CŒUK. RÉTRÉCISSEMENT AVEC INSUFFISANCE DE L’ORIFICE MITRAL
mesure, cette dilatation, avec l’hypertrophie qui l’accompagne, est en quelque sorte une soupape de sûreté, et atténue grandement les inconvénients inhérents aux lésions de l’orifice mitral. Portée au delà d’un certain point, elle constitue un grave danger et ouvre la porte aux complications périphériques les plus formidables. Nous ne pouvons que renvoyer aux différents chapitres où ces questions ont été étudiées en détail.
Pronostic des lésions mitrales. — Nul doute que l'on ne puisse vivre de longues années avec une lésion de l’orifice mitral. Nous ne serions point en peine de citer des exemples d’individus porteurs depuis longtemps d’un bruit de souffle caratéristique, et qui, en apparence du moins, ne s’en portent pas plus mal. 11 y a ici, tout d’abord, une question de degré: un léger épaississement, qui n’entrave que médiocrement le jeu de la valvule, peut assurément être supporté. Il est possible, en outre, que la compensation soit assez bien établie pour éviter au malade, malgré l’existence de signes physiques indubitables, toute sensation pénible. Sous ce rapport, l’insuffisance a un avantage marqué sur le rétrécissement. Quelque léger, en effet, que puisse être ce dernier, il constitue une lésion fixe, un obstacle permanent: rien au monde ne peut faire qu’un liquide s’écoule avec la même facilité lorsque le canal qui doit lui donner passage est trop étroit. Dans l’insuffisance, au contraire, tout l’inconvénient résulte de la rupture d’un certain équilibre entre la pression ventriculaire d’une part, et celle de l’oreillette et de la petite circulation de l’autre. Or, comme cet équilibre dépend, pour la plus grande partie, de l’état respectif des puissances musculaires antagonistes, on conçoit qu’il puisse être complètement rétabli par l’accommodation du ventricule aux nouvelles conditions qui lui sont faites.
Mais malgré les circonstances relativement les plus favorables, une lésion mitrale comporte toujours un pronostic fâcheux, d’abord parce qu’elle peut et qu’elle doit s’accroître avec le temps, puis parce qu’elle expose le malade à toutes sortes de complications; la moindre bronchite pourra, sous cette influence, prendre une gravité redoutable. Il se fera quelque jour des embolies qui produiront, à distance, des ramollissements cérébraux ou des infarctus des principaux viscères, etc. Cet équilibre qui maintient la circulation dans un état d’intégrité apparente est, en quelque sorte, artificiel, et, par suite, essentiellement instable. Une fois rompu, il est difficile à rétablir.
Comparées aux lésions aortiques, les lésions mitrales apportent une entrave plus considérable aux occupations communes de la vie. Les palpitations, la dyspnée, y sont plus fréquentes; les complications bronchopulmonaires renaissent à chaque instant, et s’opposent de bonne heure à l’exercice d’aucune profession tant soit peu fatigante. En un mot, la maladie se traduit par des symptômes plus appréciables, et reste beaucoup moins latente. En revanche, le danger d’une mort subite, sans cesse suspendu sur la tète des individus atteints d’insuffisance aortique, est ici infiniment moindre, si l’on en croit la statistique; on en pourrait pourtant citer des exemples. Ce n’est pas la syncope qui est à craindre ici,