‹ Dictionnaire de mâedecine et de chirurgie pratiquesChapitre 34 sur 113 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

CŒUR. CONFORMATION INTÉRIEURE

Bouillaud de son côté était arrivé à une conclusion du même ordre. Il est donc prouvé, contre plusieurs auteurs, tels que Lower, Lieutaud, Sabatier, etc., qui avaient admis que les deux ventricules avaient une capacité égale, mais dont les recherches manquaient d’une exactitude suffisante , et surtout contre J. Cruveilhier , qui a annoncé un résultat précisément inverse, que la capacité du ventricule droit l’emporte sur celle du ventricule gauche. C’était déjà l’opinion d’Hippocrate.

La capacité des oreillettes est plus difficile à déterminer. En général, ces cavités ne peuvent être bien étudiées dans leur forme et dans leur volume que lorsqu’elles sont remplies par une injection solidifiahle. Aussi les auteurs sont-ils peu affirmatifs et peu conformes dans leurs conclusions. Legallois reconnaît que les oreillettes ont une capacité moindre que celle des ventricules. Laennec déclare que, chez un sujet sain et bien constitué, les quatre cavités du cœur doivent, à très-peu de chose près, être égales entre elles. Il suffirait donc, suivant lui, de connaître la capacité de l’un des ventricules pour avoir celle des autres cavités. Cruveilhier admet que l’oreillette gauche a une capacité moindre que l'oreillette droite. Enfin Bouillaud, dans l’un des faits qu’il mentionne, montre que chaque oreillette avait une capacité égale à celle du ventricule qui lui correspondait; d’où il conclut, d’après le rapport qu’il reconnaît entre les deux ventricules, que la capacité de l’oreillette gauche est d’un tiers moindre que celui de la droite.

De tout ce qui précède il résulte que le cœur droit dans son ensemble peut contenir une quantité de sang très-notablement plus grande que le cœur gauche : ce qui veut dire que, ses fonctions étant d’ailleurs subordonnées à l’action du cœur artériel et à la perméabilité des voies pulmonaires, il paraît jouer par rapport à ces parties le rôle de réservoir et de trop-plein.

Entrons maintenant dans quelques détails touchant la conformation intérieure de chacune des quatre cavités du cœur.

Ventricules. — Sur une coupe du cœur pratiquée perpendiculairement à son axe et vers la partie moyenne des ventricules, on voit, à gauche, un orifice béant et entouré par un cercle épais de substance charnue ; à droite, existe une simple fente antéro-postérieure , limitée par un bord assez mince, curviligne et semblant se mouler sur la partie circulaire de la coupe. Si l’on fait cette même coupe à des niveaux différents, on constate que la surface de section diminue d’étendue, soit vers le haut, soit vers le bas, mais jamais autant près de la hase des ventricules que dans le voisinage de leur sommet. D’après cette première inspection, on peut induire que les parois du ventricule gauche, épaisses et charnues, maintiennent béante une cavité dont la forme générale est celle d’un ovoïde dont la petite extrémité est tournée vers le bas ; ajoutons que cet ovoïde est légèrement comprimé dans le sens transversal et qu’il présente par conséquent une paroi interne et une paroi externe toutes deux concaves. Pour ce qui est du ventricule droit, la minceur de ses parois fait qu elles sont affaissées sur le cadavre et que la cavité qu’elles circonscrivent

CŒUR. — conformation intérieure.

ïhV

semble disparaître en partie. Si l’on suppose le ventricule distendu, il reproduira la forme ovoïde du ventricule gauche, et offrira comme lui deux parois: l’une externe et l’autre interne ; seulement, la paroi interne, qui appartient à la cloison interventriculaire, est convexe et proémine dans la cavité même du ventricule droit, par suite d’une sorte d’inclusion du ventricule gauche. Les deux cavités ventriculaires sont encore dans un rapport réciproque tel que celle du côté gauche descend un peu plus lias et semble correspondre directement à la pointe du cœur, tandis que celle de droite s’élève davantage vers la base.

Les parois des deux ventricules, loin d’être unies et égales, ont un aspect réticulé et alvéolaire qu’elles doivent à la présence de filaments charnus qui font saillie à leur surface et qui s’entre-croisent dans toutes les directions (fîg. 18 et 19). Ces filaments, plus ou moins volumineux, sont connus sous le nom de colonnes charnues du cœur ; ils présentent une disposition assez variable et on en admet de trois ordres : les uns adhèrent à la paroi du ventricule par toute leur longueur et leurs extrémités, et font corps avec lui. Les autres, détachés dans leur continuité, se portent d’un point à l’autre de la paroi, et même d’une paroi à l’autre. Les derniers enfin sont beaucoup plus volumineux et méritent vraiment le nom de colonnes charnues; ces colonnes, ou piliers, ont une forme conoïde; elles adhèrent par une base large au ventricule, tandis que de leur extrémité libre se détachent de petits cordages tendineux qui vont d’autre part se fixer au bord flottant des valvules auriculo-ventriculaires. Leur description appartient à celle de ces valvules elles-mêmes.

Les colonnes charnues des deux premiers ordres appartiennent également aux deux ventricules ; nous les retrouverons aussi dans les oreillettes. Elles semblent un peu plus nombreuses dans le ventricule droit que dans le gauche, où elles sont moins fortes et moins serrées. Elles sont surtout abondantes vers le sommet de chaque ventricule, au point de constituer en cet endroit, par leur enchevêtrement, une sorte de tissu spongieux ou caverneux. Leur direction générale semble se porter du sommet vers la base, et les mailles du réseau également. C’est au milieu de ces filaments entre-croisés qu’on trouve emprisonnés des caillots sanguins et fibrineux formés soit dans les derniers temps de la vie, soit après la mort. La structure des colonnes charnues est presque entièrement musculaire. Cependant quelques-unes de celles du second ordre se terminent par de petits tendons qui se perdent dans la paroi du ventricule.

Malgré la présence de ces saillies musculaires, la surface interne des ventricules a un aspect lisse et luisant comme celui d’une membrane séreuse. Nous verrons à quel détail de structure cela correspond.

Les deux ventricules s’ouvrent en haut par deux orifices; l’un externe, très-considérable, qui les fait communiquer avec l’oreillette qui les surmonte, et l’autre, interne, moindre, par lequel ils lancent le sang dans chacun des deux systèmes artériels. Avant de s’aboucher avec ces orifices, le canal ventriculaire semble se bifurquer; l’une des branches, la plus large, aboutit à l’orifice auriculo-ventriculaire, et l’autre, plus étroite, à

CŒUR. CONFORMATION INTÉRIEURE

l’orifice artériel. Une sorte d’éperon, plus ou moins accusé, et qui fa saillie dans la cavité du ventricule, correspond à l’angle de bifurcatioi Cette disposition est surtout prononcée pour le ventricule droit, dont branche artérielle se prolonge à l’extérieur, comme une sorte de boui geonnement du cœur, et sous forme d’un entonnoir renversé qui porte nom à’infundibulum , et donne naissance, par son sommet tronqué, à i’ai tère pulmonaire.

Les divers orifices dont il est question sont pourvus de valvules qui n permettent au sang de s’échapper que dans une direction déterminé! Les valvules auriculo-ventriculaires sont grandes et semblent forai! pour chacune d’elles un seul corps de membrane; les valvules artérielh sont petites et multiples, et offrent une disposition toute différente. Noi allons étudier séparément les orifices auriculo-ventriculaires et les or lices artériels, et à chacun d’eux nous rattacherons l’espèce de valvul qui lui est propre.

Pour bien juger de l’aspect et des dimensions des orifices auriculo-ver triculaires, il faut les examiner du côté des oreillettes, après que celles-! ont été détachées. On les voit alors juxtaposés et occupant la partie poste rieure de la hase des ventricules. Us sont assez régulièrement circulaires mais avec un diamètre différent : le droit l’emporte sensiblement sur 1 gauche. Leur circonférence mesurée donne, d’après Bizot , les chiffre suivants :

Chez l’homme, de 16 à 79 ans, la moyenne générale est, pour l’orifîc gauche, de 102 millimètres, et, pour l’orifice droit, de 122 millimètres Chez la femme, les chiffres respectifs sont 95 et 99 millimètres. Ces rap ports concordent avec ce que nous savons déjà de la prédominance de dimensions du cœur droit sur le gauche.

Ces orifices, constitués par un cercle fibreux, sont presque inexten sildes, et ne peuvent être modifiés que par l’état de maladie. De leui pourtour se détache une membrane en forme d’entonnoir qui s’enfonci dans la cavité du ventricule : ce sont les valvules dont nous avons parlé A l’état sain, elles sont minces, souples, unies et demi-transparentes Elles se terminent inférieurement, en circonscrivant un orifice irréguliei et sans cesse variable, par un bord dentelé et légèrement épaissi en ourlet. La valvule droite forme trois festons principaux qui lui ont valu h nom de valvule tricuspide ( très , trois, et cuspis , pointe), ou triglochine (xpsîç, trois, et yXwyjç, angle). La valvule gauche n’en a que deux, d’où le nom de valvule bicuspide, ou mitrale (Vesale). Du sommet et du bord de ces festons et de la face inférieure de chaque valvule se détachent de petits filaments tendineux qui vont, d’autre part, aboutir aux colonnes charnues ventriculaires dont nous avons réservé la description. A gauche, ce sont deux forts piliers de forme conoïde, dont l’un provient- du bord gauche du cœur, et dont l’autre a son insertion dans l’angle formé par la cloison interventriculaire et la paroi postérieure du ventricule gauche. Les cordages, nés de chacun des deux piliers, se partagent en deux groupes : un groupe antérieur qui appartient à la valve anté-

CŒUR

CONFORMATION INTERIEURE

rieure de la mitrale, et un groupe postérieur qui se rend à la valve opposée.

Les piliers valvulaires du cœur droit sont plus nombreux, on en compte quatre ou cinq, mais ils sont moins gros que ceux de gauche. Les cordages tendineux qu’ils envoient à la tricuspide sont moins régulièrement distribués que ceux de la mitrale. Il y a même de ces cordages qui se portent directement des parois du ventricule à la valvule, et notamment on en observe un groupe qui provient de la cloison interventriculaire. Ces différents muscles valvulaires ont été désignés par Bouillaud, qui les a étudiés avec soin, sous les noms de tenseurs , de releveurs ou de rapprocheurs des lames des valvules, pour rappeler leurs usages présumés.

Les orifices artériels des ventricules sont situés au-devant des orifices auriculaires. Celui du côté gauche, qu’on nomme V orifice aortique , occupe précisément l'angle rentrant formé par l’adossement des deux cercles auriculo-ventriculaires, et se trouve dans le même plan horizontal. L 'orifice droit, ou pulmonaire , est reporté en avant, à gauche et au-dessus du précédent, par suite de la proéminence de l’infundihulum ; son plan est oblique et regarde en haut, en avant et à gauche.

Les deux orifices artériels sont parfaitement circulaires. Le droit l’emporte sur le gauche par ses dimensions : Bouillaud donne, comme moyenne, pour le premier, "72 millimètres de circonférence, et pour le second, 07 millimètres seulement. De son côté, Bizot indique, pour l’orifice droit, chez l’homme, 75 millimètres, et pour le gauche, 70 millimètres 5; chez la femme, les chiffres sont 08 et 05 millimètres.

Chacun des deux orifices présente des replis valvulaires au nombre de trois, et qui portent le nom de valvules sigmoïdes ou semi-lunaires. Ces membranes sont minces, transparentes, très-résistantes et affectent des dispositions identiques dans l’aorte et dans l’artère pulmonaire. On ne peut mieux les comparer, suivant la remarque de Winslow, qu’à des nids de pigeons suspendus aux parois artérielles (fig. 17). Leur hauteur est de 14 millimètres. De leur deux faces, l’une regarde la cavité du vaisseau et est convexe ; l’autre, concave, est dirigée vers la paroi. Leur bord adhérent est convexe; leur bord libre est concave; il présente un léger ourlet, et vers sa partie moyenne un petit noyau de consistance cartilagineuse,

connu sous le nom de tubercule d’ A r antius. Les valvules affectent une inclinaison variable suivant qu’elles sont abaissées ou

llï <B

Fig. 17. — Orifice artériel du ventricule gauche. — ha moitié droite de la valvule mitrale est divisée longitudinalement par le milieu. (Reaithis et Bouchard.)

sigmoïdes

CŒUR. CONFORMATION INTÉRIEURE

relevées, mais jamais elles ne constituent une sorte de diaphragme transversal qui obturerait la lumière du vaisseau par la juxtaposition de leurs bords libres et par la présence des trois nodules d’Arantius. Dans leur état de tension complète, elles viennent toutes trois s’adosser par leur face convexe, et laissent entre elles et la paroi vasculaire une sorte de sinus qui se traduit à l’extérieur par trois bosselures, origine fréquente d’anévrysmes, et au niveau desquelles prennent naissance les artères cardiaques.

Oreillettes. — Nous avons vu que la forme générale des oreillettes, par suite de la minceur de leurs parois et de leur affaissement sur le cadavre, était difficile à saisir, et qu’il fallait, pour l’apprécier, les supposer remplies par une injection solidifiée. Dans ces conditions, l’oreillette droite affecte la forme d’un sphéroïde irrégulier, tandis que la gauche se rapproche davantage de celle d’un cube. La présence des auricules altère encore cet aspect, qui se trouve reproduit plus ou moins exactement par la cavité de l’organe correspondant. Nous connaissons la capacité des oreillettes ; il ne nous reste donc plus qu’à déterminer certaines particularités de leur intérieur.

