‹ Dictionnaire de maximes;Chapitre 3 sur 9 · A DICTIONNAIRE · texte numérisé non relu

A DICTIONNAIRE

Ce qui est devenu ridicule , ne peut plus être dangereux. Voltaire.

La société nous apprend à sentir les ridicules -, la retraite nous rend plus propres à sentir les vices.

Montesquieu.

La crainte du ridicule , étouffe plus de talens et

de vertus , qu'elle ne corrige de vices et cU défauts.

D'Alembert.

Le ridicule , est la seule chose que craignent encore ceux qui ne craignent plus rien , et n'ont plus ni pudeur ni remords. Dussault.

C'est un grand ridicule, de trouver tous les genres de mérite à l'homme dont on fait l'éloge.

M. Villemain.

ftois.

Un roi qui ne sait gouverner que dans la paix ou dans la guerre, n'est qu'à demi roi. Fénélon.

Les rois s'imaginent n'avoir rien à craindre, à cause de leur élévation au-dessus du reste des hommes , et c'est leur élévation même , qui fait qu'ils ont tout à craindre. Féfiélon.

Quand les rois s'accoutument à ne connaître plus d'autres lois que leurs volontés absolues , et qu'ils

ne mettent plus de frein à leurs passions, ils peuvent tout \ mais à force de tout pouvoir, ils sapent les fondemens de leur puissance -, ils n'ont plus de règles certaines, ni de maximes de gouvernement : chacun à l'envi les flatte, ils n'ont plus de peuples 5 il ne leur reste que des esclaves dont le nombre diminue chaque jour. Qui leur dira la vérité? Qui donnera des bornes à ce torrent? Tout cède-, les sages s'enfuient, se cachent et gémissent. Il n'y a qu'une révolution soudaine et violente, qui puisse ramener cette puissance débordée dans son cours naturel : souvent même le coup qui pourrait la modérer, l'abat sans ressource. Rien ne menace tant d'une chute funeste, qu'une autorité qu'on pousse trop loin : elle est semblable à un arc trop tendu, qui se rompt enfin tout à coup, si on ne le relâche ; mais qui est-ce qui osera le relâcher ? Fénélon.

Les plus sages rois sont souvent trompés , quelques précautions qu'ils prennent pour ne l'être pas. Un roi ne peut se passer de ministres qui le soulagent et en qui il se confie , puisqu'il, ne peut tout faire. D'ailleurs , un roi connaît beaucoup moins que les particuliers les hommes qui l'environnent : on est toujours masqué auprès de lui 5 on épuise toutes sortes d'artifices pour le tromper. Fénélon.

On dit d'ordinaire aux rois qu'ils ont moins à craindre leurs vices secrets et particuliers , que les

défauts auxquels ils s'abandonnent dans les fonctions royales. Pour moi , je dis hardiment le contraire, et je soutiens que toutes leurs fautes, dans la vie privée , sont d'une conséquence infinie pour la royauté. Fénélon.

La liaison inséparable de l'intérêt du roi, avec celui du peuple , n'est pas suffisante pour garantir la stabilité des lois. Malesherbes.

Etre roi , c'est proprement avoir des sujets et n'avoir point d'amis. Etre roi , c'est avoir des personnes qui suivent nos sentimens, et n'en avoir point qui nous disent les leurs avec liberté. Nicole.

Les rois sont comme les coquettes; leurs regards font des jaloux. Voltaire.

Le roi est le pasteur des pauvres ; les brebis ne sont point pour le pasteur, mais le pasteur pour les brebis. Saadi.

Si la douceur et la clémence n'environnent pas le trône des rois^ ils écartent les serviteurs fidèles, ils aliènent les cœurs : les ministres intimidés n'osent finir aucune affaire, un découragement universel s'empare de tous les esprits , le trouble et la confusion sont les fruits d'une sévérité outrée -, les princes se privent encore du plus pur, peut-être de l'unique plaisir qu'ils puissent goûter, celui de faire des heureux. Pend-Attar.

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Le sage occupe le moins de place qu'il peut , et n'en change point. Fontenelle.

Le sage n'est point, comme le prétendent les stoïciens, impénétrable aux passions 5 mais il les dirige, au lieu d'en être dirigé. Il n'est point libre dans les fers, mais son âme reste noble et indépendante. 11 n'est pas riche dans sa pauvreté, mais la modération la rend moins onéreuse. Il n'est point impassible dans la douleur; il sent les maux, les craint, les évite 5 mais il n'y ajoute pas ceux de l'imagination. Enfin son courage n'est point inaltérable ; il succombe et s'égare quelquefois, parce qu'il est homme 5 mais ses écarts mêmes portent un caractère de force et de grandeur. JVeiss.

Celui qui n'a point senti sa faiblesse et la violence de ses passions , n'est point encore sage \ car il ne se connaît point encore , et ne sait pas se défier de soi.

Fénélon.

En vieillissant, on devient plus fou ou plus sage.

La Rochefoucauld.

Le sage ne se hâte jamais , ni en ses études, ni en

ses paroles ; il est même quelquefois comme muet.

Mais lorsqu'il est question d'agir pour la vertu , alors il se précipite , et va au devant des occasions de la pratiquer. Confucius.

Le sage se promène dans le monde comme dans une infirmerie remplie de malades d'esprit, qu'il prend soin de guérir, par les remèdes de son exemple. La Bruyère.

Le sage se demande à lui-même la cause de ses fautes , l'insensé la demande aux autres.

Confucius.

Le sage doit apprendre à profiter de tout, des biens et des maux de la vie , des vices et des vertus des autres , de ses propres fautes , et de ses bonnes actions. Bossuet.

