‹ Dictionnaire de mâedecine et de chirurgie pratiquesChapitre 13 sur 113 · O CM · texte numérisé non relu

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juin et finit en octobre, les pluies tropicales, qu’on rencontre à partir du 46e degré de latitude nord, glissent sur la surface nue des larges plateaux du centre, se précipitent dons le lit desséché des torrents, et remplissent les rivières, les marigots et les lacs; bientôt les fleuves débordent, franchissent les cataractes, envahissent les vallées et couvrent de leurs inondations les grands terrains d’alluvion du rivage. Au retour de la saison sèche, qui dure environ huit mois, le soleil darde verticalement ses rayons sur ces surfaces noyées; il a bientôt tari les ruisseaux, desséché les marais et les lacs ; les fleuves sont eux-mêmes réduits à de minces filets d’eau coulant sur un lit de cailloux. Toute trace d’humidité disparaît du sol, la sécheresse est absolue. L’atmosphère s’embrase au contact de ce sol poudreux, les vents brûlants qui s’en élèvent et que rien n’arrête dans leur cours, arrivent jusqu’au littoral et déterminent une élévation de température que les brises du large ne tempèrent qu’imparfaitement.

Température. — L’Afrique tropicale est le pays le plus chaud du globe. En réunissant dans un même calcul tous les points de l’intérieur et des côtes où les observations thermométiques ont été suivies d’une manière régulière, nous avons trouvé, pour moyenne annuelle, 27°6'. Les différences de latitude n’altèrent- pas sensiblement cette moyenne; ainsi, Saint- Louis du Sénégal, situé par 16B1' de latitude nord, a pour moyenne annuelle 27u8' (Dutroulau) ; le Gabon par 0°23', n’a que 28°, et Kouka, sur les bords du lac Tchad, 28°2'. Les variations mensuelles ne sont pas beaucoup plus marquées : la différence entre le mois le plus froid et le mois le plus chaud n’excède pas en moyenne 5°4'. Les variations diurnes, au contraire, sont très-prononcées. Sous cerapport, le Sénégal constitue une exception. Il n’est pas sous la zone torride de contrée où la différence soit plus considérable entre la nuit et le jour. A Saint-Louis, les variations nycthémérales peuvent aller jusqu’à 22°. Sur les plateaux du centre, elles sont plus considérables encore. Dans leur voyage du Fezzan auDamerghou, Richardson, Overweget Barth virent pendant le nuit le thermomètre s’abaisser successivement à 15ü, 10", 5° etjusqu’à 2J. Avant eux Oudney l’avait vudescendreà 0°, dans le Bournou. Ces différences s’expliquent par l’aridité du sol, la sécheresse de l’atmosphère et la puissance du rayonnement nocturne qui en est la conséquence. L’Afrique est du reste le pays des températures extrêmes. Yogel a vu le thermomètre s’élever à 44° sur les bords du lac Tchad ; pendant l’expédition de Podor, Margain a noté 46° et 47°, sous les tentes de nos soldats; au mois d’avril 1855, Gestin a constaté, sur les bords du Sénégal, à l’escale du Coq, 55“ à l’ombre et, pendant le cours des deux mois suivants, 48° et 49°, sous une double tente et dans un courant d’air. Pendant l’hivernage, on observe quelquefois des abaissements de température considérables et presque instantanés, au moment où éclatent les tornades. Ces orages particuliers à la côted’Afrique s’annoncent par un calme profond, pendant lequel les nuages montent lentement, sous un ciel bas et sombre; l’atmosphère est lourde et chargée d’électricité, l’air semble manquer à la respiration; bientôt l’orage éclate, le vent souffle, en faisant le tour du compas et la pluie tombe par torrents.

Il se produit alors un froid tellement vif, que les vêtements des Européens ne peuvent les en garantir et que les noirs grelottent, dans leur nudité, lorsqu’ils n’ont pas eu le soin d’allumer du feu, à l’approche de l’orage. Gestin a constaté, dans ces cas, des abaissements brusques de 25° et 50°. Ces tornades sont d’autant plus fréquentes qu’on s’approche davantage de l’équateur. A la côte de Guinée, d’après les tableaux météorologiques dressés par Legrain, pour l’année 1851, les mois de juillet, d’août et de septembre sont les seuls où il n’en ait pas observé ; les mois d’avril et de novembre ceux qui en ont offert davantage.

Saisons. — I/liivernage suit la même progression. A partir de la région sans pluies qui correspond au Sahara et se termine vers le 16e degré nord, il est d'autant plus long et arrivé d’autant plus tôt que la latitude est moins élevée. An Sénégal, il commence avec le mois de juin et finit vers le milieu d’octobre; c’est à peine si, pendant le reste de l’année, on peut compter quelques jours d’une pluie fine et de courte durée. A Sierra-Leone, l’hivernage commence en avril, ou en mai ; à la côte d’Or, au mois de mars. Dans cette région, les saisons sont déjà moins tranchées ; ainsi, au comptoir de Grand - Bassam, pendant l’année 1851, Legrain n’a pas compté un seul mois sans pluie. Le mois de novembre est celui qui en a présenté le plus; ceux de mai, d’avril et de juin viennent ensuite. Au Gabon, presque sous l’équateur, Toucbard a compté 166 jours pluvieux dans une année; 75, près de la moitié, dans le dernier trimestre, 25 en avril, 16 en juin et 15 en mars.

Dans l’hémisphère sud, le changement des saisons suit une marche inverse; dans l’intérieur, il présente quelques différences; ainsi sur les bords du lac Tchad, par la latitude du Sénégal à peu près, les pluies durent six mois, et tombent de mai en octobre. C’est du reste, au dire de Vogel, le point de l’Afrique centrale où il pleut le plus et où les orages sont le plus fréquents.

Vents. — Les vents sont assez réguliers à la côte occidentale d’Afrique. Au Sénégal, ceux de nord-est appartiennent en propre à la saison sèche ; ils soufflent huit mois de l’année. C’est aussi l’époque de Vharmarttan , vent d’est qui vient du désert et souffle habituellement le matin. 11 soulève devant lui des flots d’une poussière fine, qu’il transporte à de grandes distances et qui colore d’une teinte rougeâtre les voiles des bâtiments qui longent la côte.

Les vents de sud-ouest, vents du large, régnent pendant les quatre mois de l’hivernage. Le nord-ouest s’observe en toute saison, mais le soir et le matin seulement. A la côte d’Or et à la côte d’ivoire, le vent souffle de l’ouest au sud-ouest. Il est habituellement interrompu, soir et matin, par les brises de terre, et de temps en temps par l’harmarttan, dans la saison sèche, parles tornades, dans l’hivernage (Bouët-Williaumez).

Côte orientale. — La côte orientale est beaucoup moins bien connue. L'absence d’établissements européens et de stations commerciales suivies n’a pas permis de recueillir les renseignements nécessaires pour établir la climatologie du littoral de l’océan Indien. Nous ne possédons, à ce

76 CLIMAT. — ci. im ats torrides (région africaine).

sujet, que les observations faites à bord des navires de la station, qui y passent mais n’y séjournent pas. Aussi ne les mentionnerons-nous qu’avec une extrême réserve.

La température est moins élevée et moins variable qu’à la côte occidentale. C’est du moins ce qu’on peut conclure des observations faites à Zanzibar, le seul point de cette côte sur lequel on soit bien renseigné. La Cordelière y a séjourné à quatre reprises, pendant les années 1859 et 1860; la hauteur du thermomètre était notée six fois par jour, sur le journal du bord, et la comparaison de ces 800 observations entre elles nous a donné les résultats suivants, qni offrent un certain intérêt, en raison de l’absence complète de documents analogues. Pendant le mois d’avril, la moyenne de toutes les observations a été de 26°, 72, celle de midi de 28°, 5, celle de minuit de 25°, 5 ; la plus haute température observée de 51°, la plus basse de 25°. Pendant les mois de novembre et de décembre, la moyenne générale a été de 28°, 50, celle de midi de 29°, 9, celle de minuit de 26°, 55 ; la température la plus élevée de 52°, la plus basse de 24°. Les écarts sont, comme on le voit, extrêmement faibles, puisque les excursions les plus étendues ne dépassent pas 8°.

L’année s’y partage en deux saisons, comme sur la côte opposée : la belle saison, qui, dans le sud, est comprise entre avril et octobre, et l’hivernage, qui s’étend d’octobre à la fin de mars. Bien que Zanzibar soit dans l’hémisphère sud, l’ hivernage s’v fait sentir, en même temps que dans le nord de l’équateur. Il paraît, dit l’amial Fleuriot de Langle, que l’équateur météorologique s’abaisse vers la côte d’Afrique. Ainsi les pluies s annoncent à Zanzibar en même temps que la mousson de sud-ouest, c est-à-dire vers le mois de mai, au moment où la côte qui est au sud des Comores voit renaître le beau temps. Le cap d’Elgado et les Comores sont donc les limites qui séparent les hivernages, à la côte orientale d’Afrique. Les moussons de l’océan Indien s’y font sentir. Celle du nord-est, variant de l’est-nord-est à l’est-sud-est, du mois de janvier au mois de juin, celle du sud-ouest du mois de juin à la fin de décembre. Le passage de l’une à l’autre se fait par transition et par une évolution régulière. Indépendamment de ces vents généraux qui régnent au large, les brises de terre et de mer se font sentir sur toute la côte.

Maladies de l’Afrique tropicale. — L’extrême insalubrité de la région que nous venons de passer en revue est la conséquence nécessaire de ses conditions météorologiques. Le Sénégal est la plus malsaine de nos colonies ; la mortalité moyenne, de 1819 à 1855, y a été de 10,61 pour 100. En 1830, par suite d’une épidémie de fièvre jaune, elle s’est élevée à 57 pour 100. Les postes que nous occupons sur les bords du fleuve, et notamment Baquel dans le pays de Galam, Sedhiou sur la Casamance, nos comptoirs de la côte d’Or-Assinie et Grand-Bassam, sont beaucoup plus insalubres que Saint-Louis.

