‹ Dictionnaire de médecine [electronic resource] (volume 2)Chapitre 11 sur 44 · VEN · texte numérisé non relu

VEN

On pourrait aussi se servir du fourneau d'appel que l'ingénieux M. Darcet a fait placera une,certaine hauteur des cheminées, dans les ateliers où l'on manipule des substances dont les exhalaisons peuvent être nuisibles à l'artisan. Ce fourneau dilate l'air du tuyau de la cheminée , qui raréfié s'élève et s'échappe par l'ouverture supérieure , tandis qu'il est remplacé par celui du laboratoire ; ce qui établit un courant qui produit tous les résultais désirables.

On a proposé d'effectuer la ventilation au moyen de soufflets plus gros que ceux des forges , disposés de telle sorte que les uns verseraient dans l'intérieur de l'appartement l'air qu'ils auraient puisé au dehors, tandis queles autres rejetteraient au dehors l'air qu'ils auraient pris dans l'intérieur. Nous pensons que ces ventilateurs n'ont jamais été mis en usage , et qu'ils ne sont pas assez simples pour l'être. Ces soufflets constituent un appareil dispendieux , et dont l'établissement ne me parait pas une chose facile.

Dans les salles de spectacle nouvellement construites , on a établi tout simplement dans chaque loge du bas , mais à la partie la plus élevée , de sorte que l'air n'arrive sur les spectateurs que d'une manière diffuse , des espèces de tuyaux en tôle, évaséyà leur ouverture extérieure qui s'ouvre dans les corridors, ou même tout-à-fait au dehors des théâtres , et rétrécis à leur extrémité intérieure qui verse l'air dans la salle , à quelques pieds au dessus de la tête des spectateurs. Par ce moyen , qui est à peu près celui que l'on met en usage dans les navires , l'air chaud s'élève à la partie supérieure de la salle d'où il s'échappe par' les ouvertures qui y sont pratiquées, et se trouve remplacé par un air frais et riche d'oxîgène. On évite ainsi les syncopes, les asphyxies même, qui résultaient autrefois de l'encombrement d'un grand nombre d'individus dans un espace étroit.

On a employé des espèces de pompes pour aspirer l'air méphitique et pour le remplacer par de l'air pur. Ces moyens sont aujourd'hui généralement abandonnés. Nous en dirons autant delà roue centrifuge dont le docteur Désagulieçs s'était servi pour renouveler l'air de la chambre des communes. Cette roue , composée de douze compartiniens, aspirait, à l'aide d'un tuyau de communication, l'air de l'intérieur , et le versait au dehors.

Le ventilateur de Haies est celui qui a joui de fa plus grande célébrité. Cet appareil, abandonné comme les précédens , con-

VEN aa5 sistait en deux boîtes de dix pieds de long , sur cinq de large et deux de hauteur. Un diaphragme , fixé seulement sur l'un des côtés à l'aide de charnières , les coupait en deux parties égales. Ce diaphragme était mis en mouvement par une verge de fer fixée à l'extrémité de son côté libre ; ce mouvement alternatif d'élévation et d'abaissement comprimait et dilatait successivement les deux compartimens de ces boites. Sur la paroi où le diaphragme était fixé, on avait pratiqué quatre ouvertures munies de sorpapos s'ouvrant en sens inverse , de manière que les unes recevaient l'air de l'extérieur, et les autres laissaient échapper celui Je l'intérieur.

Dans certains pays chauds on suspend au plafond une espèce de couronne large composée de feuilles légères , d'une forme ordinairement élégante, qui, tournant sur son axe, produit une ventilation agréable. Mais cet appareil ne peut servir qu'à diminuer la chaleur de l'air , en lui imprimant un certain mouvement, et ne tend nullement à le renouveler, (rostan. )

VENTOUSE , s. f. , cucurbita , cucurbitula , petite cloche destinée à être appliquée sur la peau pour y déterminer le. gonflement de son tissu, en opérant le vide a l'aide de la succion, de la chaleur, ou d'une pompe aspirante.

