‹ Dictionnaire de locutions proverbialesChapitre 59 sur 336 · AVE · texte numérisé non relu

AVE

Avarum irritât, non satiat pecunia. (Syrus.)

Celui qui n'use pas, est comme s'il n'avait pas : FruUra haUet qui non utitur. — Posséder est peu de chose, c'est jouir qui rend bienheureux. (Beaumarchais.)

Le pauvre manque de beaucoup de choses, l'avare manque de tout. (La Bruyère.) Demnt inopiœ mulla, avaritiœ omnia. — In nullum ovariis bonus est, in se pessimus. (P. Syrus.)

— Beaucoup de choses manquent à l'indigence, tout à l'avarice. L'avare n'est bon pour personne ; il est très mauvais pour luimême.

— Un avare avait acheté une corde pour se pendre si la récolte était mauvaise ; la récolte fut bonne, mais il se pendit pour ne pas perdre le prix de sa corde. (Bouchet.)

Un avare imagina de mettre des lunettes à son cheval : « Quand je lui donnerai de la paille, il croira manger du foin. »

M. de CoisHn, avare, comme l)eaucoup de gens d'esprit... (Chateaubriand.)

L'avare meurt de faim sur un tas de l)lé.

Le prodigue et l'avare atteignent le même but : l'un vit de privations et de misère, l'autre meurt de faim pour augmenter ses richesses (?).

Le chevalier Guttler, qui était très avare, dit au comte de Buckingham : « Vivez comme moi. — Je le ferai, répondit le comte, qiumd je n'aurai plus rien. »

Avatar, incarnation, spécialement des divinités indiennes.

Ave Maria, prière adressée à la Sainte Vierge, ainsi nommée des mots latins qui la commencent : Ave, je vous salue, Maria, Marie.

On l'appelle aussi salutation anfjélique, parce qu'elle renferme les paroles de l'auge Gabriel à la Vierge, lorsqu'il vint lui annoncer l'incarnation. (Luc, I, 28.) Le reste est composé des paroles de sainte Elisabeth.

Aveindre, vieux mot, encore usité chez le peuple. Il signifie atteindre, prendre un objet placé haut. C'est le correspondant de jucher, c'est-à-dire placer dans un lieu élevé.

Il dérive de venir, ou ])ien plut()t de abemere.

Avenir, mot composé de a et venir, comme adieu, latin ad venir e.

94 AVÏ

Tous les jeunes gens ont un onde d'Amérique, qui s';i ppelle raveuir.

Ma foi, sur lavenir bien lou qui se fiera ; Tel qui rit vendredi, dimanciie pleurera...

(Racim;. Plaideurs.)

Nos ancêtres donnaient au plaisir encore moins de durée. Tel (jni rit le matin, qui le soir pleurera.

Avent, adventus, arrivée (du Christ, du Messie). Temps qui précède Noël, ou la Nativité de J.-G.

Aventure, jadis adventure: de adventurus, qui doit arriver.

« La l)onne aventure au gué ! » refrain d'une chanson que fit Ronsard contre Antoine de Bourhon, père de Henri lY, qui menait une vie de plaisir dans une maison nommée la Bonne-Aventure, située au gué du Loir, près Vendôme.

Aventurière, Gil-Blas femelle.

Avertir, du latin advertere, attirer l'attention vers. Bon averti, mon enfant, en vaut deux.

(Kaure Ij'EgI-.)

Il est dangereux d'attaquer un homme sur ses gardes.

Autrefois, le mot verti signifiait tourné; un A retourné (y), valait deux A, dans les signes conventionnels. Ou pourrait croire que le mot proverbial a un calembour pour origine.

Aveu, iiomme sans aveu, un vagabond.

Au Moyen-Age, la liberté était si peu pratiquée, que tout homme allait au devant de la servitude et se mettait sous la dépendance d'un seigneur, afin de n'être pas sans aveu, c'est-à-dire sans quelqu'un qui l'avouât. (Yoy. avocat.)

L'expression signifie actuellement : un homme déconsidéré de tous.

Aveugle, du latin ab oculus, privé de la vue.

Aveugle comme une taupe. (Voy. taupe.) — Au pays des aveugles, les borgnes sont rois. — Au pays des aveugles, qui a un œil y est roi. In regione cœcorum, rex est luscus.

Faux a\eugle : Bélisaire de contrebande.'

Avignon, du celtique Aouen, fleuve, ion, seigneur. Ville qui domine le fleuve.

Avenio ventom Avignon venteuse

Cum vento faslidiosa. Avec le vent ennuyeuse,

Hine vento venenosa. Sans le vent vénéneuse,

Omni temporc odiosa. En tout temps odieuse.

