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VIII

CLIMAT

En Cocliincliine, la fièvre intermittente est rebelle et sujette à de fréquentes récidives ; nulle part elle ne détermine plus promptement cet état de cachexie qui s’observe à des degrés divers sur tous ceux qui y ont longtemps séjourné. C’est, avec la dysenterie, la maladie qui nécessite le plus impérieusement le retour en France. Pourtant, elle est moins meurtrière que dans quelques autres de nos colonies. Elle n’y entre que pour 16 pour 100 dans la mortalité totale, tandis qu’au Sénégal et à la Guyane, elle y figure pour un tiers. Richaud a même vu creuser, à Saigon, des canaux dans le sol marécageux sur lequel repose la ville, sans que ces travaux, si dangereux dans les régions intertropicales, aient paru nuire à la santé des Européens qui habitaient dans le voisinage.

La diarrhée est, après la fièvre, la maladie la plus commune. Elle est pour la Cocbinchine, ce que la bronchite est pour les contrées froides et humides de l’Europe. Ce n’est le plus souvent qu’un simple catarrhe intestinal, mais elle mérite toujours de fixer l’attention, parce que c’est par elle que débutent les deux affections les plus redoutables du pays, le choléra et la dysenterie. Celle-ci n’offre pas de caractère particulier. Elle est aussi grave, aussi sujette à récidive que partout ailleurs, mais elle se complique beaucoup moins souvent de lésion du foie que dans l’Inde. Nous avons déjà signalé la rareté de l’hépatite à Madagascar, nous la retrouverons également à la Guyane. Dans la statistique de Richaud, elle ne figure que pour 12 décès, 1,56 peur 100.

Le choléra est en Cocliincliine ce qu’il est partout ; cependant Richaud signale l’absence fréquente de la diarrhée prémonitoire et la rareté des réactions franches et bien accusées. L’organisme ne paraît pas avoir la force nécessaire pour prendre le dessus, et lorsque le malade échappe aux dangers de la première période, il succombe souvent, comme par épuisement, vers le 4e et quelquefois le 6e jour ; ce médecin a perdu la moitié des malades qu’il a été appelé à traiter. Sur 55 cholériques, entrés à l’ambulance de Choquan, du 1er au 15 mars 1861, Laure en vu mourir 41.

Contrairement à ce qu’on observe en général dans les contrées palustres de la zone torride, la fièvre typhoïde n’est pas rare, dans la province de Saigon. 11 s’en est présenté 62 cas en 1862, et 57 ont été suivis de mort. La marche de la maladie est la même qu’en Europe, la prédominance des symptômes cérébraux y est peut-être un peu plus marquée.

A l’exception des bronchites qui s’observent surtout aux changements de saison, et qui sont sans gravité, les maladies aiguës des voies respiratoires sont fort rares. Richaud et Laure n’ont pas eu une seule pneumonie à traiter. Les pleurésies elles-mêmes ne s’observent que très-exceptionnellement. La phthisie est, au contraire, commune chez les Européens, comme chez les Annamites, et marche plus vite qu’en Europe. Les rhumatismes et les névralgies sciatiques ne sont pas rares. Le lichen tropicus et les furoncles n’épargnent presque personne. La syphilis y est très-répandue. Son évolution est plus prompte que sous nos latitudes, lorsque le traite-

ment spécifique n’intervient pas à temps. Dans ce cas, l’apparition des symptômes secondaires et même tertiaires suit de très-près celle des accidents primitifs.

Les indigènes sont exposés aux mêmes maladies que les Européens. Elles revêtent chez eux un caractère d’asthénie plus marqué ; la même absence de réaction se remarque à la suite des blessures qu’ils reçoivent et des opérations qu’ils subissent, avec une résignation et un courage stoïques auxquels tous nos confrères rendent justice. La marche en est le plus souvent simple et régulière ; il est rare que des complications viennent l’entraver.

Avant l’occupation, la variole faisait de grands ravages dans cette population. La vaccine y était inconnue. Au moisde décembre 1861, Laure fit envoyer, à Singapour, cinq mères annamites, avec leurs nourrissons. Elles les ramenèrent vaccinés. Les habitants accueillirent le précieux préservatif avec un empressement qu’on ne trouve pas toujours en Europe, et ses bons effets n’ont pas tardé à se faire sentir.

La misère, l’insigne malpropreté des Cochinchinois, les parasites dont ils sont couverts, expliquent chez eux la fréquence de la scrofule et des affections cutanées auxquelles viennent souvent se joindre la lèpre et l’éléphantiasis des jambes et du scrotum. Enfin, ils^sont sujets à cette forme d’ulcère phagédénique que j’ai décrite le premier en 1862, sous le nom d’ulcère de Cochïnchine , et qui a été depuis l’objet de nombreux travaux. Cette cruelle affection ne leur est pas exclusive. Elle n’épargne aucune race. Après la prise de possession de Tourane, elle se répandit, comme une épidémie, dans le corps expéditionnaire et parmi les équipages des navires. Sur 5,600 hommes qui en formaient l’effectif, de Comeiras en observa près de 700 cas. Dans ce nombre, 100 furent suivis de mort, 50 nécessitèrent l’amputation du membre et un plus grand nombre dut être évacué sur l’hôpital de Macao, ou renvoyé en France. C’est sur ces derniers que j’ai recueilli les observations qui font l’objet de mon mémoire. Chez les indigènes, comme chez les Tagals de Manille et chez les Chinois établis à Saigon, la maladie est plus grave et nécessite plus souvent le sacrifice du membre. L’ulcère de Cochinchine, dont nous avons déjà signalé l’analogie avec celui de Mozambique et la plaie de l’Yémen, sera décrit en même temps que ces affections.

Ce que nous venons de dire des Annamites s’applique très-probablement à toutes les populations de l’Indo-Chine, mais pour la plupart d’entre elles nous en sommes réduits à le supposer. On ne trouve nulle part de renseignements sur les maladies des Siamois. Celles des Birmans ne sont pas beaucoup mieux connues, mais, pendant le séjour d’un mois que j’ai fait à Rangoon, en 1845, j’ai pu recueillir quelques renseignements à leur égard. Ils m’ont été fournis par un missionnaire tyrolien, qui habitait le Pégu depuis une trentaine d’années. D’après les notes que j’ai prises à cette époque, la constitution des Birmans se rapproche beaucoup de celle des Annamites; leurs maladies sont à peu près les mêmes et présentent le même caractère d’asthénie. Les phlegmasies aiguës, les pneumonies,

les angines leur sont inconnues. 11 en est de môme de la goutte et du rhumatisme articulaire aigu, mais les rhumatismes musculaires apyrétiques y sont extrêmement communs. Les fièvres intermittentes ne sont ni aussi graves, ni aussi rebelles que chez les Européens. Les maladies qui font chez eux le plus de victimes, sont le choléra, la dysenterie et les diarrhées séreuses qui s’accompagnent, dès le début, de lienterie et les réduisent rapidement au marasme. Ils sont sujets à une sorte de paralysie ascendante et progressive, qu’ils désignent sous le nom de tell et qu’ils traitent par le massage. C’est évidemment le barbiers.

Avant la conquête de l’Aracan, la variole faisait de tels ravages dans leurs rangs, qu’on désertait les villages contaminés et qu’on reléguait les malades dans des lieux déserts, où ils périssaient faute de soins. Les Aracaniens qu’ils emmenèrent en esclavage, leur firent connaître l’inoculation; cette pratique se répandit rapidement dans tout l’empire. Depuis cette époejue, les épidémies de variole ont été bien moins terribles. Les maladies de peau et les affections syphilitiques y sont très-répandues. Ces dernières sont traitées par les fumigations de cinabre. Tout le royaume est rempli de lépreux. Dans les villes de Tabaï et de Martaban, cette maladie est si commune, qu’au dire du père San-Germano, il n’est péut-étre pas une famille qui n’en soit affectée, dans la personne d’un de ses membres. Aussi la désigne-t-on, dans le pays, sous le nom de mal de Martaban. On ne séquestre pas ceux qui en sont atteints ; on se borne à les reléguer en dehors des villes et on les laisse se marier entre eux. Ce sont pour ainsi dire les seuls mendiants du royaume. Je Crois voir encore ces bandes de lépreux qui se jetaient entre les jambes de nos chevaux, lorsque nous sortions de Rangoon, en nous montrant leurs moignons aux cicatrices blanches, mais je n’ai jamais rencontré d’ulcère analogue à celui des Annamites.

On retrouve, chez les Birmans, la même ignorance, les mêmes superstitions que chez tous les peuples de l’Asie. Ils montrent la même confiance pour les médecins européens, surtout lorsqu’il s’agit de lésions chirurgicales ; leurs blessures guérissent avec la même facilité.

III. Région océanienne. — Nous arrivons maintenant à cette longue chaîne d’îles et d’archipels étendue d’un continent à l’autre, à travers la mer Pacifique, et qui porte'Je nom'd 'Océanie. Cette partie du monde présente une physionomie toute particulière. Nulle part la surface du globe n’est hérissée de plus d’aspérités, et nulle part, si ce n’est en Amérique, les montagnes n’offrent une polarité plus marquée. Toutes ces îles ont une origine commune ; elles sont le produit d’un immense soulèvement volcanique qu’attestent tous les cratères éteints qui couronnent leurs crêtes, et les volcans encore en activité, dont le nombre s’élève à plus de deux cents. Il faut en excepter toutefois les îlots dont tous les archipels sont émaillés, et qui ont pour hase des récifs de corail.

