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EFFETS PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES

Les effets physiologiques et pathologiques de la compression sont directs ou indirects ; les premiers se produisent dans les tissus mêmes qui la supportent, les seconds se manifestent à distance par des phénomènes qui sont sous la dépendance de la circulation ou de l’innervation.

1 0 Effets directs. — Si nous analysons les effets directs de la compression, nous reconnaissons que les parties sur lesquelles elle agit sont modifiées dans leur forme , dans leur circulation , dans leur innervation et dans leur nutrition.

Forme. — Les parties molles cèdent, grâce à leur élasticité, devant les forces compressives qui agissent sur elles, et leur forme s’altère. Diminuentelles réellement et brusquement de volume? Non, car la quantité d’eau qu’elles contiennent est telle qu’on peut les considérer comme des liquides, et les liquides sont incompressibles; mais elles se déplacent, elles fuient sous la pression. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que se produit une diminution réelle du volume des parties comprimées, et, comme nous le verrons plus loin, elle a lieu par atrophie. La compression agissant de dehors en dedans déprime les parties molles et accolle les parois des cavités et des canaux qu’elle rencontre; si, au contraire, elle agit de dedans en dehors, le déplacement se fait en sens opposé, il y a expansion, distension de ces cavités et de ces canaux. Nous verrons ces deux modes de déformation par compression rendre de nombreux services en thérapeutique chirurgicale.

Les os eux-mêmes, malgré leur dureté, se déforment assez rapidement sous l’influence d’une compression qui agit d’une façon continue. Mais ici, au lieu d’un déplacement momentané, il se produit une forme nouvelle, et le volume, dans la plupart des cas, a diminué sensiblement : les parties comprimées se sont atrophiées. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce phénomène en parlant des altérations nutritives dues à la compression.

11 n’est pas jusqu’à la forme même des éléments qui composent nos tissus physiologiques ou pathologiques qui ne reconnaisse souvent pour cause la compression. En son absence les cellules sont rondes; elles s’aplatissent ou deviennent polyédriques, fusiformes, etc., suivant le sens dans lequel elles sont comprimées.

Circulation . — Les phénomènes circulatoires dus à une force compressive sont des plus manifestes : les vaisseaux s’aplatissent, les liquides qu ils

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contiennent sont chassés. Le système capillaire se vide ; les petites artères cessent d’y verser du sang; les veines et les lymphatiques devenus imperméables forcent la circulation de retour à prendre une autre voie. 11 y a anémie locale, pâleur et refroidissement. Mais, sous l’influence de la compression, lorsqu’elle est un peu énergique et continue, les vaisseaux sont paralysés; suspendez l’action de la force qui les aplatit, immédiatement ils se laissent distendre par le sang qui afflue vers eux : il y a pléthore, rougeur et chaleur. Cette réaction est passagère; elle est en rapport avec la durée et l’énergie de la compression. C’est ainsi que nous voyons rouges et congestionnées les parties qui ont été comprimées : les vaisseaux abdominaux ou thoraciques, comprimés par un épanchement, par la grossesse, sont gorgés de sang après la paracenthèse, après la parturition.

Innervation. — Les phénomènes nerveux locaux sont une paralysie de la motilité : nous avons déjà signalé celle des vasomoteurs. Du côté de la sensibilité, on voit se succéder de l’engourdissement, des picotements, puis des douleurs qui peuvent devenir considérables si la compression est à la fois énergique et permanente.

Nutrition. — Les phénomènes de nutrition interstitielle sont des plus intéressants à étudier. En même temps que les vaisseaux se vident, les liquides interstitiels qui baignent nos tissus sont refoulés de toutes parts et en même temps que les parties comprimées sont privées des liquides nutritifs, elles sont en quelque sorte desséchées; comme résultat inévitable, nous avons l’atrophie : car la compression, en même temps qu’elle empêche l’abord du sang, hâte le départ des produits liquides de désassimilation. Si l’organe comprimé est en voie de développement, sa croissance s’arrête, et, dans la lutte qu’il soutient contre les forces qui le compriment, il prend quelquefois les formes les plus bizarres. Les pieds des femmes chinoises nous en offrent un curieux exemple. On sait l’habitude qu’ont les Chinois de noble race de comprimer les pieds de leurs petites filles pour en arrêter la croissance; on connaît aussi l'arrêt de développement et les déformations qui en sont la conséquence et les accidents qui peuvent en résulter.

Toute atrophie de cause locale mécanique reconnaît pour cause une compression. ( Voij . Atrophie.) On peut prévoir immédiatement que tous les tissus ne seront pas égaux devant la compression : ceux qui sont durs, élastiques, peu succulents, exangues ou pauvres en vaisseaux, devront lui résister facilement (cartilages, tissus fibreux, fibro-cartilages) ; ceux, au contraire, qui sont succulents et vasculaires se laissent assez facilement atrophier par elle (foie, poumons, muscles, certains tissus pathologiques).

Les différents degrés de la compression du poumon , produite par les épanchements pleurétiques, nous fournissent ici d’intéressants exemples. Dans les cas légers, sans être absolument vide d’air, le parenchyme pulmonaire semble plus serré, il est devenu plus compact et plus consistant, l’organe a diminué de volume et de capacité ; à un degré plus élevé de compression, l’air a été chassé des bronches et des alvéoles, mais les

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vaisseaux sanguins sont encore perméables, le poumon est compacte, rouge, gorgé de sang carnifié : on l’a comparé alors à un morceau de chair musculaire. Au dernier degré, les vaisseaux sont vides de sang, aplatis, et le poumon est transformé en une couche mince de tissu grisâtre et coriace. La trame fibreuse a seule résisté aux effets atrophiques de la compression.

Nous avons vu, en parlant de l’atrophie, qu’elle peut avoir lieu par régression graisseuse ou amyloïde, ou par liquéfaction simple. Ces différents processus peuvent-ils reconnaître pour cause une compression? Pour la régression amyloïde, rien jusqu’ici rien ne le prouve. La transformation graisseuse s’observe dans certains tissus pathologiques où une compression interstitielle est des plus manifestes (cancers, tubercules, certains sarcomes), mais rien ne prouve qu’il ne faille pas l’attribuer à une toute autre cause. Nous nous bornerons à en admettre la possibilité. C’est donc par liquéfaction simple que se produit, dans la grande majorité des cas, l’atrophie due à la compression. Les éléments des tissus comprimés, privés des sucs nutritifs nécessaires à leur conservation, diminuent de volume, se liquéfient et sont résorbés.

