II. — CLIMATS CHAUDS
Les climats chauds forment deux zones séparées par celle que nous venons d’étudier,' et situées, l’une dans l’hémisphère nord, et l’autre dans l’hémisphère sud. Comprises entre les lignes isothermes de + 25° et de -+- 15", elles ont, pour caractère commun, une moyenne annuelle de température inférieure de 7 à 8 degrés à celle des climats torrides. Cette différence ne tient pas à un abaissement uniformément réparti sur toute l’année; lorsque le soleil remonte dans l’hémisphère auquel elle appartient, chaque zone éprouve à son tour des chaleurs qui ne le cèdent en
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rien à celles des régions équatoriales; mais lorsque cet astre descend dans l'hémisphère opposé, la température décroît d’une manière très-sensible, et la moyenne annuelle se trouve ainsi abaissée. Les variations diurnes se prononcent aussi davantage. Tous les éléments de la météorologie, en un mot, deviennent plus mobiles en s’éloignant de l’équateur.
Les saisons se dessinent d’une manière plus tranchée. L’été conserve encore sa prépondérance, mais l'hiver s’accompagne de froids assez vifs ; le printemps et l’automne, qui n’existent qu’à l’état de vestige sous la zone torride, prennent de l’importance et représentent les deux époques les plus agréables de l’année.
Les pays chauds sont situés à la limite des vents généraux et des vents variables. L’alizé de nord-est remonte davantage dans l’océan Atlantique en été qu’en hiver, et fait sentir son influence jusque sur la côte de Portugal. L’alizé de sud-est, dans l’hémisphère austral, ne règne pas à une aussi grande distance de l’équateur. Les moussons de l’océan Indien se prolongent aussi sur les côtes d’Asie, jusque dans la zone dons nous nous occupons, enfin le bassin de la Méditerranée a également ses vents généraux, les vents étésiens, dont nous avons déjà parlé. Au point de rencontre des vents alizés et des courants généraux des latitudes élevées, on observe des vents variables, des calmes et des tempêtes, mais ces perturbations atmosphériques sont loin d’égaler la violence des ouragans de la zone torride.
La périodicité des pluies disparaît à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur. En Afrique, sa limite s’arrête vers le 16e degré de latitude nord, et sur les deux mers qui la baignent elle remonte de quelques degrés de plus. Entre les tropiques, c’est pendant que le soleil est au zénith qu’il tombe le plus d’eau; dans la zone des pays chauds, c’est le contraire. Ce changement s’opère sans transition.
Sous le rapport de la salubrité, les climats chauds, pris dans leur ensemble, tiennent le milieu entre la zone torride et les pays tempérés. Si quelques contrées, favorisées par la nature de leur sol, ou assainies par la civilisation, offrent à leurs habitants des conditions irréprochables de prospérité et de bien-être, la majeure partie se ressent encore du voisinage des régions intertropicales, et présente le même cortège de maladies, à la gravité près. C’est encore l’influence paludéenne qui domine la pathologie, ce sont encore les pyrexies et les affections abdominales qui l’emportent. Aucune règle ne peut, du reste, être formulée, à cet égard, d’une manière absolue, et, pour arriver à des notions précises, il laut, de toute nécessité, procéder, comme nous l’avons fait, pour la zone torride, et adopter des subdivisions plus restreintes.
A. Zone septentrionale «les climats cliaiuls. — La zone septentrionale des climats chauds comprend le midi de l’Europe, le nord de l’Afrique, le centre de l’Asie et le quart environ de l’Amérique du Nord. Elle se trouve ainsi partagée en quatre régions correspondant aux divisions de la géographie physique.
