‹ Dictionnaire de mâedecine et de chirurgie pratiquesChapitre 10 sur 113 · I. CLIMATS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

I. CLIMATS EN GÉNÉRAL

Éléments «Se Sa climatologie. — Tous les éléments de la climatologie n’ont pas la même importance : il en est trois qui dominent les autres et qui se les subordonnent: la température , l 'humidité, la pureté de Vair. Le calorique et l’eau sont les deux conditions essentielles de la vie, sous quelque forme qu’elle se manifeste, les deux éléments indispensables de toute production organique, les plus puissants modificateurs de tous les êtres vivants. Les miasmes qui vicient l’atmosphère sont le point de départ des maladies les plus graves et les plus répandues, et la salubrité des différents pays se mesure sur la pureté de l'air qu’on y respire. Il convient donc de leur accorder une attention spéciale.

Les conditions relatives à la densité de l’atmosphère, à son état d’agitation ou de repos, à sa tension électrique, n’offrent pas le même degré d’intérêt, et nous arrêteront moins longtemps.

1° Température. — Les êtres vivants sont placés entre deux sources de calorique qui rayonnent en sens inverse, la chaleur centrale de la terre et le soleil (voy. Chaleur, t. YI, p. 715). La première a exercé une grande influence sur l’apparition de la vie à la surface du globe; mais, depuis cette époque, son action a cessé de s’exercer, et c’est à peine aujourd’hui si elle contribue à en élever la température d’un 56e de degré (Fourier et de Saussure); la seconde verse incessamment, et depuis l’origine des mondes, des torrents de calorique qui suffiraient pour fondre, en un an, une enveloppe de glace de 59m,89 d’épaisseur (Arago). Cette dernière source est-elle destinée, comme l’autre, à s’épuiser dans la série des temps? C’est une question qu’il serait hors de propos d’agiter ici; nous nous bornerons à dire que toutes les observations sont de nature à nous rassurer à cet égard ; que, depuis les temps historiques, les climats n’ont pas changé, et que les perturbations apparentes qu’ils ont subies sont dues à des causes locales et transitoires.

L’action solaire est loin de s’exercer de la même manière sur tous les points du globe : leur température dépend d’une foule de causes que l’on peut, avec de Humboldt, diviser en générales et en particulières.

Les causes générales sont la latitude du lieu, son altitude, sa configuration et ses rapports avec la mer.

Le tous ces éléments, le plus important c’est la latitude. L’action du soleil sur une contrée est d’autant plus efficace que ses rayons lui parviennent moins obliquement, et comme cette obliquité augmente en s’élevant de l’équateur vers les pôles , il en résulte que la température décroît en suivant cette direction. Si le globe était limité par une courbe sans aspérités, s’il constituait une masse complètement homogène, si toutes ses parties présentaient les mêmes conditions de densité et de couleur, réfléchissaient ou absorbaient les rayons solaires avec la même puissance, cette gradation s’opérerait d’une manière régulière, et la température de chaque lieu serait rigoureusement déterminée par sa position géographique; mais aucune de ces conditions n’est réalisée, et la distribution de

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ÉLÉMENTS DE Lii CLIMATOLOGIE.

la chaleur est soumise à des lois plus compliquées. Sous les tropiques, où la chaleur du soleil est considérable pendant tout le cours de l’année, la différence de latitude a beaucoup moins d’influence que dans les régions tempérées. D’après les observations de de Ilumboldt, c’est entre le 40e et le 45e degré, que le décroissement est le plus rapide, et cette gradation ne s'effectue pas de la même manière sur les deux continents : dans l’Europe centrale, la température s’abaisse uniformément d’un demidegré du thermomètre, par chaque degré de latitude, entre les parallèles de 71° et de 58% tandis que ce décroissemeut est beaucoup plus rapide, et surtout plus variable, sous les mêmes parallèles dans le système de l’Amérique orientale. Il est de 0°,88 par degré de latitude, du Labrador jusqu’à Boston; de 0%95, de Boston à Charleston; au delà du 71e degré, les lois qui le régissent sont inconnues. On n’est même pas d’accord sur la position des pôles de froid, on sait seulement qu’ils ne coïncident pas avec ceux de la terre. On en admet deux dans l’hémisphère nord, l’un pour l’ancien, l’autre pour le nouveau continent ; mais les auteurs varient sur leur situation, et quant au pôle sud, on n’a aucune donnée positive sur sa température. On est porté cependant à la considérer comme inférieure à celle du pôle nord, parce que l’hémisphère austral est plus froid que l’hémisphère boréal. Cette différence tient à la grande nappe d’eau qui couvre le premier, à la configuration particulière de ses continents qui s’avancent vers le sud, sous forme de grands promontoires, à la direction des courants marins que les vents généraux poussent de la zone équatoriale vers le nord (Kæmtz).

Après la latitude, la condition qui exerce le plus d'influence sur la température des lieux, c’est leur altitude. A mesure qu’on s’élève dans l’atmosphère, la chaleur décroît avec la densité de l’air. Toutes les conditions de la météorologie changent et la flore se modifie comme elles. Les lianes des hautes montagnes présentent une succession de climats échelonnés sur leurs pentes. Cette gradation est surtout sensible dans les contrées ou la température varie à peine dans le courant de l’année. C’est ce qui arrive sur le versant des Cordillères, par exemple.

On s’est efforcé de déterminer les lois de ce décroissement progressif, d’établir le rapport thermométrique de la superposition des climats, avec leur projection horizontale. De longues séries d’observations, recueillies sur les différents points du globe et dans les conditions i es plus variées, ont prouvé que ce décroissement est soumis à des influences très-complexes, qu’il varie avec la latitude, avec l’orientation des pentes, la nature du sol, la hauteur à laquelle on est parvenu, et, pour des hauteurs sem blables, avec la saison et l’heure de la journée. Cependant, on admet généralement, qu’en moyenne, la température s’abaisse d’un degré par 170 mètres d’élévation, et qu’une ascension de 100 mètres équivaut à un déplacement de 1 à 2 degrés vers les pôles.