La mort du sage, est une grande et consolante leçon. Boitfflers.

Le sage guérit de l'ambition par l'ambition même \ il tend à de si grandes choses , qu'il ne peut se borner à ce qu'on appelle des trésors . des postes , la fortune et la faveur. Il ne voit rien, dans de si faibles avantages, qui soit assez bon et assez solide pour remplir son cœur , et pour mériter ses soins et ses désirs ; il a même besoin d'efforts pour ne pas trop les dédaigner. Le seul bien capable de le tenter, est cette sorte de gloire, qui devrait naître de la vertu

toute pure et toute simple ; mais les hommes ne l'accordent guère , et il s'en passe. La Bruyère.

Un sage jouit des plaisirs, et s'en passe, comme4 on fait des fruits en hiver. Ilclvélius.

Les hommes se présentent au sage sous deux rapports opposés. Réclament-ils un service? le plus tendre intérêt l'émeut. Veulent-ils le diriger? un profond dédSin est le sentiment qu'il éprouve.

M. Droz,

Le sage n'est aigre et mordant que contre luimême 5 il est doux pour les autres. Plutarque.

Lorsque la fortune veut humilier les sages, elle les surprend dans ces petites occasions, où l'on est ordinairement sans précaution et sans défense. Le plus habile homme du monde ne peut empêcher que de légères fautes n'entraînent quelquefois d'horribles malheurs ; et il perd sa réputation, ou sa fortune , par une petite imprudence, comme un autre se casse la jambe en se promenant dans sa chambre. Vauvenargues.

Le sage est lent dans ses discours , et prompt dans ses œuvres. Confucius.

Tel serait sage dans une condition médiocre, qui devient insensé quand il est le maître du monde.

Il faut bien des efforts pour être sage ; il ne faut qu'un moment pour cesser de l'être. M. Azdis.

Heureux qui devient sage par les fautes d'autrui !

Stobée.

Le sage observe le désordre public qu'il ne peut arrêter : il observe , et montre sur son visage attristé la douleur qu'il lui cause ; mais quant aux désordres particuliers, il s'y oppose ou détourne*les yeux, de peur qu'ils ne s'autorisent de sa présence.

J.-J. Rousseau.

Soyons humbles pour être sages ; voyons notre faiblesse , et nous serons forts. J.-J. Rousseau.

Le premier pas vers la sagesse, c'est d'oser douter de son savoir. Weiss.

La sagesse n'a rien d'austère ni d'affecté : c'est elle qui donne les vrais plaisirs : elle seule les sait assaisonner , pour les rendre purs et durables \ elle sait mêler les jeux et les ris avec les occupations graves et sérieuses } elle prépare le plaisir par le travail , et elle délasse du travail par le plaisir.

Fénélon.

Il est plus aisé d'être sage pour les autres , que pour soi-même. La Rochefoucauld.

DE MAXIMES. 43i

La sagesse même , doit être sobre et tempérée.

Fénclon.

Notre sagesse n'est pas moins à la merei de la

fortune, que nos biens. La Rochefoucauld.

La fortune peut bien, sans qu'on l'appelle, entasser sur nos têtes les honneurs et les titres : les richesses peuvent s'offrir d'elles-mêmes ; mais pour la sagesse , il faut aller au devant d'elle. Young.

La sagesse est inspirée par Dieu même ; rien n'est supérieur à la raison qu'elle conduit. L'homme qui n'a que de la force, ne peut se mesurer avec le sage. C'est la sagesse qui règle les travaux du laboureur, c'est elle qui régit les cités , elle qui donne l'empire des mers. Phocjlide.

La sagesse , ne consiste pas à prendre indifféremment toutes sortes de précautions , mais à choisir celles qui sont utiles , et à négliger celles qui sont superflues. J.-J. Rousseau.

11 y a une fausse sagesse qui est pruderie.

La Bruyère.

La sagesse est le tyran des faibles.

Kauvenargues.

La sagesse est plus précieuse que l'or, parce qu'elle est plus rare et plus utile. La sagesse est le seul trésor pour lequel on n'ait rien à craindre des voleurs.

B. Franklin.

C'est une grande sagesse que de ne point agir avec précipitation, et de ne pas s'attacher obstinément à son propre sens. Il est encore de la sagesse, de ne pas croire indistinctement tout ce que les hommes disent; et ce qu'on a entendu ou cru, de ne point aller aussitôt le rapporter aux autres.

Imitation de J.-C.

Science.

Par la science , l'homme ose franchir les bornes étroites dans lesquelles il semble que la nature l'ait renfermé -, citoyen de toutes les républiques , habitant de tous les empires , le monde entier est sa patrie. La science , comme un guide aussi fidèle que rapide , le conduit de pays en pays , de royaume en royaume -, elle lui en découvre les lois , les mœurs , la religion, le gouvernement : il revient chargé des dépouilles de l'Orient et de l'Occident -, et, joignant les richesses étrangères à ses propres trésors , il semble que la science lui ait appris à rendre toutes les nations de la terre tributaires de sa doctrine.

Dédaignant les bornes des temps, comme celles des lieux , on dirait qu'elle l'ait fait vivre long-temps avant sa naissance. C'est l'homme de tous les siècles, comme de tous les pays. Tous les sages de l'antiquité ont pensé, ont parlé, ont agi pour lui; ou plutôt il a vécu avec eux, il a entendu leurs leçons,

DE MAXLUES. 433

il a été le témoin de leurs grands exemples. Plus attentif encore à exprimer leurs mœurs qu'à admirer leurs lumières, quel aiguillon leurs paroles ne laissent- elles pas dans son esprit? Quelle sainte jalousie leurs actions n'allument- elles pas dans son cœur?