Les deux premières forment le bassin de la Méditerranée, l’une des ré-
gions les plus naturelles et les plus favorisées du monde entier. La mer intérieure qui baigne les contours sinueux de ses côtes accidentées, -modère et égalise leur température. Elle réagit à la fois sur ses deux rives. Les vents secs et brûlants du désert n’arrivent sur le littoral européen qu’après avoir glissé sur sa surface, et s’y être imprégnés de fraîcheur et d’humidité. La côte d’Afrique, à son tour, doit à ce voisinage les brises de mer ' qui en font le charme, et les vents froids du nord perdent leur âpreté en passant sur ce beau lac aux flots bleus qui semble rapprocher les distances et imprimer, en dépit de la latitude, une ressemblance frappante à toutes les contrées qui le circonscrivent. Ce caractère se retrouve dans les trois règnes. L’uniformité de la ilore a, de tout temps, frappé les botanistes. « Elle est telle, ditMartins (Du Spitzberg au Sahara), que le bassin méditerranéen forme réellement un centre de création distinct de ceux qui l’entourent, comme si les bords de cette mer intérieure n’étaient que les restes d’une vaste région disparue sous les eaux. L’unité zoologique est aussi évidente que l’unité botanique et les différences qui nous frappent, tiennent à la civilisation, devant laquelle les grands carnassiers ont reculé du nord au sud. »
La constitution météorologique est la même. C’est le vent de nord-ouest, le mistral, qui domine, et c’est le vent du beau temps. Le sud-est, ou marin, son antagoniste, est humide et pluvieux. Contrairement à ce qui s’observe dans le reste delà France, on voit, sur le littoral méditerranéen, la pluie coïncider avec les vents d’est, et tomber surtout au printemps et en automne. Elle se produit par averses, et quoique le nombre des jours pluvieux soit moindre que sur les côtes de l’Océan, la quantité de pluie qui tombe annuellement est plus considérable. De là, ces alternatives de sécheresse et d’humidité inconnues dans le Nord, de là l’éclat de son ciel, la richesse et l’activité de sa végétation.
Avec de pareil avantages, ces belles contrées devaient être le but des aspirations de tous les peuples. C’est dans cette direction que se portaient instinctivement les émigrations des barbares, c’est de ce côté que se tournent aujourd’hui les regards de ceux qui souffrent et les valétudinaires vont y chercher un abri contre le rigoureux hiver de nos climats. Toutes les stations médicales qui ont été préconisées dans le traitement des maladies chroniques des voies respiratoires, sont groupées autour du bassin de la Méditerrannée, tout ce qu’on a dit au sujet des avantages que les pays chauds peuvent offrir aux phthisiques, ne s’applique qu’à ce littoral, si l’on en excepte toutefois Madère, qui en est une parcelle détachée. C’est contre les dangers d’une semblable généralisation que nous nous sommes élevé autrefois. Nous n’avons jamais été l’ennemi systématique de l’émigration thérapeutique. Nous avons dit et nous pensons encore qu’on commettait une erreur fatale en attribuant aux pays chauds, tels qu’ils sont délimités dans les traités d’hygiène, c’est-à-dire à l’espace compris entre l’équateur et le 50e degré de latitude, une influence favorable sur la marche de la tuberculisation pulmonaire. Nous avons démontré, et tout le monde a fini par admettre, que la zone torride qui représente les quatre
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cinquièmes de cette surface, est fatale aux phthisiques, dans toute son étendue, et qu’ils y succombent avec une effrayante rapidité. Nous avons fait remarquer que tous les points qui leur conviennent sont situés dans les contrées méridionales des pays tempérés, admis par les hygiénistes, et c’est en partie, pour faire cesser ce malentendu, que nous proposons une nouvelle classification des climats. Les nombreux travaux qui, depuis onze ans, ont élucidé la question, n’ont fait que confirmer notre manière de voir. De nouvelles stations médicales sont venues se joindre à celles que nous recommandions alors et agrandir la sphère étroite dans laquelle il est permis aux phthisiques de se mouvoir, mais leur nombre devînt-il cent fois plus considérable, qu’il n'inlirmerait en rien la règle que nous avons établie.
