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craignait que l'emplâtre ne se dérangeât, on le coudrait à la compresse, qu'on fixerait elle-même avec deux ou trois bandelettes agglutinatives. A défaut de feuilles de poirée, on emploie le linge ou le papier brouillard. Quelques pharmaciens vendent aussi , pour cet usage. , un taffetas et un papier enduits d'une couche emplastique plus ou moins irritante. Pendant les premiers jours, le beurre est nécessaire pour modérer la trop vive excitation de la plaie; mais il faut bientôt le remplacer par une pommade plus irritante , si l'on veut éviter qu'elle ne se cicatrise tout-à-fait. Ces pommades, désignées sous le nom d'épispastiques , varient singulièrement dans leur composition, et presque toutes doivent leurs propriétés à la poudre de cantharides. ( Voyez pommade.) Celle de Pelletier n'en contient pas, et se compose d'axonge, de cire, d'huile d'olive, de feuilles de sabine et de rhus radicans : il en est d'autres où l'on fait entrer la sabine, l'euphorbe, et diverses espèces de daphnés. Quelle que soit au reste la pommade, dont on fasse usage, on l'emploie seule ou mélangée avec une certaine proportion de cérat ou de beurre , suivant son activité, le degré de sensibilité de la plaie , et l'effet qu'on veut produire. Lorsque la pommade est trop irritante, ou quand on en met trop, il eh résulte une vive douleur, et une inflammation qui s'oppose à la sécrétion du pus. Si au contraire elle est trop faible, la suppuration diminue et finit même par se tarir. Il est donc fort important de donner à la pommade le degré de force nécessaire pour obtenir toujours à peu près la même irritation sécrétôire. Il faut avoir soin aussi que la feuille de poirée ne soit pas plus large que la plaie , et qu'elle ne soit pas non plus enduite d'une trop forte proportion de pommade, sâns quoi cette dernière, agissant sur la peau environnante , y déterminerait de l'inflammation et agrandirait la plaie sans nécessité. Il est facile d'ailleurs de parer à cet inconvénient en entourant la surface vésicatoriée de bandelettes de linge ou de papier brouillard couvertes de cérat , ou bien en l'encadrant en quelque sorte d'un morceau de linge enduit de cérat , et qui présente dans son milieu une ouverture d'une grandeur égale à celle de la plaie. A chaque pansement, qu'on renouvelle toutes les douze heures en hiver et trois fois par jour pendant les grandes chaleurs de l'été, il est bon de laver les bords de la plaie avec de l'eau tiède, et d'absterger le pus qui en recouvre la surface à l'aide d'une épgnge très-fine imbibée d'eau, ou mieux avec un linge fin sur
VÉS 29^ les extrémités duquel ou tire légèrement après en avoir appliqué le milieu sur la plaie.
Dans certains cas, malgré le peu d'activité de la pommade, et les précautions les plus minutieuses apportées dans le pansement , les malades éprouvent de vives douleurs et une agitation extrême. On se trouve bien alors quelquefois d'ajouter une petite proportion d'opium ou d'acétate de morphine à la pommade dont on se sert, ou d'employer le cérat seul : d'autrefois , au contraire, les douleurs n'en persistent pas moins, et l'on est obligé de supprimer tout- à- fait le vésicatoire. Il n'est pas rare de voir la plaie se couvrir de concrétions membraniformes d'un blanc jaunâtre , qui rendent nulle l'action de la pommade, et finiraient même par amener la cicatrisation si l'on n'y portait remède. On conseille ordinairement de soulever cette espèce de fausse membrane avec des pinces à anneaux, et de l'enlever entièrement lorsqu'elfe est peu adhérente. Si elle tient d'avantage, on se contente de l'ébranler, et le lendemain on l'enlève facilement. Quelquefois on parvient au même but en recouvrant la plaie d'un cataplasme émollient pendant plusieurs heures. On détruit les végétations ou bourgeons qui viennent à se manifester à la surface des vésicatoires , en les touchant avec le nitrate d'argent , ou en les saupoudrant d'alun pulvérisé ou de crème de tartre. Lorsqu'ils ont des pédicules étroits , il est plus commun de les exciser avec des ciseaux courbes sur leur plat, en ayant soin de cautériser ensuite avec la pierre infernale. Chez quelques individus il se développe , autour des vésicatoires, des eczéma, des érythèmes et des érysipèles qui s'étendent quelquefois même au tissu cellulaire sous-cutané. Dans ces cas, on modère l'irritation de la plaie au moyen des cataplasmes émolliens , et on combat les complications par les moyens appropriés : le plus souvent alors , on est obligé de supprimer le vésicatoire. La gangrène, chez les enfans surtout, peut aussi s'emparer des vésicatoires. Leur surface devient alors grisâtre ou livide, elle est parsemée de taches violacées ou noires , et elle rend une sanie roussâtre, sanguinolente et fétide. Souvent alors elle se couvre d'une croûte plus ou moins épaisse ; d'autrefois elle présente une multitude d'ulcérations arrondies et grisâtres. Il faut , dans ces différens cas, substituer aux pommades ordinaires l'onguent styrax, le baume d'Arcceus ; laver la plaie avec l'alcool camphré, la décoction de quina, ou le chlorure d'oxyde de so-
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dium, et la saupoudrer de quinquina pulvérisé et de camphre. Quelquefois, et sans cause appréciable, la plaie du vésicatoire s'étend de plus en plus, et cette espèce d'ulcération rongeante finit par envahir un membre tout entier, malgré tous les efforts de l'art. Dans d'autres cas, la surface vésicatoriée devient le siège d'une exhalation sanguine qui tantôt paraît due à l'excès de l'inflammation, et d'autrefois est tout - à - fait passive. Quant au, gonflement des ganglions, situés au-dessus ou aux environs de la partie où est placé le vésicatoire, il cesse ordinairement de lui-même au bout de quelques jours , ou bien il persiste, en diminuant néanmoins d'intensité, pendant tout le temps que l'exutoire est conservé. Si les pommades cantharidées déterminent la dysurie ou l'ischurie , il faut d'abord supprimer ces pommades irritantes, et les remplacer par d'autres qui ne contiennent point de cantharides, puis combattre les symptômes h l'aide des bains et des boissons émulsionnées.
Les vésicatoires, si fréquemment employés de nos jours, paraissent l'avoir été fort peu du temps des anciens médecins grecs et romains. Archigène et Arétée sont les premiers, dit on, qui enaientfait usage. Préconisés plus tard par Sydenham et Freind, leur emploi fut singulièrement restreint parBaglivi, qui en exagéra les inconvéniens, et se borna à les conseiller dans les cas les plus graves et pour ainsi dire comme dernière ressource.
Les vésicatoires agissent tantôt principalement à la manière | des stimulans énergiques et des irritans, tantôt à la manière des évacuans , et souvent comme révulsifs : dans beaucoup de cas ces divers effets réunis se combinent. Lorsque leur action n'e^t pas assez prolongée pour déterminer le soulèvement de l'épiderme, ils rentrent dans la classe des rubéfians [voyez ce mot). Si, l'épiderme étant soulevé, on se contente de crever la cloche, de laisser écouler la sérosité et de réappliquer 1'épiderrne pour qu'il se réunisse au derme, le vésicatoire est peu irritant, superficiel et passager comme le sinapisme ; mais lorsqu'au contraire on enlève l'épiderme et qu'on fait suppurer long-temps | les vésicatoires, ils deviennent alors des espèces d'organes sécréteurs particuliers. Voyez exutoire.
