VIII
CŒUR. RUPTURES
Nous avons vu que la mort survient souvent à l’occasion d’un effort ; dans le cas contraire, il y a quelquefois des prodromes ; le malade est pris d’une douleur subite, déchirante, derrière le sternum, douleur qui peut s’irradier vers le cou et le bras gauche ; il a le temps d’appeler à son secours, de dire quelques mots, puis il tombe et meurt comme dans le premier cas.
Enfin, mais plus rarement, ces prodromes persistent un temps plus long ; il semble, comme le dit Friedreich, que la rupture se fasse en deux temps.
La mort peut ne survenir que quelques heures ou même quelques jours après la rupture. Le malade de Bertherand vécut cinquante heures. Dans ce cas, en dehors des signes généraux d’une hémorrhagie interne, on peut constater une augmentation de la matité précordiale, la disparition des battements, l’obscurité des bruits du cœur, la petitesse ou l’absence du pouls.
Les ruptures des tendons valvulaires sont suivies de mort généralement moins prompte ; c’est à une rupture de ce genre que succomba ce courrier dont parle Corvisart, et qui avait fait mille lieues à cheval sans prendre de repos. La malade du docteur Allix présenta le même accident. On constate dans ces cas les signes d’une insuffisance aiguë et l’on a noté l’ intensité des bruits de souffle, due sans doute au frottement des tendons déchirés.
Pour les ruptures, comme pour les plaies du cœur, la mort doit être en grande partie attribuée à la compression exercée sur le cœur par le sang épanché dans le péricarde. Peut-être faut-il tenir compte aussi de l’anémie cérébrale.
La guérison est-elle possible tà la suite des ruptures du cœur? On voit cités partout deux laits qui semblent l’affirmer ; l’un est dù à Rostan, l'autre à Cullerier, mais ces deux faits ne sont pas à l’abri de tout reproche. Tout ce qu’on peut dire, c’est que l’obliquité de la rupture, son peu de largeur, l’existence d’un caillot entre les libres sont autant de conditions favorables à la guérison, mais n’oublions pas que, dans les cas de ruptures spontanées, nous avons affaire à un cœur affaibli et à des parois malades.
Diagnostic. — A quel signes reconnaîtra-t-on une rupture du cœur? Nous savons avec quelle rapidité la mort survient dans la plupart des cas; le médecin appelé au moment de l’accident, se trouve le plus souvent en présence d’un cadavre, et ne peut que constater la mort. 1! est vrai que la rapidité même avec laquelle la mort est survenue est un des meilleurs éléments de diagnostic ; en effet, on peut dire qu’une hémorrhagie cérébrale, quelle qu’en soit l’étendue, quel qu’en soit le siège, n amène jamais une terminaison aussi rapidement mortelle; la respiration et la circulation persistent toujours quelques instants; une lésion du bulbe seule pourrait amener une mort aussi foudroyante que certaines ruptures du cœur. Mais il ne faut pas oublier, non plus, que la rupture d’un des gros vaisseaux qui partent du cœur, celle d’un anévrysme de la
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crosse de l’aorte est également suivie de mort subite, et que si le médecin n’a aucune notion sur les antécédents du malade, il ne pourra rien aflirmer.
La considération de l’âge a quelque importance pour le diagnostic des ruptures du cœur ; presque toutes ont été observées chez des individus ayant dépassé soixante ans ; l’existence d’une affection cardiaque antérieure, celle des signes qui dénotent la dégénérescence ou l’affaiblissement des parois artérielles devront aussi entrer en ligne de compte.
La syncope , surtout celle qui survient chez les individus atteints d’affections cardiaques, et qui peut être suivie de mort, donne bien lieu à peu près aux mêmes signes qu’une rupture; cependant, dans la syncope, il est généralement possible de saisir à l’auscultation les battements affaiblis du cœur; les stimulants et la position horizontale ont un effet assez prompt sur le malade.
Les ruptures du diaphragme sont signalées comme pouvant donner lieu à une méprise ; elles surviennent, en effet, dans un effort et causent assez rapidement la mort ; mais, comme signes différentiels, elles présentent, d’après les auteurs du Compendium de médecine, des nausées et des vomissements cà peu près constants, une dilatation marquée du thorax avec un aplatissement caractéristique du ventre ; enfin la dyspnée l’emporte sur les troubles circulatoires ; le cœur continue même cà battre pendant quelque temps.