Parmi les points que nous occupons, la petite île de Gorée est le plus privilégié; elle le doit à sa situation en pleine mer, à son sol volcanique, sans végétation cl sans eau. Le poste du Gabon, situé à l’embouchure d’un

CLIMAT. CLIMATS TOKRIDKS (RÉGION AFRICAIN ü) .

lleuve, à peu de distance d’un marais, n’offre pas les mêmes garanties, et cependant il jouit, à la côte d’Afrique, d'une réputation méritée de salubrité. L°s établissements anglais situés dans les mêmes parages sont encore plus malsains que les nôtres. D’après la statistique d’E. Balfour (1855), la mortalité annuelle des troupes européennes s’est élevée à 48 pour 100, à Sierra-Leone, de 1819 à 1856, et à 66 pour 100, au cap Goast , de 1825 à 1826. Dans cette dernière année, la garnison de Balhurst, forte de 420 soldats anglais, en a perdu, en neuf mois, 279, dont 254 de la lièvre du pays. C’est une mortalité de 79 pour 100. Nous n’avons pas de renseignements précis sur les établissements des Portugais dans l'Afrique australe. Le royaume d’Angola passe pour très-insaîubre. La partie de la côte située au sud du Congo est pourtant moins malsaine que le reste. Saint-Paul peut, sous ce rapport, être comparé à Corée. San-Philippe de Benguela, au contraire, par sa situation au centre d’un bassin marécageux très-étendu, se place sur la même ligne que les points les plus dangereux des Bissagos et de Sierra-Leone (Raoul).

La même absence de documents ne permet pas de se prononcer au sujet de la côte orientale; mais, si l’on en juge par le petit nombre de points que fréquentent nos navires, elle se rapproche de la côte occidentale. Quant aux contrées de l’intérieur, sauf quelques pays privilégiés, comme le Darfour, le Zinder, le pays d’Air, tout le reste ne présente que des déserts inhabitables et des plaines marécageuses de la plus insigne insalubrité. Presque tous les voyageurs qui y ont pénétré ont succombé sous les atteintes du climat, lorsqu’ils n’ont pas été victimes de la férocité des naturels, de la trahison de leurs guides ou de quelque catastrophe imprévue. C’est ainsi que sont morts, depuis 80 ans, Leydard, Lucas, Nicholss, le major Hougton, Belzoni, Morrisson, Dickson, Pearce, Clapperton, Richardson, Overweg, etc.

Toutes les maladies endémiques des climats torrides se rencontrent, à leur plus haut degré de gravité, dans l’Afrique tropicale : l’intoxication paludéenne s’y observe sous toutes scs formes, depuis la fièvre intermittente simple jusqu’aux manifestations les plus redoutables de la fièvre pernicieuse et de la cachexie palustre. C’est la plus fréquente de toutes les maladies qui y sévissent; elle imprime, en outre, son cachet à toutes les autres. Dans les parages à saisons bien tranchées } c’est à l’époque des pluies qu’on voit apparaître les fièvres; c’est pendant la période suivante, au moment où les marais commencent à se dessécher, qu’elles atteignent leur plus haut degré d’intensité ; elles diminuent alors de fréquence, et cessent presque complètement à la lin de la saison fraîche. C’est ce qui arrive au Sénégal, où elles commencent en juillet et acquièrent leur summum de gravité en novembre et en décembre. Dans les points plus rapprochés de l’équateur, où l’année tout entière est chaude et humide, les lièvres régnent en tout temps, mais avec plus d’activité quand les chaleurs deviennent excessives et que les pluies diminuent. Dans la partie nord du golfe de Guinée, dans les golfes de Bénin et de Biafra, les fièvres sont de la dernière gravité pendant la durée des vents de nord-est, qui

régnent en novembre et en décembre, et qui coïncident avec l’élévation de la température et la cessation des pluies. C’est alors que les mouillages de Clarence, à Fernando-Po, de Saint-Antoine, à l’ile du Prince, sont si dangereux.

Le type de la fièvre varie suivant les saisons et les localités : la lièvre tierce se manifeste dans les parages les moins insalubres; la lièvre quotidienne règne seule dans les lieux les plus infectés et dans la mauvaise saison. Les types rémittent, pseudo-continu et continu deviennent de plus en plus fréquents, à mesure qu’on se rapproche de l’équateur. C’est dans les comptoirs d’Assinie et de Grand-Bassam que la fièvre bilieuse bématurique fait le plus de ravages, bien qu’on l’observe aussi dans les postes du fleuve et même à Saint-Louis. Cette affection redoutable, sur laquelle les médecins de la marine ont les premiers appelé l’attention, se montre surtout après la saison des pluies. La fréquence des accès pernicieux est en raison directe de l’insalubrité des lieux. Ils s’établissent parfois d’emblée. Les formes les plus communes à la côte occidentale sont, dans leur ordre de fréquence, la délirante, la comateuse, la dysentérique, la colérique et la syncopale. Quel que soit le type de la fièvre à son début, elle ne tarde pas à le perdre pour affecter une marche irrégulière dans laquelle on voit souvent les accès se reproduire au bout de sept jours, et, dans tous les cas, la cachexie paludéenne s’établit rapidement.

Si les lièvres de marais sont les maladies les plus communes à la côte d’Afrique, ce ne sont pas les plus meurtrières : au Sénégal, elles ne figurent que pour 51 pour 100 dans la mortalité générale, tandis que la dysenterie y entre pour 37,16 pour 100. De toutes les endémies des pays chauds, c’est celte dernière qui fait partout le plus de victimes. Sa fréquence est en rapport direct avec celle des fièvres intermittentes, avec lesquelles elle a, du reste, d’autres points de contact. Comme elles, elle sévit surtout sur les bords empestés des rivières, dans les Bissagos, dans le Rio-Nunez et dans nos établissements de la côte d’Or. Son maximum d’intensité ne sc produit cependant pas à la même époque; elle se montre après les fièvres. A la côte occidentale, les vents de nord-est et les variations brusques de température ont une influence marquée sur sa production. Elle se présente rarement avec une marche franchement aiguë. Son début est lent, insidieux ; la diarrhée la précède le plus souvent ; les formes bilieuses et mucoso-bilieuses sont celles qu’elle affecte de préférence. Nulle part elle n’oflre une plus grande tendance à la récidive, et c’est surtout là ce qui en fait la gravité.

L’Afrique tropicale est, on le sait, le pays de prédilection de l’hépatite. 11 n’est guère d’Européen qui puisse séjourner à la côte occidentale, pendant quelque temps, sans être atteint d’hyperémie du foie. L’hépatite est le plus souvent liée à la fièvre intermittente, et surtout à la dysenterie, qui la précède très-souvent et dont elle affecte la marche insidieuse. Il n’est pas rare de voir des abcès se produire et acquérir un volume considérable chez des individus qui semblent à peine malades, et qui continuent à

CLIMAT. CLIMATS TORRIDES (uÉGlON AFRICAINE) ,

vaquer à leurs occupations jusqu’au moment où leur abcès vient à s’ouvrir. Au Sénégal, l’hépatite entre pour un quart environ dans la statislique des décès.

Quant à la maladie connue sous le nom de colique sèche des pays chauds , et dont les côtes occidentales d’Afrique sont aussi le théâtre de prédilection, nous n’en parlerons pas dans ce travail. Depuis les beaux travaux d’Amédée Lefèvre sur cette importante question, il n’est plus possible de persister dans l’opinion que nous avons longtemps soutenue. Trop de raisons portent aujourd’hui à considérer celte maladie comme un empoisonnement saturnin, pour qu’on puisse lui conserver une place à part dans le cadre nosologique, et dès lors nous ne sommes pas plus en droit de nous en occuper ici ( voy . Plomb), que nous ne serions fondé à parler de l’alcoolisme, qui acquiert, lui aussi, dans les pays chauds, un désastreux surcroît de fréquence et de gravité.

La fièvre jaune n’appartient pas en propre au climat de l’Afrique; elle apparaît, de loin en loin, sous forme épidémique, à la côte occidentale, mais elle y est toujours importée. Elle prend son point de départ à l’ouverture de la Gambie, ou à Sierra-Leone, ce qui a fait croire à quelques médecins qu’elle y était endémique. En 1857 et en 1859, elle a fait de grands ravages sur toute la côte. Elle y présente cela de particulier, dit Thévenot, qu’elle n’épargne pas les indigènes. En 1850, elle fit périr à Gorée, au cap Vert, et à Saint-Louis, autant de noirs que de blancs, toute proportion gardée.

Les maladies sporadiques ne peuvent tenir que bien peu dé placé dans un cadre nosologique où les affections endémiques en prennent tant. Elles figurent à peine pour un quart dans le chiffre total des malades. Les fièvres continues non palustres y sont, rares et peu graves. On observe cependant, à de longs intervalles, une fièvre épidémique qui a régné pour la dernière fois en 1856. Elle était caractérisée par un état saburral des premières voies, une éruption érythémateuse et des douleurs arti- , culaires. Cette maladie, désignée dans le pays sous le nom de fièvre rouye (en yolof, m’dajamonté), n’est autre chose que la dengue des Indes occidentale et des États-Unis du Sud (voij. Dekgue) ; elle cédait, au bout de quelques jours, à l’administration des évacuants, et n’a fait que très-peu de victimes. La fièvre typhoïde est rare à la côte d’Afrique, et s’y observe particulièrement chez les nouveaux venus.

Malgré les variations considérables de température, les maladies aiguës des voies respiratoires, autres que les bronchites, sont rares parmi les Européens. Elles font, au contraire, de grands ravages chez les noirs.

