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PATHOLOGIE : APERÇU HISTORIQUE

les plus importants fournis par la palpation du thorax, en particulier par le frémissement cataire.

Un événement d’une portée incalculable ne tarda pas à justifier, de la manière la plus éclatante, la voie dans laquelle venait d’entrer la science : ce fut la découverte de l’auscultation. Quoique l’étude consacrée par Laennec aux maladies du cœur soit moins complète, quoiqu’elle ait un caractère moins définitif que le monument élevé par ce grand génie aux affections de poitrine, pour lesquelles il avait atteint la perfection du premier coup, le fait seul de l’application du stéthoscope à l’examen de l’appareil circulatoire n’en constituait pas moins un immense progrès, et, sans contredit, le plus important qui se soit accompli jusqu’ici dans la pathologie du cœur. C’était un sens de plus mis au service de l’investigation clinique; entre autres avantages de la nouvelle méthode, il devenait possible de dépasser entin la notion des modifications de volume subies par le cœur, et de diagnostiquer avec sûreté les affections de l’endocarde et des appareils valvulaires.

L’instrument était trouvé. De toutes partson vit se multiplier des travaux inspirés par le désir soit de contrôler et de compléter la découverte de Laennec, soit d’en faire l’application à des questions jusque-là inexplorées. De ce mouvement sortirent les recherches de Bouillaud sur l’endocardite, et sur le lien qui rattache cette maladie aux affections rhumatismales. Depuis que les travaux de l’illustre professeur de la Charité sont entrés dans le domaine public, l’on a cherché et l’on a réussi à lui trouver des prédécesseurs. Indépendamment de Baillie, de Burns et de Kreysig,dont il a rapporté les noms dans son ouvrage, il est certain que plusieurs médecins, surtout anglais, qui se trouvent cités dans l’ouvrage de Johnson, avaient signalé çà et là l’inflammation de la membrane interne du cœur, le rhumatisme de ce viscère, ainsi que quelques-uns l’avaient même appelé, et le rôle qu’il convient d’attribuer à cette cause dans la production des lésions organiques; cela n’est pas contestable. Mais quand bien même Bouillaud eût eu connaissance de ces divers écrits (ce qui d’ailleurs importe assez peu), qu’il y a loin de là à l’ensemble imposant de preuves sur lesquelles le médecin français établit l’existence et la fréquence très-grande d’une maladie tellement peu connue avant lui, qu’on n’avait même pas songé à la désigner sous un nom particulier! Quelle différence entre des affirmations plus ou moins hasardées, et l'établissement d’une loi de coïncidence vérifiée par des centaines d’autopsies! Ajoutons qu’en faisant connaître les signes1 physiques de l’endocardite, Bouillaud a fourni le moyen de la diagnostiquer dès le commencement, d’en suivre l’évolution ultérieure et d’opposer, par conséquent, aux affections qui en dérivent la seule médication radicale, celle qui attaque le mal à ses débuts. Ce service, fût-il le seul, serait déjà immense et mériterait à son auteur une place à part parmi les écrivains qui ont traité des maladies du cœur; mais il a eu, suivant nous, une portée plus générale. Placer la diathèse à la base de la pathologie cardiaque, substituer à la conception ancienne de lésions ou de troubles fonctionnels plus ou moins disparates, sans lien et sans

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subordinations réciproques, l'idée plus compréhensive et plus vraie de la maladie , source commune et raison suprême des désordres en apparence les plus divers, c’était faire preuve du sens médical le plus droit, c’était ouvrir à la pathologie une voie dans laquelle chaque découverte en appellerait nécessairement d’autres. Telle a été l’œuvre de Bouillaud, et il est permis d’avancer qu’elle n’a pas encore porté tous ses fruits. L’histoire lui rendra cette justice, qu’il a su toujours maintenir avec fermeté l’importance première et dominante de l’élément étiologique, sans se départir en rien, dans le détail des faits anatomo-pathologiques et cliniques, de cette exactitude dont il fait l’âme de ses doctrines et la devise de ses travaux.

