COLIQUE. — DÉFINITION
Garrod (A. B.), La goutte, sa nature, son traitement et le rhumatisme goutteux. Ouvrage traduit
par A. Ollivier et annoté par J. M. Charcot. Paris, 1867, p. 423, in-8.
Consultez, en outre, l’article de Mérat et Delf.ns dans le Dictionnaire de thérapeutique et de matière médicale, les traités de' thérapeutique de Trousseau et Pidoux, Bouchardat, Schuchardt, Pereira, CEsterlen, Stillk: les traités de toxicologie de Christison, Taylor, Orfila, Galtier et Tardieu,
Auguste Ollivier et Georges Bergeron.
COIaIQUE (xwXtxôç, x&Xov, côlon). — Définition. — Donner la définition d’un symptôme n’est pas facile, surtout lorsqu’à la difficulté qui existe à bien définir en quoi consiste ce symptôme vient s’ajouter celle, bien plus grande encore, qui résulte de la divergence des opinions existant, et sur le siège réel, et sur la nature du symptôme que l’on étudie. Rien n’est plus vrai pour le symptôme colique ; aussi ne faut-il pas s’étonner des diverses interprétations que l’on rencontre en lisant les auteurs qui se sont occupés de l’étude de ce phénomène. Je signalerai seulement pour mémoire les différentes phases que cette étude a subies.
Primitivement, les auteurs, tels que Celse, Fernel, Boerhaave, A. Paré, etc., se basant sur l’étymologie du mot colique (de y.wXtxcç, de y.mXov, côlon), ont désigné sous ce nom une douleur ayant pour siège le côlon. Mais on ne se contenta pas longtemps de cette définition, et l’on vit étendre cette dénomination à toutes douleurs vives occupant non-seulement les intestins, mais encore les différents organes de l’abdomen. On alla même plus loin, et sans tenir compte soit de la cause, soit de la nature, on désigna ainsi toute douleur abdominale. De telle sorte que les douleurs dues à une inflammation des organes abdominaux, les douleurs dues à une inflammation du péritoine, furent considérées comme des coliques. Toutefois, certains auteurs, Cullen entre autres, s’appuyant et sur les caractères de la douleur, et sur son siège, désignèrent sous le nom de coliques une douleur se faisant sentir particulièrement autour de l’ombilic, et qui s’accompagne d’un sentiment de tortillement. Au commencement de ce siècle, les auteurs, prenant de même en considération les caractères de la douleur, appliquèrent cette dénomination à une douleur vive, exacerbante, mobile, ayant pour siège une partie quelconque du tube intestinal. Puis le siège de la douleur fut étendu, et de nos jours encore l’on désigne sous le nom de coliques une douleur présentant les caractères ci-dessus, occupant non-seulement les intestins, mais encore les autres viscères de l’abdomen.
Toutes ces définitions ne me paraissent pas faire ressortir assez clairement les véritables caractères de la douleur connue sous le nom de colique. Elles laissent trop de confusion possible entre ce phénomène spécial et la douleur abdominale ; et pourtant il s’en faut de beaucoup que douleur abdominale soit synonyme de colique. Aussi, s’il m’était permis de donner une définition, je dirais qu’il faut entendre par colique : une douleur abdominale vive, exacerbante, mobile, se traduisant par une sensation de constriction, de resserrement, ou par une sensation de déchirure et même d’expulsion. A ces caractères, il faut ajouter une tendance mar-
quée qu’a la douleur à s’irradier en divers sens. Je n’ai pas la prétention de croire que cette définition ne laisse rien à désirer. Toutefois, j’espère démontrer dans la description de ce symptôme que tels sont bien les caractères présentés par cette douleur, et qu’avec leur aide, on parvient assez aisément à différencier ce symptôme des autres douleurs siégeant dans l’abdomen.
Plan. — Avant de commencer l’étude de ce phénomène morbide, il est bon de prévenir le lecteur qu’il ne s’agira ici que d’une étude séméiologique. Je me bornerai à étudier le phénomène colique dans son acception générale, m’appliquant à montrer quelle est sa valeur diagnostique, sa valeur pronostique, et quelles sont les indications qui en découlent au point de vue du traitement. Une étude particulière de la colique sera faite à propos des différents organes abdominaux qui en sont si souvent affectés. C’est ainsi que la colique hépatique a déjà été étudiée à l’article Biliaires (Voies); que les coliques néphrétique, utérine, etc., seront étudiées aux articles Reins, Utérus. De même, l’on trouvera aux articles Cuivre, Plomb, une description de la colique de cuivre , de la colique saturnine, etc. C’est aussi dans ces différents articles que seront étudiées la colique de Madrid , la colique végétale , la colique du Poitou, du Devonshire, etc.
Ici, je le répète, il ne s’agit que de la séméiologie de la colique, et pour que cette étude soit fructueuse, je suivrai le plan que j’ai adopté pour la céphalalgie, et qui me servira, du reste, dans toute étude d’un symptôme faite au point de vue de la séméiologie. Par conséquent, je chercherai, en premier lieu, à poser le diagnostic du sgmptôme; ce qui ne peut se faire que par la connaissance exacte de ses caractères, de son évolution, de sa durée; puis j’examinerai quelles sont les conditions organiques ou instrumentales qui lui donnent lieu, ou autrement dit, je ferai le diagnostic pathogénique, et je terminerai par le diagnostic nosologique , c’est-à-dire par la recherche de la maladie qui a donné naissance à ce symptôme. Ce n’est qu’après avoir éclairci ou avoir essayé d’éclaircir ces trois points du problème, que le clinicien peut asseoir un pronostic et déduire un traitement de la colique.
Caractères. — Diagnostic symptomatique. — Donner une description exacte du phénomène morbide qui nous occupe est difficile. On sait, en effet, la difficulté qu’il y a à donner les caractères d’une sensation douloureuse éprouvée par les malades, car non-seulement elle varie autant que les individus, chacun donnant un récit plus ou moins vrai, plus ou moins imagé, plus ou moins exagéré de ce qu’il ressent, mais encore parce qu’elle présente dans son apparition, dans sa durée, dans- son intensité, des variations infinies. Aussi ne faut-il pas s’étonner que les auteurs, sauf de très-petites exceptions, ne nous aient donné sur le sujet qui nous occupe que peu de renseignements. Toutefois, en tenant compte et de celte difficulté, et de la grande variabilité des caractères présentés par la sensation douloureuse, connue sous le nom de colique, il me semble pourtant qu’on peut réunir dans une description certains caractères pré-
698 COLIQUE. — caractères. — diagnostic symptomatique.
sentant un ensemble assez bien déterminé, pour que l’on puisse se faire une idée assez exacte de ce phénomène morbide, et que, par suite, il soit assez facile de le distinguer au milieu d’autres phénomènes qui s’en rapprochent plus ou moins.
La douleur étant le caractère le plus important, doit avant tout nous préoccuper. Elle est toute spéciale. Les malades en proie à une colique éprouvent une douleur vive, exacerbante, mobile, ayant une grande tendance à s’irradier. Elle se traduit par une sensation de conslriction, de resserrement, de tortillement, ou par une sensation de déchirure et même d’expulsion. Les caractères de cette douleur sont tels que, réunis, ils permettent au clinicien de différencier la colique des autres douleurs ayant pour siège l’abdomen, et peuvent môme la faire reconnaître lorsqu’elle vient s’enter sur une autre douleur abdominale due, par exemple, «à une inflammation. Comme toute douleur, les coliques sont variables dans leur intensité. Elles sont plus ou moins vives, plus ou moins violentes. Parfois les malades n’éprouvent qu’une sensation à peine douloureuse; d’autres fois, au contraire, ils ressentent des douleurs atroces. Ils se roulent dans leur lit, recherchant, toutes les positions imaginables pour se procurer un peu de soulagement. C’est ainsi qu’on les voit se coucher sur l’abdomen, se comprimer le ventre avec les mains; parfois ils éprouvent de cette compression un certain soulagement; d’autres fois, le moindre contact, le moindre mouvement exagère les douleurs et leur fait pousser des cris atroces. Le tronc est fléchi; le malade se pelotonne; les membres inférieurs fléchis sont ramenés vers la paroi antérieure de l’abdomen. Leur visage présente une anxiété extrême; il est pâle, les traits sont décomposés. Les malades sont plongés dans une angoisse inexprimable; ils éprouvent des sentiments de défaillance, et quelquefois une véritable syncope. On peut même voir survenir des symptômes nerveux, du délire, des convulsions. Ces dernières ne sont pas rares chez les jeunes enfants. Double signale même deux faits où, à la suite de violentes coliques, il a vu survenir une perte de la mémoire pendant quelques jours. Si la violence est extrême, il survient des vomissements tantôt muqueux ou bilieux, tantôt composés de matières alimentaires, surtout si la colique se montre après le repas. En outre, il existe un véritable ténesme, joint à un impérieux besoin d’aller à la garde-robe, que l’intestin soit plein ou vide. Le malade fait des efforts souvent infructueux, il ne rend aucune matière; dans ce cas la colique est dite sèche. D’autres fois ces efforts produisent la sortie de matières liquides plus ou moins abondantes, dont la nature est très-variable, tantôt les selles seront constituées par une matière muqueuse ou séreuse, tantôt par du sang pur ou mélangé aux précédentes matières.
La forme du ventre est modifiée : il peut être ballonné, et, dans ce cas, il y a un grand développement de gaz, ou bien les parois abdominales sont rétractées, appliquées, pour ainsi dire, sur la colonne vertébrale. Au milieu de cet appareil formidable de symptômes, semblant dénoter une atteinte profonde de la vie, la circulation offre parfois peu d al-
térations; il n’est pas rare de constater cjnele pouls reste calme, normal; mais, par contre, d’autres fois il est petit, irrégulier, insensible; la température des mains, des pieds est abaissée; une sueur froide copieuse inonde le visage. La respiration est précipitée, inégale, anxieuse. La voix est rauque; parfois même elle est complètement éteinte.
Le siège le plus fréquent de la douleur est le pourtour de l’ombilic. Dans les violentes coliques, il n’est pas rare, suivant Double, de voir se former vers la région ombilicale, une tumeur plus ou moins étendue, plus ou moins douloureuse, et dont la sensibilité est augmentée par le toucher. Parfois même les malades éprouvent dans cette région une sensation particulière de battements, qui a pu faire penser dans certains cas à l’existence d’un anévrysme de l’aorte.