Des diverses espèces de ventouses, et de la manière de les appliquer. — Les ventouses sont en corne, en métal ou en verre. On se servait anciennement en Egypte et chez les Hottentots, d'une simple corne de bœuf percée à son sommet d'un trou, par lequel on exerçait la succion de l'air. Celles de métal ont été presque généralement abandonnées , parce qu'ayant l'inconvénient de n'être pas perméables à la lumière, elles privent de l'avantage d'apprécier le gonflement de la peau. Les ventouses de verre qui sont maintenant les seules en usage , sont de dimensions très-différentes , de douze à trente-six lignes de diamètre de forme hémisphérique, plus larges vers leur fond qu'à leur orifice, qui est ou circulaire ou elliptique pour s'adapter plus facilement aux différentes surfaces sur lesquelles on les applique. La convexité de la ventouse et le rétrécissement de son orifice ne sont pas nécessaires, et on emploie avec autant d'avantage tous les verres à boire.

'On distingue deux sortes principales de ventouses , par rapport à la manière dont on les applique et aux effets qu'elles produisent; des ventouses qu'on appelle sèches, à l'aide desquelles

aa6 YEN

on se contente de produire le gonflement de la peau; et âeé ventouses scarifiées, dans lesquelles on incise la peau, préalablement tuméfiée, à l'aide de différens scarificateurs.

Qu'on veuille appliquer une ventouse sèche ou scarifiée , il est convenable de raser préalablement la partie, si elle est couverte de poils ; cette précaution est surtout indispensable si on emploie le feu pour' produire le vide , afin d'éviter la douleur déterminée par la brûlure des poils.

Quand on adopte la méthode de la raréfaction de l'air à l'aide de la chaleur, méthode qui a des avantages incontestables sur la succion, on brûle dans le verre ou dans la ventouse du papier bien sec, du chanvre ou du coton, de la ouate sèche ou imbibée d'alcool , ou on y place une très -petite lampe portée sur un disque de carton; et à l'instant même où ces corps sont en pleine combustion, on applique très-promptement la ventouse sur le point qui a été bien déterminé d'avance, et sur lequel on a eu soin d'abord de placer la ventouse, pour s'assurer si elle s'adapte bien exactement à la partie. Lorsque le gonflement de la peau est jugé suffisant, on presse, à l'aide du doigt ou d'un instrument quelconque , sur un des points de la circonférence de la ventouse, afin d'y faire pénétrer l'air et de l'enlever facilement.

Le vide à l'aide de la succion est un moyen maintenant abandonné , parce qu'il est impossible d'obtenir par ce procédé une turgescence assez considérable de la peau. On ne se sert plus de ce moyen que pour tirer du lait de la mamelle, et on emploie alors des ventouses à orifice très-étroit , garni d'un bord large et concave qui s'applique exactement autour du mamelon; la partie convexe de cette sorte de ventouse est terminée par un long bec recourbé , que la personne qui exerce la succion place dans sa bouche. Les ventouses à pompe sont d'un usage beaucoup plus sûr et plus commode ; il faut , quand on se sert de ce procédé, après avoir, comme dans la méthode précédente, choisi une ventouse dont la forme s'adapte facilement à la partie sur laquelle on veut l'appliquer, la placer perpendiculairement en exerçant une légère pression. On tourne ensuite le robinet de manière à établir la communication entre la ventouse et le corps de pompe. On fixe la ventouse avec la main gauche, tandis que de la main droite on imprime au piston les mouveraens nécessaires pour faire le vide , en ayant soin de les exercer assez

VEN a»7 rapidement mais sans secousses. Lorsqu'on a obtenu le boursoufflement convenable de ia peau , on ferme le robinet pour intercepter toute communication enlre la ventouse et la pompe. Si on veut détacher la ventouse , il suffit de tourner le robinet dans un autre sens , afin de permettre à l'air extérieur de pénétrer dans la cloche.

