CŒUIL PATHOLOGIE GÉNÉRALE -. COMPLICATIONS
terminent par suppuration. Elles se font remarquer par le peu d’abondance des exsudats plastiques et par l'accumulation de la sérosité dans l’épaisseur des parenchymes et dans l’intérieur des cavités séreuses. Cliniquement, elles frappent surtout par le peu d’intensité des réactions fébriles; ce sont des pldegmasies bâtardes, mal dessinées dans leur début, ayant peu de propension à se résoudre complètement,, récidivant avec’ facilité. On peut chercher la cause de cette manière d’être spéciale du travail inflammatoire, d’abord dans l’influence de la diathèse rhumatismale qui a présidé à la constitution primitive de la maladie du cœur, et qui continue à revêtir ses produits du cachet hydrophlegmasique ; en second lieu, dans la congestion locale qui a précédé et préparé l’inflammation, et qui détermine une pluie continuelle de sérosité albumineuse dans les interstices des tissus, en même temps qu’elle s’oppose à la résorption des produits morbides.
Lorsque l’inflammation a duré un long temps, et après de nombreuses alternatives d’augmentation et de diminution, il se fait, dans la trame conjonctive des divers organes, un travail de prolifération qui en étouffe peu à peu les éléments actifs, et qui amène un développement excessif du tissu fibreux, véritable parasite, vivant et prospérant au détriment de la partie réellement utile des organes. En d’autres termes, on voit se développer les diverses variétés de scléroses , mode particulier de l’inflammation chronique, dont les recherches modernes ont démontré l’extrême fréquence, et que l’on retrouve, avec une remarquable uniformité de physionomie et d’allures, dans les organes les plus divers, le foie, la rate, les reins, les centres nerveux, etc.
5° Hémorrhagies. — C’est encore là une conséquence, et des plus directes, de la congestion. Lorsque celle-ci est portée au delà d’un certain degré, le sang rompt les parois des capillaires qui le contiennent et s’épanche au dehors; mais il n’est pas nécessaire pour cela que la congestion atteigne ses dernières limites. Presque toujours, en effet, la rupture est facilitée par des altérations préalables des tuniques vasculaires, surtout par leur dégénérescence graisseuse. C’est ainsi seulement que l’on peut expliquer l’aptitude particulière aux exhalations sanguines, présentée par certains organes, entre autres le cerveau. Tantôt, du reste, les hémorrhagies sont exactement localisées, tantôt elles se généralisent, pour ainsi dire, à l’universalité des organes, ainsi que le témoignent quelques exemples de purpura symptomatique avec pétéchies répandues à toute la surface du corps, et rejet de sang par tous les orifices naturels.
On ne saurait nier que les hémorrhagies liées aux maladies du cœur ne présentent parfois une utilité relative, en jouant le rôle d’une sorte de déplétion naturelle ou de crise, qui conjure momentanément des accidents plus graves. Il en est ainsi de quelques épistaxis dont l’opiniâtreté déroute les praticiens inexpérimentés, des flux hémorrhoïdaux, des pertes utérines simulant les règles chez les femmes, etc. Mais cette utilité n’est que trop compensée par l’inconvénient attaché aux déperditions de sang abon-
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liantes, et qui finissent par jeter les malades dans l’épuisement et précipiter l’invasion de la cachexie.
Il est superflu d’insister sur les différences que présentent entre elles les hémorrhagies, suivant que le sang reste confiné dans les tissus qu’il a déchirés, comme cela a lieu pour l’encéphale, ou qu’il est rejeté au dehors comme dans l’entérorrhagie. Pour ce qui concerne l’apoplexie pulmonaire, la plus fréquente, sans contredit, des hémorrhagies liées aux affections du cœur, nous rappellerons que fréquemment des noyaux hémoptoïques peuvent exister dans le poumon sans qu’il y ait rejet de sang à l’extérieur.
4° Hydropisies. — Les hydropisies constituent l’un des accidents les plus ordinaires des maladies du cœur; elles présentent une marche caractéristique, qui suffit de prime abord à en faire soupçonner l’origine. Dans l’immense majorité des cas, le début a lieu par les membres inférieurs. Une légère infiltration se manifeste au pourtour des malléoles; vers le soir, le malade se sent gêné dans sa chaussure, surtout s’il a fait une marche un peu longue. Le repos au lit la nuit, dans une position horizontale, suffit souvent à dissiper cet œdème, dont il ne reste plus trace le lendemain matin.
Les choses peuvent en rester là pendant longtemps, surtout si le malade, tenant compte de cet avertissement, s’astreint à un genre de vie convenable.