S’il est vrai que le siège le plus fréquent de la colique soit le pourtour de l’ombilic, fréquence qui avait frappé les observateurs, puisque nous avons vu Cullen ne comprendre sous le nom de coliques que les douleurs périombilicales, il s’en faut qu’il en soit toujours ainsi. On les trouve tantôt dans la région hypogastrique, tantôt dans les flancs. Dans certains cas, enfin, elles n’ont pas de siège fixe ; elles occupent tout l’abdomen. Du reste, il ne faut pas oublier que, même dans les cas où le siège de la colique parait être de préférence dans telle ou telle région, la mobilité de la douleur, la tendance qu’elle a à s’irradier sont telles, qu’il est parfois bien difficile au malade de dire le point le plus douloureux de l’abdomen.
L’apparition de la colique, son début, n’offrent rien de précis. Tantôt elle arrive brusquement, sans qu’on en puisse soupçonner la cause matérielle; tantôt elle arrive lentement, par degrés, et, dans ce cas, les malades éprouvent un peu de malaise abdominal, quelques crampes, et bientôt la colique se déclare.
La marche, la durée de ce phénomène, sont de même très-variables. Tantôt la marche est continue ; la douleur, d’abord légère, devient progressivement très-violente, puis elle décroît et se termine presque brusquement, en laissant à sa suite une lassitude générale qui, du reste, disparaît assez vite si la colique ne se montre pas de nouveau. En effet, elle se montre plus communément sous forme d’accès, et ce caractère d’intermittence irrégulière, il est vrai, n’est pas sans importance, ainsi que nous le verrons, pour établir le diagnostic de la colique. Quoi qu’il en soit, ces accès peuvent être très-fréquents dans la même journée, ne laisser entre eux que de très-légers intervalles, où les malades éprouvent un moment de répit à leurs souffrances, ou bien ils sont assez éloignés, au point qu’on en observe un ou deux par vingt-quatre heures. Du reste, ces accès varient en intensité et en durée, suivant la cause de la colique. Ils peuvent durer de quelques minutes à plusieurs heures ; ils peuvent ne se montrer qu’un jour ou pendant plusieurs jours. Dans certains cas, les coliques présentent une marche rémittente. On observe alors des rémittences plus ou moins prolongées, pendant lesquelles les malades éprouvent encore des douleurs plus ou moins aiguës. Généralement, dans ces cas, la co-
lique est entée sur un autre élément, élément inflammatoire ou de toute autre nature.
Tels sont les caractères généraux, la marche, la durée des coliques. Quant à certains phénomènes qui se montrent pendant le cours de l’accès, et que je n’ai pas mentionnés, je me propose de les relater à propos des différentes coliques; car ces phénomènes peuvent aider jusqu’à un certain point à les diagnostiquer entre elles.
C’est en m’appnyant sur les caractères de la douleur, colique, que je vais essayer de montrer qu’elle n’est pas synonyme de douleur abdominale, ainsi que quelques auteurs le prétendent. Pour cela, je vais rechercher en quoi elle diffère des autres douleurs abdominales ; de cette façon se trouvera établi le diagnostic symptomatique.
Deux cas peuvent se présenter ; ou bien la colique existe seule, et dans ce cas il faut la distinguer des autres douleurs abdominales ; ou bien elle est entée sur une autre douleur due, par exemple, à une inflammation intestinale, et dans ce cas, il s’agit de faire la part qui revient à chacune d’elles. ,
Dans le premier cas, on peut la confondre avec une affection rhumatismale des parois abdominales; avec une névralgie iléo-lombaire, iléoscrotale, iléo-vulvaire ; avec les apoplexies musculaires des parois abdominales; avec les douleurs de ces mêmes parois, que l’on rencontre si souvent dans l’hystérie; avec la péritonite, l’entérite.
Le rhumatisme des parois abdominales se reconnaîtra à la continuité de la douleur, à son siège superficiel, à l’absence des caractères propres à la colique, tels que tortillement, resserrement, ténesme, etc. ; en outre dans le rhumatisme, les douleurs sont exaspérées, provoquées par certains mouvements, certaines attitudes nécessitant la contraction ou l’allongement des muscles.
Dans la névralgie lombo-abdominale , il existe plusieurs symptômes qui se rapprochent beaucoup de ceux offerts par la colique ; parfois la douleur est excessive, revient par accès, elle siège à l’hypogastre, aux flancs. Mais outre que cette douleur est augmentée par la pression, elle est surtout beaucoup plus accentuée dans de certains points fixes , correspondant à l’émergence des filets nerveux, ainsi que cela se voit, du reste, dans toute névralgie. C’est ainsi qu’au niveau des trous de conjugaison, au niveau de la crête iliaque supérieure, du canal inguinal, la pression avec le doigt occasionne de vives douleurs.
Dans certains cas, principalement dans les chutes, dans les contusions, dans les coups portés sur la région abdominale, parfois dans les efforts brusques, faits pour redresser le tronc, on voit survenir des épanchements de sang dans les muscles des parois abdominales , surtout dans l’épaisseur des muscles droits de l’abdomen. D’après Cruveilhier, Andra), Grisolle et Barth, qui ont eu l’occasion d’observer de pareils faits, ces épanchements, ces apoplexTés, donneraient lieu à de violentes douleurs abdominales. Mais il suffit d’être prévenu que ces faits peuvent se présenter, pour éviter toute cause d’erreur.
Dans l’ hystérie , on rencontre assez souvent des douleurs siégeant dans les parois abdominales. Elles peuvent occuper différents points de l’épaisseur de ces parois; elles ont leur siège aussi bien dans la peau que dans les muscles. Outre que cette myosalgie hystérique ne présente pas les mêmes caractères que la colique, car elle est vague, obtuse, et non lancinante, qu’elle siège surtout au niveau des attaches musculaires, elle s’en distingue encore par un caractère particulier qui a été très-bien mis en relief par Briquet. Cet auteur a, en effet, constaté que cette douleur est réveillée par le grattement superficiel du muscle endolori, et qu’elle peut être instantanément éteinte par la faradisation.
La péritonite aiguë , la péritonite essentielle ou spontanée , sur laquelle les docteurs Duparcque et Blachez ont appelé surtout l’attention des médecins dans ces derniers temps, la péritonite traumatique, par suite d’une perforation de l’estomac, de l’intestin ou de tout autre organe abdominal, peuvent, au premier abord, faire hésiter le clinicien dans son diagnostic. En effet, comme dans la colique, la douleur est spontanée, vive, atroce, arrache des cris au malade, elle s’irradie dans tout l’abdomen, et s’accompagne de vomissements, de constipation. Mais un examen plus approfondi vient lever tous les doutes. En effet, cette douleur n’a pas le caractère de tortillement, d’expulsion, comme celle de la colique. En outre elle est plus superficielle; le moindre mouvement, la moindre pression la détermine. Il en est de même des mouvements respiratoires, des efforts pour aller à la selle ou pour uriner. (Monneret.) Ces caractères, on le voit, suffiraient à la différencier même en l’absence des autres symptômes de la péritonite.
Quant à la douleur de V entérite aiguë , elle ne ressemble en rien à celle de la colique. Du reste, les autres symptômes de l’entérite suffisent pour lever tous les doutes. Disons seulement que souvent l 'entérite, comme, du reste, toute affection intestinale, peut, ainsi que nous allons le voir au chapitre des causes, s’accompagner de coliques. Dans ce cas, il faut faire la part des deux douleurs ; pour dégager ce qui revient à la colique, il faut tenir compte de la manière dont se produit la douleur. En effet, dans ce cas, elle est continue, elle augmente par la pression, puis à celle-ci vient s’ajouter une douleur plus vive, ayant tous les caractères que j’ai assignés à la colique; elle dure quelques instants, pour revenir plus tard, à des intervalles plus ou moins éloignés; mais dans ces intervalles, la douleur de l’entérite persiste toujours, et on peut la constater par la pression de l’abdomen.
Telles sont, en général, les douleurs abdominales avec lesquelles on peut confondre la colique. Je sais bien que je ne les ai pas énumérées toutes; mais si j’ai agi ainsi, c’est afin d’éviter des redites, car, à propos du chapitre suivant, à propos de la cause des coliques, j’aurais à compléter ce diagnostic.
Avant de terminer ce chapitre, il reste une question à élucider; savoir: quel est le siège de la colique? En effet, il ne suffit pas pour le clinicien de savoir qu’il se trouve en présence d’une colique; il faut qu’il sache,
702 COLIQUE. — caractères. — diagnostic symptomatique.
avant tout, si la colique a pour siège l’estomac ou l’intestin; si elle occupe le foie ou les reins, l’utérus ou la vessie? Ce n’est que lorsqu’il a élucidé ce problème qu’il peut rechercher la cause, la nature de la maladie sous l’influence de laquelle s’est développé ce phénomène. Aussi, quoique je n’aie pas décrit les coliques qui affectent les organes que je viens de signaler, puisqu’elles doivent être décrites à propos de chacun d’eux, je crois ne pas sortir du cadre qui m’est imposé en faisant connaître les principaux caractères qui permettent d’élucider la question du siège de la colique.
Il est parfois assez difficile de distinguer les coliques d'estomac des coliques intestinales. Cette difficulté tient à plusieurs causes; et, d’abord, si l’on veut bien faire attention aux rapports anatomiques qui existent entre l’estomac et le gros intestin, on verra qu’il est bien facile de placer dans ce viscère les douleurs qui se montrent dans l’intestin, et, réciproquement, d’attribuer à l’intestin les coliques qui ont pour siège l’estomac. Comment en serait-il autrement, puisque l’estomac est en communication presque intime avec le côlon transverse, que parfois il est recouvert par ce dernier, et que, dans l’un et l’autre cas, les douleurs siègent au-dessus de l’ombilic? Il n’est donc pas étonnant que les malades accusent constamment leur estomac d’ètre le siège de leurs douleurs. Aussi est-il nécessaire que le médecin, pour qu’il soit en mesure de bien établir le siège de la douleur, mette toute son attention à la marche qu’affecte la colique, et que surtout il tienne un grand compte du moment où elle débute. En effet, lorsque la colique siège dans l’estomac, elle survient très- peu de temps après l’ingestion des aliments; le plus souvent elle donne lieu à des vomissements alimentaires, ou bien elle s’accompagne de renvois gazeux. Dans le cas contraire, la colique sera intestinale; elle siégera dans le côlon transverse si elle survient six, sept, huit heures après le repas. En outre elle donne lieu à des garde-robes plus ou moins liquides, plus ou moins nombreuses. (Bachelet.) Parfois la connaissance du début des accidents, la marche qu’ils affectent, ne suffisent pas pour établir la distinction; aussi faut-il tenir grand compte des phénomènes qui existent en même temps, des antécédents du malade, et surtout de la cause qui les a produits.
