ANATOMIE
256 CŒLIAQUE (artère). —
gramme de chlorhydrate de thébaïne dissous dans 2 centimètres cubes d’eau distillée et injecté dans les veines d’un chien du poids de 7 à 8 kilogrammes, le tue dans l’espace de 5 minutes.
Après la thébaïne arrive, pour la toxicité, la codéine. L’opinion contraire, dit Cl. Bernard, existe parmi les médecins qui, d’ordinaire, prescrivent, chez l’homme, la codéine à plus haute dose que la morphine. L’erreur est venue assurément de ce que la morphine produit très-vite, et bien longtemps avant qu’on ait obtenu une dose toxique, des accidents tels que céphalalgie et vomissements, etc., tandis que la codéine, qui endort peu, ne produit point, quoique beaucoup plus toxique, ces divers accidents, au même degré que la morphine.
Enfin, les alcaloïdes de l’opium sont à la lois toxiques et convulsivants, c’est-à-dire qu’ils amènent la mort avec des convulsions tétaniques plus ou moins violentes. Ces convulsions sont suivies, pour plusieurs d’entre eux, et particulièrement pour la thébaïne, de l’arrêt du cœur et d’une rigidité cadavérique, comme cela se voit pour les poisons musculaires. La narcéine fait seule exception : elle n’est point excitante ni convulsivante ; portée à dose toxique, les animaux meurent dans le relâchement.
Il y a donc, en définitive, à considérer dans les alcaloïdes de l’opium une action soporifique, une action excitante ou convulsivante et une action toxique.
Dans l’ordre soporifique, la narcéine est au premier rang, au second la morphine et au troisième la codéine. Les trois autres principes sont dépourvus de propriétés hypnotiques.
Dans l’ordre convulsivant se trouvent : 1° la thébaïne, 2° la papàvérine, 5° la narcotine, 4° la codéine, 5° la morphine, 6° la narcéine.
Dans l’ordre toxique, la thébaïne est aussi la première; viennent ensuite la codéine, la papavérine, la narcéine, la morphine et enfin la narcotine.
Levrat (de Lyon), Effets de la codéine dans le traitement de la fièvre typhoïde (Bull, (le X Acad, de tnéd., 1840-47, t. XII, p. 586).
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Louis Hébert.
CfECUffl. Voy. Intestins.
CCK lil AQUE (Artère). — Anatomie. — L’artère cœliaque, tronc coeliaque , trépied cœliaque , artère opistho-qastrique (Chaussier), est la deuxième branche de l’aorte abdominale ; elle s’en sépare à angle droit,
CŒLIAQUE (aktêub). — artère coronaire stomachique. 237
entre les piliers du diaphragme, vis-à-vis l’union de la dernière vertèbre du dos avec la première lombaire, immédiatement au-dessous des diaphragmatiques inférieures. Longue de 0m,010 à 0“,015, elle surpasse en volume toutes les artères qui émanent de la même origine, et traverse d’arrière en avant, presque horizontalement, un espace étroit dans lequel elle est en rapport : en haut et à droite, avec le lobule de Spigel ; à gauche, avec le cardia ; en bas, avec le bord supérieur du pancréas, sur lequel elle s’appuie. Les rameaux nerveux du plexus solaire et ses ganglions lui forment une gaine épaisse qui la masque complètement au milieu des nombreux ganglions lymphatiques qu’on observe dans cette région. On peut cependant la mettre à nu avec assez de facilité, lorsque, sur un sujet dont l’abdomen a été ouvert par une incision circulaire ou cruciale, on a élevé le foie, abaissé l’estomac et incisé l’épiploon gastro-hépatique. C’est derrière ce voile membraneux que le tronc cœliaque se divise presque immédiatement en trois branches, toutes les trois également importantes : l’artère coronaire stomachique, l’artère hépatique et l’artère splénique. Dans quelques cas exceptionnels, on en a vu partir une diaphragmatique.
A. Artère coronaire stomachique. — L’artère coronaire stomachique, gastrique supérieure , stomo- gastrique (Chaussier), est la moins volumineuse des branches qui naissent du tronc cœliaque. Elle se dirigé d’abord en haut et à gauche, vers l’orifice œsophagien de l’estomac, puis elle s’infléchit sur la petite courbure, pour se porter vers le pylore, au niveau duquel elle s’anastomose directement avec l'artère pylorique, branche de l’hépatique. Elle décrit ainsi une courbure exactement parallèle au bord supérieur de l’estomac, qui se rapproche d’elle dans l’état de plénitude, et s’en éloigne dans l’état de vacuité, glissant entre les deux lames de l’épiploon gastro-hépatique, à l’angle de séparation desquelles chemine l’artère. On a vu quelquefois l’artère coronaire stomachique suivre une direction inverse, se portant de droite à gauche, du pylore au cardia; elle naissait alors de l’hépatique, et semblait n’être autre chose qu’un développement anormal de l’artère pylorique. Souvent aussi, l’artère hépatique provient de la coronaire stomachique, qui se prolonge vers le foie. Ces anomalies font prévoir entre les deux artères une solidarité qu’indiquait déjà suffisamment leur anastomose par l’intermédiaire de la pylorique.