La thérapeutique ne noua fournit point de stimulant local ) en général aussi énergique, et dont l'action soit aussi cer- 1 taine que celle du vésicatoire. Lorsqu'on lui laisse produire I tout l'effet local possible, il détermine bientôt une réaction
VËS a95 ■vive, d'abord sur le système nerveux, et ensuite sur la cireultttion , qui porte souvent l'excitation jusqu'à la fièvre, même chez l'homme en état de santé. Le docteur Chapman rapporte qu'un des plus célèbres avocats de Londres se faisait appliquer un vésicaloire chaque fois qu'il avait une affaire importante à plaider. Ce moyen irritant peut convenir au phlegme anglais, mais il serait sans doute plus nuisible qu'utile à nos avocats français, qui retrouvent toujours assez de chaleur et d'énergie naturelles dans leur cœur, et n'ont pas besoin de ces violens stimulans pour développer leurs talens. L'effet irritant des vésicatoires est bien plus marqué encore sur l'homme malade et en proie à la fièvre; aussi n'a-t-on recours en général aux vésicatoires , dans les maladies aiguës , que lorsque les forces sont très-diminuées, et vers le déclin des maladie». Autrement la réaction vive qu'ils produisent ajouterait encore à l'état fébrile , et pourrait même dans certains cas déterminer des mouvemens convulsifs, comme j'en ai vu des exemples. Aussi c'est principalement dans les cas d'adynamie franche, de prostration et de refroidissement à la suite d'hémorrhagies abondantes , dans des accès de fièvres rémittentes ou intermittentes pernicieuses, lorsque l'énergie vitale est très affaiblie enfin, que l'action fortement stimulante des vésicatoires est surtout recommandable. Dans tous ces cas graves , le vésicatoire , quoiqu'il n'agisse pas aussi promptement que le sinapisme , a cependant sur lui le grand avantage de produire un effet plus soutenu et plus durable, et de ne pas irriter autant les sujets très-nerveux.
Lorsque le médecin a pris également pour but de mettre seulement en jeu la propriété stimulante ou révulsive passagère du vésicatoire, il est préférable de ne l'employer que volant, afin de pouvoir le renouveler au besoin, et le promener à la surface du corps. Lorsqu'au contraire il a l'intention de produire une révulsion soutenue, et de profiter en même temps de l'évacuation purulente des vésicatoires, il faut alors avoir recours aux larges vésicatoires suppurans, placés de préférence aux extrémités. C'est en effet ce qu'on se propose dans toutes les fièvres graves , où les principaux organes essentiels à la vie ont reçu une atteinte plus ou moins forte, et dans lesquelles les accidens cérébraux qui se prolongent souvent long-temps, réclament quelquefois des révulsifs soutenus. Il me semble que par ces raisons les vésicatoires suppurans sont préférables dans les typhus et
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les fièvres ataxiques; en général, l'inconvénient qu'on leur reproche dans ce cas, est de déterminer des escarres et des ulcère* difficiles à guérir, qui retardent les convalescences. Mais quand ce reproche serait fondé, qu'importe la longueur de la convalescence dans une maladie grave? l'important est de guérir, et n'est-il pas probable que ces altérations locales produites artificiellement peuvent y concourir ? Il est d'observation, en effet, que la gangrène des vésicatoires est en général un signe critique dans le typhus; Hildebrand et plusieurs autres praticiens le regardent comme favorable.
Il n'est pas de notre objet d'entrer ici dans le détail des affections nombreuses qui réclament l'emploi des vésicatoires, soit comme excitans généraux , soit comme révulsifs et même comme évacuans ; nous nous contenterons de rappeler que sons ces différens points de vue thérapeutique , ils ont été principalement employés avec de grands succès dans la plupart des inflammations parenchymateuses et membraneuses aiguës, sub-aiguës ou chroniques, dans plusieurs rhumatismes, névroses et névralgies, enfin dans la plupart des phlegmasies cutanées aiguës ou chroniques, lorsque la réaction fébrile a été suffisamment modérée par les émissions sanguines générales ou locales. Le praticien ne doit jamais perdre de vue, que dans tous les cas de phlegmasies , la réaction produite parle vésicatoire tend toujours à réveiller l'inflammation si elle n'a pas été suffisamment combattue: c'est ce qu'on observe souvent dans la plupart des phlegmasies membraneuses , comme la méningite , la pleurésie *et la péritonite. Il est bon d'observer aussi, comme règle générale, que les vésicatoires ne réussissent jamais mieux dans les phlegmasies aiguës ou chroniques , que chez les sujets qui sont affectés habituellement d'éruptions cutanés ou de rhumatismes chroniques. On a employé avec avantage les vésicatoires volans dans plusieurs affections locales, principalement dans l'amaurose indépendante de lésions organiques. Il faut dans ce cas insister longtemps sur ce moyen fréquemment répété sur les tempes et le front. M. Dupuytren a souvent réussi par cette méthode à guérir l'amaurose chez lesadultes, et j'ai aussi plusieurs exemples de succès chez les enfans. L'emploi local des vésicatoires volans dans Pérysipèle phlegmoneux et ambulant, et même dans la plupart des érysipèles des membres , est maintenant reconnu comme un moyen assez efficace dans beaucoup de cas, et qu'il ne faut pas
VÉS *<J7 négliger. Ces topiques agissent alors non - seulement comme stimulans et évacuans à la fois , mais aussi comme perturbateurs d'une plilegmasie spécifique. Voyez, pour les lieux d'élections , les articles révulsif , 'détersif et exutoire. Guersent.
VÉS1CATION , s. f. , -vesicatio; produit de l'action des vésicans en général , et des vésicatoires en particulier. Voyez Vesicant et VÉSICATOIRE.
VÉSICULE, s. f., vesicula, petite vessie. On donne ce nom à de petites élevures demi-sphériques ou conoïdes de la peau , formées par une gouttelette de sérosité épanchée entre l'épiderme et le corps réticulaire. Cette sérosité , quelquefois claire et sans couleur, le plus souvent opaque et blanchâtre ou couleur de perle, donne un aspect différent aux vésicules , qui sont par conséquent transparentes ou blanchâtres. Elles se terminent par une légère desquammation, ou par des croûtes minces ou lamelleuses. Suivant la manière dont les vésicules se développent ou se groupent, elles forment des maladies particulières. Bateman a rapporté aux affections vésiculeuses la varicelle , la vaccine, X herpès , le rupia , la miliaire , l'eczéma et Yaphthe. Cet auteur n'y a pas compris la gale , dont le caractère est évidemment vésiculeux. La varicelle pourrait tout aussi bien appartenir aux affections pustuleuses, puisque dans certaines variétés l'affection est constituée par des pustules bien marquées, et se rapproche par là de la variole, dont elle n'est, suivant plusieurs auteurs, qu'une modification. La vaccine n'est point purement vésiculeuse : si l'éruption commence par cet élément, elle devient après un certain temps pustuleuse. Enfin le rupia , par la dimension des élevures, se rapporte plutôt aux affections huileuses, qui forment un des ordres de la classification adoptée par Bateman ; et les aplithes sont des affections spéciales aux membranes muqueuses , et ne sont pas formés d'ailleurs par une éruption vésiculeuse. Voyez ces divers mots.