Les coliques qui ont pour siège les canaux excréteurs du foie, des reins, tout en ressemblant à celles qui siègent dans l’intestin par leur violence, en diffèrent cependant par des caractères spéciaux qui permettent d’éviter toute confusion. Ainsi, dans la colique hépatique , la douleur a son maximum d’intensité dans l’hypocondre droit; elle a une grande tendance à s’irradier, surtout vers l’épaule droite. Elle s’accompagne de vomissements alimentaires ou bilieux. Les garde-robes sont supprimées, ou bien elles sont complètement bilieuses. Ce caractère se montre surtout à la fin de la colique, et, dans ce cas, si on s’entoure de toutes les précautions voulues, il n’est pas rare de rencontrer dans les selles la concrétion biliaire, le calcul qui a donné lieu au développement de la colique. En même temps que la colique, ou mieux après plusieurs accès, on voit
COLIQUE. — CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 703
survenir parfois de l'ictère; je dis parfois, car ce symptôme n’est pas constant. Pour qu’il se produise, il faut que l’obstacle au cours de la bile soit complet. Quant à la colique néphrétique , le siège de la douleur au niveau de la région rénale, l’irradiation de cette douleur se faisant suivant le trajet du cordon testiculaire, l’hématurie, tous ces phénomènes réunis permettent de localiser la colique, et, par conséquent, de la différencier de la colique intestinale.
La colique cystique , la colique utérine , peuvent, au premier abord, donner lieu à une méprise. La douleur siège ordinairement dans la région hypogastrique, mais un examen plus attentif, la connaissance des autres symptômes morbides, par exemple, la rétention d’urine pour la colique cystique, une affection de l’utérus pour la colique utérine, viennent lever tous les doutes et permettent d’en assigner le véritable siège. Toutefois il n’est pas rare de voir la colique utérine coïncider avec une colique intestinale, et, dans ce cas, il faut faire la part de chacune. On y arrivera en sachant que souvent, dans la colique utérine, la douleur a son maximum d’intensité dans la région lombaire, puis en tenant compte des circonstances qui ont influé sur leur développement. Ces quelques mots suffisent, je l’espère, pour montrer les différences qui existent entre les coliques affectant tel ou tel organe. Pour de plus amples détails, il faut, je le répète, que le lecteur se reporte aux articles spéciaux.
Voyons, maintenant que nous connaissons les caractères des coliques, le diagnostic de leur siège, quelles sont les conditions étiologiques qui président à leur développement.
Conditions étiologiques; physiologie pathologique; diagnostic pathogénSque. — Avant de donner une interprétation physiologique de la colique, de mentionner les diverses circonstances dans lesquelles elle survient, je crois devoir exposer les divisions, les classifications que, de tout temps, les auteurs ont cherché à établir dans cette étude.
La colique est un phénomène si commun, elle se montre dans un si grand nombre de maladies abdominales, et dans des circonstances si variées, qu’il n’est pas étonnant que les cliniciens aient été frappés de son existence, qu’ils aient cherché à l’interpréter, et, par suite, qu’ils aient proposé des divisions, des classifications pouvant en faciliter l’étude.
Sans avoir la prétention de citer les noms de tous les auteurs qui se sont occupés de cette étude, je dirai seulement que , dans les écrits d’Hippocrate, il n’est fait nulle mention du phénomène qui nous occupe. Celse, Galien en parlent, et l’on peut dire, d’une manière générale, que depuis ceux-ci tous les auteurs en ont parlé. Mais ce serait une étrange erreur que de croire que ce phénomène ait été interprété de la même manière : et d’abord, bien avant que la colique ait été considérée comme un symptôme, la plupart des auteurs en ont fait une entité morbide; d’autres, au contraire, la considéraient comme un symptôme d’une maladie abdominale, et comme les anciens s’attachaient à dénommer les maladies par le symptôme le nias saillant, il en était résulté qu’ils avaient
COLIQUE. CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES.
établi autant de coliques qu’il y avait de maladies où ce symptôme se montrait. Ainsi, au temps de Cullen, ils en reconnaissent plus de quarante, et toutes réunies, elles constituent un ordre nosologique où l’on trouve les affections les plus disparates. (Badour.) Cullen, en ne considérant sous le nom de colique que les douleurs qui siègent autour de l’ombilic, en réduisit le nombre, quoique cependant, ainsi que je vais le montrer, en rapportant sa classification, il soit aussi tombé dans le travers des auteurs qui font précédé. Ce n’est, du reste, que depuis le pas immense que l’anatomie pathologique a fait faire à la médecine, ce n’est que depuis le degré de précision que la science médicale a acquis parles différentes méthodes d’exploration mises au service des médecins , que la véritable signification de la colique, comme celle, du reste, d’une foule d’autres phénomènes morbides, a été établie; aussi, aujourd’hui, les cliniciens ne voient dans la colique qu’un symptôme. De même les diverses circonstances où elle se montre sont mieux appréciées.
Parmi les nombreuses classifications proposées, je ne citerai que les suivantes : elles seront suffisantes pour montrer comment la colique a été interprétée jusqu’à nos jours. Cullen la divise en deux grandes classes : elle est idiopathique ou symptomatique. Chacune de ces classes comprend plusieurs groupes, basés à leur tour sur la nature, la cause, le siège de la colique. Ainsi, les coliques idiopathiques sont au nombre de sept :
Première espèce : la spasmodique, dont les suivantes ne sont que des variétés : A, la colique spasmodique proprement dite; B, la flatulente ou venteuse; C, l’iléus physodes, qui est une variété de la précédente; D, la colique bilieuse ; E, la pituiteuse ou glaireuse ; F, l’iléus; G, l’iléus des Indes ou choléra-morbus. — Deuxième espèce : la colique de Poitou ou des peintres, qui comprend : A, la rachialgie métallique (colique de plomb); B, la rachialgie végétale (colique de Poitou) ; C, celle produite par le froid (colique de Surinam, de Madrid, suivant quelques auteurs) ; D, par cause traumatique portant sur l’épine du dos. — Troisième espèce: colique stercorale. — Quatrième espèce : la colique accidentelle que produit l’ingestion d’aliments âcres ou pris en trop grande quantité, le refroidissement, l’arsenic, les champignons. — Cinquième espèce : la colique méconiale , qui affecte les nouveau-nés chez lesquels le méconium est retenu. — Sixième espèce : la colique calleuse dépend d'un rétrécissement du côlon. — Septième espèce : la colique calculeuse est celle qui existe chez ceux qui ont rendu des calculs.
Les coliques symptomatiques accompagnent les fièvres intermittentes, l’hystérie, la grossesse, la goutte (rachialgie arthritique), le scorbut (rachialgie scorbutique), les hernies (iléus herniaire), l’entérocèle, la compression des intestins, le squirrhe des intestins, les maladies du pancréas, du mésentère, les règles, les hémorrhoïdes supprimées, les anévrysmes de l’aorte, l'imperforation du rectum chez les nouveau-riés*
Je n’ai pas besoin de faire suivre cette classification de longs commentaires, car, outre qu’elle est des plus imparfaites et des plus incomplètes; elle montre que Cullen n’a pas su éviter complètement le travers de ses
COLIQUE. — CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 705
devanciers, et quil a confondu, lui aussi, la douleur abdominale avec la colique. Du reste, quelques auteurs commettent encore de nos jours cette confusion. Les auteurs du Compendium de médecine s’expriment ainsi : « Celte expression (colique), trop générale, ne signifiant autre chose qu’une douleur de ventre, est peu employée dans le langage médical, à moins qu’on n’y ajoute une qualification qui désigne la nature, le siège ou la cause (colique nerveuse, néphrétique, calculeuse), etc. » — « Les seules maladies, disent-ils plus loin, qui soient décrites sous le nom de colique sont la colique de plomb, de. cuivre et végétalé; la colique nerveuse mérite de conserver son nom, puisque sa cause, son siège ne nous sont pas encore connus. »
Bouillaud, après avoir énuméré les causes morbides susceptibles d’exciter diverses douleurs qui ont reçu le nom commun de coliques, et qu’on différencie, dit-il, les unes des autres par un adjectif qui indique le siège ou la cause présumée de chacune d’elles, se base sur le siège, la cause, pour établir une division.
Gressot, dans sa thèse inaugurale , écrite sous l’empire de la doctrine de Broussais, les divise en deux classes suivant la nature. La première, colique inflammatoire , comprend trois ordres : a. coliques produites par une obstruction qui détermine une irritation locale donnant lieu souvent à des symptômes généraux : telles sont les coliques dites stercorales, vermineuses, biliaires, herniaires, squirrheuses ou cancéreuses; celles produites par des corps étrangers arrêtés dans une partie du tube intestinal ; b. toutes les coliques métastatiques : hémorrhoïdale, menstruelle, rhumatismale ou goutteuse; c. coliques franchement inflammatoires : bilieuse, entérite, colite, végétale, cuivre, poisons. La deuxième classe comprend les coliques nerveuses : ihy fait rentrer la colique hépatique, flatulente, stomacale, utérine, plomb, Madrid.
