BOU
Bouillon, bouillir; en latin bulUre, du huila, plohnle qni s'élève de Teau agitée ou en ébuUition.
— Bouillon de chien, pluie; d'enterrement, larme; liouillon des deux sœurs, lavement.
On dit aussi dans ce dernier sens : Bouillon qui ne donne pas d'indigestion, bouillon pointu.
— Boire un bouillon : perdre de l'argent.
— Bouillons. Étal)lissements fondés vers 1860, où l'on peut ne prendre qu'un bouillon valant 20 centimes.
Boulanger, faiseur de boules, parce que les pains autrefois se
faisaient ronds :
La l)Oulangère a des écus Qui ne lui coûtent guère ; Elle en a, oui, je les ai vus ; J'ai vu la boulangère aux écus.
J'ai vu la boulangère...
(Cbanson attribuée à Gallel, au commencement de la Bégence.) En Berry, boulundc. mélange de foin et de paille, pour la nourriture des bestiaux.
Boule, du latin bulla, l»ulle d'eau. Grec bolos, rond.
De là bouleverser, en provençal boulcgm\ remuer.
Bulletin, petit morceau de papier, billet, qui remplace la boule dans certains votes: ce qui a donné en anglais bilU loi, résultat d'un vote.
Boule à jouer, l)Ouleau, bilboquet.
— Boule se dit dans le langage trivial pour tète.
On disait à M. de Corbière que, parmi les trois cents députés qui votaient de confiance pour le gouvernement, il n'y avait pas une tète capai)le : « YÀ\ ! tant mieux, dit le ministre, nous n'avons pas besoin de têtes ; il ne nous faut que des boules. »
Boulevard, barrière de défense en grosses pièces de bois ; du tudesque bolle, tronc, werch, ouvrage.
Si boulevard vient de boulingrin {green, vert), il faudrait l'écrire boulevart, pour boulevert.
Depuis 1860, les démoUtions de Paris pourraient faire croire qu'il vient de bouleverser.
— La ville de Paris s'est enfin décidée, en 1865, à liver l'ortbograpbe, en mettant un (/ final ; jusqu'alors on lisait ici boulevart, là boulevard.
BOIT lo9
L'Académie écrit boulevard, avec celte mention, entre parenthèses : « Quelques-uns écrivent boulevart. »
Besclierellc abroge le t et la Nillede Paris a adopté déflnitivenient cette décision.
Du reste, l'Académie s'est bien discréditée auprès des philor logues, depuis qu'elle écrit hémorngie {sic) au lieu de hémorrhagie.
Boulingrin, de l'anglais bouUng-green, pré.
Tapis vert à rouler une lioule, ce que l'on appelait en France mail : promenade gazonnée où l'on jouait au mail (du maillet qui servait à pousser la l)Oule).
C'est le jeu de cricket des Anglais.
Les billards sont des boulingrins en cbambre.
Boum ! Cri par lequel le garçon de café répond à la demande du consommateur.
Ce boiwi est comme une grossière parodie du bi'uit du canon et du carnage qui en résulte.
Boum semble crier au buveur d'absinthe : « Bois le poison qui doit t'abrutir et te tuer. »
Bouquet et bosquet, do l'italien boschetto^ petit bois, bouquet d'arl)res. D'où débusquer.
— Elle a mis le bouquet sur l'oreille, se disait autrefois d'une veuve qui annonçait, par ses allures, le désir de se remarier.
C'est une alhision peu galante à l'usage d'attacher un bouchon de paille à la tête ou à la queue d'un animal pour indiquer qu'il est à vendre.
Bourdonnement. Le bourdonnement des litanies...
Bourgeois, habitant d'un Itourg, burgus : allemand burg, par opposition aux vilains, liabîtants de la campagne (villa), des lieux ouverts ou non fortiliés.
De burg : burgrave. De bourg sont venus bourgade, faubourg, pour fors-bourg, bourgmestre et un très grand nombre de noms de villes : Brandebourg, Magdelwurg, Strasbourg..., et de noms d'hommes : Dul)Ourg, Maul)Ourg.
