‹ Dictionnaire de mâedecine et de chirurgie pratiquesChapitre 21 sur 113 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

CLIMAT. CLIMATS FliOIDS (hÉGION EUKOPÉENNe) .

c. Rassie septentrionale. — Les parties les mieux connues, les provinces les plus importantes de la Russie, sont situées dans la zone dont nous nous occupons. La ligne isotherme qui en forme la limite inférieure s’incline fortement vers le sud, en allant de l’ouest à l’est, elle passe au sud du golfe de Finlande et de Saint-Pétersbourg, au nord de Moscou, et pénètre dans la Russie d’Asie, en coupant la chaîne de l’Oural près de sa naissance, à la hauteur du 51e parallèle. Depuis cette ligne, jusqu’à l’océan Glacial, la Russie déploie ses immenses plaines, ses steppes et ses vastes forêts. La région des bois s’arrête vers le 65e degré; on ne retrouve plus au delà que quelques conifères qui font bientôt place aux mousses et aux lichens croissant sur le bord de grands marais tourbeux, ou toundras , gelés pendant la majeure partie de l’année. Sur les bords de la mer Glaciale, on ne trouve plus que des déserts glacés, dont les rares habitants vivent de chasse et de pêche. La Finlande est couverte de lacs et de marais ; la culture y est plus avancée, surtout dans le sud. C’est au fond du golfe de ce nom, à l’embouchure de la Néva, que s’élève, sur un terrain bas et palustre, la capitale de ce grand empire.

Météorologie. — Le climat de la Russie septentrionale est extrêmement rigoureux : sur les côtes de la mer Rlanche et de l’océan Glacial, il ressemble à celui de la Sibérie ; à Arkhangel , la température moyenne d( l’année est de 0°,8; celle du mois de janvier, de — 15°, 9; celle du mois de juillet, de 13°, 6. Dans l’est, la différence entre les mois extrêmes esl encore plus considérable : à Orembourg, la moyenne annuelle est inférieure de 8 degrés à celle de Rruxelles, bien que cette ville soit située sous la même latitude, elle est de <2°,8 ; celle du mois de janvier, de — 14°; celle de juillet, de 20°, 2. Cet écart diminue sensiblement à mesure qu’on s’éloigne de l’Oural pour se rapprocher de la Raitique. Saint-Pétersbourg, situé par 59°, 6 de latitude, 8 degrés plus au nord qu’Orenbourg, par conséquent, a pour moyenne annuelle 5°, 5, celle de janvier est de — 10°, 3, celle de juillet, de 16°, 9 (Kæmtz); les extrêmes observés ont été 22°, 7 et — 19°, 7. L’hiver y est long, mais en général frais et sec. La Néva gèle tous les ans pendant sept mois, de novembre en avril; lorsque la débâcle a lieu, la belle saison ne tarde pas à arriver; quinze jours d’une sorte de printemps suffisent pour établir la transition. L’été dure environ trois mois; la chaleur est lourde et accablante pendant le jour, mais les nuits sont d’une douceur, d’un calme incomparables. L’automne est long , pluvieux , et signalé par de fréquentes bourrasques.

Salubrité; maladies. — Le chiffre de la mortalité est plus considérable en Russie que dans les autres contrées de l’Europe; il s’élève annuellement à 5,7 pour 100 de la population. C’est aussi, d’après la statistique déjà citée du docteur Fahrr, le pays où il meurt le plus d’enfants, mais il serait injuste d’attribuer ces différences à la seule action du climat : les conditions déplorables dans lesquelles vivent la plupart des habitants de cet empire, y contribuent pour une large part. Aucune statistique ne permet d’établiv le degré de fréquence et de gravité des maladies qu’on y observe.