Ainsi nos pères s'animaient à la vertu -, une noble émulation les portait à rendre, à leur tour, Athènes et Rome jalouses de leur gloire -, ils voulaient surpasser les Aristide en justice, les Phocion en constance, les Fabrice en modération , et les Caton même en vertu.

Que si les exemples de sagesse, de grandeur d'âme, de générosité , d'amour de la patrie , deviennent plus rares que jamais, c'est parce que la mollesse et la vanité de notre âge, ont rompu les nœuds de cette douce et utile société que la science forme entre les vivans et les illustres morts , dont elle ranime les cendres) pour en former le modèle de notre conduite. D'À gués seau.

L'objet de la science est de connaître la vérité ; son occupation, de la rechercher \ son caractère , de l'aimer : les moyens de l'acquérir sont de renoncer aux passions, de fuir la dissipation et l'oisiveté.

J.-J. Rousseau.

La science qui nourrit l'esprit , souvent le tue :

on périt d'abondance comme de maigreur.

M. Laja.

La science la plus nécessaire à l'homme , c'est de

se connaître soi-même. Il vaut mieux connaître ses défauts , que de pénétrer les secrets des États , et de savoir démêler les énigmes de la nature. Cette science est d'autant plus belle , qu'elle est non-seulement la plus nécessaire , mais aussi la plus rare de toutes. Bossuet.

Celui qui entre dans la carrière des sciences, doit jeter les yeux sur ceux qui le devancent , et non sur ceux qui le suivent. Aristote.

La science est un trésor dont l'usage fait le prix : chaque fois que vous instruisez celui qui vous interroge , vous augmentez votre science. Saadi.

Que de dangers ! Que de fausses routes dans l'investigation des sciences! Par combien d'erreurs, mille fois plus dangereuses que la vérité n'est utile , ne faut-il point passer pour arriver à elle ? Le désavantage est visible; car le faux est susceptible d'une infinité de combinaisons, mais la vérité n'a qu'une manière d'être. /.-/. Rousseau.

La science n'est point faite pour l'homme en général. 11 s'égare sans cesse dans sa recherche ; et s'il l'obtient quelquefois, ce n'est presque jamais qu'à son préjudice. Il est né pour agir et penser , et non pour réfléchir. La réflexion ne sert qu'à le rendre malheureux, sans le rendre meilleur, ni plus sage;

elle lui fait regretter les biens passés , et l'empêche de jouir du présent : elle lui présente l'avenir heureux, pour le séduire par l'imagination, et le tourmenter par les désirs-, et l'avenir malheureux, pour le lui faire sentir d'avance. L'étude corrompt ses mœurs, altère sa sauté, détruit son tempérament, et gâte souvent sa raison : si elle lui apprenait quelque chose , je le trouverais encore fort mal dédommagé.

J'avoue qu'il y a quelques génies sublimes, qui savent pénétrer à travers les voiles dont la vérité s'enveloppe, quelques âmes privilégiées, capables de résister à la bêtise de la vanité , à la basse jalousie et aux autres passions qu'engendre le goût des lettres. Le petit nombre de ceux qui ont le bonheur de réunir ces qualités, est la lumière et l'honneur du genre humain -, c'est à eux seuls qu'il convient, pour le bien de tous , de s'exercer à l'étude ; et cette exception même confirme la règle : car si tous les hommes étaient des Socrates, la science alors ne leur serait pas nuisible-, mais ils n'auraient aucun besoin d'elle. «/.-«/. Rousseau.

Sensibilité.

La sensibilité est une disposition tendre et délicate de l'âme, qui la rend facile à être émue, à être touchée.

La sensibilité tient plus à la sensation, la tendresse au sentiment ; la chaleur du sang nous porte à la tendresse, la délicatesse des organes entre dans la sensibilité : les jeunes gens seront donc plus tendres que les vieillards, les vieillards plus sensibles que les jeunes gens ; les hommes peut-être plus tendres que les femmes , les femmes plus sensibles que les hommes.

La tendresse est un faible, la sensibilité une faiblesse. La première est un état de l'âme, la seconde n'est qu'une disposition. Le cœur tendre , éprouve toujours une sorte d'inquiétude analogue à celle de l'amour -, il est calme et tranquille, tant qu'il ne ressent pas les atteintes de cette passion.

La sensibilité nous oblige à veiller autour de nous, pour notre intérêt personnel. La tendresse, nous engage à agir pour l'intérêt des autres.

L'habitude d'aimer n'éteint point la tendresse, l'habitude de sentir émousse la sensibilité.

Le Chever de Jaucourt.

L'horreur et la pitié sont moins des passions de l'âme, que des affections naturelles, qui dépendent de la sensibilité du corps , et de la similitude de la conformation. Buffbn.

La sensibilité porte toujours dans l'âme un certain contentement de soi-même, indépendant de la fortune et des événemens. J.-J. Rousseau.

Le plaisir et la douleur sont les deux extrêmes

de la sensibilité; son moyen terme est le calme vivant ; sa nullité, la mort. Condor cet.

La sensibilité, pour la moindre offense , prouve que Ton sent toute son imperfection, toute sa faiblesse. Mirabeau.

11 y a un excès de biens et de maux , qui passe notre sensibilité. La Rochefoucauld.

11 y a une espèce de sensibilité vague, qui n'est qu'une faiblesse d'organes, plus digne de compassion , que de reconnaissance* La vraie sensibilité, serait celle qui naîtrait de nos jugemens, et qui ne les formerait pas. Duclos.