Aucun rameau artériel ne part de la concavité de la coronaire stomachique. Par sa convexité, elle donne :
1° Des rameaux œsophagiens ou ascendants. — Ces rameaux partent du point où l’artère s’infléchit pour gagner la petite courbure de l’estomac, remontent vers l’œsophage, se distribuent à ses parois et viennent s’anastomoser au-dessus de l’anneau du diaphragme avec les branches œsophagiennes de l’aorte thoracique, dont la circulation est ainsi reliée, par voie collatérale, à celle de l’aorte abdominale.
2° Des rameaux cardiaques ou transverses. — Situés au-dessous des précédents, ils se dirigent de droite à gauche, les uns en avant, les autres en arrière du cardia, qu’ils embrassent dans un anneau vasculaire à
Fig. 15. — Tronc coeliaque et ses brandies (l'estomac est vu en place, le foie est rejele en hau de manière à montrer sa face inférieure). — 1, Tronc cœliaque. — 2, Coronaire stomachique — 3, Hépatique. — 4, 4, Splénique. — 5, I'ylorique. — 6, ü, Gastro-épiploïque droite. — 7, Cystiquc. — 8, Gastro-épiploïque gauche. — ü, 9, Vaisseaux courts. (Beaunjs et Bouchard.
les deux feuillets de l’épiploon gastro-hépatique, et elle fait partie de h paroi antérieure de 1 hiatus de Winslow.
258 CŒLIAQUE (artère). — artère hépatique.
mailles serrées, et s’étendent transversalement sur la grosse lubérositt de l’estomac. Là, ils se distribuent aux parois de l’organe et s’anastomo sent avec les vaisseaux courts fournis par l’artère splénique.
5" Des rameaux gastriques. — Ces rameaux, les uns antérieurs, les au très postérieurs, se portent sur les deux faces de l’estomac, suivant une direction à peu près perpendiculaire à celle de son axe, et se terminent comm< les précédents, eji s’anastomosant entre eux, et surtout avec les rameau: gastriques ascendants fournis par les deux artères gastro-épiploïques.
4° V artère coronaire fournit quelquefois la diaphragmatique infé rieure du côté gauche.
B. Artère hépatique. — L’artère hépatique se sépare du trom cœliaque en se portant de gauche à droite, vers le hile du foie, dans le quel elle se divise. Elle contourne d’abord le lobule de Spigel, en passan au-devant de la veine cave inférieure et au-dessus de la petite courbur de 1 estomac. Arrivée au niveau du pylore, elle marche directement di bas en haut et d’arrière en avant, sur le côté gauche des canaux biliai res, en avant du tronc de la veine porte, avec lesquels elle concourt ; former le pédicule !du foie ( fi g . 15). Comme eux, elle est située entri
CŒLlAtjDE (artère). — artère hépatique.
Dans le sillon transverse du foie, l’artère hépatique se divise en deux branches, qui se dirigent l’une à droite, l’autre à gauche, chacune vers l’une des extrémités du sillon, et pénètrent en même temps que la veine porte et les conduits biliaires dans les canaux que forme la capsule de Glisson dans le tissu du foie.
Telle est la disposition habituelle de l’artère hépatique, mais il n’est pas rare de rencontrer des anomalies. J’ai déjà dit qu’elle pouvait provenir de la coronaire stomachique. On l’a vue naitre aussi de la mésentérique supérieure, quelquefois môme de la mésentérique et de la coronaire, de ces deux artères et' du tronc cœliaque. Il existait dans ces cas plusieurs artères hépatiques.
Trois artères partent de l’hépatique. Ce sont : la pylorique, la gastroépiploïque droite, la cystique.
1° Artère pylorique. — Née au voisinage du pylore, l’artère pylorique s'engage dans les lames de l’épiploon gastro-hépatique, et se dirige de droite à gauche, le long de la petite courbure de l’estomac, pour aller rejoindre l’artère coronaire stomachique, avec laquelle elle s’anastomose, comme je l’ai déjà indiqué (voij. Coron, stomach.). De son bord stomaclial se détachent des rameaux qui se distribuent en avant et en arrière de la région pylorique de l’estomac et de la première portion du duodénum. , Ces rameaux descendants s’anastomosent à leur tour avec de petites artérioles, ou rameaux pyloriques ascendants fournis par la gastro-épiploïque droite.
2° Artère gastro-épiploïque droite. — Cette artère naît immédiatement après la pylorique, par un tronc relativement volumineux. Elle décrit, parallèlement à la moitié droite de la grande courbure de l’estomac, un arc de cercle qui se dirige de droite à gauche, et vient s'unir par anastomose avec la gastro-épiploïque gauche, branche de la splénique. A son origine, elle s’enfonce verticalement en arrière de la première portion du duodénum, en avant de la tète du pancréas, puis elle s’infléchit de droite à gauche, entre les deux feuillets qui constituent la lame antérieure du grand épiploon, affectant avec le bord inférieur de l’estomac, suivant qu’il est vide ou plein, des rapports plus ou moins intimes. M. Cruveilhier a vu la gastro-épiploïque naître directement du tronc cœliaque, dans un cas où l’hépatique venait de la mésentérique supérieure. Cette artère fournit :
a. Des rameaux pyloriques , petites branches dont il a déjà été question. — Elles remontent vers le pylore, et s’anastomosent en avant et eu arrière avec des rameaux analogues de la pylorique.