J. Frank a donné la classification suivante : de l’élude des causes, il résulte pour lui que la colique n’est le plus souvent que l’effet d’une autre lésion. On ne peut nier cependant, ajoute-t-il, que dans les maladies de cette nature, la douleur ne prédomine d’une façon singulière en affectant une forme propre, et que l’action des nerfs ne se trouve bien manifestement atteinte. Ce qui fait que la colique doit être considérée comme une maladie spéciale et soigneusement distinguée de toute autre affection. Partant de là, on la divise en idiopathique ou primitive, en deutéropathique ou secondaire. La cause de la première a son siège dans le tube intestinal lui-même; la seconde n’est que le symptôme, un effet sympathique ou la métastase d’une autre maladie ayant primitivement affecté les intestins. On voit par là que J. Frank n’est pas très-loin des idées anciennes, puisque pour lui la colique n’est pas toujours un symptôme, et que, dans quelques circonstances, elle constitue une maladie spéciale. Du reste, cette erreur peut être attribuée de même à ceux qui regardent l’entéralgie comme synonyme de colique nerveuse, tandis que, selon Durand-Fardel, dont je partage entièrement l’opinion, la colique se montre dans l’entéralgie au même titre que dans les autres affections intestinales;
706 COLIQUE. — conditions étiologiques.
elle n’en constitue qu’un symptôme. Je reviendrai du reste sur ce sujet un peu plus tard.
Durand-Fardel, établissant que les coliques ne peuvent provenir que des organes jouissant de la faculté d’expulser d’une manière active les produits de sécrétion ou d’exhalation, ou les corps étrangers contenus dans leur cavité, a admis qu’elles étaient intestinales, hépatiques, néphrétiques, vésicales, utérines. Puis, se basant sur le siège que peuvent affecter les coliques intestinales, il les divise en ombilicales, sus-ombilicales, sousombilicales et latérales.
Le professeur Monneret, dans sa Pathologie générale , admet deux grandes classes de coliques. La première comprend la colique symptomatique; la deuxième, la colique sympathique. Elle est symptomatique lorsqu’elle survient dans le cours des phlegmasies aiguës et chroniques de l’intestin; des ulcérations de la muqueuse intestinale; dans le cours de toutes les formes de diarrhée ; de toutes les maladies qui gênent la circulation des matières stercorales (étranglements, iléus, cancer, tumeurs, etc.).
Elle est sympathique dans toutes les névroses, l’hystérie, l'hypochondrie, la gastralgie ; dans l’empoisonnement par le plomb, dans le rhumatisme et la goutte.
On doit, au contraire, ajoute cet auteur, la considérer comme symptôme et maladie, c’est-à-dire comme idiopathique, dans l’entéralgie, qui est endémique dans les mers de l’Indo-Chine, aux Antilles et ailleurs. Elle constitue la colique nerveuse, si fréquente chez les sujets nerveux, après un refroidissement, une émotion morale, etc.
Enfin, pour terminer cette énumération, je dirai que Badour, dans sa thèse inaugurale, divise les coliques en deux grandes classes, d’après leur cause; puis, se basant sur le siège, il admet six divisions : coliques hépatiques, néphrétiques, pancréatiques, utérines, vésicales, gastro-intestinales. La première classe, qu’il désigne sous le nom de coliques par causes physico-organiques , comprend les coliques par exagération fonctionnelle (ainsi celles qui surviennent à la suite de l’indigestion, de l’entérorrhée, etc.); les coliques par arrêt plus ou moins complet dans le cours des matières ou par obstruction mécanique; les coliques inflammatoires . Dans la deuxième classe, coliques par causes dynamiques, se trouvent les coliques nerveuses , spasmodiques proprement dites : celles, en un mot, qui dépendent d’une névrose quelconque, celles qui constituent le principal symptôme d’une de ces maladies dont le siège est localisé dans le système nerveux, qu’elle ait son point de départ dans ses ramifications ou dans une de ses parties centrales, encéphale ou cordon médullaire.
On le voit, ces classifications sont toutes ou presque toutes arbitraires, basées qu’elles sont tantôt sur le siège, tantôt sur la cause physique. Il n’est donc pas étonnant qu’on ait admis une foule de divisions, divisions que l’on pourrait encore multiplier à l’infini, si l’on s’appuyait sur certains caractères, sur certains phénomènes qui accompagnent les coliques, ainsi
que quelques auteurs l’ont fait. Aussi, pour ne pas tomber dans la même erreur, s’il me fallait donner, à mon tour, une classification, je prendrais surtout pour base la physiologie pathologique du symptôme. Mais ici se présente une difficulté, que je dois, de toute nécessité, mettre en évidence. Est-il possible, dans l’état actuel de la science, de donner une bonne explication de la nature intime de la colique? Peut-on, en un mot, en faire connaître la physiologie pathologique? Répondre à cette question n’est pas facile; pourtant, je crois, sans être pour cela taxé de hautes prétentions, que l’on peut arriver à la résoudre, sinon d’une manière complète, du moins à peu près complètement. En effet, nos connaissances sur le système nerveux intestinal, grâce aux progrès que l’expérimentation a fait faire à la physiologie, sont beaucoup plus étendues qu’il y a quelques années, mêmes assez rapprochées de notre époque. Aussi ne faut-il pas s’étonner que les auteurs, tels que Romberg, Axenfeld, G. Sée, aient cherché à interpréter physiologiquement le symptôme colique. C’est en me basant sur les travaux de ces auteurs que je vais essayer de donner la physiologie pathologique de la colique, pour ensuite en déduire une classification.
Physiologie pathologique. — Ce serait commettre une étrange erreur de croire que les anciens auteurs ne se sont pas occupés, eux aussi, de la nature intime des coliques. La colique nerveuse, que nous trouvons dans toutes les classifications, démontre que cette question les a préoccupés; mais s’ils admettaient la nature névralgique de la colique, ils n’en avaient donné aucune explication. C’est plutôt de leur part une intuition qu’une démonstration.
Comment, du reste, n’en aurait-il pas été ainsi, en présence de la divergence des opinions touchant les fonctions du nerf pneumo-gastrique et du nerf grand sympathique? Ne discutait-on pas, il y a quelques années encore, pour savoir si le sympathique était sensible? Il ne faut donc pas s’étonner si la physiologie pathologique de la colique, soupçonnée, je le répète, par les anciens, n’a fait de grands progrès que lorsque l’expérimentation est venue éclairer les fonctions dévolues à chacun des nerfs cités plus haut.
Enfin, la connaissance plus exacte, plus approfondie des nerfs 'vasomoteurs a permis, jusqu’à un certain point, de mieux se rendre compte des phénomènes réflexes, de la sympathie des anciens. Aussi sera-t-il peut-être plus facile de donner une explication des coliques sympathiques, des coliques par action réflexe, s’il est permis de s’exprimer ainsi.
Mais avant de dire où en est arrivée aujourd’hui cette question, il me semble qu’il est nécessaire de rappeler, en quelques mots, la disposition anatomique qu’affectent dans l'abdomen les nerfs pneumo-gastrique et sympathique.
Le nerf pneumo-gastrique, on le sait, se distribue plus spécialement à l’estomac et au foie qu’à l’intestin. Il n’y a, en effet, qu’une portion du pneumo-gastrique droit qui vienne se rendre aux ganglions semi-lunaires
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pour s’anastomoser avec les nerfs splanchniques du grand sympathique, et former ainsi le plexus solaire.
Ce plexus, auquel les physiologistes ont fait jouer un grand rôle dans la production des actions instinctives, résulte surtout de l’anastomose des nerfs grands et petits splanchniques du grand sympathique. Toutefois, dans sa constitution, outre le pneumo-gastrique droit, il entre quelques divisions des nerfs phréniques droit et gauche, surtout du droit. De ce plexus principal émergent plusieurs plexus secondaires dont les principaux sont constitués par les plexus mésentériques supérieur et inférieur. Le premier vient se ramilier dans l’intestin grêle et dans la moitié droite du gros intestin. Quant au deuxième, constitué par les radiations du plexus solaire et par un prolongement du plexus mésentérique supérieur ainsi que par des rameaux émanés des ganglions lombaires, il se distribue à toute la moitié gauche du gros intestin, et se termine dans le rectum. On peut donc dire que l’intestin est presque uniquement innervé par le sympathique. C’est par son intermédiaire que les intestins reçoivent leur sensibilité et leur motricité. Ce fait, aujourd’hui, ne peut plus être mis en doute : les expériences physiologiques récentes nous dispensent de tout commentaire, et il n’est nul besoin de montrer, à propos du sujet qui nous occupe, toutes les phases de la discussion qui a régné pendant si longtemps entre les physiologistes. Ces expériences montrent, en outre, que le sympathique thoracique et même cervical exerce également une certaine influence sur les mouvements intestinaux. Du reste, nous trouvons dans l’excellent ouvrage du professeur Sée, un résumé parfait des travaux modernes sur ce sujet. Aussi nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ce qu’il nous enseigne à cet égard : « Si on excite les nerfs splanchniques, qui jouissent d’ailleurs d’une sensibilité marquée, l’intestin grêle se contracte ; mais une excitation forte arrête complètement les mouvements de l’organe. Ainsi ces nerfs contiennent des iilets moteurs et des nerfs d’arrêt.
« La galvanisation des plexus solaire et mésentérique supérieur fait également contracter l’intestin grêle et plus rarement le gros intestin. Si on fait la contre-épreuve en excitant ces ganglions, on voit bien plus augmenter les mouvements du gros intestin, le contenu devient plus liquide et s’évacue plus rapidement. Toutefois, ces effets ne s’observent que sur le lapin. (Budge.) Les mêmes expériences, tentées sur des chiens, ne troublèrent pas leurs digestions, ne provoquèrent pas de diarrhées. (Eckardt et Adrian.) Aussi l’excitation provient surtout des nerfs vagues et des ganglions sympathiques; les splanchniques sont surtout des modérateurs.
« Tous les organes digestifs, animés par le sympathique, peuvent également être excités par le système spinal, et même par l’encéphale. Après l’arrachement des nerfs pneumo-gastriques qui excitent l’intestin grêle, l’irritation du centre cérébro-spinal en un point quelconque suffit pour provoquer des mouvements péristaltiques. (Valentin et Budge.) La section de la moelle au-dessous des racines des nerfs du mésentère détermine chez
le lapin des contractions si actives qu’on les aperçoit. Le gros intestin, surtout le rectum, reçoit des nerfs de la moelle lombaire, et c’est pour ce motif qu’il subit les mêmes modifications que les nerfs périphériques, particulièrement l’ anesthésie. C’est par la moelle que les impressions passent de l’encéphale aux nerfs intestinaux, qu’elles excitent de façon à provoquer des contractions répétées.