On y retrouve d’abord sur certains points la disposition réticulée que nous avons signalée dans les ventricules et qui tient à la présence de colonnes charnues entre-croisées dans tous les sens. Dans l’oreillette droite, elle existe sur la paroi antérieure et externe, puis au pourtour de l’orifice de la grande veine coronaire, et surtout dans l’auricule qui semble entièrement formée par du tissu caverneux. Pour l’oreillette gauche, le tissu réticulé ne se retrouve guère que dans l’auricule, au centre de laquelle est néanmoins ménagé un canal sinueux qui s’ouvre dans la cavité générale par un orifice bien distinct. Le reste de la surface interne des oreillettes est lisse et uni, et particulièrement au niveau de leur paroi interne, qui appartient à leur cloison de séparation. Cependant, du côté droit (fig. 18), on observe une fossette légèrement déprimée et bordée en haut et en avant par un relief peu prononcé. La fossette prend le nom de fosse ovale , et le relief qui l’encadre celui d’anneau de Vieussens. Chez le fœtus, la fosse ovale est remplacée par un orifice d’abord trèslarge, mais qui se rétrécit peu à peu au point de disparaître au moment de la naissance. C’est ce qu’on appelle le trou de Botal. Lorsque le trou de Botal paraît entièrement oblitéré, il est encore possible, dans certains cas, de retrouver une fissure située entre la partie antérieure de la fosse ovale et l’anneau de Vieussens, et qui conduit, par un trajet très-oblique, dirigé en avant, dans l’oreillette gauche. L’obliquité même du trajet lui donne le rôle d’une valvule très-efficace, et ne permet,- en aucune façon, le mélange des deux sangs.

A l’intérieur des oreillettes se voient encore des orifices nombreux : il y en a quatre principaux pour l’oreillette droite et cinq pour l’oreillette gauche. Nous laissons de côté le trou de Botal qui n’existe plus après la naissance et l’ouverture des auricules qui font communiquer leur cavité avec celle de l’oreillette correspondante.

CŒUR. CONFORMATION INTÉRIEURE

Les orifices qui s’ouvrent dans l’oreillette droite sont (fig. 18) : 1° l’orifice auriculo-ventriculaire droit que nous avons étudié d’autre

Fig. 18. 1, Oreillette droite. — ‘2, Ventricule droit. — 3, Ouverture de la veine cave supé-

rieure. — 4, Ouverture de la veine cave inférieure. — 5, Valvule d’Eustachi. — 0, Fosse ovale limitée par l’anneau de Vieussens. — 7, Ouverture de la grande veine coronaire, — 8, Valvule de Thébésius. — 9, Auricule. — 10 et 11, Valvule tricuspide avec les co'dages tendineux qui s’y fixent. — 12, Infundibulum se prolongeant en haut et en avant — 13, Artère pulmonaire. — 14, Aorte. (Beaunis et Bouchard.)

part ; 2° l’orifice de la veine cave supérieure qui s’abouche dans la partie la plus culminante de l’oreillette et qui est circulaire et dépourvu de valvule ; 5° l’orifice de la veine cave inférieure qui se voit en arrière et en bas près de la cloison interauriculaire et dont la lumière s’incline un peu vers ce côté. Il est pourvu d’une valvule, la valvule dite d’Eustachi, de forme semi-lunaire, occupant le segment inférieur de l’orifice et se continuant par l’une de ses cornes, l’interne, avec la partie inférieure de l’anneau de Vieussens : cette valvule est insuffisante ; 4° l’orifice de la grande veine coronaire, située au-dessous et au-devant du précédent contre la cloison, et beaucoup plus petit. Cet orifice est également pourvu

(’.ŒUli. CONFORMATION INTÉRIEURE.

d'une valvule, la valvule de Thébésius , qui a aussi une forme semilunaire, mais qui est entièrement efficace lorsqu’elle est mise en jeu ; c’est-à-dire qu’elle oblitère parfaitement l’orifice du vaisseau.

Dans l’oreillette gauche (fig. 19), on compte cinq orifices, qui sont :

I ic. 10. — I, Oredlelle gauche. — 2, Ventricule gauche. — 5, 5, 4, 4, Ouvertures ries veines pulmonaires. — 5, Empreinte de la fosse ovale dans l’oreillette gauche (elle était mieux marquée sur le su jet qui a servi à la préparation qu'elle ne l’est d’habitude). — 0, Auricule gauche. — 7,7, Valvule mitrale. — 8. Le ventricule se continue en dessous de la valvule mitrale pour aboutir à l’orifice aortique. (Beaunjs et Bouciiard.)

1° l’on lice auriculo-ventriculaire gauche, sur lequel nous n’avons pas à revenir; 2°, 5° 4° et 5°, les quatre orifices des veines pulmonaires, divisés par paires : deux à droite et deux à gauche, et qui s’ouvrent à la paroi supérieure de l’oreillette, les deux de droite très-près de la cloison, et les deux de gauche vers l’extrémité gauche de l’oreillette, au-dessus de l’origine de l’auricule. Aucun de ces orifices ne possède de valvule.

Indépendamment de ces ouvertures principales, on trouve encore, à la surface interne des oreillettes, des orifices plus petits dont le nombre et la signification ont été souvent contestés, et qu’on a cru exister jusque

CŒUR. — CONFORMATION INTÉRIEURE

dans les ventricules. En général, ils ont été considérés comme les embouchures de veines qui se rendaient isolément dans les cavités du cœur, au lieu de se jeter dans la grande veine coronaire. Pour ce qui est des petites veines coronaires proprement dites, le fait est incontestable; il y en a trois ou quatre qui aboutissent à la partie antérieure et inférieure de l’oreillette droite, et parmi elles on remarque surtout la veine du bord droit du cœur, ou veine de Galien , et la veine de l’infundibulum du ventricule droit. Quant à d’autres veines qui, d’après Vicussens, Thébésius et Lancisi, s’ouvriraient dans toutes les cavités du cœur, même dans les ventricules, elles ont été plutôt niées qu’admises et notamment par Sénac. Les anatomistes de nos jours en ont également repoussé l’existence. Cependant la question vient tout récemment de recevoir une nouvelle lumière des travaux de 0. Lannelongue, qui a publié sur ce sujet une thèse des plus intéressantes.

Voici d’abord ce qu’il reconnaît pour l’oreillette droite. Les orifices accessoires qui s’ouvrent dans cette cavité se divisent en foramina et en foraminula. Les foramina correspondent assez bien à ce qu’on savait des embouchures des petites veines cardiaques. Il yen a quatre principaux et dont le siège est constant (fig. 20). L’un d’eux s’ouvre dans la cavité même de l’auricule, près de son extrémité droite :

c’est l’orifice de la veine de Galien ; il n’est pas représenté dans la figure.

Un autre correspond à l’embouchure de la veine cave supérieure (a) ; un troisième (b) se place, le plus souvent, au-devant de l’extrémité gauche de l’auricule , et le dernier enfin (c) est en rapport avec l’ouverture de la grande veine coronaire.

Ces ouvertures offrent

parfois des variétés dans P OA ... ... , ■ . , .„

i riG. zU. — Figure schématique reproduisant les orifices qui

leur situation et même s'ouvrent dans l’oreillette droite et notamment (a, b , c dans leur nombre. Lanne- les foramina. (0. Lannelongue.)

longue signale quelques-

unes de ces anomalies. Mais leurs caractères généraux se modifient peu ; leur diamètre varie depuis un demi-millimètre jusqu’à deux millimètres; leur mode d’abouchement n’est point direct, mais oblique comme l’orifice profond du canal inguinal, suivant la comparaison de Lannelongue; c’està-dire qu’une partie de leur pourtour est bordée par un relief assez marqué, tandis que pour le reste ils se continuent sans ligne de démarcation avec la paroi de l’oreillette. Mais le point le plus important de leur

CŒUll. CONFORMATION INTERIEURE.

histoire consiste dans ce fait que ces divers orifices, au moins les troi qui sont figurés ici, communiquent très-directement les uns avec le autres par des canaux creusés dans la substance musculaire de l’c rcilletto (fig. 21). Une injection colorée, poussée par l’un d’eux, re

Fig. 21. — Cunuux veineux de lu cloison interauriculaiie. — a, b, c, Embouchure de ces canaux dans l'oreillette droite (. Foramina ). — d d, Canaux accessoires et Foramimla (0. Lanneloxgue.)

vient toujours par les deux autres. La dissection directe le démont également. Elle révèle encore qu’à l’orifice succède iinmédiatcme une sorte d’entonnoir auquel aboutissent des canaux secondaires. C embouchures et ces canaux constituent tout un système pour la circulais veineuse des parois de l’oreillette, et nous aurons à y revenir à propos la physiologie du cœur.

Quant aux foramimla , Lannelongue donne ce nom , employé autrefc pour désigner les pertuis que Vieussens et Thébésius croyaient exist dans les quatre cavités du cœur, à des orifices plus petits que les foramin à peine visibles à l’œil nu, et qui s’ouvrent aussi dans l’oreillette droite, n’y a aucune fixité ni dans leur nombre ni dans leur siège : on peut observer plusieurs sur la cloison (d d), autour de la fosse ovale, et d’a très sur la partie antérieure de l’orifice auriculo-ventriculaire. Leur aspe est celui des foramina. Us correspondent à une veinule plus ou moi

CŒUR. — STRUCTURE

ramifiée et s’anastomosant même quelquefois avec les veines qui se jettent dans les canaux aboutissant aux foramina. On comprend dès lors comment les liquides des injections viennent sourdre sur plusieurs points à la fois des parois de l’oreillette droite.

11 existe également quelques orifices de même nature dans l’oreillette gauche. Indépendamment de plusieurs foraminula indéterminés, on constate la présence d’un foramen sur la paroi postéro-supérieurc de l’oreillette, vers la partie moyenne de l’inLervalle qui sépare les ouvertures des quatre veines pulmonaires. Il correspond à une veine qui provient des ganglions occupant la bifurcation de la trachée, au-dessus de la base du cœur. I)e telle sorte, dit 0. Lannelongue, qu’il s’effectue dans le cœur gauche un mélange d’une certaine proportion de sang noir avec le sang artérialisé qui revient des poumons. Résultat fort curieux et en opposition avec toutes les idées reçues.

Quant à des veines aboutissant à la cavité des ventricules, il n’en est aucunement question.

G. Structure. — Un très-grand nombre d’éléments divers entrent dans la construction du cœur. Ces éléments, groupés comme dans les vaisseaux eux-mêmes, forment trois tuniques emboîtées l’une dans l’autre. Il y a : 1° une tunique moyenne ou fondamentale, qui est ici énormément développée et qui est de nature musculaire ; 2° une tunique interne qui se continue avec celle des vaisseaux dont elle a l’aspect et la nature, et qui prend le nom d endocarde ; 3“ enfin une tunique externe, ou membrane d’enveloppe, le péricarde, qui, pour être une membrane séreuse, n’en ligure pas moins la tunique celluleuse du système vasculaire. Au milieu de ces tissus se répandent des vaisseaux qui sont les analogues des vasa vasorum, et des nerfs dont ledéveloppemen tse proportionne à l'importance de l’organe.

a. Substance propre du cœur. — Le tissu propre du cœur est rouge comme de la chair musculaire ; mais il est plus* ferme, plus compacte et plus homogène, au point qu’il semble difficile, à première vue, d’en apprécier la contexture. Il faut, pour la révéler, avoir recours à certaines préparations, et notamment à la cochon, ou à une macération dans de l’acide azotique très -étendu d’eau. La masse offre alors très -clairement une structure fibrillaire. Mais, avant de poursuivre ces fibres dans leur distribution, étudions-les d’abord en elles-mêmes.

La fibre cardiaque se rapproche plutôt, par ses caractères généraux, de la fibre musculaire volontaire que de celle de la vie organique.

Elle est rouge et striée en travers comme la première; mais elle en diffère par les détails

suivants, que nous empruntons, avec la figure qui s’y rapporte, au Traité d’histologie humaine de Kôlliker (fig. 22).

Fig. 22. — Faisceaux primitifs anastomosés du cœur de l’homme. (Kôlltker.)

CŒUR. — STRUCTURE

La largeur de la fibre musculaire du cœur ne représente guère que le tiers de la fibre striée ordinaire (0mm,009 à 0mm,02, au lieu de 0ratn,011 à 0mm,07 ou plus). Les stries longitudinales sont quelquefois plus marquées que les stries transversales. Elles se décomposent plus facilement en fibrilles et en petits fragments. Le sarcolemme est difficile à démontrer autrement qu’avec les réactifs. Très-souvent le faisceau primitif est infiltré de granulations graisseuses disposées en stries longitudinales, et cela sans sortir de l’état normal ; l’état morbide exagère cette disposition dans la dégénérescence graisseuse du cœur. Les fibres musculaires ne forment point ici, comme dans les muscles volontaires, des faisceaux de différents ordres faciles à isoler les uns des autres; elles sont non-seulement serrées les unes contre les autres, n’admettant qu’une très-faible quantité de tissu conjonctif dans leurs interstices, mais encore elles communiquent ensemble par des branches de bifurcation ou par.de véritables anastomoses. Ces anastomoses, que Leeuvenhoeck avait observées, ont été particulièrement étudiées par Kôlliker, qui a fait voir qu’elles sont si nombreuses qu’on peut les retrouver sur la moindre parcelle de lr substance du cœur, aussi bien dans les oreillettes que dans les ventri cules. Cette particularité explique aussi comment une libre, en apparence assez grêle, peut tout à coup acquérir une largeur plus considé rallie, en recevant une bifurcation d’une fibre voisine. De ces faits or peut dès à présent conclure que la plus grande solidarité doit existe) cuire les différentes parties du cœur lorsqu’il entre en action, et qu’i se contracte plutôt en masse que par groupes séparés de faisceaux primitifs.