b. V artère paner éatico-duodénale. — Elle se dirige de haut en bas, vers la troisième portion du duodénum, en contournant la tète du pancréas, et vient s’anastomoser avec la pancréatico-duodénale de la mésentérique supérieure, reliant ainsi cette dernière artère à l’artère hépatique. L’union de ces deux branches, acquérant un certain développement, représente l’anomalie dans laquelle l’hépatique est fournie par la mésèntérique supérieure, et réciproquement. Elle donne, à droite, des vaisseaux
CŒLIAQUE (artère). — aktère splénique.
pour la seconde portion du duodénum ; à gauche, des rameaux pour tête du pancréas.
c. Des rameaux gastriques ou ascendants. — Les uns sont antérieur les autres postérieurs; ils se portent tous de bas en haut sur les deux p rois de l’estomac, dans lesquelles ils s’épuisent. Ils s’anastomosent dire tement avec les rameaux semblables qui descendent de la coronaire si machique ( voir cette artère).
d. Des rameaux épiploïques ou descendants . — Ce sont de petites a tères très-longues, très-grêles, toutes parallèles les unes aux autres. PI; cées entre les deux feuillets de la lame antérieure du grand épiploon, elf se dirigent en droite ligne, et de haut en has, jusqu’au bord inférieur ( cet épiploon. Là, elles se recourbent dans la lame postérieure, et, suivai un trajet rétrograde, remontent jusqu’au côlon transverse, dans lequ elles se distribuent, en s'anastomosant avec les coliques supérieures droi et gauche venues des mésentériques.
5° Artère cystique. — Elle naît de la portion verticale de l’hépatiqui quelquefois de sa branche droite. Son volume est peu considérable. A niveau de la vésicule biliaire, vers laquelle elle se dirige, elle se divise 6 deux branches. L’une, supérieure, chemine entre la vésicule et le foi et cède des rameaux à l’un et à l’autre ; l’autre, inférieure, sous-périti néale, se distribue uniquement à la vésicule et s’anastomose avec la pr< cédente.
C. Artère splénique. — L’artère splénique est remarquable p; son volume, supérieur à celui des deux artères précédentes, et par ses non breuses inflexions, qui semblent avoir pour but de modérer le choc qi résulte de l’impulsion sanguine, et auxquelles Morgagni avait attribué ur certaine influence dans le développement des anévrysmes du tronc eu liaque, qu’il admettait sans en fournir un seul exemple. Cette artèri longée tout le temps par la veine splénique, se loge dans une gouttièi creusée sur le bord supérieur du pancréas, en arrière de la face posté rieure de l’estomac, dont les altérations peuvent l’atteindre, au-dessoi de cette lame du péritoine qui passe en avant du pancréas. Plus loin, el se place dans l’épiploon gastro-hépatique, et s’y divise en quatre ou cin gros troncs qui pénètrent dans le parenchyme de la rate et s’y distribuer séparément sans s’anastomoser, de manière à former dans l’intérieur d l’organe des départements vasculaires complètement indépendants h uns des autres. C’est Assolant qui, le premier, a démontré par des il jections cette disposition vasculaire toute particulière.
L’artère splénique fournit dans son trajet :
luDes artères pancréatiques, volumineuses et très-variables en nombre Elles se portent directement de haut en bas, dans l’épaisseur du pan créas .
‘2U L’artère gastro-épiploïque gauche qui naît au moment où la s pli nique passe sous la grande courbure de l’estomac, et se porte de droite gauche, le long de cette courbure, dans les deux feuillets de la lame an térieure du grand épiploon pour s’anastomoser avec la gastro-épiploïqu
CŒLIAQUE (amère). — pathologie.
droite. Comme cette dernière, elle donne des branches antérieures cl postérieures qui s’épuisent dans les parois de l’estomac et s’anastomosent avec les rameaux gastriques de la coronaire stomachique.
5° Les vaisseaux courts. — Ces vaisseaux sont placés dans l’épiploon gastro-splénique et semblent relier l’estomac à la rate. Us sont très-nombreux et très-courts. Ils émergent des branches supérieures de l’artère splénique, et se portent sur le grand cul-de-sac de l’estomac où ils s’anastomosent avec les rameaux transverses de la coronaire stomachique.
