DOM
— Toucher du doigt, mettre le doigt dessus : deviner.
Beiii (icH Ictùjisli.
(Pl.ALTE.)
— Se mettre le doigt dans l'œil : s'aveugler, se faire des illusions ; voir mal une chose, comme si l'on s'ohstruait l'œil avec le doigt.
On dit aussi ; être de la société du doigt sur l'ieil. C'est le nom qui conviendrait à certains partis, aveuglés par l'amliition ou le fanatisme.
— Un doigt de vin : l'épaisseur d'un travers de doigt.
— Le doigt,, ancienne mesure romaine, avait 18 millimètres. Il valait quatre grains, était le quart de la palme; le seizième du pied. (Jomard et Ganina.)
Toutes ces mesures étaient prises du corps humain.
— Ça, page, donne-moi à hoire : mais ne fais pas comme le laquais de Rochepaille, qui, voulant donner un doigt de vin à son maître, en versa un verre, mit le doigt dedans pour le mesurer, et, trouvant qu'il y en avait trop, le but ; mais, après qu'il remesura, il y en a\ait trop peu : à la fin, il n'y avait plus guère de vin dans la bouteille : le laquais emplit sa bouche, et fdait dans le verre tant que le vin monta jusqu'au doigt, d'autant que son maître n'en voulait c|u'un doigt. (Mot/en de païv^enir, ch. 11.)
Dol; du latin dolus, ruse.
Vieux mot de jurisprudence : i-use dont on se sert pour tromper.
Dolent, du latin do/entem, qui s'afllige.
On disait autrefois : se dealer, pour s'aflliger {?).
De là aussi : douleurs, doléances, deuil.
Par cet escrit vostré ami vous saluo
Bien loin de vou.s, et grandement se deult.
Que saluer de plus près ne se peut.
— Doleance signifie plainte, et a vieilli.
Condoléance s\gmi\(i la part qu'on prend à la douleur de quelqu'un.
Dom, pour domininn.
Titre qu'on donnait spécialement à l'aljbé, dans une maison religieuse.
Appliqué aux saints, il est entré dans la formation des noms de lieux : Domrémy, Domfront.
C'est aus.si, dans certains oi'dres religieux, le titre d'houneur qui remplace Père.
Il se change en dfun ou thnnj) diins Dîunpiei'iv. I);iiiiiiiii;ii-tiii tjii Dammartin. (Yoy. dame.)
En Espagne, dom devient don : don .liuin. don Qiiicliottp. (Yoy. dame.)
Domestique, de domesticn.^;. de doma.^. maison.
Ce mot, qui a pris un sens Inimiliant, et qu'un décret de Robespierre avait rayé du diction uaire, pour le remplacer par officieux, signifie « homme de la maison ». Il n'est pas plus humihant aujourd'hui qu'autrefois: si le domestique travaille pour le maitre, celui-ci travaille pour lui payer ses gages.
Domestique, comme valet (voy.). était autrefois un terme honorable ; mais le sens en a changé avec les mœurs. Il reste toutefois comme le témoin d'usages disparus.
Duclos a écrit des Considéî^ation.s sur les iMœurs, en prenant pour base l'étude des mots transformés par l'usage.
Le travail n'a été qu'ébauché par lui, mais l'idée est féconde, et une histoire morale de la langue est encore à faire.
— On a autant d'ennemis que de domestiques.
Quot seri-i. tôt hostes. (Sénèque.) Ici c'étaient des esclaves. Rarement lui valet ili^du bien de son maitre.
(C. D'HAru.F.vii.r.E.)
Aux vertus qu'on exige dans un domestique. Votre Excellence connait-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d'être valets ? (Beaumarchais, Barbier, I, 2.)
Un domestique dévoué est un ami d'une espèce unique, à qui vous ne vous donnez pas la peine de plaire ; qui vous délasse de la fatigue d'avoir plu aux autres ; qui n'est, pour ainsi dire, personne pour vous, quoiqu'il n'y ait personne qui vous soit plus nécessaire. (Mari- ^au\, Histoire de Marianne, première partie.)
Don, du latin donuiu. (Yoy. dam, dom.)
Donc, conjonction,, vieux français «f/o/<c: latin adtunc.
Dondon, femme très grasse.
Cependant la reine Didon Perdait sa face de dondon.
(SiAïuioN, Virgile trarcs/i.)
Peut-être vient-il de dondaine, ancien instrument fait comme une cornemuse, et qui s'apphque encore au refrain de certaines chansons populaires :
Lafaridiiiidaine, Lafaridundun.
Ils s"on repentiront dundaine; ils s'en repentiront dondon.
(HMiti.Ms, V, (').) Voy. La/'ari(lon(/f(ii)c.
Donjon, du latin domnioiiem, qui domine. Ou de (lomi (?) Juncla (joinle à un édilice). parce que donjon s'écrivait jadis domjonct {i).
C'était une maîtresse tour, attenante à un édilice.
Donner, du latin donare, avec redoublement de \n.
Le français n'a conservé le radical de dare, que dans date, dalif.
Donner tard, c'est refuser.
Graiiii quœ larda est, infjrala ent i)ratia.
(ACSONE.)
Sénèque dit: Bis dai. qui clto dat. Qui donné vite, donne deux fois; et P. Syrus : Bis dat, qui celeriter. La promptitude doui)le le bienfait.
Donner l'aimiône n'appauvrit pas.
Quand tu manges, donne à manger aux cbiens, dussent-ils te mordre. (Zoroastre.)
Si tu es ricbe, donne de ton l)ien ; si tu es pauvre, donne de ton ctcur. (Abd-el-Kadcr.)