Quant au mode d’arrangement et au trajet des fibres musculaires du cœur, c’est l’un des problèmes les plus ardus de l’anatomie. Nicolas Sténon est le premier qui ait osé l’aborder, et les lois qu’il a découvertes sont restées pour la plupart l’expression de la vérité. Après lui, Lower, Rorelli, Winslow, Sénac et Wolff ont apporté leur contingent à ce sujet. Plus récemment, les travaux de Gerdy, de Cruveilhier, de Parchappe el de Verneuil semblaient avoir dissipé les derniers doutes, lorsque Ludwic et Winckler, en Allemagne, et Pcltigrew, en Angleterre, sont venus remettre en question plusieurs points qui paraissaient définitivement acquis, Ne pouvant reproduire toutes les controverses qui se sont élevées à et propos, nous nous efforcerons au moins de mettre en évidence les faits dominants de la structure du cœur.

Il semble au premier abord que rien ne serait plus simple que de poursuivre dans toutes ses conséquences l’assimilation que nous avons déjà tentée entre le cœur et le vaisseau, et que de rechercher ce qui pourrait, dans le cœur, figurer soit les fibres longitudinales, soit les fibres circulaires des artères ou des veines : tout en faisant, bien entendu, la pari de l’inflexion et de la torsion que le cœur primitif a dû subir pour constituer plus tard le cœur que nous connaissons. Cette vue ne peut guère être réalisée qu’en partie, parce qu’il faudrait pour cela que les deux cœurs fussent entièrement séparables et ne fussent point réunis par des

CŒUR. — STRUCTURE

fibres communes qui en font un tout solidaire. Malgré cette difficulté, Winslow a trouvé une formule heureuse qui exprime jusqu’à un certain point la loi dont nous poursuivons la démonstration. « Le cœur, dit-il, est composé de deux sacs musculeux, renfermés dans un troisième également musculeux. » En faisant abstraction de l’enveloppe musculaire commune aux deux cœurs, comme du péricarde lui-même, on arriverait peut-être à trouver dans la masse charnue propre à chacun d’eux des fibres affectant une direction parallèle ou perpendiculaire à l’axe du canal cardiaque ; mais il faut convenir que la démonstration de ce fait n’est pas encore donnée.

Quoi qu’il en soit, il y a quelques autres principes qui trouvent ici leur application plus rigoureuse. Ainsi les fibres musculaires du cœur, comme celles des autres muscles, se terminent à leurs extrémités par une partie tendineuse, qui elle-même vient s’insérer à un tissu de même nature, figurant une sorte de support ou de squelette. Ce sont des anneaux fibreux ( cercles tendineux de Lower) , qui entourent précisément les orifices artériels et auriculo-ventriculaires. A ces anneaux viennent aboutir toutes les fibres musculaires du cœur, et cela par leurs deux extrémités, quelle que soit leur longueur. Dans sa continuité, la fibre musculaire décrit des anses plus ou moins étendues, et plus ou moins contournées.

Les zones d’insertion pour les fibres musculaires du cœur ont donc un rôle assez important à remplir, et d’autant plus qu’elles constituent en même temps les origines des valvules auriculo-ventriculaires et sigmoïdes. Ce sont des bandes plus ou moins étroites de tissu simplement fibreux, et non fibro-cartilagineux, comme on le dit improprement, qui circonscrivent les divers orifices de la base des ventricules. Les anneaux artériels sont plus minces que les anneaux auriculo-ventriculaires. Les anneaux de droite sont plus faibles que ceux de gauche. La demi-circonférence antérieure des anneaux auriculo-ventriculaires est plus épaisse que la postérieure. On observe également un épaississement dans la partie qui correspond à la cloison. La zone aortique se trouve inscrite entre les deux zones auriculo-ventriculaires. Il y a contact et presque fusion entre ces trois zones qui occupent le même plan, comme on le sait ; et dans les points qui se touchent on constate parfois une sorte de noyau calcaire, assez rare chez l’homme, mais presque constant chez certains grands mammifères, le bœuf par exemple, et qui prend le nom d’os du cœur. La zone pulmonaire, comme l’orifice auquel elle correspond, est située sur un plan différent des trois autres anneaux fibreux et n’offre avec eux aucun point du contact.

A ces zones fibreuses aboutissent donc par leurs deux extrémités et d’une façon plus ou moins immédiate toutes les fibres musculaires du cœur. Etudions séparément les fibres des ventricules et celles des oreillettes.

Les fibres ventriculaires sont de deux ordres : les fibres communes aux deux ventricules et les fibres propres à chaque ventricule.

Fig. 25. — Fibres unitives antérieures du cœur, et fibres delà face antérieure des oreillettes — 1, Fibres unitives antérieures. — 2, Fibres de l’auricule gauche. — 5, Fibres communes au deux oreillettes. — 4, Fibres propres de l’oreillette gauche. — 5, 5, Fibres qui entourent le veines pulmonaires gauches. — 6, Fibres de l’auricule droite. — 7, Fibres qui entourent I veine cave supérieure. (D’après Boukgeiiy, t. IV, pl. X.)

des zones artérielles et auriculo-ventriculaires. Elles se dirigent ensuit obliquement en bas et à gauche en convergeant vers le sommet du cœur qu’elles atteignent directement pour quelques-unes, et pour la plupar après avoir décrit autour de Taxe du cœur un tour de spire environ. Ar rivées en ce point, elles continuent leur trajet spiroïde, s’enroulent ei volute (fig. 24) et pénètrent dans le ventricule gauche. Cette dispositioi remarquable avait dès longtemps attiré l’attention des observateurs Sénac l’a comparée à une étoile, Lower à un cercle à rayons courbes Sénac à une rose tournante, et enfin Gerdy à un tourbillon. Au niveai même du point autour duquel se fait cet enroulement, existe une sort

270 CŒUR. STRUCTURE

Les premières, ou fibres unitives de Gerdy, appartiennent soit à la face antérieure, soit à la face postérieure du cœur.

Les libres unitives antérieures (fig. 25) naissent du segment anlérieui

CŒUK.

STRUCTURE

Fig. 24. — Tourbillon de la pointe du cœur. (D’après Bourgery, t. IV, pl. X bis.)

d’orifice ou de canal peu apparent par lequel on peut pénétrer dans la cavité du ventricule gauche sans léser les fibres musculaires, et qui se trouve naturellement bouché par l’adossement du péricarde et de l’endocarde.

Dans leur trajet ultérieur, les fibres unitives antérieures s’épuisent

toutes dans le ventricule gauche.

Les unes, les fibres à anse simple , remontent le long de la paroi postérieure du ventricule gauche dont elles forment la couche profonde, et vont se jeter sur la demi-circonférence postérieure des zones aortique et auriculo-ventriculaire gauche. Les autres, les fibres en pas de vis ou en 8 de chiffre , se tordent sur ellesmêmes, forment une sorte de 8 dont l’anneau inférieur est très-petit relativement au supérieur, et, s’appliquant sur la face profonde de la paroi antérieure du ventricule gauche, regagnent les zones aortique et auriculoventriculaire gauche, d’où elles sont parties pour la plupart. Enfin, il en est d’autres, les fibres des colonnes charnues, qui vont constituer, comme leur nom l’indique, les trois ordres de faisceaux musculaires qui font saillie dans la cavité du ventricule. Parmi ces fibres, les unes sont à anse simple, d’autres en 8 de chiffre, et toutes vont plus ou moins directement aboutir, soit aux zones fibreuses du cœur gauche, soit à la valvule mitrale elle-même, par l’intermédiaire des cordages tendineux propres à cette membrane.

Les fibres unitives postérieures (fig. 25) partent du segment postérieur des zones auriculo-ventricul aires et se portent en bas et à droite, vers le bord droit du cœur. Elles pénètrent ensuite dans le ventricule droit en formant sur toute la hauteur de ce bord des anses simples , et d’autant plus longues, qu’on les observe plus près de la pointe du ventricule. La partie réfléchie des fibres constitue la couche profonde du ventricule droit, ainsi que les colonnes charnues des différents ordres, et vient enfin s’attacher aux zones pulmonaire et auriculo-ventriculaire droite et aux valves de la tricuspide.

Les fibres propres de chaque ventricule s’interposent entre la couche superficielle, ou descendante, et la couche profonde, ou ascendante, des fibres unitives. Elles constituent deux cylindres juxtaposés à la façon des canons d’un fusil double. L’ouverture supérieure du cylindre correspond à l’orifice auriculo-ventriculaire, tandis que l'ouverture inférieure, plus étroite, reste à une certaine distance du sommet du ventricule, en laissant ainsi un intervalle qui n’est occupé que par les fibres unitives. La direction des fibres propres avait paru à Sénac être celle d’une sorte de spirale indéfinie; mais Gerdy a fait voir que le cylindre ventriculaire était formé

CŒUR. ■— STRUCTURE

par des libres disposées en anse, attachées par leurs extrémités aux zone: artérielles etauriculo-ventriculaires, de longueur variable, et s’entre-croi sant dans tous les sens.

Il résulte de ce qui précède que les parois des ventricules sont consti tuées au moins par trois couches stratifiées : une couche’"supcrlicielle qu

Fig. 25. — Fibres unitives postérieures du cœur. — 1, Fibres unilives ventriculaires. — 2, Fibres de l’oreillette droite. — 5, Fibres de la veine cave inférieure. (Bouugerv, t. IV, pl. X.)

appartient aux fibres unitives descendantes ; une couche profonde, sousjacente à l’endocarde et formée par la portion réfléchie ou ascendante de ces mêmes fibres unitives, et enfin une couche intermédiaire qui est spéciale à chaque ventricule. Wolff avait admis une stratification de trois couches pour le ventricule droit et de six pour le ventricule gauche; mais l’inégalité d’épaisseur entre les parois de ces cavités tient à une richesse variable en fibres musculaires et non à une différence de structure.

Quant à la cloison interventriculaire, elle est formée à la fois par des fibres appartenant à l’un et à l’autre ventricule, mais surtout par le ventricule gauche.

CŒUR

STIlUCTUr.E.

l’ar suite de ce qui précède, la possibilité anatomique de la séparation des deux cœurs, posée par Winslow, paraît évidente. Il suffit pour cela, dit-on, de diviser avec précaution les libres unitives superficielles au niveau des sillons antérieur et postérieur qui se voient à la surface des ventricules; puis, à l’aide du manche d'un scalpel, on écarte l’une de l’autre les parties de la cloison appartenant respectivement à l’un et à l’autre ventricule. Nous verrons que la facilité d’une séparation du même ordre est admise pour les oreillettes. On obtiendrait de cette façon la solution d’un problème qui intéresse au plus haut point la véritable constitution du cœur.

Il faut pourtant convenir que des travaux plus modernes sont venus jeter quelque doute sur la fameuse proposition de Winslow. Ainsi, d’après Winckler, les fibres propres des ventricules, que Ludwig et Kôlliker ne rejettent pas entièrement, au moins pour le ventricule gauche, n’existeraient pas. Elles ne sont pas distinctes, suivant lui, des fibres de la couche interne représentant la partie réfléchie ou ascendante des fibres unitives. Ces fibres, dans leur entre-croisement inextricable, ne sauraient se séparer en stratifications distinctes, et les différentes couches admises seraient purement artificielles. Ces idées ont besoin d’ètre confirmées avant de renoncer définitivement à l’analyse si simple et si nette de la structure du cœur, telle qu’elle ressort des travaux de Sténon, de Winslow et de Gerdy.

Les fibres musculaires des oreillettes sont également de deux ordres : les unes sont communes aux deux cavités, et les autres sont propres à chacune d’elles.

Les fibres communes ou unitives sont peu nombreuses. Elles consistent simplement en une bande musculaire étendue, en avant et en arrière, d’une oreillette à l’autre, et voilant le sillon intermédiaire à ces cavités (tig. 23 et 25).