Cette influence de l’altitude a été reconnue par les plus anciens géographes. Strabon la signale de la manière la plus positive, et, pendant longtemps, on lui a attribué une influence exagérée; c’est ainsi qu’on

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expliquait, par un exhaussement progressif du sol, l’abaissement de la température et la rigueur croissante des hivers qu’on observe, dans l’ancien continent, lorsqu’on se dirige de l’ouest à l’est, sur un même parallèle. Des mesures barométriques précises ont prouvé que cet exhaussement ne dépasse pas 560 mètres dans les points les plus élevés, et que les sources du Volga n’ont pas 280 mètres d’élévation absolue. C’est à un autre ordre de causes qu’il faut demander l’explication de ces différences climatériques. La direction habituelle des vents et la position relative des continents et des mers sont celles qui jouent le principal rôle. En général, le vent a pour effet d’abaisser la température. Sous la zone torride, les grandes brises rafraîchissent l'atmosphère et rendent la chaleur moins pénible ; dans les régions polaires, l’agitation de l’air rend le froid insupportable et le vent est le plus grand ennemi contre lequel on ait à lutter. La masse énorme des eaux de l’Océan suit, avec une extrême lenteur, les variations de l’atmosphère, et son voisinage a pour effet, sous toutes les latitudes, d’égaliser les températures, d'élever les moyennes annuelles et de rendre les saisons moins tranchées; il est vrai qu’il substitue à ces variations périodiques et régulières, les perturbations brusques et incessantes dont nous avons signalé les inconvénients en parlant de l’air marin (voy. ce mot). 11 en résulte que, toutes choses égales d’ailleurs, la température d’une contrée est d’autant plus unrforme, que l’influence de la mer s’y fait plus librement sentir. Aussi la forme sinueuse des continents entrecoupés de golfes, parsemés de mers intérieures; la proximité d’une côte occidentale, dans la zone tempérée et dans l’hémisphère nord ; celle d’un courant marin venant des régions équatoriales ; l’éloignement des glaces polaires ; la présence de chaînes de montagnes dirigées de manière à servir d’abri contre les vents froids, sont les causes qui déterminent la douceur et l’uniformité des climats marins; la réunion des influences opposées donne naissance à ces climats excessifs qu’on subit au centre des continents. L’Europe et l’Asie présentent, sous ce rapport, le contraste le plus frappant, ainsi que nous aurons l’occasion de le montrer plus tard. Le voisinage de la mer a également pour effet d’atténuer les variations diurnes, de tempérer la chaleur du jour et le froid des nuits. Chaque localité est de plus soumise à des influences particulières, parmi lesquelles il faut placer en première ligne la situation et l’orientation des montagnes les plus rapprochées, la direction des vents qui y soufflent d’habitude, le voisinage des forêts, des cours d’eau et des marécages, l’aridité du sol ou la richesse de la végétation qui le couvre.

En partant de ces données, il semblerait possible de déterminer a priori les conditions de température d’un point déterminé; mais ce problème est trop complexe pour que ces éléments théoriques puissent en donner la solution. On ne peut y parvenir que le thermomètre à la main, et bien des années s’écouleront encore avant qu’un pareil travail ait pu s’accomplir dans le monde entier; cependant, quelque insuffisantes que soient les données recueillies jusqu’à ce jour par la thermologie, elles ont déjà servi de point de départ à quelques généralisations impor-

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tantes, parmi lesquelles le tracé des lignes isothermes occupe le premier rang.

Cette innovation, qui a fait époque en météorologie, remonte à 1817. C’est à cette époque que deHumboldt eut, le premier, la pensée de réunir, par un système de lignes, tous les points du globe dont les températures moyennes sont égales. Il leur a donné le nom d 'isothermes, lorsqu’elles passent par des lieux dont les moyennes annuelles sont les mêmes ; celui d’isothères, lorsqu’il s’agit des moyennes estivales ; celui d ’isochimènes lorsque ce sont les moyennes hibernales qui sont en question. Ce n’était là qu’un premieressai, qui devait être complété par des études ultérieures. Une carte moins incomplète fut dressée par Kæmtz en 1851 ; Berghauss, en 1858, en publia une nouvelle. De Humboldt ne s’était occupé que de l’hémisphère boréal. 11 l’avait partagé en dix zones, séparées par des lignes isothermes, échelonnées de cinq en cinq degrés; Berghauss en a fait autant pour l’hémisphère austral, mais on ne peut accorder que bien peu de confiance à cette partie de son travail, en raison du petit nombre d’observations sur lesquelles elle repose. On peut en dire autant de la carte plus récente de Boudin, qui laisse encore beaucoup à désirer. En 1857, il n’a pu mentionner que 524 points, dont les moyennes de température soient bien déterminées et, dans ce nombre, 16 seulement appartiennent à l’hémisphère sud. Le tracé des lignes isothermes est donc bien défectueux encore et, cependant, c’est la seule base rationnelle sur laquelle on puisse s’appuyer pour établir une division rationnelle des climats. C’est à elle que nous aurons recours lorsque nous en serons là. La température a une telle importance en climatologie, que nous ne craindrons pas de multiplier les chiffres en ce qui la concerne, et nous prévenons par avance que toutes les indications contenues dans notre travail se rapportent au thermomètre centigrade.

2° Humidité, — L’humidité de l'air est, avons-nous dit, après la température, la condition atmosphérique qui contribue le plus puissamment à différencier les climats. Il existe, du reste, entre ces deux éléments, une corrélation intime. La quantité d’eau contenue dans l’atmosphère augmente avec la chaleur qui en élève le point de saturation. Abstraction faite des différences locales, elle décroît d’une manière assez régulière de l’équateur aux pôles; elle atteint son maximum en pleine mer et sur les côtes, elle diminue à mesure qu’on pénètre dans l’intérieur des terres, et décroît aussi lorsque l’altitude augmente. Sur les continents, elle est influencée par d’abondance des pluies, par la direction habituelle des vents, par les saisons et par la nature du sol.