Dans les ventouses scarifiées, après avoir préalablement tuméfié la peau à l'aide des moyens indiqués, on se sert d'un bistouri ou d'un scarificateur , à l'aide duquel on pratique des incisions très-superficielles dirigées en croix. On emploie aussi quelquefois les lancettes et les scarificateurs à ressort ; mais ces derniers instrumens ont l'inconvénient de ne faire que des mouchetures plus ou moins étendues qui donnent très-peu de sang. Lorsqu'on veut obtenir , à l'aide des ventouses scarifiées , une saignée locale abondante, il faut réappliquer plusieurs fois et successivement la ventouse. Après avoir obtenu la quantité de sang nécessaire , on lave la partie scarifiée avec de l'eau tiède , et on la recouvre avec un linge enduit de cérat ou d'huile, ou avec un cataplasme.

Pour simplifier l'application des ventouses scarifiées, M. Sarlandière a imaginé d'adapter à une ventouse à pompe un scarificateur mobile fixé sur une lige métallique qui glisse à frottement, et peut être élevé et abaissé dans l'intérieur de la ventouse, sans qu'on soit obligé de la déplacer. La cloche est garnie en outre latéralement d'un robinet qui permet d'évacuer le sang lorsqu'il est amassé en assez grande quantité. M. Demours, au lieu du scarificateur de M. Sarlandière, a adapté à la ventouse à pompe des aiguilles qui s'élèvent et s'abaissent, à volonté, et qui agissent à la manière de l'acupuncture faite dans le vide et sur une partie déjà ventousée. Ces deux instrumens ont reçu le nom de bdellomètre.

Des effets des ventouses. — Dans les ventouses sèches, la raréfaction par la chaleur produit, comme la succion dans la ventouse à pbmpe , une tuméfaction plus ou moins considérable de la peau, suivant que le vide est plus ou moins parfait; mais dans le premier cas, la chaleur détermine une rubéfaction plus vive et une injection plus marquée des capillaires. Si le boursoufflement delà peau est très-considérable, et qu'on laisse quelque: temps la ventouse en place, l'afflux des liquides devient tel, qu'il s'infiltre dans le tissu du derme, forme de larges ecchymoses ,

aa8 VEN

soulève l'épiderrae , et le déchire même en faisant explosion. L'écoulement des liquides qui a lieu dans ce cas est ordinairement très -peu abondant, et^ne peut être comparé à la saignée capillaire qu'on obtient dans les ventouses scarifiées. En effet, celles-ci , indépendamment de la fluxion considérable des capil laires et de la rubéfaction de la peau qu'elles déterminent comme les ventouses sèches, agissent eu outre à la manière des sangsues, par le dégorgement qu'elles opèrent dans l'endroit même qui a été ventousé ; elles offrent donc à la fois les avantages' des révulsifs qui fluxionnent la peau , réunis à ceux des saignées capillaires : on conçoit , par conséquent , que ce moyen thérapeutique peut être employé avec succès comme un puissant dérivatif et révulsif dans une foule de cas. Il est cependant des individus dont la peau est tellement irritable, qu'il leur est impossible de supporter l'action des ventouses, même pendant quelques secondes, et chez lesquels par conséquent ce moyen est inapplicable.

Des cas clans lesquels on applique les ventouses. — On applique les ventouses sèches et scarifiées sur toutes les parties du corps qui peuvent s'accommoder à la forme de la cloche; et en modifiant leur grandeur et leur forme, il n'est presque aucune région du corps sur laquelle on ne puisse les placer.

Elles sont depuis très-long-temps mises en usage dans beaucoup de maladies aiguës ou chroniques, locales ou générales. Hippocrate et Arélée les employaient fréquemment. Arétée en parle avec détails dans son livre des Maladies aiguës ; il les recommande principalement contre la pleurésie après le septième jour révolu : c'est en effet une des maladies aiguës dans lesquelles les ventouses réussissent le plus constamment. On n'en retire pas moins d'avantages dans les pleuro pneumonies, les catarrhes, les rhumatismes , la pleurodynie , la sciatique; mais dans la plupart des cas, elles ne sont vraiment utiles que lorsque leur application a été précédée de saignées générales et du traitement antiphlogisti<|uc. Dans le cas contraire, loin d'agir comme révulsifs, l'irriiation locale que produisent les ventouses augmente l'état fluxioniiaire local et la réaction fébrile qui l'accompagne. Ces effets ne sont pas à craindre dans les phlegmasies aiguës qui s'accompagnent de peu de réaction, de même que dans les inflammations chroniques.