11 est infiniment plus rare de voir l’œdème se manifester d’abord aux paupières. C’est là un mode de début qui appartient essentiellement à l’œdème albuminurique. Il ne se rencontre guère dans les maladies du cœur, à part quelques cas exceptionnels où une insuffisance très-prématurée de la valvule tricuspide manifeste d’abord ses effets vers la partie supérieure du corps.
C’est donc au pourtour des malléoles, au-devant du tibia, qu’il conviendra de rechercher la persistance caractéristique de l’impression du doigt sur le tégument. Mais tôt ou tard l’œdème, remontant vers les parties supérieures, occupe la cuisse et distend le tissu cellulaire lâche du scrotum ou de la vulve. Une fois arrivé là, il ne tarde pas à se généraliser, et bientôt l’exhalation séreuse envahit la paroi abdominale, la cavité du péritoine, les séreuses et les viscères de la poitrine et de la tête. Bref, à des épanchements plus ou moins longtemps partiels, succède une anasarque universelle caractérisée par des hydropisies multiples, les unes facilement appréciables pendant la vie (hydrothorax, œdème du poumon, hydro-péricarde), d’autres ne se découvrant qu’à l’autopsie (suffusion séreuse de la pie-mère et des ventricules cérébraux, infiltration œdémateuse des tuniques intestinales et du mésentère, des parois de la vésicule du fiel).
Quelque formidables que soient ces accidents, ils pourront encore s’amender et même disparaître sous l’influence du repos et d’une médication appropriée. Qui n’a vu, sous ce rapport, de véritables résurrections? Mais il n’y faut pas trop compter, et, en tout cas, il est évident
que c’est là un indice de la plus haute gravité pronostique, car il implique tôt ou tard l’envahissement de l’économie tout entière par la diathèse séreuse. Une l'ois, deux fois, ou même davantage, le malade y échappera; mais, à chaque attaque, l’hydropisie revient plus générale et plus persistante. A partir du moment où la tendance aux hydropisies a définitivement pris le dessus, tout devient prétexte aux épanchements séreux. C’est alors qu’un refroidissement insignifiant suffit à déterminer des hydrothorax subinflammatoires qui ne disparaissent plus; que le péricarde, le péritoine s’emplissent de liquide. C’est alors, qu’à propos d’une irritation médiocre, on voit même se former des épanchements séreux intra-articulaires ; le fait est, du reste, assez rare pour ne mériter qu’une simple mention ; il n’a d’importance que par la modification profonde qu’il révèle dans l’état général. Finalement, et par les progrès de l’anasarque, les membres inférieurs arrivent à une distension énorme ; on y voit l’épiderme soulevé former de véritables phyctènes, il se fait à la peau des éraillures par lesquelles la sérosité suinte en abondance, ce qui produit, pendant quelque temps, un soulagement relatif. Une fois la maladie arrivée à ce terme, toute rétrocession est devenue impossible. La peau s’enflamme; il se déclare aux jambes des érythèmes lisses, des érysipèles de mauvaise nature, qui se terminent souvent par la gangrène, et sont, en tout cas, les prochains avant-coureurs d’une terminaison fatale.
Telle est la marche ordinaire des hydropisies d’origine cardiaque, celle à laquelle nous assistons tous les jours. Les choses ne se passeraient pas ainsi suivant Gendrin : l’œdème périphérique serait toujours précédé de l’œdème des poumons; prodrome important dont l’apparition et la disparition successives précéderaient de quelque temps l’œdème des membres inférieurs. Une dyspnée continue augmentant dans la position horizontale, une toux sèche, une diminution évidente de la sonorité à la hase du thorax, et la présence, dans cette région de la poitrine, d’un râle crépitant humide, voilà, en peu de mots, les signes propres à l’œdème pulmonaire, qui précéderaient et annonceraient à un observateur attentif l’apparition prochaine des hydropisies; signes caractéristiques, ne permettant une confusion ni avec la pneumonie, ni avec la bronchite, ni surtout avec l’hydrothorax, ce dernier pouvant toujours se reconnaître à la matité absolue des deux côtés de la poitrine, à la diminution du murmure vésiculaire, à la résonnance œgophonique de la voix.
Nous n’entendons pas contester la valeur de ces signes, ni même la possibilité, la fréquence même de leur apparition précoce ; nous croyons seulement que Gendrin a trop généralisé, qu’il s’est laissé un peu trop guider par des considérations théoriques sur l’ordre dans lequel le ralentissement circulatoire, parti du cœur gauche, doit arriver à se faire sentir aux extrémités. La nature ne s’astreint pas à une marche aussi invariable, et nous ne pouvons que répéter ici ce que nous avons dit à propos des congestions.
La congestion passive, voilà en effet la cause première à laquelle se rapportent les hydropisies qui naissent dans le cours des maladies du