C’est sous la zone torride qu’il pleut le plus abondamment. On a de la peine à se faire, en Europe, une idée de ces pluies torrentielles des régions équatoriales. Arago, dans son mémoire sur la pluie, en cite de curieux exemples et entre autres les suivants: A Cayenne, le 14 février 1820, l’amiral Houssin a vu tomber, en 10 heures, 280 millimètres d’eau et, du 1er au 24 du même mois, l’udomètre en a accusé 4,070mm. Au Matouba,dumois d’août 1827 au mois d’août 1828, on en a compté 7, 425mm.

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En laissant de côté ces faits exceptionnels, et en résumant les observations hyétométriques faites sous les différentes latitudes, on arrive aux proportions suivantes : Entre l’équateur et le 25e degré, il tombe annuellement en moyenne, 2,000""" d’eau; entre le 25e et le 40e on en compte de2,000mm à 1,000“"“; entre le 40e et le 50e de 1,000““ à 50(Jmm; et de 50° à 60" cette quantité s’abaisse au-dessous de 500mm. Le nombre des jours pluvieux suit une marche inverse; entre le 12e et le 43e degré nord, il n’est que de 78 par an ; entre le 43e et le 46e il s’élève à 105 ; sous la latitude de Paris, on en compte 147, et 161, entre le 51e et le 60e degré. Ce contraste singulier tient à ce que, sous la zone torride, il ne pleut qu’à une époque de l’année, mais alors l’eau tombe à torrents, tandis que, sous les latitudes plus élevées, les pluies sont moins abondantes, mais s’observent en toute saison. Ces règles comportent toutefois des exceptions. Sous la zone torride elle-même, s’étendent de grandes zones sur lesquelles il ne pleut jamais. Partout où les vents alizés soufflent constamment sur la mer, le ciel reste serein, surtout lorsque le soleil se trouve dans l’autre hémisphère ; sur terre, il existe des régions entières où la pluie est inconnue. Berghauss en a tracé les contours. Elles représentent, dans l’ancien continent, une large bande, dirigée de l’ouest et l’est, en inclinant un peu vers le nord, comprise entre le 10e et le 50e degré de latitude nord, et comprenant le Sahara, la régence de Tripoli, l’Egypte et la Syrie, moins le littoral, les bords de la mer Rouge, la majeure partie de l’Arabie et de la Perse ainsi que le nord de la Chine. Dans le nouveau continent, les régions sans pluies sont beaucoup moins étendues ; elles ne comprennent qu’une petite portion des provinces les plus septentrionales du Mexique, et une zone étroite comprise entre les Cordillères et l’océan Pacifique, et embrassant toute la côte du Pérou et la partie la plus voisine du Chili. Sur cette longue bande, de plus de 700 lieues de long sur 30 de large, la pluie est remplacée par d’épais brouillards que le soleil a de la peine à percer, et qui persistent souvent, pendant l’hiver, jusqu’à onze heures du matin.

Sous la zone torride, c’est pendant que le soleil est au zénith, c’est-àdire pendant la saison qui correspond à notre été, que les pluies sont le plus abondantes; au nord du tropique, au contraire, c’est pendant l’hiver qu’il pleut le plus. Ce n’est encore là qu’une règle générale sujette à de nombreuses exceptions, ainsi qu’on peut s’en assurer en jetant un coup d’œil sur la carte hyétographique de l’Atlas physique de Berghauss. Les bandes à pluies d’été et celles à pluies d’hiver n’affectent pas la même position dans les différentes contrées du globe; elles alternent sur quelques points, mais à partir de la ligne isotherme de -f- 10°, qui serpente entre le 35e et le 45e degré de latitude nord, on ne sort plus de la zone des pluies hivernales. Elles alternent avec les brouillards et la neige, qui l’emportent de plus en plus à mesure qu’on se rapproche des régions polaires, où, sous l’influence d’un froid continu, tout ce qui est vapeur se condense, tout ce qui est liquide se solidifie, où la terre recouverte de glace et de neige baigne, presque en tout temps, dans une atmosphère d’une sécheresse absolue.

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La direction des vents influe puissamment sur la quantité d’eau que reçoit le sol et sur l’humidité de l’atmosphère. Dans la zone tempérée, les pluies sont plus rares sur les côtes orientales, que sur les côtes occidentales, exposées aux vents d’ouest. Sous la zone torride et notamment en Amérique, c’est le contraire ; ce sont les côtes orientales exposées aux vents alizés qui sont le plus fortement arrosées. Dans l’Inde, comme nous le verrons, il ne pleut pas, pendant la mousson de sud-ouest, sur la côte orientale, et les pluies y coïncident avec la mousson de nord-est; sur la côte orientale, c’est tout le contraire.

5° Saisons. Les saisons sont d’autant moins tranchées qu’on se rapproche davantage de l’équateur ou des pôles ; c’est à égale distance de ces deux extrêmes qu’elles présentent le plus de régularité dans leur durée et le plus de différence entre elles. Sous l'équateur, il n’y a que deux saisons : la saison pluvieuse ou hivernage et la saison sèche ou belle saison. Cette dernière est moins chaude que l’autre, mais la différence est peu marquée et n’excède pas 5 ou 6 degrés. Elles se succèdent sans transition. En se rapprochant des tropiques, aux Antilles, .à l’ile de la Réunion par exemple, les deux saisons intermédiaires commencent à se dessiner. On donne à cette sorte de printemps le nom de renouveau, à ce vestige d’automne celui de petit été de la Saint-Martin. Entre le 50e elle 40° degré de latitude, ces deux saisons sont déjà plus marquées. L’Algérie, par exemple, jouit d’un printemps délicieux qui en fait pendant quelque temps un séjour enchanteur ; un véritable automne, un peu pluvieux, il est vrai, sépare l’époque des chaleurs de celle des grandes pluies. Dans les contrées méridionales de l’Europe, les quatre saisons se dessinent plus nettement encore, mais l’été conserve une prédominance marquée sur l’hiver. Ce n’est que vers le 45° degré de latitude, à égale distance, par conséquent de l’équateur et des pôles, que l’année développe ses périodes avec tous leurs caractères classiques. C’est la zone tempérée par excellence ; c’est le parallèle de Bordeaux, de Grenoble, de Valence, de Turin, de Plaisance, de Mantoue, de Venise, c’est la partie la plus favorisée du globe. En s’élevant vers le nord, l’hiver commence à prendre le dessus ; le printemps devient froid et court, l’automne pluvieux et désagréable. Dans les contrées les plus septrionales de l’Europe, à un hiver d’une longueur démesurée succède, presque sans transition, un été court et brûlant, pendant lequel la végétation marche avec une rapidité prodigieuse et qui fait brusquement place aux pluies, aux brumes et à l’hiver. Dans les régions polaires enfin, c’est à peine si l’été lui-même se traduit par quelques belles journées, dans le cours desquelles le thermomètre s’élève au-dessus de zéro; la couche superficielle des glaces se fond, un peu de vapeur d’eau se répand dans l’atmosphère, la vie semble animer un instant ces solitudes désolées ; mais bientôt elles retombent dans leur immobilité et le perpétuel hiver de ces climats fait équilibre, aux deux extrémités du monde, à l’été perpétuel de la zone torride.