D’après Dubois (d’Amiens), elles sont en général franches et se dessinent nettement. Ce sont les plilegmasies qui dominent; celles des systèmes fibreux et musculaire sont les plus communes, et celles de l’appareil respiratoire, les plus graves. Elles ne sont pas, cependant, aussi répandues et aussi meurtrières que la rigueur du climat pourrait le faire supposer. Nous avons déjà dit que la phthisie y était plus rare qu’en Angleterre et qu’en France; il en est de même des bronchites et des catarrhes pulmonaires, la pneumonie seule s’y observe souvent; sa marche est rapide et sa terminaison prompte. Les observations de Dubois (d’Amiens) ont porté sur la population civile; les troupes de terre et de mer ne paraissent pas jouir de la même immunité. Boudin cite, d’après un journal allemand, une armée russe qui, sur 7,541 décès, a compté 2,400 phthisies (51,90 pour 100) et 684 pneumonies (9 pour 100). 11 n’indique, il est vrai, ni la provenance de ce corps, ni ses cantonnements, ni la période sur laquelle ont porté les observations. Les maladies qui ont fait le plus de ravages dans l’escadre russe, réfugiée derrière les canons de Cronstad, ont été le scorbut, le typhus et les maladies de poitrine, la pneumonie, la phthisie aiguë et la pleurésie surtout. Cette dernière y était tellement commune que, dans le grand hôpital de Cronstadt, un des plus vastes du globe, on ne voyait pas passer, sur les tables de l’amphithéâtre, un seul sujet qui ne présentât des épanchements ou des adhérences. Ces renseignements nous ont été fournis par le docteur Henriech Falk, chirurgien-major du vaisseau russe le Mangoun. Ils sont d’accord avec les observations recueillies à bord des navires français, dans les mêmes parages et à la même époque. Lors de l’expédition de Bomarsund, l’escadre de la Baltique, en s’élevant dans le nord, subit un abaissement brusque de température; elle y rencontra de grandes brises, des pluies et des brouillards. Les affections des voies respiratoires éclatèrent à bord de tous les navires en même temps. Le Breslaiv, l’Austerlitz et la Virginie , arrivés un mois avant les autres, y trouvèrent des froids rigoureux et subirent une véritable épidémie de pneumonie : l’escadre en compta 158 cas sur 15,000 hommes, et n’en perdit que 15. (Bapport de Fabre, médecin principal.) Des faits analogues se sont produits, dans la mer Blanche, à bord des frégates qui y ont croisé pendant la belle saison, en 1854 et 1855. Les rhumatismes, les angines, les bronchites, y ont été extrêmement nombreuses, les pleurésies très-graves et d’une lenteur désespérante à se résorber; les pneumonies, au contraire, ont été rares et n’ont pas donné lieu à un seul décès. (Gallerand.)

Les fièvres intermittentes s’arrêtent en Bussie, comme en Norwége et en Suède, au 60e degré de latitude environ. Elles sont très-répandues dans les marais de la Finlande ; on en a observé des cas assez nombreux à bord de nos navires; elles régnent à Cronstadt, d’après le docteur Falk, et même à Saint-Pétersbourg, suivant Dubois (d’Amiens). Les fièvres typhoïdes graves se montrent dans cette ville en été comme en hiver; les fièvres éruptives v sont aussi communes qu’en France. La scrofule figure au nombre des maladies endémiques de ce pays ; enfin, au dire de Denon-

villiers, le dragonneau est extrêmement répandu dans le voisinage de: marais qui longent le cours de la Néva.