VESICULE BILIAIRE (la), OU VÉSICULE DU FIEL, Cystis fellax ,
est un réservoir membraneux, pyriforme , qui fait partie de l'appareil excréteur de la bile. Voyez foie.
vésicule ombilicale. On appelle ainsi une poche membraneuse, annexéeà l'embryon dès le commencement de sa formation, et qui parait remplir chez l'homme des fonctions analogues à celles de la membrane vitellaire chez les oiseaux. Voyez oeuf humain.
vésicule séminale. On donne ce nom à deux petites poches
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sinueuses qui semblent être la continuation du Canal déférent r et qui servent de réservoir au sperme. Voy. testicule.
( MAKJOLIN.
VESSIE, s. f. vesicaj réservoir musculo-membraneux , conoïde, situé, chez l'adulte, dans l'excavation pelvienne, destiné à recevoir l'urine, à la contenir pendant quelque temps, et à l'expulser ensuile. Cet organe n'est conoïde que chez riiomiiie adulte; chez les enfans il est plutôt cylindroïde, très-alongé de haut en bas, et remontant toujours au-dessus du détroit supérieur du bassin; chez les femmes adultes, et surtout chez celles qui ont eu plusieurs enfans , il est arrondi, et offre même plus d'étendue transversalement que verticalement.
Les dimensions de la vessie sont très- variables , toutes choses égales d'ailleurs, relativement à l'âge et à la stature des individus ; ces variétés dépendent pour la plupart de la nature et de la quantité des boissons dont on fait habituellement usage , du temps plus ou moins long pendant lequel .on laisse l'urine s'accumuler , de l'état sain ou morbide de cet organe. Le plus grand nombre des anatomistes admet, d'après Haller, que la vessie de la femme offre plus de capacité que celle de l'homme; mais il faut convenir que les exceptions à cette disposition sont trèsnombreuses. La vessie, lors même qu'elle est entièrement contenue dans l'excavation du bassin, n'est pas absolument verticale; elle est légèrement oblique de haut en bas et de devant en arrière, son sommet un peu. incliné à gauche. Son obliquité devient d'autant plus grande qu'elle s'élève davantage au-dessus du niveau de la symphyse pubienne.
La surface externe de la vessie présente, comme l'interne, six régions à considérer, et le col de cet organe en constitue une septième qui doit être examinée à part. La région supérieure de la face externe , qu'on nomme ordinairement le sommet ou le fond de l'organe, est contiguë aux circonvolutions inférieures de l'iléon ; le péritoine ne recouvre habituellement que la moitié postérieure de cette région : il ne la tapisse en totalité que lorsque la vessie est très-petite. L'ouraque, espèce de cordon fibreux (voyez oeuf humain), s'élève du milieu de cette région supérieure , et se prolonge jusqu'à l'ombilic où il se termine en s'épanouissant : il est accompagné snr les côtés par les artères ombilicales ou leurs débris. La région inférieure est bornée en devant par la base de la prostate, en arrière . par un repli
V ES 299 que forme le péritoine , en passant sur le rectum ou sur l'utérus , latéralement elle n'a pas 'de limites précises. Cette région, plus large en arrière qu'en devant , et dont la partie la plus reculée porte le nom de bas-fond de la vessie , est en rapport immédiat chez l'homme avec le rectum , les vésicules séminales, les canaux déférens, une petite portion des uretères, du tissu cellulaire et graisseux abondant, des artères et des veines très-nombreuses. Chez la femme, cette région correspond seulement au vagin.
Les régions latérales, plus larges inférieurement que supérieurement, recouvertes en haut par le péritoine, sont en rapport au-dessous de celte membrane, avec les artères ombilicales, les canaux déférens , les vaisseaux et les nerfs hypogastriques du tissu cellulaire et adipeux , et les muscles releveurs de l'anus. La région antérieure n'a ordinairement aucune connexion avec le péritoine; cependant, chez quelques sujets, cette membrane se prolonge sur son tiers , ou même sur sa moitié supérieure : celte disposition n'a lieu que lorsque la vessie est très - petite. La région antérieure correspond à la face postérieure du corps des pubis, dont elle est séparée par un intervalle assez considérable rempli de tissu cellulaire et adipeux, et plus bas au ligament inférieur de la vessie. Quand cet organe est distendu par une grande quantité d'urine , et qu'il s'élève beaucoup au-dessus de la symphyse pubienne , le haut de sa. région antérieure touche presque immédiatement la face postérieure des muscles abdominaux , à un pouce ou un pouce et demi au-dessus du pubis. La région postérieure est revêtue par le péritoine, séparée du rectum ou de l'utérus par une fosse triangulaire , plus ou moins profonde, et en rapport avec l'intestin grêle.
Le col de la vessie , vu extérieurement , représente chez l'homme un cône tronqué, plus long sur les côtés et en bas que supérieurement, presque horizontal chez l'adulte, oblique en bas et en devant avant la puberté, embrassé en devant par la prostate , et reposant en arrière sur le rectum qui le déborde assez souvent à droite et à gauche , surtout chez les vieillards affectés de constipation habituelle. Chez la femme, le col delà vessie offre moins de longueur.
La face interne de la vessie est beaucoup moins villeuse que celle de l'estomac et de l'intestin. Elle offre dans la plus grande partie de son étendue , et dans l'état de vacuité de l'organe des
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vides , des replis irréguliers , formés par la membrane muqueuse, et qui s'effacent quand la vessie est remplie par l'urine. On voit aussi quelquefois des colonnes saillantes , entrecroisées diversement , et formant des cellules de grandeur et de profondeur variables : ces colonnes saillantes sont formées par des faisceaux de ta membrane musculeuse. La partie antérieure du bas-fond de la vessie présente en outre le trigone vésical, espace triangulaire, à surface lisse, ljmité par trois lignes, dont deux se prolongent en arrière et en dehors du col de la vessie aux orifices des uretères , tandis que la troisième s'étend transversalement de l'un de ces orifices à l'autre. L'angle antérieur du trigone correspond à une saillie oblongue qu'on nomme luette vésicaler et qui se prolonge dans l'urètre sous le nom de crête urétrale (voyez pénis). Les deux angles postérieurs sont indiqués par l'insertion des uretères , dont les orifices sont situés chacun au devant d'une légère saillie oblongue, oblique, formée parla membrane muqueuse. Le bas-fond, proprement dit, de la vessie, est la partie la plus déclive de la paroi inférieure; sa largeur, qui est plus grande transversalement que d'avant en arrière , mesure l'espace compris entre la base du trigone et la paroi postérieure. Enfin, l'orifice inlerne de la vessie qui occupe la partie inférieure de la paroi antérieure est semi-lunaire , etembrasse dans sa concavité la luette vésicale.