4° Vents. Nous avons déjà signalé l'influence que les vents exercent sur la température et sur l’état hygrométrique de l’air. Ils sont aussi la

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cause des grandes perturbations barométriques et les agents les plus efficaces de la transmission des miasmes. Les courants aériens établissent un échange constant entre les différentes régions de l’atmosphère ; ils en font varier incessamment les conditions météorologiques. Tièdes et imprégnés d’humidité lorsqu’ils soufflent de la mer, arides, brûlants, chargés de poussière lorsqu’ils ont traversé des déserts de sable, ils arrivent secs et glacés, lorsqu’ils ont passé sur des cimes neigeuses, imprégnés de miasmes délétères lorsqu’ils ont franchi des marais. Ils se conforment, pour leur direction, à la règle générale qui régit tous les phénomènes météorologiques, l’uniformité sous les basses latitudes, l’irrégularité sous les latitudes élevées. Les lois qui président aux grands mouvements de l’atmosphère ne sont pas encore parfaitement connues ; cependant, dans ces derniers temps, M. F. Maurv, officier de la marine américaine, en a donné une formule générale, basée sur des milliers d’observations recueillies sur toutes les mers du globe et qui paraît être celle qui se rapproche le plus de la vérité.

L’atmosphère, dit-il, forme autour du globe une enveloppe dont il est difficile d’apprécier l’épaisseur, mais qui ne peut être inférieure à cent mille mètres. Une masse fluide de ce volume, soumise à des changements de température continuels, ne peut demeurer en repos, dans aucun point de son étendue. Elle est agitée par des mouvements incessants, par des courants en divers sens, dont les uns affectent une direction constante, ce sont les vents réguliers; dont les autres n’ont rien de fixe dans leur marche, ce sont les vents variables. Parmi les vents réguliers, les plus importanls par leur sphère d’action, ce sont les vents alizés. Ils régnent dans les deux hémisphères depuis le 50e degré de latitude nord et sud jusqu’auprès de l’équateur. Ce sont des vents de nord-est dans l’hémisphère nord, des vents de sud-est dans l’hémisphère sud. Cette direction constante s’explique, d’une part, par réchauffement progressif des couches atmosphériques des pôles à l’équateur ; de l’autre, par le mouvement de rotation diurne de la terre sur son axe. De ces deux causes, la première détermine un courant qui s’établit des régions polaires vers la zone torride ; il serait perpendiculaire à l’équateur si la terre était immobile, mais en tournant sur elle-même de l’ouest à l’est, elle croise la direction de ce courant et le transforme en un vent de nord-est dans l’hémisphère nord et de sud-est dans l’hémisphère sud. Ces courants à direction constante supposent un mouvement en sens inverse. Les couches d’air venues des régions polaires, en arrivant dans la zone torride, s’échauffent, remontent dans les couches supérieures de l’atmosphère et, prenant une direction opposée, retournent vers les pôles d’où elles sont parties. Si les courants aériens n’obéissaient qu’à ces deux influences, les vents alizés souffleraient sur la terre entière, mais leur direction est modifiée par des causes encore peu connues, et ce courant circulaire se transforme en une sorte de spirale, dont l’auteur expose ainsi le trajet :

Les courants d’air froid, en partant du pôle nord, marchent dans les couches supérieures de l’atmosphère, jusqu’à la hauteur du tropique du