«Au résumé, les mouvements de l’intestin peuvent être provoqués par les ganglions sympathiques et la moelle, exagérés outre mesure, par l’extirpation du ganglion sympathique et la section de la moelle, enfin enrayés totalement par une excitation forte des nerfs splanchniques. »
C’est en s’appuyant sur ce qu’enseigne la physiologie que G. Sée, à l’exemple de Traube, considère les coliques comme des tensions ou des contractions musculaires. Si l’on analyse les différentes conditions dans lesquelles la colique survient, si l’on veut bien tenir compte des caractères de la douleur, surtout du caractère expulsif qu’elle présente à un si haut degré, on voit que c’est, là la véritable signification physiologique, la véritable interprétation de ce phénomène. En effet, lorsque les liquides contenus dans un réservoir musculaire rencontrent un obstacle à leur écoulement, toute la partie qui est au-dessus de l’obstacle éprouve, de temps à autre, des contractions péristaltiques très-énergiques ; de là une tension des parois, des douleurs expultrices qui se manifestent par accès comme les contractions elles-mêmes; dès que l’obstacle est levé, les contractions, qu’on peut parfois voir ou sentir, ne manquent pas de disparaître. (G. Sée.) C’est en admettant surtout cette interprétation, qui s’applique aussi bien à une certaine espèce de colique intestinale qu’aux coliques dites hépatique, néphrétique, utérine, vésicale, que se trouve justifiée l’extension de ce mot ; extension qui, pour quelques auteurs, doit être blâmée, parce qu’elle introduit dans le langage médical une grande confusion.
Quant à moi, je l’avoue, trouvant dans ces différents organes la même condition anatomique, c’est-à-dire un réservoir ou conduit musculaire, considérant que l’innervation est pour ainsi dire la même, puisqu’elle provient et du grand sympathique et de l’axe cérébro-rachidien, considérant enfin que le processus pathologique est le même, et que, la douleur, colique, se montre avec les mêmes caractères, il ne me répugne nullement de donner la même désignation à un phénomène identique, surtout lorsque cette désignation a une signification propre, qu’elle est connue depuis longtemps dans le langage médical. Quoi qu’il en soit, de cette élude sur la physiologie pathologique de la colique, il ressort clairement ce fait : qu’elle est le résultat d’une tension ou d’une contraction musculaire douloureuse. Partant de là, je suis fondé à proposer une division de la colique en deux classes : elle peut être symptomatique ou sympathique. Cette division a été donnée, il est vrai, par plusieurs auteurs; mais, tandis que ceux-ci en la proposant n’avaient en fue que la cause, je la hase, au contraire, sur la nature de la colique. Elle sera symptomatique toutes les fois qu’il résidera dans la cavité intestinale, dans les parois des intestins, une lésion capable de réveiller outre mesure une
tension ou cette contraction musculaire; elle sera sympathique , ou réflexe si l’on veut, lorsqu’elle se produira sous l’influence d’une excitation nerveuse locale ou éloignée. Ainsi, chez les phthisiques, en dehors des ulcérations intestinales qui peuvent donner lieu à des coliques, il n’est pas rare d’en voir survenir de très-violentes. Dans une foule de circonstances, il en est de même; et comment n’en serait-il pas ainsi, puisque nous savons d’une part que les contractions intestinales sont sous l’influence du grand sympathique, et que, d’autre part, celui-ci est en relation intime avec le centre encéphalo-médullaire. Par conséquent, je suis très-fondé à admettre cette division. Du reste, la classe des coliques sympathiques est la plus nombreuse ; peut-être même serait-on en droit de considérer toutes les coliques comme étant de nature sympathique. Les notions physiologiques que j’ai fait connaître autorisent jusqu’à un certain point cette manière de voir. En outre les accidents nerveux qui se montrent dans le cours de la colique, tels que anxiété, pâleur de visage, angoisse dyspnéique, vomissements, convulsions, crampes, paraissent la justifier. Quoi qu’il en soit, pour les raisons que je viens d’énumérer, je crois qu’il n’est pas possible d’admettre une troisième classe, comprenant la colique idiopathique. En effet, la colique nerveuse, qui constituerait à elle seule cette classe, rentre parfaitement dans celle des coliques sympathiques. Les causes qui lui donnent lieu, telles que le refroidissement, une émotion morale, etc., montrent très-bien la pathogénie que je lui assigne.
Ceci étant donné, je vais étudier les différentes causes de la colique, voir dans quelles circonstances elle survient, afin de pouvoir répondre à la deuxième question que je me suis posée, à savoir le diagnostic pathogénique. Mais avant d’étudier chaque cause en particulier, il est bon de signaler en quelques mots les conditions étiologiques générales que l’on rencontre dans la colique, et qui jouent le rôle de causes prédisposantes. Comme pour tout phénomène morbide nerveux, certaines idiosyncrasies, certains tempéraments paraissent jouer un grand rôle dans l’apparition de la colique. On ne saurait méconnaître, en effet, que les individus présentant le type des tempéraments dits lymphatiques, des tempéraments dits nerveux, soient plus sujets à la colique que ceux d’un tempérament opposé. Il n’est pas rare de voir chez eux la cause la plus futile en apparence, une frayeur, une vive émotion morale donner lieu aux coliques les plus violentes.
Les professions sédentaires, une vie molle et efféminée paraissent de même prédisposer à la colique.
Quant à l’âge et au sexe, on observe de même que les coliques sont beaucoup plus fréquentes dans le jeune âge et l’âge adulte que chez le vieillarÿ. Les femmes paraissent être plus souvent atteintes que les hommes. Telles sont les quelques circonstances générales que l’on rencontre, il est vrai, dans l’étude des causes dites prédisposantes de presque tous les phénomènes morbides douloureux, mais qui, pour le symptôme que j’étudie, paraissent jouer un rôle que le clinicien ne doit pas dédaigner.
COLIQUE. — physiologie pathologique. 711
Tour arrivera poser à peu près sûrement le diagnostic pathogénique de la colique, il faut connaître, ai-je dit, les différentes conditions étiologiques, où elles surviennent. Ces conditions sont nombreuses. Aussi est-il de toute nécessité, pour se reconnaître au milieu de ce chaos, d’admettreune division. Nous savons déjà que la colique est symptomatique ou sympathique. Je conserve à dessein cette division, parce qu’elle permet d’étudier distinctement des causes qui, en apparence bien différentes, agissent probablement, ainsi que je l’ai déjà fait pressentir, de la même manière, c’est-à-dire en produisant la tension ou la contraction musculaire douloureuse qui appartient en propre à la colique. Cette division nous facilitera en outre l’étude de la valeur pronostique de la colique.
La classe des coliques symptomatiques comprend celles qui surviennent lorsqu’il existe une lésion matérielle de l’intestin. Je vais passer successivement en revue la colique survenant : 1° dans les phlegmâsies aiguës et chroniques de l'intestin , que ces phlegmâsies soient simples ou dites spécifiques, comme dans la dysenterie épidémique; 2° dans les ulcérations de Vintestin , de même simples ou dites spécifiques, 5° dans les intoxications; ^lorsqu’il existe une gêne à la circulation des matières fécales. Cet obstacle est tantôt dû à la présence dans la cavité intestinale de tumeurs développées à la surface interne de la muqueuse, tels que polypes, ou bien à la présence de corps étrangers venus du dehors (noyaux de cerise), ou développés dans des organes voisins (calculs hépatiques), ou développés enfin dans la cavité intestinale (calcul intestinal) ; tantôt cet obstacle est dû à une altération des parois intestinales (cancer, rétrécissement, invagination, étranglement interne, iléus, hernie), tantôt enfin une tumeur développée dans un des principaux organes de la cavité abdominale (utérus, ovaire, etc.) vient comprimer l’intestin, et, par suite, apporte une grande difficulté, parfois même un arrêt complet, à la progression des matières fécales.
La classe des coliques sympathiques comprendra toutes celles qui surviennent lorsque l’intestin n’est pas malade, lorsqu’il ne présente pas de lésion matérielle appréciable. Dans cette classe je ferai rentrer plusieurs causes qui, peut-être, agissent en produisant une altération delà muqueuse, consistant en une congestion plus ou moins violente, de telle sorte que ces coliques sont pour ainsi dire à cheval sur les deux grandes classes que j’ai admises ; mais je ne crois pas que cette lésion soit suffisante pour les faire admettre dans la première; je crois que ce n’est pas par suite de la lésion de la muqueuse, qu’elles donnent lieu à la colique, mais bien par suite d’une action réflexe. Ainsi agissent, suivant moi, l’indigestion, les gaz, les matières stercorales, les vers, les purgatifs drastiques, le refroidissement, l’humidité. Dans tous ces cas, une congestion de la muqueuse peut bien se produire, mais je le répète, je crois qu’elle joue un très-petit rôle, si toutefois elle en joue un.
A. Coliques symptomatiques d'une lésion intestinale. — Entérite aiguë et chronique ■ — L’inflammation aiguë et chronique de l’intestin donne lieu à la colique. Dans ces cas, celle-ci présente toujours quelque chose
de spécial qui la fait aisément reconnaître, et qui permet jusqu’à un certain point de la rapporter à sa véritable cause. Ainsi, à la douleur continue de l’entérite vient s'ajouter parfois une douleur vive, intermittente, ordinairement de courte durée, et se reproduisant à des intervalles d’autant plus courts que la maladie est plus violente. Cette douleur débute généralement autour de l’ombilic, puis elle parcourt l’abdomen en différents sens ; mais rarement elle s’étend à des points éloignés. Tantôt elle est précédée d'une diarrhée abondante ; le malade éprouve un pressant besoin d’aller à la selle; tantôt elle accompagne la constipation qui se montre parfois dans l’entérite aiguë, surtout lorsque cette inflammation est limitée à l’intestin grêle.