Le faible enfant, et le vieillard, n'ont d'espoir que dans la sensibilité d'autrui, La nature a voulu, par là , nous apprendre à être compatissans. Un homme qui ne soutire que de ses maux, mérite les peines qu'il endure. Une sensibilité généreuse qui intéresse le genre humain dans ses pleurs, s'ennoblit, et se transforme en vertu. Le Tourneur,

Les hommes sont moins sensibles au plaisir qu'à la douleur.

Segniàs homines bona quant mala sentiunt.

Tite-Lwe.

' On a tellement défiguré la sensibilité , par l'exagé-

ration et les grimaces , qu'il n'est plus permis aujourd'hui de se montrer sensible, sous peine de paraître ou faux, ou ridicule. Le charlatanisme sentimental a détruit le sentiment. Anonyme.

gentiment»

Le sentiment persuade mieux que la raison \ celleci trouve des juges , l'autre se fait des complices.

Malesherbes.

Le sentiment donne du prix à l'expression 5 et ce qui fait que les sots sont toujours ennuyeux, c'est qu'ils ne sentent presque jamais. La Bruyère.

Le sentiment étend son ressort jusque sur les mœurs 5 il fait que nous sommes également touchés de l'honneur et de la vertu, comme des autres avantages. Fontenelle.

Quand on ne conçoit point d'autre félicité que celle de la vie présente , il est naturel qu'on ne travaille qu'à se procurer des sensations agréables.

Bacon.

Tous les sentimens que nous dominons sont légitimes} tous ceux qui nous dominent sont criminels.

/.-/. Rousseau.

Le sentiment, est la raison et la science du peuple.

Oe Ferrand.

DE MAXIMES. }3y

Le sentiment de Dieu , ne laisse jamais l'homme sans satisfaction dans le bonheur, ni sans consolation dans la misère. Saint-Evremont.

A la longue , la franchise et la pureté des sentimens réussissent toujours. J^oltaire.

Les sentimens servent beaucoup à soutenir les caractères. CoTidillac.

Les sentimens sont aux mœurs , ce que les mœurs sont à la fable. Voltaire.

Le sentiment étend son ressort jusqu'aux mœurs 5 il fait que nous sommes également touchés de l'honneur et de la vertu , comme des autres avantages.

Roubaud.

%txvia&.

Si les services imposent des devoirs d'obligation à ceux qui les reçoivent , ils en exigent de délicatesse à ceux qui les rendent. Duclos.

Les services doivent se juger, moins par l'avantage qu'en retire celui qui est obligé , que par le sacrifice que fait celui qui oblige. Duclos.

Celui qui a reçu des services peut s'en souvenir-, celui qui les a rendus , doit les oublier. Sénèque.

Dès qu'il s'agit de rendre service , il faut songer que la vie est courte , et qu'il n'y a pas un moment à perdre. Voltaire.

Il y a des gens qui rendent service de si mauvaise grâce, qu'ils acquittent delà reconnaissance : obliger de bonne grâce, c'est se payer par ses mains.

Boulanger.

Un service rendu à propos , iût-il même léger , est capable d'effacer une grande offense.

Thucydide,

Celui qui ne sait pas reconnaître les services , ne

sait pas en rendre. Cicéron.

Ce n'est jamais sans péril , que l'on rend service au méchant. Goldoni.

Les âmes communes, pardonnent difficilement les services et la renommée des grands hommes.

Voltaire.

Nous mettons l'esprit de domination, jusque dans les services que nous voulons bien rendre. Bacon.

Le service des grands est dangereux , et ne vaut ni la peine, ni la contrainte, ni les humiliations qu'il coûte. Lessing.

0en>ttuta,

La servitude abaisse les hommes, jusqu'à s'en faire aimer. Vauvenargues.

L'homme ne peut souffrir ni une entière liberté , ni une entière servitude. Tacite.

Une des punitions de la flatterie envers les grands, est d'ena faire une servitude. M. Lacretelle.

Une grande fortune est une grande servitude.

Sénèque.

11 faut satisfaire à la mode, comme à une servitude fâcheuse, et ne lui donner que ce qu'on ne peut lui refuser, Fontenelle.

Lorsque l'esprit saisit la parfaite égalité naturelle entre les hommes , la raison se révolte contre la servitude. Cal Alberoni.

Le chef-d'œuvre du machiavélisme , serait d'employer un peuple qui fût libre , à la conquête de la servitude. Sheridan.

L'aumône n'est qu'un acte infernal , lorsqu'elle établit la servitude. # J.-J. Rousseau.

C'est une grande servitude , que d'être obligé de

rendre des devoirs journaliers, à des gens qu'on

n aime pas. La Bruyère.

La vie du courtisan est une continuelle servitude.

Montesquieu.

La servitude est si peu naturelle à l'homme , qu'elle ne saurait exister sans quelque mécontentement. /.-/. Rousseau.

Puisque avec l'âge, commence la servitude civile, pourquoi la prévenir par la servitude privée?

/.-/. Rousseau.

0hîtpUati.

La simplicité est la compagne naturelle de la beauté; la première suit la seconde, comme l'ombre suit le corps. L'essence de l'idée est d'être simple, et la simplicité est une des conditions de la beauté des formes. Ainsi , il est clair que le beau doit toujours être simple, quoique ce qui est simple, ne soit souvent rien moins que beau.

M. Ancillon.

La simplicité est différente de la modestie. La modestie s'apprécie \ elle met un homme à sa véritable place -, un homme modeste craint surtout de se mettre plus haut qu'il ne mérite de l'être. La simplicité ne se doute pas de son mérite, elle ne se compare avec personne-, elle est elle, et, ne

pouvant être autre chose, elle abandonne aux: autres de lui marquer son rang, sans penser même à se ménager une décision favorable.

