L. Martineau
COITIIVIOTIOIV. — La commotion est un ébranlement par violence extérieure d’une partie ou de la totalité d’un organe, qui en altère les fonctions tout à coup, les suspend, ou mémo les abolit à jamais, sans cependant avoir produit la désorganisation de son tissu. C’est une différence capitale de la commotion et de la contusion, qui s’accompagne au moins d'ecchymose, et ordinairement, dans les organes mous et pulpeux, comme le cerveau et le foie, de la déchirure et d’une sorte de broiement de leur substance; aussi la contusion, dans les organes susceptibles
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de commotion, est-elle nécessairement suivie d’une inflammation causée par la désorganisation du tissu, tandis qu’un des caractères essentiels de la commotion est de produire des accidents qui décroissent à partir du moment du choc dont elle tire son origine.
Tous les organes ne sont pas également susceptibles d’éprouver la commotion : ce sont surtout les organes pulpeux et massifs, plutôt que des parties ylures, qui en éprouvent les effets. Cependant, il ne faudrait pas pousser cette opinion à l’extrême, et croire que les centres nerveux, le foie, le rein, etc., soient les seuls organes sur lesquels la commotion puisse être produite; en effet, les os eux-mêmes n’en sont pas exempts : les vibrations des os du crâne, qui donnent lieu à la commotion cérébrale, sont l’effet d’une véritable commotion de ces os ; elles résultent d’un choc plus ou moins violent, et existent sans fracture ; bien des nécroses, des ostéites, ont pu être la suite d’ébranlements sans contusion du diploé ou de l'organe médullaire. Ce n’est pas seulement la masse et le défaut de consistance qui prédisposent les centres nerveux à la commotion : il faut tenir compte, dans l’étiologie de leur ébranlement, de leur enveloppe osseuse, tantôt d’une seule pièce, à cause de la solidarité de ses parties par les sutures, comme le crâne, tantôt d’os réunis par des articulations plus ou moins mobiles et nombreuses, comme la colonne vertébrale, mais qui, dans les occasions où se produit la commotion, forme un étui continu et solide, capable de transmettre le choc qu’il reçoit. Aussi la moelle épinière, dont la masse n’est pas remarquable, est-elle susceptible de commotion, quoique moins souvent que le cerveau. Le crâne et la colonne vertébrale protègent le cerveau et la moelle contre les influences extérieures, et surtout, dans un grand nombre de cas, contre le contact immédiat d’un corps vulnérant ; ils s’opposent à ce que des chocs légers et fréquemment renouvelés ne produisent des accidents graves, mais en même temps, par leur résistance même, dans des occasions plus rares, ils contribuent à l’ébranlement des centres nerveux qu’ils enveloppent, en leur communiquant l’effet des vibrations, dont ils sont eux-mêmes animés. C’est surtout quand la commotion a lieu par contre-coup que l’influence de l’enveloppe osseuse se fait sentir. Dans une percussion de l’occipital, par exemple, les lobes antérieurs du cerveau ne seraient pas frappés de commotion, et quelquefois de contusion, qui est la limite du premier de ces accidents, si le crâne n’était pas dur, et, pour ainsi dire, tout d’une pièce, en même temps qu’il peut offrir des mouvements vibratoires. C’est aussi de cette manière, par communication du choc reçu, qu’une chute sur les pieds, les genoux ou le siège, causera un ébranlement d’autant plus violent de la moelle épinière ou de l'organe médullaire des os, que le mouvement imprimé aura été moins interrompu et affaibli par un moins grand nombre d’articulations.
Si donc la commotion a paru un accident particulier aux centres nerveux, c’est qu’il y est plus fréquent en raison des circonstances ci-dessus mentionnées, et plus appréciable parce que l’importance de ces organes a rendu le résultat de leur ébranlement plus frappant par la haute in-
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fluence qu’ils exercent sur le reste de l’organisme. Aussi n’est*ce, en général, qu’à ces parties importantes qu’il convient de rapporter ce qui, dans notre définition, a trait à une abolition complète et sans retour des fonctions. On verra, en étudiant la commotion du cerveau, que la mort peut être immédiatement causée par cet accident ; de même une paraplégie incurable peut résulter tout à coup de la commotion de la moelle épinière. Quelques parties du système nerveux peuvent offrir le même phénomène : l’amaurose sera l’effet de la simple percussion et commotion de l’œil ; un coup violent sur la région deltoïdienne, et sans désorganisation du nerf circonflexe, pourra donner lieu à la paralysie du muscle.