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Cancer. Ils y rencontrent un courant en sens opposé, dont nous parlerons plus tard, qui les oblige à descendre à la surface de la terre; ils continuent à suivre leur direction première et deviennent les vents alizés de l'hémisphère nord. En approchant de l’équateur, ils rencontrent les vents alizés de l’hémisphère sud, et, de l’opposition de ces deux courants, résulte une première zone de calmes, celle des calmes équatoriaux. Le courant que nous suivons depuis le pôle nord, remonte alors et se dirige vers le pôle sud dans les régions supérieures. A la hauteur du tropique du Capricorne, il rencontre un courant venant du pôle sud, qui le contraint à descendre vers la terre, à la surface de laquelle il continue, sous forme de vent de nord-ouest, sa course vers le pôle, où convergent tous les courants analogues partis de l’équateur. Il remonte alors et suit, du sud au nord, un trajet analogue à celui que nous venons de décrire, mais en sens inverse. Il parcourt les régions supérieures, jusqu’au tropique du Capricorne, descend vers la terre, devient le vent alizé de 1 hémisphère sud, remonte au niveau de la zone des calmes équatoriaux, passe au-dessus l’alizé de l’hémisphère nord, rencontre le courant venant du pôle nord, qui nous a servi de point de départ, descend alors et constitue les vents généraux de sud-ouest de notre hémisphère. Tous ces courants représentent donc, dans leur ensemble, deux 8 de chiffre, se touchant à l’équateur et ayant leur autre extrémité aux pôles. Il en résulte 4 vents généraux opposés, 2 pour chaque hémisphère et 5 zones de calmes, à leurs points de rencontre, une sous l’équateur, deux à la hauteur des tropiques et deux au niveau des pôles, où tous les courants convergent, comme nous l’avons dit. Ce n’est là du reste, on le comprend sans peine, que l’expression générale d’un fait soumis à des variations sans nombre, qu’une explication théorique, dont il ne faudrait pas faire une application rigoureuse à tous les faits de détail. Une foule de causes encore indéterminées viennent jeter le trouble dans ce mouvement régulier et produisent ces perturhatious imprévues si communes dans les régions tempérées surtout. La seule partie du trajet que nous avons décrit qui soit constante, ce sont les vents alizés; encore éprouvent-ils, dans quelques parages, des perturbations notables. Dans les mers de l’Inde, par exemple, ils changent de direction, suivant les saisons : ils soufflent de la partie sud-ouest depuis avril jusqu’en octobre, et la partie du nord-est d’octobre en avril ; ces brises périodiques portent le nom de moussons ; une succession analogue de vents réguliers se rencontre également, quoique d’une manière beaucoup moins marquée, sous des latitudes plus élevées. La Méditerranée a aussi ses moussons, déjà connues des anciens, qui leur avaient donné le nom de vents étésiens. Nous ne ferons que signaler en terminant quelques vents dont la sphère d’action est encore plus bornée, qui sont le fléau des pays où ils régnent, et qui ont reçu pour ce motif des noms particuliers. Tels sont, dans le sud de l’Europe, ces vents froids qui descendent des Alpes et qu’on désigne, en Dalmatie, sous le nom de bora , dans la vallée du Rhône sous celui de mistral , et en Espagne, sous celui de gallego ; tels sont, en Afrique, ces vents embrasés qui soufflent du désert et qu’on nomme

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khamsin en Égypte ; simoun , dans le nord de l’Afrique, en Arabie et en Perse; Harmattan dans le sud et dans l’ouest du Sahara. Leur influence, tempérée par leur passage sur la Méditerranée, se fait sentir, jusque dans le midi de l’Europe, où ils portent le nom de sirocco sur les côtes d’Italie, de vent de Médine en Andalousie. Ces vents se font redouter, par leur sécheresse, leur température élevée et la poussière impalpable dont ils sont chargés, mais il n’atteignent jamais le degré de violence des ouragans des Antilles et du golfe du Mexique, des cyclones de l’océan Indien, des typhons de la mer de Chine, des tornades de la côte d’Afrique. Ces bouleversements de l’atmosphère, inconnus dans les régions tempérées, sont un des plus grands fléaux de la zone torride, la cause des catastrophes dont elle est souvent le théâtre, et dont le Bengale nous a récemment offert un si lugubre exemple.

5° Pression. — La pression atmosphérique n’est pas soumise, sur les différents points du globe, aux mêmes variations que la température. De l’équateur aux pôles, les moyennes annuelles n’offrent pas un écart de plus de 8 millimètres. A partir du 60e degré de latitude sud, en suivant le même méridien, la pression moyenne augmente sensiblement jusqu’à la limite des vents alizés, c’est-à-dire jusqu’au 25e degré sud environ. Depuis ce parallèle, elle décroît régulièrement jusqu’à l’équateur, où elle atteint un minimum relatif, puis elle croît de nouveau jusqu’à la limite boréale des vents alizés, et, dans notre hémisphère, les choses se reproduisent d’une manière symétrique comme dans l’hémisphère opposé. La différence de pression aux limites des vents alizés d’une part, et à l’équateur de l’autre, est de 4mm,06. A partir du maximum qu’on observe vers le 25e degré, le décroissement est beaucoup plus rapide, en se rapprochant des pôles, que sous la zone torride. La pression atmosphérique moyenne dépend aussi de la longitude. A latitude égale, elle est de 5D1“,5 plus forte sur l’océan Atlantique que dans la mer Pacifique (Ermann). Les variations diurnes sont également influencées par la latitude, mais dans une faible proportion. Dans les régions tempérées, la colonne barométrique est sans cesse en mouvement. Ces oscillations irrégulières sont dues à l’état de l’atmosphère et dépendent de la position géographique du lieu; elles sont d’autant plus marquées qu’on s’éloigne davantage de l’équateur. Sous la zone torride, la pression atmosphérique alfecte, dans ses perturbations, la régularité que nous avons signalée en parlant des autres conditions météorologiques. Les variations diurnes y sont plus régulières et plus faciles à observer. Elles y ont aussi plus d’amplitude et vont en décroissant de l’équateur vers les pôles, jusqu’au 60e degré, à partir duquel elles s’éteignent graduellement. Les heures auxquelles se manifestent les maxima et les minima, et qu’on nomme heures tropiques , varient aussi avec la latitude et suivant la saison, mais ces légères différences ne sont rien à côté de celles que détermine l’altitude avec laquelle la densité de l’air est dans un rapport constant et qui peut produire les écarts les plus considérables entre deux localités voisines. Cependant ces écarts eux-mêmes n’ont pas, sur la santé, d’influence bien prononcée. En

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traitant de l’acclimatement sous les altitudes, nous avons insisté longuement sur les faits relatifs à cette question, et nous sommes arrivés à conclure qu’une élévation de 2,000 mètres correspondant à une diminution de pression de plus de 17 centimètres, ne déterminait que des troubles passagers , même chez les nouveaux venus, et que le libre exercice de toutes les fonctions, que la santé la plus parfaite, ne sont pas incompatibles avec une pareille raréfaction de l’air. Il est donc inutile de tenir compte des différences insignifiantes dont nous avons parlé plus haut. Les variations barométriques n’ont d’importance que lorsqu’elles sont soudaines et étendues, comme celles qui précèdent et accompagnent les cyclones de la zone torride. Cette diminution brusque de pression produit alors un afflux des liquides vers la périphérie, un sentiment de pesanteur de tête dù à un véritable état congestif, un malaise, un accablement qui persiste jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli; mais ces troubles, dans lesquels l’électricité joue aussi son rôle, n’ont pas de conséquences durables et n’ont rien à revoir, du reste, avec la question des climats.