La question de l’émigration du reste doit être comprise d’une façon plus large. A côté de l’inexorable maladie dont elle ne peut que retarder le dénoûment, il est une foule d’affections chroniques qu’elle peut guérir, de santés ébranlées qu’elle peut raffermir. Les affections chroniques des voies respiratoires, dont le tubercule n’est pas le point de départ, appartiennent à la première catégorie. Dans les climats froids, humides et variables du nord de l’Europe, les bronchites, les laryngites surtout sont tellement communes dans l’hiver, qu’il n’est presque personne qui ne leur paye son tribut. 11 s’établit à la longue, une telle prédisposition à les contracter, que beaucoup de gens, de femmes surtout, en sont reprises au moindre changement de température et finissent par ne plus s’en débarrasser complètement, même pendant l’été. 11 suffit le plus souvent, pour les guérir, de les envoyer habiter le midi de la France. C’est un résultat que nous constatons tous les jours, dans les familles des employés de la marine, que les exigences du service transportent des ports de l’Océan, ou de la Manche, dans ceux de la Méditerranée. Nous en dirons autant des épanchements pleurétiques qui sont interminables dans les régions humides du nord et qui y passent le plus souvent à la suppuration. Les rhumatismes apyrétiques, la goutte atonique, les catarrhes vésicaux et utérins rebelles sont encore dans le même cas ; mais c’est surtout chez les enfants que l’émigration, dans les climats méridionaux produit des résultats remarquables. On sait combien le lymphatisme et la scrofule sont répandus, en Angleterre, et dans les départements de l’ouest de la France. Ces enfants, au teint blafard, aux chairs molles et infiltrées qui auraient un si grand besoin d’air, de lumière et de soleil, sont condamnés à vivre renfermés, pendant la moitié de l’année. Ils ne peuvent sortir que quelques heures, pendant le jour, sous ce ciel gris, humide et sombre, lorsque des bronchites ou des angines ne les retiennent pas à la maison ; transportés sous le climat lumineux et tonique du Midi, libres de s’ébattre en plein air, dans une atmosphère douce et sereine, ils semblent renaître à une vie nouvelle, et, au bout de quelques années, une transformation radicale s’est accomplie. C’est pour ceux-là surtout que le séjour du bord de la mer vient puissamment en aide à l’action du climat, et c’est sans contredit la plus belle des indications de l’émigration thérapeutique.
Lorsqu’il n’est question que de modifier une constitution appauvrie, l’imprimer une meilleure direction à l’hygiène, de fuir, en un mot, le froid et l’humidité, le choix de la localité, sans être indifférent, peut s’exercer sur une assez large échelle. 11 n’en est plus de même lorsqu’il s’agit des affections chroniques des voies respiratoires, qui redoutent les températures extrêmes et surtout leurs brusques variations. Le problème se complique alors d’une foule d’éléments d’une importance capitale, la sphère de l’émigration se rétrécit et se renferme dans la limite de quelques stations favorisées, de quelques refuges privilégiés qui deviennent alors des exceptions dans la zone même dont ils font partie, et que nous aurons l’occasion de signaler chemin faisant.
I. Région septentrionale de l’Afrique. — La région africaine par laquelle nous commençons parce qu’elle se rencontre', la première lorsqu’on marche de l’équatenr vers le nord, se présente sous la forme d’une bande curviligne comprise entre la Méditerranée et le désert, limitée à l’ouest par l’Océan, et à l’est par la mer Rouge. Elle comprend les Etats barbaresques et l’Egypte. Sous le rapport climatérique, elle peut se partager en deux parties, l’une montagneuse et accidentée, comprenant l’empire du Maroc, l’Algérie et la régence de Tunis, l’autre formée par une vaste plaine aride et sablonneuse, dans tous les points que n’atteignent pas les débordements du Nil, et constituée par la régence de Tripoli et l’Egypte.