Nous avons vu aussi, au sujet de l’atrophie, les liens étroits qui Punissent à l’ulcération et à la gangrène, et nous avons démontré que, suivant l’intensité de la cause qui agit sur nos tissus, ces différents processus pathologiques peuvent se substituer l’un à l’autre. Les effets directs de la compression nous fournissent une nouvelle preuve à l’appui de cette assertion. Si la force qui comprime agit avce énergie et pendant un temps suffisant, elle aboutit à l’ulcération et la gangrène ( voy . Ulcération, Gangrène) . Ici, les exemples abondent elles chirurgiens ont appris, souvent à leurs dépens, combien ces accidents sont à redouter dans l'application des bandages, des appareils et des compresseurs.

La compression semble, dans quelques cas, aboutir à l’hypertrophie. C’est du côté des téguments que s’observe ce phénomène. La main des ouvriers, la plante des pieds chez ceux qui marchent nu-pieds, présentent une véritable hypertrophie de la couche épidermique. Doit-on l’attribuer aux compressions fréquentes auxquelles ces parties sont exposées. Nous ne le croyons pas. Nous ne voyons là qu’un excès de travail fonctionnel aboutissant, comme dans beaucoup d’organes, à un excès de nutrition. Il est possible toutefois que ces compressions réitérées et intermittentes provoquent par la fluxion qui les suit, un certain degré d’irritation nutritive dans les parties sur lesquelles elles agissent.

2° Effets indirects. — Outre les effets locaux que nous venons d’étudier, la compression peut déterminer des effets indirects plus ou moins éloignés des parties sur lesquelles elle agit. Ces phénomènes, qui sont de la plus haute importance en médecine comme en chirurgie, sont sous la dépendance du système circulatoire et du système nerveux.

Système circulatoire. — Lorsqu’une artère est comprimée d’une façon efficace, elle cesse d’être perméable et malgré la circulation collatérale qui ramène le sang au-dessous de l’obstacle, il y a anémie des parties auxquelles

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elle se distribue. Ces parties peuvent dans certains cas, à la vérité, contenir autant et plus de sang qu’à l’état normal, mais ce liquide ne se renouvelle plus aussi rapidement, et cette pléthore apparente qui cache une anémie réelle tient au ralentissement ou à l’arrêt de la circulation de retour. On comprend facilement que tout dépendra, si la compression de l’artère est permanente, de la facilité plus ou moins grande des voies collatérales. Celles-ci, en général, se laissent dilater, et bientôt la circulation, qui se fait par une voie indirecte, a acquis assez d’activité pour entretenir d’une façon suffisante la nutrition des parties auxquelles se distribue l’artère comprimée. C’est ce qui s’observe surtout lorsque la compression n’oblitère pas le vaisseau d’une façon brusque et absolue ; lorsqu’elle est intermittente, graduelle et qu’elle ne porte pas en même temps sur les collatérales. Dans des conditions opposées, ces dernières, bien que perméables, n’acquièrent pas un développement suffisant, elles ne fournissent pas dans le domaine de l’artère oblitérée la quantité de sang nécessaire; la nutrition y languit et l’atrophie en est la conséquence. Les parties sont froides, exsangues dans la plupart des cas, elles peuvent aussi présenter les teintes violacées de l’asphyxie locale ; elles diminuent de volume et perdent leur fermeté. Un pas de plus et elles se couvrent de phlyctènes et d’ulcérations, et tombent en gangrène. Richet dans son article sur les anévrysmes a bien montré que ces accidents peuvent être la conséquence de la compression des artères tout aussi bien que de leur ligature. C’est la connaissance raisonnée et l’étude étiologique de ces accidents qui ont conduit les chirurgiens aux méthodes et aux procédés employés de nos jours dans la compression des artères. ( Voy . t. II, Anévrysmes.)

Nous ne pouvons pas étudier ici les effets produits par la compression de chacun des gros troncs artériels pris isolément. Des tumeurs, des épanchements suivis de déplacements, l’intervention de l’art, ont permis de les étudier. Ces effets sont spéciaux à l’anémie de chaque organe auquel se distribue l’artère comprimée. (Voy. Aorte, Carotide, Anévrysme, Cerveau, Poumon, Foie, Rate, Rein, etc.)

La compression des veines et des lymphatiques entrave et peut même suspendre la circulation de retour et l’absorption interstitielle. Ces vaisseaux sont alors distendus puis dilatés par les liquides qu’ils contiennent. Si cette dilatation se prolongeais deviennent variqueux. (Voy. Varices.) Les parties sont alors rouges violacées, gorgées de sang veineux, puis bientôt œdémateuses. Est-il nécessaire de rappeler ici les accidents consécutifs à la compression du cordon pendant l’accouchement? l’asphyxie et la mort du fœtus peuvent en être la conséquence. Lorsque cesse la compression qui oblitérait les veines, ces vaisseaux, grâce à leur élasticité, reviennent à leurs dimensions normales et tout rentre dans l’ordre. Toutefois, si leur distension s’est trop longtemps prolongée, ou si elle se répète trop fréquemment, l’état variqueux peut devenir permanent. Citons quelques exemples. La fréquence des varices, aux membres inférieurs et à la vulve, l’œdème de ces parties et l’apparition des hémorrhoïdes chez les femmes enceintes, ont été, avec juste raison, attribués à la compression des veines pelvien-

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nés par l'utérus distendu par le produit de la conception. Après l’accouchement, ces dilatations variqueuses et l’œdème qui les accompagne disparaissent spontanément. Toutefois, lorsque ces accidents se sont reproduits pendant plusieurs grossesses successives, il n’est pas rare de voir l’état variqueux devenir permanent. De même, les hémorrhoïdes, en dehors de la grossesse, peuvent reconnaître pour cause la compression des veines du rectum par une tumeur pelvienne. De même aussi la plus grande fréquence à gauche, du varicocèle, a été attribuée entre autres causes, à la compression des veines du cordon, de ce côté, par l’S iliaque du côlon, surtout en cas de constipation habituelle.