Les fibres propres à chaque oreillette consistent surtout en des sortes d’anneaux ou sphincters qui se remarquent particulièrement autour de l’orifice des veines pulmonaires, de la veine cave supérieure et de la veine cave inférieure. On remarque en outre autour de la base des oreillettes des fibres musculaires nées des anneaux auriculo-ventriculaires et marchant parallèlement à eux. D’autres faisceaux, jetés en écharpe, s’interposent soit entre les deux groupes des veines pulmonaires, soit entre la veine cave supérieure etl’auricule droite. Les auricules sont aussi entièrement musculaires , ainsi que les colonnes dites charnues qui hérissent leur cavité. Quelques plans musculaires sont jetés çà et là sur les parois des oreillettes, et cependant il y encore des points où les muscles font défaut, et où l’endocarde et le péricarde viennent s’adosser immédiatement. Malgré ces lacunes, la constitution éminemment musculaire des oreillettes ne saurait être mise en doute. On remarquera toutefois qu’ici les fibres ne se rattachent plus aussi nécessairement aux zones auriculoventriculaires et artérielles. Quant à la cloison interauriculaire , son dédoublement est encore plus difficile à démontrer que pour celle des

CŒUH. STRUCTURE.

ventricules ; elle n’est d’ailleurs très-évidemment musculaire qu’au niveau de l’anneau de Yieusscns , qui forme comme un sphincter, souvent incomplet, autour de la fosse ovale.

b. Endocarde. — Les cavités du cœur sont tapissées par une membrane qui est l’analogue de la tunique interne des vaisseaux, et qui, du reste, se continue avec elle, sans ligne de démarcation, par les conduits vasculaires qui aboutissent au cœur ou qui en sortent. Il s’en suit qu’il Y a deux endocardes : celui des cavités droites et celui des cavités gauches. Chacune de ces deux membranes se moule exactement sur les saillies et sur les dépressions que présente la face interne des oreillettes et des ventricules, sur les colonnes charnues, sur les cordages tendineux et sur les valvules elles-mêmes, qu’elle constitue en grande partie.

L’endocarde a peu d’épaisseur, et laisse voir, par une demi-transparence, la coloration des parties qu’il recouvre. Il est plus mince dans les ventricules que dans les oreillettes. C’est dans l’oreillette gauche qu’il acquiert son maximum d’épaisseur (0imn,5, Kôlliker). Sa surface libre est polie et luisante comme celle d’une membrane séreuse; aussi lui accordet-on très-souvent cette signification, bien qu’elle ne soit pas rigoureusement exacte, et bien qu’il représente plutôt , comme nous l’avons dit, la tunique interne des vaisseaux. Par sa face profonde, l’endocarde adhère intimement aux parties qu’il recouvre, et on ne peut guère l’en détacher que par une dissection artificielle.

On distingue trois couches dans l’endocarde : une couche superficielle de nature épithéliale, une couche intermédiaire élastique et une couche profonde formée par du tissu conjonctif. L’épithélium de l’endocarde ne présente guère qu’une seule couche de cellules : celles-ci sont à noyau, polygonales, un peu allongées et transparentes ; elles offrent, suivant Kôlliker, de 0mm,(M5 à 0mm,027 de largeur. La membrane élastique sur laquelle reposent ces cellules est constituée par un substratum de tissu conjonctif ordinaire que traversent des réseaux très-serrés de fibres élastiques fines ou grosses (Kôlliker). Dans les oreillettes, les réseaux sont si nombreux que, sur certains points, on croirait voir une véritable membrane jaune élastique, comme dans les artères. Quelquefois même, toujours d’après Kôlliker, ces réseaux sont mêlés à de vraies membranes fenêtrées. La couche profonde de l’endocarde est mince, mais partout démontrable; elle établit l’adhésion de l’endocarde proprement dit à la substance charnue ou fibreuse du cœur : un tissu conjonctif peu serré, et traversé par quelques fibres élastiques fines, la constitue exclusivement.

Les valvules auriculo-ventriculaires et sigmoïdes résultent, en grande partie, de l’adossement de l’endocarde à lui-même lorsqu’il se réfléchit au niveau du bord libre de la membrane. L’adhérence entre les deux feuillets adossés devient très-intime. Cependant, dans la partie inférieure delà valvule, et jusqu’à une certaine hauteur, s’interpose, entre les deux leuillets de l’endocarde, un prolongement fibreux émané des cercles tendineux auriculo-ventriculaires et artériels. Ces languettes fibreuses, qui

CŒUU. — STRUCTUliE.

résultent aussi des irradiations des cordages tendineux, ne renferment aucun élément musculaire. Les valvules sigmoïdes ne diffèrent des valvules mitrale et tricuspide que par leur épaisseur moindre.

c. Péricarde. — Le cœur est renfermé dans une sorte de sac sérofibreux, qui l’isole presque entièrement et grâce auquel ses mouvements sont rendus plus faciles. Cette enveloppe est de la nature des membranes séreuses, c’est-à-dire qu’elle est formée par un double feuillet : l’un qui tapisse immédiatement le cœur, et l’autre qui limite l’espace dans lequel cet organe est appelé à se mouvoir. Les deux feuillets se continuent l’un avec l’autre au niveau de la base du cœur, en formant une gaîne complète et commune à l’aorte et à l’artère pulmonaire, et une demi-gaine à chacune des veines caves et pulmonaires. Ils circonscrivent ainsi une cavité close de toutes parts. Cette cavité offre une surface polie et est lubréfîéc par de la sérosité. Elle est beaucoup plus considérable qu’il ne le faut pour loger le cœur : Sénac, dans quelques essais qu’il fit à cet égard, vit qu’elle pouvait contenir de 6 à 24 onces d’eau, sans compter le cœur lui-même. Ces résultats donnent une idée de la quantité de sérosité et de sang qui peuvent s’y accumuler dans l’état morbide.

Dans sa forme générale, le péricarde affecte une disposition précisément inverse de celle du cœur, c’est-à-dire celle d’un cône à base inférieure et à sommet supérieur. La base du péricarde repose sur le centre aponévrotique du diaphragme, auquel il adhère intimement, au moins dans sa moitié antérieure. Son sommet se perd insensiblement sur les gros vaisseaux de la base du cœur, auxquels il fournit des gaines infundibuliformes qui vont renforcer leur tunique externe. Par sa surface extérieure, le péricarde offre les rapports généraux du cœur, mais plus étendus. Notons les connexions qu’il présente avec les nerfs phréniques qui le côtoient à droite et à gauche, et qui seuls le séparent des plèvres médiastines. D’après certains anatomistes, les rapports périphériques du péricarde s’établiraient d’une autre façon, et son indépendance, au moins pour sa partie iibreuse, ne serait qu’apparente. C’est ainsi que Luschka a décrit un appareil ligamenteux assez compliqué, qu’il considère comme une émanation de l’aponévrose endothoracique et comme formant d’une manière indirecte le péricarde fibreux. Béraud, de son côté, a mentionné une expansion tendineuse, qui représenterait la véritable continuité du péricarde par en haut et qui irait s’attacher à la colonne vertébrale : il désigne cette expansion sous le nom de ligament supérieur du péricarde.

La structure du péricarde comprend la couche extérieure de nature purement fibreuse dont nous venons d’indiquer la signification, et une couche intérieure, qui est double, pariétale et viscérale, et qui seule représente la véritable séreuse. Le feuillet pariétal revêt en dedans la couche fibreuse ; le feuillet viscéral lapisse la substance propre du cœur à laquelle il adhère intimement, sauf peut-être au niveau des sillons où il est soulevé quelquefois par du tissu adipeux. La continuité nécessaire pour clore la cavité séreuse n’a lieu qu’entre ces deux feuillets. Us sont constitués eux-mêmes par un épithélium pavimenteux, formant une couche simple

CŒUK. — STRUCTURE.

ou double, et par un substratum de tissu conjonctif parcouru par des réseaux élastiques lins, également prononcés sur les deux feuillets viscéral et pariétal.

Le péricarde possède des vaisseaux qui lui sont propres. Ses artères proviennent des diaphragmatiques supérieures, des bronchiques, des œsophagiennes et des médiastines postérieures. Ses veines marchent parallèlement aux artères, et se rendent dans la grande azygos et même dans les veines coronaires. Il ne paraît pas renfermer de vaisseaux lymphatiques qui lui soient particuliers.

Quant à ses nerfs, ils proviennent des nerfs phréniques et du récurrent droit (Luschka). Quelques filets sympathiques accompagnent ses vaisseaux.

d. Vaisseaux du cœur. — Les artères du cœur proviennent de deux troncs connus sous le nom d 'artères cardiaques ou coronaires , et se distinguant en artère coronaire gauche ou antérieure, et en artère coronaire droite ou postérieure. Toutes deux naissent de l’aorte, immédiatement au-dessus du bord libre des valvules sigmoïdes, l’une à droite et l’autre à gauche de la demi-circonférence antérieure du tronc aortique. Dans aucun cas, les valvules sigmoïdes ne peuvent être un obstacle à la pénétration du sang dans ces artères.

L’artère coronaire, gauche vient se placer dans le sillon antérieur du cœur, et le parcourt jusqu’en bas où elle s’anastomose avec la terminainaison delà cardiaque postérieure. Au niveau du sillon auriculo-ventriculaire, elle donne, en dedans, quelques ramifications qui s’abouchent au niveau de l’infundibulum avec des branches de la cardiaque droite, et parmi lesquelles on distingue Y artère graisseuse de Vieussens ; en dehors, elle fournit une branche qui suit le sillon circulaire de droite à gauche, en circonscrivant la base du ventricule aortique, et finit par s’aboucher, à sa terminaison vers le sillon postérieur, avec l’artère cardiaque droite elle-même.

La coronaire droite ou postérieure est plus volumineuse. Elle se porte transversalement vers le sillon auriculo-ventriculaire droit, et le parcourt jusqu’à la ligne médiane postérieure ; là elle reçoit l’anastomose transversale de la coronaire gauche, puis elle change de direction, devient verticale et descend dans le sillon postérieur du cœur jusqu’à sa partie inférieure, où elle s’anastomose avec la terminaison de l’artère coronaire antérieure.

11 résulte de cette disposition des deux artères coronaires que le cœur se trouve entouré par deux cercles artériels réciproquement perpendiculaires : l’un horizontal, qui occupe le sillon circulaire en couronnant la base des ventricules, et que Haller comparait à un équateur ; et l’autre vertical, qui suit le trajet des sillons antérieur et postérieur, et qui forme au contraire comme une sorte de méridien. De ces deux cercles partent des branches secondaires qui pénètrent, en se ramifiant, dans la substance du cœur, et dont les capillaires se rendent jusque dans la couche de tissu conjonctif de l’endocarde. Parmi ces branches, il en est une, l 'artère

CŒUR. — structure.

de la cloison, qui est assez importante; elle provient plus particulièrement île la coronaire gauche.

Les valvules auriculo-ventriculaires possèdent des artérioles qui les parcourent dans presque toute leur hauteur. Les valvules sigmoïdes paraissent totalement dépourvues de vaisseaux.

Les artères cardiaques offrent quelques anastomoses avec les artères bronchiques et avec les artères péricardiques ; ces anastomoses n’ont nécessairement lieu que vers la base du cœur.

La plupart des veines du cœur aboutissent à un tronc principal qu’on appelle la grande veine coronaire. Cette veine occupe à son origine le sillon antérieur interventriculaire ; puis, arrivée au niveau du sillon circulaire, elle change de direction, devient horizontale, se porte de droite à gauche en couronnant la hase du ventricule aortique, et vient se jeter dans l’oreillette droite, à la partie inférieure de cette cavité, très-près de la cloison interauriculaire, au-dessous et en avant de l’embouchure de la veine cave inférieure. Nous savons qu’à son orilice existe une valvule efficace, la valvule de Thébésius. Parmi les racines afférentes de cette veine, il faut surtout mentionner la veine du sillon postérieur du cœur, qui s’unit à elle au moment où elle va pénétrer dans l’oreillette. C’est par ces voies que se fait la circulation veineuse du ventricule gauche, de la cloison, de la plus grande portion du ventricule droit et d’une partie des parois des oreillettes.

Mais, indépendamment de la grande veine coronaire, il existe quelques veines beaucoup moins importantes, connues sous le nom de petites coronaires, qui se jettent directement dans l’oreillette droite. Elles sont en nombre variable ; elles ramènent le sang de la partie antérieure de la hase du ventricule droit, de l’infundibulum et de la paroi antérieure de l’oreillette droite. La plus importante parmi elles est la veine du bord droit du cœur, ou de Galien. Nous avons décrit, d’autre part [voij. p. 265), les orifices, ou foramina , par lesquels les coronaires accessoires s’ouvrent dans l’oreillette, et le système de canaux auxquels ces orifices correspondent. Il nous suffira d’ajouter ici que ces canaux veineux ne sont guère constitués que par une seule tunique qui est formée par l’endocarde réfléchi, et que leurs éléments musculaires sont représentés par les fibres de l’oreillette qui les entourent.

Les veines du cœur sont toutes dépourvues de valvules dans leur cominuité ; mais le reflux du sang, dans leur intérieur, est suffisamment prévenu par l’pxistence de la valvule de Thébésius, placée à leur embouchure principale. Pour les canaux veineux des parois auriculaires, ils n’ont pas de valvules à leur embouchure ; mais ils ont à remplir un rôle que nous apprécierons plus tard.