Ce n'est pas seulement dans les plilegmasics chroniques que

VEN 229 les ventouses ont été avec raison recommandées; on lei appliquait dès le temps d'Hippocrate aux mamelles pour arrêter les hémorrhagies utérines ; Galien les préconisait dans l'épistaxis. On les a employées avec avantage dans ces derniers temps dans certains cas d'hématurie, de métrite et de catarrhe de la vessie , soit à la région lombaire , soit au périnée ; elles ne sont pas moins utiles à la partie interne des cuisses dans plusieurs cas d'aménorrhée.

Parmi les maladies chroniques qui ont été combattues avec succès à l'aide des ventouses scarifiées , on peut citer les arthritis avec ou sans épanchement. Petit , de Lyon, les appliquait sur les abcès par congestion, après les avoir ouverts par une simple ponction; il évite ainsi l'introduction de l'air dans le foyer. M. Sarlandière , dans la même intention, conseille d'ouvrir ces sortes d'abcès dans le vide à l'aide du bdellomètre. M. Larrey a employé avec beaucoup de succès des ventouses sur diverses parties du corps dans l'eniphysème général , suite de plaies pénétrantes de poitrine. On a fait usage en Angleterre avec avantage , dans la goutte et le rhumatisme , de ventouses d'une grande dimension, dans lesquelles on place un membre entier. L'action révulsive de ce moyen,' appliqué sur une aussi grande surface , doit être en effet très-énergique.

On a tenté de se servir de la force attractive des ventouses pour empêcher l'absorption des virus. Le docteur anglais Barry a fait sur ce sujet plusieurs expériences curieuses, dont il a communiqué le résultat à l'Académie de médecine. Les commissaires de l'Académie ont répété ces expériences , et constaté i° qu'une ventouse appliquée- sur une plaie dans laquelle on a introduit une substance vénéneuse, s'oppose au développement des phénomènes qui appartiennent à l'absorption du poison , pendant tout le temps qu'elle reste appliquée sur la plaie; 2°que si on applique la ventouse lorsque les effets du poison se sont déjà manifestés, ceux-ci sont aussitôt suspendus momentanément, et ne reparaissent que lorsqu'on cesse d'agir avec la ventouse. Frappé de ce résultat, M. Itard a pensé qiie l'inoculation du virus vaccin fournirait un moyen simple de répéter les expériences de M. Barry sur l'homme. En conséquence, il a vacciné un enfant sur les deux épaules, et recouvert ensuite d'une ventouse les piqûres d'un côté seulement, avec l'attention d'en laisse» une en dehors. Toutes les piqûres recouvertes par la veu-

a3o VER

touse n'ont donné lieu à aucun bouton; toutes les autres ont été suivies de pustules vaccinales régulières. Cette expérience paraissait décisive en faveur de l'opinion de M. Barry ; mais elle était isolée, et par conséquent peu concluante. M. Bousquet, chargé par l'Académie de répéter l'expérience de M. Itard , n'a " pas obtenu des résultats aussi favorables à l'action des ventouses. Il a fait à dix-neuf enfans environ deux cents piqûres , dont moitié ont été recouvertes d'une ventouse appliquée au plus pendant une demi -heure, et quarante-trois pustules de vaccin bien régulières se sont manifestées malgré l'application des ventouses. Dans plusieurs cas, il a semblé à l'observateur que l'action de la ventouse retardait le développement de la vaccine. Ces expériences , encore fort incomplètes , ne suffisent pas sans doute pour justifier toutes les espérances qu'avait conçues M. Barry; mais si elles ne prouvent pas que les . ventouses puissent s'opposer à l'absorption et au travail morbide des virus , il paraît évident au moins qu'elles en retardent les effets. Elles peuvent être utiles sous ce rapport, en donnant au médecin le temps nécessaire pour recourir à des moyens plus certains.

( GUERSENT. )

VENTRICULE., s. m. , *venlriculus , diminutif de venter, petit ventre. On donne ce nom à l'estomac , aux excavations latérales résultant du rapprochement des cordes ou replis du larynx, aux cavités à parois contiguè's qu'on observe dans I'encéphale , et aux cavités droite et gauche du coeur.

Page 1