— Dès le xiii» siècle, lépithète de bourgeois se prend en mauvaise part :
Tex est coustume de burgeis, N'en verrez gaires de curteis.
(.Marie de Franck.
160 ËOU
Qdin dit au mot bourgeois : sot et niais.
Dans les Femmes savantes (acte II, 7), Bélise dit à Clirysale :
Est-il do petits corps un plus sot assemblage. Un esprit composé d'atomes plus bourgeois ?
Dans la langue des Précieuses, une expression commune est « du dernier bourgeois » .
— Bourgeois est un de ces mots ampliibies, dont le sens n'est pas parfaitement défini, et qui est un éloge ou une injure, selon les circonstances.
— L'artiste appelle un homme qui a beaucoup d'argent et peu de goût, un bourgeois, c'est-à-dire nu sot, un âne. Ce mot, il l'adresse d'ailleurs indistinctement à tout ce qui n'est pas initié à l'art.
Le gentilhomme de province ne reçoit ni le maire de sou village, ni M. le Préfet, dont les aïeux n'ont pas pris Jérusalem. « Des bourgeois ! li donc ! » Il donne ce nom à toutes les petites gens, à tous ceux qui ne sont pas nés.
— Le bourgeois du campagnard est le citadin. Celui du cocher de fiacre, l'individu qui monte dans sa voiture.
Le miUtaire appelle bourgeois, ou pékin^ tout ce qui ne porte pas l'uniforme. Les étudiants allemands usent de même du mot philistin.
L'ouvrier, au contraire, appelle son maître bourgeois dans une acception respectueuse (?).
Le titre de bourgeois est le but auquel tendent tous les elforts du petit marchand, et l'oljjet de toutes ses aml)itions pour le jour où il pourrait quitter sa boutique.
— En un mot, le bourgeois proprement dit, c'est l'homme qui vit de ses rentes.
Joseph Prudhonune est la charge du l)Ourgeois du xix*^ siècle, faite par H. Monnier.
Bourges. Les armes de Bourges : un àne dans un fauteuil.
Asinius PoUion, gouverneur de Bourges pour César, étant malade pendant que les Gaulois assiégeaient la ville, se fit transporter dans une chaise sur la brèche, et ses exhortations ayant animé les soldats, les ennemis furent repoussés.
Cet Asinius, favori d'Auguste, littérateur et général, fut consul, en 714 de Rome. Virgile lui a dédié sa IV^ égiogue.
Le nom d'Asinius dut, par la suite, se changer en aslnus, àne.
Il existait, en effet, autrefois, à l'hôtel de ville de Bourges (ancien hôtel de Jacques Cœur), un tahleau représentant un oénéral romain poi-té au combat dans un fauteuil (chaire ou chaise). On y lisait cette inscription : « Asînius in cathedra ». dont la malignité a fait asinus.
De sorte que, au rel)Ours duproverl)e « Uno pro puncto caruit Mai'tinus Asello» : Faute d'un point Martin perdit son âne : faute d'un i, la ville de Bourges en a gagné un.
Les Italiens disent : « Anna di Catana, un asino in iina cathedra. )>
Bourguignon, buryundionen, de bury, forteresse (?).
Bourguignons, boyaux de soie, ventre de velours. C'est le contraire du proverbe : habit doré, ventre de son. Ils ont pour principe qu'un bon repas est préférable à un bel habit.
— Bourguignons salés. Ce surnom viendrait des anciennes Salines de la Bourgogne ; ou, selon Bescherelle, de ce que les Bourguignons furent les premiers peuples de la Germanie cjui embrjissèreut le christianisme : on leur donna, par dérision, le nom de « Bourguignons salés », à cause du sel que l'on met dans la bouche de ceux que l'on baptise {'.).