Le cœur possède des vaisseaux lymphatiques. Ceux-ci se manifestent sous forme de réseaux très-serrés, qui se remarquent surtout au-dessous du feuillet viscéral du péricarde, ce qui contraste avec leur rareté dans le feuillet pariétal. Ils paraissent tirer leur origine de l’épaisseur de la substance du cœur, sans qu’on ait pu les suivre jusqu’à l’endocarde. Tous

CŒUR. STRUCTURE

ces réseaux aboutissent à deux troncs lymphatiques principaux : l’un qui chemine dans le sillon antérieur du cœur, parallèlement à l’artère et à la veine, et l’autre dans le sillon postérieur. Ils remontent ainsi jusqu’audessous de la crosse de l’aorte, où ils rencontrent les ganglions qui occupent la bifurcation de la trachée-artère, et dans lesquels ils se jettent.

e. Nerfs du cœur. — Le cœur emprunte son innervation à la fois au pneumogastrique et au grand sympathique, par l’intermédiaire d’un plexus auquel ces différents nerfs prennent part. Le plexus cardiaque occupe, au-dessous de la crosse de l’aorte, un espace que limite la concavité de ce vaisseau, le cordon fibreux qui remplace le canal artériel et la branche droite de l’artère pulmonaire. A son centre existe un ganglion assez volumineux, et quelquefois multiple, qui porte le nom de ganglion de Wrisberg. Par sa partie supérieure, il reçoit les rameaux que lui envoient les pneumogastriques dans leur portion cervicale et dans leur portion thoracique, et les six nerfs cardiaques qui proviennent des ganglions cervicaux du grand sympathique, trois pour le côté droit et trois pour le côté gauche. Les rameaux, de chaque côté, communiquent ensemble par de nombreuses anastomoses, avant de se jeter dans le plexus.

Ses branches efférentes sont d’abord quelques rameaux superficiels qui descendent sur la face antérieure de l’aorte à son origine, du tronc de l’artère pulmonaire, de l’infundibulum et du ventricule droit, et qui sc distribuent à ces parties. Mais le plus grand nombre se partagent en deux groupes qui enlacent la branche droite de l’artère pulmonaire, et qui constituent deux plexus secondaires, le plexus coronaire droit et le plexus coronaire gauche. Chacun d’eux accompagne à peu près dans sa distribution l’artère cardiaque qui lui correspond. Puis les filets nerveux pénètrent au milieu des fibres musculaires, et jusque dans la couche celluleuse de l’endocarde. Tout en se ramifiant, ils s’anastomosent fréquemment entre eux. Aux points de confluence, ils présentent quelques petits ganglions connus sous le nom de ganglions de Remak , et qui sont comme ensevelis au milieu de la substance musculaire. On les rencontre principalement dans la cloison interventriculaire et sur la limite qui sépare les oreillettes des ventricules.

Parmi ces ganglions, il y en a trois qui méritent une mention spéciale : l’un, le ganglion de Remak , est situé près de l’embouchure de la veine cave inférieure; le second, le ganglion de Bidder , se trouve dans 1ê voisinage de la valvule mitrale; le troisième, enfin, le ganglion de Ludwig , existe dans les parois de l’oreillette droite. Quant aux renflements fusiformes que Lee a décrits sur le trajet des branches nerveuses superficielles ou sous-péricardiques, ce ne sont pas des ganglions, mais bien, d’après l’aveu des observateurs qui les ont étudiés, de simples épaississements du névrilème.

Les ramifications nerveuses du cœur ne comprennent guère que des tubes fins qu’accompagnent de rares noyaux de tissu conjonctif. Au dir( de Kolliker, ils ont des coulours très-arrêtés, et cependant leur mode d( terminaison n’est pas encore parfaitement connu.

CŒUR. STRUCTURE

D. Développement. — Nous avons, à propos de la circulation chez le fœtus (t. VII, p. 727), indiqué les principales phases du développement du cœur, en tant que lié à celui du système circulatoire tout entier. Nous allons compléter ce qu’il importe le plus de connaître sur ce sujet.

Le cœur se forme de très-bonne heure chez l’embryon. Nous savons, d’après Prévost et Dumas, qu’il est déjà apparent dès la vingt-septième heure chez le poulet. Pour le fœtus humain, on est encore réduit aux conjectures.

Primitivement, le cœur est une masse pleine qui se creuse bientôt, d’une cavité par la lluidification de sa partie centrale. La cavité est d’abord unique ; elle communique avec les veines par sa partie inférieure et avec les artères par sa partie supérieure. Dans ces conditions, le cœur représente assez bien le vaisseau dorsal

des insectes, qui est veineux par sa partie postérieure, et artériel par son extrémité antérieure.

Bientôt la portion veineuse du cœur se divise en un segment dilaté qui sera l’oreillette, et en un segment rétréci qui devient la veine cave. De même la partie artérielle se divise en bulbe de l’aorte et en dilatation ventriculaire. L’isolement du cœur se fait ainsi peu à peu (fig. 26 et 27).

En même temps, la cavité unique se sépare en deux portions par.

un étranglement qui marque la limite entre l’oreillette et le ventricule, et qui forme alors le canal auriculo-ventriculaire. L’enclavement de ce canal dans le ventricule paraît constituer la première trace de la valvule auriculo-vcntriculaire. Une pareille transformation se fait pour le bulbe de l’aorte qui accroît de cette façon la masse du ventricule. Le cœur, tel qu’il est à celte époque, figure exactement le cœur des poissons.

Ces diverses transformations

Fig. 26. — Le cœur du poulet aux 45°, 05* et 85e heures de l’incubation. — 1, Troncs veineux. — 2, Oreillettes. — 3, Ventricules. — l, Bulbe aortique. (Au. en Thomson.)

Fig. 27. — Cœur de l’embryon humain à la cinquième semaine environ. — A, Le cœur ouvert du côté abdominal; 1, Bulbe artériel; 2, Deux arcs aortiques qui s’unissent postérieurement pour former l’aorte ; 3, Oreillette (qui alors est une cavité simple) ; 4, Orifice qui mène de l’oreillette dans le ventricule (6) ; 5, Cloison qui s’élève du bas de la cavité du ventricule; 7, Veine cave inférieure. — B, Le même cœur vu par derrière; 1, Trachée; 2, Poumons; 3, Ventricules ; 4, 5, Oreillette; 6, Diaphragme; 7, Aorte descendante; 8, Nerf vague; 9, Ses branches; 10, Continuation de son tronc. (Baër.)

sont accomplies dès le commencement du deuxième mois. Alors commence la division longitudinale du cœur. Un repli, qui s’étend du sommet du ventricule vers sa base, constitue peu à peu la cloison interventriculaire. La bifidité de la pointe du cœur, qui s’observe quelquefois, semble être l’indice du mode de séparation qui s’accomplit dans ces

GŒUH. — STRUCTURE.

conditions. Les deux ventricules ne sont entièrement isolés l’un de l’autre que vers la fin du deuxième mois. A celte époque, et jusque vers le sixième mois, le ventricule droit est plus petit que le gauche.

La scission des oreillettes ne se Fait que plus tard. Elle se manifeste à la lin du deuxième mois ou au commencement du troisième. Elle se fait de la base du cœur vers les ventricules. Les deux oreillettes communiquent longtemps encore par un large orifice, le trou ovale, qui est bordé par un léger relief ou bourrelet qui deviendra l’anneau de Vieussens. Cet orifice, qui porte le nom de trou de Botal , était connu de Galien et de Vésale. i! s’oblitère peu à peu par l’apparition d’un repli falciforme, ou valvulaire, qui s’avance d’arrière en avant et qui semble procéder de l’extrémité antérieure de la valvule d’Eustachi. Le repli falciforme s’entrecroise bientôt avec le bord antérieur de l’anneau de Vieussens. Au moment de la naissance, cet entre-croisement, est tel que le sang ne peut plus passer de l'oreillette droite dans l’oreillette gauche. Les choses restent quelquefois dans cet état, même chez l’adulte, ainsi que nous le savons, sans qu’il y aii soudure réelle entre la valvule et la paroi interauriculaire.

L’existence du trou ovale se rattache à un mode particulier de circulation chez le fœtus. Primitivement, l’oreillette droite est très-petite, et, la veine cave inférieure, par suite de la direction de sa valvule et de l'obliquité du canal interauriculaire, semble se déverser directement dans l’oreillette gauche. Mais peu à peu la veine cave ramène son embouchure dans la chambre pulmonaire, qui prend bientôt un développement proportionnel, et où plus tard elle apportera exclusivement tout le sang qu’elle charrie. Ce retrait commence après le cinquième mois, et il est complet à l’instant de la naissance.

Le cœur primitif est relativement très-volumineux ; il remplit presque à lui seul toute la cavité thoracique, surtout si l’on songe que les poumons n’existent, pas encore ou bien sont affaissés. Il est alors situé sur la ligne médiane; il est vertical et symétrique. Sa pointe, qui était d’abord tournée vers le haut, s’est abaissée, et sa partie veineuse se trouve repoussée eu sens inverse. Le développement du foie le reporte bientôt vers la gauche, et lui imprime en même temps un mouvement de torsion autour de son axe qui se traduit par la disposition spiroïde des fibres unitives antérieures. En même temps la prédominance veineuse de l’organe disparaît, et sa position ventriculaire se développe en proportion. Le ventricule droit présente alors une épaisseur égale à celle du ventricule gauche ; ou sait que plus tard l’inégalité sera de beaucoup en faveur de celui-ci. Au moment de la naissance, elle n’est pas encore très-marquée. Nous savons, d’autre part, comment s’établit, sous le rapport de la capacité, la supériorité des cavités de droite sur celles de gauche.

La plupart de ces différentes phases du développement du cœur se traduisent quelquefois par des anomalies persistantes qui éclairent l’observateur sur leur réalité et sur leur signification : elles seront étudiées plus loin dans la partie pathologique de cet article.

De tout ce qui précède, il y a une déduction importante à tirer : c’est

CŒIJR. ACTIONS MÉCANIQUES.

que la dualité du cœur, sur laquelle on insiste tant, ne ressort en aucune façon du mode de développement de cet organe. Le cœur n’a d’abord qu’une cavité; sa division en compartiments ne procède que d’un cloisonnement secondaire, et les proportions relatives des quatre loges ne s’établissent que par voie de bourgeonnement ou de nutrition. Si, d’un autre côté, on songe que toute la masse du cœur est enveloppée dans une seule membrane, le péricarde, que la plupart des fibres musculaires sont communes aux deux ventricules, et que les observations les plus récentes paraissent contester les fibres propres à chacun d’eux, on conviendra qu’il devient illusoire d’insister sur l’existence indépendante des deux cœurs et sur l’opposition classique entre un cœur droit et un cœur gauche, entre un cœur veineux et un cœur artériel. L’idée est commode pour l’élude; elle est même spécieuse au premier abord, mais elle s’évanouit en présence d’une solidarité organique et fonctionnelle qui s’affirme chaque jour davantage.

Physiologie. — L’histoire physiologique du cœur comprend deux sujets bien distincts: l’un s’occupe des mouvements accomplis par l’organe dans un but déterminé, cl l’autre du principe même de ces mouvements, c’est-à-dire de- l'influence du système nerveux sur leur manifestation. Chacune de ces questions sera pour nous l’objet d’une étude séparée.

A. Des actions mécaniques du cœuu. — Les mouvements opérés par les diverses parties du cœur, ou par sa masse totale, ont pour cause essentielle une contraction subite et intermittente de ses fibres musculaires. Cette contraction a pour effet, le plus immédiat l’effacement de la cavité dont les parois sont mises en jeu, et par suite l’expulsion de son contenu, qui est le sang, soit de l’oreillette vers le ventricule, soit du ventricule vers l’artère. Ce mouvement primordial est ce qu’on appelle une systole (<7U37iX Actv, resserrer). Il est nécessairement suivi d’un relâchement des fibres musculaires qui permet au cœur de se remplir de nouveau et à ses cavités de se dilater : c’est le temps de diastole (oiacTsXXsiv, dilater, ouvrir).

A chacun de ces deux états opposés du cœur correspondent certaines actions intimes et extrinsèques qui consistent : d’une part, dans une impulsion communiquée à la masse du sang que recélaient ses cavités, et dans la mise en jeu des valvules qui empêchent le sang de revenir sur ses pas; et, de l’autre, dans un déplacement total de l’organe par rapport aux parties avec lesquelles il est en connexion.

Ces différents actes se groupent et s’enchaînent suivant des lois déterminées; ils affectent même un rhylhme particulier dans la périodicité de leur retour. Enfin quelques-uns d’entre eux donnent lieu à des bruits que l'auscultation a découverts et qu’il s’agira de rattacher à leur véritable cause physique. Tels sont les différents points sur lesquels va successivement porter notre examen.

a. Systole. — Le jeu d’un cœur à quatre cavités est exactement celui d’un cœur qui n’en aurait que deux, une oreillette et un ventricule; car les deux oreillettes se contractent ensemble et les deux ventricules égale-

‘282 CŒUR. — actions mécaniques.

ment. Il suffira donc, pour le moment, d’examiner ce qui se passe dan les deux cavités de nom contraire, en les supposant directement supei posées.

La systole de l'oreillette doit naturellement précéder celle des ventri cules, puisqu’elle a pour but d’opérer la réplétion de celui-ci , conditio nécessaire à son fonctionnement régulier. Toutefois, comme cette répit tion peut s’effectuer jusqu’à un certain point sans le secours de l’oreilletl et par le seul fait de la tension veineuse dans les affluents du cœui comme l’oreillette refoule aussi bien le sang vers ces affluents qu’elie I cbasse dans le ventricule, quelques auteurs, entre autres Barry, Brodit Ilope et Marc d’Espine, ont mis en doute l’efficacité de son rôle, c’es à-dire la réalité de sa systole. Mais Haller avait dès longtemps obser\ les mouvements propres de l’oreillette et les recherches les plus récent* ont confirmé ses observations. D’ailleurs, la nature éminemment musci laire des parois auriculaires ne laissait guère de doute à cet égard.