— On demandait au prédicateur iiarelette comment on allait au Paradis. Il- répondit : Vos quœrllis a me, fralrcs carisshnl, quomodo itur ad paradisum. Hoc dicunt vobis campanœ vionasterii : dando, dando, dando. Tous me demandez, mes très chers frères, comment on va au Paradis. Les clocbes du couvent vous le disent: dando (en donnant).
— D'Alembert disait de l'abbé de Saint-Pierre que sa vie pouvait se résumer en ces mots : donner et pardonner.
— Lord Albermalc, voyant un soir M"*^ Gaucber, sa maîtresse, occupée à regarder une étoile, s'écria : «Ne la regai'dez pas tant, ma cbère : je ne pourrais pas vous la donner. »
Le marquis de Yalbelle envoya à M"^' Clairon, ce quatrain sur la même idée :
La nuit, quand, sous un ciel sans voile. L'heure d'amour vient à sonner, Xe regarde pas cette étoile.
Car je ne puis te la donner.
Villon dit de sa maîtresse :
...Tant lui fus gracieux Que, s'elle eust dict : donne-moy de la lune, J'eusse entreprins de monter jusqu'aux cieux.
{\(^\.P roi rire la lune )
— I.;i plus belle llUe du monde ne peut donner que ce qu'elle a. I.;i morale de re proverbe, c'est qu'on ne peut donner ce qu'on n'a pas. Gela doit s'entendre seulement des clioses matérielles. Une fille donne de l'amour quand elle n'en ressent pas elle-même ; un médecin malade peut donner la santé qu'il n'a pas ; un liomme riclie et malheureux peut donner aux indigents le bonheur qui lui manque.
— Qui donne aux pauvres prête à Dieu :
Oui (lu sien lioniic, Diou lui recloiine.
(xv"« Siixr.E.)
Ce vieux proverbe semble assimiler l'aumône à une opération usuraire. Il y a des braves gens, qui, pour quelques gros sous jetés dans la sébille d'un malheureux, se croient en compte-courant au Paradis.
— Qui demande pour Dieu, demande pour deux.
— Les proverl)es suivants indiquent assez que la charité n'est pas toujours désintéressée :
Do ut des. Donnant, donnant.
Donner un œuf poui- avoir un bœuf. (Rabelais.) Les Latins disaient : Pileum donat, ut pallium ncclplat. Il donne un bonnet pour avoir un manteau.
Les Provençaux disent : « Donner une sardine pour avoir un Ihon. »
NV faites, s'il se peut, jaaiais invsent nid. m. Si ce n'est d'un cliaiiot [lour avoir un gardon.
llU:.,Mi;i., Sut. XIII.)
Les Arabes disent : « Qui apporte, emporte. » Quand le pauvre donne, il demande. (Euripide.)
— Chose donnée doit être louée.
A cheval donné on ne regarde pas la bride. A cheval donné ne doit-on les dents regarder. Vinaigre donné vaut mieux que vin acheté.
— Je donnerais dix ans de ma vie... D'une manière burlesque, on dit : ...de la vie de mou portier.
C'est ainsi qu'une bonne paysanne, ayant vu passer le roi, s'écria dans l'ivresse de la joie, en modifiant les paroles de Siméon : « A présent, il peut mourir; je l'ai vu! »
Toi donne à pleines mains, qui n'oblige personne: La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
(CORNKU.I.IC.)
— 11 y a des oens qui donnent d'an air de refus. (Christine de Suède.) ^
Il donne à manger avec la cuillère, et crève les yeux avec le manclie. (Proverbe russe.)
Donner un petit rien tout neuf. (Voy. rien )
Il donne la troisième moitié d'une pomme...
Dont, anciennement dond : du latin de unde. d'où.
Actuellement, ce mot est pronom: il a été lonptemps adverbe de lieu, conformément à son étymolo.oie.
Voltaire sest reporté à l'ancien usage, quand il a dit dans Zadifj : « Arrivé sur le haut d'une colline dont ou voyait Bal)ylone. » L'usage actuel est d'où.
Mon amy, dond viens-tu? dit Pantagruel à l'escolier Lymosin.
Dorénavant, adverjje. pour d'ores en acant. (Voy. désormais.)
Depuis cette iieure-là eii avant... (Reine de Navarre, Nouvelle 18.)
Dorloter, traiter délicatement; du vieux moi dorelot, mignon.
Eu celtique dorlota, mignarder, caresser avec la main, comme ou fait aux petits enfants.
Dormir, latin dormire.
Synonymes : Être dans les ])ras de Morphée (expression digne des Précieuses): fermer les yeux à double tour: l'éciter la prière de saint Lâche ; regarder eu dedans.
Dormir comme un loir, une souche, un sabot, une marmotte.
— Quod salis est dormi. (Caton.) Ne dors que le nécessaire.
Sept lioiu'cs (je sommeil, eu tout temps, à loiil à.ae, ■ Satisfont la nature et suffisent au sage.
L'École de Salerue, plus sévère, n'accorde que six heures :
Sex tutras donaire sat est. juceniijiu', scniquc ; Vix septcm pigro, nulli concediimis octo.
Homme endormi, corps enseveli.
Qui dort longtemps, ne sera jamais savant.
Jeune qui veille et vieux qui dort, s'approchent de la mort.
— Caton l'Ancien aimait les esclaves dormeurs ; il les croyait plus doux et plus aptes au travail après le repos. (Plutarque.)
— Dormir la grasse matinée (Boileau, Épure V) : dormir tard et longtemps.
M. de (]hesallet dit que grasse est mis pour r/rans (grande), comme on dit « une grande journée »."
Dormir grans matinée pour norrir en leur gresse.
(Recueil de nouveaux contes.)