Il ne nous serait pas possible d’énumérer ici tous les auteurs dont les écrits méritent, à des titres divers, d’être consultés pour l’étude des maladies du cœur. Citons du moins, parmi nos contemporains : Andral qui, dans sa Clinique médicale , et dans les notes dont il a enrichi l’ouvrage de Laennec, a discuté un très-grand nombre de points, relatifs surtout à l’auscultation du cœur; J. Cruveilhier, dont le grand traité d’anatomie pathologique contient les plus riches matériaux sur le sujet qui nous occupe ; Piorry, qui, en posant les règles de la percussion avec une rigueur inconnue avant lui, a donné à ce mode d’exploration des perfectionnements incontestables, quoique trop souvent compromis par l’excès même de la précision et par une prétention à des finesses de diagnostic dont le secret mourra vraisemblablement avec lui ; Bizot, auteur de recherches consciencieuses et journellement consultées sur des points importants d’anatomie normale et pathologique; Gendrin, dont les belles leçons sur les maladies du cœur sont restées malheureusement inachevées; Aran, C. Forget, auteurs d’ouvrages didactiques estimables; Beau, cet esprit si méditatif, si ingénieux, et, il faut l’avouer, si prompt aux hypothèses, qui, par une singulière mauvaise fortune, se trouve plus célèbre par une théorie des mouvements et des bruits du cœur, aujourd’hui décidément reconnue fausse, que par des travaux pathologiques de premier ordre, d’une netteté et d’une profondeur de vues dignes de la plus vive admiration ; Barth et Roger, dont l’excellent ouvrage d’auscultation, véritable modèle en son genre, a fait l’éducation de toute la génération médicale actuelle; V. Racle, dont le Traité de diaqnostic contient, dans une forme brève et lucide, des pages extrêmement remarquables consacrées au cœur, et toutes pleines de l’esprit de Bouillaud son maître. A celte liste, nécessairement fort incomplète, d’ouvrages généraux sur la matière, il faudrait ajouter un très-grand nombre de mémoires et de thèses, sans compter la foule des observations qui se pressent dans les recueils périodiques et notamment dans les bulletins si riches de la Société anatomique.

A l’étranger, les publications relatives aux maladies du cœur ne sont pas moins nombreuses. L’Italie, où avait paru, au commencement du siècle, l’important ouvrage de Testa, n’a guère fourni, dans ces dernières années, que des œuvres dogmatiques plus remarquables par le nombre et par la forme, que par l’originalité. Il n’en est pas de même de l’Angle-

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terre et de l’Allemagne. L’étude des maladies du cœur semble avoir été, pour les médecins anglais, un sujet de prédilection. Leurs écrits, gé néralement inspirés par un esprit essentiellement pratique, brillent surtout par la clarté, par la recherche du détail, par l’absence de préoccupations systématiques, par la richesse et la variété des observations particulières, par une intelligence supérieure des indications thérapeutiques. Les noms à citer se présentent en abondance : nous y trouvons, entre autres, ceux d’Elliotson, de Williams, de Latham, de Da*vies, deWardrop, de Furnivall, de Scott Alison, de Walshe, de Bellingham et par-dessus tout, ceux de Stokes et de Ilope, ce dernier à vrai dire français par l’éducation, l’esprit et la méthode. N'oublions pas enfin que c’est en Angleterre que l'une des affections valvulaires les plus saisissantes par l’aspect et les plus nettement constituées, l’insuffisance aortique, a été pour la première fois décrite par Corrigan.

En Allemagne, le mouvement des esprits a eu en général un caractère plus exclusivement scientifique. Les remarquables travaux de Skoda sur l’auscultation témoignent d’une tendance très-accusée à baser l’emploi de ce mode d’investigation sur une connaissance approfondie des lois physiques qui président à la production et à la propagation des sons. Bien que les règles formulées par le savant professeur de Yiennc, aient été accueillies parmi nous avec une certaine défiance, souvent justifiée par les résultats de l’observation clinique, on ne saurait méconnaître ce qu’a de légitime une méthode entachée peut-être, en pratique, de quelques exagérations, mais dont le principe est inattaquable. Les travaux plus récents indiquent pour Ja plupart, chez leurs auteurs, une double préoccupation : reculer aussi loin que possible les limites de l’anatomie pathologique, et déduire les phénomènes observés au lit du malade des données de la physiologie expérimentale; effort assurément très-louable en lui-mème, mais qui a parfois mené nos confrères allemands à glisser sur la pente du mécanisme et de riatro-mathématique. Il est même assez curieux d’observer sous ce rapport, quel changement profond s’est opéré depuis le temps de Kreysig, le contemporain de Corvisart et l’un des adversaires les plus décidés des applications de l’hydraulique et de la mécanique à la médecine. On ne doit pas moins rendre hommage aux éminents services rendus par des savants tels que Cramer, Bokitansky, Forster, Virchow, Kiwich, Wachsmuth, lIamernick,Traube, Zehetmayer, Günsburg, Wunderlich,Ducheck,et d’autres encore, dont les noms reviendront dans le cours de cet article. Deux livres surtout, conçus dans le meilleur esprit, jouissent en Allemagne d’une juste popularité: ce sont ceux deBamberger et deFriedreich. Nous nous plaisons à reconnaître le fruit que nous avons tiré de ces ouvrages excellents, dont il serait à désirer qu’il existât des traductions françaises.

Il ne nous sera pourtant pas défendu de constater, en terminant cette rapide revue, que la France peut, avec un juste orgueil, revendiquer presque tout ce qui s’est fait d’essentiel dans l’histoire des maladies du cœur, et qu’à elle revient, sur la plupart des questions, l’honneur de l’impulsion

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