Le mouvement de contraction de l’oreillette débute par l’appendii qui se resserre autour de sa cavité, et qui est attiré en même temps vei la base du ventricule; puis les bandes transversales, et celles qui soi jetées en écharpe autour des orifices veineux, entrent en action, ram* nent les différents points de la paroi vers l’orifice auriculo-ventriculairt et tendent ainsi à effacer la cavité qu’elle limite. Nous verrons plus loi jusqu’à quel point l’oreillette se vide du sang qu’elle contient et quel e: son rôle dans la réplétion du ventricule.

Celle-ci étant accomplie, la systole lui succède immédiatement. Elle e: vraiment l’acte fondamental du cœur. Le mécanisme en est des plus sin pies : la disposition en anse des fibres musculaires, le point d’appi qu’elles prennent aux zones fibreuses, la solidarité qui les unit dans u même effort, concourent à attirer toute la masse du ventricule vers l’or fice par lequel il se déverse. Le cœur au même moment se durcit, se d< forme, diminue tous ses diamètres, et la cavité ventriculaire dispara pour un instant.

Quelques auteurs ont contesté le raccourcissement du cœur au momei de la systole des ventricules. On a même été jusqu’à admettre qu’il s’a longeait sous l'influence de fibres circulaires qui exprimeraient, poi ainsi dire, sa substance dans le sens de son axe. Mais les observatior directes de Harvey, de Haller, les mensurations de Fontana et du comil de Dublin, ne laissent aucun doute sur les résultats que nous avons énoi cés. D’ailleurs, les fibres circulaires des ventricules n’existent pas, et 1 disposition des fibres en anse ne permet pas d’autre mouvement qu’u retrait général des parois de la cavité qui se contracte.

La systole ventriculaire s’est faite brusquement, mais elle persiste per dant un certain temps que nous aurons à calculer plus tard. Pour le iru ment, il s’agit seulement de considérer cette sorte de contraction musci laire en elle-même et de la comparer à celle des muscles volontaires. C sujet a fourni à Marey l’occasion d’une analyse extrêmement ingénieus* Nous allons essayer d’en donner une idée.

CŒUR. ACTIONS MÉCANIQUES. 283

On sait que la contraction musculaire en général est constituée par une série de secousses plus ou moins rapides qui donnent naissance à un son ( voij . Auscultation, t. IV, p. 93). Le nombre de secousses dans une seconde et la tonalité du son varient avec l’énergie de la contraction, s’élevant quand celle-ci accroît son intensité, et s’abaissant dans le cas contraire. 11 faut même, pour que le mouvement commandé s’accomplisse, que le nombre des secousses atteigne un certain minimum dans un temps donné. Helmholtz avait fixé ce minimum à trente-deux secousses par seconde; mais Marey a démontré qu’il n’y avait rien d’absolu à cet égard : la fatigue d’un muscle lui permettant de se contracter avec des secousses moins nombreuses; et l’espèce animale entraînant également de grandes différences sous ce rapport.

Il était intéressant de rechercher comment se comportait le muscle cardiaque étudié à ce point de vue. Marey a d’abord remarqué que la forme de la sys'.ole ventriculaire était presque identique chez les différents animaux, toutes les fois que le cœur n’avait pas à lutter contre la tension artérielle et qu’il était, par exemple, séparé de l’animal. La forme de la contraction systolique est la même d’ailleurs que celle d’une secousse musculaire ordinaire, mais sa durée est environ dix fois plus grande. Enfin la systole, comme la secousse d’un muscle volontaire, acquiert plus de durée et perd de l’amplitude sous l’influence de l’épuisement. D’après ces considérations, Marey avait pensé que chaque systole du cœur ne se composait pas d’une série de secousses, à la façon de la contraction d’un muscle de la vie animale, mais était constituée par une secousse unique d’une durée relativement considérable. Un dernier ordre de preuve est venu donner raison à cette manière de voir.

11 y a, en physiologie, une expérience bien connue depuis Matteucci. Elle consiste à provoquer des contractions dans une patte de grenouille préparée à cet effet, par l’intermédiaire d’une autre patte sur laquelle on agit directement pour la faire contracter elle-même. Pour cela, il faut que le nerf de la patte sur laquelle on veut opérer indirectement touche le muscle de la patte excitée d’une façon directe. C’est une sorte de contraction par induction qu’en obtient alors. Chaque secousse provoquée dans la patte inductrice détermine une autre secousse dans la patte induite. En prenant pour agent d’induction le cœur d’une grenouille et en le touchant avec le nerf de la patte galvanoscopique, on remarque que chacune des systoles cardiaques induit dans la patte une secousse unique, trèsbrève, et d’une durée environ quinze fois plus courte que la systole du cœur qui la provoque. D’après cela, il est assez légitime d’admettre que la contraction systolique de la fibre cardiaque ne se compose que d’une seule secousse, mais qui se prolonge bien au delà de la secousse d’un muscle volontaire. Toutefois, la différence entre les deux ordres de muscles n’est pas absolue, puisqu’on trouve des animaux chez lesquels la fibre volontaire entre en contraction avec un très-petit nombre de secousses : telle est la tortue, par exemple, dont les muscles entrent en contraction permanente avec deux secousses par seconde; ce qui dépasse sensible-

CŒUR, — ACTIONS MÉCANIQUES

ment la durée d’une systole chez l’homme. Marey conclut avec raison i tous ces faits que la nouvelle manière de comprendre les mouvements c cœur pourra éclairer un grand nombre de phénomènes qui se rattache) à 1 acte musculaire de cet organe.

La systole ventriculaire peut, comme la plupart des autres mouvemen apparents, être recueillie sur l’animal vivant, à l’aide d’appareils enregi treurs. (Voy. Cardiographie, t. VI, p. 551.) Nous aurons surtout à noi servir de cette méthode pour déterminer les rapports qui unisseï entre eux les différents actes intrinsèques et extrinsèques du cœu Pour le moment, nous nous contenterons de reproduire quelqu

CŒUR. — - ACTIONS MÉCANIQUES

tracés systoliques simples pris sur des animaux chez lesquels la fonction cardiaque est peu compliquée. Nous empruntons à Marey les graphiques qu’il a obtenus sur le crabe, l’anguille, la grenouille et la tortue (fig. 28).

On remarquera combien la forme du graphique diffère suivant l'animal observé : il y a là comme un caractère spécifique d’un nouvel ordre. On voit aussi comment la systole se produit plus ou moins brusquement, d’après l’obliquité variable de la ligne d’ascension (AB); quelle est sa durée, mesurée par l’étendue du plateau qui occupe le sommet de la courbe (BC); et de quelle manière elle prend fin, en consultant l’aspect de la ligne de descente qui est plus ou moins inclinée suivant que la contraction cesse peu à peu ou tout à coup. Sur les trois premiers tracés on observe, à l’origine même de l’ascension systolique (en A), une sorte de rebondissement constant et assez accusé. Il est occasionné par la systole de l’oreillette qui transmet sa secousse au ventricule sur lequel s’appuie le levier du cardiographe. On peut en même temps constater que cette systole auriculaire est comme interrompue par celle du ventricule qui semble empiéter sur elle. Dans le quatrième tracé, qui est pris sur un crabe, c’est-à-dire sur un crustacé, le soulèvement auriculaire fait défaut. En effet, dans cette classe d’animaux, il n’y a point d’oreillette à proprement parler; ou du moins le réservoir dans lequel baigne l’organe qui figure le ventricule n’est pas doué de mouvements pulsatifs.

Sur les animaux d’un ordre plus élevé, les tracés, ainsi que nous le verrons, se compliquent bien davantage.

En somme, la méthode graphique donne une idée parfaite des différentes phases de l’acte systolique, mais elle ne permet pas de juger de la force qui est développée par le cœur dans cette circonstance. On ne peut calculer la quantité de mouvement que met en jeu la systole que par les effets mêmes qu’elle produit, et que d’après la manière dont le mouvement est dépensé. Nous aurons ainsi à apprécier les conséquences de la systole : 1° sur le sang contenu dans la cavité qui se contracte; 2° sur les valvules qui garnissent les orifices du cœur; o° enfin sur la masse totale de l’organe.

1° Un premier point important à déterminer est de savoir quelle est la masse de sang qui est mise en mouvement à chaque contraction de l’oreillette ou du ventricule. Pour ce qui est de l’oreillette, il est difficile d’être fixé à cet égard; car nous avons vu que celte cavité, même dans ses systoles les plus complètes, ne se vide jamais entièrement du sang qu’elle contient. Une partie du sang qu’elle expulse contribue à porter à son summum la réplétion du ventricule, et l’autre est refoulée dans les veines afférentes où elle concourt à entretenir une certaine tension qui sera utilisée pour la diastole consécutive. Quant au ventricule, la quantité de sang qu’il peut renfermer a été évaluée très-diversement par les observateurs. Sénac admettait que, chez l’homme adulte, le ventricule gauche lançait une ondée d’une once de sang ; Prochaska en a élevé le poids à deux onces ; Burdach à une once et demie. Ues chiffres sont très-inférieurs à ceux qui

CŒUR. ACTIONS MÉCANIQUES

ont été indiqués de nos jours. Volkmann porte le poids de l’ondée sanguine introduite dans l’aorte par chaque systole ventriculaire à 1 75 grammes pour un homme pesant 70 kilogrammes. C'est à peu près l’estimation de Vierordt (175 à 180 grammes). Le ventricule droit, on le sait, a une capacité plus grande encore. Telle est en somme la masse à mouvoir, indépendamment des autres actes secondaires qui absorberont aussi une partie de la force développée primitivement.

Il y a deux moyens d’apprécier l’énergie de l’impulsion communiquée à l’ondée ventriculaire : soit en déterminant la vitesse qui lui est imprimée, soit en calculant la pression à laquelle elle est soumise. Nous avons donné les résultats de cette double évaluation dans l’article Circulation (t. VII, p. 655). Nous rappellerons seulement que la vitesse initiale de l’ondée sanguine a été estimée à 40 (Volkmann) ou 50 (Guettet) centimètres par seconde. Quant à la pression à laquelle le sang est soumis dans les cavités du cœur, au moment des diverses systoles, nous avons vu comment Chauveau et Marev avaient pu la déterminer directement, sauf pour l’oreillette gauche. Dans une de leurs expériences, voici les pressions respectives que le manomètre à mercure a accusées chez un cheval :

Quant à l’oreillette gauche, ces mêmes observateurs évaluent approximativement sa pression systolique à 2 millimètres, d’après l’augmentation de pression que sa systole provoque dans le ventricule gauche en état de relâchement diastolique. Mais tous ces chiffres varient suivant une foule de circonstances, et notamment d’après les conditions où se trouve la libre musculaire et suivant l’intensité de l'innervation de l’organe. Cependant, tels qu’ils sont, on peut les prendre pour hase d’un calcul qui exprimerait ce qu’en mécanique on appelle le travail ou l’effet utile d’une force. Dans l’article Circulation, nous avons dit que le ventricule gauche pouvait mettre en mouvement 452 kilogrammes de sang en vingt-quatre heures, en ne supposant que 50 grammes par ondée sanguine, ce qui est un chiffre très-faible, eu égard aux estimations de Volkmann et de Vierordt. Béclard présente ce calcul sous une autre forme. Il suppose que Fondée sanguine soit de 175 grammes pour le ventricule gauche ; il admet que la vitesse initiale du sang dans l’aorte soit de 40 centimètres par seconde, enfin que la tension moyenne du sang dans l’aorte soit équivalente à une colonne de 2m,24 de sang. D’après cela, il évalue le travail du ventricule gauche à un poids de 400 grammes qui serait élevé, en une seconde et à chaque pulsation, à 1 mètre de hauteur. Le ventricule droit et les oreillettes développent une force qui est en rapport avec le nombre moindre de leurs fibres musculaires. Enfin on doit encore à Matteucci une formule assez originale du problème : « En tenant compte, dit-il, de la quantité de sang qui est mise en mouvement et de la pression supportée, on calcule que le travail mécanique du cœur équivaut au travail nécessaire pour éle-

Pour l’oreillette droite. .

Pour le ventricule droit.