Les lymphatiques, bien plus rarement toutefois, peuvent, comme les veines, présenter des dilatations variqueuses dues à une compression qui agit sur un point de leur trajet : on en a signalé au cou, à la cuisse. Kœberlé a trouvé, sur un kyste ovarique, des vaisseaux lymphatiques gros comme le doigt; ils étaient comprimés au niveau du pédicule de la tumeur par le rebord osseux du détroit supérieur.

Système nerveux. — Les effets indirects de la compression des centres nerveux, forment un des plus importants chapitres de la pathologie, tant médicale que chirurgicale. Cette étude sera faite dans d’autres articles de ce dictionnaire, en même temps que celle de l’encéphale et de ses maladies. (Voy. Encéphale.) Qu’il nous suffise de dire que ces phénomènes sont des paralysies dans le domaine des nerfs qui partent des parties comprimées ou qui y aboutissent.

Les phénomènes dus à la compression des troncs nerveux, sont du même ordre : paralysie de la sensibilité pour les nerfs sensitifs, paralysie de la mobilité pour les nerfs moteurs. Quand un nerf mixte est comprimé, il y a d’abord engourdissement de la partie à laquelle il se distribue, puis des fourmillements, des picotements qui peuvent devenir assez vifs et une paralysie plus ou moins absolue des muscles. Nous avons fréquemment l’occasion d’observer sur nous-mêmes ces divers phénomènes, lorsque dans une position vicieuse, nous comprimons contre un objet résistant un de nos troncs nerveux facilement accessibles : le cubital par exemple, lorsque nous sommes accoudés; le sciatique poplité interne, qui, les jambes étant croisées, se trouve comprimé entre la face postérieure du tibia et la rotule du côté opposé. Ces phénomènes ne sont ([lie transitoires et cessent bientôt après la compression; mais si cette dernière est un peu persistante, la paralysie qu’elle détermine peut ellemême durer quelque temps. L’action des béquilles auxiliaires nous en fournit un exemple qui ne laisse pas que d’inquiéter très-sérieusement les malheureux blessés. Lorsqu’ils laissent porter tout le poids du corps sur la crosse axillaire, les nerfs du plexus brachial comprimés longtemps et souvent, contre la tète de l’humérus, ne tardent pas à se paralyser. Quelques jours de repos suffisent en général pour dissiper ces accidents et une poignée, à portée de la main, adaptée à la béquille, suffit pour les conjurer.

La compression des troncs nerveux peut aussi donner lieu à des phé-

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nomènes qu’il est moins facile d’expliquer et qui semblent rentrer dans la série si élastique des actions réflexes. Qu’une balle, un projectile, un corps étranger ou une cicatrice, comprime un tronc nerveux et donne naissance à une névralgie; rien de plus naturel lorsque les douleurs sont continues et qu’elles se manifestent sur le trajet du nerf; mais elles peuvent se produire dans un endroit éloigné, n’ayant aucun rapport avec le nerf comprimé ; la compression est continue et la névralgie peut être intermittente. De même, une cause identique aux précédentes peut être suivie d’atrophie, d’ulcération, de lésions de nutrition et dans la circonscription du nerf intéressé, et dans des points éloignés ; de même encore le tétanos en a été la conséquence. Ces accidents que nous signalons rapidement, seront repris au sujet des lésions nerveuses. ( Voy . Nerfs.) Là, il sera licite d’exposer et de discuter les théories au moyen desquelles Brown-Séquard cherche à les expliquer. Du reste il est permis de se demander, en face de ces phénomènes morbides, s’il faut les attribuer uniquement à la compression des nerfs, et quelle part il convient d’accorder à l’irritation des troncs nerveux intéressés.

Quant à la compression violente des troncs nerveux, elle se confond avec leur contusion et comme effets directs et comme effets indirects. ( Voy . Contusion, Nerfs.)

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Les services rendus par la compression à la thérapeutique sont si multiples, qu’il nous est indispensable de suivre, pour les étudier, l’ordre qui nous à servi à classer ses effets physiologiques et pathologiques. Nous étudierons donc 4° la compression directe et 2° la compression indirecte dans le traitement des maladies, et nous les considérerons à un point de vue général, en renvoyant, pour tous les détails, aux articles où est exposée l’histoire des affections dans lesquelles elles sont employées.

1° Compression directe. — Elle a pour but de modifier la forme, la vascularisation ou la nutrition des parties sur lesquelles on l’applique.

Forme. — Au point de vue de la forme , elle rend de fréquents services à l’orthopédie en lui fournissant un de ses plus puissants moyens d'action. Les courbures des os, les déplacements vicieux des articulations, cèdent à la longue à des forces compressives continues, habilement dirigées et méthodiquement appliquées. {Voy. Orthopédie.) S’il y a fausse ankylosé par contracture musculaire, surtout si l’affection est de date récente, la compression méthodique du corps des muscles contractés est un des plus puissants moyens dont on puisse disposer. Les bandes élastiques rendront ici d’excellents services.

Dans le traitement des fractures, la contention des fragments par les appareils n’est pas autre chose qu’une compression méthodique du membre fracturé, aidée elle-même par des moyens de rigidité. Les muscles ainsi comprimés cessent de se contracter et d’augmenter le chevauchement; les extrémités osseuses conservent les rapports dans lesquels les a laissées la coaptation. Certaines attelles dans ces appareils n’agissent

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qu’cn comprimant : telle est, par exemple, l’attelle tibiale pour la jambe, l’attelle antérieure fémorale pour la cuisse, etc. ( Voy . Appareil, Fracture.) L’appareil à pointe métallique de Malgaigne au moyen duquel on déprime directement le fragment supérieur du tibia lorsqu’il fait saillie, nous représente encore un des services rendus par la compression directe dans le traitement des fractures.

Dans les luxations, les méthodes de réduction dites par glissement, par refoulement, sont des exemples de compression directe ramenant les extrémités articulaires dans leur position normale. (Voy. Luxation.) Elle forme la moitié de la pratique des rebouteurs et rhabilleurs.