Trois membranes forment les parois de la vessie ; l'une extérieure ou péritonéale , n'existe que sur le sommet et les parties latérales supérieures et postérieures de la vessie ; un tissu cellulaire assez lâche l'unit à la membrane sous-jacente , en sorte qu'elle ne participe jamais dans la même proportion que les autres membranes à la distension de l'organe. Cette membrane, dont la texture et les propriétés sont d'ailleurs les mêmes que celles du péritoine, dont elle n'est qu'une continuation , est appliquée immédiatement sur la seconde membrane delà vessie, ou la tunique musculaire. Celle-ci est formée par un grand nombre de faisceaux charnus blanchâtres, aplatis, plus ou moins apparens , et affectant diverses directions : les uns , situés sur la ligne médiane, semblent monter directement, en devant et en arrière , de la prostate et du col de la vessie jusqu'à la base de l'ouraque; d'autres fibres naisseqt. des parties latérales du col de cet organe, remontent aussi jusque vers son sommet, et en couvrent d'autres moins longues cf obliques ; quelquefois
VES 3oi même on en rencontre dont la direction est tout-à-fait transversale. Les fibres de la membrane musculeuse , étant plus rapprochées les unes des autres vers le sommet de la vessie et vers son col que dans le reste de son étendue , y forment toujours un plan plus épais que partout ailleurs. Quelquefois , comme on l'a dit précédemment , elles se réunissent en colonnes cylindroïdes entrecroisées, laissant entre elles des. cellules plus ou moins profondes dans lesquelles peuvent se loger des calculs. La membrane musculaire ou moyenne est unie à lu membrane interne ou muqueuse par une couche de tissu ^cellulaire lamelleux et dense qu'on décrit assez souvent comme une quatrième membrane , mais qui ne doit être considérée que comme le moyen d'union de la membrane moyenne avec l'interne. Cette dernière, qui se continue immédiatement avec la membrane de l'urètre , a peu d'épaisseur ; ses villosités généralement peu apparentes, sa couleur blanchâtre , et légèrement nuancée de rose. Son extensibilité est très-grande , mais sa rétracdlité est bien moins prononcée ; les follicules muqueux , dont elle est pourvue, sont difficilement perceptibles dans l'état sain, toutefois ils doivent être très-multipliés.
Le col de la vessie offre plus de résistance et d'épaisseur que le corps ; environné en arrière par du tissu cellulaire dans lequel se ramifient beaucoup de vaisseaux, notamment des veines ; en contact en bas avec le rectum , latéralement avec les muscles releveurs de l'anus, il s'enfonce antérieurement dans l'épaisseur de la prostate, et celle-ci tend toujours à réagir sur lui , à le resserrer. Les fibres musculaires qui concourent à le former sont nombreuses , mais elles ne forment pas un sphincter régulier ; on rencontre au-dessous d'elles une couche d'une substance blanchâtre, ferme, élastique, extensible, qui se prolonge en s'amincissant jusque vers Ja base du trigone. Ce tissu, qui a presque l'apparence fibreuse, contribue à former la saillie de la luette vésicale. Le tissu cellulaire sous-muqueux , et la membrane muqueuse qui le recouvre, ont aussi plus d'épaisseur dans cette région que dans tous les autres points de la vessie.
Les artères de la vessie naissent des ^iliaques internes et de leurs branches, telles que des ischiatiques , des hémorrhoïdales moyennes, des honteuses internes et des ombilicales chez les jeunes sujets. Leur nombre est très-variable, ainsi que leur volume; les plus grosses sont situées sur les parties latérales dû
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bas - fond et dans le voisinage du col : elles sont d'ailleurs flexucuses comme les artères de tous les organes creux. Les veines, bien plus multipliées que les artères, forment autour du col et sous le bas -fond de la vessie un plexus très - considérable ; elles se terminent en général dans les veines hypogastriques. Les nerfs de la vessie proviennent du plexus formé par la partie inférieure des grands sympathiques et les troisième et quatrième paires sacrées. Les lymphatiques suivent, pour la plupart, le trajet des vaisseaux sanguins; ils traversent quelques petites glandes situées dans l'excavation pelvienne , et se rendent ensuite dans le plexus hypogastrique.
Dans le fœtus, l'étroitesse extrême du bassin empêche la vessie de plonger dans sa cavité ; die est située alors beaucoup plus haut que chez l'adulte , en sorte que l'urètre a une longueur proportionnelle bien plus considérable. La vessie est beaucoup plus petite avant qu'après la naissance, èt sa forme est bien plus alongée; aussi a-t-elle dans le principe l'apparence d'un simple filament, et ne semble-t-elle être qu'une légère dilatation de la partie inférieure de l'ouraque. La plus grande étendue en hauteur de la vessie chez le fœtus et les nouveau - nés, est telle que son sommet est situé alors à peu de distance de l'ombilic; son basfond n'est pas développé, mais ses parois ont une épaisseur relative très-considérable. A mesure que l'enfant avance en âge, la vessie diminue de longueur , s'élargit , son bas- fond s'étend , et sa situation devient plus déclive ; enfin , à l'âge de la puberté , cet organe, dans son état de vacuité se trouve entièrement contenu dans l'excavation pelvienne qui offre à cette époque les dimensions qu'elle conservera par la suite. Chez la plupart des vieillards, la vessie affaiblie est flasque et très-dilatée; assez souvent les veines de son col paraissent variqueuses; ce n'est que lorsqu'elle est devenue le siège de quelque maladie , qu'on la trouve, à cet âge, rétrécie, raccornie, dure, eh quelque sorte revenue sur elle-même.
Tous les mammifères ont une vessie urinaire. Elle manque , au contraire, dans les oiseaux, cbezlesquels l'urine se mélange ordinairement, dans le cloaque, avec les excrémens solides; l'autruche et le casoar, dont le cloaque est tellement organise qu'il sert de vessie, et que les urines peuvent s'y accumuler, sont les seuls qui fassent exception, et conséquemment les seuls oiseaux qui urinent. L'existence de la vessie est très-va-
VÉS 3o3 fiable chez les reptiles ; on la rencontre chez les uns , elle manque chez les autres. On trouve peut-être encore plus de variétés à cet égard dans les poissons: chez un grand nombre, les uretères s'ouvrent dans un cloaque analogue à celui des oiseaux ; et dans la plupart des poissons osseux , les deux uretères se dilatent à quelque distance de leur terminaison, et se confondent en un large canal qui tient lieu de vessie. Les dimensions de la vessie ne sont pas les mêmes dans tous les animaux. Il n'est pas exact de dire que, parmi les mammifères, elle' soit généralement plus ample dans les herbivores que dans les carnivores. En effet, si son volume est beaucoup plus petit dans les carnivores , c'est en partie parce que ses parois , qui sont bien plus musculeuses , sont plus fortement contractées à l'instant de sa mort. Elle paraît également petite dans ceux des herbivores qui l'ont très musculeuse. Sa structure varie à cet égard, d'une manière remarquable, dans les mammifères; ainsi, les carnassiers ont généralement d'épaisses colonnes musculeuses dans les parois de leur vessie, et les faisceaux charnus sont dirigés transversalement ou verticalement depuis son fond jusqu'à son col. Parmi les herbivores, le cheval présente une structure analogue de la vessie , tandis que chez les autres animaux de cette même classe et chez les omnivores , la membrane musculeuse de la vessie n'est pas à proportion plus épaisse que chez l'homme. Elle est extrêmement vaste chez les chéloniens, et ses parois très-minces et plus musculeuses ; son fond est divisé en deux cornes plus ou moins marquées. Parmi les batraciens, les grenouilles ont également une vessie divisée , ce qui n'est plus dans les autres reptiles; mais dans tous, elle reçoit l'urine par son col ou par un commencement d'urètre, et elle s'ouvre immédiatement dans le cloaque. Dans les poissons , c'est généralement par une ouverture séparée de l'anus et plus en arrière, que la vessie verse l'urine au dehors : cette ouverture sert aussi d'issue aux œufs et à la laite; le volume de la vessie est ordinairement très-petit, et sçs parois minces et peu musculeuses.