Pour le ventricule gauche

CŒUR

ACTIONS MÉCANIQUES

ver son propre poids, dans une heure, à 6,000 mètres de hauteur ; or la locomotive la plus forle ne produit à peine qu’un huitième de ce travail. »

2° L’ondée systolique soumise à un pareil effort tend à s’échapper par les orifices de la cavité où elle s’est formée. Nous ne nous occuperons pas des effets de l’ondée auriculaire qui, d’une part, trouve la valvule auriculoventriculaire abaissée et le ventricule rempli en grande partie, et qui, de l’autre, reflue vers les veines caves ou pulmonaires, tandis qu’une masse intermédiaire reste immobile jusqu’à la diastole suivante. Dans les ventricules, les effets de la systole sont plus appréciables. L’ondée sanguine pénètre, d’un côté, dans l’aorte ou dans l’artère pulmonaire, en abaissant les valvules sigmoïdes et malgré la tension qu’elle y rencontre; de l’autre, elle tend à refluer vers l’oreillette correspondante. Mais alors elle met en jeu les valvules mitrale et tricuspide. Celles-ci se tendent et ferment l’orifice auriculo-ventriculaire. Le mode d’occlusion opéré par ces membranes a été diversement interprété. On admettait généralement que les valves de la mitrale ou de la tricuspide étaient reloulées vers la cavité de l’oreillette, et qu’alors elles s’adossaient par leur face supérieure ou convexe, en même temps que les colonnes charnues et les cordages qui leur font suite empêchaient par leur tension qu’elles se retournassent complètement. Parchappe, se fondant sur l’existence des dentelures des replis valvulaires et sur l’intrication des cordages tendineux, suppose une sorte d’engrènement entre toutes ces parties d’où résulterait, dans l’ensemble, un infundibulum à sommet aigu tourné du côté du ventricule et à parois tendues par la contraction des colonnes charnues qui s’attachent à leur bord libre et à leur face ventriculaire. Les recherches plus récentes de Chauveau et Faivre ont montré que l’opinion ancienne était la seule fondée. Ils ont pu toucher du doigt la valvule tricuspide sur le cheval vivant, et ils ont senti qu’au moment de la systole du ventricule elle se tendait de manière à former du côté de l’oreillette un dôme midticoncave au-dessus de la cavité ventriculaire. Du reste, il suffit, ainsi que nous l’avons fait, d’enlever les oreillettes sur un cœur et de pousser, soit par l’aorte, soit par l’artère pulmonaire, un courant d’eau, pour voir les deux valvules mitrale et tricuspide se boursoufler et proéminer très-nettement au-dessus de l’orifice auriculo-ventriculaire. C’est alors surtout qu’on peut bien se rendre compte de l’insuffisance physiologique de la valvule tricuspide. ( Voy . t. VII, p. 715.) Les différents auteurs que nous venons de citer admettent en outre qu’il se produit au même moment une sorte de rétrécissement actif de l’orifice auriculo-ventriculaire qui aurait pour but de permettre un affrontement plus parfait des bords de la valvule.

Le mécanisme que nous venons de décrire pour le jeu des valvules auriculo-ventriculaires implique pour ces membranes un rôle purement passif, sauf le resserrement plus ou moins accusé de l’orifice auriculo-ventriculaire au moment de la systole. Chez l’oiseau, il n’en est plus de même, au moins pour ce qui est de la valvule auriculo-ventriculaire droite. En effet, dans cette classe de vertébrés, la membrane qui correspond à la tricuspide

CtEUK. — ACTIONS MÉCANIQUES.

est une large bande entièrement musculaire qui parait faire l’office d’un véritable sphincter, empêchant ou permettant, suivant les circonstances, le reflux du sang du ventricule vers l’oreillette. Nous avons constaté le fait et nous en avons apprécié les conséquences autre part (t. VII, p. 715).

Les ventricules, contrairement aux oreillettes, paraissent se vider complètement à chaque systole. Tout au plus pourrait-on admettre, avec Chauveau et Faivre, qu’il reste une petite quantité de sang sous la cavité du dôme valvulaire et dans les aréoles formées par les colonnes charnues de chaque ventricule.

5° Pendant que ces divers actes intrinsèques s’accomplissent, le cœur, pris en masse, subit certains déplacements par rapport aux parties qui l’environnent. Tout d’abord, par suite du rapprochement qui s’est fait, à l’instant delà systole ventriculaire, de son sommet à sa base, sa pointe ne correspond plus à la région qu’elle occupait dans la période de repos ; elle s’est un peu relevée vers le haut jusqu’à cette partie de la région thoracique où la main de l’observateur la sent battre. Ensuite, il faut savoir que le cœur, en se contractant, a éprouvé une certaine déformation; d’allongé qu’il était, il devient comme globuleux; au point que, suivant Chauveau et Faivre, la section de sa base qui, à l’état de repos, est elliptique, deviendrait tout à coup circulaire. Il en résulte que l’intimité de son contact avec les parties avoisinantes varie incessamment, ou plutôt ces parties le suivent jusqu’à un certain point dans ce retrait actif. (Barry.)

Il se produit encore, par suite de la systole des ventricules, un autre genre de déplacement du cœur en masse, connu sous le nom de mouvement spiroide , et qui consiste en ce que l’organe éprouve dans cet instant de son action une sorte de torsion autour de son axe. Cette torsion se fait de gauche à droite et d'arrière en avant; le bord gauche du cœur est ramené sur un plan plus antérieur; en mémo temps sa pointe est légèrement portée en avant et vers la droite. Malgré quelques faits contradictoires, et mal interprétés sans doute, c’est là l’opinion la plus accréditée. Harvey connaissait le fait; Haller et beaucoup d’autres l’ont confirmé. Verneuil, qui l’a constaté également, le met avec raison sur le compte des fibres unitives antérieures et superficielles qui, en effet, se portent de haut en bas et de droite à gauche, et qui, prenant leur point d’appui à l’orifice auriculo-venlriculaire droit, ne peuvent guère produire un mouvement d'une direction différente de celle que nous avons indiquée, et tendent en outre à attirer la pointe du cœur en avant en la courbant sous forme de crochet.

Mais le plus important des mouvements de totalité du cœur est sans contredit celui qui produit le choc précordial. Chez l’individu vivant, c’est l’acte le plus apparent de la révolution cardiaque ; c’est lui qui, par l’impulsion communiquée à la main appliquée sur la paroi antérieure du thorax, indique la véritable situation du cœur, et, jusqu’à un certain point, l’énergie d’action de cet organe, surtout dans les cas d’hypertrophie et de palpitation. Aussi a-t-il fixé tout particulièrement l’attention

CŒUR. — ACTIONS MÉCANIQUES

des observateurs. Un des points les plus utiles à connaître était de savoir à quel acte intime du cœur on pouvait le rattacher. Nous nous sommes occupé tout au long de ce sujet dans notre article Auscultation (t. IV, p. 155). Nous n’y reviendrons pas ici en détail; il nous suffira de rappeler que le choc précordial coïncide exactement avec la systole ventriculaire, qu’il est produit par cette systole elle-même et par le choc de la face antérieure du cœur contre la paroi thoracique, ou, pour mieux dire, par le contact plus intime que la déformation brusque du cœur, au moment de la systole, établit violemment entre cet organe et les espaces intercostaux du côté gauche.

11 y a surtout une circonstance sur laquelle nous devons maintenant insister ; c’est que le choc précordial, comme le pouls auquel on l’a comparé, traduit une multitude de phénomènes relatifs aux actions intrinsèques du cœur, et que, par sa seule perception, ou mieux par l’emploi de la méthode graphique, on peut acquérir des notions très-précises sur le jeu des différentes parties du centre circulatoire, soit à l’état physiologique, soit dans les circonstances pathologiques. Afin de rendre pratique ce fait général, Marey a fait construire urie sorte de cardiographe clinique qui peut rendre les mômes services que le sphygmographe lui-même. L’appareil se compose de deux parties : l’une qui recueille la pulsation précordiale, et l’autre qui l’enregistre. La partie objective est une sorte de capsule en bois qui est représentée dans la ligure 29, et qui s’applique

exactement sur le point de la poitrine où l’on sent battre le cœur. Un ressort, placé dans la capsule et terminé par une petite plaque d ivoire qui doit appuyer sur l’endroit même où se produit la pulsation à son maximum, permet de déprimer plus ou moins la paroi thoracique. L’air emprisonné dans cet espace, qui doit être hermétiquement clos par une adaptation rigoureuse à la peau, subit, sous l’influence des pulsations du cœur, des variations dans sa tension qui sont transmises par un tube de caoutchouc au levier enregistreur.

Le levier enregistreur fait lui-même partie d’un instrument que Marey appelle polygraphe , parce que , en changeant la partie objective, on

NOUV. DICT. MÉD. ET CHIK. Vlll. l'J

"J9U CŒLUi. — ACTIONS MÉCANIQUES.

peut s’en servir pour recueillir tout mouvement fonctionnel ou autre. La figure 50 nous montre les détails du levier enregistreur, et la figure 51,

Fig. 30. — Levier du polygraphe articulé avec la membrane du tambour.

CCEUPl. ACTIONS MÉCANIQUES.

l'appareil cardiographique dans son ensemble; enfin, dans la figure 52, on voit un Iracé obtenu à l'aide de cet instrument.

Fig. 52 — Tracé obtenu avec l’appareil de la figure 51.

On remarquera qu’indépendamment des grandes ondulations qui indiquent le soulèvement systolique et l’affaissement diastolique, il y a de nombreux rebondissements secondaires qui témoignent, ainsi que nous l’annoncions, des différents actes qui se produisent à l’intérieur du cœur. Ainsi le soubresaut que l’on voit à l’origine même de la ligne d’ascension systolique est produit par la systole de l’oreillette, comme dans les tracés que nous avons donnés page 284; celui qui occupe le sommet même de la courbe, ou qui le précède quelque peu, est en rapport avec la mise en jeu des valvules auriculo-ventriculaires et avec l’oscillation qu’elles éprouvent alors. Enfin le dernier que nous signalerons, et qui s’observe vers la terminaison de la ligne de descente, est occasionné par l’abaissement subit des valvules sigmoïdes, au moment où, à la fin de la diastole passive, le sang tend à refluer vers le cœur. C’est ainsi que l’observateur possède désormais un moyen de juger, indépendamment de l’auscullation, du fonctionnement du centre circulatoire dans ses différentes parties. Nous aurons à faire plusieurs fois encore l’application du cardiographe de Marey, sans sortir pour cela des conditions physiologiques.

b. Diastole. — A la systole, qui constitue l’état véritablement actif du cœur, succède une période de relâchement et de repos que l’on désigne sous le nom de diastole, parce que, durant cette nouvelle phase, les cavités cardiaques se dilatent et se remplissent de sang. Comme pour la systole, le mouvement de diastole est successif dans l’oreillette et dans le ventricule.

La diastole de l’oreillette est le résultat de l’irruption subite du sang dans sa cavité par les veines caves ou pulmonaires, au moment où cesse la contraction de ses parois. Cet afflux instantané dépend lui-même d’une certaine tension qui existe dans l’ensemble des veines aboutissant au cœur ( voy . t. VII, p. 709). A cet instant, l’oreillette se gonfle, prend une coloration plus foncée par suite de la minceur de ses parois, et une sorte d’impulsion accompagne la réplétion Je cette cavité. Ces phénomènes sont » surtout bien apparents sur le cœur d’une grenouille, et, pour ce qui est du dernier surtout, il a paru à Beau assez important pour lui faire admettre, dans la partie auriculaire du cœur, un mouvement de projection en avant, qui serait l’analogue de celui que le même auteur considère comme étant, dans la partie ventriculaire, la cause du choc précordial. Il

CŒUR. ACTIONS MÉCANIQUES

n’est pas probable que, dans l’état habituel de plénitude du thorax, cette locomotion supérieure soit appréciable.

Dans l’instant même où se manifeste la dilatation de l’oreillette, la systole du ventricule a cessé, et, par suite du relâchement des parois de cette seconde cavité, le sang s’y précipite par l’orifice auriculo-ventriculaire béant, non-seulement par son propre poids, mais encore en raison de la tension qu’il possède. Une autre cause d’afflux intervient encore en ce moment ; c’est une sorte d’aspiration qu’exerce le ventricule lui-même par son retour à la situation de repos. Les parois qui, en se contractant violemment, étaient arrivés au contact, s’écartent en vertu de leur seule élasticité et ménagent entre elles une sorte de vide où le sang se trouve naturellement appelé. Nous avons étudié ce phénomène, et nous en avons admis la réalité (t. VII, p. 710). Il est clair que c’est dans le ventricule gauche qu’il trouve presque exclusivement à s’exercer, car lui seul a des parois assez fermes pour jouer le rôle de la ventouse en caoutchouc. Cette circonstance et bien d’autres prouvent que les ventricules ne restent pas rigoureusement contractés jusqu’au moment où l’oreillette recommence sa systole. Beau, qui avait défendu cette opinion, n’a pas pu la faire prévaloir.

Du côté des orifices aortique et pulmonaire, il ne peut, dans cette période, se faire aucun reflux du sang, car l’abaissement des valvules sigmoïdes interrompt alors toute communication entre le double système artériel et les ventricules. Quant au mécanisme de ces soupapes, il est des plus simples ; c’est le sang lui-même qui, aspiré par le cœur ou refoulé par la réaction artérielle, leâ met enjeu. Il lui suffit pour cela de pénétrer dans le sinus qui existe entre chaque valvule et la paroi de l’artère; et le nodule d’Arantius, en empêchant un accolement trop exact entre ces parties, lui en permet toujours l’accès. Tel est, en quelques mots, la signification de ce petit tubercule dont la présence paraissait sans motif, et auquel Beau a attribué son véritable usage. Les valvules abaissées s’adossent largement par leur surface convexe, et non point seulement par leurs bords, ainsi qu’il est facile de s’en assurer en examinant du côté du ventricule l’orifice aortique, par exemple, tandis qu’on pousse une injection d’eau par l’aorte elle-même.