a. Maroc, Algérie , régence de Tunis. — La première est parcourue, dans toute sa longueur, par l’Atlas, qui s’étend du cap Gers sur l’Atlan-
I tique, au cap Bon sur la Méditerranée, et couvre, de ses ramifications, tout le pays compris entre les deux mers. Sa plus grande hauteur est dans le Maroc, où le Miltsin, couvert de neiges perpétuelles, atteint 5,475 mètres d’altitude. 11 s’abaisse en remontant; vers l’Algérie et s’y divise en plusieurs massifs parallèles connus sous le nom de grand, de moyen et de petit Atlas; il se prolonge jusqu’au cap Bon, dans la régence de Tunis, en détachant, de sa partie méridionale, une chaîne de collines qui descend dans celle de Tripoli et s’y divise en deux rameaux: les montagnes noires et les montagnes blanches.
L’Atlas partage la région du Maghreb en deux parties complètement distinctes par leur constitution géologique, par leurs productions et par leur climat. Au sud, c’est l’Afrique centrale, telle que nous l’avons étudiée dans la zone torride; au nord, c’est le bassin de la Méditerranée, j c’est la région des oliviers, c’est presque l’Europe. Les indigènes donnent à la première le nom de Sahara (terre de passage, pays de la soif et de la faim), à la seconde le nom de Tell (terre de culture, pays de l’abondance). Sur une longueur de plus de mille kilomètres, le Tell étale, sur les bords de la Méditerranée, son vaste et splendide amphithéâtre de collines, de vallées, de montagnes et de plateaux étagés. Il s’élève graduellement, au milieu des accidents de terrain les plus variés, du niveau de la mer aux cimes de l’Atlas, dont l’altitude varie de 1,000 à 2,126 mètres. Ses pentes s’inclinent vers les contrées méridionales de l’Europe et s’y rattachent par
des reliefs sous-marins, dont les Baléares, la Corse, la Sardaigne et la Sicile sont les points culminants. Quoique montagneux dans son ensemble, le Tell renferme toutefois des plaines assez étendues, telles que celles de la Mitidja, de Bône, d’Oran et la vallée du Chélif. Au delà du petit Atlas s’étendent ces vastes plaines, parsemées de lacs salés ou sebkas, et limitées, au sud, par une ligne d’oasis que parcourent des tribus nomades et qui confine au désert.
La fertilité du Tell et l’abondance de ses eaux contrastent avec l’aridité du reste de l’Afrique. Les hautes crêtes du grand Atlas arrêtent et condensent les tapeurs que les vents humides de la mer poussent contre cet écran naturel. -Elles s’y résolvent en pluie et alimentent les sources et les cours d'eau qui sillonnent le nord de l’Afrique. Aucun fleuve n’y prend naissance; une vingtaine de rivières descendent de l’Atlas et se jettent dans la mer, après un cours rapide, mais borné, dont aucune partie n’est navigable. Réduites, pendant l’été, à de minces filets d’eau, elles débordent à l’époqne des pluies, convertissent en marécages les plaines qu’elles traversent, et les couvrent d’un limon fétide et fangeux. C’est surtout à leur embouchure souvent obstruée que ce phénomène s’observe. On évalue à 40,000 hectares, pour l’Algérie seulement, la surface de ces terrains submergés.