Tous les bandages herniaires sont des appareils compresseurs, qui pressent directement sur l’orifice au travers duquel s’échappe l’ofgane hernié; et le Iaxis lui-même n’est qu’une compression directe au moyen de laquelle on fait rentrer l’hernie. De même aussi, certains réducteurs qui compriment lentement un organe déplacé et le ramènent petit à petit dans sa position normale. Nous en avons cité plusieurs à l’article Caoutchouc (voy. ce mot), et ils feront l’objet d’une étude spéciale dans les parties de cet ouvrage, consacrées aux hernies du cerveau, des organes thoraciques et abdominaux et aux déplacements de l’utérus.

Viennent encore tous les cathétérismes dilatateurs des canaux rétrécis. On peut à juste titre les considérer comme une compression directe appliquée de dedans en dehors. (Voy. Rétrécissement, Urèthre, Nez, Cathétérisme.)

Vascularisation. — La campression directe s’adresse au système vasculaire local des parties sur lesquelles elle est appliquée dans des cas plus nombreux encore. Les hémorrhagies artérielles, veineuses et capillaires, peuvent être arrêtées par une compression directe, faite dans la plaie, sur l’orifice même des vaisseaux qui fournissent le sang. C’est un moyen si employé, qu’il est en quelque sorte vulgaire : instinctivement, les gens les plus étrangers à l’art, compriment directement les plaies pour arrêter l’écoulement du sang. Mais pour être universellement connu, il n’en devient pas moins utile et les chirurgiens, même les plus jiabiles, y ont fréquemment recours. Sous l’appareil ou le bandage compresseur, les caillots se forment, et, bien soutenus eux-mêmes, ils peuvent boucher d’une façon efficace et souvent définitive l’orifice des vaisseaux ouverts. (Voy. Hémorrhagie.)

Dans les varices et les ulcères variqueux, la compression directe rend des services incalculables : elle a pour but de diminuer le calibre des veines variqueuses ; elle chasse le sang qui les distend ; elle supplée à leur défaut d’élasticité et de tonicité, et rétablit la circulation. En outre, s’il y a ulcère, perte de substance, elle en rapproche les bords et favorise le travail de cicatrisation. On rend cette compression élastique au moyen du caoutchouc tissé. (Voy. Varices, Caoutchouc.) On a eu aussi recours à elle pour oblitérer les veines variqueuses, soit qu’on les aplatisse dans un point de suture entortillé qui embrasse, en même temps qu’elle, la peau qui le recouvre, soit qu’on ait recours, pour arriver au même résultat, à

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un appareil compresseur, celui de Sanson, par exemple, qui comprime entre deux plaques métalliques la veine soulevée et la peau qui la recouvre. Enfin la compression directe a formé, dans les anévrysmes comme dans les hémorrhagies, une méthode de traitement qui est trop justement appréciée par Richet, dans son article auquel nous avons déjà si souvent renvoyé, pour que nous croyons utile d’y revenir ici.

Nutrition. — Au point de vue de la nutrition interstitielle , les tissus enflammés, les tissus infiltrés de sang et de sérosité, et les tissus pathologiques peuvent être très-largement et très-heureusement modifiés par la compression directe. Elle agit alors en provoquant les phénomènes de nutrition interstitielle que nous avons déjà signalés plus haut dans les tissus physiologiques. Ce sont des phénomènes de résorption et d’atrophie ; voyons-les rapidement.

La bosse sanguine est distendue par une collection de sang; comprimée vivement, elle s’aplatit, et le sang qu’elle contient s’infiltre dans le tissu conjonctif environnant, où il est repris par l’absorption. Dans toute contusion du premier et du second degré, du sang est infiltré en plus ou moins grande abondance dans les mailles du tissu conjonctif ; une compression permanente ou mieux transitoire, réitérée et promenée des parties contuses vers les parties avoisinantes, le massage , en un mot, disperse, étend sous une moindre épaisseur l’infiltration sanguine et hâte sa résorption. Si, outre le sang, il y a des liquides synoviaux et même inflammatoires épanchés dans le tissu conjonctif, autour d’une articulation, dans l’entorse, par exemple, le massage, c’est-à-dire la compression directe, peut rapidement conjurer tous les accidents. ( Vog . Articulations, Entorse, Massage.) On se demande vraiment comment une méthode si rationnelle et si avantageuse comme résultats a pu rencontrer autant d'opposition. On cherche aujourd’hui à la généraliser, on a même proposé d’y avoir recours pour faciliter le diagnostic de certaines lésions traumatiques articulaires, lorsque l’épanchement et le gonflement masquent les saillies osseuses et cachent la vérité.

Enfin, certaines tumeurs kystiques peuvent être opérées par compression directe, par écrasement. C’est une des méthodes employées dans les kystes des synoviales du poignet et de la main, connus sous le nom de ganglions.

La compression directe, lorsqu’elle est continue et assez énergique, suspend la circulation, et, par conséquent, l’absorption dans les parties sur lesquelles elle agit. Elle peut donc arrêter momentanément l’absorption des poisons et des venins dans les plaies empoisonnées et envenimées; mais, comme nous le verrons plus loin , elle atteint moins facilement et moins sûrement ce résultat, que la compression indirecte faite entre la plaie et le cœur sur les vaisseaux veineux et lymphatiques.

Peut-on ranger la compression directe parmi les antiphlogistiques locaux? On l’a employée dans les phlegmons et dans les inflammations chroniques. On comprend très-bien que dans les premiers elle puisse, faite d’une manière méthodique, modérer l’afflux sanguin et lutter contre l’in-

