ESC
Es, ex. Es est pour en les.
Es ne se fait pas suivre du trait d' union : licence es lettres.
Ex en denian'de toujours un : ex-ministre.
Escalier, du latin scalam, comme échelle.
C"est renseml)le des degrés ou marclies ; et l'on doit dire descendre ou monter l'escalier, non les escaliers.
Un escalier à faire reculer un clown, et qui semblé s'entendre avec la chirurgie, pour lui fournir des jambes cassées. (H. Miirger.)
Escampette, de escamper, s'échapper.
Ah ! je vous y prends donc, Madame ma femme! et vous faites des escanipativos pendant que je dors. {G. Dandtn, III, 8.)
Car elle savait moult de l'œuvre Qui affiort à eeste escarmie...
(Roman de la Rose.)
Escarcelle, correspond au vieux mot eschars. escars, qui signitiait chicbe, avare.
Eschyle (chauve comme).
Un oracle ayant prédit au poète dramatique Escliyle qu'il périrait de la chute d'une maison, il se promenait toujours dans les champs. Un jour qu'il dormait au soleil, un aigle prit sa tète chauve pour un rocher et y laissa tomber une tortue, ce qui fut cause de sa mort.
C'est Phne qui a accrédité cette anecdote, mais il ne la donne que comme un bruit populaire : il ferunt.
Esclave, du has-latin slavi, Slaves.
— Les Slaves menaçaient d'envahir l'Occident, et s'étaient avancés jusqu'à l'Adriatique. Charlemagne et Louis le Déi)onnaire les asservirent après de grandes guerres, et Ips prisonniers furent vendus eu très grand nomhre.
Depuis ce temps, le mot slave, ou esclare. devint synonyme de se/'f dans presque toute l'Europe.
— « Li plus serfs sont en Esclavonie. » (Dit de VApostoille.)
On nomme Esclavonie une partie de l'ancienne lUyrie, occupée par une nation d'origine slave.
— Ne sois ni le tyran ni l'esclave de personne. (Marc-Aurèle.) Quand Jupiter réduit un homme en esclavage, il lui ôte la moitié
de sa vertu. (Homère.) (Yoy. servitude.)
Escobar, (•(Mèbre casuiste espagnol, jésuite.
On lui i-eproclie d'avoir, dans ses écrits, excusé certaines fautes. à l'aide de distinctions sul»tiles que réprouve la bonne foi.
Ce nom est devenu synonyme d'iiypori-ite habile, et a donné escoborderie, c'est-à-dire tromperie.
Escompter, du latin ex compuUn'c.
Paiement immédiat d'une dette dont l'échéance n'est pas à terme.
— Escompter l'avenir, la renommée. Expressions empruntées à la nnance. qui ne doivent pas avoir cours dans la littérature.
Escroc, allemand skiirke. coquin.
Synonymes : chevalier d'industrie ; tloueur ; faiseur ; Robert- Macaire ; major de table-d'liôte.
Espèce, du latin .S7jer/e;«; d'où aussi épices.
Désigne un homme de rien, qui se donne des airs d'être quelque chose.
C'est un sens créé au wiii^ siècle. Il s'appliquait à tout imbécile voulant jouer un rôle au-dessus de ses moyens, au malotru voulant singer l'homme du bel air.
Au pluriel, l'argent : espèces sonnantes.
— On appela épices les diverses espèces de drogues aromatiques qui servent à l'assaisonnement des mets : cannelle, muscade, girolle, poivre, etc.
Les plaideurs donnaient jadis aux juges des paquets d'épices pour se les rendre favorables.
De là cette formule qu'on trouve en marge des anciens registres du Parlement : Non deliheratiir donec solvantur species.
Les épices servaient alors de paiement, comme le sel à l'origine des sociétés, ce qui a amené l'expression salaire.
Plus tard, on convertit en argent ces cornets d'épices; d'où : payer eu espèces sonnantes.
— Le Palais de justice ayant été incendié, ou lit ce quatrain :
Certes ce fut un triste jeu, Quand, à Paris. Dame Justice, Pour avoir mangé trop d'épices.