Météorologie. — Le climat du littoral se fait remarquer par sa douceur et son uniformité. La température s’élève un peu en marchant de l oues! à Test. Ainsi la moyenne annuelle est à Oran de 16°, 10, à Alger de 20°, 03, à Bône de 21°, 74. A Alger, la moyenne du mois le plus froid (février) est de 15°, celle du mois le plus chaud (août), de 27°, 81. (Mitchell.) Les extrêmes observés, 0° et 45°, mais ces derniers chiffres sont tout à fait exceptionnels ; le thermomètre n’est descendu qu’une seule fois à 0° en sep! ans, et on peut citer des séries d’observations portant sur plusieurs années, et pendant lesquelles il n’a pas dépassé 33°. La moyenne annuelle des variations diurnes ne dépasse pas 6°, 5; les oscillations nycthémérales vont de 5° à 5°. A l’exception de Madère, Alger l’emporte donc, par l’uniformité de son climat, sur toutes les stations médicales connues. A mesure qu’on s’avance dans l’intérieur, les variations deviennent plus marquées, et, dans le Sahara, la chaleur étouffante du jour contraste avec le froid glacial de la nuit. Fournel a vu le thermomètre descendre à — 5°, 66 sur le plateau de Batbna, et Rodes Ta observé à — 6° à Sidi-Bel-Abbès. C’est la plus basse température qu’on ait observée en Algérie.
La moyenne barométrique peut être évaluée, pour toute la région, à 757“in,90. A Alger, douze années d’observations ont donné à Mitchell les résultats suivants : moyenne 762mm,52, maximum 767n‘m,66, minimum 758. Les variations annuelles et diurnes sont peu marquées. La colonne mercurielle s’élève dans l’hiver et s’abaisse dans l’été ; elle monte par les vents du nord sur le littoral, et par les vents de sud-est dans l’intérieur. Elle tombe brusquement à la côte par le sirocco.
L’atmosphère de l’Algérie est transparente et lumineuse. Le ciel y est de ce bleu clair particulier à la Méditerranée. On compte, à Alger, plus de
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deux cents jours par an, sans un nuage, sans une goutte d’eau. (Casimir Broussais.) La moyenne des jours de pluies est de quatre-vingt-quinze par an. Elles sont courtes, mais torrentielles, et deviennent de moins en moins abondantes, à mesure qu’on marche de l’est à l’ouest. Ainsi on compte à Alger, en moyenne, 904 millimètres d’eau pour 95 jours; à Mostaganem, 494 millimètres pour 56 jours pluvieux; à Oran, 489 millimètres en 56 jours (Mitchell) ; dans le sud, il pleut plus rarement encore. A la côte, les pluies sont d’une régularité remarquable; elles commencent en octobre et finissent en avril. Il arrive souvent qu’il ne tombe pas une goutte d’eau de mai en octobre.
L’hygromètre marque, en moyenne, de 45 à 50 pour toute l’Algérie; à Alger, les extrêmes observés par Mitchell ont été 16 et 80 ; à Tlemcen, on l’a vu descendre à 10 et monter à 85. C’est avec le sirocco que se produisent ces abaissements considérables.
L’abondance de la rosée est en raison directe de l’étendue des variations nycthémérales. Elle existe à peine sur le littoral. Il m’est arrivé, dit C. Broussais, de bivouaquer, à la belle étoile, au mois de juillet, dans la plaine de la Mitidja, sans avoir mes effets mouillés. Dans l’intérieur, au contraire, où le rayonnement nocturne est si énergique, la rosée commence à imprégner les vêtements dès que le soleil est couché, elle pénètre, à travers les tentes, comme une véritable pluie, et humecte la surface poudreuse des routes. (Armand.) On observe souvent d’épais brouillards au fond des vallées, le long des rivières, et surtout sur le sommet des montagnes qu’elles dérobent parfois aux regards, mais on n’en voit presque. jamais à la côte. Il en est de même de la neige. A Alger, Aimé n’en a vu tomber qu’une seule fois en sept ans, mais elle couvre les hautes cimes de l’Atlas pendant une partie de l’année. Les pics les plus élevés restent blancs, de novembre en mars, et le Jurjura pendant dix mois de l’année. Il neige souvent dans le Sahara; le 19 avril 1847, Jacquot a trouvé deux pieds de neige, dans la plaine des Cliott.