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filtration et contre l’hypertrophie inflammatoire; mais cette action suffitelle toujours, et n’est-elle pas souvent entourée de dangers? Pour juger la question il suffit de se rappeler que, dans le processus phlegmasique, il y a habituellement à côté de la distension vasculaire, et la précédant même, un arrêt de la circulation dans les capillaires obstrués, et il devient dangereux de favoriser cet arrêt par la compression. De plus, il y a dans l’inflammation suppurative, à côté des phénomènes hypertrophiques, des phénomènes de destruction, de liquéfaction et de résorption qu’on doit craindre d’exagérer. Or, nous avons vu que tel est précisément le mode d’action de la compression sur la nutrition interstitielle des tissus. Il est de plus avéré que des tissus vivement enflammés se mortifient facilement; c’est même là une des terminaisons spontanées de l’inflammation; or l’ulcération et la gangrène sont des accidents que la compression directe peut développer dans des tissus sains. Elle les produira bien plus facilement dans des tissus enflammés. Comment nous expliquer alors, d’une part, le patronage accordé, par des chirurgiens tels que Velpeau, à la compression directe dans certaines formes de l’inflammation, et, d’autre part, l’abandon à peu près général de cette méthode et les accidents qu’elle a provoqués. Est-ce là simplement une affaire de dextérité et de tact chirurgical ? Faut-il croire que les insuccès tiennent à une mauvaise application des bandages compressifs? En analysant avec soin les observations contenues dans le mémoire de Velpeau, il nous a semblé reconnaître qu elles avaient toutes trait à des inflammations superficielles de la peau, et presque toutes à des érysipèles. Or, dans ces formes de l’inflammation, l’hyperémie et l’infiltration sont les phénomènes dominants, surtout au début. Quoi de plus naturel que de les voir très-favorablement modifiées par une compression méthodique? Les résultats seront bien différents si cette dernière s’adresse à une inflammation franchement suppurative, à un phlegmon profond, ou, surtout, à un phlegmon diffus, et on ne sera pas en droit d’attribuer à la maladresse du chirurgien les accidents d’étranglement qu elle ne pourra que favoriser.

Nous ne parlerons pas des qualités contagieuses des liquides inflammatoires infiltrés et des accidents de diffusion qui pourraient être provoqués par toute force tendant à les disperser dans les parties saines. Cette objection est de peu de valeur comparativement à celle que nous avons cru devoir adresser à l’emploi de la compression directe dans l’inflammation aiguë. A ceux qui ne seraient pas convaincus des dangers de cette méthode, nous conseillerons de lire et de méditer la pathogénie du phlegmon diffus de l’étranglement et de la gangrène inflammatoire.

Mais peut-on adresser les mêmes objections à l’emploi de la compression directe dans les phlegmasies chroniques? L’expérience prouve que non, et nous croyons devoir attribuer son efficacité aux raisons suivantes :

Les tissus enflammés chroniquement sont des tissus atteints d’hyper trophie inflammatoire , d’une hypertrophie dans laquelle des éléments nouveaux, analogues à ceux qui forment les granulations dans les plaies,

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sont venus s’infiltrer, en quelque sorte, au milieu des éléments préexistants, entre lesquels ils ont pris naissance. La vascularisation de ces tissus est souvent exagérée; souvent, aussi, ils sont œdémateux. Quoi de plus naturel que l’emploi , contre de pareils désordres , d’une méthode qui diminue la vascularité, favorise la résorption des liquides infiltrés et détermine l’atrophie par liquéfaction et absorption des éléments de formation nouvelle, qui, par leur organisation même, sont appelés à disparaître les premiers. Pour arriver à ces résultats, la compression doit être modérée, méthodique et continue. Les bandes ordinaires sont insuffisantes; elles se relâchent trop vite. Dextrinées, amidonnées ou couvertes d’une substance emplastique, elles maintiennent bien la compression, mais elles ont le défaut de ne pas suivre le retrait des parties sur lesquelles on les applique. Les bandes élastiques devront donc leur être préférées ; elles sont malheureusement d’un maniement fort difficile, car la compression qu’elles exercent, pour peu qu’elle soit trop forte, devient rapidement intolérable pour le malade, et elle n’est pas exempte de dangers.

Nous avons obtenu d’excellents effets de la compression continue dans l’adénite et dans l’orchite passées à l’état chronique, dans les ulcères calleux, dans les plaies bourgeonnant avec exubérance. Les bandages compresseurs font merveille dans les engorgements et dans les inflammations chroniques de la mamelle. Lorsqu’ils sont méthodiquement appliqués, ils ramènent assez facilement cette glande à ses dimensions premières, et font di§paraître tous les noyaux d’indurations. Lorsqu’il y a des abcès et des trajets fistuleux, ils favorisent l’écoulement du pus et la cicatrisation des foyers. ( Voy . Mamelle, Mastite.)

On a aussi préconisé la compression directe dans les tumeurs blanches contre lesquelles elle a été employée même dans les cas d’ostéite et de carie articulaire avec suppuration et trajets fistuleux. A ses effets résolutifs et atrophiques, elle joindrait alors une action mécanique empêchant la stagnation du pus et la pénétration de l’air dans la cavité articulaire. Il est bon de noter aussi que tous les appareils compresseurs des articulations, employés jusqu’ici dans les traitements des tumeurs blanches, immobilisaient la jointure sur laquelle ils étaient appliqués. Cette immobilité contribuait, pour une large part, aux heureux résultats qu’on obtenait d’eux.

Citons encore, comme effet résolutif de la compression directe, les succès obtenus par le professeur Dumas, de Montpellier, dans le traitement du céphalœmatome, par des couches réitérées de collodion appliquées à la surface de la plaie. (Voy. art. Collodion.)

Nous sommes arrivés à l’étude de la compression directe dans les tumeurs proprement dites. Elle a joui, à une époque déjà assez éloignée de nous, d’une faveur qu’elle devait plus à son défenseur qu’à ses succès réels. Récamier l’a préconisée dans le traitement des cancers du sein. Mais malheureusement, les prétendues guérisons qu’il a obtenues s’expliquent trop facilement par des erreurs de diagnostic. Il ne suffit pas qu’une tumeur mammaire soit de date ancienne, dure, bosselée, indolente

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ou lancinante et sillonnée par de grosses veines dilatées, pour qu’il soit permis de la déclarer cancéreuse. Tous les cas où le succès complet a couronné l’emploi de la compression peuvent être considérés comme des mastites chroniques. Nous savons, en effet, la tendance envahissante des tumeurs cancéreuses : les progrès incessants, tantôt lents, tantôt rapides, qu’elles font vers la périphérie sont restés jusqu’ici irrésistibles, si ce n’est peut-être au couteau et aux caustiques; encore faut-il que ces moyens destructeurs agissent hardiment au large de la tumeur. Cette dernière pousse en effet ses prolongements au delà des limites que seraient tentés de lui assigner l’œil et le doigt explorateur du chirurgien. Ce sont là des conditions qui frappent d’impuissance la compression directe.