Les maladies particulières aux différentes provinces de la Russie son moins connues que celles de sa capitale. Miihry donne pourtant à leu égard les indications suivantes, qu’il a empruntées à des document russes : « Dans les gouvernements de l’Ouest, les maladies dominante sont, dans l’hiver, les pneumonies, les fièvres catarrhales et le scorbut en automne, la fièvre bilieuse, la dysenterie, la diarrhée et le choléra dans l’été, les hôpitaux sont presque vides; le typhus y règne souvent : l’état épidémique. Plus au nord, dans le gouvernement d’Olonetz, ce son les bronchites, les pleurésies et le scorbut qui l’emportent, et l’on n’’ rencontre plus les fièvres intermittentes, la fièvre typhoïde ni la dysen terie : la gale, les hernies, les maladies des os, les hémorrhoïdes et 1 ténia figurent, au contraire, parmi les maladies endémiques; enfin, su les bords de l’océan Glacial et de la mer Blanche, la variole et la rougeol font de grands ravages parmi les Samoïèdes; les bronchites, le scorbut régnent en tout temps, la syphilis et les maladies de peau y sont très répandues. L’ophthalmie des neiges n’y épargne presque personne; habi tuellement chronique, elle repasse à l’état aigu pendant 1 hiver, par suit: de l’éclat de la neige et de la fumée des buttes. Il y règne égalemen une névrose particulière, que Miihry désigne sous le nom d'hystérii arctique.

11. Région asiatique. — La Sibérie occupe toute la partie de l’Asie qu appartient à la zone des climats froids et à celle des régions polaires. C’es une des contrées les moins peuplées du globe. Sa superficie dépasse d’ui tiers celle de l’Europe, et c’est à peine si elle compte trois millions d’ha bitants. Limitée au nord par l’océan Glacial, au sud par une série d chaînes de montagnes qui remontent jusqu’au détroit de Rehring, elle s divise en deux zones naturelles, dont l’une, couverte de neiges éternelle et de marais glacés , fait partie des régions polaires , dont l’autre est ei partie cultivée et renferme des villes et une société civilisée. Cette der nière, la seule dont nous nous occuperons en ce moment, offre ce mêm aspect lugubre et monotone que nous a déjà présenté la Russie d’Europ dans sa partie septentrionale : d’immenses forêts de pins, de mélèzes, ei couvrent la plus grande partie , le reste est occupé par des steppes don les unes ressemblent à des savanes américaines par la hauteur et la beaut de leurs herbes, dont les autres sont nues, revêtues d’une mince couch de sel et entrecoupées de lacs et de marais où quelques plantes rabougrie languissent dans une boue glacée. A travers ces solitudes, coulent d grands tleuves qui remontent tous vers le nord et sont gelés pendant si mois de l’année.

Le climat de la Sibérie est d’une rigueur proverbiale : rien n’abrite ce vastes plaines contre les vents du nord qui soufflent des régions arctiques tandis que les montagnes situées dans le sud arrêtent les brises tempérée qui viennent de l’océan Pacifique. Aussi la température y est-elle d beaucoup inférieure à celle des contrées de l’Europe situées sous la mêm

CLIMAT. — climats rr, oins (région américaine).

latitude, et les lignes isothermes y subissent-elles, vers le sud, une inflexion aussi prononcée qu’à la côte orientale de l’Amérique du Nord. Ainsi Oudskoï est située par 54°, 50, c’est à peu de chose près la latitude de Dublin, de Londres, de Berlin, et la moyenne annuelle de température y descend à — 4°, 6, celle de décembre à — 29°, 7, celle de juillet monte à 16°, 1; la différence entre les mois extrêmes va donc jusqu’à 45°, 8. Tobolsk, Tomsk, Irkout, Nertschinsk, Ocholz, donnent lieu à des observations analogues : en prenant les moyennes de ces cinq localités, on trouve, pour l’année entière, — 2°55; pour le mois le plus froid, — 21°, 55; pour le mois le plus chaud, 4 4°, 24; pour amplitude moyenne, 55°, 59. Dans ce triste pays, l’hiver dure de neuf à dix mois, la neige commence à tomber en septembre, et il n’est pas rare d’en voir encore au mois de mai. A Iakoutsk, par 60 degrés, la terre gèle à plus d’un mètre de profondeur; à Krasnoïarsk, sous la latitude d’Edimbourg, Dallas a vu le mercure se congeler à l'air libre. Les chaleurs de l’été sont, dans toute la Sibérie, courtes, mais fortes et subites; dans les contrées méridionales les orages sont fréquents sur les montagnes, et partout les nuits sont éclairées par des aurores boréales. Au Kamchatka, l’été commence en juillet et dure environ deux mois. Pendant cette saison la température est douce, le ciel calme et pur; la végétation se développe avec une prodigieuse rapidité : en une semaine la terre se couvre de verdure et de fleurs, les blés croissent pour ainsi dire à vue d’œil, mais lorsqu’ils ne sont pas mûrs en août, on peut les regarder comme perdus; la neige les recouvre avant qu’on ait pu les récolter.