D’une manière générale, le tronc cœliaque alimente par trois branches artérielles distinctes, trois organes importants : le foie, la rate, l’estomac; mais tandis que les deux premiers ne reçoivent qu’une seule artère, l’estomac réunit autour de lui tous les rameaux fournis par les branches du Ironc cœliaque, et s’entoure d’un cercle vasculaire dont les anastomoses nombreuses rétablissent en quelque sorte à la périphérie et sur un plan très-large la fusion qui existait au point d’émergence. Ce cercle vasculaire, formé par la coronaire stomachique et la pylorique qui suivent la petite courbure, par les deux gastro-épiploïques qui longent la grande courbure et par les vaisseaux courts qui, partis de la même artère que la gastro-épiploïque gauche, viennent s’anastomoser avec les rameaux trans • verses de la coronaire stomachique, pourrait être considéré comme un centre circulatoire destiné à répartir d’une manière sûre et toujours égale à l’estomac qu’il entoure, au foie et à la rate entre lesquels il est situé, le sang lancé à travers les artères coronaire stomachique, hépatique et splénique. En effet, si l’une de ces artères vient à être oblitérée en deçà des collatérales, la circulation est immédiatement rétablie. Il faudrait pour empêcher le sang artériel d’arriver au foie lier l’artère hépatique au delà de la gastro-épiploïque, et [tour supprimer la circulation de la rate, il serait indispensable de lier l’artère au niveau du hile. Ces considérations anatomiques me paraissent donner la clef de certains détails pathologiques dont il sera question, et on ne saurait trop y insister. C’est encore le même cercle artériel qui assure la circulation après l’oblitération du tronc cœliaque lui-même, en servant d’intermédiaire entre ce tronc et les autres branches importantes de l’aorte, par les artères œsophagiennes qui de sa partie cardiaque vont à la rencontre des œsophagiennes aortiques par l’artère pancréatico-duodénale qui s’anastomose avec l’artère du même nom venue de la mésentérique supérieure, par les artères épiploïques, ou descendantes qui se rendent au côlon transverse avec les branches des mésentériques supérieures et inférieures. Ces anastomoses ont seules pu ramener le sang dans le foie, la rate et l’esloinae, chez ces malades dont on a trouvé à l’autopsie le tronc cœliaque depuis longtemps oblitéré par des caillots sanguins.
Pathologie. — Les maladies du tronc cœliaque et de ses branches sont rares et mal connues. On peut les diviser en traumatiques el spontanées, primitives et consécutives.
Lésions traumatiques . — Les lésions traumatiques sont de beaucoup
NOUV. DICT. MED. ET CUIR. Vlll. — 16
CŒLIAQUE (artère). — pathologie.
les plus fréquentes. Elles intéressent surtout le cercle artériel de l’estomac, qui est plus spécialement exposé à l’action des instruments piquants ou tranchants, ou des projectiles de toute sorte. Elles s’accompagnent toujours de désordres plus ou moins graves des organes abdominaux, mais leur histoire ne saurait être séparée de celle des plaies pénétrantes de l’abdomen. Les signes d’une hémorrhagie interne, l’hématémèse, la présence du sang dans les garde-robes en sont les symptômes ordinaires ( voij . tome II, art. de Abdomen, Plaies pénétrantes) .
Les plaies de ces artères peuvent aussi être indépendantes d’une plaie abdominale. Des instruments piquants ou tranchants, avalés par tnégarde ou avec intention, ont pu perforer les parois de l’estomac, atteindre une artère et déterminer une hémorrhagie violente. C’est ainsi que Frank a été appelé à observer unei hématémèse mortelle chez un malade qui avait eu les parois de l’estomac blessées par un petit os.
Lésions spontanées. — Les seules lésions de ce genre, observées dans les artères dont il est ici question, sont : l’ulcération, l’anévrysme, l’oblitération.
Ulcération. — L’ulcération est ici toujours consécutive à une maladie du voisinage. Dans les observations recueillies, on l’a toujours vue succéder soit à un cancer de l’estomac ou du pancréas, soit à un ulcère simple de l’estomac qui dans leur marche envahissante avaient fini par désorganiser plus ou moins rapidement les vaisseaux les plus rapprochées : l’artère splénique, la coronaire stomachique, les gastro-épiploïques. Le malade survit peu à une telle lésion qui s’annonce ordinairement par les signes d’une hémorrhagie survenant brusquement au milieu des symptômes précédemment observés de la maladie première. Je n’ai pas à m’occuper ici de ce symptôme ( voy . Hématémèse). A l’autopsie, le vaisseau atteint est détruit en un ou plusieurs points, et dans une étendue variable. Ses parois altérées sont le siège de ce même travail de désorganisation qui a commencé par envahir l’estomac et le pancréas et s’est étendu jusqu’à elle. C’est ainsi que Mondières dans son mémoire sur les maladies du pancréas ( Archives de médecine , t. XII, 1856), a pu citer plusieurs cas d’hémorrhagie de l’estomac, provoquées par l’ulcération des vaisseaux gastriques ou de l’artère splénique à la suite de dégénérescence cancéreuse de cet organe. Entre autres faits, je puis encore citer celui que rapporte Mabille (thèses de Paris) qui, par un examen attentif d’une portion ulcérée du pancréas, découvrit l’artère splénique dénudée, isolée de toute part, très-amincie dans ses parois et ouverte dans deux endroits voisins l’un de l’autre par des ruptures fort longues.
!i]| Une pareille lésion à la suite du cancer de l’estomac n’est pas chose rare, mais il paraît plus étonnant qu’une ulcération non cancéreuse de cet organe arrive au même résultat. On en a cependant cité quelques exemples. Hodgson affirme qu’il a vu non-seulement le cancer, mais l’ulcère simple de l’estomac perforer les vaisseaux gastriques et l’artère splénique. Latour, cité par Gendrin, parle d’une fille qui avait eu des envies de vomir et des douleurs d’estomac pendant un certain temps. On trouva son
CŒLIAQUE (artère)i — pathologie. kJ43
çstoinac rempli de sang, provenant d’une simple érosion qui avait ulcéré plusieurs vaisseaux. Enfin, Cruveilhier a vu l’artère coronaire stomachique érodée par une ulcération située sur la petite courbure de l’estomac.