L’équateur traverse l'Océanie dans son plus grand diamètre et la partage en deux parties très-inégales, dont la plus considérable appartient à l’hémisphère sud. C’est celle qui renferme la Nouvelle-Hollande, dont la super-

ficie dépasse celles de toules les autres îles réunies et qui a reçu, pour ce motif, le nom de continent austral. La Nouvelle-Hollande n’appartient à la zone torride que par une très-petite portion de son étendue, mais toutes les autres grandes îles en font partie. Elles forment um groupe serré qui relie l’Indo-Chine à l’Australie, et celle-ci semble former le prolongement austral du continent asiatique. En dehors de ce système et à partir du 150e degré de longitude, on ne rencontre plus que des îles de petite dimension, disposées par groupes affectant tous la même direction, et présentant entre eux la plus grande ressemblance. Nous verrons plus loin que les mêmes différences se retrouvent dans le climat.

a. Malaisie. — Les grandes îles groupées autour des continents sont de l’ouest à l’est, les îles de la Sonde, les Philippines, les Célèbes et les Moluques qui composent la Malaisie, et la Nouvelle-Guinée qui fait partie de la Mélanésie. Leur communauté d’origine se revèle par leur structure géologique. Les chaînes de montagnes qui en forment la charpente décrivent une série de courbes concentriques dont la concavité est tournée à l’ouest. Elles atteignent, dans certains points, des hauteurs considérables. A Java, à Bornéo, on trouve des pics de 5,000 à 5,500 mètres d’altitude. A Sumatra, il en est qui atteignent jusqu’à 4,500, et la Nouvelle-Guinée en renferme de plus élevés encore. Les montagnes situées au centre des îles et dirigées suivant leur grand diamètre, sont couvertes de forêts impénétrables. Elles donnent naissance à des cours d’eau qui descendent en torrents sur leurs pentes inclinées, et se creusent des lits profonds dans les grandes plaines qui bordent les côtes. Quelques-unes de ces rivières sont navigables, jusqu’à une grande distance de leur embouchure. Bornéo, par exemple, au dire du baron de Kessel, présente cette particularité remarquable, qu’on peut remonter en bateau à vapeur jusqu’au centre de l’île, par trois côtés opposés. Le littoral est formé par des terrains d’alluvion, entrecoupés de canaux, d’étangs, de marais, et parsemés çà et là, dans les parties habitées, par des rizières et des plantations. Cette zone, aussi insalubre qu’elle est fertile, offre sur quelques points, à Bornéo, par exemple, une profondeur de 20 à 80 kilomètres. Bans d’autres, comme à la côte ouest de Sumatra, les montagnes arrivent presque jusqu’à la mer. A Java, les plaines du littoral sont bordées par des plages de sable mêlé d’argile et de coquilles brisées.

Météorologie. — Le climat de la Malaisie est essentiellement chaud et humide ; cependant la température y est moins élevée que dans la basse Cochinchine et qu’à la côte de Coromandel. Nous ne possédons, du reste, de renseignements positifs que sur un petit nombre de points. Batavia et Manille sont les seuls où il ait été fait des observations suivies, et elles ont donné les mêmes résultats, à quelques dixièmes de degré près. En négligeant ces légères différences, on trouve, pour ces deux localités, une moyenne annuelle de 26°, 5, 25°, 2, pour le mois de janvier, le plus froid de l’année, et 27°, 5 pour le mois de mai, qui en est le plus chaud. Cette similitude de température entre deux localités que sépare une distance de 500 lieues, permet de supposer que la Malaisie tout entière présente des

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conditions analogues. Miihry donne, il est vrai, pour l’île de Sumatra, des moyennes plus faibles. Des observations recueillies à Padang et à Palembang portent la moyenne annuelle à 23°, 4, celle du mois le plus froid à 25°, 2, celle du mois le plus chaud à 24°, 3. Ces chiffres, comme un grand nombre de ceux qu’on trouve consignés dans son ouvrage, ne nous paraissent pas offrir toutes les garanties désirables. Quoi qu’il en soit, le fait qui domine dans la climatologie de ces contrées, c’est l’uniformité de la température et le peu d’amplitude des oscillations annuelles, mensuelles et diurnes.

Les deux saisons qui se partagent l’année ne se différencient que par la direction des vents et par les pluies périodiques qu'ils ramènent. Elles ne se produisent pas à la même époque dans toutes les îles de la Malaisie. Celles qui sont situées au nord de l’équateur, comme les Philippines, ressentent les moussons de l’hémisphère boréal; celles qui sont situées au sud, comme Java et Timor, sont soumises à des influences opposées; enfin Sumatra, Bornéo et les Célèbes, que l’équateur traverse presque à leur centre, appartiennent surtout à cette zone de calmes, de vents variables, d’orages et de pluies torrentielles, que nous avons dit exister entre les parages où régnent les vents alizés des deux hémisphères. Dans ce grand archipel, au milieu de ces terres élevées, la direction des vents est incessamment modifiée par celle des chaînes de montagnes et des détroits; sur les côtes, les brises de terre et de mer se font presque partout sentir. Il est donc impossible d’établir à cet égard de règles générales ; la seule qui se justifie partout, c’est le retour régulier de la saison des pluies et des orages, dont l’abondance et la durée sont de plus en plus prononcées quand on s’approche de l’équateur ; mais on ne retrouve plus, dans l’Océanie, les redoutables typhons de la mer des Indes.

Salubrité , maladies. — Toute la Malaisie est plus ou moins insalubre, et c’est ce qui la distingue surtout des petites îles de la Polynésie, dont nous parlerons bientôt. Bornéo, avec ses pluies qui durent sept mois de l’année, ses immenses marais, ses terrains noyés et mouvants, est inhabitable pour les Européens; aussi les Hollandais ont-ils à peu près renoncé à l’occuper. En 1849, lorsque le baron de Keffel s’en éloigna, on n’y comptait plus que 450 colons épuisés par les fièvres paludéennes, qui n’épargnent pas les indigènes. Timor ne vaut guère mieux. La côte occidentale de Sumatra est si malsaine que les Européens qui vont y chercher le poivre l’ont surnommée la côte de la peste. Je l’ai parcourue depuis Singkel jusqu’à Achem, en relâchant dans tous les points que fréquentent les navires de commerce; c’est un pays splendide comme végétation, mais les côtes en sont basses, couvertes de marais, de bois de palmiers, de cocotiers, arrosées par d’innombrables ruisseaux et bornées, vers l’intérieur, par d’impénétrables forêts. Les Hollandais y occupent quelques points militaires, et les garnisons en sont décimées comme celles de nos postes de la côte occidentale d’Afrique ou de Madagascar, par les fièvres intermittentes et par les hépatites ; c’est du moins ce que m’a dit le médecin du fort de Singkel. Java vaut., à ce qu’il paraît, mieux que sa réputation. La ville de Batavia, qu’on

regardait, au siècle dernier, comme le tombeau des Européens, est devenue beaucoup moins malsaine depuis qu’on a desséché les canaux, élargi les rues, et surtout depuis que les habitants ont déserté la vieille ville pour se fixer sur les riantes collines de Buitenzorg, au milieu des bois de palmiers qui les couvrent. La mortalité des troupes qui, de 1750 à 1751, s’élevait annuellement à 55 p. 100, n’était déjà plus que de 15 p. 100 au commencement du siècle, et maintenant elle oscille entre 6 et 4,2 p. 100. Les Moluques, au contraire, dont on vantait autrefois le climat, et où les Hollandais allaient se rétablir des maladies contractées à Java, ont perdu ce précieux privilège, depuis que le sol a été bouleversé par les tremblements de terre. Le séjour d’Amboine, si recherché jadis, est devenu meurtrier. Chaque année, les fièvres pernicieuses y exercent leurs ravages pendant neuf mois de l’année.

De toute la Malaisie, ce sont les Philippines qui présentent aujourd’hui les meilleures conditions de salubrité. En 1857, la mortalité des troupes européennes n’y a pas dépassé 5,25 p. 100. Les statistiques révèlent de plus un fait remarquable, c’est que, dans ces garnisons mixtes, ce n’est pas l’élément européen qui compte le plus de décès. Ainsi, aux Philippines, dans cette même année 1857, sur 7,422 soldats indigènes, il en est mort 420, ce qui donne une proportion de 5,65 p. 100, presque double de celle que nous avons indiquée plus haut. A Batavia, ce sont les noirs venus de la côte de Guinée qui succombent en plus grand nombre, et les Malais qui résistent le mieux. Là, comme à Manille, c’est aux ravages de la phthisie qu’est dû cet excédant de mortalité pour les races colorées. Elle entre pour plus d’un quart dans le chiffre total de leurs décès. Nous verrons plus loin que c’est elle qui dépeuple les archipels polynésiens.

En dehors de cette maladie dominante, les affections les plus communes à Java sont celles du tube digestif, et c’est encore la dysenterie et la diarrhée qui occupent le premier rang. Le choléra ne passe qu’en seconde ligne, les fièvres intermittentes ne viennent qu’en troisième lieu. Aux Philippines, les fièvres intermittentes sont plus meurtrières que le choléra. Dans la statistique que nous avons citée, elles représentent le dixième de la mortalité, et le choléra n’y figure que pour un dix-septième.