Dans l’Afrique centrale, on retrouve, avec les mêmes influences climatériques, les mêmes maladies. C’est encore l’intoxication paludéenne qui domine. C’est elle qui a fait périr la plupart des voyageurs qui y ont pénétré. Les indigènes eux-mêmes ne sont pas épargnés. Les habitants de Kouka sont décimés tous les ans par les fièvres de tous les types; il en est de même de toute la région qui s'étend entre le lac Tchad et les bords du Kouara et de la Schary, dans le Damerghou et dans l’Afrique australe,

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où Livingstone vit tous ses compagnons atteints de fièvres qui le contraignirent ù s’arrêter et dont il fut atteint lui-même, à quelques marches plus loin.

La dysenterie et la variole font de grands ravages dans la population indigène. Vogel, dans sa dernière expédition, au sud du lac Tchad, rencontra un campement de quatre mille esclaves Mousgos, dans lequel ces deux maladies venaient de se déclarer: ils succombèrent presque tous. C’est à peine si cinq cents d’entre eux purent atteindre Kouka. La variole est le fléau le plus redouté de ces populations, qui ne connaissent pas le préservatif. Dans le Darfour, au dire du docteur Ch. Cunv (1854), c’est la maladie qui fait le plus de victimes. Elle n’y a rien perdu de son intensité première, elle enlève presque tous ceux qu’elle atteint. Elle est tout aussi grave dans le Soudan et dans le pays des Touaregs. Ces derniers cependant connaissent l’inoculation. Ils l’ont empruntée aux Kabyles et la pratiquent comme eux, entre le pouce et l’index, et de plus sur les avant-bras et les jambes. 11 paraît même que quelques peuplades de l’Afrique australe connaissent la vaccine. « La petite vérole, dit Livingstone, n’a pas paru, chez les Bakouams, depuis vingt ans. Ils ont recours au vaccin de la vache, qu’ils s’inoculent sur le front. Ils se livraient à cette pratique bien avant l’époque où ils ont eu des relations même indirectes avec les missionnaires. » La suette est connue dans le Soudan; elle y régnait en 1855. Enfin, le choléra y a fait au moins deux apparitions, depuis 1852.

Les maladies cutanées, la lèpre, le pian, que Guyon a retrouvé chez des noirs du Bornou, les ulcères phagédéniques des jambes et le dragonneau sont également répandus parmi ces populations; enfin les ophthalmics sont extrêmement communes, dans les contrées arides et particulièrement dans le Damerghou. A lvano, la cécité est si commune, qu’on a assigné aux aveugles un quartier spécial.

Dans l’Afrique australe, au dire de Livingstone, les maladies de poitrine viennent se joindre aux affections paludéennes. « Les maladies les « plus communes, dit-il, sont la fièvre intermittente, la pneumonie, la « pleurésie, la coqueluche, les inflammations d’estomac et d’entrailles, « les ophthalmies, les rhumatismes et les maladies du cœur. »

La pathologie de la côte orientale est aussi peu connue que sa météorologie. Elle paraît moins insalubre que la côte occidentale. Les fièvres intermittentes y semblent moins fréquentes et moins graves, dans les parages fréquentés par les Européens. La dysenterie a souvent élé observée, à l’état épidémique, à bord des navires qui séjournent à Zanzibar. L’équipage de la Jeanne Dure y a été décimé par cette maladie, il y a uue dizaine d’années.

Le port de Mozambique passait pour extrêmement insalubre, à l’époque où les navires portugais y faisaient escale, en se rendant dans les mers de l’Inde, mais il est aujourd’hui presque abandonné. Indépendamment des maladies propres à la race nègre, les naturels de cette côte sont sujets à une forme particulière d’ulcère contagieux décrite par les docteurs Yinson et Azéma. Elle se rapproche de la plaie de l’Yémen et de l’ulcère de Co-

chinchine. Elle sera décrite tà l’occasion des ulcères phagédéniques des régions intertropicales.

Madagascar. — Si la côte orientale est peu connue et n’offre qu’un intérêt assez restreint, il n’en est pas de même de la grande île qui l’avoisine, et sur laquelle la France a les yeux (ixés depuis deux siècles. Tous les établissements fondés sur son littoral, ont été successivement abandonnés: nous n’avons conservé dans ces parages que trois petites îles, Sainte-Marié à la côte est, Nossi-bé à la côte ouest, et Mayotte dans le groupe des Comores. Elles sont assez rapprochées de la grande terre, pour qu’on puisse appliquer à celle-ci les observations recueillies, depuis 25 ans, par les médecins de la marine attachés à ces petites colonies.

La constitution géologique de Madagascar est celle de toutes les grandes îles ; nous la retrouverons dans tous les archipels de l’Océanie. A l’intérieur des bois, des montagnes élevées, de larges plateaux, dont le plus vaste, celui d’Ancove, n’a pas moins de 3,000 mètres d’altitude; autour de ce noyau central, une large ceinture de plaines marécageuses, parsemées d’étangs et de mares stagnantes, parcourues par des cours d’eau sans importance, bordées d’un épais rideau de palétuviers et de la plus insigne insalubrité.

Le climat de Madagascar diffère de celui de la côte occidentale d’Afrique par l’uniformité de ses conditions météorologiques. Il est chaud, hu mide et constant. D'après les observations faites par Léon, chirurgien de 5e classe, du 1er juillet 1855 au 50 juin 1856, la moyenne annuelle de température est, à Nossi-bé, de 26°, 5, celle du mois le plus froid (juillet) de 24°, 7, celle du mois le plus chaud (mars) de 27°, 8. La différence ne dépasse pas trois degrés. Mayotte, située à l’entrée du canal Mozambique, et plus directement soumise à l’influence des moussons, présente des variations plus étendues. La moyenne annuelle y est de 25°, 55, celle de juin de 20°, 77, celle de mars, de 29°, 52. L’écart va donc à près de 9 degrés. Les chiffres extrêmes varient de 20° à 51°, les écarts nycthéméraux dépassent rarement 8° à Mayotte et 7° à Nossi-bé. Dans le cours de deux stations que j’ai faites dans cette dernière île, j’ai été frappé du peu de différence qu’on y remarque, entre la température des nuits et celle des jours.

Dans les deux îles, la pression barométrique est la même. Elle oscille entre 757mm et 763mm, et s’élève à 759mm en moyenne. L’état hygrométrique, au contraire, est essentiellement différent. A Nossi-bé, la tension moyenne de la vapeur est de 19mm,16 ; elle varie de 16mm,15, à 21,mm94. L’humidité relative atteint 72 en moyenne et oscille entre 65 et 80. Le nombre des jours pluvieux a été de 145, pendant l’année sur laquelle ont porté les observations de Léon, et la quantité d’eau tombée de 5"', 258. Dutroulau, dans les relevés qu’il a faits pour Mayotte, n’y a compté que 80 jours de pluie et lm,075 d’eau.

A Madagascar et dans les îles xroisines, la belle saison commence en avril et finit en octobre ; l’hivernage s’étend d’octobre à la fin de mars.

Les moussons régnent d’une manière régulière à la côte orientale, les cyclones de l’océan Indien s’y font sentir jusqu’à Angonzi, et les ras de marée y sont fréquents pendant l’hivernage. La côte occidentale est soustraite à l’influence des moussons et des ouragans, les brises de terre et de mer y alternent chaque jour ; les vents sont moins réguliers pendant la mauvaise saison, les calmes fréquents et très-prolongés. A Mayotte, le vent, souffle du sud-est au sud-ouest de juin à septembre, et du nord-est au nord-ouest de décembre en avril. Dans l'intervalle, les brises sont variables, interrompues par des calmes ; les coups de vents sont assez fréquents mais beaucoup moins terribles qu’à la Réunion. A Nossi-bé comme à Mayotte, les orages éclatent tous les soirs, pendant l’hivernage.

Au point de vue de la pathologie, Madagascar rentre dans la catégorie des pays paludéens à température et à humidité constantes. Tandis qu’au Sénégal les fièvres intermittentes, la dysenterie et l’hépatite sévissent avec une intensité à peu près égale, aux îles Malgaches ces deux dernières disparaissent presque complètement pour laisser le champ libre à l’intoxication paludéenne, qui s’y montre sous toutes ses formes et n’y épargne personne. Il s’écoule souvent des mois entiers sans qu’on ait d’autres maladies à traiter dans les hôpitaux de Mayotte et de Nossi-bé. Elles se montrent même, dans la belle saison, chez les individus qui en ont été antérieurement atteints ; mais les nouveaux venus passent quelquefois 4, 5, et même 6 mois sans les contracter. Jamais Daullé n’a vu l’immunité aller au delà de ce terme. Dans la belle saison, les premiers accès sont habituellement compliqués d’embarras gastrique ou d’état saburral , et affectent le plus souvent le type quotidien; dans l’hivernage, c’est la forme bilieuse qui domine; c’est aussi l’époque où l’on voit éclater la lièvre bilieuse hématurique, dont nous avons déjà parlé à l’occasion des comptoirs de la côte d’Or, mais qui présente, à Mayotte, quelques caractères particuliers et un plus haut degré de gravité et de fréquence. La fièvre pernicieuse y est très-commune, et se présente le plus souvent sous les formes ictérique, comateuse ou délirante. La première appartient presque exclusivement aux sujets indigénisés. La dysenterie s’y montre de temps en temps, mais rarement à l’état grave; l’hépatite y est presque inconnue, et ne s’observe guère que chez les indigènes, et plus spécialement chez les Arabes de Nossi-bé.

Les maladies sporadiques sont rares et sans importance. Des bronchites légères, des angines, quelques pleurésies, quelques cas de rhumatisme articulaire, apparaissent chaque année, au retour de la belle saison.

