I. — CLIMATS TORRIDES
Limitée, dans les deux hémisphères, par l'isotherme de -+- 25°, cette zone immense représente [dus d’un tiers de la surface du globe. Elle a pour caractères dominants, en météorologie, la constance et l’uniformité des influences atmosphériques; en hygiène, son extrême insalubrité.
Dans la première partie de ce travail, nous avons déjà fait connaître les principaux traits de ce climat; il nous suffira maintenant de les résumer. Une température constamment élevée, qui se maintient à peu près la même du centre aux limites de la zone, et dont les variations annuelles, mensuelles et diurnes, ont moins d’amplitude que partout ail-
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leurs; des saisons peu tranchées, ne différant que par leur degré de sécheresse ou d’humidité; des pluies périodiques et torrentielles, des vents à direction constante; des oscillations barométriques peu étendues, de fréquents orages, et parfois des ouragans terribles; un sol vierge, des marais, des bois et des déserts, tels sont les caractères climatologiques de la zone torride. La chaleur, l’humidité, les émanations palustres y jouent le principal rôle et y développent leur maximum d’intensité. Nulle part les effets ne sont plus étroitement liés à leurs causes ; le caractère à la fois uniforme et excessif de la météorologie se retrouve aussi dans le règne nosologique de celte zone, la plus naturelle de celles que nous avons admises, la seule peut-être qui se prête sans efforts à l’étude des généralités.
Elle se fait remarquer également par la grande variété des races qui l’habitent. Toutes les branches de la grande famille humaine y sont représentées, depuis la race caucasienne, qui tend à l’envahir de plus en plus, jusqu’aux types les plus dégradés de la race éthiopienne, dont elle a été le berceau. Chacune d’elles réagit à sa manière contre l’action du climat, et fournit à l’observation son contingent de maladies; la pathologie des races humaines est encore dans son enfance; c’est une des lacunès que la géographie médicale aura le plus de peine à combler, mais les considérations qui s’y rattachent ne sont pas de notre ressort, et trouveront leur place dans un autre article de cet ouvrage (voy. Races humaines). Pour nous, c’est surtout la race caucasienne que nous aurons en vue; c’est elle qui supporte le plus diflicilement l’influence des climats torrides, et c’est aussi sur elle qu’on en a le mieux étudié les effets. Ils sont moins prononcés chez les créoles, qui jouissent, au point de vue des maladies, de certaines immunités, que chez les Européens, surtout lorsqu’ils sont arrivés depuis peu de temps sous ces latitudes; mais à quelque époque que remonte l’émigration, l’action d’une température élevée n’en continue pas moins à s’exercer : elle diminue l’énergie des fonctions digestives, elle rend l’hématose moins complète, elle exagère l’activité du foie et de la peau, exalte le système nerveux en débilitant l’organisme, et fait naître cet état d’anémie que nous avons décrit en parlant de l’acclimatement, et qui se traduit au dehors par la pâleur du teint, la diminution de l’embonpoint et de la vigueur musculaire, au dedans par le défaut de réaction contre les maladies et par la lenteur des convalescences qui y succèdent. Ces effets sont communs à tous les climats torrides et sont le produit de la chaleur. 11 faut que l’élément miasmatique intervienne pour que les maladies endémiques apparaissent. Leur degré de gravité est en rapport avec la constitution géologique : lorsque le sol est constamment aride, on ne les voit pas éclater; lorsque des terrains exempts de marécages sont couverts d’une riche végétation, les détritus organiques qui s’amassent à sa surface et qui s’y décomposent, peuvent créer un premier degré d’infection palustre, mais ce ne sont généralement alors que des manifestations sans gravité, des fièvres intermittentes légères n’apparaissant qu’à certaines époques, cédant sans peine au sulfate de quinine, et
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n’altérant pas le fond de la constitution. C’est ce qu’on observe sur les hauts plateaux boisés de nos Antilles, par exemple. Dans les plaines basses et noyées, sur les terrains d’alluvion sillonnés de cours d’eau, mais recouverts de forêts ou de liantes herbes, et maintenus, par d’abondantes pluies, dans un état d’humidité constante, la décomposition est plus active; elle n’a plus pour seul aliment les feuilles tombées et les détritus végétaux, le sol y mêle ses émanations dans les parties momentanément desséchées; l’intoxication paludéenne se montre alors sous ses formes les plus redoutables, mais elle y règne à peu près seule et remplit tout le champ de la pathologie. C’est ce qui s’observe dans les pays franchement palustres, à Madagascar, à la Guyane, en Cochichine, etc. Enfin, dans les pays de marais, à inondations périodiques, de nouvelles conditions pathogéniques surgissent, et de nouvelles endémies viennent se joindre aux fièvres intermittentes et les compliquer A l’époque des pluies équatoriales, les eaux s’infiltrent dans le sol desséché, remplissent les marécages, y font naître des myriades d’animaux et de végétaux. Lorsque les pluies cessent, les marais se tarissent, le sol se dessèche et se fendille, tout ce monde éphémère meurt et se putréfie à la fois en répandant dans l’atmosphère les produits complexes de sa décomposition, et en faisant naître des maladies complexes comme leurs causes. Les contrées où ces conditions se réalisent sont les plus malsaines du globe; c’est là qu’on voit régner à la fois, et avec une égale intensité, la dysenterie, l’hépatite et les expressions les plus étranges et les plus graves de l’intoxication palustre. L’Afrique tropicale va nous en offrir le premier exemple; elle nous servira de type dans l’étude des climats torrides, et complétera l’aperçu que nous venons de présenter.