Les affections aiguës des voies respiratoires y entrent pour un chiffre égal, tandis qu’à Java, c’est à peine si elles peuvent entrer en ligne de compte. Les bronchites y sont presque inconnues. On y observe de loin en loin quelques pneumonies adynamiques. Dans la Malaisie, comme dans l’Inde, le choléra et la dysenterie sévissent surtout chez les indigènes, et la fièvre intermittente parmi les Européens.

Le reste de l’Océanie tropicale nous est bien peu connu. La nouvelle Guinée est encore à peu près inexplorée. D’après le peu que nous en savons, son climat se rapproche beaucoup de celui de la Malaisie.

b. Polynesie. — Les nombreux archipels de la Polynésie ont été parcourus, dans tous les sens, par les navigateurs, mais ils n’ont guère fait qu’y passer, et nous ne possédons de données positives que sur les deux groupes que nous occupons depuis une vingtaine d’années, les îles de la Société et

les Marquises. Les observations qui y ont été recueillies par les médecins de la marine peuvent, du reste, s’appliquer aux autres, car elles se ressemblent toutes. Leur constitution géologique est la même; elles sont toutes formées de terrains volcaniques entourés de madrépores; leurs montagnes, dont quelques-unes dépassent 2,000 mètres, affectent toutes la même direction ; enfin elles sont toutes renommées pour la douceur et la salubrité de leur climat. Aucune d’entre elles pourtant ne peut être comparée à Taïti , que les premiers navigateurs ont surnommé la reine de l’océan Pacifique, et qui conserve encore aujourd’hui, malgré le contact de la civilisation, tout son charme et toutes ses séductions.

Météorologie. — Quoique rapprochée de l’équateur, elle ne connaît pas les chaleurs accablantes de la zone torride; son atmosphère, pure, lumineuse, sereine, est rafraîchie par les grandes brises du large; sa température est inférieure de plusieurs degrés à celle des îles de la Sonde et des Philippines. La moyenne annuelle est de 24°, 79, celle du mois le plus froid (août) de 19", 41, celle du mois le plus chaud (avril) de 29°, 8. Le thermomètre s’y est pourtant élevé quelquefois jusqu’à 55°, et on l’a vu descendre à 14°, mais ce sont là des faits exceptionnels. L’humidité y est extrême, la tension moyenne de la vapeur varie de 17mm,85 à 21mm,96, l’humidité relative de 79,70 à 89,05. On l’a vu s’élever à 99,6. Les oscillations diurnes du baromètre y sont très-régulières ; les variations mensuelles oscillent entre 756 et 761 millimètres. La moyenne annuelle est de 758“m,64.

Les vents d’est dominent à Taïti pendant toute l’année. Ils régnent seuls pendant la belle saison, et passent du nord-est au sud-est. Dans l’hivernage, ils alternent avec les vents d’ouest et de nord-ouest. Les vents de nord soufflent parfois au large, mais ils s’arrêtent à la ceinture de récifs qui entoure l’ile, et les montagnes en préservent Papeete. Les ouragans sont très-rares et de peu de durée.

La saison sèche et tempérée s’étend du commencement de mai à la fin de septembre , la saison chaude et pluvieuse comprend les mois intermédiaires. Cette dernière est du reste extrêmement variable d’une année à l’autre. L’hivernage n’est parfois signalé que par des grains assez rares qui descendent des montagnes; souvent, au contraire, des pluies torrentielles tombent sans interruption pendant plusieurs semaines. Elles transforment les ruisseaux en torrents, inondent les vallées, entraînent les ponts et' les cases, et interceptent les communications entre les différents districts.

Le climat des îles Marquises est à peu près le même; toutefois les saisons y sont moins tranchées. Elles n’ont rien de régulier, ni dans leur durée, ni dans l’époque de leur retour; la température y est aussi plus variable et sujette à des oscillations brusques qui se produisent plus particulièrement le soir, sous l’influence des courants d’air froid qui descendent des montagnes.

Salubrité , maladies. — Nous avons déjà parlé de la salubrité de ces îles. Elle dépasse celle de nos colonies les plus favorisées. Les Européens

y jouissent d’une santé parfaite, sans acclimatement préalable, malgré les imprudences et les excès de tout genre contre lesquels il est si difficile de se prémunir, dans un pays où tout porte à la vie sensuelle, où la plus incroyable liberté de mœurs vient se joindre à T action provocatrice du climat. Après un séjour de plusieurs années en Océanie, les détachements reviennent en France aussi bien portants qu’au départ. Pendant les huit années qui ont suivi l’occupation, malgré les expéditions de guerre et les travaux nécessités par la colonisation, le chiffre de la mortalité ne s’est pas élevé à 1 p. 100 de l’effectif. En 1850, il s’est abaissé jusqu’à 0,59 p. 100.

Les maladies endémiques des régions intertropicales y sont inconnues. Tous les médecins qui y ont séjourné signalent l’absence presque complète de lièvres intermittentes. Les registres de 1 ’ hôpital de Papeete, relevés par Érhel, pour la période comprise entre le 1er janvier 1845 et le 1er janvier 1849, ne lui ont donné, sur 2,207 malades, que 5 cas de lièvre intermittente et pas un décès qui pût leur être imputé. Sur 758 maladies internes observées en 2 ans, Prat ne compte que 5 cas de fièvre simple et 1 de fièvre pernicieuse. Cette immunité pathologique, que nous retrouverons également à la Nouvelle-Calédonie, semble donner un démenti à la loi la mieux établie de la géographie médicale, car toutes les conditions qui peuvent donner naissance à l’intoxication paludéenne sont réunies à Taïti. La température y est élevée, l’humidité excessive, et les terrains noyés y abondent. De toutes les explications qu’on a proposées pour expliquer cette anomalie, la plus plausible nous paraît être celle qu’a donnée Nadeaud. D’après ce médecin, ces terres basses, envahies par les eaux, ne sont pas des marais. La couche d’alluvion qui en forme la surface est mince et repose sur un massif de corail éminemment perméable, à travers lequel les eaux filtrent peu à peu pour se rendre à la mer. Ce drainage naturel empêche leur stagnation et en prévient les conséquences.

Les fièvres continues y sont plus communes. On y observe, comme dans tous les pays chauds, cette forme dite inflammatoire que caractérise un mouvement fébrile intense avec prédominance des symptômes gastrointestinaux. Elle y règne souvent à l’état épidémique, mais elle ne présente jamais de gravité. Sur 187 cas observés en 1854, pas un n’a été suivi de mort. Il n’en est pas tout à fait ainsi de la fièvre typhoïde, qui se montre à Taïti, chez les indigènes comme chez les Européens. Elle présente les mêmes caractères qu’en Europe, et la terminaison funeste qui survient une fois sur quatre est presque toujours précédée de phénomènes ataxiques. Lorsque la fièvre typhoïde règne épidémiquement, on observe en même temps ces embarras gastriques, avec ou sans fièvre, qui n’en sont, pour ainsi dire, qu’une expression amoindrie, et qui constituent, avec les bronchites et les diarrhées, les maladies les plus communes dans le pays.

La scarlatine et la rougeole s’y montrent de temps en temps. La variole y faisait de grands ravages avant que la vaccine y ait été importée de

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Sydney. De Comeiras l’y a propagée, et depuis cette époque on n’en a plus observé que des cas isolés.

La dysenterie règne à Taïti, comme dans tous les pays chauds, mais elle y est bénigne, sauf dans le cas d’épidémie, où elle acquiert parfois une extrême gravité. L’hépatite y est rare et beaucoup moins grave que dans nos autres colonies. Le choléra épidémique ne s’y est jamais montré.

Les maladies des voies respiratoires forment le fond de la pathologie de ces contrées. Elles sont dues aux refroidissements, aux suppressions de transpiration qu’amènent les courants d’air froid descendus des montagnes. Les bronchites y sont fréquentes et opiniâtres, les pneumonies et les pleurésies plus communes que dans la plupart des pays chauds. Les premières sont rarement franches et se compliquent le plus souvent de phénomènes ataxiques. Les épanchements pleuraux se forment avec une rapidité extrême et souvent sans que l’attention du médecin soit éveillée par un mouvement fébrile intense et par le point de côté caractéristique.

Les ravages de la phthisie sont bien autrement sérieux. Elle entre, pour plus d’un quart, dans le chiffre de la mortalité des Européens. Les indigènes y sont encore plus exposés par leur genre de vie. L’insuffisance de leurs vêtements et de leurs habitations ouvertes à tous les vents, l’abus des bains froids, leur insouciance et leur libertinage les y prédisposent et en abrègent la durée. En général, trois ou quatre mois suffisent pour conduire le malade au tombeau. La tuberculisation pulmonaire, dit de Comeiras, enlève le tiers des Taitiens, et c’est surtout sur les femmes que pèse cette effrayante mortalité. C’est à cette maladie, plus encore qu’au contact de la civilisation européenne, qu’il faut attribuer la dépopulation si remarquable des archipels polynésiens.

Sous le rapport de la fréquence, mais sous ce rapport seulement, les affections vénériennes marchent de pair avec celles des voies respiratoires, et cela n’a rien qui doive surprendre. Presque toutes les femmes de Taïti sont affectées d’écoulements blennorrhagiques, et on pourrait en dire autant des soldats de la garnison. Les vénériens entrent pour un tiers dans la population de l’hôpital. Après l’uréthrite, le symptôme le plus commun est le bubon d’emblée qui signale, deux fois sur cinq, l’invasion de la syphilis.