S'il existait, comme il arrive dans certaines ruptures du cœur, une douleur très-vive et s’irradiant au cou et au bras, on pourrait songer à une attaque d'angine de poitrine. Il est rare, il est vrai, qu’une première attaque d’angine de poitrine offre une intensité aussi formidable, et soit immédiatement mortelle. Mais, de plus, dans l’angine de poitrine la respiration persiste, et le pouls, bien que petit et parfois irrégulier, peut être senti aux radiales.
Si la mort ne suit pas immédiatement la rupture, la matité précordiale, l’absence des battements, l’obscurité des bruits du cœur jointe à l’anxiété profonde, à la dyspnée, pourront mettre sur la voie du diagnostic.
Il serait, sans doute, plus facile de reconnaître une rupture des tendons valvulaires ou des muscles papillaires : l’étouffement, 1 orthopnée, l’anxiété précordiale, symptômes survenus brusquement et sans cause appréciable, joints ‘à des signes stéthoscopiques souvent très-accusés, les phénomènes, en un mot, d’une insuffisance aiguë permettraient, dans certains cas, de porter un diagnostic.
La rupture d’une artère ou de la veine coronaire donnant lieu à un épanchement de sang dans le péricarde ne saurait offrir des caractères assez différents de ceux d’une rupture des parois pour rendre possible le diagnostic; nous ne connaissons aucun cas où il ait été tenté, et les laits de rupture de ces vaisseaux reconnus à l’autopsie sont eux-mêmes extrêmement rares.
Pronostic. — La mort est, nous l’avons dit, la conséquence des ruptures du cœur. Les deux faits de Rostan et de Cullerier, cités partout
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comme des exemples de guérison, peuvent à peine atténuer la gravité absolue du pronostic.
Traitement. — Faut-il répéter avec Bouillaud qu’il n’y a pas de traitement des ruptures du cœur? Ce serait peut-être le plus sage. Nous voyons cependant la plupart des auteurs s’efforcer d’en indiquer un. Bamberger recommande même une sorte de traitement préventif, qui peut s’appliquer à tous les cas de maladie du cœur; mais à quoi reconnaîtra-t-on qu’une rupture est à craindre cliez un malade? Les signes de la dégénérescence graisseuse sont par eux-mêmes déjà trop obscurs, pour qu’on puisse se flatter de savoir si elle est arrivée à un degré qui comporte la possibilité d’un pareil accident.
Dans le cas où, la rupture effectuée et reconnue, la mort ne survient pas immédiatement, il y a quelques précautions à prendre : faire coucher le malade horizontalement, le tenir au repos absolu, l’entourer de linges chauds, appliquer de la glace sur la région précordiale, donner à l’intérieur des excitants, tels sont les moyens qui pourront retarder la terminaison fatale de quelques instants, mais sur l’effet curatif desquels il est impossible de compter.
II. Maladies de l’endocarde. — Sous cette dénomination, nous comprenons : 1° les modifications de structure qui se produisent dans le tissu même de l’endocarde,' et qui, localisées surtout au niveau des valvules, sont le point de départ le plus habituel des maladies organiques du cœur; 2° les concrétions sanguines qui se développent dans la cavité endocardiaque. Ces deux ordres d’altérations ont ceci de commun, qu’elles sont susceptibles de produire des lésions de canalisation qui modifient profondément l’état fonctionnel du cœur.
C’est dire que le présent chapitre est essentiellement anatomo-pathologique: il prépare et facilite l’histoire des altérations d’orifices dont nous aurons à nous occuper ultérieurement.
Lésions anatomiques de l’endocarde. — Ces lésions, comme cela résulte de la description que nous en donnons ci-après, sont, dans l’immense majorité sinon dans l’universalité des cas, le fait de l’endocardite. Nous l’avons dit, notre but n’est pas, ici, de faire l’histoire complète de l’endocardite, à laquelle sera consacré un article spécial ; mais nous devions nécessairement la rencontrer sur notre chemin, et les cardiopathies organiques resteraient, bien évidemment, à l’état d’énigme dans l’esprit du lecteur, si nous omettions absolument d’envisager le mode pathogénique d’où elles procèdent.
La description qui va suivre, en résumant les principaux traits de l’anatomie pathologique de l’endocardite, doit être considérée comme une introduction à l’étude des affections valvulaires.
Rappelons que l’endocarde ne fait pas purement et simplement suite à la membrane interne des vaisseaux ; il ne correspond que par sa couche ia plus superficielle à la tunique de Bichat. Cette couche se trouve