Quant à l’arrêt momentané de développement et aux améliorations passagères dues à la compression directe dans les tumeurs cancéreuses du sein, nous y croyons sans peine et nous pouvons nous les expliquer. Certaines tumeurs cancéreuses, les squirrhes notamment et surtout les squirrhes atrophiques, ont, par leur nature même, une tendance marquée vers l’atrophie. (Voy. Cancer, Atrophie, Squirrhe.) On trouve dnns la masse même de la tumeur des nids de cellules en voie de régression, de liquéfaction et de résorption. Quoi de plus naturel que de voir la compression favoriser et accélérer, dans des tissus qui spontanément les présentent, des phénomènes qu’elle peut produire, dans les tissus sains. La guérison serait possible et même infaillible sans les progrès incessants de l’infiltration cancéreuse vers la périphérie de la tumeur. *

D’autres causes d’erreur, dans la juste appréciation des effets de la compression appliquée aux tumeurs cancéreuses, sont les suivantes. Sous l’influence des bandages compressifs, la totalité de la tumeur a diminué de volume, mais ce sont les tissus sains qui se sont atrophiés. Là compression chirurgicale est venue en aide aux masses cancéreuses qui les compriment, les étouffent et, déterminent leur résorption. Ou bien encore les tissus qui environnent le pseudoplasme sont enflammés chroniquement, œdémateux, gorgés de sang, leurs systèmes capillaire et veineux sont distendus; une compression méthodique les ramène vers leur état normal et diminue le volume total de la tumeur. La compression directe ne sera donc jamais qu’un palliatif d’une utilité médiocre dans le traitement des tumeurs cancéreuses.

2° Compression indirecte. — La compression indirecte s’est adressée sans succès au système nerveux; appliquée aux artères, elle a obtenu les plus brillants résultats ; quant à la compression indirecte des veines et des lymphatiques, elle ne semble indiquée jusqu’ici que dans les plaies envenimées ou empoisonnées.

Il y a nombre d’années James Moore avait imaginé un appareil compresseur qui avait pour but d’obtenir l’anesthésie, pendant les opérations chirurgicales sur le membre inférieur, par la compression du nerf fémoral et du grand nerf sciatique. Ses tentatives ne Turent pas couronnées de succès et sa méthode fut abandonnée. Depuis lui, et de loin en loin, on a proposé la compression des troncs nerveux dans les névralgies. Elle

COMPRESSION

EFFETS THÉRAPEUTIQUES

produit quelquefois un peu de soulagement, tantôt passager, tantôt durable; quelquefois aussi elle semble exaspérer la douleur. {Voij. Névralgie, Nerfs.)

La compression indirecte des artères a été dirigée contre les anévrysmes, contre les hémorrhagies et contre l’inflammation. Il ne nous reste rien à dire au sujet de son emploi dans le traitement des anévrysmes. Celle partie de notre étude a été traitée de main de maître dans le second volume de ce dictionnaire. ( Voy . Anévrysme.) Quant à la compression indirecte dans les hémorrhagies, elle appartient de droit aux articles hémorrhagie, plaie, amputation. Utile et comme moyen de traitement et comme moyen de diagnostic, elle demande trop de développements pour pouvoir figurer ici.

Reste la compression indirecte des artères comme traitement de l’inflammation. Erasistrate comprimait circulairement au moyen de ligatures la racine des membres atteints d’inflammation. A une époque plus rapprochée de nous, Blaud (de Beaucaire) proposait la compression des carotides dans l'hydrocéphale aiguë chez les enfants, et Ilenroz présentait à l’Académie de médecine de Belgique un mémoire tendant à démontrer l’utilité de la compression artérielle dans les inflammations des extrémités. Les observations de Vanzetti (de Padoue) sont venues rappeler l’attention sur le même sujet, et récemment on en publiait une observation prise dans le service de Nélaton. Ces observations, qui se ressemblent sous beaucoup de rapports, ne prouvent pas très-clairement l’utilité de la méthode : elles nous ont semblé peu concluantes. Rajeunie en quelque sorte périodiquement, la compression artérielle, comme traitement de l'inflammation, n’a pas su prendre pied dans la pratique chirurgicale. Quoique nous n’ayons aucun fait de notre pratique personnelle à lui opposer, nous ne pouvons l’accueillir qu’avec une extrême réserve. Théoriquement, du reste, on ne peut pas comprendre l’efficacité de la compression indirecte de l’artère d’un membre atteint de phlegmasie. Qu’obtient-on en effet? le ralentissement ou l’arrêt de la circulation artérielle et la cessation des douleurs pulsatiles qui correspondent aux battements du pouls. Si l’inflammation n’était que de l’hyperémie, la compression artérielle aurait quelque chance de succès. Mais, d’abord, il faut noter que la circulation de retour sera toujours plus ou moins entravée par la compression. De plus la circulation n’est activée que vers la périphérie des points réellement enflammés où, comme nous l’avons vu déjà, elle est plutôt ralentie. Enfin les troubles circulatoires ne sont qu’un des facteurs de l’inflammation; malgré toute leur importance, ils ne sont pas les seuls à considérer et, ce qui le prouve, c’est la possibilité de la phlegmasie dans des tissus qui, comme le cartilage et la cornée, sont privés de vaisseauxsanguins. La compression artérielle, pas plus que la compression directe ne semble donc devoir triompher d’une inflammation franchement phlegmoneuse. Elle a pu être inoffensive, mais elle pourrait aussi provoquer la terminaison par gangrène.

On a publié dans ces derniers temps à l’étranger quelques succès obtenus dans l’éléphantiasis des membres inférieurs par la ligature de l’artère iliaque externe, ou de la fémorale. 11 semble rationnel, avant de procéder

COMPEESSION.

BIBLIOGRAPHIE

à cette opération, d’essayer, dans cette même affection, la compression indirecte de l’artère du membre malade. Vanzetti, dans sa dernière communication à la Société de chirurgie, en a rapporté une observation qui semble plaider en faveur de cette méthode. Nous nous sentirions très-disposé à y avoir recours, car nous avons affaire ici à une lésion hypertrophique.

Enlin, on a aussi proposé la compression indirecte des artères comme moyen de traitement dans les névralgies. Nous n’en avons trouvé que deux observations, et nous avouons qu’elles sont pour nous inexplicables.