Iles Mascareignes. — Pour compléter cette élude abrégée des climats de l’Afrique tropicale, il nous resterait à parler encore de 1 île de la Réunion, de Maurice et des Seychelles; mais, si l’importance politique et commerciale de ces îles est de nature à éveiller l’intérêt, elles occupent trop peu de place dans l’immense zone que nous étudions, pour qu’il nous soit permis de leur consacrer de longs développements. Elles contrastent, par leur salubrité et par la douceur de leur climat, avec les dangereux

parages que nous venons de parcourir. Leur température, atténuée par le voisinage immédiat de l'Océan et par les grandes brises du large, se maintient sur le littoral entre 19° et 30°. A Saint-Denis (île de la Réunion), la moyenne annuelle est de 24°, 71, celle du mois le plus froid (juillet), de 21°, 98, celle du mois le plus chaud (février), de 27°, 50. A Port-Louis (île Maurice), la moyenne annuelle est de 24°, 9, celle du mois le plus froid, de 21°, 4, celle du mois le plus chaud, de 28°, 4. La température s’abaisse lorsqu’on s’élève dans les montagnes, et les malades peuvent y trouver un refuge contre les grandes chaleurs, dans des stations qui rappellent celles du midi de l’Europe. La mortalité des troupes n’y dépasse pas le chiffre qu’elle atteint en France. Les maladies endémiques y sont rares et peu graves; cependant, .à File de la Réunion, le nombre parait s’en être accru dans ces dernières années. Les médecins du pays attribuent ce résultat «à l’introduction des coolies indiens qui ont remplacé les noirs sur les habitations. Les fièvres intermittentes y sont à peu près inconnues, l’hépatite y est rare, la dysenterie seule y sévit avec une certaine intensité. La fièvre typhoïde, les fièvres éruptives y régnent comme en France. Les bronchites y sont très-communes daîis la saison des grandes brises; la grippe s’y montre souvent à l’état épidémique, la phthisie y est très-répandue et y marche avec une extrême rapidité chez les indigènes comme chez les Européens. La lèpre y existe encore et règne surtout à Maurice. Nous devons signaler enfin une maladie qui paraît spéciale à ces deux îles, et qu’on désigne sous le nom d’hématurie endémique de l’ île de France et de Bourbon, bien qu’on l’observe également au Brésil.

II. Région asiatique. — L'Asie n’appartient à la zone torride que par le cinquième environ de son étendue. Les contrées qu’elle embrasse sont situées presque en totalité dans l’hémisphère nord. Elles forment une bande de près de 2,000 lieues de longueur, étendue de la mer Rouge à la mer de Chine, et plongeant dans l’océan Indien par de grandes presqu’îles. Au point de vue climatérique, elles se divisent, de l’ouest à l’est, en trois groupes naturels : le premier, étendu de la mer Rouge à l’Indus, comprend l’Arabie, le sud de la Perse et le Béloutchistan ; le deuxième, limité par l’IIimalaya, l indus et le Gange, embrasse l’Inde tout entière; le troisième est formé par l’Indo-Chine, et comprend l’empire Birman, le royaume de Siam et l’empire d’Annam.

a. Groupe occidental ( Arabie , Perse , Béloutchistan). — Ce groupe établit une transition entre le climat de l’Afrique et celui de l’Asie.

L’Arabie est d’une aridité qu’on ne peut comparer qu’à celle du Sahara. Elle est formée, dans sa presque totalité, par un large plateau central incliné vers les deux mers qui la baignent, et qui n’offre aux regards que des collines de sable, des déserts brûlés par le soleil, du sein desquels émergent, de loin en loin, quelques oasis, trop rares pour marquer les haltes des caravanes. Son climat est le même que celui de l’Afrique. Elle est presque entièrement dépourvue d’eau et ne possède que des torrents inconnus, qui sont à sec pendant neuf mois de l’année.

Les mêmes caractères géologiques, les mêmes conditions de chaleur et de sécheresse se retrouvent dans le sud de la Perse et dans le Béloutchistan. Cette bande de côtes, qui s’étend de l’embouchure de l’Indus au fond du golfe Pcrsique, est un désert sans végétation et sans eau, formé par des sables mouvants, borné au nord par de hautes montagnes, et terminé, du côté de la mer, par des plaines d’un aspect sauvage et désolé, brûlées par le soleil et ravagées par le simoun.

Température. — Dans l’intérieur des terres, au centre de l’Arabie surtout, la chaleur est intolérable, et, dans les montagnes, on constate la nuit ces abaissements considérables de température que nous avons signalés en parlant de l’Afrique. La sécheresse y est extrême; il se passe quelquefois une année entière sans qu’il tombe une goutte d’eau. Les côtes sont plus favorisées: sur les bords de la mer Rouge, d’après les tableaux dressés par Aubert Roche, la température moyenne de l’année est de 29°, 51, entre le 13e et le 21° degré de latitude, et de 20°, 14 seulement du 21e au 50e degré; sa marche est la même qu’en Europe. Elle s’accroît progressivement depuis le mois de janvier jusqu’en juillet et en août, époque à laquelle elle commence à décroître. Les variations sont considérables, surtout dans le nord, et parfois extrêmement brusques. C’est ainsi qu’à Suez on a vu le thermomètre s’abaisser à 2°, 40, pour s’élever ensuite jusqu’à 40°, sous l'influence du khamsin, ou d’un calme prolongé. Dans le sud, à Moka et à Massouah, il descend quelquefois jusqu’à 17° et peut monter jusqu’à 50’. Mais ce sont là des faits exceptionnels, et, en général, l’amplitude des variations ne dépasse pas, pour l’année entière, 29° dans la partie nord, 25° dans la zone moyenne, et 20° dans le sud. Sur la côte méridionale de la Perse, le long du golfe Persique, la température moyenne du mois de janvier est de 14°, 41, celle du mois de juillet de 30° (J. Malcolm).

Saisons. — La sécheresse est moins forte au bord de la mer, et les saisons y sont plus tranchées. Sur le littoral de la mer Rouge, le ciel est sans nuages depuis le mois de mars jusqu’en novembre; c’est à peine si de légers brouillards apparaissent le matin pour se dissiper au lever du soleil, mais des rosées d’une extrême abondance rafraîchissent l’atmosphère. En novembre, quelques nuages se montrent à l’horizon; les pluies et les orages apparaissent en décembre, augmentent en janvier, et diminuent en février, pour cesser complètement au commencement de mars. La végétation suit la même marebe , et en avril toute trace de verdure a disparu. La saison des pluies dure un peu plus longtemps sur la côte de la Perse et du Béloutchistan. Elles commencent souvent au mois d’octobre et durent quelquefois jusqu’en mai. Le printemps y est même assez agréable.

Vents. — Toute cette partie de la zone torride est soumise au régime des vents réguliers. Dans la mer Rouge, ceux du nord-ouest alternent avec ceux du sud-est. Cette direction constante est commandée par celle des côtes, qui s’élèvent en gradins sur ses deux rives et la convertissent en un véritable canal. Il existe, du reste, une différence notable entre la partie

nord qui ressent l'influence des vents étésiens, et où le nord-ouest souffle pendant huit mois de l’année, et la partie sud, soumise, comme les côtes de la Perse, à l’action des moussons de l’océan Indien, sur lequel les vents de sud-est prédominent. Les vents réguliers font place, le matin, à des brises de terre, et sur la côte d’Arabie, entre les mois d’octobre et d’avril, le khamsin souffle souvent avec une extrême violence. C’est surtout entre Yambo et Djeddab qu’il se fait sentir; mais il est loin toutefois d’atteindre le degré de violence qulil déploie dans le Séret, entre Bassora, la Mecque etAlep.

Maladies. — De pareilles conditions climatériques rendent ces pays peu habitables; cependant leur insalubrité est loin d’égaler celle delà plupart des contrées dont nous nous sommes occupé jusqu’ici. Dans toutes les parties arides et desséchées de l’Arabie, on n’observe guère d’autres maladies endémiques que les ophthalmies, les ulcères et les affections cutanées, résultat inévitable de la chaleur, de la poussière dont l’air est imprégné, et de la malpropreté des habitants; mais, sur le littoral de la mer Rouge, on retrouve les terrains marécageux, les plages basses, les eaux saumâtres et les brouillards, et, avec ces causes d’insalubrité, les maladies endémiques qui en sont la conséquence. C’est surtout sur les côtes de l’Hedjaz et de l’Yemen que ces conditions se trouvent réunies, et les villes de Djedda, d’Yambo et de Confouda, sourtout, sont au nombre des localités les plus malsaines que les Européens puissent habiter. Les maladies qui les atteignent de préférence sont, dans l’ordre de fréquence et de gravité, la dysenterie, les fièvres paludéennes et l’hépatite. Elles présentent la même marche, les mêmes dangers, elles amènent les mêmes conséquences, exigent les mêmes précautions et le même traitement qu’à la côte d’Afrique. Les éruptions furonculeuses , l’anémie et la dyspepsie des pays chauds y sont tout aussi communes, les bronchites et les affections rhumatismales s’y observent beaucoup plus fréquemment, en raison des variations brusques de température et de l’extrême humidité des nuits. Les Arabes sont moins exposés à la dysenterie et aux fièvres intermittentes que les Européens, ils ne sont presque jamais atteints d’hépatite; mais, en revanche, ils sont beaucoup plus vivement impressionnés par les refroidissements, et en subissent plus fortement les conséquences. Ils sont aussi très-sujets au scorbut et aux affections cutanées. Le dragonneau n’est pas rare sur les bords de la mer Rouge.