6° Electricité. — Les différences climatériques relatives à l’électricité sont moins bien connues que les précédentes : elles se rattachent à deux points principaux, la tension électrique habituelle et la fréquence des orages. En ce qui concerne le premier, la météorologie est encore peu avancée : elle n’a pu constater qu’un trop petit nombre de faits pour qu’on puisse en tirer des conséquences pratiques. On sait que la tension électrique varie suivant les lieux, qu’elle est plus forte sur les points élevés et isolés, qu’elle croît à mesure qu’on s’élève dans l’atmosphère, qu’elle change avec les saisons, l’heure de la journée, l’état nuageux ou serein de l’atmosphère; qu’elle est plus forte en hiver qu’en été, et que, dans les beaux jours, son intensité est toujours en rapport avec celle du froid. Ces données ont été résumées de la manière suivante par Quételet, dans son Annuaire météorologique de 1850 :

1° La courbe des variations électriques a une marche à peu près inverse de celle des températures de l’air;

2° Cette même courbe est en relation à peu près directe avec la marche de l’état hygrométrique;

3° En général, la différence entre le maximum et le minimum d’électricité est beaucoup plus sensible par les temps sereins que par les temps couverts.

En acceptant ces données comme certaines, il serait permis d’en conclure qu’elle doit être d’autant plus prononcée qu’on s’éloigne davantage de l’équateur, mais ce sont là de simples conjectures, et, comme on en est à peu près au même point en ce qui concerne l’influence de l’électricité atmosphérique normale sur l’organisme, nous nous arrêterons d’autant moins à ces questions, qu’elles n’offrent pas le moindre intérêt pratique.

La répartition des orages en présente davantage, parce qu’ils ont sur la santé une influence très-marquée : ils surexcitent à l’excès les constitutions nerveuses ; ils amènent une recrudescence presque constante

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dans la marche des épidémies, et aggravent l’état individuel de tous les malades ; ils font souvent naître des complications sérieuses et accélèrent parfois la terminaison funeste.

Les orages suivent, dans leur distribution géograghique, la marche de la température, de l’humidité et des pluies. Ils diminuent en marchant vers le nord; ils sont subordonnés au caractère maritime ou continental du climat, et augmentent dans les pays de montagnes. Nulle part ils ne sont aussi violents et aussi communs qu’entre les tropiques, pendant l’hivernage et au changement des moussons. A celte époque, il est rare qu’il se passe un jour sans que le tonnerre se fasse entendre. À la côte occidentale d’Afrique, comme à Madagascar, il éclate un orage presque tous les soirs, et pendant la nuit le ciel est sillonné d’éclairs. Cependant il est des parages où on n’en observe jamais : au Pérou, à Sainte-Hélène, par exemple. Dans la zone des calmes, il y en a presque tous les jours; dans celle des vents alisés, ils sont aussi rares que la pluie; mais ils deviennent fréquents à partir de cette limite. En Europe, ils sont d’autant plus rares qu’on remonte davantage vers le nord. Il tonne rarement à partir du 65e degré de latitude, et jamais au delà du 75e. En parlant de l’atmosphère maritime, nous avons signalé la fréquence des orages le long des côtes et leur rareté lorsqu’on gagne le large.

7° Ozone. — Nous serons tout aussi brefs en ce qui a trait à l’ozone. Il n’y a que 25 ans que Schœnbein l’a découvert, et, depuis cette époque, les observations n’ont pas été assez multipliées pour que la climatologie puisse en tirer quelque parti. Elles semblent démontrer, toutefois, que l’ozone et l’électricité atmosphérique suivent la même marche et se maintiennent dans des rapports constants. Le docteur Bérigny (de Versailles), a tiré de ses longues recherches les conclusions suivantes :

1° La courbe de l’ozone est en raison inverse de la température;

2° Elle se maintient en raison. presque directe de la tension de la vapeur et de l’humidité relative ;

5° Elle est souvent en opposition avec celle du degré de sérénité du ciel.

Le docteur Pietra-Santa, dans un mémoire présenté à l’Institut, en 1861, est arrivé à des conclusions analogues. Jacolot, médecin de première classe de la marine, s’est livré à de patientes recherches sur le même sujet, dans le cours d’une campagne qu’il a faite, en 1864, sur les côtes d'Islande. Ses observations sont d’accord avec celles de ses prédécesseurs. Il a reconnu, comme eux, que la quantité d’ozone augmente par les temps couverts et surtout pluvieux, et qu elle est fortement influencée par l’état d’agitation de l’atmosphère. Jamais, dit-il, l’ozone n'a été plus abondant que les jours où la pluie était accompagnée d’un grand vent. Il a remarqué également qu’un accroissement, dans la densité de l’air, s'accompagnait d’une légère augmentation dans le chiffre de l’ozone, et que ce chiffre s’élevait aussi sous l'influence des aurores boréales, si communes dans les parages où il observait.

La constatation de ces faits est intéressante sans doute, mais il faudra

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des recherches plus nombreuses et plus concluantes pour que l’on puisse tenir un compte sérieux de l’ozone en climatologie, et surtout pour justifier les applications un peu hâtives que les observateurs allemands ont cru pouvoir en faire à la pathologie. L’influence attribuée par Schœnbein et par Bœckel à l’excès d’ozone sur la production des maladies de poitrine, et notamment de la phthisie, la coïncidence des fièvres intermittentes et des affections gastriques avec l’abaissement du chiffre de cet élément atmosphérique, nous paraissent devoir être mises sur la même ligne que le rôle que Bœckel a voulu lui faire jouer dans 1 épidémie de choléra de 1849. Ce sont des faits qui attendent encore leur démonstration.