L’éléphantiasis des Arabes est très-répandu parmi les indigènes, on le rencontre même quelquefois chez les Européens qui ont fait un long séjour en Océanie.

Les maladies qu’on observe aux îles Marquises sont les mêmes à d’insignifiantes différences près.

IV. Région américaine. — Des deux lignes isothermes qui limitent l’Amérique tropicale, l’une, celle du nord, passe au-dessus de Mexico et de la Yera-Cruz, l’autre, celle du sud, se dirige horizontalement de Truxillo sur le Pacifique, à Baliia sur l’Atlantique. L’espace qu’elles circonscrivent comprend donc le sud du Mexique et l’Amérique centrale, les Antilles, la

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Colombie, les Guyanes, la moitié nord du Brésil et une très-petite partie du Pérou. Ces vastes contrées présentent entre elles des différences considérables sous le rapport du climat. Celles qui appartiennent à l’Amérique du Nord forment, dans leur ensernble, deux longues bandes dirigées du nord-ouest au sud-est, et séparées par le golfe du Mexique et la mer des Antilles. L’une, la plus à l’ouest, est continentale et réunit les deux Amériques, l’autre est formée par une chaîne d’îles étendue de l’extrémité de la Floride aux bouches de l’Orénoque.

a. Mexique et Amérique centrale. — La partie continentale est parcourue, dans toute sa longueur, par la Cordillère. Cette chaîne immense qui dessine si nettement sa vive arête, dans P Amérique du Sud, en longeant sa côte occidentale, continue à suivre la même direction, en traversant l’Etat de Guatemala ; mais, au delà de sa frontière, elle se redresse, pour se diriger franchement vers le nord, s’écarte de la côte et s’étale pour former ces grands plateaux, couverts de volcans, qui forment l’intérieur du Mexique, et au centre desquels s’élève sa capitale. Leurs deux versants s’inclinent doucement, vers les deux mers qu’ils dominent, l’oriental par une pente uniforme et rapide, l’occidental par une succession de collines et de vallées. Tous les deux aboutissent aux plaines qui forment le littoral. Celles-ci présentent une étendue considérable du côté de l’Atlantique, tandis que, sur la côte du Pacifique, elles ne forment qu’une plage étroite sur laquelle empiètent les mornes couverts de bois qui, dans certains points, arrivent jusqu’à la mer. Cette disposition du sol ne permet pas aux cours d’eau de se réunir pour former des fleuves de quelque importance ; cependant, dans l’État de Guatemala, les montagnes sont concentrées à la côte ouest, et de grandes rivières sillonnent les vastes plaines de l’est, avant de se jeter dans la mer des Antilles.

Le Mexique est partagé en trois zones d’altitude croissante et de climat essentiellement différent. Les habitants les désignent sous les noms de terres chaudes ( tierras calientes ), de terres tempérées ( templadas ), de terres froides ( frias ).

Terres chaudes. — Les terres chaudes s’étendent du rivage au pied des montagnes. Elles sont palustres au plus haut degré. Les États de Vera- Cruz et de Tabasco, qui forment le fond du golfe du Mexique, sont couverts d’étangs, de marais, d’eaux stagnantes. De petites rivières y coulent lentement entre leurs berges vaseuses ; des dunes de sable et quelques bouquets d’arbres clair-semés s’élèvent çà et là, au-dessus de la plaine où croit une végétation maigre et rabougrie. Depuis la mer jusqu’à la Soledad, on ne rencontre pas de traces de culture. Tout ce pays est de la plus insigne insalubrité. Le séjour de la Vera-Cruz a de tout temps été regardé comme fatal aux Européens, et l’expédition du Mexique vient d’en donner une preuve nouvelle. L’État de Tabasco, plus fertile et mieux cultivé, est cependant couvert de marécages. La presqu’île d’Yucatan et le golfe presque inhabité de Honduras sont formés de terrains plus secs, plus arides et par conséquent moins malsains.

Météorologie. — La température des terres chaudes n’est pas aussi éle-

\ée que leur nom pourrait le faire croire. Les observations météorologiques, faites à l’hôpital (le la marine à la Vera-Cruz, pendant l’année 1865, par le docteur Bouffier, médecin principal, lui ont fourni les chiffres suivants : moyenne de l’année tout entière 25°, 20, du mois le plus froid (janvier) 21°, 50, du mois le plus chaud (juin) 28°, 90, températures extrêmes 16°, 50 et 50u,70. La variation s’élève donc à 14°, 20, et est par conséquent plus considérable qu’à la Guyane et qu’aux Antilles. La tension de la vapeur a oscillé entre 16œm,60 et 25mm,72, l’humidité relative entre 76,40 et 84,48. Le maximum se produit en juillet et en août, c’est le moment des grandes pluies. Sur 94 jours pluvieux, pour toute l’année, on en a compté 51 en juillet et 14 en août. Il est rare que l’eau tombe pendant vingt-quatre heures consécutives. Ce sont le plus souvent des grains qui passent sur la ville et s’y répandent en averses. Quelquefois le ciel reste gris pendant plusieurs jours, sans qu’il tombe une goutte d’eau. Il n’y a pas à la Vera-Cruz de saison complètement sèche. Les orages y sont fréquents et d’une violence extrême; les vents très-variables peuvent cependant se rattacher à deux directions principales. Ceux du nord sont un peu plus fréquents que ceux du sud. On a compté, en 1865, 215 jours des premiers pour 152 des seconds. Les vents du nord sont très-violents, surtout en octobre et en novembre. C’est de cette direction que viennent les ouragans terribles du golfe du Mexique, qui causent parfois de si grands sinistres, et qu’on accueille pourtant avec joie, à la Vera- Cruz, parce qu’il est d’observation que, après un ou deux coups de vent de nord, la lièvre jaune cesse ou du moins ralentit ses ravages. Ils sont annoncés par une dépression très-sensible du baromètre, qui remonte aussitôt que le vent commence à souffler. Sa marche offre donc le même intérêt qu’à Bourbon et ses avertissements sont aussi certains. Il y présente du reste des écarts considérables. En 1865, on l’a vu descendre à 755mm,50 au mois de mars, et s’élever jusqu’à 776m,n en novembre et en décembre.

Maladies. — Ces conditions climatériques n’ont rien de spécial, on en retrouve d’analogues sous la zone torride tout entière, et cependant dans la région qui nous occupe, elles donnent naissance à une maladie que nous n’avons pas encore rencontrée jusqu’ici et qui appartient à la même famille que la peste et le choléra. Les côtes du golfe du Mexique et les grandes Antilles sont les foyers de la fièvre jaune. C’est de là qu elle part pour se répandre dans les petites Antilles et le long de la côte orientale de 1 Amérique, théâtre le plus habituel de ses excursions; c’est encore de là qu’elle provient lorsqu’elle franchit l’Atlantique, pour venir ravager la côte occidentale d’Afrique et faire de loin en loin de terribles apparitions sur le littoral européen. Son caractère est essentiellement épidémique ; tandis que les fièvres paludéennes, que la dysenterie, régnent en tout temps dans les lieux où elles sont endémiques, la fièvre jaune suspend souvent ses ravages, pendant des années entières, sans que rien puisse expliquer sa disparition. Pendant son long séjour à la Vera-Cruz, le docteur Bouffier a relevé, sur les registres de l’hôpital de Saint-Sébas-

tien, tous les cas de fièvre jaune qui s’y sont produits de 1802 jusqu’en 1864. Cette longue période présente une succession irrégulière d’épidémies d’une intensité variable, séparées par des intermittences d'une durée beaucoup moindre. La plus longue de celles-ci a été de 55 mois, de juillet 1806 à mars 1809; c’est un temps de repos tout à fait exceptionnel. La période épidémique la plus prolongée a été de 5 ans, de juin 1841 à juillet 1846. Ces temps de calme durent d’autant plus qu’on s’éloigne davantage du foyer d’infection. Dans les petites Antilles, il s’écoule ordinairement de 7 à 10 ans, entre deux épidémies ; elles apparaissent à des intervalles beaucoup plus grands encore, sur les côtes de l’Amérique du Sud et de l’Afrique occidentale; enfin, c’est à peine si en Europe on en compte 2 ou 3 par siècle. Toutefois, le théâtre de ses excursions s’élargit à mesure que les communications entre les différents points du globe se multiplient et deviennent plus rapides. La fièvre jaune est, on le sait, une maladie du littoral ; au Mexique elle ne dépasse pas la limite des terres chaudes. Elle sévit de la Vera-Cruz à Cordova, sur une zone de 24 lieues de large par conséquent ; mais elle ne s’élève pas jusqu’à la hauteur des terres tempérées; on ne l’a jamais vue à Orizaba.

Elle s’attaque de préférence aux Européens récemment débarqués et aux habitants des terres froides descendus accidentellement sur le littoral. Ses ravages sont en rapport avec le nombre des personnes qui n’ont pas encore été exposées à ses coups. L’expédition du Mexique a mis ce fait en lumière de la façon la plus frappante. Le 9 janvier 1862, jour du débarquement du premier corps expéditionnaire, l’état sanitaire des équipages, des troupes et de la population de Vera-Cruz était aussi satisfaisant que possible. Il n’existait pas en ville un seul cas de fièvre jaune, les premiers se montrèrent au mois de février, et en août on en avait enregistré 1,685 cas, dont 481 avaient été suivis de mort. A partir de ce moment, la maladie a continué ses ravages, signalés par de nouvelles recrudescences, à l’arrivée de chaque navire chargé de troupes. Les pertes éprouvées par la garnison et surtout par les navires mouillés en rade ont atteint des chiffres effrayants (Legris). La fièvre jaune n’épargne ni les indigènes, ni les Chinois ; la race nègre seule jouit, à son égard, d’une immunité véritable, et cependant on voit quelquefois succomber des noirs dans le cours d’une violente épidémie.