Mieux que la compression directe, la compression indirecte des veines et des Ivmphatiques, peut, dans les plaies envenimées, arrêter l’absorption du poison ou du venin. Pour arriver à ce résultat, il suffit de faire entre la plaie et le cœur une ligature serrée comprimant circulairement le membre blessé. On en comprend facilement l’action; la circulation de retour étant entravée, le principe toxique ne peut plus être versé dans le torrent circulatoire. On a donné le conseil, lorsqu’on ne peut pas détruire dans la plaie le poison ou le venin qui y ont été déposés, de relâcher de temps en temps la ligature pour leur permettre de pénétrer, par petites quantités, dans l’organisme qui, au fur et à mesure, s’en débarrasse par la voie des excrétions. ( Voy . Plaie empoisonnée, Plaie envenimée.)

Consultez la bibliographie des articles Anévrysme, Caoutchouc, Coi.i.omon, Compresseur, Hémorrhagie.

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compresseur. — Nous réservons le nom de compresseur aux instruments et aux appareils destinés à la compression médiate des artères. Cette définition a l’avantage de ne s’appliquer qu’à un même genre d’instruments ayant entre eux les liens les plus étroits, et elle les sépare des nombreux moyens de compression et des appareils compressifs qui, employés en chirurgie dans un but différent, n’ont d’analogue avec les précédents que leur mode d’action sur nos tissus. Nous négligeons aussi le compresseur de James Moore, au moyen duquel ce chirurgien espérait obtenir l’anesthésie par la compression des troncs nerveux. Cet appareil est inefficace. Nous arrivons aujourd’hui au résultat qu’il cherchait par des moyens différents.

Les compresseurs sont d’origine moderne, car on ne saurait considérer comme tels les liens circulaires serrés autour des membres, proposés par Galien et reproduits dans les ouvrages de Guy de Chauliac et de Fabrice d’Acquapendenle. Tout au plus est- on en droit de considérer comme le premier exemple d’un appareil compresseur le bandage de Bernard Ganga, généralement attribué à Théden. ( Voij . Bandages.)

C’est en 1674, au siège de Besançon, que Morel , chirurgien français , proposa son garrot. Ce fut d’abord un lien circulaire garrotté autour de la racine du membre au moyen d’un bâtonnet. Nuck, Yerduc Lavauguyon le perfectionnèrent. On glissa une plaque de bois, de cuir ou de corne b sous le lien et le bâtonnet pour protéger la peau. On plaça sur le trajet de l’artère a une compresse épaisse formant coussinet (fig. 72), ou mieux une pelote compressive pourvue, sur sa face libre, d’un anneau dans lequel passe le lien constricteur. Cet ap-

Fjg. 72. — Garrot appliqué sur le bras.

COMPRESSION. — COMPRESSEUR

pareil est simple, efficace, facile à improviser partout, mais la constriction qu’il exerce s’oppose d’une façon absolue à la circulation de retour; il devient vite très-douloureux et ne peut, sans menace de gangrène, rester longtemps serré autour d’un membre. Il peut servir à arrêter une hémorrhagie artérielle lorsqu’on n’a rien d’autre sous la main.

Ln 1718, J. L. Petit remplaça le garrot par le tourniquet qui porte son

nom. Ce fut pour remédier à des hémorrhagies secondaires chez le marquis de Rothelin, qui, vingt et un jours auparavant, avait subi l’amputation de la cuisse. Cet instrument, un peu modifié par Larrey, devint plus léger et plus maniable. 11 se compose (fig. 75) d’une pelote compressive A, d’une pelote de contre-pression B, d’un ruban solide pourvu d’une boucle C, fixé par ses deux extrémités sur la pelote compressive, réfléchi sur deux roulettes, qui tonnent les côtés de la plaque supérieure et passant sous la pelote de contre-pression où il glisse dans un anneau, et enfin il est complété par une vis de pression D, qui, faisant descendre la pelote A, l’écarte de la plaque supérieure et produit la striction.

Le progrès est sensible. Lorsque l’appareil est appliqué, la striction s’exerce surtout au niveau des deux pelotes; on peut la faire varier à l’infini, serrer et desserrer l’appareil sans le déranger et en/confier même le maniement au malade. Toutefois, le ruban ne passe pas sur la surface du membre sans exercer une certaine pression, et le plus grave inconvénient du garrot n’est qu’en partie évité. Passons sur quelques variétés du tourniquet de J. L. Petit, proposées par des chirurgiens ou par des couteliers : elles sont sans importance pratique. Nous arrivons à l’étude des compresseurs où cette constriction circulaire du membre n’a pas lieu.

Dans les dernières années du siècle dernier, Brückner, chirurgien à Gotha, ayant à traiter un anévrysme poplité, comprima l’artère fémorale au moyen d’un appareil formé d’un anneau de fer un peu plus large que la cuisse, traversé par une vis armée d’une plaque de compression. L’anneau était maintenu en place par une attelle externe. Le malade, qui n’avait pu supporter longtemps le tourniquet, fut guéri par cet appareil. Au commencement de ce siècle, Blizard et J. Moore supprimèrent la moitié de l’anneau fémoral. Leurs compresseurs furent formés d’un demicercle métallique, garni en arrière d’une pelote de contre-pression, et, en avant, d’une vis terminée par une pelote compressive. C’est à peu près le compresseur de Dupuytren qui fut lui-même modifié et amélioré et que

Fig. 73.

— Tourniquet de J. L. Petit, modiiié par Larrey.

COMPRESSION. — COMPRESSEUR

l’article Anévrysme

nous représenlons ici comme un des types de ce nouveau genre d’appareils.

11 se compose, comme le montre la ligure (fig. 74), d’une pelote de contre-pression , large et arrondie, d’une pelote compressive mue par une vis et maintenue par deux montants, et enfin d’une armature. Celle-ci est formée de deux lames d’acier qui, glissant l’une sur l’autre, peuvent s’adapter aux différents diamètres des membres sur lesquels on veut appliquer l’appareil ; une vis de pression les fixe. Enfin ces lames sont pourvues, vers leur extrémité libre, d’une brisure à charnière, réglée par une vis, qui permet de varier à volonté l’inclinaison des plaques.