Les orages sont rares sur le littoral, mais fréquents dans les montagnes. Les vents les plus ordinaires sont ceux de l’ouest et du nord-ouest. Ils amènent le beau temps en été et les pluies à la fin de l’automne. D’après le bulletin météorologique, publié chaque mois par la Gazette de ï Algérie, ils soufflent en moyenne 180 jours par an, les vents d’est et de sud-est 85, les vents de nord et de nord-est 60, les vents de sud et de sud-ouest 42. Les brises de terre et de mer se font sentir d’une manière régulière, pendant la saison des chaleurs ; elles s’étendent jusque sur les hauts plateaux du Tell, mais elles ne vont pas au delà. Enfin l’Algérie a son vent du désert, comme l’Egypte et comme les régences, c’est le sirocco. Sa durée varie de quelques heures à deux ou trois jours. Il dessèche tout ce qu’il touche, il fait descendre l’hygromètre en un clin d’œil de 15 à 20 degrés, mais il n’entraîne pas, comme on l’a prétendu, les sables du désert; il ne dépose de poussière nulle part, n’affecte pas la conjonctive et ne gène pas la respiration.
Les quatre saisons s’observent en Algérie, mais le printemps et l’automne
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sont de courte durée, et, pour ainsi dire, absorbés, le premier par l’hiver et le second par l’été.
Salubrité , maladies. — Il n’est pas de pays où l’on puisse saisir une corrélation aussi constante entre la marche des saisons et celle des maladies. Chaque année, le mouvement pathologique traverse les mêmes phases, avec une régularité parfaite. Haspel les partage en quatre périodes. La première commence en mars et finit en juin. A cette époque, le climat est d’une douceur et d’une salubrité sans égales. Sous l’influence d’un soleil de printemps, la terre se recouvre d’une admirable végétation, l’économie reprend une vie nouvelle, et toutes les fonctions se raniment. C’est l’époque où il y a le moins de malades. Les affections chroniques s’amendent ou guérissent, et celles qui dominent sont d’une bénignité remarquable. La deuxième comprend les mois de juillet, d’août et de septembre. C’est la saison des chaleurs et de la sécheresse; les cours d’eau et les lacs se tarissent, les miasmes se dégagent, et les maladies endémiques apparaissent. Aux fièvres intermittentes simples succèdent les fièvres rémittentes pseudo-continues et les accès pernicieux. Les hépatites et les dysenteries se montrent à leur suite, et les affections sporadiques disparaissent. La troisième période s’étend d’octobre à décembre. L’air se rafraîchit, les pluies commencent à tomber, les étangs et les ruisseaux à se remplir. Les maladies augmentent de gravité, sans changer de nature; elles deviennent plus rebelles, se font remarquer par un caractère d'atonie générale et par la tendance à l’état chronique. C’est l’époque où l’on compte le plus de décès. La quatrième période, comprise entre les mois de janvier et de mars, est signalée par l’apparition du froid, l’abondance des pluies, les inondations et les variations de température. Le nombre des maladies diminue, mais on voit récidiver toutes les affections de la période précédente, avec un cachet d’adynamie et de putridité de plus en plus prononcé. On ne trouve plus dans les hôpitaux que des diarrhées et des dysenteries chroniques, des engorgements du foie et de la rate, auxquels viennent se joindre les bronchites, les rhumatismes, et quelques rares pneumonies, (Haspel.)
