage des personnes constipées... (Paris. Ponthieu, 1825.)

Quelque part, signilie le derrière, dans la locution : «. Je \ ais te donner un coup de pied quelque part. >

On dit aussi : aller cjuelque part, pour « aux latrines » .

Saint-Jean-le-Rond. Jadis le peuple appelait ainsi le derrière, du nom d'une église de Paris.

Et fait à l'ennemi l'affront •

De lui montrer Saint-Jean-le-Rond, Id est son gros vilain derrière.

{Hoivind'' travestie, cha\y.\\\\.)

Ver on. (Yoy. vesse. cul, fesses.)

Derrière postiche (des femmes): crinoline, cul (xviie siècle), paniers, polisson, tournure, vertugadin.

Dès, préposition, représente les prépositions latines de et ex. En provençal adès.

Désemparer, de e//i/)arer. lui-même formé de parer, parure en latin.

Rabelais se sert du mot désemparer, dans le sens i)ropre de détruire, démolir les murs, les remparts ; et aussi pour séparer, quitter.

Nous ne remployons plus qu'au parlici|)c. ou a\ec VA pré])Osition sans.

3o8 DES

Désert, du latin desertuin, nhandonné. (Voy. Théba'fde.)

Colomb n"a jamais découvert Lieu plus sauvage et plus désert.

(ROIS-IIOBEUT.)

Désespoir, veii)al de désespéreî^ (de spercwe).

Au xye sièclp, ou se servait de désespérance, qui n'avait pas tout à l'ait le même sens, et qui a été malheureusement retranché de la langue.

Plains de doleur et de désespérance.

Œ. Dkschamps.)

C'est quand on n'a plus rien à espérer, qu'il ne faut désespérer de rien. (Sénèque.)

Desgrieux, amant de creur d'une femme galante.

Du roman de l'ahlté Prévost d'Exilés, où le chevalier Desgrieux joue un double n'ile... d'Alphonse et d'escroc.

De là vient la flétrissure attachée à ce nom.

L'espèce des Desgrieux ne périra pas plus que celle des Manons. (Voy. maquereau.)

Déshabiller, de dés et liahiller (de liahituui). Il ne faut jamais se désliahiller avant de se coucher ; c'est-à-dire faire de son vivant l'abandon de ses biens.

— L'avidité et l'ingratitude ont toujours caractérisé les héritiers. Les anciens leur ont donné le nom de vautours, parce qu'ils

s'abattent sur les successions, conmie des oiseaux voraces sur des cadavres.

Désinvolture, de ritalicn desinrolin. uou enveloppé.

TouiMiure pleine de laisser-aller.

Désir, verbal de désirer, desiderare.

Le désir est un mouvement spontané de l'ànie, qui aspire à la possession d'un hien.

Passion qui nous porte à vouloir une chose ai)sente, à laquelle nous attachons une idée de plaisir.

— L'Académie écrit ce mot avec un accent aigu. Dé accentué au commencement d'un mot, a une valeur privative ouexjjlétive comme dans décoller, découdre, détruire Si l'on écrit désir, le mot se confond avec le vieux verbe désiricr [ira), cesser d'être irrité.

Désir est aussi incorrect que serait devise.

— Le désir s'éteint dans la possession, mais...

...I^e désir s'accroit quand Teffel se l'ccule.

{Coi;>Eii.i.ii, l'o/iJCUctC, 1, i-j

DES :îo9

Le désir est plus vif que la jouissance, parce que la jouissance est suivie du dégoût ; il faut donc être prompt à désirer, lent à jouir.

Qui se {M souhnitrr, <.i> l'ait ai illi'f toujours.

(DhSTOI'CHKS.)

Les désirs naissent des passions, les souhaits de la raison. Ceuxci sont plus vagues, ceux-là plus ardents.

Qui burne ses (t'siis est toiijinu's assez riclie.

(Voi-TAlltE.)

Moins on sème de désirs, plus on récolte de bonheur. (Saniel.)

Scinper inops quicuuijitc cupil.

(HoliACK.)

(Quiconque désire, est pauvre.)

Le meilleur moyen de devenir riche, c'est d'être pauvre de désirs. (Gléanthe.)

C'est posséder d'immenses richesses, que d'être pauvre en désirs. Qu'importe que vous n'ayez rien, si vous n'avez aucun désir? (Charron, de la Sagesse, II, 6.)

On passe sa vie à désirer ce qu'on n'a pas, et à regretter ce qu'on n'a plus. (Scudéry.)

On ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas.

(Voi.TAiriK.)

C'est la pensée latine : fgnoti nitlla capido.

Déjucher (au) : au matin, lorsque la volaille descend de la perche où elle était juchée la nuit. (Rabelais, III, 2.)

Cliantons Noi^l tant au soir qu'au desjuc(].

(C. M.VBor.)

Désolation, de désoler (désola re. de solum, sol) ; littéralement dépopulation du sol.

Ou du vieux mot soûlas, de solalium l^?).

Désopilant, de dès et oppllare. obstruer. Se dit des remèdes qui détruisent les obstructions de la rate et du foie.