Après la fièvre jaune, c’est l’intoxication paludéenne qui domine dans les terres chaudes et qui cause le plus de décès. Elle amène rapidement une cachexie profonde, dont le seul remède est un prompt retour en Europe. Les accès pernicieux y sont fréquents et revêtent presque toujours la forme algide. On observe également, à la Vera-Cruz, une fièvre continue qui présente, suivant le docteur Bouffier, une grande analogie avec le typhus des bagnes et des prisons, et que nous retrouverons sur l’Anahuac.

La dysenterie et l’hépatite sont rares au Mexique. Le choléra y est apparu en 1855. Enfin, le tétanos et les ulcères gangréneux y font de nombreuses victimes.

Terres tempérées. — Les terres chaudes, à proprement parler, finissent

HO CLIMAT. CLIMATS tourides (région américaine).

au Ch iquihuite, localité d’une insalubrité extrême, adossée aux premiers contre-forts des Cordillères. A partir de ce point, l’aridité du sol fait place à la végétation la plus vigoureuse. En s’enfonçant dans l’intérieur, on s’élève, par une série de mamelons couverts de bois, jusqu’à Cordova, situé à une hauteur de 780 mètres, et que les Mexicains regardent comme la limite des terres chaudes, parce que les endémies du littoral s’étendent jusque-là, et que les Européens n’ont jamais pu s’y acclimater. À 6 lieues plus loin, on atteint une altitude de 1,200 mètres. C’est la zone tempérée dans laquelle se trouvent Xalapa, Tasco, Chilpanango et Orizaba, où notre armée a séjourné pendant quatre mois, à une hauteur de 1,215 mètres.

Météorologie. — Il y règne, en tout temps, une température de printemps, douce, uniforme, variant à peine de 4 ou 5° dans l’année, et atteignant une moyenne de 19". Le baromètre y oscille entre 659 et 662 millimètres. Le vent qui souffle le plus fréquemment est celui de sud-est, dans la saison des pluies. Les vents de sud et de nord se succèdent, pendant la saison froide, mais ce dernier, si redouté sur le littoral, ne s’élève pas à cette hauteur, ou du moins n’y arrive qu’à l’état de brise. En revanche, les terres tempérées sont d’une humidité extrême. C’est la hauteur à laquelle s’arrêtent les nuages. Ils y entretiennent d’épais brouillards, et s’y résolvent en pluies torrentielles. Elles durent beaucoup plus longtemps qu’à la côte et que sur l’Analniac. Elles commencent en juin et finissent en octobre. Elles tombent avec une régularité remarquable, depuis deux heures du soir jusqu’au milieu de la nuit. Leur abondance est telle qu’à Orizaba, la quantité d’eau que reçoit le sol s’élève en moyenne à 2,759 millimètres par an. Pendant le séjour qu’y a fait l’armée française, l’hygromètre a constamment marqué, d’après Coindet, de 90 à 95. Les terres tempérées sont salubres, les endémies du littoral n'atteignent pas cette hauteur.

Maladies. — Les maladies qui ont régné parmi nos troupes, pendant leur séjour à Orizaba, qui a coïncidé avec la saison des pluies, étaient la conséquence forcée des fatigues de la guerre et de l’humidité du climat. La dysenterie et la diarrhée, les affections de poitrine et les hépatites sont celles qui ont atteint le plus grand nombre de soldats. Les fièvres intermittentes ont continué à régner parmi eux, mais elles étaient le résultat de leur séjour dans les terres chaudes. Ces maladies, qui n’ont fait du reste qu’un petit nombre de victimes, puisque le chiffre des décès n’a pas dépassé 500, laissaient après elles une faiblesse extrême, une sorte d’état cachectique qui s’est promptement dissipé aussitôt que l’armée est arrivée sur les hauteurs.

Terres froides. — A partir d’Orizaba et de Xalapa, le sol s’élève rapidement, la végétation change et le climat avec elle, et lorsqu’on a franchi les Cambres , on arrive sur ce magnifique plateau de L’Anabuac, dont l’altitude se maintient entre 2,000 et 2,500 mètres, sur une longueur de 200 lieues. On ne trouve, sur aucun point du globe, une plaine de cette étendue, à une pareille élévation. Sa surface se déprime légèrement à son centre, comme le fond d’un cratère éteint, pour former la vallée de Mexico. Un

CLIMAT. CLIMATS TORRIDES (rÉOION AMÉRICAINE). 111

amphithéâtre de montagnes, au milieu desquelles se dressent les cimes volcaniques du Popocatepetl et de l’iztacahualt, l’entoure de tous les côtés, et la ville s’élève au milieu d’une ceinture de lacs, dont le niveau dépasse celui du sol sur lequel elle est bâtie, et qui la menacent sans cesse de leurs inondations. Aucune rivière ne s’en échappe, et lorsque les pluies sont abondantes, la campagne est transformée en un grand marécage.

Météorologie. — Bien que située sur un point relativement déclive, Mexico est élevée de 2,277 mètres au-dessus du niveau de la mer. La hauteur moyenne du baromètre n’y dépasse pas 585 millimètres; cetle basse pression est le caractère dominant de ce climat tout spécial. La température moyenne de l’année y est de 16°, 6, celle du mois le plus froid (janvier) de 12°, 5, celle du mois le plus chaud (juin) de 19°, 5 (Ivæmtz). C’est à peu de chose près, on le voit, la température de Naples et de Lisbonne ; les variations annuelles y sont même moins considérables, puisqu’il n’y a qu’une différence de 7 degrés entre les mois extrêmes; mais les oscillations diurnes y sont beaucoup plus étendues. Le rayonnement nocturne s’opère avec une extrême activité, dans cette atmosphère si légère et si pure, et dans l’hiver le thermomètre s’abaisse, pendant la nuit, à 1 ou 2°, tandis qu’il marque 16 et 17° à deux heures du soir. Dans cette saison, les gelées blanches sont communes, mais il est extrêmement rare qu’il glace. L’air est alors doux et sec, le ciel limpide et d’un éclat sans pareil. Dans l'été, la chaleur est tempérée par les pluies périodiques, qui sont cependant beaucoup moins abondantes que dans les terres tempérées. Ainsi, à Mexico, d’après les observations de Coindet, il n’est tombé, pendant la saison des pluies, c’est-à-dire du 1er juin au 50 octobre 1865, que 1,175 millimètres d’eau, et pendant les mêmes mois de l’année précédente, le docteur Buez en avait compté 2,541 à Orizaba. A cette hauteur, du reste, l’évaporation est extrêmement rapide, le sol se dessèche en quelques instants, et l’atmosphère de l’Anahuac est très-sèche, malgré les lacs qui s’y rencontrent. C’est à cette prompte disparition de l’humidité qu’on attribue le petit nombre et le peu de gravité des fièvres intermittentes.

Salubrité , maladies. — En résumé, ce qui caractérise le climat de l’Anahuac, et en particulier de Mexico, c’est la raréfaction de l’air, sa pureté, sa sécheresse et les refroidissements nocturnes qui en sont la conséquence, Cette diminution de densité a été présentée par Jordanet, comme un obstacle à l’acclimatement des Européens dans ces régions élevées. Elle détermine, d’après lui, une désoxygénation progressive du sang qu’il désigne sous le nom d’anoxyémie des altitudes. Nous avons déjà exposé et réfuté cette opinion ( Voy . Acclimatement, t. Ier, p. 186), nous n’y reviendrons pas. Le climat du plateau est aussi salubre pour les nouveaux venus que pour ceux qui l’ont habité de tout temps. Jamais nos soldats ne se sont mieux portés qu’après avoir franchi les Cumbres ; ils se sont rétablis, sous les murs de Puebla, des maladies qu’ils avaient contractées à Orizaba, et n'y ont présenté que les affections inséparables des fatigues de la guerre, et provenant surtout des variations de température. Après

la reddition de la place, notre petite armée se mit en marche pour Mexico dans un état de santé parfaite. Jamais, dit Coindet, je n’avais vu si peu de soldats s’arrêter en roule. Ces heureuses conditions ne se sont pas démenties.

La population mexicaine supporte tout aussi bien le climat. L’intéressante statistique publiée par Coindet, dans la Gazette hebdomadaire , prouve que, chaque année, le chilfre des naissances y dépassse celui des décès, et si la population ne s’accroît pas plus rapidement, cela tient aux conditions déplorables dans lesquelles ce malheureux pays a vécu jusqu’à ce jour. L’excédant s’est cependant élevé, pour le district de Mexico, à 11,950, pendant les trois années sur lesquelles ont porté ses recherches. En 1857, on y a enregistré 8,596 décès, 10,778 en 1858, et 14,292 en 1859. Ce sont là des chiffres considérables sans doute pour une population qu’on évalue approximativement à 220,000 habitants, mais les recensements n’offrent pas assez de garanties pour servir de base à des calculs précis.