Il est enfin une maladie particulière à cette contrée, et qui décime la population indigène, c’est la plaie de l’Yemen. Cette affection appartient à la classe des ulcères phagédéniques des régions intertropicales, et se place dans le cadre nosologique à côté de l’ulcère de Mozambique, dont nous avons parlé, et de celui de Cochinchine, dont nous nous occuperons bientôt. On ne l’observe, au dire d’Aubert Roche, qu’à la côte de l’IIedjaz et de l’Yémen, depuis Yambo jusqu’à Moka. Cette dernière ville est son théâtre de prédilection. Elle épargne les Européens, au dire d’Antoine Petit et d’Aubert Roche, et n’attaque que les nègres et les individus appartenant à la race indo-éthiopienne. Elle fait de tels ravages dans les

rangs de l’armée arabe, qu’elle suffit pour réduire, en trois ans, un régiment de 4,000 hommes à 1,200 ou 1,300 (Lefebvre).

b. Groupe central (Hindoustan) . — L’IIindoustan représente un grand triangle dont le sommet est au cap Comorin et la base à l’Uimalaya. Cette chaîne immense, la plus haute du globe, dont les sommets dépassent

8.000 mètres d’altitude, se dresse, comme un rempart de 500 lieues de long, entre les liants plateaux de l’Asie centrale, qu’elle soutient et qu’elle prolonge, et les plaines de l llindoustan, vers lesquelles elle s’abaisse par une série de contre-forts très-courts et parallèles à sa crête. Des gorges profondes la coupent du nord au sud et conduisent dans les montagnes du Tbihet. Les brèches, élevées de plus de 5,000 mètres au-dessus de l’Océan, livrent passage à deux grands fleuves, l’Indus et le Brahma-Poutra, dont le premier incline à l’ouest pour se jeter dans le golfe d’Oman, dont l’autre va se rendre au fond du golfe du Bengale. Entre ces deux cours d’eau, le Gange coule parallèlement au versant méridional de la chaîne, et ses innombrables affluents arrosent la partie supérieure de la presqu’île. Des montagnes moins élevées sillonnent celle-ci du nord au sud; ce sont les Gliattes qui, partant du cap Comorin, remontent vers le nord et se divisent en deux chaînes, dont l’une longe la côte de Coromandel, dont l’autre suit la côte de Malabar et se continue dans le Decan, avec les montagnes de Bézar et de Goudouana. Leurs pics les plus élevés ne dépassent pas 5,000 mètres. Elles donnent naissance à de nombreuses rivières, dont les unes, comme le Tapti et le Narbudah, vont se jeter à la côte occidentale; dont les autres, comme le Godaverv, le Krychna et le Cavery, se rendent dans le golfe du Bengale.

Le climat de cette immense presqu’île présente de telles variétés, qu’il est impossible d’en donner une formule générale. Envisagé dans son ensemble, c’est celui d’une contrée située sous la zone torride, mais avoisinant une région d’alpes et de glaces, et soumise à tous les contrastes qui résultent de ce rapprochement. Les versants de l’Himalaya offrent les caractères excessifs des pays de montagnes, sous leur forme la plus accentuée. Des froids rigoureux pendant la nuit, des chaleurs équatoriales pendant le jour , et , malgré ces conditions , une admirable végétation, une flore en rapport avec les altitudes, des abricotiers en plein vent sur les terrasses inférieures, de magnifiques peupliers à

4.000 mètres, des bouleaux très-vigoureux à la hauteur du mont Blanc. Sur le sommet des Gliattes, au milieu d’un magnifique amphithéâtre de rochers et de verdure, on se trouve en présence du climat et dès produclions végétales du midi de la France.

Les plaines de l’intérieur présentent les mêmes contrastes; c’est une succession de vallées riantes et fertiles, de déserts qui rappellent ceux de l’Arabie, et parmi lesquels celui qui s’étend entre l’Indus et le Goudjérate, occupe le premier rang. On rencontre enfin sur les rives des grands fleuves, particulièrement dans les terrains d’alluvion qui entourent leur embouchure, des terres noyées et de grands marais où se trouvent réunies toutes les conditions d’insalubrité des régions paludéennes de la zone torride.

Température. — L’IIindoustan, si Ton en excepte le Pendjab, appartient en totalité à la zone torride; aussi, malgré son immense étendue, quoiqu’il y ait, entre ses points extrêmes, une distance de près de 600 lieues, les écarts les plus considérables entre les températures moyennes des points les plus éloignés ne dépassent pas 6 ou 7°. En combinant entre eux les résultats des observations recueillies sur les côtes de Malabar et de Coromandel, au Bengale et dans l'intérieur, on arrive à une moyenne annuelle de 26°, 6. C’est dans nos possessions de la côte orientale, à Pondichéry, à Karikal, que la chaleur atteint son plus haut degré. Les observations faites pendant trois ans par le docteur Godincau, à la maison de santé de Karikal, lui ont donné les résultats suivants : moyenne annuelle, 29°, 6; moyenne du mois le plus froid (décembre), 25°, 5; du mois le plus chaud (juin), 52°, 9; température la plus basse observée, 20°; la plus haute 40°, 5. A Pondichéry, le docteur Collas est arrivé à des résultats à peu près identiques. La moyenne annuelle y est également de 29°, 6. Madras, à 168 kilomètres au nord de Pondichéry, jouit d’une température moyenne un peu moins élevée, 27°, 8, et les écarts y sont encore moins sensibles : la moyenne de janvier est de 24°, 2; celle de juin, de 51°, 2. II fait un peu moins chaud à la côte de Malabar. Les observations recueillies pendant six ans, à Bombay, par le docteur Lownds, lui ont donné, pour moyenne annuelle, 25°, 21; pour janvier, le mois le plus froid, 2(J°,44 ; pour mai, le mois le plus chaud, 26°. Le Bengale, situé plus au nord, mais formé par des terres basses, et placé au fond d’un golfe abrité, contre les vents froids, par les derniers contre-forts de Tllimalaya, a une température plus élevée et sujette à des variations plus considérables. A Calcutta, la moyenne annuelle est de 26°, 5; celle du mois de décembre, de 19°, 5; celle du mois de mai, de 31°, 4. La hauteur du thermomètre ne rend pas complètement compte des sensations qu’on y éprouve. Je me trouvais à Calcutta au mois d’avril 1842, et je ne me souviens pas d’avoir autant souffert de la chaleur sur aucun autre point du globe. A mesure qu’on s’avance vers l’intérieur et qu’on se rapproche des montagnes, les moyennes s’abaissent et les écarts deviennent plus sensibles. A Bénarès, la moyenne annuelle n’est plus que de 25°, 5, mais celle de janvier descend à 15°, 33, et celle de mai remonte à 29u. L’influence de la situation maritime ou continentale des localités sur leur température se fait vivement sentir, lorsqu’on compare entre eux les points situés aux deux extrémités de la presqu’île. Ceylan, par 6° nord, a une moyenne annuelle à peu près égale à celle de Bénarès, dont la latitude est de 25°, 18, mais les variations sont à peine sensibles. La ville de Kandy, dans l’intérieur de l’île , a pour moyenne annuelle 20°, 53; celle de janvier est de 19°; celle de juin, de 21», 5.

L’influence de l’altitude est encore bien plus évidente. Nous avons parlé des froids rigoureux qu’on éprouve sur Tllimalaya, au-dessus de 4,000 mètres; à une élévation moitié moindre, ce n’est plus qu’une fraîcheur agréable, et les Anglais, épuisés par les chaleurs du Bengale, viennent se rétablir sous ce climat délicieux. Depuis 1821 , époque à

laquelle le gouverneur de cette contrée vint fixer à Simla sa résidence d’été, cette localité, jusqu’alors déserte, s’est peuplée de maisons de campagne. Plusieurs stations analogues se sont échelonnées sur les flancs de ces montagnes, et les convalescents peuvent se fixer aujourd’hui à la hauteur qui convient à leur santé, sur des points dont les uns, comme Darjeling, n’ont pas moins de 2,668 mètres d’élévation; dont les autres, comme Almora, n’en ont que \ ,800. La présidence de Bombay a aussi son sanatorium; c’est Malcompett, situé à 1,500 mètres, dans les Ghattes occidentales. Les Européens de la côte de Coromandel vont se réfugier sur le plateau de Nilgherrys, dans les Ghattes orientales. Cette délicieuse résidence, élevée de 2,200 mètres, leur offre un printemps perpétuel. La température moyenne de l’année y est de 15°, 6 ; elle se maintient, en janvier, à 10°, 6 et ne dépasse pas 15°, 8 dans le mois le plus chaud. Les stations les plus vantées du midi de l'Europe ne peuvent pas offrir aux valétudinaires un climat plus doux, un ciel plus pur et des sites plus agréables.

Pression. — La pression barométrique ne présente rien de particulier dans l’Hindoustan : elle y affecte cette marche régulière particulière à la zone torride; elle suit la température et le cours des saisons; elle atteint son maximum au mois de janvier, décroît progressivement jusqu’en juin et revient peu à peu à sa hauteur primitive. D’après les observations faites en 1856, à Pondichéry, par de Nozeilles, pharmacien de la marine, elle s’est élevée à 765 millimètres à la première de ces époques, et a descendu à 755 millimètres pendant la seconde; la moyenne annuelle a été de 757 millimètres; la plus grande hauteur observée, de 769 millimètres, la plus faible, de 751 millimètres. La variation diurne la plus considérable s’est présentée en janvier; elle a été de 4mm,5. A Bombay, sur la côte opposée, la moyenne annuelle est de 756 millimètres; celle de janvier, de 760 millimètres; celle de juin, de 752 millimètres (Miihry).

Saisons. — On ne connaît dans llnde que deux saisons; la saison sèche et celle des pluies. Elles sont soumises au régime des moussons. Celle de sud-ouest commence au mois de mai et finit en octobre, où des vents variables signalent le changement qui va s’opérer; celle de nord-est commence en novembre et se prolonge jusqu’à la fin d’avril. Ces deux directions ne se succèdent pas d’une manière brusque, et, en réalité, les observations, poursuivies pendant une année entière, prouvent que les vents font le tour du compas, dans le cours de l’année.