Un homme d'un esprit médiocre, et d'une moralité commune, peut avoir de la simplicité-, et il y gagnera toujours plus que s'il portait de l'affectation, de la recherche, des prétentions, dans la médiocrité. Cependant, la simplicité n'est véritablement intéressante, que lorsqu'elle se trouve jointe à un esprit supérieur, ou même extraordinaire. Rien n'affecte plus délicieusement le cœur que de voir une âme élevée, forte et pure, douée d'un grand et beau génie, développer et déployer, sans effort, l'énergie de l'intelligence et celle de la volonté , se révéler à tous les yeux sans se montrer, exciter l'étonnement et l'admiration sans le remarquer, et s'oublier elle-même, quand tous les regards 'sont fixés sur elle. Alors la simplicité devient une véritable magie -, elle semble lever le voile qui couvre pour nous le monde intellectuel, et nous manifester une de ces intelligences pures, qui réfléchissent la beauté souveraine et incorruptible. Cette vue calme les passions, prévient ou efface toute espèce de jalousie, rafraîchit le cœur, réconcilie avec la nature humaine, et seule peut faire pour nous, de la supériorité la plus décidée et la plus constante, un sentiment consolateur.

M. Ancilloii.

La simplicité n'est ni ignorance ni bêtise, et elle

peut s'allier à beaucoup de connaissances, à beaucoup d'esprit, et même à du génie 5 elle est pour l'esprit , ce que la modération est pour le caractère , et une sage économie dans l'emploi de sa fortune 5 elle consiste à ne savoir que son état , à ne faire que son métier ; à i\e pas se croire , par exemple , théologien , parce qu'on a étudié en médecine ; ou publiciste , parce qu'on suit un cours d'histoire naturelle ou de chimie, et qu'on sait tenir un compte en parties doubles. M. de Bonald.

Il y a je ne sais quoi de noble dans la simplicité, et moins l'homme est superbe, plus il est vénérable.

Fléchier.

La simplicité consiste à montrer ce que l'on est , la modestie à le cacher. Roubaud.

La simplicité noble , est d'aussi bonne maison que la grandeur même 5 et comme elle vient du même principe de bon esprit , qui doute qu'elle ne se sente du lieu dont elle est sortie , et que partout où elle se rencontre , elle ne conserve sa dignité, ses droits , ou pour le moins , l'air et la mine de sa naissance ?

Le Chever de Jaucourt.

La simplicité est une ignorance de son propre mérite. L'abbé Trublet.

La simplicité, est la droiture d'une âme qui s'interdit tout retour sur elle , et sur ses actions.

Fénélon.

Avec les praticiens, il n'est pas facile d'obtenir de la simplicité. JY. Bonaparte.

Les observations d'un sot , apprennent jusqu'à quel degré de simplicité il faut descendre, pour être compris de tous. La Bruyère.

La vraie, la bonne simplicité, l'ait la parfaite politesse. Il vaudrait mieux être un peu grossier pour être plus simple, plus éloigné des manières vaines et affectées. Fénélon.

La simplicité affectée, est une imposture délicate.

La Rochefoucauld.

La simplicité, nous présente l'image de la vérité

et de la liberté. Vauvenargues.

Il y a une simplicité qui est un défaut, et il y a une simplicité qui est une merveilleuse vertu.

La fourbe envoie devant elle la simplicité.

Lessing.

Tout le monde aime la simplicité , l'admire 5 peu de gens l'adoptent -, personne ne l'envie.

Cle de Ségur.

La simplicité, est l'un des caractères du vrai mérite. Fontenelle.

&mtévité.

La sincérité n'est autre chose que l'expression de la vérité. L'honnêteté, et la sincérité dans les actions, égarent les méchans, et leur font perdre la voie par laquelle ils peuvent arriver à leurs fins ; parce que les méchans croient d'ordinaire qu'on ne fait rien sans artifice.

La morale de la plupart des gens , en fait de sincérité, n'est pas rigide : on ne se fait point une affaire de trahir la vérité par intérêt, ou pour se disculper , ou pour excuser un autre : on appelle ces mensonges, officieux-, on les fait pour avoir la paix, pour obliger quelqu'un, pour prévenir quelque accident. Misérables prétextes qu'un mot seul va pulvériser: il n'est jamais permis de faire un mal, pour qu'il en arrive un bien. La bonne intention sert à justifier les actions indifférentes , mais n'autorise pas celles qui sont dé terminément mauvaises.

Le Chever de JaucouH.

La sincérité est une ouverture de cœur. On la trouve en fort peu de gens 5 et celle que l'on voit d'ordinaire, n'est qu'une finesse de dissimulation pour attirer la confiance des autres.

La Rochefoucauld.

La sincérité est la mère de la vérité , et l'enseigne de l'honnête homme. Elle est le garant de nos paroles, et la caution de nos pensées ; elle n'a pas be-

soin de témoins pour prouver ce qu'elle avance. Ses promesses passent pour des effets, et ses relations sont indubitables. Elle est bannie des cours et inconnue aux grands ; elle naît dans le cœur , et demeure sur les lèvres. Duclos.

L'envie de parler de nous, et de faire voir nos défauts du côté que nous voulons bien les montrer, fait une grande partie de notre sincérité.

La Rochefoucauld.

Rien n'est plus sincère que la conscience de l'homme éclairé , et plus avantageux que ses conseils. Oxenstiern.

La sincérité des aveux , fait naître l'indulgence.

Goldoni.

Il n'est rien tel, pour ne pas se tromper, que

d'être sincère avec soi-même. J.-J. Rousseau.