L'appareil urinaire est un de ceux qui offrent le plus d'anomalies chez l'homme, et la vessie y participe fréquemment. Parmi les vices de conformation primitifs de cet organe , nous citerons d'abord son absence et sa petitesse extrême. La scission delà vessie, qui constitue l'exstrophie ou l'extroversion de cet
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organe, n'est pas très-rare : dans ce vice de conformation, on remarque dans la région du pubis une surface rouge , molle , mamelonnée, au centre de laquelle existe une scissure profonde d'où l'urine suinte continuellement. Cette disposition insolite résulte ordinairement de l'absence de la paroi antérieure de la vessie , dont la surface interne fait saillie au dehors par l'écartement partiel de la ligne blanche. Les mamelons que présente ordinairement cette surface rouge et molle correspondent aux orifices des uretères : l'ombilic est alors beaucoup plus inférieur , et fait partie de l'ouverture remplie par les débris de la vessie. La symphyse pubienne est le plus souvent plus ou moins imparfaitement réunie. Il arrive aussi quelquefois que la vessie est primitivement biloculaire ou multiloculaire ; enfin, d'autres fois, l'ouraque est resté perméable, et son canal communiquant avec la cavité vésicale, l'urine s'écoule par l'ombilic.
La vessie présente encore des vices de conformation acquis , consécutifs à la naissance. Ainsi , cet organe a parfois un volume excessif, résultant soit d'une dilatation simple , soit d'une dilatation et d'un épaississement de ses parois. Cette hypertrophie est dans certains cas très-considérable, et peut exister sans la dilatation de la vessie, ou même avec diminution de sa capacité. Cet accroissement, qui a toujours exclusivement son siège dans la membrane musculeuse , est le plus fréquemment produit par une irritation prolongée, comme celle que causent les, calculs. La vessie offre assez souvent des dilatations partielles plus ou moins profondes , et formées par une sorte de hernie de la membrane muqueuse à travers l'écartement des fibres charnues sous-jacentes : ces dilatations se développent habituellement sous l'influence d'efforts répétés pour uriner, et sont assez communément la conséquence des rétrécissemens de l'urètre. La vessie peut aussi subir des déplacemens plus ou moins étendus , comme on le voit dans certaines hernies vaginales et inguinales. Nous n'examinerons pas ici les autres altérations que la vessie est susceptible d'éprouver, et qui ont été l'objet d'un examen particulier dans d'autres articles. V oyez calcul, hernie , plaies , etc.
(marjolin. )
VESTIBULA.1RE , adj.; qui est relatif au vestibule, vestibulairk (fenêtre, ouverture) nu tympan. On nomme ainsi la fenêtre ovale. Voyez oreille.
VÊT 3o5 vestibulairr (rampe) nu limaçon. On donne ce nom à la rampe externe du limaçon, parce qu'elle s'ouvre dans le vestibule. Voyez oriulle.
VESTIBULE, s. m., vestibulum ; cavité irrégulière qui fait partie du labyrinthe ou de. I'oreille interne.
VÈTEMENS, s. m. Les vicissitudes atmosphériques, qui se font sentir à toutes les latitudes, bien qu'à des degrés différons , durent, dès les premiers âges du monde, faire éprouver à l'homme la nécessité de s'y soustraire. Moins bien partagé que les autres animaux, sous le rapport des moyens de résister aux diverses intempéries de l'air, doué de plus de sensibilité qu'eux , il dut chercher de bonne heure les moyens de suppléer à cette espèce d'oubli de la nature. On peut se former une juste idée des tentatives que firent en ce genre les hommes dans l'enfance des sociétés , par ce que font encore aujourd'hui les peuplades que nous regardons comme sauvages. Sans doute, comme ceux - ci , l'antre des rochers leur servit de première habitation ; bientôt ils creusèrent des grottes, et construisirent des huttes grossières : ils durent aussi se couvrir de la dépouille des animaux qui leur avaient servi de pâture , ou des feuilles larges de certains végétaux : telles sont encore en effet aujourd'hui les habitations et les vétemens des peuples chez lesquels la civilisation n'a pas encore pénétré. Mais lorsque les arts eurent fait sentir aux hommes leur influence bienfaisante , des tissus de toute espèce , sans doute bien informes dans les premiers essais, vinrent non-seulement les préserver des variations atmosphériques, mais encore servir à leur parure; car le désir de plaire est aussi naturel à l'espèce humaine que celui de se conserver ; mais il fallut sans doute bien du temps avant que les Tyriens eussent appris à teindre la pourpre , et que les Indiens fussent parvenus à tisser le cachemire. Nous ne savons rien de bien précis sur les vêtemens des anciens peuples. Nous savons seulement que les Lévites hébreux étaient revêtus de vastes robes de lin; quand bien même nous serions mieux informés des détails des vêtemens de ces peuples antiques , il serait ici hors de propos de les exposer avec l'étendue qui conviendrait. Nous devons seulement remarquer que les Grecs et les Romains, nos maîtres en tous genres , semblent avoir atteint la perfection hygiénique dans leurs costumes. Ne dirait-on pas, en effet, en fjonsidéranl les vastes vêtemens qui les couvraient, qu'ils avaient
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réfléchi sur les dangers de comprimer les membres , et les viscères renfermés dans les diverses cavités du corps? qu'ils avaient senti combien pouvait devenir funeste la gêne de la circulation dont ils ignoraient cependant l'admirable mécanisme? Aussi, combien devaient être rares chez eux , et le rachitisme et les maladies organiques des viscères , et les congestions , suites ordinaires de la gène de la circulation! Et, comme s'ils eussent voulu fournir une nouvelle preuve que la beauté est l'ordinaire compagne de l'utilité, quelle noblesse, quelle élégance, brillaient dans leur costume ! que nos petits habits sont puérils et ridicules! Je n'entrerai pas dans le détail de chaque pièce, et ne dirai pas la forme et le nom de chaque partie de l'habillement antique : ces recherches sont plus utiles pour les beaux arts que pour le sujet qui nous occupe. On a remarqué, comme différences importantes , que les Orientaux et les peuples du Midi portaient pendant la paix des vêteinens longs et amples , qui se fixaient sur les épaules, étaient retenus par une ceinture sous les mamelles , ou au-dessus des hanches, et de là flottaient jusqu'à terre ; tandis que les barbares de l'Occident ou du Nord portaient des vêtemens beaucoup plus courts , divisés en deux parties, dont l'une couvrait les épaules, et s'arrêtait à la ceinture, et l'autre fixée à la ceinture descendait jusqu'aux pieds. Dans la guerre les habits étaient plus courts et moins amples , sans doute pour favoriser les mouvemens. Les femmes ont, dans tous les temps, et presque chez tous les peuples, porté des habillemens longs. Cette manière de se vêtir était favorisée par l'heureux climat de l'Asie , de la Grèce et de l'Italie.- L'inconstance de l'atmosphère des Gaules et de la Germanie a toujours dû s'opposer à l'introduction de ces formes de costumes ; c'est seulement par cette raison qu'on peut justifier la bizarrerie de nos vêtemens.