On dit plus souvent apérilifs.

(L'étymologieyj?^/^. porte, ne rend pas compte de l'o).

Désordre, de dés et ordre : latin ordinem.

Ciiez elle (Iode), un beau désordre est un effet de l'art.

(BoiLKAl.)

Le désordre précède toujours l'harmonie. On ne réunit que des choses séparées.

Désorienter, de dé.^ et orienler: du lalin orlenlem.

Ce terme de marine remonte à l'époqne antérieure à la boussole. Son acception actuelle n'est plus celle de route perdue, mais celle de désordre dans l'établissement de la voilure, rpi'on oriente selon le vent, et qui peut l'aire dévier le navire.

Au fiouré : troubler, déconcerter.

— Synonymes : Perdre la boussole, la carte, la tête, la tramontane.

— François Barrière a employé cette- expression au propre, en disant que la princesse Beljiojoso, dans un voyage en Orient (1858). ayant pénétré dans l'intérieur des liarems, et décrit d'après nature et sans les llatter, les scènes de la vie privée, avait désorienté le lecteur, accoutumé à un Orient de convention.

Désormais, adverbe composé A^dès. ores, mais : comme dorénavant, pour d'ores en avant.

Ores, qui se retrouve dans «/o?*.s;. vient de /lora avec iad\erbial: tnais vient Ae?nagis.

C'est donc : de maintenant plus loin; à partir de maintenant.

Despotisme, du grec despotes, maître, tyran.

Pouvoir absolu.

Despote ne se prend qu'en mauvaise part.

— Le despotisme est l'abus du pouvoir souverain, exercé par un roi, un peuple, une assemblée politique.

Le despotisme substitue le droit de la force à la force du droit.

Montesquieu prend pour emblème du despotisme les sauvages de la Louisiane, qui coupent larbre au pied pour en avoir les fruits.

Le général Faidlierbe raconte (186G), dans un article sur le Sénégal, que le roi de Cayor, en 1640, défendit à ses sujets de saler leurs aliments parce qu'il n'était pas convenable que de simples sujets se servissent d'un condiment dont le roi faisait usage.

— Quand on peut tout ce que l'on veut, il n'est pas aisé de ne \ouloir que ce que l'on doit. (Louis XIY.)

Caligula disait à ses amis et à ses maîtresses : « Si je voulais, cette Ijelle tète tomberait à l'instant. »

On ne devrait rassemlder les bommes qu'à l'église ou sous les armes, parce que, là, ils ne délibèrent ])as : ils écoutent et obéissent. (De Bonald.)

Dessin, même mot que dessein, latin de siynare. Avoir le dessein de faire une cliose, signilie proprement se faire un plan, un dessin.

Le dessin est la lan.mie universelle.

Désigner une chose, c'a été aussi la dessiner. Enseignes, insùjnes, ont la même origine.

— Le dessin est la langue de l'industrie ; il nous aide à saisir, au moyen de quelques signes, des choses que plusieurs pages écrites ne nous feraient pas aussi l)ien comprendre. On devrait même enseigner le dessin proprement dit, avant cet autre dessin qu'on nomme Yécriture.

Avant de songer à faire des lettres, les enfants ne s'essaient-ils pas à faire des bonshommes ? Ce heau zèle, instinctif et inné chez quelques-uns, s'éteint faute d'aliment et de direction, au grand détriment de ceux qui en sont doués.

Gœthe disait : « Nous écrivons trop, nous ne dessinons pas assez. ■< Il avait raison, car trois lignes ajustées hout à hout, nous donneront mieux l'idée d'un triangle, que ne feraient les descriptions les plus minutieuses.

Le mérite du dessin est de parler aux yeux, là où la langue est insuffisante. C'est pour cela qu'on a appelé les peintres « des poêles muets ».

Le dessin vulgarisé serait un merveilleux outil au service de l'inteUigence.

Le dessin a le privilège de saisir à la fois l'esprit et les yeux : il nous donne le fait, l'homme tout entier, tandis que la plume de l'écrivain n'otTre que des tableaux inanimés.

— C'est à Corinthé, s'il faut en croire la tradition, que prit naissance l'art du dessin. Un amant, en suivant les contours de l'ombre projetée sur la muraille, reproduisit l'image de sa maîtresse.

— Le dessin est l'ombre du relief. (Benv. Cellini.)

Le dessin est le sexe masculin de l'art, la couleur en est le sexe féminin. (Ch. Blanc.)

Il y a la même distance entre le dessin et la couleui-, qu'entre le sentiment et la sensation, l'idéal et la matière.

Dessous, du latin (fe suljfus.

Tombé dans le troisième dessous : complètement déchu.

A l'Opéra, on appelle « troisième dessous » la dernière ca\e pratiquée sous les planches, pour recevoir les trucs et les machines.

On dit, au figuré, d'une pièce sifflée, dont la chute est irrémédiable, qu' « elle est tombée dans le troisième dessous », c'est-à-dire aussi bas que possible.

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