8° Pureté de l’air. — Nous ne nous sommes occupé jusqu’ici que des conditions physiques de l’atmosphère sans tenir compte de sa composition. C’est là que s’arrête la météorologie, mais l’hygiène va plus loin. Pour elle, la condition qui domine les autres, c’est la pureté de l’air, et c’est sur elle que se mesure la salubrité des climats.

Le sol verse incessamment, dans l’atmosphère, le produit des décompositions organiques qui s’opèrent à sa surface, sous la double influence de la chaleur et de l’humidité. Les miasmes sont demeurés jusqu’ici à peu près rebelles à l’analyse, mais ils sont appréciables à nos sens et se révèlent par leurs pernicieux effets. Leur nature et leurs propriétés dépendent de la constitution des terrains, de la pénétrabilité du sous-sol, de la végétation, des cours d’eau, et surtout de la facilité de leur écoulement. Lorsqu’un obstacle s’y oppose, lorsqu’une couche argileuse retient à la surface les eaux météoriques, elles s’accumulent dans les points déclives et s’y altèrent. De leur fond tourbeux s’élève une végétation palustre au milieu de laquelle vit et pullule tout un monde d’animaux dont l’existence éphémère est liée à celle de la couche de liquide qui les recouvre. Le niveau de celleci s’élève lorsque les pluies sont abondantes et s’abaisse lorsqu’elles viennent à cesser. Les parties momentanément découvertes se dessèchent et répandent dans l’atmosphère les miasmes résultant delà décomposition des êtres organisés qu’elles renfermaient. Ces effluves entraînés par la vapeur d’eau s’élèvent sous l’influence de la radiation solaire, ils retombent le soir et pendant la nuit. Le vent les disperse et les transporte souvent à de grandes distances.

La constitution des marais varie avec la latitude, la nature du terrain et celle des eaux. Dans l’intérieur des terres, ils ne renferment que de l’eau douce; sur le littoral, ils sont constitués par de l’eau de mer ou par un mélange d’eau douce et d’eau salée. Les émanations qui s’en dégagent doivent évidemment présenter des différences analogues, mais l’analyse n’a pas encore permis de le constater, et la médecine n’a pas été plus heureuse dans les tentatives qu’elle a faites pour rattacher l'existence de telle ou telle maladie à la constitution particulière de tel ou tel marais. Elle n’a pu constater encore que des degrés dans l’intensité de l’infection palustre. Celle-ci se mesure sur l’élévation de la température. Elle a son maximum dans la zone torride, où son action s’exerce d’une manière à

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peu près continue; elle décroît en remontant vers le nord, où elle ne se fait plus sentir qu’à certaines époques de l’année; elle s’éteint, lorsqu’on se rapproche des régions polaires, où il n’y a plus de décomposition ni d’évaporation possible, où l’air est aussi pur qu’il est froid.

Les graves questions que soulève l’étude des marais et que nous n’avons pu qu’effleurer en passant, seront traitées, ailleurs, avec les développements qu’elles comportent ( voy . Marais) : ils ne sont pas, du reste, les seuls agents de la viciation de l’air.

Des causes moins générales peuvent aussi la produire. L’agglomération des populations dans des espaces insuffisants, les déplacements en masse, les événements politiques, les batailles meurtrières, les sièges prolongés, peuvent également créer des foyers d'infection qui s’épuisent le plus souvent sur place, mais qui dépassent parfois leur sphère d’action et se répandent dans les contrées voisines. Ce dernier ordre de causes est indépendant de l’action des climats et ne doit pas nous occuper.

9° Influence pathogénique des climats. — Après avoir passé successivement en revue chacun des éléments de la climatologie, il nous reste à apprécier, à un point de vue tout à fait général, l’influence que ces conditions réunies exercent sur la production des maladies et sur leur répartition à la surface du globe. C’est la partie la plus obscure de notre sujet. La plupart des lois qu’on a cherché à établir sont basées sur des observations insuffisantes et ne peuvent supporter le contrôle des faits. Elles reposent presque toutes sur un principe faux. Chaque pays, a-t-on dit, a ses maladies, comme il a sa flore et sa faune ; les maladies, comme les plantes ont leurs habitats, leurs stations, leurs limites géographiques (Boudin). S’il en était ainsi, il ne s’agirait plus que de les grouper par régions, d’en fixer le domaine et de tracer la carte nosologique du globe. C’est une espérance que nous avons longtemps caressée nous-même, mais à laquelle nous avons été forcé de renoncer, à mesure que nous avancions dans nos études. Pour qu’il fût permis d’assimiler ainsi les maladies aux plantes et aux animaux, il faudrait qu elles fussent douées, comme eux, d’une existence indépendante et susceptibles de groupements et de classifications analogues : « II faudrait, comme le dit si judicieusement Leroy de Méricourt, dans son introduction ( Archives de médecine navale , t. Il, p. 8), qu’on pût admettre des espèces morbides et donner à ce mot, en pathologie, le même sens qu’en histoire naturelle; or, il ne peut v prendre place que d’une manière figurée et comme un artifice de langage. » Les maladies ne sont pas des êtres, elles exigent un support et ne sont que des attributs, que des modifications d’individus existant déjà. Il n’existe qu’un seul groupe nosologique qui se prête à ce mode de classement, ce sont les affections parasitaires, et cela parce qu’elles remplissent la condition précédemment indiquée, parce qu’elles résultent delà superposition d’un organisme à un autre. Cette exception confirme donc la règle, au lieu de l’infirmer. Le nombre des maladies spéciales à telle ou telle contrée est extrêmement restreint, et tandis que les progrès de la géographie botanique amènent chaque jour la découverte de quelque plante nouvelle, ceux

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de la géographie médicale tendent au contraire à restreindre le nombre des maladies, en faisant rentrer dans le cadre de celles qui sont connues de tout le monde, une foule d’affections mal déterminées, décorées de noms bizarres empruntés au langage du pays et qui ne figurent en nosologie sous des dénominations particulières que par suite de l’insuffisance des observations, qui n’a pas encore permis de leur assigner leur véritable place. Nous aurons l’occasion d’en citer un certain nombre dans le courant de ce travail.