L’ulcération du tronc cœliaque et de ses branches, par dégénérescence primitive, athéromateuse ou autre, n’a jamais été observée. Ces sortes de dégénérescences sont, du reste, excessivement rares dans ces vaisseaux.
Anévrysmes. — L’anévrysme occupe le tronc cœliaque ou l’une de ses branches. L’anévrysme artériel est la seule variété observée sur le trajet de ces artères.
Anévrysme du tronc cœliaque. — Les anévrysmes du tronc cœliaque passaient pour fréquents lorsque Bérard, remontant à l’origine des faits, reconnut que cette opinion n’était pas fondée, et fit remarquer que les auteurs qui en parlaient avaient eu égard aux pulsations abdominales plutôt qu’aux résultats de l’expérience cadavérique, et qu’ils se répétaient sur la foi les uns des autres. Morgagni, Portai, Bonnet, Hodgson, en ont donné la description sans s’appuyer sur une seule observation. Lieutaud seul en fournit un exemple, qui lui-même n’est pas incontestable. Il s’agit d’une femme qui, âgée de 50 ans et adonnée à l’ivrognerie, éprouvait des malaises, des pulsations violentes à l’épigastre, une agitation continuelle et de l’orthopnée. A l’autopsie, on trouva un anévrysme de l’artère cœliaque, assez gros pour loger le poing. Aune époque plus rapprochée de nous, Bergeon ( Société anatomique, 1830) et Gendrin ( Traité de médecine pratique , t. I) produisent chacun une observation sous le titre d’anévrysme de l’artère cœliaque. La pièce de Bergeon a été analysée par Bérard, qui, dans le rapport qu’il fit à ce sujet, conclut qu’il s’agit d’un anévrysme de l’aorte abdominale à son origine, etquele tronc cœliaque a été transporté sur la face antérieure de la tumeur. Quant au fait de M. Gendrin, se rapporte-t-il réellement à un anévrysme de l’artère cœliaque? Je ne le crois pas. Chez son malade, l’aorte était saine jusqu’à l’origine du tronc cœliaque. En ce point, on voyait sur sa surface des inégalités jaunâtres, non indurées. Le tronc cœliaque, dilaté à son origine, présentait sa membrane interne dure et rugueuse. Immédiatement au delà de l'origine de l'artère gastrique , ce gros vaisseau était obstrué par des couches de sang coagulé stratifiées, qui remplissaient une tumeur anévrysmale du volume d’un œuf, laquelle se confondait avec le tronc Cœliaque. L 'artère gastrique était libre et volumineuse, mais le reste du tronc était oblitéré par la tumeur, remplie de sang coagulé et en partie oblitéré.
Quoi qu’il en soit, on peut arriver à cette conclusion que les anévrysmes du tronc cœliaque, s’ils existent, sont très-rares.
Artère coronaire stomachique. — On en connaît un seul exemple. L’observation, très-incomplète, car il y est dit seulement que le malade succomba à une hématémèse, et qu’on en reconnut rapidement la cause à l’autopsie, a été publiée par Souville, dans le Journal de Médecine (t.XC, p. 259).
Artère splénique. — Plusieurs auteurs les disent communs. Les obsor-
v244 CŒLIAQUE (artère). — pathologie.
valions, cependant, n’en sont pas nombreuses. Gendrin (Société anatomique., 1857) en a observé un cas. Leudet en rapporte un second ( Bulletin de la Société anatomique , 1857). Enfin, Bérard (Dict. en 50) a appris de Breschet que Louis XVill était atteint d’un anévrysme de l’artère splénique (lésion non consignée dans le procès-verbal de l’ouverture du cadavre). Les observations de ces anévrysmes sont, du reste, peu détaillées.
Artère hépatique. — Les anévrysmes de cette artère sont un peu plus fréquents. Leur fréquence, toutefois, est très-relative, car dans sa statistique, sur 551 cas, Crisp en trouve un seul d’anévrysme de l’artère hépatique. L’anévrysme peut occuper le tronc de l’artère ou l’une de ses branches. On le rencontre ordinairement sur le tronc.
Ledieu (1856, Journal de Bordeaux) publie l’observation d’une oblitération de l’artère hépatique par un anévrysme. Cet anévrysme siège un peu au-dessus de l’insertion de la pylorique, qui était restée perméable, ainsi que la coronaire stomachique et la splénique. La tumeur était grosse comme une noisette et pleine de caillots solides.
Wallmann (voy. Archives de médecine , 5e série, t. XIII) décrit un anévrysme de l’artère hépatique chez une femme de 36 ans. Cette artère communiquait, par un orifice long de 0,01 centimètre, large de 0,004 millimètres, avec un sac qui avait le volume d’une tête d’enfant. II était rempli de masses fibrineuses stratifiées, et pesait une livre et quart. Cette tumeur, située en grande partie dans l’épiploon gastro-hépatique, s’étendait depuis le bord supérieur de l’estomac jusqu’à la face inférieure du foie, à laquelle elle adhérait, ainsi qu’aux conduits cholédoque et hépatiques et à la veine porte. Elle s’était rompue à sa partie inférieure, et avait versé une grande quantité de sang dans le péritoine. L’orifice du sac était situé à 0,007 millimètres de la dichotomisation de l’artère hépatique.