La Sibérie ne présente pas de différences climatériques notables sur les divers points de son immense étendue. Miihry la divise en six régions, et reproduit, dans tous leurs détails, les observations météorologiques recueillies dans chacune d’elle, mais ces chiffres n’offrent pas assez d’intérêt pour que nous le suivions dans cette voie. C’est toujours ce climat excessif dont nous avons fait ressortir les caractères, et quelques degrés de température de plus ou de moins ne suffisent pas pour les mo- , difier.

La même analogie se retrouve dans le cadre nosologique qu’il assigne à chacune d’elle, et qui diffère à peine de celui qu’il a tracé en parlant des provinces septentrionales de la Russie d’Europe : c’est partout le scorbut, l’ophthalmie des neiges et les maladies aiguës des voies respiratoires qui dominent en hiver, les diarrhées et la dysenterie qui l’emportent en été, les maladies éruptives et la fièvre typhoïde dans le cours des saisons intermédiaires. La grippe y règne souvent à l’état épidémique; la scrofule et les affections de peau y sont très-répandues; la spedalskhed se rencontre dans quelques localités. Nous ne parlerons que pour mémoire du tara de- Sibérie, que Gmelin a observé sur les bords de l’Irlisch, parce qu’il nous a été impossible, d’après ce qu’en dit Rayer, de savoir à quelle espèce de maladie il convient de le rattacher.

III. Région américaine. — La partie de l’Amérique du Nord qui appartient à la zone des climats froids, s’étend du détroit de Behring à l’océan

214 CLIMAT. — CLIMATS froids (région américaine).

Atlantique. Elle comprend l'Amérique russe, la Nouvelle-Bretagne, avi le Labrador, la Canada et les îles qui s’y rattachent.

Les côtes de l’Amérique russe présentent un aspect des plus sauvages au-dessus d’une rangée de collines couvertes de pins et de bouleaux, s’él vent des montagnes nues, couronnées par d’énormes masses de glaces, q souvent s’en détachent et roulent dans les vallées qu’elles remplissent entre elles et la mer s’étend une lisière de terres basses dont le sol no et marécageux ne produit que des mousses et quelques petites graminée Ces montagnes sont le commencement de la chaîne des monts Rochei qui descend vers le sud, en traversant la Nouvelle-Bretagne. A partir ( leur versant oriental jusqu’à la mer d’Hudson, s’étend une plaine sai limites présentant à peine un léger relief qui sert de faîte de partage ai eaux descendues de la baie d’Hudson et à celles qui vont former Missouri, le Mississipi et le Saint-Laurent. Sa surface, couverte au noi de landes stériles, au sud de vastes forêts, est parsemée de lacs, de mari cages et sillonnée par une multitude de rivières. Le Labrador présen les mêmes caractères ; des rochers, des forêts de sapins, de bouleaux et c mélèzes, des rivières et des lacs en occupent toute l’étendue. Le sol en e pourtant plus accidenté ; il est parcouru par une chaîne de montagm dont les sommets couverts de neige ne dépassent pas 1,000 mètres d’a titude. Il en est de même du bas Canada, où commence la chaîne di Alleghanys. Le haut Canada, au contraire, représente une vallée en pen où coule le Saint-Laurent. Ce fleuve forme, avec les lacs dont il est déversoir et qui sont de véritables mers intérieures, la plus magnifiqi voie fluviale qui soit au monde. Il n’est pas, du reste, de contrée du glol qui soit plus richement douée, sous ce rapport , que la partie de l’Am rique du Nord dont nous nous occupons en ce moment. Malheureuseme ces ressources si précieuses ne peuvent pas être partout utilisées : l’e trême rigueur du climat les rend impraticables pendant une partie i l’année.