Les chaînes de montagnes mettent obstacle au passage de ces courants généraux, et déterminent l’époque à laquelle tombent les pluies sur les différents points de la péninsule. Les vents de sud-ouest, arrêtés par les Ghattes, amoncellent les nuages sur la côte de Malabar, et ils s’y résolvent en pluie, pendant que la côte de Coromandel jouit d’un temps sec et serein. C’est de juin en octobre qu’elles tombent avec le plus d’abondance. Le contraire se produit pendant la mousson de nord-est : les nuages retenus par les montagnes s’abaissent sur la côte de Coromandel pendant les trois derniers mois de l’année, et c’est l’époque de la saison sèche à la côte de Malabar. Les deux rivages de l’Hindoustan ont donc des

saisons opposées qui se continuent dans l’intérieur. A Delhy, c’est par les vents d’est que tombent les pluies. Au Bengale, ce sont les vents de sud qui les amènent. La chaîne de l'IIimalaya joue, pour cette contrée, le rôle que remplissent les Gliattes dans le sud. Elles sont torrentielles, et tombent parfois pendant 50 ou 40 heures sans discontinuer. C’est à la fin de juin qu'elles commencent; elles finissent à la mi-octobre et sont remplacées par des brouillards et par des rosées abondantes. L’ile de Ceylan, malgré son peu d étendue, est soumise aux mêmes alternatives. Il pleut sur la rive occidentale en même temps qu’à la côte de Malabar, c’est-à-dire pendant la mousson de sud-ouest, et sur la rive opposée, en même temps qu’à la côte de Coromandel, c’est-à-dire pendant la mousson de nord-est.

C’est à l’époque des changements de mousson que régnent les typhons. Ils sont plus fréquents à la côte de Malabar qu’à celle de Coromandel. Les pluies y sont aussi plus abondantes et plus continues. Ainsi, tandis qu’à Karikal, il ne pleut en moyenne, d’après les observations de Godineau, que 79 jours par an, et qu’il n’y tombe que 1,028'““’ d’eau; qu’à Madras, ce chiffre ne dépasse pas 1,187 mm ; à Bombay, on en compte 2,109, répartis entre 102 journées; à Calcutta même, l’udomètre n’accuse que l,928mmpar année. Ces chiffres prouvent que, dans l’Inde, le régime des pluies ne suit pas la loi générale, et qu’elles augmentent de quantité en s’éloignant de l’équateur.

Salubrité. — Il est impossible de rien établir de général au sujet de la salubrité du climat de l’Inde. Un pays aussi vaste et aussi accidenté ne peut manquer de présenter, à cet égard, autant de différences que sous le rapport météorologique. On trouve dans l’intérieur, et particulièrement dans le nord, des vallées fertiles et bien cultivées, des villes d’un aspect riant et d’un séjour agréable, mais ce sont des exceptions; les jungles et les déserts l’emportent de beaucoup par leur étendue. Les parties occupées par les Européens, et situées, pour la plupart, sur le littoral, présentent les mêmes différences. Le Bengale est la province la plus insalubre, surtout dans ses parties méridionales. C’est un terrain d’alluvion, couvert de forêts et de marécages, au milieu desquels les mille bras du Gange promènent leurs eaux fangeuses et charrient les cadavres des Hindous. On se ferait difficilement une idée de l’aspect désolé que présente ce delta dans le parcours de 80 lieues qui sépare Calcutta de l’embouchure de l’IIoogly; cette ville elle-même est extrêmement insalubre.- Les Anglais sont parvenus à assainir les parties qu’ils occupent. Leurs splendides habitations ne laissent rien à désirer sous le rapport du confortable et de l’hygiène; mais les quartiers occupés par les natifs sont de véritables cloaques, des foyers d’infection permanente, entretenus par l’entassement, la misère èt la malpropreté. Le choléra et les fièvres en déciment les habitants, et n’épargnent pas toujours la population européenne.

Le Bengale est la présidence dans laquelle les troupes anglaises perdent le plus de monde. Leur mortalité s’élève annuellement à 7,58 pour 100 de l’effectif. La côte occidentale n’est pas aussi marécageuse; mais l’abon-

dance des pluies et les inondations périodiques qu’elles entraînent y font naître les mêmes maladies, avec un peu moins de fréquence et de gravité seulement.' La présidence de Bombay tient le milieu, sous ce rapport, entre celle de Calcutta et celle de Madras. La mortalité, pour les troupes européennes, s’y élève à 5,07 pour 100. La côte de Coromandel est la plus salubre; son sol léger et sablonneux reçoit moins d’eau et renferme moins de marécages. La végétation y est moins puissante, la chaleur, plus sèche et plus incommode, y épuise les Européens et détermine rapidement cet état d’anémie particulier aux climats torrides; mais les endémies y font beaucoup moins de ravages. C’est ainsi qu’à Madras la mortalité des troupes blanches ne dépasse pas 5,87 pour 100; à Pondichéry, d’après les observations de Collas, elle a été de 5,24 pour 100, en moyenne, pendant les six années comprises entre le 1er janvier 1844 et le 51 décembre 1849, et de 5,57 à Karikal, d’après la statistique dressée par Godineau, pendant une période égale, comprise entre 1851 et 1856. Ceylan peut être placée sur la même ligne que Bombay. La mortalité des troupes anglaises s’y élève chaque année à 5,7 pour 100. Les vallées basses et humides de l’intérieur sont d’une insalubrité proverbiale ; mais on trouve, sur le littoral, des localités plus favorisées. Nous citerons, entre autres, la jolie ville de Colombo, située au bord d’une baie formée par le Kalamy-Gamga , au milieu de coteaux verdoyants, de massifs de cocotiers; et Pointe-de-Galle, où les Anglais ont établi un dépôt de charbon, et qui sert de point de relâche aux paquebots des Messageries impériales. En 1845, l’équipage du brick français le Victor , y a joui d’une santé parfaite. La garnison anglaise, forte de 500 hommes, n’en avait que 5 à l’hôpital. C’est une délicieuse résidence.

Dans l’Inde tout entière, l’époque la plus meurtrière de l’année est celle qui fait suite à la saison des pluies; c’est au moment où les marais se dessèchent, que les fièvres des jungles atteignent leur summum d’intensité.

Maladies. — - Les maladies qui prédominent dans l’Inde sont le choléra, la dysenterie, l’hépatite et les lièvres paludéennes. Elles attaquent également les Européens et les indigènes; mais avec des degrés de fréquence bien différents. C’est le choléra qui fait périr le plus d’indiens ; c est la dysenterie, jointe aux affections du foie, qui lait le plus de ravages dans la population blanche. Bien que le choléra règne en permanence dans l’Inde, et surtout au Bengale, il y conserve cependant ce cachet épidémique qui lorme son caractère prédominant. Le foyer n’en est jamais éteint; mais il s’active par moments, et c’est alors qu’il franchit ses limites habituelles. On le voit en général apparaître sous celte forme redoutable au milieu des grandes agglomérations provoquées par les fêtes religieuses. C’est aux bains sacrés d’Hurdwar, au milieu d’une réunion de plus de deux millions de pèlerins, qu’il prit naissance au mois d’avril 1817, lorsqu’il commença cette course de quinze années, pendant laquelle il a ravagé le monde. C’est dans les mêmes conditions que l’épidémie de 1865-1866 a débuté à la Mecque. 11 ne sévit pas avec la même intensité dans toutes les parties

CLIMAT. CLIMATS TOPiP.IDES (REGION ASIATIQUE).

de l’Inde. Il règne en tout temps au Bengale et dans la présidence de Bombay; mais à la côte de Coromandel, il ne se montre que par intervalles. Cependant il résulte des recherches faites à Ivaukal, par Godineau, que, de 1818 à 1856, on n’a compté que 8 années qui en aient été exemptes. Il n’attaque guère que les natifs, et, lorsqu’il s’adresse à la race blanche, il choisit presque toujours ses victimes parmi les individus qui sont nés dans le pays ou qui l’habitent depuis longtemps. Le choléra est line maladie que le temps et l’espace n’influencent pas, qu’on retrouve la même sous toutes les latitudes et dans toutes les races. Les seules différences qu’on puisse signaler chez les Hindous, consistent dans la fréquence un peu plus grande de la diarrhée prémonitoire, l’absence de réaction et la proportion plus considérable des décès.

La dysenterie est, avons-nous dit, la maladie qui fait le plus de victimes parmi les Européens; elle entre pour près d’un tiers dans le chiffre de la mortalité des troupes anglaises. Elle est plus rare, mais plus grave chez les natifs, en raison du peu d’énergie de leur constitution, des conditions déplorables dans lesquelles ils vivent, et de l’absence de tout traitement rationnel. Elle présente, du reste, les mêmes caractères chez les uns et chez les autres; elle débute ordinairement par une diarrhée simple, et s’accompagne souvent, au Bengale, d’hémorrhagies considérables.

L’hépatite est, dans l’Inde et chez les Européens, la compagne habituelle de la dysenterie. Dans les hôpitaux de Calcutta, de Madras et de Bombay, on l’observe, à des degrés divers, dans plus de la moitié des cas. 11 n’en est pas de même dans nos possessions, où Godineau et Collas n’ont presque jamais eu l’occasion de la rencontrer. Les femmes en sont plus rarement atteintes, et les enfants en sont à peu près exempts. Les natifs y sont beaucoup moins sujets que les individus de race blanche. A Bombay, les décès causés par les maladies du foie entrent dans la mortalité générale pour 7,58 pour 100, à l’hôpital européen, tandis que dans celui de Jamsetjee Jejeebhoy, qui est exclusivement réservé aux Indiens de toute caste, elle ne figure que pour 5 pour 100. Morehead s’est assuré, par de nombreuses autopsies, que les abcès du foie ne sont pas aussi rares chez ces derniers que l’avaient avancé Twinning et Banald Martin.

Les fièvres paludéennes de tous les types sont extrêmement communes dans l'Inde. D’après les tables du colonel Tullocb, la proportion annuelle des cas de fièvre intermittente, par rapport à l’effectif des troupes, est de 61,5 pour 100, dans la présidence de Bombay, et de 27,85 dans, celle de Madras. Au Bengale, elles figurent dans la mortalité générale pour 26,8 sur 100, au dire du docteur Bucker. Elles sont plus rares dans nos possessions : à l’établissement de Karikal, situé cependant sur le delta du Cavéry, on ne compte guère que 14 décès sur 100 qu’on puisse leur attribuer; à Pondichéry, elles sont presque inconnues. Dans l’Inde, comme dans tous les pays chauds et marécageux, l’intoxication paludéenne peut revêtir toutes les formes : on y observe toutes les variétés de fièvres intermittentes , rémittentes, pseudo-continues et continues. Les fièvres du Scinde, de Guzerat, de Mysore, du Bengale, du Deccan, ne sont pas autre

CLIMAT. CLIMATS TORRIDES (région asiatique).

chose. La fièvre des jungles est une rémittente bilieuse qu’on rencontre dans toutes les parties de l’Inde, mais qui diffère essentiellement de la lièvre bilieuse hémalurique de la côte d’Or et de Mayotte. Les fièvres éphémère, continue ardente, de la saison chaude, sont des affections idiopathiques, dues à l’exagération des influences météorologiques.