I. Région africaine. — Des cinq parties du monde, l’Afrique est celle qui occupe le plus de place sous la zone torride. Elle lui appartient par les trois quarts de son étendue, tandis que les autres n’y sont comprises que par une minime portion de leur surface. La partie comprise entre les deux lignes isothermes de -+-25°, s’étend, du côté de l’Atlantique, depuis le cap Blanc jusqu’au cap Negro, et, du côté opposé, depuis le tropique du Cancer jusqu’à l’embouchure du Zambèse. Les principales contrées qu’elle embrasse sont : au centre, le Sahara, le Fezzan et le Soudan; à la côte occidentale, la Sénégambie, la Guinée et le Congo; à l’est, la Nubie et l’Abyssinie, sur l’Océan indien, les côtes d’Ajan, de Zanguebar et de Mozambique. Ces contrées sont les plus arides du globe; nulle part, on ne rencontre d’aussi grandes surfaces dépourvues de végétation.
Le centre de l’Afrique n’est cependant ni aussi désert, ni aussi dépeuplé qu’on le croyait autrefois. Les limites de la mer de sable reculent à mesure qu’on en approche de plus près. Les voyageurs qui ont pénétré, depuis vingt ans, dans ces régions si peu connues, ont rencontré çà et là, sur leur passage, des pays fertiles, habités par des peuplades nombreuses, et semés, comme des oasis, au milieu de la solitude des déserts. Livingstone a fait les mêmes remarques, dans ses intéressants voyages au sein de l’Afrique australe, qu'on regardait, avant ses découvertes, comme un
grand plateau continu, bordé par des terrains inclinés du côté des deux Océans et complètement dépourvus de végétation et de cours d’eau. Les régions de l’intérieur offrent partout le même aspect. Les terrains nus y dominent. Ils sont tantôt disposés en immenses plaines de sable ressemblant à des bassins de mer desséchés, comme le Sahara, le désert qui entoure le Darfour et celui qui s’étend entre les montagnes de la Lune et la mer; tantôt soulevés en plateaux larges, mais peu élevés, dont la surface rocailleuse ne peut nourrir ni plantes ni animaux, et sur lesquels se dressent quelques chaînes de montagnes pelées dont l’attitude ne dépasse pas 2,000 mètres. Au milieu de ces déserts, se rencontrent de loin en loin, des parties dont la végétation luxuriante et la culture soignée contrastent avec l’aspect morne et désolé du pays qui les entoure. Le territoire de Kano, la grande vallée de Tintalous, l’oasis d’Asben, que Barth traversa, dans son voyage à Aghadez, sont des exemples de ces oppositions plus frappantes en Afrique que partout ailleurs. Des vallées profondes et marécageuses la sillonnent en tous sens. Elles sont parcourues par des rivières desséchées pendant la majeure partie de l’année et converties en torrents à l’époque des pluies. Ces cours d’eau, bordés de plantes aquatiques qui les rendent inabordables, vont se perdre dans les sables, ou se réunissent pour former des fleuves, dont les uns se rendent .à la mer, dont les autres se jettent dans les grands lacs de l’intérieur. Le plus remarquable est le lac Tchad, que Ton a longtemps décoré du nom de mer de Nigritie et qui n’est bien connu que depuis les voyages de Denham et de Clappcrton, en 1825, et surtout depuis les explorations plus scientifiques accomplies, il y a une quinzaine d’années, par Richardson, Overweg et Barth. Situé au milieu d’un vaste bassin dont le niveau ne dépasse celui de l’Océan que de 255 mètres, et qu’il inonde pendant la saison des pluies, il se présente sous l’aspect d’un labyrinthe de roseaux, d’ilots et d’îles flottantes, bordé de marais impraticables (Barth). Dans l’Afrique australe, les lacs Nyanza, Tanganyska et le N’gami récemment découvert par Livingstone, présentent à peu près le même aspect.
Les côtes offrent à l’œil une succession de plages de sable, de marais, de terrains d’alluvion qu’affleurent des roches balsatiques. Partout où manquent les cours d’eau, le désert arrive jusqu’au rivage. A l’embouchure des fleuves et des rivières, le sol envahi par le limon et les détritus qu’ils charrient, se couvre d’une végétation palustre des plus puissantes. De hautes herbes à pointes acérées, des roseaux liés entre eux par des plantes grimpantes, des forêts de palétuviers émergent de ces plaines vaseuses, au milieu desquelles serpentent les mille bras de fleuves bordés par d’épais rideaux de mangliers. Çà et là s’étendent des flaques d’eau stagnante, des étangs temporaires qu’on désigne dans le pays sous le nom de marigots. Entre ces marécages et la mer règne une longue bande de sable fin, sur laquelle les lames viennent déferler, en formant à l’ouverture des fleuves une ligne de brisants, qu’on désigne sous le nom de barre et qui en rend l’accès très-difficile aux navires.
Lorsque arrive la mauvaise saison, qui, dans l’intérieur, commence en
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