L’Ile de Terre-Neuve, qui nous offre un intérêt tout particulier p l’importance de la pêche à laquelle nos marins se livrent sur ses côte et les nombreux armements qu’elle entretient dans nos ports de Manche, l’île de Terre-Neuve présente le même aspect que le continei qu’elle avoisine, la même succession de forêts, de prairies, de lacs et ( rivières.

Météorologie. — Le climat de ces contrées est, comme nous l’avoi fait pressentir, extrêmement rigoureux. Nous avons signalé l’inflexû considérable vers le sud que subissent les lignes isothermes en allant < l’est à l’ouest, et nous en avons indiqué les causes ; dans la zone q nous occupe, la différence d’une côte à l’autre va jusqu’à 20 degrés ( latitude. La ligne de -h 5°, qui en constitue la limite inférieure, r monte jusqu’au 62p degré dans l’Amérique russe, et descend jusqu’au 4‘ au Canada. Les contrées qui avoisinent l’océan Atlantique et la mi d’Hudson sont le type le plus nettement accusé des climats excessif Sur tout le pourtour de cette baie, le sol ne dégèle jamais complétemenl

et depuis la lin de septembre jusqu’au mois de mai, les eaux disparaissent sous une épaisse couche de glace qui prend la consistance et le poli du marbre. Elle acquiert sur les rivières jusqu’à trois mètres d’épaisseur. L’établissement de Nain, fondé par les frères Moraves, à la côte du Labrador, sous le 57e parallèle, a pour moyenne annuelle, — 5°, 8, celle du mois de janvier est de — 20°, 6, celle du mois de février de -f- 9°, 9. Il est difficile de se faire une idée de l’aspect désolé qu’offrent ces rivages, situés sous la même latitude que l’Écosse, et qui semblent appartenir aux régions polaires.

Dans le bas Canada, une couche épaisse de neige couvre la terre pendant tout l’hiver et ne fond qu’au mois d’avril. A Québec, par 46°, 49 de latitude, la moyenne annuelle est de 5°, 5, celle de janvier de — 11°, 6, celle de juillet de 21°, 8. Il n’est pas rare de voir le mercure geler à Montréal, et l’été la chaleur y est insupportable. Dans le haut Canada, la température est plus élevée, plus uniforme; la neige ne séjourne sur la terre que pendant quelques semaines et n’atteint jamais une grande épaisseur. Elle est remplacée par des pluies froides; les pâturages y sont magnifiques ; on y cultive avec succès les céréales, le tabac, le lin et le houblon.

A Terre-Neuve, l’hiver dure cinq ou six mois, et la neige ne fond qu’en avril ; mai et juin y sont signalés par des brumes qui rendent la navigation difficile; les mois de juillet, d’août et de septembre sont splendides et dignes du midi de la France; en octobre, la pluie commence et l’hiver arrive brusquement. Les coups de vent ne sont pas rares sur la côte, ils soufflent habituellement du nord-est ou du sud-est ; on n’y compte guère, en moyenne, qu’un orage par an. A Saint-Jean, la température moyenne de l’année est de 5°, 5, celle du mois de février de — 6°, 2, celle du mois d’août de 14°, 4 (Boudin). A Saint-Pierre, chef-lieu de notre petite colonie, la moyenne annuelle est de 5°, 2, celle de février de — 4°, 7, celle d’août de 16° (Gautier). Les extrêmes, observés par Gras, ont été — 25° et 18°. Nous n’avons pas vu, dit-il, d’hiver où le thermomètre n’ait marqué — 20° et — 22°. La pression barométrique est en moyenne de 756""“, 7; les extrêmes, observés par Gautier, dans une période de quatre années, ont été 723mm et 781mm.