ÂVÔ 9^

« Sur le pont d'Avignon, tout le monde y passe... « Ce qui a donné lieu à cette vieille chanson, c'est peut-être le fait historique suivant, cité par Papou, dans X Histoire de Provence : En 1226, Louis YIII, roi de France, à la tête des croisés, fît le siège d'Avignon, parce que Raymond, comte de Toulouse, qui possédait cette ville avec Raymond Bérenger, comte de Provence, s'opposait au passage de l'armée royale sur le pont d'Avignon. Les légats excommunièrent le comte de Toulouse, et Avignon fut pris après trois mois de siège.

Le pont en pierre de dix-neuf arches, auquel se rattache la légende religieuse de saint Bénézet, jeune l)erger qui le construisit, fut commencé en 1171 et achevé en 1188. Le Rhône l'emporta en

Avis, du latin ad et visas, autrefois advis. En roman on disait vis :

Tan joios son, qu'adés m'es ins Que folh'e flors s'espandis.

(R. GOLRDEX.)

(Je suis si joyeux qu'incessamment il m'est avis que feuille et (leur s'étale.)

Vis li fu k'une voix en dormant li disait. (Rom. du Rou, v. 946.)

Autant d'iiommes, autant d'avis. Quot Jiomines, tôt sententiœ. (Cic. de Fi ni bus.)

Quot homines, tôt sententiœ: suus cuicjue mos. Autant d'hommes, autant d'avis : chacun a sa manière de voir. (Térence, P/tormion, IL 1.)

Aviser (s'). On ne s'avise jamais de tout.

Quelque prévoyant qu'on soit, on est quelquefois en défaut: mais il faut remarquer que ceux qui disent qu'on ne s'avise jamais de tout, sont les insouciants qui ne s'avisent jamais de rien.

Avocat, du latin advocatus, appelé ; mot récent qui a remplacé avoué, qui signifiait défenseur, protecteur, par suite seigneur devant protection à ses vassaux. (Voy. Aveu.)

Nostre cher prince avoé... {Chroniq. de Normandie.)

De jeune avocat, liéritage perdu ;

De nouveau médecin, cimetière Ijossu.

Ce proverhe signifie que le savoir et l'expérience sont nécessaires à l'avocat et au médecin pour exercer avec succès.

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— Saint Yves (1253-1308), patron des avocats et des procureurs, était un gentilhomme breton. Après avoir étudié le droit à Paris, il se fit l'avocat des pauvres.

On lui avait construit une chapelle au coin de la rue Saint-Jacques et de la rue des Noyers.

La légende raconte que saint Yves s'étant présenté à la porte du paradis, fut repoussé par saint Pierre qui le confondait avec les gens de sa profession. Mais le saint, s'étant glissé dans la foule, parvint à entrer. Saint Pierre voulut le chasser, il résista et déclara qu'il ne sortirait que lorsqu'on le lui aurait fait signifier par ministère d'huissier. Aucun huissier n'étant jamais entré en paradis, il fut impossible d'en trouver un, et saint Yves resta.

Avoine, jadis aussi aveine, du latin avena.

Car qui vol cuillir avena Primieramen la sèmera.

Qui veut recueillir de l'avoine en sème d'abord. (P. Cardinal.)

Jules, tiui poiu- rÉtat se donne tant de peine. Voulut aussi régler mon foin et mon aveine.

— Gagner l'avoine : bien travailler.

Le cheval ne vaut pas l" avoine. (Prov. russe.)

Avoir. Au commencement du xvii'= siècle, on écrivait encore le participe passé efi. Ménage cite le couplet satirique suivant :

Comtesse de Grussol,

La, ut, ré, mi, fa, sol.

Je veux mettre en musique

Que vous avez eu,

La, ré, mi, fa, ut.

Plus damants qu'Angélique.

Avoir la paille et le blé : le drap et l'argent. Plus on a, plus on veut avoir. Boéce dit qu'on s'estime moins riche de ce qu'on a, que de ce qu'on n'a pas.

— J'ai du bon tabac dans ma tabatière...

Il y a des gens qui font parade de leurs ricliesses pour humilier les malheureux. Le bon goût défend de parler de ses avantages devant ceux qui ne peuvent les partager ; mais il y a une foule d'orgueilleux maladroits qui sont toujours pressés de dire aux boiteux : voyez comme j'ai les pieds agiles ; aux malades, comme je me porte bien.

Mal a qui a, pis a qui n'a. Maxime de droit français de Catherinot ; c'est-à-dire celui qui possède peut éprouver un dommage, raajs cehii qui n'a rien est bien plus à plaindre.

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