Les affections qui font le plus de victimes sont les fièvres éruptives, les affections des voies respiratoires et celles du tube digestif. La variole marche en première ligne ; elle figure, dans la mortalité générale, pour 15 p. 100. En 1857, elle a causé le quart des décès. La pneumonie passe en second lieu, et dans le rapport de 11,52 p. 100, proportion qu’elle atteint à peine en Europe dans les pays où elle présente le plus haut degré de fréquence et de gravité. Les convulsions de l’enfance viennent ensuite, et dans le rapport, de 9,59 p. 100. On voit figurer, après elles dans cette statistique, sous la dénomination commune de fièbres , toutes les fièvres continues, mais celle qui occupe le premier rang est le typhus des hauts plateaux, que les Mexicains nomment tarbadillo et les Indiens matlazahualt. Cette affection, endémique sur l’Anahuac, et qui y revêt parfois la forme épidémique, ressemble, d’après le docteur Brault, au typhus des camps; pour Coindet, au contraire, c’est une pyrexie exanthémateuse, analogue aux lièvres éruptives. Sa marche est aiguë et régulière, elle est contagieuse, n’attaque guère que les jeunes gens et n’est pas sujette à récidive.

La phthisie, la dysenterie et la diarrhée, les hydropisies et les hémorrhagies cérébrales viennent immédiatement après les fièvres sur cette liste de mortalité. Les autres maladies offrent à peu près le même degré de fréquence qu’en Europe, cependant les hépatites y sont plus communes; elles marchent sur la même ligne que les pleurésies, et entrent, comme elles, pour près de deux centièmes dans la mortalité. Celle-ici varie, suivant les saisons, ainsi que les causes qui la déterminent. La saison des pluies est la plus meurtrière et la saison chaude la plus salubre. Les maladies qui dominent à ces deux époques sont, dans leur ordre d’importance, les fièvres éruptives, les affections du tube digestif et celles des voies respiratoires. Cet ordre se renverse pe.ndant la saison froide; ce sont alors les maladies de poitrine qui l’emportent et les fièvres éruptives sont reléguées au troisième plan.

Il est des maladies qui, sans affecter le chiffre de la mortalité, n’en jouent pas moins un rôle important dans la pathologie de ces contrées. Les bronchites, les rhumatismes apyrétiques sont de ce nombre. Les fièvres intermittentes, rares à Mexico, sont très-communes dans les villages situés sur les bords du plateau. Le docteur Libermann en a observé un grand nombre à Flalpan, dont la population indienne présente tous les caractères de l’anémie paludéenne. Ces fièvres affectent le type tierce, ne donnent jamais lieu à des accès pernicieux et guérissent facilement par le sulfate de quinine. La syphilis est plus fréquente au Mexique qu’en Europe. D’après le médecin que nous venons de citer, un quart de la population en serait atteint. Les chancres phagédéniques et les bubons d’emblée sont trèscommuns, la syphilis constitutionnelle, très-rapide dans son apparition et dans sa marche. Un de ses symptômes habituels est le rhumatisme articulaire syphilitique compliqué d’endocardite et cédant au traitement mercuriel.

Côte occidentale. — La partie du Mexique, comprise entre l’Anahuac et l’océan Pacifique, et qui forme le versant occidental de ce plateau, est constituée par une série de montagnes, dont la hauteur s'abaisse progressivement, et de vallées encaissées, que sillonnent des ravins profonds, convertis en torrents pendant la saison des pluies. Des forêts impénétrables, en couvrent toute la surface et arrivent jusqu’à la mer. Elle est parcourue de l’est à l’ouest par quelques routes presque impraticables, dans lesquelles la petite armée de Santa Anna rencontra les plus grands obstacles, lorsqu’elle vint assiéger Alvarès dans les murs d’Acapulco.

Toute la côte du Pacifique, depuis la frontière du Pérou jusqu’à Mazatlan, présente les mêmes caractères. C’est une bande étroite, limitée par des montagnes en amphithéâtre, sillonnée par des cours d’eau qui sortent du fond des bois et dont les bords fangeux sont couverts de palétuviers. Des plages sablonneuses alternant avec des bancs de vase molle que découvre la marée basse, des marécages couverts d’une riche végétation palustre, des îles formées de limon et de débris organiques, charriés par les rivières, remplissent l’espace rétréci qui séparent les mornes de la mer.

Météorologie. — La température moyenne de l’année s’y maintient entre 27° et 28°, la pression barométrique entre 756""“ et 759""". La saison sèche dure environ sept mois. Sur la côte du centre Amérique, elle commence en novembre pour finir vers le 15 mai; sur celle du Mexique, elle s’étend de janvier en juillet. L’hivernage remplit les cinq autres mois de l’année. Les pluies sont alors à peu près continues, surtout en août et en septembre. Chaque jour, vers trois ou quatre heures du soir, il se forme un orage violent qui se termine par une pluie torrentielle, et celle-ci dure jusqu’au matin. Des secousses de tremblement de terre se font sentir presque tous les jours. Ces orages, celte chaleur humide, ces calmes prolongés, déterminent un malaise, un accablement extrêmes. Pendant la saison sèche, le temps est clair, la température, quoique plus élevée, est tempérée par les brises de terre et de mer qui se succèdent avec régularité. Il tombe

NOl'V. mer. MED. ET CUIR. MH. S

toutes les nuits une abondante rosée qui entretient la fraîcheur de la végétation.

Salubrité et maladies. — Cette côte, comme toutes les régions, palustres de la zone torride, est insalubre au plus haut point, surtout dans le Sud. Presque tous les ports et les points de relâche de l’Amérique centrale sont désolés par les maladies. Le séjour de Saint-Jean de Nicaragua, de Punta- Arenas, d’Acajutla, d’Istapa, sont particulièrement à redouter pour les navires, et la population elle-même est décimée dans la mauvaise saison. On peut en dire à peu près autant de Panama. Les mouillages les moins malsains sont Pilot de Salinas et Realejo.

La côte du Mexique présente des conditions un peu moins défavorables ; cependant les fièvres sont aussi fréquentes que graves à San Blas et à Acapulco. Presque tout l’équipage de la P allas en a été atteint devant cette dernière ville, pendant le long séjour qu’y a fait la frégate, après en avoir pris possession. Mazatlan qui devient, depuis quelques années, le centre commercial le plus important de la contrée, est moins insalubre, mais le meilleur point de la côte est incontestablement Guaymas.

L'intoxication paludéenne domine sur tout ce littoral. Les accès pernicieux ne sont pas très -fréquents, mais les fièvres s’y montrent rebelles et amènent rapidement une cachexie profonde dont le cachet se retrouve sur le visage des habitants, et se fait surtout remarquer chez les enfants qui présentent ce teint blafard, cette bouffissure et ce développement du ventre qui tient à l'engorgement des viscères abdominaux. La fièvre rémittente bilieuse y est commune, mais la fièvre jaune n’y est pas endémique. On l’observe quelquefois à Panama, mais seulement sur des étrangers qui l’ont contractée, en passant à la Havane, à la Nouvelle-Orléans ou à Aspinwall. Il est impossible, en effet, que les voyageurs qui traversent l'isthme en quelques heures, ne la transportent pas, du golfe du Mexique, sur la côte du Pacifique, où se trouvent réunies toutes les conditions qui peuvent favoriser sa propagation. C’est probablement à la suite d’une importation de cette espèce qu’elle s’est déclarée, en 1859, à bord de la corvette anglaise YAlert , qui perdit à Panama dix-sept matelots et deux officiers, et se vit forcée de faire route vers le sud, pour en arrêter les ravages.

Le choléra a fait aussi plusieurs apparitions à Panama, mais il y a été de courte durée : on l’a vu également à Acajutla et à Punta-Arenas ; les diarrhées, la dysenterie, les affections du foie se rencontrent partout à côté des fièvres intermittentes, mais ne présentent ni le même degré de fréquence, ni la même gravité.

b. Antilles. — Indépendamment de la partie continentale dont nous venons de parler, les deux Amériques sont reliées entre elles par une grande chaîne de montagnes sous-marines étendues de la Floride à l’embouchure de l’Orénoque, et dont les sommets les plus élevés forment l’Archipel des Antilles. Les plus importantes, Cuba, Saint-Domingue et la Jamaïque, sont situées au nord, les plus petites forment un arc de cercle qui limite à l’est la mer des Antilles. C’est dans ce dernier groupe que se

trouvent nos possessions : la Martinique, la Guadeloupe, la Désirade, les Saintes et Marie-Galante.

Toutes ces îles sont d’origine volcanique et appartiennent au même soulèvement. On retrouve encore, sur certains points, des volcans en activité et les îles du Vent sont sujettes à de fréquents tremblements de terre. Ils ont détruit Fort-Royal en 1859 et la Basse-Terre en 1843. Les montagnes les plus élevées sont situées dans la partie occidentale de Saint-Domingue, dans l’est de Cuba et dans le nord de la Jamaïque. En général, elles se présentent, sous la forme d’un noyau central, d’où descendent les torrents et les rivières, et qui se termine par des escarpements brusques, séparant nettement les terres hautes des terres basses. Elles sont constituées par du granité dans les petites Antilles et par du calcaire dans les grandes. L’intérieur est couvert de forêts du milieu desquelles surgissent des mornes arides ; il est à peu près inhabité. Les villes sont situées sur le littoral et reposent sur les terrains d’alluvion, qui s’étendent entre les montagnes et la mer. Cette zone, en général étroite, et d’une grande fertilité, est éminemment palustre. Les savanes noyées, les marais, les eaux stagnantes dont elle est parsemée en rendent le séjour malsain dans presque toute son étendue. A cet égard, les petites îles conservent, dans la mer des Caraïbes, la même supériorité sur les grandes que dans les îles de l’Océanie. Elles sont beaucoup moins insalubres que Saint-Domingue et que Cuba.