A considérer nos vêtemens modernes , nous ne saurions nous empêcher de reconnaître qu'ils semblent avoir été inventés eu dépit de l'hygiène. Le ridicule de leurs formes peut seul égaler les inconvéniens attachés à leur usage. Il semble qu'on ait pris à tâche de faire marcher ensemble les dangers et les ridicules ; ce qui peut servir de contre-preuve à ce que nous venons de dire en parlant de la beauté et de l'utilité de l'habillement antique. Que voit-on, en effet, de plus absurde qu'un frac qui se termine en pointe par derrière , que ces chapeaux cylindri-
VÊT 3(>7 ques , à bords étroits , qui ne garantissent ni de la pluie ni du soleil ? Quoi de plus nuisible que ces liens de toute espèce qui nous étranglent , ces cravates, ces jarretières , ces corsets, ces
ceintures , etc. ?
Mais arrêtons un moment nos regards sur la nature, la forme,
la couleur , enfin sur les diverses propriétés physiques de nos vêtemens ; tâchons d'en signaler les inconvéniens , et d'indiquer les avantages qu'on peut en retirer.
Rien n'est plus digne d'attention que la nature , la forme et la couleur des vêtemens ; destinés à nous garantir des influences atmosphériques qui peuvent devenir la source d'une multitude de maladies , rien n'est plus déplorable que de voir la mode capricieuse, dictée par des ouvriers ignorans, servir de loi dans cette matière importante. On ne saurait croire combien dë maladies on éviterait , si, bravant le ridicule que jette cette espèce de tyran sur ceux qui ne suivent pas ses décrets, on consentait à porter des vêtemens tels que les réclame la raison.
Les personnes qui veulent contester l'utilité des vêtemens , et rejeter toutes considérations hygiéniques sur cette matière, ne manquent pas de dire que la nature ne nous a pas faits pour être vêtus : on ne saurait , en effet , nier cette proposition. Mais cette manière de raisonner peut s'étendre fort loin, et l'on peut affirmer de même que la nature ne nous a point faits pour loger dans des maisons commodes ; qu'elle n'a pas fait le vin , ni inventé la cuisine, etc., ce qui revient à dire que l'état social n'est point l'état de la nature; ce que personne ne veut contester : mais puisque nous vivons dans cet état de société, nous devons autant que possible profiter de ses avantages , et chercher à éviter ses dangers.
Il est bien vraisemblable qu'on pourrait aussi par l'habitude parvenir à se passer de vêtemens sous toutes les températures, aucun organe n'étant plus flexible aux habitudes que la peau. L'Indien est tout visage , et nous ne voyons pas pourquoi les Européens, dont la figure n'est jamais couverte, ne pourraient pas s'habituer à laisser nues les autres parties du corps. Dans nos climats les femmes sont généralement bien moins vêtues que les hommes. Leurs bras sont souvent nus dans les saisons les plus rigoureuses , et leurs robes flottantes permettent en tous temps un libre accès à l'air sur leurs membres inférieurs; et cependant la délicatesse et la sensibilité de 'leur peau devraient les rendre
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bien plus susceptibles que nous des impressions du froid. On ne peut méconnaître là l'empire de l'habitude; nul doute que par son influence on ne pût parvenir à braver avec le même vêtement , et le froid rigoureux des hivers , et les chaleurs accablantes des étés. Cette habitude ne saurait avoir aucun inconvénient pour les personnes robustes; elle pourrait même leur être très - avantageuse en les rendant insensibles aux vicissitudes du temps. Mais n'oublions pas que c'est surtout pour les personnes délicates et faibles que nous écrivons, et que, pour elles, il est impossible de contracter les habitudes dont nous parlons, et que le choix de leurs vêtemens est loin d'être une chose indifférente.
Les vêtemens doivent être légers en été, et chauds en hiver. On a prétendu que dans nos climats , où la température variait sans cesse, il n'était pas sans danger de porter des habits légers en été, parce qu'on recevait trop facilement les impressions de l'air ; que le matin, au sortir du lit , la peau était ouverte aux ageiîs extérieurs, et qu'il pouvait être funeste de ne la couvrir que légèrement; que le soir, "après la chaleur du jour, le danger était encore plus grand ; on conçoit combien de pareils conseils sont timides. Mais tous les auteurs pensent qu'il convient de prendre les habits d'hiver de bonne heure , et de ne les quitter que lard. Il est en général très-dangereux de laisser sécher les habits mouillés sur le corps ; il peut en résulter de grands inconvéniens , dont le plus grave est d'empêcher la perspiration cutanée , ce qui peut être cause d'une foule d'affections.