Dans la dysenterie aiguë endémique ou épidémique, il existe, on le sait, de violentes coliques. Celles-ci présentent de même un caractère spécial qui permet de les distinguer des précédentes. On sait, en effet, que dans la dysenterie il se fait une supersécrétion à la surface de la muqueuse, et l’on observe alors que chaque effort d’expulsion fait par le malade est précédé de coliques : telle est même, ajoute Durand-Fardel, la sensibilité acquise par la muqueuse enflammée, que la moindre quantité de matière sécrétée provoque aussitôt des contractions douloureuses, et ces coliques stériles, accompagnées de ténesmes, communs à toutes les inflammations du gros intestin, appartiennent surtout, en propre, à la dysenterie. Ces coliques existent surtout sur le trajet du côlon et de l’S iliaque. Elles sont réveillées par l’ingestion d’aliments, de boissons.
Les empoisonnements par les poisons irritants ou corrosifs, l’acide sulfurique, l’acide nitrique, l’acide chlorhydrique, l’acide oxalique, la potasse, la soude, donnent lieu à des coliques extrêmement violentes. Celles-ci sont suivies de déjections alvines sanguinolentes, répétées. A part ces déjections qui les accompagnent, ces coliques n’olfrent rien de bien spécial qui les différencie de celles dues à une simple inflammation. L’empoisonnement par les drastiques, tels que les euphorbes, le croton tiglium, la bryone, la rue, la coloquinte, la gomme gulte donnent lieu, de même, à des coliques extrêmement vives. Les malades éprouvent des douleurs brûlantes dans l’abdomen ; les coliques sont suivies d’évacuations alvines abondantes, dysenlériques, cholériformes, hémorrhagiques. Dans cet empoisonnement par les drastiques, les coliques sont beaucoup plus violentes que dans l’empoisonnement par les poisons corrosifs, acides ou alcalins. Il n’en saurait être autrement, puisque les drastiques agissent sur l’intestin, tandis que les poisons corrosifs portent principalement leur action sur les premières voies digestives, sur l'estomac. (A. Tardieu.) Certains poisons hyposthénisants , tels que le phosphore, les sels de cuivre, les sels de mercure, principalement le sublimé corrosif, agissant de même sur la muqueuse intestinale, y produisant des lésions assez graves, provoquent l’apparition de coliques qui suivent ordinairement les vomissements répétés que l’on observe dans tous ces cas.
Parmi les poisons stupéfiants qui donnent lieu à ce phénomène, il faut
citer le plomb et ses préparations, la nicotine, les champignons vénéneux.
Dans cet empoisonnement, les coliques sont très-violentes, accompagnées d’un ténesme excessif, et suivies d’une diarrhée abondante.
L’hémorrhagie intestinale, outre les symptômes ordinairesdes hémorrhagies, s’accompagne fréquemment de coliques. Celles-ci précèdent souvent l’hémorrhagie de quelques jours ; parfois pourtant elles se montrent immédiatement avant et même pendant l’hémorrhagie. Les malades éprouvent une douleur obtuse à la pression de l’abdomen, cette douleur se montre surtout au niveau de l’ombilic; en outre il existe des douleurs sourdes se reproduisant par intervalles; d’autrefois elles sont tellement vives qu elles font pousser des cris aux malades. En même temps elles se propagent vers les lombes, lesflancs, les fosses iliaques et même vers l’hypogastre. Les malades sont pris de frissons, de défaillances, les douleurs sont ordinairement peu vives pendant quelques jours ; le ventre est à demi-tendu. Elles se succèdent à des intervalles d’abord éloignés, puis elles se rapprochent et augmentent d'intensité. Elles cessent lorsque l’hémorrhagie se produit; quelquefois même elles disparaissent à la suite d’une épistaxis, d’une sueur générale abondante, où par le fait de selles liquides nombreuses. Ces phénomènes s’observent surtout lorsque l’hémorrhagie se produit dans l’intestin grêle. Quelques auteurs, Gendrin entre autres, se sont appuyés sur ces caractères pour les différencier de celles qui ont leur siège dans le gros intestin.
A côté de ces coliques se montrant dans l’hémorrhagie intestinale, je dois placer celles qui surviennent chez les individus atteints d’hémorrhoïdes , quoique cependant, la cause soit ici toute différente. Elles ont été décrites par les auteurs sous le nom de coliques hémorrhoiclales. Elles présentent certains caractères qui permettent d’en reconnaître assez facilement la cause. Ainsi, quelques jours avant, ou bien seulement quelques instants avant que le flux sanguin hémorrhoïdal se produise, les malades éprouvent des douleurs gravatives au sacrum, vers les flancs et vers l’anus; de là, ces douleurs se propagent souvent jusqu’au dos et même jusqu’aux organes génitaux. Parfois, elles sont très-vives, tormineuses, expulsives; les malades ont continuellement des envies d’aller à la garde-robe, envies suivies d’efforts infructueux. Elles durent un certain nombre de jours ou seulement quelques heures, et elles présentent toujours des intermissions irrégulières. Dans beaucoup de cas, la manifestation hémorrhagique amène une cessation presque instantanée de ces phénomènes douloureux. Tantôt ils ne se reproduisent plus ; tantôt, au contraire, ils se montrent de nouveau; mais, en général, ils disparaissent avec l’hémorrhagie pour ne plus se reproduire qu’avec un nouvel écoulement du liquide sanguin.
Je viens de dire que la manifestation hémorrhagique amenait une cessation de la colique ; il s’en faut de beaucoup qu’il en soit toujours ainsi. Il n’est pas rare, en effet, de voir les coliques se développer par la suppression du flux hémorrhoïdal. Les anciens auteurs voyaient dans ce fait
une affaire de métastase. En laissant de côté toute cxjdication, il est certain que, dans ce cas, les coliques surviennent avec une grande intensité, et qu’elles présentent le caractère expulsif au plus liaut degré.
Pour en finir avec la colique qui se montre dans les hémorrhagies intestinales, dans les hémorrhoïdes, je dirai que les femmes, pendant le flux menstruel, éprouvent parfois des coliques intestinales assez violentes. Il ne faut nullement les confondre avec les coliques dites utérines qui accompagnent les règles, lorsqu’il existe une lésion des organes de la menstruation. J’aurais pu, enfin, signaler ici les coliques rouges , coliques sanguines, qui se montrent chez les animaux, principalement chez le cheval. Mais je préfère, à la fin de ce chapitre, résumer dans un article spécial ce qui a trait aux coliques chez les animaux.
Les ulcérations intestinales simples ou de nature spécifique donnent souvent lieu au phénomène que j’étudie. Qu’il me suffise de signaler cette cause possible ; il est impossible d’en donner une description spéciale. Tout ce que viens de dire soit des coliques survenant dans les entérites, soit dans celles qui surviennent dans la dysenterie, se rapporte exactement à celles qui se montrent dans la fièvre typhoïde, dans l’entérite ulcéreuse simple, dans l’entérite ulcéreuse de nature tuberculeuse ou cancéreuse, dans le choléra. Dans tous ces cas, les coliques sont surtout réveillées par les ingestions de liquides ou d’aliments.
A propos du diagnostic symptomatique, j’ai cherché à montrer la différence qui existait entre la colique et la douleur due à la péritonite ; j’ai essayé, de même, dans les cas de péritonite qui s’accompagnent de coliques, à faire la part des deux douleurs. Cette distinction est, en effet, trèsutile à faire, car rien n’est aussi commun, que de voir des douleurs cruelles et passagères, des coliques, en un mot, venir se surajouter aux souffrances continues de la péritonite. Dans ce cas, Durand-Fardel pense qu’il faut attribuer les coliques aux mouvements péristaltiques de l’intestin et au cheminement des matières solides ou gazeuses dans sa cavité.
Toutes les fois qu’il existe une occlusion intestinale plus ou moins complète, on voit survenir des coliques, et celies-ci, dit Durand-Fardel, sont d’autant plus violentes que la lutte qui s’établit entre les contractions de l'intestin et l’obstacle presque infranchissable contre lesquelles elles viennent à se briser est plus vive, plus grande. Les anciens confondaient sous le nom d’iléus , toutes les causes capables d’apporter une gêne au cours des matières fécales ; aussi ont-ils donné aux douleurs atroces qui surviennent dans tous ces cas, le nom de colique de miserere , ayant l’intention d’exprimer par cette dénomination les angoisses inexprimables que les malades éprouvent. Sans vouloir traiter ici de l’occlusion intestinale, je dirai seulement que les causes de cette occlusion sont nombreuses et variées. Il est important de les donner succinctement, de les faire connaître, puisque j’ai dit que la colique survenait constamment par le fait d’une gène plus ou moins complète, apportée au cours des matières fécales. Ces causes résident dans l’intérieur de l’intestin, dans les parois intestinales ou en dehors.
Parmi les causes résidant dans l’intérieur de l’intestin, nous trouvons principalement les corps étrangers, que ceux-ci viennent du dehors, tels que les noyaux de fruits, cerises, prunes ou autres; qu’ils se soient développés dans la cavité intestinale, tels que les vers, les amas de matières fécales, les calculs intestinaux proprement dits ou provenant des canaux biliaires.
Les causes qui résident dans les parois intestinales sont plus nombreuses, plus variées. L’obstacle apporté au cours des matières fécales peut être dû à une invagination ou à une intussusception, à un volvulus ou torsion de l’intestin, à une flexion anormale par suite des adhérences de l’intestin avec les parties voisines; enfin il est dû à un rétrécissement ou à une oblitération de la cavité de l’intestin, produite soit par une hypertrophie des parois , soit par une dégénérescence de ces mêmes parois, soit par des cicatrices ayant succédé à des ulcérations intestinales, soit par des polypes, ou bien l’oblitération est produite par un rétrécissement consécutif à une hernie étranglée.
Quant aux causes siégeant en dehors de l’intestin, elles sont le résultat soit d’un étranglement interne proprement dit, ou d’un étranglement externe, soit de la compression des intestins par des tumeurs développées dans les organes voisins. C’est ainsi que l’étranglement peut être produit tantôt par des brides résultant d’anciennes inflammations, tantôt par suite de l’engagement d’une anse intestinale dans une ouverture normale, anormale ou accidentelle; enfin la compression peut être produite par un amas de ganglions abdominaux, par une tumeur du pancréas, de l’ovaire ou de l’utérus, ou bien elle est produite par un organe déplacé, par exemple par la rate.