Météorologie. — Le climat des Antilles est moins énervant que celui de la plupart des contrées que nous venons de parcourir. La chaleur y est tempérée parles grandes brises du large; et, même dans l’hivernage, on n’y éprouve pas cette sensation d’accablement et de prostration qu’on ressent, en Cochinchine, dans toutes les saisons.

La température y est égale et régulière. A la Martinique et à la Guadeloupe, la moyenne annuelle est de 26u,6; celle du mois le plus chaud (août) de 27°, 6 ; celle du mois le plus froid (janvier) de 25°, 70. Les extrêmes constatés, en 1855, à l’observatoire delà Basse-Terre, ont été de 51° et 19°. Les variations nycthémérales ne vont pas au delà de 6°. (Dutroulau.) La température est la même dans les autres petites Antilles. Elle est un peu moins élevée, dans les grandes, qui sont situées plus au nord. A la Havane, les moyennes sont, pour l’année entière, 25°, pour janvier 21°, 9, pour août 27°, 5; à la Jamaïque, elles s’expriment par les chiffres suivants : année entière, 26°, 1 ; janvier, 24°, 4; août, 27°, 6. 11 n’a jamais été fait d’observations suivies à Saint-Domingue.

La même uniformité se remarque dans la pression barométrique ; Ja colonne mercurielle se maintient au-dessous de 760 millimètres pendant dix mois de l’année, et ne s’élève que de quelques millimètres au-dessus en juin et en juillet. La moyenne annuelle est de 759mm,17. On n’observe de dépression très-marquée qu’à l’approche des ouragans, dont le baromètre indique assez régulièrement la marche.

L’hivernage dure quatre mois : juillet, août, septembre et octobre. La belle saison s’étend du commencement de décembre à la fin de mai; les

mois de juin et de novembre sont des périodes de transition et constituent une sorte de printemps et d’automne. Il ne s’écoule jamais un mois sans qu’il pleuve; aussi la tension de la vapeur est-elle toujours à peu près la même. Elle oscille entre 2'lmm,91, moyenne du mois d’août, et 18mm, 71, moyenne de février. L’abondance des pluies n’est pas toujours en raison de leur durée : en 1854, on n’a compté que 164 jours de pluie, et, cependant, il est tombé 5.221 millimètres d’eau; tandis qu’en 1855, 211 jours n’ont fourni que 2,608 millimètres. À la Havane, la quantité annuelle de pluie est de 2,700 millimètres; à la Grenade, de 2,840; au Cap (Saint- Domingue), de 5,080.

Les vents alizés régnent aux Antilles pendant toute l’année avec plus ou moins de force; ils ont de la tendance à remonter vers le nord pendant la saison fraîche, et à descendre vers le sud pendant l’hivernage.

Les conditions météorologiques changent lorsqu’on s’élève dans les montagnes. La chaleur est moins forte et les pluies plus abondantes; mais cet excès d’humidité est corrigé par l’énergie plus grande des vents alizés. Le séjour en est plus agréable que celui du littoral; les maladies endémiques y sont moins fréquentes et moins graves, et celles qui ont été contractées à la côte, s’y amendent le plus souvent; les affections catarrhales des bronches y sont plus communes, mais elles n’offrent pas une gravité équivalente et n’établissent pas de compensation.

Salubrité , maladies. — Les Antilles françaises sont moins insalubres que le fond du golfe du Mexique. La mortalité parmi les Européens est cependant assez élevée, mais cela tient aux épidémies de fièvre jaune, ainsi que le prouvent les statistiques dressées par Dutroulau ; il en résulte que, pendant les 57 années comprises entre 1819 et 1855, le nombre annuel des décès a été, en moyenne, de 9,19 pour 100 dans les corps de troupe à la Martinique, et de 9,11 pour 100 à la Guadeloupe; mais cette période comprend trois longues épidémies, et, pendant la durée de l’une d’elle, en 1825, on a vu le chiffre de la mortalité s’élever à la Guadeloupe, jusqu’à 29,42 pour 100, tandis que, dans leur intervalle, il a pu descendre jusqu’à 1,68, ainsi que cela est arrivé à la Martinique en 1854. Ces chiffres font ressortir l’importance du rôle que joue la tièvre jaune dans la pathologie des Antilles. Elle y présente les mêmes caractères qu’au Mexique, mais sa sphère d’action est moins étendue. Ainsi, tandis que nous l’avons vu régner à Cordova par une altitude de 780 mètres, et à 24 lieues de la mer, elle n’a paru qu’une seule fois, en 1844, au camp Jacob, qui n’est qu’à 6 kilomètres de la mer, et dont l’élévation n’est que de 545 mètres. Lorsqu’on l’observe à une plus grande hauteur, elle y est toujours importée, et ses ravages ne dépassent pas d’ordinaire le cercle des personnes qui se trouvent en contact immédiat avec celle qui en a puisé le germe sur le littoral.

Abstraction faite de la fièvre jaune, les maladies endémiques sont les mômes que dans les autres contrées de la zone torride ; c’est toujours la fièvre intermittente qui fournit le plus de malades, et la dysenterie qui cause le plus de décès. Toutefois, ces deux affections ont, aux Antilles,

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une prédilection marquée pour certaines localités. La Martinique et la Guadeloupe ont chacune deux grands centres de population dont la situation diffère complètement : Port-dc-France et la Pointe-à-Pitre s’élèvent sur un terrain plat et marécageux, et les lièvres paludéennes y dominent; Saint-Pierre et la Basse-Terre sont situées sur une plage étroite resserrée entre les mornes et la mer, et la dysenterie y sévit avec une intensité et une gravité inexplicables. L’hépatite y marche, comme toujours, à côté de la dysenterie, et dans la proportion d’un cas sur huit environ. Le choléra a été importé à la Guadeloupe au mois de novembre 1865, et y a fait de grands ravages, surtout parmi les noirs.

Les maladies sporadiques, les phlegmasies aiguës des voies respiratoires en particulier y sont rares. Cependant les affections diphthéritiques, et notamment le croup, s’y observent assez fréquemment à l’état épidémique. Quant à la phthisie, elle y prend, connue dans tous les pays torrides, les allures d’une maladie aiguë, lorsque le sujet n’est pas promptement renvoyé en Europe. C'est le parti auquel se sont arrêtés, du reste, tous les médecins en chef de nos colonies.

c. Colombie, Guy ânes, nord du Brésil. — La partie de l’Amérique du Sud, comprise dans la zone torride, en représente à peu près les deux cinquièmes. Elle a la forme d’un long triangle dont le sommet est au cap Saint-Roch, et dont la base est représentée par la chaîne des Cordillères qui longe l’océan Pacifique. C’est là qu’elle atteint sa plus grande hauteur. Ses plus hauts sommets sont rangés sur deux files parallèles que dominent les pics volcaniques du Chimborazo, qu’on a, pendant longtemps, considéré comme le point culminant du globe; du Pichinca, dont le cratère a plus de 4 kilomètres de circonférence; du Cotopaxi, le plus redouté des volcans de cette contrée, et dont le cône régulier est couvert d’une couche éclatante de neige. Entre ces deux crêtes s’étale le plateau de Quito, moins large, mais plus haut que l’Anahuac. L’ancienne capitale de la monarchie péruvienne s’y élève au milieu de riantes cultures et de riches pâturages, et sa population, forte de 76,000 habitants, y vit dans un état de prospérité parfaite, et déploie toute son activité à 5,200 mètres au-dessus du niveau de la mer.

A l'ouest de la Cordillère, le terrain s’abaisse brusquement vers le Pacifique; à l’est s’étendent, sur une longueur de près de 1,000 lieues, d'immenses plaines connues sous le nom de Llanos , dans la Colombie, et de Pampas , au delà de l’Amazone. Ce sont les plus vastes plaines du globe, et les plus grands fleuves connus en parcourent les solitudes.

Des trois bassins qui se partagent l’Amérique du Sud, il en est deux qui appartiennent à la zone torride, celui de l’Orénoque et celui de l’Amazone. L Orénoque se dirige vers le nord-ouest, à travers des contrées désertes et inhabitées, et après un cours de plus de 2,000 kilomètres, il se jette à la mer, en se divisant en une multitude de branches qui embrassent un delta de 75 lieues de base; l’Amazone, près duquel les plus grands fleuves du monde ne sont que des ruisseaux, descend sur le versant oriental des hauts plateaux des Andes, et se dirige horizontalement de l’ouest à l’est.

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Il reçoit plus de 500 rivières, dont 50 au moins dépassent le volume de la Seine, et dont quelques-unes sont plus fortes que le Rhin. Après un cours de 7,500 kilomètres, que les navires peuvent remonter jusqu’à 1,500, il vient se jeter, par deux larges embouchures, dans l’Océan qu’il couvre des débris arrachés à ses rives, et dont il refoule les eaux. Son courant se fait sentir jusqu’à 600 kilomètres des côtes, et lorsque la mer parvient à le repousser, le flot qui s’y engouffre rouie comme une montagne sur la surface unie de ses eaux et remonte jusqu’au dessus d’Obidos. C’est à ce majestueux phénomène qu’on donne le nom de prororoca.