Salubrité , Maladies. — Ces contrées sont salubres, comme la plupart des pays froids. Il est impossible de baser ce lait sur des données positives, en ce qui concerne l’Amérique Russe et la majeure partie de la Nouvelle- Bretagne; mais les statistiques le démontrent pour les possessions anglaises de la côte orientale. Au Canada, à Terre-Neuve, à la Nouvelle-Écosse, le chiffre annuel de la mortalité des troupes est moins élevé qu’en Angleterre. Il estdel ,15 pour 100 à Terre-Neuve, de 1,6 à la Nouvelle-Écosse, et de 1 ,74 au Canada. Dans ces deux dernières contrées, les maladies de l’appareil respiratoire entrent pour près de moitié dans le chiffre des décès, et cependant la phthisie y est, dit-on, inconnue ; la pneumonie, an contraire, est assez commune; elle revêt souvent la forme bilieuse et présente parfois le caractère typhoïde. Elle se montre d’ordinaire, pendant l’été et l’au-

CLIMAT. CLIMATS POLAIRES

tomne, et il n’est pas rare d’en observer de véritables épidémies. Les fièvres intermittentes ne se rencontrent que dans le Sud, sur le bord des rivières qui séparent le haut Canada des États-Unis. La petite vérole est la maladie qui fait le plus de victimes parmi les Indiens; la scarlatine est assez commune, mais moins grave, quoique le plus souvent suivie d’anasarque; les fièvres de tous les types sont aussi fréquentes chez eux que chez les blancs; on trouve quelques cas de goitre parmi les indigènes. A Terre-Neuve, ce sont aussi les phlegmasies aiguës qui dominent, bien qu’elles ne soient pas aussi répandues qu’on serait porté à le croire. C’est pendant l’hiver qu’on en observe le moins; elles apparaissent au commencement de l’été, lorsque l’humidité succède au froid sec et sont beaucoup plus communes chez les pêcheurs que parmi les habitants de l’île. Les rhumatismes musculaires sont aussi très-répandus à cette époque. Pendant les beaux jours de l'été, il ne règne de maladies d’aucune sorte. J’ai rarement eu l’occasion de voir une réunion aussi nombreuse d’hommes livrés à de rudes travaux, présenter aussi peu de malades, que les pêcheurs de la côte, pendant les cinq mois qu’ils y passent. Je l’ai parcourue, pendant l’été de 1845, depuis Cap-Rouge jusqu’au Kerpont, en qualité de chirurgien-major du navire qui commandait la station, et j’ai été partout frappé de l’apparence di santé et de vigueur des équipages. Les médecins de tous les havres n’ont eu à me montrer que des blessures et des panaris.

La population sédentaire des îles Saint-Pierre et Miquelon n’est pas aussi favorisée. Quelques cas de fièvre typhoïde s’y montrent habituellement dans l’automne, la rougeole et la scarlatine y apparaissent le plus souvent au printemps, les maladies aiguës des voies respiratoires, dans le cours de ces deux saisons. Ces affections, du reste, ne sont ni plus communes ni plus graves qu’en Europe. La phthisie y est beaucoup plus répandue : « Elle est, dit le docteur Gras, plus redoutable qu’aucune autre maladie, pour la population miquelonaise, on serait tenté de dire que la diathèse tuberculeuse est son seul ennemi. A son bilan, se rapportent les trois quarts de la mortalité de cette île. » Nous avons quelque peine à concilier cette assertion qui ne nous inspire cependant aucun doute, attendu qu’elle est basée sur la longue expérience d’un confrère qui nous est personnellement connu, avec l’immunité dont nous avons gratifié le Canada et la Nouvelle-Écosse, d’après le dire des médecins anglais.

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