Afin de pouvoir vivre en "société, l'homme sacrifie une portion des prérogatives dont l'a doué la nature , pour que la tranquille jouissance de l'autre portion lui soit assurée. Il avait droit à la possession de la terre entière, mais chacun potvait combattre l'exercice de ce droit. Alors il s'est résigné à en posséder une faible part , où personne ne pût venir le troubler. De même, ses affections pouvaient

embrasser tous les objets de la nature 5 mais elles n'auraient eu rien de fixe ni d'assuré. La société , en donnant à l'homme des liens de famille et de patrie, des mœurs, des lois, a restreint ses affections -, mais aussi elle les protège , et dispose tout autour d'elles , afin qu'elles puissent avoir un libre cours. Retenues dans le juste et dans l'honnête, elles ne blessent personne, et nul ne doit les attaquer. Par un retour nécessaire, si l'on vient, au contraire , à porter ses sentimens hors des limites imposées parla société, elle se venge d'autant plus cruellement, qu'elle est mieux réglée. Elle tourmente sans cesse ceux qui ont enfreint l'ordre général, et leur fait sentir, de mille manières, qu'ils ont rompu l'équilibre établi. Alors ils s'écrient contre les devoirs imposés par la société : ils les accusent d'étouffer les sentimens naturels , et ne s'aperçoivent pas que les devoirs ne sont autre chose, que des sentimens permis et consacrés.

M. de Barante.

Qui dit société, suppose nécessairement des rapports ; qui dit rapports , dit les combinaisons respectives des différentes qualités, avec lesquelles existent les êtres entre qui ces rapports sont établis. Or, l'homme étant par son essence un être religieux, par ses sdntimens un être moral , par ses relations un être politique et civil ; on ne peut concevoir l'homme en société, sans le concevoir sous tous ces rapports. On ne peut les détruire, sans détruire les

liens qui Tattachcnt à la société même, et conséquemment sans la dissoudre. C" Faraud.

Nous sommes mauvais par nature , bons par la société. Aussi tous ceux qui , pour constituer la société, ont commencé par supposer que nous naissions bons , frappés des désordres que la société n'empêche pas , et oubliant tous ceux qu'elle prévient , ont fini , comme Jean-Jacques , par croire que la société n'était pas dans la nature de l'homme. Ces écrivains ont fait comme des architectes qui , pour bâtir un édifice , supposeraient que les pierres viennent toutes taillées de la carrière , et les bois tout équarris de la forêt, M. de Bonald.

Prendre le ton de la société dans laquelle on doit vivre , est toujours une preuve de bon esprit et de sagesse. 11 faut savoir la langue du pays qu'on habite. Parler raison, au milieu d'un hôpital de fous, serait le comble de la folie. Anonyme.

Le plaisir de la société , entre les amis , se cultive par une ressemblance de goût sur ce qui regarde les mœurs , et par quelque différence d'opinion sur les sciences. La Bruyère.

Des qualités trop supérieures, rendent souvent un homme moins propre à la société. On ne va pas au marché avec des lingots, on y va avec de l'argent ou de la petite monnaie. Ckainfort.

45o DICTIONNAIRE

L'homme sociable est l'homme par excellence. Il est poli sans fausseté, franc sans mollesse, prévenant sans bassesse, complaisant sans flatterie 5 il a des égards sans contrainte , et son cœur est porté à la bienfaisance. L'homme aimable, ou celui auquel on donne ce nom , est fort indifférent sur le bien public. Ardent à plaire à toutes les sociétés , et prêt à sacrifier chacune en particulier , il n'aime personne, n'est aimé de qui que ce soit, plaît à tous , et souvent , est méprisé et recherché par les mêmes personnes. Le désir immodéré d'amuser , l'engage à immoler l'absent qu'il estime le plus, à la malignité de ceux dont il fait moins de cas , mais qui l'écoutent. Les liaisons de l'homme sociable l'attachent de plus en plus à l'Etat 5 celles de l'homme aimable ne font que l'écarter des devoirs essentiels. L'homme sociable inspire le désir de vivre avec lui : on n'aime qu'à rencontrer l'homme aimable. Duclos.

L'homme est né pour la société , et , quoiqu'il s'en trouve souvent de fort dangereuses, ce n'est pas une raison pour se vouer entièrement à la solitude. Ce n'est pas la société qu'il faut fuir , c'est la mauvaise société. La Harpe.

On croit le sourd malheureux dans la société. N'est-ce pas un jugement prononcé par l'amourpropre de la société qui dit : Cet homme-là n'est-il

DE MAXIMES. .;r>.

pas bien à plaindre, de n'entendre pas ce tjuë nous disons ? Chamfort.

On ne peut e dans la société après l'âge des passions. Elle 11 e : vraiment tolérablc , que lorsqu'on peut se servir de son estomac pour s'amuser, et de sa personne pour tuer le temps.

Chamfort.

0aUtute.

La solitude et le repos sont à l'esprit, ce que la diète est au corps. Vauvenargues.

On peut aimer la solitude sans être misanthrope : rien n'est moins susceptible d'attachement que les gens dissipés; les âmes sensibles se tirent de la foule. J.-J. Rousseau.

La solitude est sans fruit, quand on y est malgré soi. Fénélon.

Il est bon de se livrer quelquefois à la solitude ; elle calme l'esprit, elle assure l'innocence, et elle apaise les passions tumultueuses, que le désordre du monde a fait naître. Oxenstiern.

On est plus heureux dans la solitude que dans le monde. Cela ne viendrait -il pas de ce que dans la solitude, on pense aux choses, et que dans le monde, on est obligé de s'occuper des hommes? Chamfort.

La solitude tente puissamment la chasteté.

Vauvenargues .