Tout l’intérieur de ces vastes contrées est à peine habité; à part quelques plateaux cultivés, comme celui de Quito, les paramos des Andes sont des solitudes glacées et stériles. Les versants des montagnes sont couverts d’épaisses forêts; les plaines que parcourent les affluents sans nombre de TOrénoque et de l’Amazone, et dont pas une colline, pas un rocher ne dépasse le niveau, sont tantôt nues comme les déserts de l’Afrique, tantôt couvertes de verdure comme les steppes de l’Asie ; mais partout entrecoupées de ruisseaux et de marécages, et inondées pendant la saison des pluies. Les tribus nomades d’indiens qui y habitent se réfugient, à cette époque, dans les montagnes, et, lorsque les eaux se retirent, ils se répandent sur les bords des fleuves, pour s’y livrer à la chasse et à la pêche, et s'y établissent jusqu’au retour de la mauvaise saison.

Le climat des paramos est humide et froid, mais salubre. La température du plateau de Quito est moins élevée d’un degré que celle de l’Anahuac, mais plus uniforme. La moyenne annuelle y est de 15°6; celle du mois le plus froid (juillet), de 14°8; celle du mois le plus chaud (mars), de 16°5; la différence ne va pas à 2 degrés. La pression barométrique s’y maintient à 540 millimètres; l’atmosphère y est habituellement calme et sereine, mais les tremblements de terre y sont presque continuels. Dans les vallées profondes de l’intérieur, l’air est humide, étouffant et chargé d’émanalioris palustres.

Le littoral, mieux connu et plus habité, n’est pas moins insalubre. Les rivages de l’océan Pacifique, depuis le Pérou jusqu’à l’Istbme de Panama, ressemblent complètement à ceux de l’Amérique centrale et du Mexique. La côte de Yeraguas est également formée par une longue plage marécageuse, resserrée entre les montagnes et la mer. Les points qu’y fréquentent nos navires, Bahia-Honda et Pueblo-Nuevo, sont au nombre des mouillages les plus malsains du littoral du Pacilique; Guayaquil, le plus important des ports de la république de l’Equateur, ne vaut pas mieux. Sa position topographique est tout aussi défavorable, et les endémies des pays chauds y régnent en tout temps. Les fièvres, la dysenterie et l’hépatite y sont très-communes, et la fièvre jaune y est apparue plusieurs fois.

La côte orientale, qui présente un développement de près de 1,500 lieues, de Chagrès à Bahia, diffère complètement de la précédente: au lieu de montagnes élevées, dominant des plages étroites, ce sont de vastes plaines d’alluvion, formées par les dépôts que charrient les fleuves, des terres basses couvertes de vase et de palétuviers. C’est surtout dans l’espace compris entre

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les embouchures de l’Orénoque et de l’Amazone , que cette constitution géologique se fait remarquer. C’est un grand marais de 400 lieues de long sur 20 de large, étendu entre la mer et la petite chaîne du Tucumaque, et dont la France, l’Angleterre et la Hollande se sont partagé la possession. La partie habitée de la Guyane française s’étend de l’Oyapock au Maroni. Hans cet intervalle, 52 cours d’eau la coupent perpendiculairement à sa longueur; il sont navigables jusqu’à leur premier saut, situé à 60 kilomètres environ de leur embouchure. C’est là que commencent les montagnes. L’espace compris entre elles et la mer est divisé en terres hautes et en terres basses ; les premières sont celles qui dépassent le niveau des hautes mers, ne fùt-ce que de quelques centimètres; les autres couvrent à chaque marée; un banc de sable les sépare de la plage, et les eaux, retenues derrière cette digue naturelle, forment de grandes mares connues sous le nom de pripris; les terres hautes ne dépassent, sur aucun point, une élévation de 500 mètres, et nulle part elles ne forment de plateaux assez larges pour qu’on puisse y trouver un abri contre les émanations des pripris. Les vases, les palétuviers, cessent à peu de distance du rivage, pour faire place aux forêts épaisses qui couvrent les quatre cinquièmes de la Guyanne. La végétation y est si puissante, que les routes abandonnées sont immédiatement envahies par les lianes, et deviennent en très-peu de temps impraticables.

Les Guyanes anglaise et hollandaise ont encore moins de terres hautes; mais le sol est plus sablonneux, et les innombrables canaux qu’on y a fait creuser par les noirs, l’ont un peu assaini. Celui de la Guyanne hollandaise, surtout, est admirablement entretenu, couvert de plantations florissantes, protégé par des digues contre le flux de la mer, et sillonné de lai’f ;es routes et de canaux navigables.

Le climat des Guyanes ressemble à celui de la Cochinchine ; il est caractérisé par une chaleur constante et une humidité excessive. La température moyenne de l’année est, à Cayenne, de 2708; celle du mois le plus froid (mars), de 26°5 ; celle du mois le plus chaud (septembre), de 28° 7; les chiffres extrêmes sont 5i°6 et 21°8. C’est un des pays du globe où il tombe le plus d’eau : les pluies durent huit mois, de novembre en juin; elles sont torrentielles et répandent sur le sol une couche d’eau de 5,200 millimètres; l'humidité relative atteint souvent 95 et 97, ne descend jamais au-dessous de 74, et se maintient, en moyenne, à 90,8. La tension de la vapeur varie de 21,74 à 22,88; le baromètre reste presque toute l’année au-dessus de 760, avec des oscillations insignifiantes; sa hauteur moyenne est de 761,8. Les vents soufflent presque constamment de la partie de l’est; ils sont rarement violents, et les orages sont inconnus dans ces parages. (Dutroulau.)

Plusieurs parties de ce littoral sont très-malsaines; parmi les localités insalubres de la côte, nous citerons Carthagène et Puerto-Cabello. Les Guyanes sont des foyers de fièvre paludéenne, et, contrairement à ce qui s’observe ailleurs, l’insalubrité augmente à mesure qu’on s’éloigne du rivage, parce que l’action des brises du large s’y fait de moins en moins sentir.

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Dans la Guyane française, les deux points les plus favorisés sont la ville de Cayenne et l’embouchure du Maroni. Cayenne, bâtie sur un promontoire élevé de 6 mètres au-dessus de la mer, a été assainie par des travaux de canalisation. Les Européens n’y subissent qu’une mortalité très-faible; elle n'a pas dépassé 2,72 pour 100, pour les troupes de la marine, de 1819 à 1849, époque à laquelle la plaine n’était habitée que par les noirs. C’est cette statistique rassurante qui a induit en erreur, lorsqu’il s’est agi de choisir un lieu de déportation, à la suite de la réforme introduite dans notre législation pénale; on a conclu de la salubrité de Cayenne à celle de la Guyanne tout entière, et les condamnés, débarqués d’abord aux îles du Salut, puis successivement répartis dans les pénitenciers de la terre ferme, ont été décimés par la fièvre typhoïde, et par la dysenterie sur les îles, par les fièvres paludéennes dans les pénitenciers situés sur le continent, et sur tous les points par la fièvre jaune, qui a fait les plus grands ravages en 1855 et en 1856. Dans le cours de ces deux années, le personnel libre a perdu 886 hommes sur 4,254, et en a renvoyé 358 en France; et sur 6,915 transportés, il en est mort 2,528, du 11 mai 1852, jour de l’arrivée du premier convoi, au 51 décembre 1856. (Saint-Pair.) Depuis cette époque les pénitenciers les plus malsains ont été abandonnés; oh en a fondé de plus salubres, et la mortalité a diminué d’une façon très-notable.

Les fièvres paludéennes constituent la seule endémie de la Guyane; aucune épidémie, quelque intense qu’elle soit, ne peut atténuer leur prédominence. Elles y revêtent toutes les formes et tous les degrés de gravité, depuis la lièvre intermittente simple, jusqu’à la cachexie la plus profonde, avec les engorgements abdominaux, l’anasarque et les diarrhées sérieuses qui l’accompagnent. En temps ordinaire, elles entrent pour les trois quarts dans le chiffre des malades, et pour un tiers dans celui des décès. La dysenterie, sauf le cas où des circonstances particulières lui impriment le caractère épidémique, comme aux îles du Salut, en 1855, est relativement bénigne, et ce qui le prouve c’est la rareté de l’hépatite qu'on n’y observe que très-exceptionnellement.

La fièvre jaune n’est pas endémique à la Guyane : depuis le commencement du siècle elle n’y est apparue que trois fois en 1804, en 1850 et en 1855. Lorsqu’elle s’y montre, elle déploie la même violence qu’aux Antilles. Ainsi, pendant le cours de la dernière épidémie, qui à duré du 11 mai 1855 au 14 décembre 1856, elle a enlevé le cinquième de la population blanche et le tiers des médecins. Sur 45 officiers du corps de santé, il en est mort 18. Le tiers des sœurs hospitalières et des infirmiers a également succombé. Contrairement à ce qui s’était observé dans les épidémies précédentes, elle a respecté les créoles; cela tient peut-être à ce que la dernière invasion ne remontait qu’à cinq ans, et que son influence préservatrice subsistait encore pour ceux qui l’avaient traversée, tandis qu’un demi-siècle s’était écoulé entre celle-c-i et la précédente. A la Guyane, la fièvre jaune, comme l’intoxication paludéenne, fait beaucoup moins de ravages parmi les Indiens que chez les Européens, et épargne

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