Les espèces animales et végétales sont parquées dans des zones climatériques, qu’il ne leur est pas permis de franchir et conservent partout leurs caractères. Les maladies se modifient en passant d’un climat à l’autre, et ne connaissent pas de barrières semblables. La peste et la lièvre jaune ont franchi vingt fois les limites qu’on leur avait assignées ; la fièvre typhoïde est plus rare sans doute sous la zone torride, mais on l’y retrouve assez souvent, pour qu’on ne puisse pas admettre l’immunité dont certains auteurs ont gratifié à son égard les régions intertropicales, îl n’est pas jusqu’aux maladies dont le domaine géographique passe poulie plus restreint, qu’on ne puisse retrouver ailleurs, avec un peu de patience dans les investigations. Le béribéri, qu'on regardait jadis comme exclusif au climat de l’Inde, a suivi les coolies à bord des navires qui les transportaient aux Antilles, en faisant ainsi un saut de trois mille lieues : on l’y a retrouvé plus tard, sous le nom de maladies des sucreries ( voy . Béribéiu). Les grandes maladies, celles qui déciment l’espèce humaine et la mettent en coupe réglée, se retrouvent à peu près partout. Les différences climatériques ne portent guère que sur leur degré de fréquence et de gravité, sur la prédominance de certains symptômes et sur les conditions particulières des organismes qu’elles affectent. Nous n’aurons donc le plus souvent que de simples nuances à signaler, nuances capitales sans doute, puisque le traitement se base sur elles, mais empreintes de ce vague qu’on retrouve partout en pathologie, et qui fait de la médecine la plus difficile des sciences. En pareille matière, il est bien malaisé d’établir des lois générales, et si n’était la crainte de sortir de notre sujet, nous démontrerions, en les prenant une à une, l’inexactitude de la plupart de celles qu’on a formulées : nous soumettrions au même contrôle la question de l’antagonisme pathologique ; nous rechercherions s’il est en réalité des maladies qui s’excluent et qui ne peuvent vivre sous le même ciel, ou s’il n’y a là qu’une vue séduisante de l’esprit. Bornons-nous à dire que les exemples choisis jusqu’ici n’ont pas été heureux. Dans le cours de cet article, nous montrerons, à chaque page, la phthisie pulmonaire, vivant côte à côte avec l’intoxication paludéenne, et la fièvre typhoïde venant, de temps en temps, s’y joindre, mais il nous tarde de revenir à notre point de départ. « Les maladies, a dit Miihry, n’ont pas été jetées au hasard sur la terre. » Cela n’est pas contestable ; mais les lois qui président à leur répartition ne sont pas encore suffisamment connues, et il vaut mieux se mettre à leur recherche que de les inventer. Celles qui sont bien établies se réduisent à peu de chose.

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En ce qui concerne les climats, nous devons établir d’abord qu’il n’en est pas d’absolument inhabitable, au moins pour un temps. Grâce à l’admirable llexibilité de son organisation, grâce aux ressources que lui fournit son intelligence, l’homme peut vivre sous toutes les latitudes et s’acclimater à toutes les hauteurs. Il peut supporter des froids de 57° comme celui que le capitaine Bach observa à Fort-Reliance, en 1854; il peut vivre alors que le thermomètre marque 48° à l’ombre, ainsi qu’on l’a constaté au Sénégal. 105 degrés centigrades séparent ces températures extrêmes, et la tolérance de l’organisme pourrait encore aller au delà. Il ne réagit pas avec la même puissance contre les causes infectieuses; cependant, il n’est pas de point dn globe, quelque insalubre qu’on le suppose, dont le séjour soit absolument impossible, où quelque variété de l’espèce humaine ne puisse se maintenir.

Relativement aux maladies, il faut reconnaître encore qu’elles ne sont pas toutes soumises à l’influence des climats. Les affections chirurgicales, les pyrexies exanthématiques, les névroses, un grand nombre de phlegmasies et le groupe tout entier des diathèses échappent à leur action. L’herpétisme, le cancer, la syphilis, la scrofule, la phthisie, se retrouvent partout, et l’immunité qu’on a attribuée à certaines régions, au point de vue de ces deux dernières, se réduit à un moindre degré de fréquence. Ce n’est plus dès lors qu’une question de nombre. Hâtons-nous de dire, toutefois, que les maladies les plus répandues et les plus meurtrières, sont sous la dépendance des influences climatériques. On peut les diviser en deux grands groupes, basés sur l’action des éléments que nous avons passés en revue et dont nous avons fait ressortir l’importance. Au premier, se rattachent les maladies produites par les émanations du sol ; au second celles qui sont le résultat des vicissitudes atmosphériques, des variations que subissent la température et l’humidité de l’air. Les premières sont de beaucoup les plus graves. Elles ont leur maximum d’intensité dans les régions torrides, elles diminuent de nombre et de gravité en s’éloignant de l’équateur et disparaissent en se rapprochant des pôles. Les autres marchent en sens inverse, et forment le fond de la pathologie des climats tempérés et des climats froids. Les premières appartiennent plus particulièrement à la classe des pyrexies, et les innombrables manifestations de l’intoxication paludéenne y occupent le premier rang. Lesphlcginasies des organes abdominaux, qui appartiennent plus spécialement à ces latitudes, ont elles-mêmes quelque chose d’infectieux qui les rapproche des précédentes; enfin les redoutables épidémies qui viennent de temps en temps effrayer le monde, reconnaissent le même point de départ et nous viennnet des pays brûlés par le soleil. Les maladies causées par les vicissitudes atmosphériques appartiennent, au contraire, à la classe des phlegmasies franches, et intéressent le plus souvent l’appareil respiratoire et les articulations. Les pyrexies sont surtout représentées, sous les latitudes élevées, par les fièvres éruptives et par la fièvre typhoïde.

La salubrité d’un climat est, en général, d’autant plus grande qu’il est plus éloigné de l’équateur. Plus on s’en rapproche et plus le cadre noso-

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