Le Ducliat croit que cette épithète vient de la salade ou bourguignotte, espèce de casque qu'ils portaient à la guerre, comme semble l'indiquer le dicton suivant :
Bourgiiinoii salé, L"épée au côté, La barbe au menton.
Saute Bourguignon !
Cette étymologie paraît préférable aux précédentes.
Pendant la démence de Charle YII, les Bourguignons, commandés par le prince d'Orange, envahirent le Languedoc. Maître de Nîmes, de Montpellier, le prince s'empara aussi d'Aigues-Mortes. Plus tard, cette ville, assiégée par Charles de Bourbon, lui fut hvrée par les habitants, pendant une nuit de janvier '142L La garnison bourguignonne fut massacrée, et, pour prévenir les elTets de la putréfaction des cadavres, on les entassa dans une des tours des remparts, sous des monceaux de sel provenant des salines voisines. De là le sobriquet de « Bourguignons salés )>, qui est resté aux descendants (?) des guerriers surpris à Aigues-Mortes. La tour a conservé le nom de « Tour des Bourguignons ». (Ch. Martins).
m Bou
Bourrasque, vient de l'italien burrasca. de Boréas, le vent du Nord.
Les Grecs avaient aussi Aè'lla, tempête, à côté du nom d'Eole.
Bourreau, en provençal borel, de Borel, seigneur de Bellecombe, en 1261, chargé de fournir les exécuteurs au canton.
En argot boye, du latin boia, carcan : ou du français boyard, fort : jadis bourrel, qui a donné bourreler ; conscience bourrelée de remords.
Rabelais appelle le bourreau rouard, qui roue ; ou selon Le Duchat, celui qui enroue... ceux qu'il étrangle.
En roman, c«r/m.<?«/er :
Li carnacier l'an prise.
Son gen cors an liai.
( Vie de saint Honorai.)
(Les bourreaux l'on prise, ont lié son gentil corps.)
— On appelle à Paris le bourreau Monsieur de Paris, Chariot, en mémoire de Charles-Henri Sauson, exécuteur des hautes-œuvres sous la Terreur, qui décapita Loliis XYI, Marie-Antoinette, le duc d'Orléans, 11^^ Roland, Charlotte Corday, Gustine, les Girondins, Bailly, la Dubarry, et les innombrables victimes de Fouquier- Tinville.
Bourrique, vient de bourru, frisé; ou du grec purrhos, roux(?) en latin burricus.
Dans le Berry on appelle un finon bourru, à cause de son poil bourru ou frisé.
Bourru, homme d'humeur sombre, peu sociable. Le moine bourru (de bure, bureau), de l'étolïe dont sont vêtus les moines. Etre imaginaire, dont on etïrayait les enfants.
Bourse du latin bursa, cuir (sac de cuir).
Autrefois se disait bouge, bougette ; d'où budget.
En provençal, on appelle boursoun une petite poche, et bourse une poche.
En argot bourse se dit bouchon.
On disait aussi jadis escarcelle, du roman^ escars.
En italien scarso, avare : Escas de fag, et lares de ven. (Allégret.) Avares de fnit, larges de vent.
— Ami jusqu'à la bourse.
Logejr le diable dans sa bourse.
— Bourse de Commerce. Tite-Live rapporte que, l'an de Rome
ÊoiT m
29o, sous le consulat d'Appius Claudius, furent instituées des Assemblées demarcliands, qui se rérunissaient dans un monument appelé col/c'f/ium tnercatonim, dont les ruines existent encore place Saint- Geo rties.
C'est par l'apocope de collegium que les Italiens on fait loggia, et les Marseillais la loge pour désigner la Bourse (?).
— Le nom moderne de bourse vient de Van der Burse, nom du propriétaire d'une maison de Bruges, où se tenait l'assemblée des marchands. Le nom futemployé pour la première fois en France, en 1780, dans un arrêt du Conseil d'Etat. La première bourse s'ouvrit à Toulouse, sous Henri III, en 1549, la seconde à Rouen, en 1556.
On se servait alors de la dénomination : Place au Change.