La fièvre thyphoïde est rare dans l’Inde; la fièvre jaune y est inconnue. Il eu serait de même de la peste du Levant; cependant les médecins anglais ont décrit, sous le nom de maladie de Pâli, de Mahamurree, une lièvre continue du caractère le plus grave et qui ressemble beaucoup à la peste. Elle a été observée, pour la première fois, au mois de mai 1815, par Mac Adam , dans le Kutcli et le Kattywar, à la suite de la grande famine qui avait dévasté ces contrées l’année précédente. Elle s’étendit aux provinces voisines, et cessa en 1819, pour reparaître à Pâli, en 1856. Elle éclata presque en même temps dans 52 villages, et y lit de tels ravages, que le gouvernement de Bombay s’entoura d un cordon sanitaire et lit bloquer les provinces infestées. En 1846, elle reparut dans le Mahamurree avec les mêmes caractères de gravité, et dura jusqu’en 1849. En 1852, on la revit de nouveau dans le Surwal et le Rampore, .et, en 1854, elle dévasta le Rohiland. De 1815 à 1854, elle a toujours suivi la direction du nord-est, et n’a été arrêtée que par les monts Himalaya. Cette maladie, caractérisée par une adynamie profonde et par l’absence de réaction, a, pour signe pathognomonique, l’apparition constante de bubons aux aines et aux aisselles, et, plus rarement, dans les régions parotidienne et sous-maxillaires. Ces tumeurs sont indolentes et arrivent rarement à la suppuration. On n’a jamais observé ni charbons ni pétéchies. La mort survient au bout de trois ou quatre jours. Les médecins qui l’ont décrite la croient contagieuse et la regardent comme la plus pestilentielle des maladies connues. Elle n’a jamais sévi que parmi les natifs; mais partout où elle a régné, elle a frappé, en moyenne, le quart de la population et enlevé les deux tiers des malades (Collas).

La variole est assez commune dans l’Inde, et les traditions du pays la font remonter aux temps les plus reculés. Elle fait moins de ravages aujourd’hui dans les contrées où les Européens sont parvenus à introduire la vaccine; elle entre cependant encore, à Bombay, dans le chiffre de la mortalité générale, pour 5,85 pour 100. Elle règne principalement pendant les cinq premiers mois de l’année. Il en est de même de la rougeole, qui apparaît de temps en temps sous forme épidémique, avec les mêmes caractères et les mêmes complications qu’en Europe. L’existence de la scarlatine dans l'Inde n’est pas démontrée. 11 y règne bien de temps en temp une lièvre rémittente accompagnée d’une éruption pointillée; mais aucun des auteurs qui l’ont décrite ne la regarde comme identique à la scarlatine de nos climats.

Les maladies des voies respiratoires sont plus communes dans l’Inde qu on ne serait disposé à le penser : la pneumonie, rare chezlesEuropéens, est au contraire fréquente parmi les natifs. Elle n’est jamais aiguë et tranche ; elle atlecte de préférence la forme adynamiquc, et souvent, à f au-

topsie, on trouve des points gangréneux disséminés au milieu du parenchyme hépatisé. Elle s’accompagne ordinairement de phénomènes rémittents, comme toutes les maladies qu’on observe sous ces latitudes, et se termine parla mort, dans un tiers des cas environ. La débilité des sujets contre-indique l’emploi des émissions sanguines, et fait même préférer l’ipéca à l’émétique. Contrairement .à ce qui se remarque chez les indigènes, la pleurésie est plus commune dans la race blanche que la pneumonie. Les bronchites sont extrêmement fréquentes pendant la saison fraîche. Quant à la phthisie, tous les observateurs signalent la rapidité de sa marche sous le climat de l’Inde. Cette affection, dit Allan-Webb, y marche avec une effroyable rapidité. Morehead, Ranald-Martin, se prononcent d’une manière tout aussi formelle : «Tout Européen qui arrive au Bengale, dit le docteur Twinning, avec le germe de la phthisie, y meurt beaucoup plus vite qu’en Europe. » Quant, aux natifs, voici comment Collas s’exprime à leur égard : « J’ai classé, à dessein, la phthisie après le choléra, comme maladie endémique. C’est à Pondichéry, pour les Indiens, et surtout pour la race croisée, une affection terrible. »

Les rhumatismes sont très-répandus parmi les Indiens ; ils affectent, le plus souvent, la forme chronique, et se compliquent, tout aussi souvent, d’endocardite et de péricardite que partout ailleurs, bien qu'on ait avancé le contraire. La goutte leur est inconnue. La maladie de Bright est commune à Bombay parmi les indigènes; mais, malgré leur alimentation presque exclusivement féculente, ils sont si rarement atteints de diabète, que, dans son immense pratique, Morehead ne l’a rencontré que six fois.

Enfin, l’Inde est la patrie du béribéri; cependant il n’est pas, comme on J’a cru longtemps, inhérent à ce pays et à la race qui l’habite. Les matelots hollandais le contractent souvent, et il règne aux Antilles, parmi les noirs, une affection identique qui a été décrite par Dumont, sous le nom de maladie des sucreries. Tous les médecins signalent la fréquence du tétanos traumatique et idiopathique. 11 ne respecte pas plus les Européens que les naturels, et, à Bombay, il entre, à certaines époques pour un quart dans la mortalité générale. Il y a des années, dit Collas, où toutes les plaies guérissent avec une merveilleuse promptitude; il en est d’autres où les blessures les plus insignifiantes, où les opérations les plus simples, se compliquent de tétanos. Il l’a vu survenir à la suite d’une érosion produite par le frottement du soulier, après une opération d’hydrocèle, après une incision pratiquée pour établir un cautère. Les vieux ulcères y exposent tout autant que les plaies récentes; il s’observe très-fréquemment cà la suite des couches et de l’avortement, et bien plus souvent encore chez les nouveau-nés, parmi lesquels il fait parfois de grands ravages; il est tout aussi grave qu’en Europe et tout aussi rebelle aux agents de la thérapeutique.

Il est difficile de se faire une idée du degré de fréquence et de gravité que les affections cutanées atteignent parmi les natifs, chez lesquels on les trouve souvent unies à la syphilis ou à la lèpre. Cette dernière s’y rencontre

CLIMAT. CLIMATS TOUr.lDES (région asiatique).

sous toutes ses formes. Eu 1852, la léproserie de Madras en a reçu 212 cas, et en a perdu 52; à Bombay, de 1848 à 1855, on en a admis 591 à l’hôpital, et il en est mort 99. L’éléphantiasis des Arabes est également répandu au Bengale et à la côte de Malabar. On l’observe souvent au scrotum , où il prend parfois des dimensions assez considérables pour nécessiter l'ablation de la tumeur; mais il atteint de préférence les extrémités inférieures.

Celles-ci sont également le siège d’une lésion d’une autre nature bien plus intéressante au point de vue histologique. Cette maladie, qui porte dans le pays les noms variés de pied-de-cochin , de maclura , de goutloumahdi , de pérical (gros pied), de ancnjcal (pied d’éléphant) , de kirmagrah , que les médecins anglais désignent sous le nom de maladie tuberculeuse du pied, et que Collas a décrite avec beaucoup de soin sous celui de dégénération endémique des os du pied, s’observe dans un grand nombre de localités de l’Inde. On ne l’a, jusqu’ici, rencontrée que sur des Hindous, et jamais aux deux pieds à la fois. Elle n’est guère connue que depuis 25 ans, et sa véritable nature n’est pas encore bien déterminée, malgré les travaux intéressants dont elle a été l’objet.

c. Groupe oriental ( Indo-Chiné ). — L’Asie tropicale est constituée, à l’est de niindoustan, par l’empire des Birmans, le royaume de Siam, que prolonge la presqu’île de Malacca, et l’empire d’Annam. Ces contrées étaient désignées autrefois' sous le nom collectif de presqu’île au delà du Gange, ou d’Inde extérieure; l’usage les a réunies sous le nom d’Indo- Chine. Elles s’étendent, sous la forme d’une double péninsule, entre le golfe du Bengale et la mer de Chine, et ne sont guère connues que par leurs côtes. Quatre chaînes de montagnes peu élevées, détachées des monts de la Chine, les parcourent du nord au sud, et celle des Mogs s’étend jusqu’à l’extrémité, de la presqu’île de Malacca. Elles sont séparées par trois longues vallées parallèles que parcourent trois grands fleuves: l’Irrwaddi, qui traverse l’empire Birman pour se jeter dans le golfe de Martaban; le Meïnam, qui longe la chaîne des Mogs pour se rendre au fond du golfe de Siam; et le Cambodge, qui arrose l’empire d’Annam avant de se déverser dans la mer de Chine. Soumis à des crues périodiques qui correspondent à la saison des pluies et à la fonte des neiges dans les montagnes du Thibet, ces fleuves débordent et couvrent de leurs inondations les plaines basses et marécageuses du littoral.