Le foie, suspendu dans la cavité de l’abdomen, est, par sa masse, son poids et sa texture, exposé à la commotion ; cependant, on ne pourrait en tracer l’histoire, en indiquer les suites et les accidents que par analogie. On peut supposer qu’ils consisteront dans l’affaiblissement, la perversion ou la suspension des fonctions de cet organe et non dans leur abolition complète, car au delà d’un certain degré, la commotion du foie deviendra contusion et déchirure, qui donneraient lieu à des complications trèsgraves, entraînant presque nécessairement la perte du malade, et différant sensiblement des effets de la commotion. Nulle part dans les traités de pathologie il n’est question de la commotion du foie, ou du moins aucune description spéciale n’en est donnée; elle ne peut être distinguée de la contusion de cet organe et de sa déchirure que par l’absence de certains accidents comme l’épanchement de sang dans la cavité abdominale ou une inflammation très-aiguëque la simple commotion ne produirait pas, on peut le croire du moins. Il n’y a pas ici comme pour le cerveau une différence radicale dans les phénomènes, entre la commotion et la contusion; au contraire une contusion légère du foie doit produire à peu près les mêmes symptômes que sa commotion : afflux sanguin, hyperémie plus ou moins durable, trouble des fonctions, ictère plus ou moins prononcé. On ne peut guère distinguer la contusion de la commotion que par les circonstances dans lesquelles elles ont été produites. Une contusion ne peut être que le résultat d’une pression directe, la commotion du foie sera plutôt l’effet d’une secousse del’abdomen sans que l’hypochondre droit ou l’épigastre ait été le siège d'un choc immédiat.
Pour les reins, la douleur locale et l'hématurie pourront bien être des signes de la commotion, mais ce sera encore l’absence d’une percussion directe, qui servira alors à distinguer le simple ébranlement de l’organe de sa contusion ou de sa déchirure; il faudra de plus, pour arriver à un diagnostic précis, distinguer l’hématurie rénale de celle qui, dans des circonstances semblables pourraitprovenir d’une autre partie des voies génitourinaires. Ainsi, on a signalé une chute sur les lombes, sur le bassin, les secousses répétées de l’équitation sur un cheval dont le trot est dur comme des causes d’hématurie rénale, mais dans ce dernier cas le sang pouvait aussi bien provenir de la vessie, cependant on trouve dans la science quelques observations où la lésion rénale est signalée d’une manière plus
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nette, et où, par conséquent, la commotion de l’organeest mieux accusée. Ce sont des cas où le malade est resté affecté après l’accident de coliques néphrétiques. Chopart rapporte les deux faits suivants : « J’ai vu, dit-il, un homme qui n’était point habitué à aller à cheval, et qui ayant couru la poste pendant trois jours, ressentit des douleurs aiguës dans le ventre et principalement dans la région des reins. Ses urines furent sanguinolentes, d’une chaleur considérable et en petite quantité. La fièvre et des symptômes d’inflammation me déterminèrent à lui tirer dix palettes de sang en vingt-quatre heures ; ces saignées, des boissons émulsionnées, des lavements et le repos lui procurèrent un prompt soulagement, dans la suite il fut sujet à des accès néphrétiques et rendit des urines graveleuses, etc., etc.
« L’auteur du mémoire, qui a obtenu le prix de l’Académie royale de chirurgie sur les contre-coups dans les diverses parties du corps, excepté la tète, rapporte qu’il a vu un homme uriner le sang presque pur, plusieurs jours de suite, pour être tombé à califourchon d’environ deux pieds de haut sur une barre de fer. Cet homme, qui jouissait avant sa chute d’une bonne santé, a été sujet depuis cet instant à des coliques néphrétiques et à une fréquence d’urine avec sortie habituelle de petits graviers. 11 avait ressenti au moment de la chute vers la région lombaire une douleur assez marquée, cette douleur a persisté depuis ce temps-là; on peut donc regarder les reins comme ceux des organes urinaires, qui ont éprouvé plus vivement la commotion. »
Ces observations prouvent ce que présente de délicat le diagnostic même de la commotion dans les divers organes. J’ai dit plus haut que l’amaurose peut résulter de la simple commotion de l’œil : c’est, en effet, ce qu’on trouve dans tous les traités d’ophthalmologie; il y a deux motifs pour admettre cette opinion : 1° l’aspect de l’œil ne paraît pas changé bien que la vision soit en partie ou complètement perdue ; 2° elle est recouvrée quelquefois avec rapidité. N’y a-t-il pas lieu de supposer alors que la rétine n’a éprouvé qu’une altération de fonction? mais il iarrive aussi que la cécité se prolonge ou même reste incurable, doit-on admettre alors qu’il n’y a aucune lésion du tissu de la rétine? l’usage de l’ophthalmoscope répond aujourd’hui à cette question. Dans des cas où, à l’œil nu, il ne semblait y avoir aucune lésion physique, cet instrument a permis de constater du sang épanché sous cette membrane, sa déchirure même et dès lors il était démontré qu’au lieu d’une simple commotion, on avait affaire à une contusion plus ou moins violente. Il faudrait donc, pour reconnaître la commotion de la rétine, avoir fait l’épreuve de l’ophthalmoscope, et même dans des cas légers, peut-être arriverait-il que des lésions physiques appréciables seraient constatées, telles qu’une congestion ou une ecchymose.