C'est dans la solitude que toutes les heures laissent une trace , que tous les inst*01^ sont représentés par une pensée, que le temps est au sage, et le sage à lui-même. Thomas,

La solitude est sans attraits pour la plupart des hommes , parce qu'elle ne leur fournit pas assez de pensées qui leur plaisent. JVicole.

La solitude est horrible , dans l'impuissance d'exercer les facultés de son âme. Voltaire.

La solitude est à l'esprit , ce que la diète est au corps, mortelle lorsqu'elle est trop longue, quoique nécessaire. Vauvenargues.

La solitude avec des livres , vaut mieux que la société avec des sots. ***

Il faut une tête pleine et une âme forte, pour supporter la solitude. Bacon.

Ce n'est que pour l'innocence , que la solitude peut avoir des charmes. Le roi Stanislas.

C'est dans les villes les plus peuplées, que l'on peut trouver une plus grande solitude. Bacon.

Heureux , et mille fois heureux , celui qui est assez riche de lui-même , pour vivre dans une paisible solitude , sans autre compagnie que Dieu et ses œuvres !

Bouhours.

Le tourbillon du monde étourdit toujours , et la solitude ennuie quelquefois. Voltaire.

L'homme qui s'aime trop , et les gens du grand monde, craignent de se trouver seuls : leur conscience et les préjugés les tyrannisent tour à tour -, il faut que le fracas et le tumulte du monde, les étourdissent sur leurs propres sentimens. Mais la solitude est pour le sage la source des plaisirs les plus vifs -, c'est là que, délivré du trouble et de l'agitation qu'on trouve dans le tumulte et la dissipation, il jouit de lui-même, il sent la félicité suprême , la satisfaction de sentir et de penser.

Le Chevcr de Jaucourt.

Il y a des gens destinés à être sots , qui ne font pas seulement des sottises par leur choix , mais que la fortune même contraint d'en faire.

La Rochefoucauld.

Il n'y a point de sots si incommodes que ceux qui ont de l'esprit. La Rochefoucauld.

Un sot n'entre, ni ne sort, ni ne s'assied , ni ne se lève , ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes, comme un homme d'esprit. La Bruyère,

Quand les sots veulent éviter un excès , il arrive souvent qu'ils tombent dans l'excès opposé.

Horace.

Un sot, est celui qui n'a pas même assez d'esprit pour être un fat. La Bruyère.

Un sot savant, est sot, plus qu'un sot ignorant.

Molière.

Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.

Boileau.

Il y a des sottises bien habillées , comme il y a

des sots bien vêtus. Chamfort.

Un sot qui a un moment d'esprit, étonne et scandalise , comme des chevaux de fiacre au galop.

Chamfort.

Le sot est automate , il est machine , il est ressort; le poids l'emporte, le fait mouvoir, le fait tourner, et toujours dans le même sens, et avec la même égalité \ il est uniforme , il ne se dément point 5 qui l'a vu une fois l'a vu dans tous les instans et dans toutes les périodes de sa vie ; c'est tout au plus le bœuf qui meugle , ou le merle qui siffle : il est fixé et déterminé par sa nature, et j'ose dire par son espèce -, ce qui paraît le' moins en lui , c'est

son Ame; elle n'agit point, clic ne s'exerce poin! , elle se repose. La Bruyère.

Les sots n'apprennent rien de la raison, l'adversité peut les instruire. On a vu quelquefois l'imprudent devenir un sage dans l'infortune.

Démocrate.

Personne ne se croit propre , comme un sot , à duperies gens d'esprit. Vauvenargucs.

On ne plaint pas un homme d'être un sot , et peutêtre on a raison ; mais il est fort plaisant d'imaginer que c'est sa faute. Vauvenargucs.

Le sot qui a beaucoup de mémoire , est plein de pensées et de faits-, mais il ne sait pas en conclure : tout tient à cela. Vauvenargues.

Le sot est comme le peuple, qui se croit riche de peu. Vauvenargues. *

Les sots usent des gens d'esprit, comme les petits hommes portent de grands talons. Vauvenargues.

On n'est jamais si sot qu'avec les sots 5 on cave au plus fort avec eux. Le prince de Ligne.

J'aime les gens d'esprit qui sont bêtes; leur bêtise est toujours aimable et bonne : mais craignons les sots. Le prince de Ligne.

Laissez dire les sots ; le savoir a son prix .

La Fontaine.

gixticitit.

L'homme malheureux sait qu'il est malheureux , et c'est à la fois la preuve de sa grandeur , et la cause de son désespoir. Se reconnaissant destiné au bonheur, il s'irrite d'une souffrance qui le lui ravit. S'il n'a pas appris à placer ce bonheur en soi-même , il devient furieux contre l'existence qui lui faisait espérer la félicité. Quelquefois même, sa folie l'emporte jusqu'à vouloir punir la vie d'avoir manqué à sa promesse ; et le suicide prouve si bien notre double nature , qu'il est comme une vengeance d'une partie de nous-mêmes contre l'autre.

r Ed. jdlletZy Essai sur l'homme.

Le suicide est une mort furtive et honteuse. C'est un vol fait au genre humain. Avant de le quitter, rends-lui ce qu'il a fait pour toi... Mais je ne tiens à rien; je suis inutile au monde... Philosophe d'un jour! ignores-tu que tu ne saurais faire un pas sur la terre, sans trouver quelque devoir à remplir, et que tout homme est utile à l'humanité, par cela seul qu'il existe? J.-J. Rousseau.

11 n'est pas permis à l'homme de quitter la vie , sans l'ordre de celui dont il l'a reçue : ce serait abandonner le poste qui lui a été assigné par Dieu même. Cicéron.