(i'est le règne organique qui nous fournit nos vêtemens. Le chanvre, le lin et le cpton, tissus de mille manières différentes, la laine, la soie et quelques autres matières animales , après avoir passé par les maius industrieuses de cent ouvriers , viennent enfin nous mettre à couvert des injures de l'air. Ces substances jouissent à des degrés différens de la faculté conductrice du calorique; elles en absorbent plus ou moins; elles déterminent la production d'une plus ou moins grande quantité de fluide électrique ; elles absorbent , retiennent ou lussent échapper avec plus ou moins de facilité l'humidité qui résulte de la transpiration, ou qui se trouve dans l'atmosphère. La toile de chanvre et de lin est très -bonne conductrice du calorique, qui la traverse avec la plus grande facilité, surtout lorsque le tissu est dense et serré. Elle se laisse facilement traverser
VÈT 3og par l'électricité, et condense la sueur avec la plus grande promptitude, de sorte que, lorsqu'elle est appliquée sur la peau et qu'elle est imprégnée de la matière de la transpiration, elle peut occasioner des accidens parla sensation de froid qu'elle détermine. Les étoffes de coton ne possèdent pas les mêmes qualités; elles transmettent difficilement le calorique, absorbent la sueur, la condensent moins promptement , sont d'un contact plus doux , et laissent moins aisément passer l'électricité. Plus chaudes que les précédentes , elles conviennent mieux pour les saisons et les climats froids, tandis que les premières sont plus agréables, sinon plus exemptes de dangers, pour les saisons et les climats chauds. La soie est une substance idio -électrique, isolante, etc. Lorsqu'elle est tissue d'une manière lâche, elle transmet mal le calorique dont elle se pénètre abondamment , mais elle se mouille vite et se sèche avec lenteur; on ne l'emploie pas. en l'appliquant immédiatement sur la peau. La laine est une matière fort usitée comme vêtement. Presque tous les auteurs qui ont écrit sur cette matière s'accordent à lui donner les plus grands éloges sous le rapport de ses avantages comme vêtement qui doit couvrir la peau d'une manière immédiate. Rumfort et Hufeland lui reconnaissent beaucoup d'utilité ; mais celui de tous qui la recommande avec le plus de chaleur, c'est le docteur Willich. Le seul auteur de l'article habillement de l' Encyclopédié en restreint l'usage aux personnes faibles et valétudinaires, et nous sommes entièrement de son avis : en s'accoutumant de bonne heure à la- flanelle , on se prive d'une ressource précieuse que des circonstances ultérieures peuvent rendre nécessaire. On se rend d'ailleurs esclave d'une habitude qu'on n'est pas sûr de pouvoir toujours satisfaire, et qui , rendant le corps très-susceptible des impressions de l'air, peut être la cause d'une multitude d'affections. Ces auteurs prétendent que la nature, ayant donné la laine pour vêtement aux animaux qui s'approchent le plus de l'homme, semble indiquer par là quelle est la matière que nous devons préférer pour nous vêtir. La laine retient la chaleur autour du corps, détermine par son frottement une irritation cutanée qui augmente singulièrement la perspiration., et peut-être aussi une certaine quantité d'électricité. Elle ne condense pas la transpiration de manière que la vapeur peut la traverser , d'autant plus facilement que son tissu est ordinairement lâche. Lorsque la sueur est très-abondante ,
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elle l'absorbe, et ne produit, jamais la sensation de froid que déterminent les tissus bons conducteurs du calorique dont nous avons parlé. La flanelle détermine une sensation de prurit et de malaise, les premiers jours que l'on en porte ; mais cette sensation ne tarde pas à se dissiper. C'est cette impression qui produit l'augmentation de perspiration , qui , dans beaucoup de cas, est l'effet qu'on veut obtenir. Willich prétend qu'elle ne détermine jamais d'éruption à la peau; mais par cela même qu'elle augmente l'action de cet organe, elle me semble très-propre à faire naître des' efflorescences, des dartres, des boutons et autres phlegmasies chroniques de cette membrane. Il est nécessaire, lorsqu'on porte habituellement de la laine sur le corps, de la faire laver fréquemment; ce tissu exige la plus grande propreté. Sans adopter les idées exclusives* de l'auteur que nous venons de citer , il est impossible de ne pas avouer que la laine convient parfaitement aux gens gras et dont les organes sont frappés d'atonie, aux adultes dans l'âge de décroissement, aux personnes sédentaires , sujettes aux phlegmasies chroniques des membranes muqueuses , aux convalescens , à tous ceux qui sont très-sensibles aux impressions de l'atmosphère , surtout dans les pays où elle varie beaucoup. Elle est beaucoup moins avantageuse aux personnes qui ne se trouvent pas dans ces circonstances. Les habits faits avec les poils de certains animaux sont idio-électriques, extrêmement chauds,' sont très-susceptibles de s'imprégner des miasmes contagieux , s'imbibent facilement de sueur. Us ne peuvent convenir que dans les froids excessifs.
La couleur dont les étoffes sont revêtues influe beaucoup sur leur capacité pour le calorique. Nous avons vu que les corps polis, blancs et opaques réfléchissaient les rayons du calorique, et que ceux qui sont rugueux, inégaux et ternes à leur surface l'absorbaient. Un miroir concave qu'on a noirci à la fumée d'une lampe absorbe tous les rayops de chaleur qu'il réfléchissait avant cette opération, et un thermomètre placé à l'autre foyer ne s'élève pas sensiblement. Un tissu d'une couleur claire, bien que de la même matière et de la même densité, réfléchira les rayons de lumière et de chaleur, et conviendra parfaitement durant l'été. Une étoffe d'une couleur brune, absorbant les mêmes fluides, sera très^convenable en Jdver. Kranklin a expérimenté aue deux morceaux de draps , l'un blanc et l'autre noir,
VÊT >n du même poids, de la même dimension, et tissus de la même manière , étendus sur la neige, en fondaient une quantité dtfférentje. Le drap blanc restait à la surface, mais le drap noir s'enfonçait beaucoup au-dessous du niveau: cette expérience, répétée de diverses manières- par plusieurs pbysiciens , prouve d'une manière incontestable que la couleur noire absorbe réellement plus de chaleur que la blanche. Nous pensons que l'on a abusé du raisonnement, lorsqu'on a dit que les étoffes blanches pouvaient être utiles en hiver, en réfléchissant sur le corps sa propre chaleur, et que les étoffes noires seraient avantageuses en été en s'emparant de notre calorique et en le transmettant promptement au dehors. On a ?ussi avancé que, lorsque la chaleur ambiante était plus élevée que celle du corps humain , il était plus avantageux .de se couvrir de vêtemens mauvais conducteurs de calorique , tels que ceux faits avec de la laine et lâchement tissus. Mais il est rare qu'on soit exposé à une chaleur de plus de + o 3a0 R; et dans ce cas-là même, il est permis de douter de la bonté de ce précepte , qui nous paraît le résultat d'une pure spéculation.
Quoique notre manière de nous" vêtir soit généralement adoptée par tous les peuples de l'Europe, elle n'en est pas moins de toutes la moins noble, la plus incommode, et la plus sujette à de graves inconvéniens.
Une habitude que nous croyons très-vicieuse , c'est de se couvrir la tête de vêtemens lourds et pesans. L'Ecossais porte un bonnet pesant , le Turc et le Persan un turban non moins lourd , et nous un chapeau ridicule , qui , par sa forme absurde, ainsi que nous l'avons dit, ne nous garantit, de rien. Ces vêtemens de tête entretiennent sur cette partie une abondante transpiration , dont la suppression peut fort bien n'être pas sans danger. L'air contenu entre le crâne et les parois du bonnet se raréfie parla chaleur; et le feutre étant très-mauvais conducteur, il s'établit là une véritable étuve. Si quelque cause, comme la politesse, si souvent contraire au sens commun, vous force de vous découvrir dans un endroit froid , exposé au vent, etc. , vous arrêtez le travail de la nature, et vous pouyez produire quelque rétrocession funeste. Le mieux serait, sans contredit , de s'habituer à marcher nu tête. Cependant, durant les grandes chaleurs , un chapeau léger en paille , et surtout un chapeau blanc , à larges bords , est certainement ce qu'il y a de plus rai-
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sonnablc. Il pourrait y avoir de l'inconvénient à soumettre sa téte à une violente insolation.
Quant à la forme delà chemise, il est très-important que les poignets et surtout les cols ne soient pas trop serrés. On a vu des congestions cérébrales et des apoplexies occasionées par ce vêtement. Ceci doit nécessairement s'entendre aussi des cols, des cravates, des colliers et des rubans dont on se ceint le cou. La compression que ces liens exercent sur les jugulaires , empêchant le retour du sang que les artères carotides elles vertébrales, situées plus profondément, et à l'abri de cette cause, ne cessent pas d'envoyer au cerveau, détermine les accidens dont nous avons parlé. Il serait donc bien plus avantageux de ne porter aucun de ces vêfemens et d'avoir le cou libre. Mais puisque la tyrannie de la mode, que bien des scrofuleux sont intéressés à conserver , moins dure sur ce point pour les enfans et pour les femmes , force les hommes à être continuellement enchaînés, il faut au moins que ces colliers soient le moins serrés qu'il est possible. Presque tous les auteurs se sont élevés avec force contre les cravates dures que portent les militaires; elles offrent tous les inconvéniens dont nous venons de' parler. On a vu des régimens entiers moissonnés par des affections cérébrales causées par celte pièce d'habillement.