Lebert (voy. Archives , 5e série, t. II, et Anatomie pathologique , t. II) décrit un anévrysme de l’artère hépatique chez une femme de 30 ans, qui succomba à une hématémèse. L’anévrysme s’était ouvert par un petit orifice, dans la vésicule biliaire à laquelle il était soudé. Gros comme un œuf de pigeon, il s’était logé en avant de la veine porte. Il était plein de fibrine coagulée. La vésicule et les canaux biliaires contenaient une grande quantité de sang.
Stokes (Traité des maladies du cœur) a vu un anévrysme du volume d’une grosse orange, recouvert dans sa moitié inférieure parle pancréas, et situé de manière à comprimer directement les conduits biliaires, de telle sorte que la vésicule et ces conduits avaient acquis un degré de dilatation énorme. La tumeur renfermait des caillots sanguins.
Dans le même ouvrage, il cite Bealty, qui a observé un anévrysme assez volumineux pour repousser le foie, qui reprit sa place aussitôt que h poche fut crevée.
Deux anévrysmes des branches de l’artère hépatique ont été signalés. L’un occupait la branche gauche; il a été disséqué par Wilson. L’autre était situé sur la branche droite; il a été présenté à la Société anato-
PATHOLOGIE
CŒLIAQUE (artère). —
mique par Sestier ( Bulletin , t. VIII) . II s’était formé tout près de l’endroit où la division a lieu. Cet anévrysme était gros comme une noisette, et rempli de caillots sanguins décolorés. Aucun signe ne pouvait révéler l’affection.
En résumé, lorsqu’un anévrysme se développe sur l’une des branches de l’artère cœliaque, il occupe de préférence l’artère hépatique et croît lentement, déterminant autour de lui des phénomènes inflammatoires peu intenses, qui aboutissent à des adhérences avec les organes voisins. 11 repousse ces organes, les comprime et finit par les altérer, comme le foie, par exemple, par son action continue. L’oblitération des conduits hépatiques par l’anévrysme de l'artère hépatique, dans l’observation de Lebert, a pu déterminer une dilatation générale de tous les conduits. Ces anévrysmes portent une atteinte encore plus directe aux organes en interceptant le passage du sang, mais il sera question de ce résultat à propos des oblitérations.
Symptômes. — Ils sont peu nombreux. Les auteurs qui ont décrit ces anévrysmes les ayant laissé passer inaperçus pendant la vie, la palpation, la percussion, l’auscultation ont été négligées. Il est cependant probable que ces moyens d’exploration n'auraient pas été sans résultat. Un malade, celui de Bergeon, se plaignait d’une boule qui roulait dans son ventre, suivant qu’il se couchait sur le côté droit ou sur le côté gauche. Le malade était aliéné ; on pensa qu’il avait des hallucinations, et on négligea un examen complet, qui aurait peut-être conduit au diagnostic. Wallmann avait percuté son malade, mais il n’en avait tiré aucun enseignement. Stokes affirme, dans son observation, que jamais il ne put constater de pulsations à la région épigastrique. Il s’agissait d’un anévrysme de l’artère hépatique. Cet auteur déclare, du reste, n’avoir pu trouver un seul cas d’anévrysme semblable, où les symptômes aient été observés pendant la vie.
Le phénomène le plus constant est une douleur très-vive, qui s’explique facilement par la distension forcée des filets nerveux du plexus solaire. Cette douleur, de nature névralgique, peut simuler au début une véritable gastralgie. Ce n’est d’abord qu’un sentiment de gène, de pression, qui survient à de longs intervalles, après le repas, puis une douleur véritable qui s’accentue et survient par accès de plus en plus rapprochés, à mesure que le mal fait des progrès. Les paroxysmes douloureux sont parfois excessivement violents. L’un des malades observés se démenait comme un furieux tout le temps que durait le paroxysme. La malade de Lebert éprouvait une douleur cuisante, et, chaque fois qu’elle se levait, elle était prise de mouvements convulsifs dans les membres supérieurs. Cette douleur s’exaspère par la pression pendant les accès principalement, maison peut toujours la réveiller, même en dehors de ces moments. Chez la malade de Gendrin, qui éprouvait aussi des douleurs obtuses avec exacerbations, la pression était un moyen de soulagement.
L’hématémèse a été observée longtemps avant la terminaison fatale. La malade de Gendrin, deux ans après l’apparition des douleurs, avait eu
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une hématémèse qui s’était reproduite trois fois le jour, à la suite d’une frayeur qui avait suspendu les règles. Il survint à la suite des selles noires. Celle de Stokes avait eu une hématémèse abondante pendant cinq jours. Entin, celle de Lebert, un mois avant sa mort, fut prise de vomissements de sang qui, jusqu'à la fin, se montrèrent alternativement avec des selles sanglantes. Ce sont là deux actes pathologiques importants. Lorsqu’ils se répètent souvent, ils annoncent une fin prochaine. Dans le cas de Souville (anévrysme de la coronaire stomachique), l’hématémèsc fut le seul symptôme observé.