S'il y a quelques exemples , chez plusieurs peuples , du suicide, on ne peut fonder aucune preuve du droit sur des faits , parce que Terreur a beaucoup plus souvent, et plus long-temps régné que la vérité, et que tous les jours , nous ouvrons les yeux sur des préjugés qui avaient aveuglé nos pères» Toutes les pratiques anciennes et modernes, n'empêcheront pas que l'on ne viole les lois de la nature, et que l'on ne soit rebelle à Dieu , en coupant volontairement la trame de ses jours. Fonnej.

0uper*ttitim.

La superstition , et toutes les prétendues sciences qui en dérivent, et qui à leur tour la fortifient, telles que l'astrologie , la magie et l'alchimie , ne tiennent pas uniquement à l'ignorance et à l'orgueil, ni à un esprit naturellement faux, bien moins encore au goût du merveilleux , et à la pusillanimité du caractère , mais à la nature elle-même. Quels que soient les progrès que nous ayons faits dans cette étude, la nature est, et sera toujours, immense et inconnue -, elle nous étonne et nous confond tous les jours par nos propres découvertes 5 elle renverse ce que nous regardions comme nécessaire -, elle nous présente des combinaisons ou des faits que nous jugions impossibles ; et souvent, ce que nous appelons ses lois, disparaissent devant une loi supérieure, et

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ne s'offrent plus à nous que comme des exceptions. Ne pouvant connaître à fond la nature, nous sommes réduits à imaginer, et l'imagination s'attend à tout, croit tout, révèle possible et l'impossible. L'immensité de la nature, notre étroite et profonde ignorance, les miracles que nous avons déjà observés, et les miracles innombrables qui nous échappent , tout donne aux rêves de l'imagination une activité incroyable , et semble justifier ses conceptions les plus bizarres. Sans doute, quand la raison se tait , nous devrions condamner toutes nos autres facultés au silence-, là où nous ne savons plus rien , nous ne devrions pas non plus imaginer, et nous tenir sur la limite de notre horizon, sans divaguer au-delà. Mais cette force d'arrêt est rare : le philosophe le plus sage ne l'exerce que par intervalles -, comment l'exiger et l'obtenir de la masse de l'espèce humaine? La superstition résulte donc de l'immensité des inconnues de la nature, que l'homme ne sait, ni dissiper, ni oublier, ni consentir à ignorer entièrement -, et de la tendance de l'homme à placer quelque chose dans cette nuit épaisse , et dans cet océan incommensurable. M. Ancillon.

La superstition est un culte de religion , faux , mal dirigé, plein de vaines terreurs, contraire à la raison et aux saines idées qu'on doit avoir de l'Etre suprême : ou, si vous l'aimez mieux, la superstition est cette espèce d'enchantement ou de pouvoir ma-

gique, que la crainte exerce sur notre ame. Fille malheureuse de l'imagination , elle emploie pour la frapper les spectres , les songes et les visions -, c'est elle , dit Bacon , qui a forgé ces idoles du vulgaire, les génies invisibles, les jours de bonheur ou de malheur, les traits invincibles de l'amour et de la haine. Elle accable l'esprit, principalement dans la maladie ou dans l'adversité -, elle change la bonne discipline et les coutumes vénérables, en momeries et en cérémonies superficielles. Dès qu'elle a jeté de profondes racines, elle est capable d'éteindre les lumières naturelles , et de troubler les têtes les plus saines. Enfin , c'est le plus terrible fléau de l'humanité. L'athéisme même (c'est tout dire) ne détruit point cependant les sentimens naturels, ne porte aucune atteinte aux lois , ni aux mœurs du peuple ; mais la superstition est un tyran despotique , qui fait tout céder à ses chimères. Ses préjugés sont supérieurs à tous les autres préjugés. Un athée est intéressé à la tranquillité publique , par l'amour de son propre repos -, mais la superstition fanatique , née du trouble de l'imagination , renverse les empires. Delejre.

La multitude tient d'autant plus à ses superstitions , qu'on fait plus d'efforts pour l'en arracher.

L'abbé Barthélémy,

Quand une fois les hommes se livrent à la su-

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perstition , ils ne font plus de pas que pour aller d'égaremens en égaremens. Condillac.

La superstition attribue à des causes surnaturelles , les choses dont l'ignorance ne permet pas de rendre raison. Condillac.

La superstition transforme l'homme en bête , le fanatisme en fait une bête féroce , et le despotisme une bête de somme. La Harpe.

La superstition est le plus terrible fléau du genre humain -, elle abrutit les simples , elle persécute les sages, elle enchaîne les nations, et produit partout des maux effroyables. /.-/. Rousseau.

La superstition , est un monstre qui a toujours déchiré le sein de sa mère -, c'est un serpent qui entoure la religion de ses replis , et la souille de son souffle impur. Voltaire.

Il n'y a point de superstition qui ne porte son excuse avec elle. P^auvenargues.

La piété est différente de la superstition. Pousser la piété jusqu'à la superstition, c'est la détruire. Les hérétiques nous reprochent cette soumission superstitieuse. C'est faire ce qu'ils nous repro-

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client, que d'exiger cette soumission, dans les choses qui ne sont pas matière de soumission.

Pascal.

La superstition est une vertu, quand la reconnaissance en est le motif. Pythagore.

La superstition , est fille du crime et de la peur.

Cicéron, ^^TLe superstitieux a nécessairement le jugement faux , l'âme faible , et parfois le cœur dur : il met une force idéale à la place de la raison.

*> Fontenelle.

La piété sans lumières , est sujette à dégénérer en superstition. La superstition est à la religion , ce que la lie est au vin , ce que les scories sont aux métaux. B. Franklin.

La superstition semble nétre autre chose, qu'une crainte mal réglée de la Divinité. Théophraste.

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