Toutes ces causes, ai-je dit, en amenant un obstacle au cours des matières fécales, favorisent le développement des coliques. Celles-ci sont d’abord passagères, puis vives; les malades n’éprouvent qu’un tiraillement, mais bientôt, la douleur devient excessivement violente, parfois même, dès le début, elle est d’une acuité excessive. Quoi qu’il en soit de la manière dont elle débute, il n’en est pas moins vrai que sa violence est telle qu’elle force le malade à se tenir courbé, à garder l’immobilité la plus complète, car le moindre mouvement, les mouvements respiratoires, la parole même l’augmentent, le moindre attouchement de la paroi abdominale arrache des cris au malade. Cette douleur, d’abord locale, devient promptement générale. Pendant la colique la face est grippée, profondément altérée, cadavérique. Les malades sont en proie à une agitation extrême et continue; ils sont atteints d’un tremblement musculaire convulsif; parfois même ils ont le désir de se tuer. On observe enfin d’autres phénomènes qui sont plutôt le fait de l’occlusion intestinale que de la colique proprement dite. Quoi qu’il en soit, les coliques apparaissent d’abord à des intervalles assez éloignés, puis deviennent de plus en plus rapprochées, augmentent de violence jusqu’au moment où la débâcle survient, la cause produisant l’occlusion disparaissant, ou bien si la cause persiste, jusqu’au moment de la mort.
B. Coliques sympathiques ou réflexes. — Cette classe, je le répète, est de beaucoup la plus nombreuse; peut-être même, ainsi que je l’ai dit plus haut, les causes que je viens d’énumérer u’agissent-elles, sinon toutes, du moins presque toutes, que par action réflexe. Mais s’il existe une lésion matérielle qui permet, jusqu’à un certain point, de considérer ces coliques comme le résultat de celte lésion, dans la classe que je vais passer en revue on ne trouve plus de lésions capables d’expliquer le développement de la colique. Je me suis, du reste, expliqué à ce sujet.
Les coliques nerveuses , coliques spasmodiques de Cullen , doivent avant tout me préoccuper. Ici se présente une difficulté sur laquelle je dois m’expliquer. Que faut-il entendre par coliques nerveuses? Les opinions des auteurs sont à ce sujet très-dissemblables. Eu effet, tandis que quelquesuns regardent ces coliques comme étant idiopathiques, comme étant le synonyme d’entéralgie, de névralgie du grand sympathique, d’autres auteurs, au contraire, rangent parmi celles-ci une foule de coliques dont la cause leur échappe. Certains médecins même, discutant la nature des coliques dites de Madrid, du Poitou, du Sénégal; de la colique végétale, de la colique sèche, colique des marins, réunissent sous cette dénomination, coliques nerveuses, toutes les coliques que je viens d’énumérer. C’est ainsi que Vaileix ne voit en elles que le même symptôme d’une même maladie observée dans des lieux différents, mais dans des circonstances identiques. Cet auteur, adoptant l’opinion de Second, pense que cette maladie est une affection particulière du système nerveux ganglionnaire, une forme de gastro-entéralgie. Mon rôle, ici, n’est pas de discuter la nature, la cause de toutes ces coliques, la discussion devant être faite, ainsi que je l’ai dit en commençant, à propos de l’étude des différentes coliques, surtout à propos de la colique saturnine. Aussi, sans m’inquiéter de savoir si toutes ces coliques, si la colique sèche, si la colique végétale sont, oui ou non, le résultat d’une intoxication saturnine, je dirai que la colique nerveuse n’est jamais idiopathique; elle est, ainsi que je l’ai déjà dit, un des symptômes de l’eniéralgie, ou d’une affection nerveuse générale, tout aussi bien que la colique dite inflammatoire est un des symptômes d’une inflammation de l’intestin. Du reste, il ne faudrait pas croire que la colique soit un des symptômes obligé de l’entéralgie, de l’ hystérie, de l'hypochondrie. On voit, en effet, des malades atteints de cette névralgie ou de ces différentes névroses, ne jamais avoir de coliques. Seulement il est juste de dire qu’il y a, dans l’existence de ces névroses, une prédisposition, peut-être même une cause, pour ainsi dire occasionnelle, qui favorise l’explosion de la colique. Aussi, pour toutes ces raisons, je ne puis accepter les opinions des auteurs qui font de la colique nerveuse le synonyme de névralgie intestinale. Cette méprise a de grandes conséquences, car toutes les causes qui paraissent présider au développement de la névralgie, sont considérées comme autant de causes de la colique. De là une division extrême des coliques, au milieu de laquelle il est impossible au clinicien de se reconnaître. Si, au contraire, on admet que la colique, tout en étant du reste un phénomène nerveux, est un
symptôme de la névralgie intestinale, de l’entéralgie, le diagnostic devient plus facile à poser, et au point de vue du traitement à instituer, but constant du médecin, il n’existe pas autant d’incertitude.
Quoi qu’il en soit, dans l’entéralgie, la colique semble siéger dans l'intestin grêle. Elle s’accompagne de pâleur, de sueurs froides, de résolution subite des forces; l'abdomen est développé, il existe une tvmpanite considérable; en même temps il y a de la constipation. En effet, un des grands caractères de cette colique est de n’êlre jamais suivi d’évacuations alvines, aussi est-elle appelée colique sèche. Je n’ai pas besoin de dire qu’il ne s’agit ici que d’une qualification donnée à une manière d’êlre de la colique; qu’il ne saurait être question de celle qui se montre dans les pays chauds, et sur la nature de laquelle les auteurs ont tant discuté.
Quant à la colique dite hypochondriaque , survenant chez les individus atteints d’hypochondrie, on ne peut l’admettre. Chez ces malades il existe, on lésait, de nombreuses viscéralgies, et principalement des névralgies gastro-intestinales, qui sont le plus souvent le départ, le prétexte de ces idées délirantes, de ces hallucinations qui caractérisent l’bypochondrie. Lorsque véritablement les malades sont en proie à une colique, celle-ci se montre dans le cours d’une entéralgie, et ne saurait, pour cette raison, en être distincte. Je dirai de même pour la colique dite hystérique ; elle survient par suite d’une névralgie intestinale. Par ces deux exemples on voit combien il est important de ne pas regarder la colique comme synonyme de névralgie intestinale.
Parmi les causes fréquentes de coliques réflexes, il faut ranger les inyesta , les aliments pris en trop grande quantité, les aliments d’une certaine nature, surtout ceux qui sont d’une élaboration difficile; chez certains individus les substances féculentes, chez d’autres, au contraire, les légumes, etc. ; les boissons froides donnent lieu, quelques heures après leur ingestion, à des coliques parfois d’une violence extrême. Elles sont précédées d’un sentiment de pesanteur, de gêne, de chaleur dans , l’abdomen. Elles ne se déclarent que lorsque les matières non digérées arrivent dans le gros intestin, et, par suite, elles sont suivies presque immédiatement d’évacuations alvines abondantes.
Ces coliques sont, on le sait, très-fréquentes chez les enfants nouveaunés. Tout d’abord, lorsque l’enfant vient de naître, la colique peut être due au séjour prolongé du méconium. Plus tard, elle est le résultat de la mauvaise qualité du lait de la nourrice, ou bien des aliments qu’on lui donne. Certaines personnes ne craignent pas, en effet, de donner à un enfant de deux, trois, ou même sept à huit mois, du pain, du vin, de la viande. 11 en résulte que ces aliments ne sont nullement digérés par la (muqueuse gastro-intestinale, et qu’ils donnent lieu, comme chez Jes
1 adultes, à des coliques. Seulement chez les enfants, les coliques dues tout d’abord à la qualité et à la quantité des aliments, deviennent bientôt le résultat d’une inflammation gastro-intestinale produite par la présence de ces aliments, jouant ici le rôle de véritables corps étrangers, et les enfants
ne tardent pas à succomber. Quoi qu’il en soit, l’enfant ne peut exprimer ce qu’il ressent, aussi faut-il toute la sagacité du médecin pour reconnaître et la colique et la cause qui lui a donné naissance. L’enfant atteint de coliques pousse des cris violents, des vagissements continuels, ou bien il lait entendre un cri spécial, plaintif, subit et interrompu; tantôt repoussant le sein, tantôt le prenant avec inquiétude pour l’abandonner bientôt. L’abdomen est tendu, donne à la percussion un son tympanique. La pression légère du ventre, ou même une friction faite sur la peau pendant un certain temps, semble calmer la colique et procurer un peu de soulagement à l’enfant. Il existe de la constipation ou de la diarrhée tantôt jaunâtre, blanchâtre ou verte; enfin il n’est pas rare de voir survenir des convulsions qui peuvent se répéter fréquemment. Ces coliques peuvent être passagères; mais si la mauvaise alimentation continue, elles deviennent constantes, ou, du moins, se montrent à des intervalles trèsrapproehés, et l’enfant ne tarde pas à succomber. La mort, dans ce cas, est surtout le résultat de l’inflammation gastro-intestinale.
La pneumatose intestinale , n’importe les circonstances qui la produisent, qu’elle soit le résultat d’une névropathie générale, d’un affaiblissement des voies digestives, d’une dyspepsie intestinale, ou d’un état morbide local et primitif affectant l’intestin, s’accompagne de coliques. Ces coliques ont été appelées par les auteurs colique flatulente , colique venteuse , qualification vicieuse, dit Durand-Fardel, car la colique n’est nullementliée au développement de gaz, mais aux efforts de l’intestin pour les expulser. La colique, ajoute cet auteur, survient, non pas au moment de l’exhalation gazeuse, mais alors que l’intestin essaye de s’en débarrasser, et il est facile de suivre sur soi-même ce rapport de la colique avec le cheminement des gaz. Celle-ci est très-vive, s’irradie avec la plus grande facilité. Les gaz forment dans la courbure gauche du côlon une tumeur élastique sonore et douloureuse. L’émission par l’anus des gaz intestinaux, les frictions abdominales en diminuent l’intensité. Elle disparaît même complètement lorsque la pneumatose cesse. La colique, lorsqu’elle survient dans le cours d’une dyspepsie intestinale, de la dyspepsie iléo-cœcale de Bachelet, ne se montre pas immédiatement après l’ingestion des aliments. Son apparition, quelques heures après le repas, permet même de la rapporter à sa véritable cause. Ainsi elle se fait sentir surtout pendant la nuit, au moment, dit Bachelet, où le sommeil devrait, au contraire, faciliter le travail de l'absorption dans le gros intestin. Plusieurs fois, il m’a été donné de vérifier l’exactitude de l’assertion émise par cet auteur. De ce fait découle, ainsi que je le dirai plus tard, une excellente indication thérapeutique, et pour le traitement de la dyspepsie, et pour celui de la colique.