Les symptômes de voisinage sont tous des symptômes de compression. Le foie, la rate ont été vus augmentés de volume et congestionnés. On a pu trouver en explorant la région hépatique une distension plus ou moins considérable de la vésicule biliaire dont le contenu ne pouvait plus être évacué. L’oblitération du canal cholédoque a entraîné dans deux cas l’ictère, la constipation, la décoloration des matières fécales et les signes ordinaires de la rétention de la bile.
Tels sont les signes consignés dans les observations. Ils sont insuffisants si l’attention n’est pas éveillée; mais si, guidé par les douleurs névralgiques, par les hémorrhagies, par les troubles des organes voisins^ on met à contribution les moyens de diagnostic dont on use ordinairement, il nous semble possible d’arriver à reconnaître l’anévrysme et à ne pas s’en laisser imposer par une simple gastralgie ou une colique hépatique. Il sera peut-être plus difficile de préciser exactement le siège de la lésion, mais ce degré de précision est ici moins important que dans les anévrysmes externes.
La terminaison a lieu ordinairement par hémorrhagie, et cette hémorrhagie a lieu soit dans l’estomac, soit dans le péritoine, soit dans les deux à la fois. Dans un cas (Lebert), l’anévrysme s’est ouvert dans la vésicule biliaire. On a vu aussi le sac s’oblitérer complètement par un caillot sanguin, et l’anévrysme guérir spontanément (Ledieu, Sestier, Gendrin).
Le traitement de ces anévrysmes, si on arrivait au diagnostic, devrait être celui des anévrysmes internes.
Dilatations. — A côté des anévrysmes doivent être rangées les dilatations. Si nous mettons de côté l’observation déjà signalée de Gendrin, dans laquelle le tronc cœliaque était dilaté à sou origine, nous remarquons que presque toutes les dilatations siègent sur l’artère hépatique. Vulpius (Morgagni, Epist ., 26) a vu dans deux cas d’obstruction du foie, le tronc de cette artère si développé qu’il pouvait recevoir le pouce. Portai rapporte avoir observé cette dilatation dans plusieurs cas de phthisie hépatique. Frerichs a vu le tronc de 1 artère hépatique notablement amplifié dans l’altération granulée du foie et dans les carcinomes de cet organe. Ce fait s’explique, suivant lui, par l’augmentation du courant sanguin supplémentaire qui résulte de l’obstruction d’un appareil vasculaire communiquant en une foule de points avec l’artère hépatique.
Oblitérations. — L’oblitération du tronc cœliaque et de ses branches peut être due à deux causes : à la compression ou bien à l’obstruction.
CŒLIAQUE (artère). — pathologie .
La compression est l’effet ordinaire d’une tumeur du foie, de Bestomac, du pancréas. Elle est plus ou moins complète et s’exerce surtout sur l’artère splénique et sur l'artère hépatique. L’obstruction est tou jours le résultat d’un caillot sanguin développé sur place ou d’une embolie; l’embolie venant plus spécialement oblitérer les rameaux vasculaires les moins volumineux.
L’obstruction du tronc cœliaque est presque fatalement liée à l'anévrysme de l’aorte abdominale dans sa partie la plus élevée. Dans quatre observations, réunies par Bérard dans un travail où il démontre l’imperméabilité des artères qui naissent des tumeurs anévrysmales, l’artère cœliaque, implantée sur un anévrysme de l’aorte, est complètement oblitérée par des caillots sanguins. Ce sont là du reste les seuls cas d’obstruction de cette artère qui nous soient connus.
Dans l’observation déjà citée de Gendrin, on lit que le tronc cœliaque, immédiatement au delà de l’origine de l’artère gastrique, était obstrué par des couches de sang coagulé, stratifiées, qui remplissaient un anévrysme du volume d’un œuf. L’artère gastrique était libre et volumineuse, mais le reste du tronc cœliaque était oblitéré par la tumeur remplie de sang coagulé et en partie décoloré. On peut conclure de là qu’il y avait oblitération de l’artère hépatique et de la splénique.
On trouve encore un exemple d’oblitération de ces artères, par formation de caillots dans un anévrysme, dans l’observation d’anévrysme de l’artère hépatique due à Ledieu.
Les caillots sanguins se produisant dans les vaisseaux cœliaques en dehors des anévrysmes sont rares. Il en existe cependant quelques exemples, et nous pouvons en citer trois cas, tous les trois ayant trait à l’artère splénique. L’un est du à M. Cruveilhier, les deux autres sont dus à M, Lefeuvre ( Thèses de Paris). Dans les trois cas, 1 artère splénique était cpmplétement oblitérée, au niveau de la rate (Cruveilhier), dans toute son étendue (Lefeuvre), par un coagulum qui s’étendait dans une division de ce vaisseau, à laquelle correspondait un infarctus. Les autres branches étaient libres. Les auteurs ne se prononcent pas sur la nature autochthone ou embolique du coagulum.
En somme, les oblitérations du tronc cœliaque de l’artère coronaire stomachique, des artères hépatique et splénique sont un fait rare, et leur obstruction par embolie un fait contestable. L’embolie ne s’arrête que dans les ramifications d’un calibre inférieur où nous ne pouvons la suivre. Disons seulement qu’on ne l’a pas observée dans les artères stomachiques,, qu’elle est rare dans le foie et relativement fréquente dans la rate.