Se mit tout le palais en feu.
— La Révolution de 1789 a aboli la vénalité de la justice : elle a fait d'une charge uue fonction. La vénalité des charges avait fait la vénalité des juges, comme aussi leur ignorance, puisqu'il suffisait de payer l'emploi pour en être digne.
La langue française, avec cette probité qu'on lui connaît, avait dès lors flétri cet usage par la locution « solliciter un procès » .
Il fallait être bizarre comme Alceste pour refuser de visiter ses juges. Pbilinte se récrie à ce refus :
— Mais qui voulez-vous donc qui poLU-'vous sollicite ?
— Qui je veux •? la raison, mon bon droit, ré(juilé !
Cette réponse, cjui paraissait ridicule, paraît aujourd'bui toute naturelle.
— Alexandre Sévère ne souffrit jamais qu'on vendît les cliarges donnant pouvoir et juridiction. « C'est une nécessité, disait-il, que celui qui achète en gros, vende en détail. »
Espérance, substantif dérivé de espérer, latin sperare. On disait aussi désespérance, pour désespoir.
— Ce doux mot sert à exprimer une idée terrible dans le vers désolé du poète florentin :
Lascûtte o(jm speranza, roi ch'intrate.
Laissez toute espérance, vous qui entrez. (Inscription placée sur la porte de l'Enfer).
— L'espérance est le rêve des gens éveillés. (Aristote.)
— L'espérance, toute trompeuse qu'elle est, sert au moins à nous mener à la lin de la vie par un chemin agréable. (La Rochefoucauld.)
L'homme arrive au tombeau, traînant après lui la longue chafne de ses espérances trompées. (Bossuet.)
Dum spiro, spero. Tant que je respire, j'espère. (Devise philosophique.)
E<io spein prelio non emo.
,Tkiiknci:, Ado/p/iex.)
(Je n'achète pas l'espérance argent comptant.)
Mettez vos espérances en celui à qui on ne succède point. (Saint Augustin.)
L'espérance est quelquefois perverse. Presque toutes nos convoitises, examinées, contiennent de l'inavouable. (V. Hugo.)
De tous les marchands d'espérance, les médecins resteront les plus achalandés.
L'espérance est un clou planté le plus souvent dans une planche pourrie.
L'espérance est une usurière qui ne donne que rarement les Lutérèts des fonds qu'on lui confie.
Tous les jeunes geus ont un oncle d'Amérique, qui s'appelle l'avenir.
— Le travail fatigue, le plaisir use, la peine accable, le remords ronge, la misère tue, l'espérance seule console.
— Avoir des espérances... Sous-entendu: fondées sur une succession après décès d'un oncle apoplectique, d'une tante à sa dernière dent, d'un grand-père qui a déjà un pied dans la tombe, et d'une foule de parents, vénéraliles surtout par leur décrépitude.
Les liéritages sont tellement incertains, qu'on leur donne le nom d'eAyjt^'rrt/itrÂ' : mot liorriblement significatif, blasphème admis par une civilisation impie et corrompue, pour laquelle un cercueil (jui se ferme est un cotïre-fort qui s'ouvre^ï appât souvent illusoire, appoint à la dot d'une tille, et qui exprime l'idée cynique que, par suite d'un odieux calcul, on attend la mort prochaine de parents riches dont on héritera (car l'espérance est un désir) pour augmenter son hien-ètre.
Espérer, en provençal, signifie attendre et désirer. Kii ellèt. on n'espère que ce qu'on désire. (Autrement on craint.) Dans la langue latine, .^perai^e signifiait attendre, et même craindre et redouter.
Trop car compra (/ui espéra.
( Vices et \''ertus.)
(Trop cher achète qui attend.)
Pero esperar j'ai la /loa Tornar friuj.
(FAr.QUET de Marseille.)
(Pourtant attendre fait la Heur devenir fruit.)
Tan lonc temps l'aij espérât, E nuey c jorn plant: e ptorat.
( l'ie de saint Alexis.)