Le défaut du garrot était évité ; la pression ne s’exercait que sur deux points du membre diamétralement opposés; et de plus cet appareil pouvait s’adapter facilement au pli de l’aine. Il fut imité par Signorini, dont l’appareil est figuré et décrit dans cet ouvrage à (Voy. vol. II, p. 585.)

Le compresseur à pression élastique et graduée de Marcellin Durai

rappelle aussi par scs dispositions celui que nous venons de décrire.

Il nous présente un élément nouveau , c’est une force élastique agissant sur les pelotes (fig. 75).

La pelote de contre-pression est beaucoup plus large; ce qui lui donne plus de fixité; la pelote compressive D, plus petite, a une action plus précise et plus limitée. L’armature est interrompue par un double ressort en spirale C, dont les extrémités sont réunies par une vis A, qui règle la tension élastique de l’appareil. Chacune des extrémités de l’armature est formée de deux lames plates, glissant l’une sur l’autre, et fixées par une vis R, comme dans l’appareil de Dupuytren.

Les appareils de Dupuytren, de Signorini et de M. Duval, de même que ceux de Ëlizard et de James Moore, et nous pourrions y ajouter le double

Fig. 75. — Compresseur à pression élastique et qraduée de Marcellin Duval.

COMPRESSION. — COMPRESSEUR

tourniquet de S. Gross (de Philadelphie), présentent tous l’inconvénient d’être difficiles à fixer. La pelote de contre-pression quelque large qu’elle soit, n’offre pas un point d’appui d’une fixité suffisante, et le plus petit déplacement permet à l’artère d’échapper à la pelote compressive. Brückner, avec son anneau complet et son attelle externe, se trouvait évidemment dans de meilleures conditions pour éviter cet accident. Pour y obvier et aussi pour répartir la contre-pression sur une plus large surface, afin de la rendre moins douloureuse, on remplaça dans un certain nombre d’appareils compresseurs la pelote de contre-pression par des ceintures métalliques rembourrées, par des cuirasses ou par des gouttières.

V appareil de Read (fig. 76 et 77) nous présente un exemple de ce nouveau genre d’appareils compresseurs.

F.g. 76. - Appareil de Read pour la corn- flG „ Compl.esSeur fémoral de Read : pression continue de l’artere fémorale au Appareil appliqué,

pli de l’aine. ^

Il se compose d’une ceinture métallique rembourrée A, échancrée à sa partie postérieure B, pour loger l’épine du sacrum, bouclée en avant audessus du pubis. A la partie postérieure est fixé, par un pivot, un ressort d’acier C que l’on peut porter à droite ou à gauche de la ceinture. Il se termine en avant par un cadran D qui permet de mouvoir, dans l’étendue d’un demi-cercle environ, la pelote compressive, supportée par une vis E, et fixée d'une façon définitive par la vis de pression F, dans la position qu’elle doit garder.

Le compresseur à pression élastique de Carte (fig. 78) nous présente l’exemple d’une gouttière remplaçant la pelote de contre-pression, et, de plus, l’armature est disposée de façon à rendre élastique la pression de la pelote compressive. Cet appareil est formé d’une gouttière postérieure matelassée, bouclée en avant, d’une pelote compressive et d’une armature disposée de la façon suivante : la tige verticale A glisse dans un cylindre creux, elle est fixée à la hauteur et dans la rotation voulue par une vis de pression C; la tige horizontale B est quadrangulaire , elle glisse dans une coulisse qui termine la tige verticale, et elle est fixée par la vis D. Une jointure folle la termine et permet d’incliner à volonté la tige qui supporte

COMPRESSION. — COMPRESSEUR

Fig. 78. — Appareil à pression élastique de Carte, pour la compression de l’artère fémorale.

la pelote. Celle-ci F est formée par une vis qui traverse trois plaques, elle (jlisse librement dans les deux inferieures, réunies par un cylindre creux, tandis que la plaque supérieure est un écrou. Enfin, les deux plaques GG sont réunies par deux anneaux de caoutchouc 1111 qui donnent à la pression de la pelote son élasticité. En effet, en tournant la vis F, on fait descendre la pelote, mais la résistance que celle-ci rencontre en déprimant les parties molles, fait remonter la vis et la plaque supérieure ; les deux plaques G sont écartées l'une de l’autre, et les caoutchoucs distendus réagissent

avec élasticité; la pelote compressive est donc sollicitée par une force à la fois élastique et continue.

Cette élasticité obtenue dans le compresseur de Marcellin Duval, au moyen des spirales d’acier, rend la pression des pelotes moins douloureuse. Le disposition aussi simple qu’ingénieuse de l’appareil de Carte, a été imitée dans la plupart de ceux qui ont été inventés après lui.

Le compresseur de Nélaton, pour l’aorte abdominale, déjà figuré et décrit, tome II, page 583, est encore un exemple de gouttière de contrepression; l’élasticité est obtenue, comme le montre la figure, par un ressort à boudin fixé dans le corps même de la pelote. Nous retrouvons cette même disposition des pelotes dans le compresseur polydactile de J. Roux, que nous avons déjà fait figurer à l’article Appareil, tome III, page 55. Lorsque cet appareil doit servir à la compression des artères, les chevilles, au lieu d’être droites, sont recourbées et terminées par des pelotes compressives.

Tous les compresseurs que nous avons étudiés jusqu’ici, à l’exception toutefois du dernier que nous venons de nommer, sont des appareils à pression unique, armés d’une seule pelote compressive.

Quelleque soit l’élasticité de cette dernière, quclleque soit l’élenduedela surfgce qui supporte la contre-pression, la pression, qui doit être assez forte pour entraver et arrêter la circulation artérielle, devient assez rapidement douloureuse, puis bientôt intolérable. Tant qu’un seul et même point des téguments, avait à supporter tous les frais de la compression, les compresseurs ne pouvaient agir d’une manière permanente et prolongée sur la circulation artérielle. Les malades les plus courageux se refusaient à en supporter l’action continue. Un grand progrès restait à faire, il fut réalisé le jour où parut le premier compresseur à pression multiple et alternante. Rrocaa démontré que la première idée en revient à Belmas. 11 semble qu’on n’en a pas tout d’abord compris bien la portée : Aujour-

COMPRESSION. -

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