En décrivant les nombreuses anastomoses qui unissent entre elles les branches du tronc cœliaque et les relient toutes à des régions différentes de la circulation aortique, j’ai déjà fait pressentir les effets de ces oblitérations. La circulation, gênée par degrés croissants dansles gros troncs, se rétablit à mesure par les anastomoses. Aussi, dans les oblitérations du tronc cœliaque, a-t-on pu constater que le sang était ramené aux organes par les œsophagiennes et la mésentérique inférieure, car la mésentérique
CŒLIAQUE (artère). — pathologie.
supérieure, elle aussi, était oblitérée. Dans l’oblitération de l’hépatique, la pylorique et la gastro-épiploïque avaient suffi pour maintenir intactes les fonctions du foie, ce qui nous pousse à nous demander de nouveau si, dans les expériences faites sur l’artère hépatique, on avait agi de manière à rendre impossible toute arrivée du sang dans l’artère hépatique. L’oblitération du tronc de l’artère splénique n’a pas abouti à un résultat plus grave. Alors même que tout le tronc artériel était oblitéré, il n’y avait d’altération dans la rate que dans les régions qui correspondaient à l’oblitération de vaisseaux de troisième et de quatrième ordre, c’est-à-dire là où toute voie collatérale était fermée au sang. Ceci ressort clairement des observations citées. Moreau, après avoir lié l’artère splénique, a observé une congestion énorme de la rate. On a vu dans cette congestion une simple fluxion sanguine due à la stase du sang veineux, par suppression île la poussée artérielle. Mais faut-il faire abstraction de toute fluxion collatérale? Je ne le pense pas, et je suis d’accord en cela avec Gendrin, qui pense qu’une gastrorrbagie peut être le résultat de l’accroissement d’activité de la circulation de l’artère gastrique, dès que cette artère est devenue seule le tronc de continuité de l’artère cœliaque dont les autres branches ont été oblitérées. I/observation qui l’a conduit à cette conclusion paraît très-probante.
Si l’on pouvait arrêter tout abord du sang artériel dans un organe, il est certain que l’on déterminerait des désordres très-graves.
Ce que l’on produirait alors sur une grande étendue, l’embolie le produit en petit.
L’embolie a pour résultat ordinaire l’oblitération d’un petit vaisseau, et la production dans la zone de ce vaisseau d’une altération connue sous le nom d’infarctus. Je n’ai pas à m’en occuper ici. Je veux seulement chercher à expliquer pourquoi l’infarctus est relativement si fréquent dans la rate. Lorsqu’une artériole ou même un rameau d’un ordre assez élevé, soit de la coronaire stomachique, soit de l’hépatique vient à être oblitéré, la circulation collatérale s’établit rapidement et l’oblitération passe inaperçue dans un bon nombre de cas ; mais il ne saurait en être de même lorsqu’une embolie arrive dans une des divisions de la splénique. La rate, on se le rappelle, se subdivise en autant de départements vasculaires qu’il y a de divisions de l’artère splénique. Chaque département est complètement indépendant de ses voisins et ne lui est même pas relié par la plus mince anastomose. 11 s’ensuit que, privé du vaisseau qui s’y rend, cette petite région subira une altération très-rapide. N’avons-nous pas vu que les infarctus de la rate correspondaient exactement au vaisseau oblitéré? Nous ne saurions du reste trouver l’explication du fait signalé ni dans le calibre des vaisseaux, ni dans leur direction, ni dans la manière dont ils s’implantent sur le tronc cœliaque. L’angle droit, que ce tronc forme avec l’aorte, explique tout au plus pourquoi l’embolie est moins fréquente dans les organes qu’il anime que dans certains autres organes de l’économie.
Battements du tronc cœliaque. — Dans un mémoire présenté à l’Acadé-
CŒiR.
mie des sciences (16 septembre 1861), Guyon décrit des battements et des contractions de l’artère cœliaque, observés dans la fièvre jaune. Chez deux malades, en état de mort apparente, Guyon en passant la main de la région du cœur où il n’existait plus do battements à celle de l’épigastre, la sentit violemment soulevée par des battements ou des contractions à la fois fortes, fréquentes et tumultueuses de l’artère cœliaque, qui semblait s’être ainsi substituée au cœur en devenant, en quelque sorte, un nouveau centre de circulation.
Lif.utaud, llistoria anatomico-medica. Paris, 1707, vol. I.
Souville, Mort subite occasionnée par la rupture de l’artère stomachique affectée d’anévrysme vrai [Journ. de méd., chir. et pharm., juillet 1778, t. L).
Morgagni, De sedibus et causis morborum ; traduit en français par Destouet et Desormeanx.
Paris, 1820, lettre 20.
Bergeon, Bull, de la Soc. anat. 1 830, t. V.
Sestier, Bull, de la Soc. anat. 1835, t. VIII.
IjEuret, Bull, de la Soc. anat. 1847.
Monîuère, Arch.gén. de méd. 1836, t. XII.
Gendrin, Traité philosophique de médecine pratique. Paris. 1838, t. 1.
Walmann, Arch.gén. de méd., 5° série, t. XIII.
Stores, Diseases of the Heart. 1851. — Trad. franc, par Senac.