On voit, d’après ce qui précède, que l’Algérie est avant tout un climat chaud et paludéen. Elle tient le milieu entre les contrées marécageuses du midi de l’Europe et celles de la zone torride, mais elle est beaucoup moins insalubre que celles-ci. Dans les premières années qui ont suivi la conquête, l’armée y a subi des pertes considérables; pendant la période comprise entre 1840 et 1846, la mortalité annuelle s’élevait encore, en moyenne, dans les corps de troupes, à 6,56 p. 100. Depuis vingt ans, elle a tellement diminué, qu’aujourd'hui, c’est à peine si elle dépasse d’un quart celle des garnisons de l’intérieur. D’après le dernier recensement, le ebilfre des décès s’est élevé, en 1862, à 0,94 p. 100 en France, et à 1,22 p. 100 en Algérie. (Boudin.) La mortalité est plus considérable dans la population civile ; elle s’élève en moyenne à 5,8 p. 100 ; elle pèse surtout sur l’enfance et atteint le chiffre de 20 p. 100 dans la première année de la vie, tandis qu’en France elle ne dépasse pas 15. Les convulsions et
les accidents causés par la dentition entrent, à eux seuls, pour un dixième dans le nombre total des décès de tout âge.
Ainsi que nous l’avons fait pressentir, ce sont les maladies endémiques qui dominent en Algérie; les sporadiques n’entrent pas pour un tiers dans le chiffre de la mortalité. L’intoxication paludéenne, avec les engorgements viscéraux, les hydropisies et la cachexie qu’elle entraîne, les diarrhées, les dysenteries et les hépatites forment le fond de la pathologie. Elles se compliquent, se succèdent, s’enchaînent comme sous la zone torride, mais c’est le plus souvent la fièvre intermittente qui ouvre la scène. Elle est au moins dix fois plus fréquente que la rémittente et la pseudocontinue. Le type quotidien est celui qui domine, le type tierce vient ensuite, le quarte est le plus rare. Il résulte des nombreuses statistiques que j’ai consultées que, sur 1 ,000 cas de fièvre intermittente, on trouve en moyenne 711 fièvres quotidiennes, 276 tierces et 15 quartes, et que les accès pernicieux sont aux intermittents simples dans la proportion de 5 à 100 à peu près. Les formes les plus communes sont, dans l’ordre de fréquence, la comateuse, la délirante et l’algide, auxquelles Haspel ajoute la cholérique et la cardialgique. Les flux intestinaux sont tellement communs en Algérie, que Casimir Broussais les regarde comme un tribut que l’Européen doit payer au climat. A l’hôpital d’Oran, les maladies du tube digestif, représentées presque exclusivement par la dysenterie et les diarrhées entrent pour les deux tiers dans le chiffre des malades et pour les quatre cinquièmes dans celui des décès. Dans la province de Boue, au contraire, ce sont les fièvres qui l’emportent. D’après le relevé fait par le docteur Anselin, des décès survenus, en vingt années, à l’hôpital de Bougie, le nombre des morts dues aux affections paludéennes a été de 791, et celui des affections gastro-intestinales de 514 seulement. A Alger, les fièvres de tous les types, avec leurs complications, entrent pour un chiffre à peu près double de celui des maladies gastro-intestinales dans la statistique des malades et dans celle des décès. En Algérie, la dysenterie est précédée par la diarrhée dans les quatre cinquièmes des cas. Ce n’est guère que dans le cours des épidémies qu’on la voit survenir d’emblée. Elle se complique souvent d’hépatite. Celle-ci se produit sous les mêmes influences et dans les mêmes localités. On observe, sous ce rapport, une différence trèsmarquée entre les trois provinces. Ainsi, les affections du foie sont très-répandues dans la province d’Oran, beaucoup moins fréquentes dans celle d’Alger, et très-rares dans la subdivision de Bone. C’est surtout à l’époque des grandes chaleurs, alors que régnent les dysenteries bilieuses, qu’on les voit apparaître. Elles se montrent rarement chez les nouveaux venus; ce n’est, en général, qu’après un séjour de dix-huit mois ou deux ans qu’elles se manifestent; elles s’adressent surtout aux constitutions débiles et épuisées. La marche de l’hépatite est insidieuse dans le nord de l’Afrique, comme dans tous les pays où elle est endémique, et son début échappe souvent au malade et même au médecin. Les abcès du foie sont le plus souvent profonds, et siègent vingt-neuf fois sur trente dans le lobe droit.