Les vers intestinaux , principalement le tœnia solium, le botriocéphale, les lombrics , s’accompagnent de coliques (colique vermineuse des anciens). Ces coliques se présentent surtout chez les enfants, même chez les très-jeunes enfants, lorsqu’ils sont soumis à une alimentation artificielle. Leur apparition est généralement brusque; leur durée est peu
longue, et elles se dissipent promptement. La douleur se montre surtout au niveau de l’ombilic; elle est plus ou moins violente, et le plus souvent elle est sèche; toutefois, il n’est pas rare de les voir suivies d’évacuations alvines abondantes.
D’après certains auteurs, Stoll, Chomel entre autres, le rhumatisme pourrait affecter la tunique musculaire intestinale, et, dans ce cas, il surviendrait une colique, désignée par ces auteurs sous le nom de colique rhumatismale . Cette colique, très-violente dans certains cas, présenterait surtout une plus grande acuité pendant la nuit; en outre, elle occuperait divers points de l’abdomen ; celui-ci présenterait même une sensibilité exagérée, la moindre pression serait insupportable. Tantôt elle s’accompagnerait d’évacuations alvines abondantes ; tantôt elle ne serait suivie d’aucune excrétion. Enfin, d’après J. Frank, il existerait en même temps des douleurs articulaires, ou une sciatique. Tous les auteurs de nos jours n’admettent pas celte interprétation. Ils ne nient pas qu’un maladeatteint d’un rhumatisme articulaire ne puisse avoir des coliques; le nier serait commettre une étrange erreur, car il est assez commun d’observer ce fait. Mais seulement ils attribuent à une toute autre cause que le rhumatisme le développement de la colique. Ainsi, pour Bachelet, la colique ne serait, dans ce cas, que le résultat de la dyspepsie qui se montre à un haut degré dans les maladies aiguës, dans le rhumatisme surtout. Pour lui, les douleurs sourdes ou aiguës qui se montrent sous forme de coliques, de crampes, de tortillements occupant divers points du ventre, ne sont que des contractions exagérées et violentes du petit et du gros intestin surexcité et faisant péniblement cheminer des matières alimentaires plus ou moins réfractaires au travail de la digestion intestinale. Suivant d’autres auteurs, il faudrait avoir soin de différencier les coliques survenant par le fait d’une dyspepsie intestinale, des douleurs qui affectent les parois abdominales dans le cours du rhumatisme, et qui siègent principalement dans les muscles et les plans fibreux. Suivant eux, la colique serait même assez rare, vu la fréquence de ces douleurs. Cette opinion, contraire à celle de Chomel, qui, ai-je dit, plaçait le rhumatisme dans la tunique musculaire intestinale, a, du reste, été soutenue de même par Briquet à propos de la colique saturnine.
Les auteurs anciens et même quelques modernes ont soutenu, pour la t juutte , la même opinion qu’ils avaient émise pour le rhumatisme. Pour eux, il n’est pas douteux que la goutte, abandonnant les articulations, puisse se fixer sur le tube intestinal et donner lieu à une colique ( colique goutteuse). Dans ce cas, le malade est pris de douleurs abdominales d’abord sourdes, puis violentes, tormineuses, s’accompagnant de tympanite, de borborygmes, de constipation. Elles alternent avec le gonflement articulaire. Dans l’état actuel de la science, il est difficile de résoudre cette question d’une manière satisfaisante. D’abord les bonnes observations manquent, et les auteurs qui ont fait une étude particulière de la goutte, Garrod, Brinton, Charcot inclinent à penser que Ton a pris pour de la goutte rétrocédée des accidents dus à une toute autre cause. Quant
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à moi, je partage volontiers cette opinion, et je crois qu’il n’est pas besoin d’expliquer la colique qui survient chez les goutteux, par un accès de goutte remontée; la dyspepsie, les troubles des fonctions intestinales, si communs chez les goutteux, suffisent pour donner lieu au développement de la colique.
À côté de ces coliques se montrant pendant le cours d’un rhumatisme ou de la goutte, je crois utile de signaler celles qui surviennent si fréquemment à la suite d’un refroidissement subit des pieds ou d’une autre partie du corps. Sans vouloir prétendre que, dans ce cas, la colique ne survient que parce que l’individu est rhumatisant, et qu'elle ne saurait se montrer dans toute autre occasion, ce qui serait une erreur, car de nombreux faits existent pour démontrer le contraire; je ne puis, cependant, ne pas voir dans la diathèse rhumatismale une cause prédisposante, favorisant au plus haut point l’apparition d’un accès de colique. Plusieurs fois déjà, il m’a été donné de voir survenir chez certains sujets ayant été atteints de rhumatisme articulaire, un accès de colique sitôt qu’ils étaient soumis à une cause de refroidissement, sitôt qu’ils s’exposaient à l’humidité ou qu’ils n’avaient pas la précaution de se prémunir contre les variations de la température. Une fois même, j’ai pu observer chez un de mes amis un accès de colique très-intense, n’ayant duré qu’une demi-heure tout au plus, survenu après un repos de quelques instants sur l’herbe humide et auprès d’un ruisseau. Si j’ai noté ce fait, c’est parce qu’ici l’affection rhumatismale ne s’était pas encore révélée par une atteinte appréciable, notamment par des douleurs articulaires. Ce n’est que plus tard, quelques mois après l’apparition de la colique, qu’un rhumatisme violent s’est déclaré. J’ajouterai qu’en le signalant, je n’ai pas la prétention de croire qu’il ne puisse être interprété tout autrement. Moi-même, je n’oserai affirmer que le rhumatisme pût débuter par un accès de colique; peut-être n’y a-t-il qu’une simple coïncidence? Mais en le faisant connaître, comme en signalant ceux qui le précèdent, je n’ai pour but que de montrer, dans l’affection rhumatismale, une prédisposition au développement de la colique par suite d’un refroidissement, par suite de l’humidité.
Quoi qu’il en soit, la colique est d’une violence extrême, tormineuse, siégant au pourtour de l’ombilic, mais s’irradiant dans les autres parties de l’abdomen. Les muscles abdominaux sont ordinairement contractés ; parfois le ventre est tellement rétracté, que la paroi antérieure se trouve appliquée contre la colonne lombaire, comme dans la colique saturnine. Les mouvements augmentent la douleur. Le faciès est altéré, grippé, pâle, anxieux. Sa durée est courte, mais les accès qui la constituent sont répétés et d’une violence extrême. Tantôt elle n’est pas suivie d’évacuations, et, dans ce cas, sa durée est assez longue; tantôt elle cesse par suite d’une évacuation alvine et abondante.
A côté de ces coliques survenant par suite d’un simple refroidissement, je signalerai celles qui se montrent dans la diarrhée. On sait, en effet, que la diarrhée est très-souvent précédée de coliques. Celles-ci ne
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surviennent, en général, qu’au moment où la contraction intestinale va en déterminer l’expulsion. J’ai parlé de la diarrhée à propos de l’entérite, de la dysenterie. Ici, j’ai surtout en vue la diarrhée catarrhale, celle qui se montre à la suite d’un refroidissement, cette diarrhée est parfois très-abondante, elle fatigue énormément le malade, et presque toujours elle est précédée de coliques très-violentes. Celles-ci, même, se montrent tout le temps qu elle dure.
Par contre, une constipation prolongée donne lieu au développement de la colique. Dans ces faits, rien de particulier qui puisse attirer l’attention du médecin.
Les purgatifs légers, chez certains individus, les purgatifs drastiques, chez presque tous, suscitent de violentes coliques qui fatiguent les malades. Aussi, ne faut-il employer les derniers qu’avec la plus grande précaution; et, en les ordonnant, à moins d’indications bien précises, faut-il avant tout s’enquérir de la prédisposition des sujets; savoir s’ils sont sujets à des coliques, et, dans ce cas, on devra recourir à des purgatifs légers. De même il faut savoir qu’un lavement avec du sel de cuisine, chez certains individus, donne lieu à des coliques excessivement violentes.
La présence de la bile dans l’intestin, surtout lorsque celle-ci y arrive en grande abondance, cause, de même, des coliques excessivement aiguës. Dans ce cas, la colique est suivie d’une évacuation bilieuse trèsabondante. Il ne faudrait pas confondre cette colique avec la colique bilieuse si bien décrite par Sydenham. Car, d’après la description qu’il en donne, on peut admettre sans hésiter avec Boerhaave et van Swieten qu’elle est due, soit à une hépatite, soit à des calculs.
Telles sont les principales causes qui paraissent prendre part au développement des coliques. Je n’ai pas la prétention de croire que je les ai énumérées toutes ; en effet, je l’ai déjà dit, rien n’est plus commun que de voir survenir la colique, et cela sous l’influence de la plus petite cause en apparence. Toutefois, je crois avoir montré les principales influences physiologiques sous lesquelles elles se développent, de telle sorte que toutes les causes peuvent jusqu’à un certain point rentrer dans le cadre que j’ai donné.
De la colique chez les animaux. — En pathologie vétérinaire, dit Reynal, les coliques occupent une très-large place. Elles paraissent être aussi fréquentes chez les animaux que chez l’homme. Elles s’observent surtoutçhez le cheval. La spontanéité de leur développement, la rapidité de leurmarche, la gravité des accidents qui souvent les compliquent et les rendent mortelles, expliquent tout l’intérêt qu’elles offrent pour le vétérinaire.
De même qu’en médecine, le mot colique a subi une grande extension, car il sert généralement à dénommer toutes les douleurs, ayant leur siège principal dans les organes de l’abdomen, qui se traduisent par un ensemble de symptômes uniformes, malgré la diversité des causes qui les produisent. Ces causes sont, en effet, très-nombreuses. On en trouvera la relation ainsi que la description des coliques dans les ouvrages spéciaux.