Ainsi qu’on le voit, les effets de la commotion sont très-différents suivant l’organe et dans le même organe ils varieront selon le degré, d’une manière d’autant plus marquée que cet organe sera plus sensible. C’estsurtout dans les centres nerveux, lecerveau, la moelleépinière que les nuances
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pourront être observées et que des degrés d’un pronostic variable seront établis. On peut dire d’une manière générale que le premier degré de la commotion est caractérisé par une période d'affaiblissement d’action, d’affaissement auquel peut succéder soit un prompt rétablissement, soit une période de congestion, et même de réaction inflammatoire. Ce n’est pas comme dans la contusion parce que le tissu a été lésé, désorganisé, ses vaisseaux déchirés, mais à cause du ralentissement de la circulation et l’affaiblissement de T influence nerveuse, qui favorisent l’afflux et la stase des liquides. On peut le plus souvent par des moyens appropriés s’opposer entièrement à cette seconde période de la commotion, ce qui serait impossible dans la contusion, dont le traitement a des lésions physiques à réparer, des épanchements sanguins à résorber, une inflammation déjà déclarée ou du moins inévitable à combattre.
L’anatomie pathologique paraît avoir démontré l’état d’affaissement d’un organe frappé de commotion, mais il est encore ici question du cerveau. Tout le monde connaît l’exemple cité par Littré, de ce jeune criminel qui se tua immédiatement en se frappant la tête contre les murs de son cachot : il avait succombé à une commotion violente ; aucune lésion n’avait été appréciable, mais le cerveau parut affaissé et ne pas remplir le crâne. Sabatier rapporte un exemple semblable. Dupuytren avait adopté cette opinion. Lorsque la mort n’arrive pas immédiatement, la substance de l’organe contient plus de sang et de sérosité que dans l’état normal, et il y a lieu de penser que cette congestion eût été suivie d’inflammation.
Il serait difficile de donner un traitement qui pût s’appliquer à la commotion en général et dans tous les organes. Il est clair que la considération de l’organe ébranlé est pour beaucoup dans les indications. On ne traitera pas une commotion des centres nerveux comme une commotion du foie. Toutefois, on peut dire que, dans la période de commotion simple, les stimulants diffusibles, les cordiaux, plus tard les révulsifs, devront être choisis de préférence. Les évacuations sanguines conviendront mieux pour combattre cette stase consécutive des fluides, qui pourrait conduire à l’état inflammatoire ; mais si, dans la commotion cérébrale, on débutait par la saignée, on pourrait encore diminuer le mouvement circulatoire, déjà si affaibli, et causer la mort. Comme un aussi grand danger ne résulterait pas de la saignée dans la commotion des autres organes, on ne peut pas leur faire rigoureusement l’application du même principe, d’autant moins que, chez eux, l’inflammation est plus à craindre, et que la commotion elle-même n’est reconnaissable qu’au début de quelque phénomène inflammatoire. 11 convient de renvoyer le lecteur à la commotion de ces organes en particulier.
J. L. Petit, Traité des maladies chirurgicales. In-8. Supplément à ce traité, 1. 111, p. 47. Bazille, Mémoire sur les contre-coups, couronné en 1771 (Prix de l’Académie royale de chirurgie, in-8, t. IV, p. 420).
Chopart, Traité des maladies des voies urinaires, t. I, p. 112. In-8.
COMPRESSE
Dupuytren, Traité des blessures par armes de guerre, 1. 1, p. 251.
Gama, Traité des plaies de tête, p. 75, 1850.
Penonvilmehs, Compendium de chirurgie, t. II, p. C05.
S. Laugier.
COMPRESSE. — La compresse est une pièce de linge intermédiaire aux topiques et aux bandages; elle maintient les premiers sur la partie blessée, et elle est soutenue elle-même par un moyen convenable de déligation chirurgicale.
Le plus souvent elle est faite en toile assez fine, souple, bien lessivée, sans couture ni ourlet. De même que pour les bandes, une toile un peu usée doit être préférée à une toile neuve, plus rigide et moins perméable. A défaut de toile de fil, on peut prendre, pour faire les compresses, une étoffe de coton privée d’apprêt, surtout si elles ne doivent pas s’appliquer directement sur la peau ou sur la plaie, et toute étoffe propre, souple et perméable, pourrait, à la rigueur, rendre le même service. On se sert aussi de compresses de flanelle lorsqu’on veut soustraire la partie blessée au refroidissement. •
La compresse présente des dimensions variables en rapport avec l’étendue des surfaces qu’elle doit recouvrir. Elle peut être simple, double ou repliée plusieurs fois sur elle-même. Sa forme se rapporte à un des types suivants, conservés en chirurgie et décrits dans les ouvrages consacrés au pansement des plaies. La compresse carrée (fig. 62) s’applique sur les Fig. 62. Compresse carree. larges surfaces du tronc. La compresse languette est la plus employée; sa forme est celle d’un long rectangle (fig. 65). La compresse triangulaire et la com-
presse en fichu ou en cravate, ont été le point de départ des bandages de Mayor, et sont conservées en chirurgie, surtout comme moyen de déligation (fig. 64 et 65). La croix de Malte et la demi-croix de Malte ,
Fig. C>i. — Compresse triangu- Fig. 65. — Compresse en fichu : c’est la compresse^ en
laire : c’est la compresse car- triangle repliée deux ou trois fois du sommet à la rée pliée de manière à réunir base, deux angles.
dont on ne savait pas se passer jadis dans le pansement du moignon des
Fig. 65. — Compresse longuette.