(Je l'ai si longtemps attendu, et plaint et pleuré jour et nuit.) Espérer est aussi pris en français dans le. sens d'attendre : Je n'Qspère rien de bon de lui : je désespère de lui. Espérons, dit-il, ce qui, dans le sens de cette locution toute méridionale, signifie simplement attendons. (George Sand, Marquis de Vaille mer.)
Non, ma damo mespère,
La, la, sol. fa.
A coucher celte iiuii,
La, sol, fa, mi.
(Pné-ie po])ii!aire cilée p.U' .Vinpére.)
Virgile a employé sperare, dans le sens de craindre.
Hune c(jo si potiii tanlum spcrare dolorem.
(Enéide, IV, 419.)
De même dans le vieux français :
Adonc fusmes tous esbahis plus que devant, et espérions estre tous en péril de mort. (Joinville, Histoire de Saint-Louis.)
Espiègle, origine allemande.
Un roman allemand, fZ/e/ii-/»/*?^*?/ (le miroir des chouettes), traduit en français sous le titre de \ Espiègle, a doté la langue de ce mot.
Espoir, substantif verbal de espérer.
Quand on a tout perdu, qiio Ton n'a plus d'espoir, La vie est un opprobe, et la mort un devoir.
(VoLT.MRE, Mérope.)
Esprit, du latin sjjiritu/n, souftle, vie.
De là aussi de nombreux dérivés ou composés : spirituel, spiritueux, aspirer, inspirer, conspirer, expirer, respirer, soupirer, etc.
L'esprit l'emporte sur la matière, est la subUmation de la matière.
Major est animi voluptas qua??î corporis. (Cicéron, de Finibus.)
La matière, eu effet, étant éternellement en mouvement, passe successivement de l'état solide (d'équilibre ou d'inertie) à l'état liquide, où elle acquiert une première force de pénétration, puis à l'état gazeux, où elle s'anime d'une force appelée élasticité; de là elle passe à l'état spbéroïdal (vapeur surchauffée), et enfin elle devient électricité, lumière,' chaleur. Ces (hiides sont-ils encore de la matière, sont-ils déjà de l'esprit ? qui oserait le dire ? On peut cependant conclure que la matière n'est cpi'une concrétion de l'esprit, et que l'agent de transformation est le mouvement.
— Esprit de vin. Il en donne à ceux qui n'en ont pas. Rabelais (IV, 64 j dit que les Grecs avaient appelé Bacchus Psiln,
c'est-à-dire aile, parce qu'à l'aide de Bacchus, ou du vin, « sont haut élevez les esperitz des humains ; leurs corps allégez, et assoupli ce qu'en eux est terrestre » .
Le vin, qui active la flamme de l'esprit, devient à la longue l'éteignoir de l'inteUigence.
— L'esprit use le corps ; la lame use le fourreau.
Il faut entretenir la vigueur du corps pour entretenir celle de l'esprit. (Vauvenargues.)
Le corps est le cheval de l'esprit ; il ne faut que des éperons et de l'avoine pour le conduire. Mais les exigences du maître sont souvent une cause de dépérissement pour les organes surmenés ; de même
(|iie le cheval peut devenir l'oLirliu. si l'un exi.ue trop de lui. (Mirabeau.)
Un moulin peut moudre tous les joui'S : mais un cerveau qui voudrait en faire autant, ne donnerait qu'une triste farine. (About.)
L'esprit est d'en donner à ceux qui n'en ont pas. (Demoutiers.)
11 faut avoir beaucoup desprit pour en laisser aux autres.
L'esprit de la conversation consiste bien moins à en montrer beaucoup, qu'à en faire trouver aux autres. (La Bruyère.)
Quand on veut plaire dans le monde, il faut se résoudre à se laisser apprendre beaucoup de cboses qu'on sait, par des gens qui les ignorent. (Cbamfort.)
Il vaut mieux cliercber le vrai soi-même, que de prouver aux autres qu'ils ont tort. Rien n'est plus propre à faire respecter le caractère d'un bomme que le respect qu'il accorde lui-même aux erreurs et aux faiblesses d'autrui. (De Scudéry.)