L’Indo-Chine ne présente pas les contrastes que nous avons signalés en parlant de l’IIindoustan; on n’y trouve ni ces hautes montagnes, ni ces déserts arides, dont l’inlluence sur le climat se fait si fortement sentir. Dans l’intérieur, le sol est accidenté, montagneux, couvert de bois et d’une fertilité extrême. En se rapprochant de la côte, les terrains s’abaissent, des collines en pente douce alternent avec des vallées pittoresques, et vers l’embouchure des fleuves, le pays devient plat et marécageux. C’est surtout dans l’empire Birman, que cette gradation régulière se fait remarquer. Le royaume de Siam ne forme qu’une large vallée placée entre deux chaînes presque parallèles, et l’empire d’Annam est nettement séparé en deux

parties distinctes, les montagnes au nord, au sud les immenses plaines de la Cochinchine, dans lesquelles sont situées les provinces que nous occupons. Celles-ci sont formées de terrains d'alluvion que sillonnent un nombre infini de cours d’eau, dont le plus considérable est la rivière de Saigon. Le sol est si peu élevé au-dessus du niveau de la mer, qu’elle couvre, à chaque marée, les rives des arroyos et vient baigner le pied des arbres qui les bordent.

Le climat correspond à la constitution géologique : dans les contrées montagneuses, il est agréable et tempéré. La saison des pluies est séparée de celle des chaleurs par un véritable hiver qui s’étend de novembre en février, et pendant lequel les nuits sont très-froides. Les plaines du littoral, au contraire, offrent tous les caractères des contrées paludéennes de la zone torride. Le climat y est uniformément chaud et humide, essentiellement énervant. Il ressemble à celui de la Guyane, et nous retrouverons la ; même analogie dans le cadre nosologique.

Température. — Les conditions météorologiques de ce groupe sont peu connues : il n’a jamais été fait d’observations dans le royaume des Birmans; dans celui de Siam il n’y a que deux points dont la température ail été bien déterminée, Bangkok, dont la moyenne annuelle est de "27°, 5, celle du mois le plus froid (janvier), de 25°, 4, celle du mois le plus chaud (avril), de 29°; Singapore, dont la moyenne annuelle est 27°, celle du mois de janvier 25°, 7, et celle du mois de juillet 27ü,6. La province de Saigon est mieux connue : les observations que les médecins de la marine y recueillent depuis huit ans avec le soin qui leur est habituel, peuvent donner une idée des conditions climatériques du littoral tout entier.

A Saigon, la température est très-élevée et surtout très-peu variable : la moyenne annuelle atteint presque le chiffre que nous avons indiqué pour Pondichéry et pour ‘Karikal ; d’après les observations de Richaud, elle est de 28°, 22. Entre celle du mois le plus froid et celle du mois le plus chaud, la différence ne va pas à 5°. Les variations diurnes n’excèdent pas 9°; les nuits sont chaudes et sans rosées. La plus haute température, observée en 1862, a été de 56°, 50; en janvier, elle s’est abaissée une seule fois à 18°. C’est donc le point de la zone torride où les oscillations thermométriques ont le moins d’étendue. La pression barométrique varie entre 0m,755 et 0m, 7 60 .

Saisons. — Les deux saisons qui se partagent l’année sont réglées par les moussons : la saison sèche coïncide avec la mousson de nord-est, qui commence à la mi-octobre; la saison des pluies avec la mousson de sudouest, qui commence à la mi-avril. Les montagnes jouent ici le même rôle que dans l’Hindoustan ; mais elles ne produissent pas les alternatives (pie nous avons indiquées en parlant des côtes de Malabar et de Coromandel. Situées principalement au nord de la région qui nous occupe , elles arrêtent, à leur passage, les nuages que poussent les vents de nord-est, et les empêchent de pénétrer dans les plaines annamites. Elles y retiennent, au contraire, ceux qu’amène la mousson de sud-ouest; ils s’y résolvent en pluies torrentielles et inondent le pays pendant sept mois de l’année, car

les pluies continuent à tomber, pendant la lutte qui s’établit aux deux changements de moussons. Tant qu’elles durent, le temps est couvert, l’atmosphère lourde, accablante et chargée d’électricité. Les orages se succèdent à intervalles très-rapprochés, le tonnerre gronde fréquemment dans les montagnes et même à la côte; on a vu la foudre tomber trois fois à Saïgon en 1861. Un vent assez violent signale l’approche des orages; mais il s’apaise vite, et les typhons, si redoutés sur les côtes de l’Hindoustan, sont inconnus en Cochinchine. De novembre en avril, le temps est au beau fixe, mais l’évaporation est si abondante, que l’atmosphère ressemble à celle d’un bain d’étuve. En 1861, on a compté 184 jours de pluie, dont, 162 du 1er avril au 1er novembre, et 22 seulement pour les cinq autres mois. Mesurée par Laure, à l’aide du psychromètre, l’humidité relative a varié de 58 minimum de la saison sèche, à 89 maximum de l’hivernage.

Salubrité. — Ces contrées justifient ce que nous avons dit des climats torrides à humidité constante. Les montagnes de l’intérieur jouissent, dit-on, d’un climat excellent, mais les vallées profondes de TAracan et du royaume de Siam sont désolées par des fièvres du plus mauvais caractère. Les parties du littoral occupées par les Européens sont moins malsaines que le Bengale et la présidence de Bombay.

La grande ville de Bangoon, située sur les Tords de l’Irrwaddy, au milieu d’un pays plat couvert d’étangs et de ruisseaux, n’est cependant pas insalubre; les Européens qui y résident s’y portent à merveille, ainsi que leurs femmes et leurs enfants.

Les points que les Anglais occupent dans le sud de la presqu’île de Maiaeca, les petites îles de Poulo-penang et de Singapour, offrent les mêmes avantages. Cette dernière sert de point de relâche aux navires qui se rendent dans les mers de Chine, et, bien qu’elle ne soit occupée que depuis 1819, elle compte déjà plus de cent mille habitants, presque tous Chinois ou Malais. C’est une île basse et plate, garnie de palétuviers, couverte de forêts, et dont l’atmosphère, saturée d’humidité, se maintient à une température moyenne de 29ü. Cependant, les fièvres intermittentes y sont rares et sans gravité; on n'y observe que peu de dysenteries et d’affections du foie, et le choléra y est moins à redouter que dans l’Inde.

Nos possessions de la Cochinchine, sans être aussi favorisées, sont pourtant moins insalubres que celles de la côte d’Afrique et de Madagascar. Il ne faudrait pas en juger par les statistiques recueillies jusqu'à ce jour. Pendant l’année 1861, qui fut signalée par les expéditions importantes de Kihoa, de Mitbo, de Bien-boa, de Baria, le corps expéditionnaire et les navires qui l’avaient transporté, ne comptèrent pas moins de 5,291 malades, dont 547 succombèrent, et dont 556 furent renvoyés en France ou évacués sur l’hôpital de Macao, dans lequel il en mourut 75. Les mouvements des navires et la mobilité du personnel n’ont pas permis d’établir le rapport de la mortalité à l’effectif pendant cette année exceptionnelle, mais il a été possible de le faire en 1862, et sur une population de

8,000 Européens, il en est mort 755, c’est-à-dire 9 pour 100. Un chiffre aussi élevé rapprocherait la Cochinchine de nos colonies les plus malsaines ; mais il faut se rappeler que, pendant ces deux années, nous avons été presque constamment en guerre avec les Annamites, et les expéditions dans l’intérieur, les longues marches, les campements au milieu des marais, ont augmenté le chiffre des malades et des décès dans une proportion dont il serait injuste de faire supporter la responsabilité au climat. Depuis que le calme s'est rétabli, la mortalité s’est notablement abaissée.

Maladies. — La constitution éminemment paludéenne de la Cochinchine y fait prédominer les lièvres intermittentes qui forment le fond de sa pathologie. Les dysenteries, les diarrhées séreuses en sont les compagnes inséparables, et l’influence asiatique s’y fait sentir par la présence du choléra. C’est la fièvre qui fournit le plus de malades, c’est la dysenterie qui fait le plus de victimes. Le choléra tient le 2e rang sur les tables de la mortalité. Ainsi sur les 755 décès enregistrés à Saigon, pendant l’année 1862, 562 ont été portés au compte de la dysenterie, 119 ont été dus au choléra, 118 à la fièvre pernicieuse et à la cachexie paludéenne. La lièvre y épargne bien peu d’Européens; les jeunes sujets y sont plus particulièrement exposés. Le type quotidien est de beaucoup le plus commun), le type .tierce vient ensuite, et les types quarte, septénaire et mensuel s’observent fréquemment; les accès pernicieux y sont plus rares qu’on ne serait disposé à le croire, en présence de conditions si propres à les produire.

Les formes comateuse, ataxique et algide sont celles qu’on observe le plus fréquemment. La lièvre prend souvent ce caractère d’emblée et enlève le malade en quelques heures. Cette terminaison funeste s’observe surtout chez les hommes épuisés par la diarrhée et par la dysenterie. Il règne, en Cochinchine, à l’époque du changement de mousson et au début de la saison pluvieuse, une forme de fièvre que Fournier, médecin de lre classe de la marine, a décrite, sous le nom de fièvre paludéenne à détermination gastro-intestinale, et à forme cholérique. On connaît l’influence que les grands typhus exercent sur les fièvres, paludéennes, partout où ils se trouvent en présence. Aux Antilles et dans tous les pays à fièvre jaune, le caractère bilieux s’ajoute à l’élément intermittent, et cette association donne naissance à des maladies complexes qui passent par tous les degrés de gravité et par toutes les nuances, depuis l’accès périodique simple avec embarras gastrique jusqu’à la fièvre bilieuse hématurique, si voisine du typhus amaril qu’on les a souvent confondus. En Cochinchine, c’est le choléra qui vient se joindre à l’élément palustre, et, comme la fièvre jaune, il y imprime plus ou moins fortement son cachet. Dans les cas les plus légers, c’est à peine s’il indique sa présence par l'abondance et le caractère des évacuations qui accompagnent le premier stade; dans la forme la plus grave, il domine tellement la scène qu’on se croirait en présence du choléra lui-même, si la brièveté de l’accès, son retour prochain et l’efficacité du sulfate de quinine ne venaient pas révéler la nature paludéenne de la maladie.

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