Cette première phase de la diastole ventriculaire mérite le nom de diastole passive , car elle résulte du relâchement pur et simple des parois des ventricules, sans qu’aucun effort direct contribue, à ce moment* à l’abord du sang dans leur cavité. Il ne faudrait pas croire, d’après cela, qu il y ait une diastole active dans l’acception propre dü mot, ni que certaines fibres du cœur en déterminent activement la dilatation : ces fibres, admises par quelques auteurs, n’existent pas; l’anatomie ne les a pas démontrées. Mais si les ventricules ne sont pas aptes à se dilater par eux-mêmes, ils peuvent le faire sous des influences de différents ordres : 1 une, la plus directe, c’est la systole des oreillettes; et l’autre, indirecte et plus ou moins accusée, c’est la rétractilité pulmonaire faisant l’office d’une puissance diductrice.

CŒUR. — actions mécaniques.

Nous connaissons les caractères de la systole auriculaire ( voy . p. 282); nous n’avons ici qu’à en apprécier les effets. Ceux-ci ne sont ni assez énergiques pour produire, par le soulèvement de la masse des ventricules, le choc précordial, ni assez nuis pour qu’on puisse leur dénier toute part à la diastole ventriculaire (voy. Auscultation, t. IV, p. 155 et 156). Il est certain que les oreillettes concourent à la réplétion des ventricules par leur systole, et qu’elles achèvent cette réplétion commencée sous d’autres influences. L’examen des tracés cardiographiques, et les déterminations manométriques prises dans l’intérieur même des ventricules (voy. plus haut), le prouvent d’une façon incontestable. Il n’est pas jusqu’à un certain degré de locomotion que les oreillettes ne puissent imprimer au cœur, soit en changeant la forme des ventricules et leur rapport avec les parties avoisinantes, soit en imprimant à leur masse un mouvement de détorsion de droite à gauche, inverse de celui que la systole avait produit; mais de là à faire, comme dans la théorie de Beau, de ce mouvement la cause principale du choc précordial, il y a une distance qui ne sera jamais franchie.

Le rôle de la rétractilité pulmonaire n’est pas moins incontestable. Bérard paraît l’avoir signalé le premier. Il se traduit par ce fait que le cœur, suspendu entre les deux poumons dans l’écartement antérieur du médiastin , est sans cesse sollicité par les mouvements de la respiration et se trouve toujours dans une sorte de vide virtuel. Le résultat le plus évident de cette action est de concourir, sous la domination de certaines coïncidences, à la diastole des cavités du cœur, des oreillettes aussi bien que des ventricules (voy. Circulation, t. VII, p. 711). Le moment où cette tendance s’exerce avec le plus d’efficacité correspond à la rencontre de l’inspiration avec la diastole de l une ou l’autre des cavités cardiaques.

Nous reviendrons plus loin sur quelques-unes des conséquences de la concordance et de la non-concordance de ces deux ordres de mouvement. L’intérêt actuel est de savoir comment on peut juger de la réalité et de l’intensité du phénomène. Ici nous devons encore avoir recours* aux expériences cardiographiques qui ont donné à ces faits, si difficiles à apprécier rigoureusement en apparence, une signification définitive.

Marey distingue les pressions que l’on recueille, à l’aide des sondes cardiographiques (voy. t. VI, p. 554), dans l’intérieur même des cavités du cœur (chez le cheval), en pression actives et en pressions passives. Les premières nous ont occupé à propos de la systole, quand il s’est agi de mesurer la force développée par le cœur dans cet instant. Les pressions passives sont produites à l’intérieur même du cœur, ou bien elles lui sont extérieures. Les pressions passives intérieures dépendent soit delà hauteur de la colonne sanguine qui pèse sur la sonde manométrique, soit de la tension que possède déjà le sang au moment de son afflux dans les oreillettes ou dans les ventricules avant la production de la systole. Lorsque par une cause quelconque, comme la galvanisation des pneumogastriques, celle-ci tarde un peu, cette pression peut devenir très-considérable.

CŒUR. — ACTIONS MÉCANIQUES

Les pressions passives extérieures dépendent surtout de la rétractilité pulmonaire. Par conséquent elles s’exercent en sens inverse des pressions intérieures contre lesquelles elles luttent et qu’elles peuvent même quelquefois abaisser au-dessous de zéro, c’est-à-dire les rendre négatives. A l’aide d’une disposition ingénieuse de sa sonde cardiographique, Marey a pu obtenir le tracé de ces pressions négatives dans l’oreillette droite (fig. 55). Dans le graphique que nous reproduisons, la partie positive de

Fig. 55. — Tracé des pressions positives et négatives de l’oreillette droite (chez le cheval). — La ligne pleine représente la partie négative de la pression, et la ligne ponctuée la partie positive. — O, Ligne de zéro, (J. Marey.)

la pression est figurée par un pointillé et la partie négative par un trait plein, la ligne du zéro marque la' limite entre les deux parties du tracé. D’ailleurs, ces résultats peuvent se traduire en chiffres en substituant au levier cardiographique un manomètre à mercure. Dans l’oreillette droite, où le phénomène est le plus accusé, la pression descend quelquefois jusqu’à — 55 millimètres, son chiffre habituel varie de — 7 à — 15 millimètres. La pression du ventricule droit est dans un rapport constant avec celle de l’oreillette correspondante; elle est toujours de 10 millimètres supérieure à celle-ci, par suite de la plus grande hauteur de la colonne sanguine qui pèse sur la sonde. Cette pression oscille entre — 16'“"' et -f- 20mm. Dans le ventricule gauche, les minima sont toujours un peu inférieurs à ceux du ventricule droit, et habituellement au-dessous de zéro ; ce qui tient à ce que la sonde n’y descend pas aussi profondément. D’ailleurs, tous ces résultats sont subordonnés à l’énergie de l’aspiration thoracique, et d’autant plus accusés dans le sens négatif que celle-ci s’exerce plus fortement.

c. Des rapports qui unissent entre eux les différents mouvements du cœur , ou qui les associent à certains autres mouvements fonctionnels. — Les actes divers, que nous venons d’analyser pour ainsi dire isolément, sont liés entre eux et se succèdent suivant des lois déterminées qui ramènent périodiquement les mêmes évolutions au bout d’un temps donné : c’est ce qu’on entend par la désignation de rhythme des mouvements du cœur. Voici les principaux points de ce nouvel aspect de la question qui nous occupe.

L’ensemble des actions qui se passent dans le cœur, depuis que l’un quelconque de ses mouvements s’est accompli, jusqu’à ce que le même mouvement se présente de nouveau, constitue une révolution entière.

II paraît assez naturel de faire partir la révolution cardiaque de la systole de l’oreillette qui, suivant l’expression de Harvey, représente

CŒUR. — ACTIONS MÉCANIQUES

l’échappement du mécanisme du cœur; mais on pourrait tout aussi bien prendre pour point de départ la systole du ventricule qui est l’acte essentiel de l’instrument. Il importe peu, du reste, de commencer par un mouvement ou par l’autre, puisqu’il s’agit ici d’une évolution circulaire.

Nous savons déjà que les deux oreillettes se contractent et se dilatent ensemble; il en est de même pour les deux ventricules : il y a, comme on dit, isochronisme parlait entre les deux cœurs. Nous verrons plus loin si cette proposition peut être prise dans un sens absolu, même à l’état physiologique. Mais pour admettre une action tout à fait séparée du cœur droit et du cœur gauche, personne ne tenterait de le soutenir aujourd’hui. ( Voij . Auscultation, t. IV, p. 158.)

Les oreillettes et les ventricules alternent Mans leur systole et dans leur diastole. Cependant nous avons vu que, dans une certaine limite, la systole du ventricule empiétait un peu sur celle de l’oreillette et l’interrompait avant qu’elle se soit complétée. Ce fait avait paru important aux auteurs qui accordent une faible part à l’action de l’oreillette dans la réplétion du ventricule. D’un autre côté, Beau, dans une théorie restée célèbre par l’art avec lequel elle a été défendue, avait tellement rapproché la gystole du ventricule de celle de l’oreillette qu’il y avait, pour lui, comme un sorte d’ondulation péristaltique et convulsive de l’un de ces mouvements à l’autre. Il s’appuyait sur l’autorité de Harvey qui avait comparé cette succession d’actes à la déglutition, au clignement des paupières et aux différents temps d’un coup de fusil ; mais Harvey admettait l’alternance entre le jeu de l’oreillette et celui du ventricule, et il n’allait pas jusqu’à les confondre dans une même ondulation progressive, comme l’a fait Beau depuis. Lancisi était encore allé plus loin, puisqu’il considérait l’oreillette et le ventricule comme une seule cavité, se contractant ensemble et se dilatant ensemble.

Les recherches cardiographiques ont donné la solution de cette difficulté. La figure 54 nous montre trois lignes ondulées : la ligne supérieure représente le tracé de l’oreillette droite, la ligne moyenne le tracé du ventricule droit, et la ligne inférieure le tracé du ventricule gauche. Ces graphiques ont été pris sur le cœur du cheval; il n’est pas possible d’obtenir celui de l’oreillette gauche. On voit, d’une part, que les deux lignes inférieures concordent dans tous leurs éléments : ce qui veut dire que l’action des deux ventricules est synchrone; et, d’autre part, que les divers détails du tracé de l’oreillette précèdent d’une certaine quantité de temps chacun des détails correspondants des lignes ventriculaires. Il y a plus, sur ces lignes elles-mêmes, on trouve, un peu avant la grande période ascendante du tracé, une légère ondulation qui correspond à la systole auriculaire et qui est produite par elle. On voit que cette ondulation existe également sur le tracé du ventricule gauche, ce qui permet de conclure que la contraction de l’oreillette gauche se fait en même temps que celle de l’oreillette droite. On voit encore, par l’examen des autres ondulations secondaires (ni et ni', v et v'), que les valvules auriculo-ventriculaires et que les valvules sigmoïdes de droite et de gauche sont mises

*296 CŒUR. — actions mécaniques.

on jeu dans le même temps. Aucune des différences qu’on peut remarquer

Fig. — Rapports (les mouvements intrinsèques du cœur entre eux. — Or. D., Trace de l’oreillette droite. — V. D.,' Tracé du ventricule droit. — V. G., Tracé du ventricule gaucho (chez le cheval). (J. Mahey et Chauveau.)

entre les deux tracés ventriculaires ne sont, donc relatives an rhytlime, et nous n’avons pas à nous en occuper ici.

Une autre coïncidence importante à déterminer est celle de la pulsation cardiaque, ou du choc précordial. Nous avons déjà prouvé que ce phénomène correspondait à la systole ventriculaire et était produit par elle ( voy . p. 289) ; mais c’est encore aux tracés cardiographiques à en donner la démonstration définitive. Nous nous contenterons de reproduire une figure (fig. 55) qui montre le fait dans toute sa clarté. Mais ce qui n’est pas moins intéressant à mentionner, c’est que la ligne du choc fait voir non-seulement la coïncidence de celui-ci avec la systole du ventricule, mais traduit aussi par ses soubresauts secondaires toutes les autres phases de la révolution cardiaque : la systole de l’oreillette, le claquement des valvules auriculo-ventriculaires et celui des valvules sigmoïdes. De telle sorte que, comme cette dernière espèce de tracé peut être prise sur l’individu vivant, on possède toujours le moyen d’étudier la succession des mouvements du cœur, sans pour cela troubler le fonctionnement de l’organe (voy. p. 291).

Si l'on veut maintenant apprécier le véritable rhythme des mouvements du cœur, c’est-à-dire montrer leurs rapports suivant l’ordre chronologique, voici la formule qu’on peut en donner : « Une révolution cardiaque entière comprend deux périodes : une période d’activité et une période de repos. Dans la période d’activité, on voit se succéder : la contraction de l’oreillette et la diastole du ventricule qui sont isochrones, puis la systole ventriculaire qui alterne avec les temps précédents et qui s’accompagne

CŒUR, — ACTIONS MÉCANIQUES. 297

du choc du cœur contre la poitrine. Dans la période de repos, il y a relâchement complet du cœur, afflux du sang dans ses cavités par les veines qui débouchent dans les oreillettes, et mise en jeu des valvules sigmoïdes

Fin. 55. — Rapports du choc précordial avec les mouvements intrinsèques du cœur (chez le cheval). — 1, Tracé de l’oreillette. — 2, Tracé du ventricule. — 3, Tracé de la pulsation cardiaque ou du choc du cœur contre la poitrine. (J. Marey et Chauveau.)

du côté des artères. La période d’activité et la période de repos ont une durée sensiblement égale : que si le pouls bat la seconde (chez l’homme), le cœur se meut durant une demi-seconde et se repose pendant le même temps ; sur la demi-seconde d’activité, la contraction de l’oreillette demande un peu plus d’un dixième de seconde et celle du ventricule environ quatre dixièmes. » (Auscultation, t. IV, p. 157.) Ces rapports peuvent varier dans des limites assez étendues, surtout quand la fréquence des battements du cœur s’élève au-dessus ou s’abaisse au-dessous de la moyenne que nous avons adoptée, et il serait assez difficile de les représenter par une notation musicale, comme on l’a fait pour les bruits qui correspondent à quelques-uns d’entre eux. C’est assez dire que le rhythme des mouvements diffère très-sensiblement de celui des bruits. Cependant on peut approximativement résumer l’ordre de succession des mouvements et leur durée relative dans le tableau suivant.

On remarquera que nous n’avons fait ici que traduire sous une autre forme un véritable tracé cardiographique,

CŒUR. ACTIONS MÉCANIQUES

Page 1