— L'esprit est prompt, mais la chair est faible. ( Matliieu. XXYI, 14 : Marc, XIV, 38.) On résiste diflicilement à ses passions.
L'esprit doit se métier des surprises du cœur. (La Rochefoucauld.) Ce qui coûte au cœur profite à l'esprit.
L'esprll i|i!'oa \ei\[ avoir gâte celui qu'on a.
((jntsstT.)
t)n peut dire de l'esprit : « Gbercbez et vous ne trouverez pas. » Quand on court après l'esprit, on attrape presque toujours la sottise. (Montesquieu.)
L'ignorance vaut mieux ({u'un savoir affecté.
(Bo.lla;.)
Rien n'empècbe tant d'être naturel, que l'envie de le paraître. i^La Rocliefoucauld.) ■
Faire de l'esprit est aussi ridicule que de faire des grâces, poser.
M'"'' deSévigné ne craignait rien tant qu'un liomme qui a de l'esprit toute la journée.
Les bommes tiennent autant à avoir de l'esprit, que les femmes à avoir de la beauté.
— Avoir de l'esprit comme quatre.
Piron, passant près de l'Académie, dit : « Ils sont là quarante, qui ont de l'esprit comme quatre. »
On dit: avoir de l'esprit comme un ange, ...comme un diable. ...comme un démon, ...jusqu'au bout des ongles.
Pour avoir de l'esprit jusqu'au bout des ongles, il faut gratter les aens où il leur démanue.
— Bienheureux les pauvres d'esprit ! le royaume des cieux est à eux. (Mathieu, V, 3.)
On a beaucoup épilogue sur ce passage de l'Évangile, qui semble une apologie de la bêtise, une prime céleste otïerte à la stupidité.
Dans le langage familier, on lui prête un sens malin, et bien ditïérent de celui de l'Écriture. Il faut comprendre: ceux qui sont pauvres par l'esprit, qui sont résignés à leur pauvreté, détachés des richesses, les humbles.
Ainsi, ce passage serait un encouragement à l'humilité, une céleste consolation à la soutïrance, et non une apothéose de la bêtise.
« Ce qui prouve, dit l'ablié Bautain (Sorbonne, 1858), que l'on ne doit pas interpréter ce texte littéralement, c'est que, plus loin, on trouve le correctif : Il y aura beaucoup d'appelés, et peu d'élus. »
Il est de ceux qui auront un jour une belle paire d'ailes blanches, qui leur caressera les reins pendant l'éternité (sic). (Eugène Sue.)
Stulta et infirma mundi eliglt Deus. {Coiuntluens, I, 27.)
— Que les gens d'esprit sont bêtes ! (Beaumarchais, Figaro.) Il y a des bêtises qu'un homme d'esprit achèterait. (Yoisenon.) Les sots disent des sottises : les gens d'esprit en font.
C'est agréable d'avoir de l'esprit, disait Odry : on a toujours quelque bêtise à dire.
Un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant.
(MoLiiatE.)
Le type de ce genre de sots que Molière bafoue dans les Femmes savantes, c'est Trissotin, c'est-à-dire « Triple sot ».
Il y a des savants qui savent ce que tout le monde ignore, et qui ignorent ce que tout le monde sait.
La Fontaine préférait les fables des anciens aux siennes, ce qui fit dire à Fontenelle : « La Fontaine est assez bête pour croire que les anciens ont plus d'esprit que lui. » Il disait encore du même : « Il est bien aisé d'être un homme d'esprit ou un sot ; mais être les deux et dans le plus haut degré, c'est admirable. »
Ces messieurs les gens de lettres, qui sont si savants qu'ils en sont sots... (Moyen de parvenir.)
Rabelais (I, 40) met dans la bouche de frère Jean ce proverbe macaronique : Magis magnos clericos non sunt magis magnos sapientes.
Régnier (Sat. VI) la traduit ainsi :
N'en déplaise aux docteurs, cordeliers, jacobins, Pardieu, les plus grands clercs ne sont pas les plus fins.