La bourse était tenue à Paris, jusqu'en 1724, dans la grande cour du Palais de Justice, appelée place au Change ; d'où l'on a appelé Pont-au-Change le pont qui va de la place du Chàtelet au Palais de Justice. Le 24 septembre 1724. la bourse fut transférée à l'hôtel de Nevers, rue Yivienne.
En 1595, sous Henri lY, il y avait huit agents de change pour Paris, et trente-deux pour la province.
Ce nombre fut porté, sous Louis XIY, à soixante pour Paris.
Les agents furent supprimés en 1791, et rétabUs en 1794.
— Le 24 mai 1808, on posa la première pierre de la Bourse actuelle, sur l'emplacement du couvent des Filles Saint-Thomas, et elle fut inaugurée le 4 novembre 182G. Elle a coûté dix millions souscrits par les commerçants de Paris. Pendant la construction du monument, qui dura dix-huit ans, les boursiers se tenaient sous un hangar situé dans le voisinage, et les courtiers marrons s'entassaient dans un couloir étroit qui y aboutissait. De là est venu le nom de coulisse et celui de coulissiers.
— On appelle remisiers des hommes d'affaires qui jouissent chez les agents de change d'une remise sur le courtage des affaires qu'ils procurent à l'étude.
Bouse, du latin hucerda^ excrément du bœuf (?).
— De house est venu :
Bousillage, maçonnerie, ou plutôt enduit de paille hachée et de terre détrempée, ouvrage fait vite et mal.
Bousiîigofs, nom donné aux républicains, en 1832, d'une coiffure bizarre qu'ils avaient adoptée ; anglais bowsin.
Bout, de bouter, mettre ; d'où bouton.
164 BOtl
Synonymie : extrémité, fin.
Bout se dit de l'étendue en longueur, et suppose un autre bout. L'extrémité s'oppose au milieu, la lin au commencem nt.
On dit : le bout de l'allée, l'extrémité de la France, la fin de la vie.
On parcourt une chose d'un bout à l'autre: on pénètre de ses extrémités jusqu'au centre: on la suit depuis son origine jusqu'à sa tin.
« Au l)out de l'aune faut le drap. » Tout a une tin.
« Au bout du fossé la culbute. » Les anciens disaient : (juldquid extremum, brève. Tout ce qui a une fin est court.
— Etre à bout... de ressources.
De là est venu debout : être sur ses pieds, sur le bout de son corps ; et débouter, renverser de ses prétentions.
Boutargue, italien bottagra (?), sorte de caviar préparé avec des œufs et du sang de muge. On broie et on sale cette pâte, qui, sécbée au soleil, se mange comme bors-d'œuvre.
Bouteille, du grec bous, bœuf, parce qu'on mettait autrefois les liquides dans des outres ; ou de l'allemand butte, grand vase pour mesurer les liquides ; en provençal, boute, grand tonneau contenant 560 litres, ou 8 miléroles.
— Boute est le même mot que botte dans Rabelais (lY, 13) : « Par la sacre botte de sainct Benoist. »
Cette botte de saint Benoît était la grande tonne des bénédictins de Boulogne.
« J'ay un estomach creux comme la botte sainct Benoist, tousjours ouvert comme la gibecière d'ung advocat. »
— Les bouteilles n'ont été en usage en Europe qu'au xv" siècle. On ne trouve dans aucune peinture de l'antiquité des vases à
goulot étroit semblables à nos bouteilles.
— Grande bouteille : la burette du curé de Yaugirard.
Bouter, mettre bout à bout, ajuster.
Boute-en-train : qui excite les autres à la gaîté. Boute-feu : qui excite des querelles.
Bouton, vient de bouter, ou plutôt de bout.
Serrer le boutoii : poursuivre quelqu'un de ses sollicitations.
Au propre, c'est serrer la boule de cuir qui coule le long des rênes; c'est comme si l'on disait : serrer la liride, tenir quelqu'un en bride. (Yoy.)