Nous ne saurions blâmer avec trop d'énergie l'usage des corps et des lacets qui reprennent aujourd'hui une fâcheuse vogue; les accidens qu'occasione cette barbare coutume sont innombrables. Pour paraître avoir la taille fine , les femmes se détruisent la santé. En comprimant les côtes, ils empêchent leurs mouvemens , la dilatation du poumon. De là , là stase du sang dans ce viscère, la difficulté de respirer, le crachement de sang , les toux habituelles, les tubercules, la phthisie, les anévrysmes du cœur. La compression des organes contenus dans l'abdomen empêche tous les mouvemens des viscères qu'il renferme. De là, gêne dans la circulation des fluides , engorgement de tous les tissus et des organes parenchymateux , digestions pénibles et laborieuses, chyle de mauvaise nature, phlegmasies gastro-intestinales , et développement vicieux et irrégulier du fœtus. Lorsque l'utérus en contient , mort du produit de la conception ; avortenient , enfin , suivi de tous ses dangers. M. le docteur d'Astros , médecin éclairé et philanthrope, a publié dans le nouveau Journal de médecine une observation intéressante qui confirme
VÈT 3i3 cette influence pernicieuse des corsets. Telle est, et plus nombreuse encore, la série des accidens que font naître ces modes barbares.
Les manches des divers vétemens qui nous couvrent ne doivent point être serrées, sous peine de déterminer aussi des inconvéniens plus ou moins graves; mais les femmes ont tort , dans nos climats, d'aller les bras nus. Si elles y étaient' accouttimécs dos l'enfance, sans doute il y aurait alors moins de dangers; mais il est bon de remarquer que le caprice de la mode les fait passer, sans intermédiaire, d'un extrême à l'autre. Elles sont couvertes chaudement, tout à coup la mode leur ordonne de se découvrir ; qu'il pleuve, qu'il vente , qu'il gèle , elles se découvrent, et personne n'ignore ce qui en résulte.
Les principes que nous venons d'établir s'appliquent aux culottes. On s'est élevé récemment contre l'usage des bretelles; c'est cependant une des améliorations les plus utiles qu'on «ait fait subir au costume, dans ces derniers temps. On était obligé, autrefois, pour fixer ce vêtement, de le serrer avec force audessus des hanches, par une boucle qui réunissait les deux parties d'une espèce de sangle. Or, on conçoit facilement qu'en comprimant de la sorte les viscères contenus dans l'abdomen, on occasionait la plupart des accidens dont nous avons parlé. Les bretelles larges , souples , élastiques, passant sur les épaules , n'exercent aucune compression ; elles permettent de tenir la ceinture de la culotte large et aisée, et de cette manière nous exemptent des dangers que nous avons signalés. Les culottes doivent être larges ; celles qui se fixent sous les genoux par une boucle ont le désavantage de produire l'œdème des jambes, des varices, etc. La forme la plus utile est sans doute celle des pantalons larges , si heureusement adoptés dans ces derniers temps. Elles doivent être d'une étoffe légère et d'une couleur claire en été; dans l'hiver, d'une étoffe plus chaude et d'une couleur brune. Les écrivains d'hygiène blâment les culottes de peau.
Les jarretières qui servent à fixer les bas ont les mêmes désavantages que celles qui fixent les culottes courtes. Les bottes 1rop serrées et d'un cuir trop ferme empêchent la jambe de se développer, et durcissent singulièrement les parties sur lesquelles elles pressent. On a beaucoup discuté pour savoir s'il convenait de porter des, bas de /il, de coton, de soie ou de
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lame. Nous pensons que pour une personne bien portante peu importe le choix , pourvu qu'elle ait soin d'en changer souvent. D ins le cas où il s'agirait de rappeler l'exhalation qui a lieu aux pieds, il faudrait conseiller les bas de laine qui sont aussi fort convenables, en hiver, aux enfans et aux personnes faibles , valétudinaires, ou convalescentes. Willicb conseille de donner aux bas la forme des gants, afin d'absorber la sueur avec plus de facilité. Pour les s&uliers , tout le monde conçoit bien qu'il faut qu'ils ne soient ni trop grands ni trop petits; mais, chose étrange , peu de personnes se conforment à cette règle simple et naturelle; on veut avoir des pieds chinois, et l'on s'estropie. A l'égard de la matière des souliers, il serait bien à désirer qu'elle fût souple, élastique, et surtout imperméable, rien n'étant plus redoutable que l'humidité froide. Il convient du inoins que les semelles soient épaisses et impénétrables , principalement dans la saison des pluies. On a proposé le procédé suivant pour rendre le cuir imperméable. .On mêle bien ensemble, sur un feu lent, une pinte d'huile siccative , deux onces de cire jaune , deux onces d'esprit de térébenthine , et une demi-once de poix de Bourgogne. On peut ajouter, si. l'odeur des résines est désagréable,- quelques gros d'une huile essentielle aromatique. On frotte avec une brosse molle imbibée de ce mélange les souliers et les bottes, en les mettant au soleil ou à quelque distance du feu. On répète cette opération jusqu'à ce qu'ils deviennent secs , et qu'ils soient complètement saturés. Le docteur anglais cité ci-dessus , qui donne ce procédé , prétend qu'il rend le cuir parfaitement imperméable à l'humidité au bout de quelque temps; il serait, à désirer qu'on en répétât l'expérience , et qu'on y suppléât dans le cas où cette méthode serait vicieuse. Les savans chimistes qui s'occupent d'économie domestique , devraient diriger leur attention sur ce point delà santé publique.
Les considérations générales auxquelles nous venons de nous livrer méritent quelques modifications relatives à certaines circonstances individuelles. La constitution, l'âge, le sexe, l'état de santé, etc. , doivent en effet exiger dans l'habillement quelques différences que nous ne devons pas passer sous silence.
L'individu doué d'une constitution faible doit s'astreindre , plus qu'un autre, à l'observance des règles hygiéniques qui concernent les vêtemens; puisqu'il est vrai de dire que c'est pour
lui seul qu'elles sont tracées. Il évitera, avec plus de soin qu un autre , les vicissitudes atmosphériques. Mais c'est principalement contre l'humidité , et surtout contre le froid, agent essentiellement destructeur, qu'il devra se prémunir. C'est à lui que les vélemens de laine , tissus d'une manière lâche , peu lourds , et tont-à- fait mauvais conducteurs du calorique, seront surtout utiles. Ce que nous disons ici s'applique directement aux convalescens et aux personnes qui, frappées d'affections chroniques, traînent une vie languissante.
Les vêtemens devraient varier suivant les professions ; on sait qu'elles exposent plus ou moins à l'action de certaines qualités de l'atmosphère. Certains artisans sont exposés à une humidité constante, d'autres à une chaleur dévorante; quelques - uns exercent beaucoup certaines parties du corps, tandis que les autres sont dans une parfaite immobilité; enfin, il est des individus que leur profession expose à l'action de miasmes délétères, etc. La manière de se vêtir ne saurait être la même dans ces diverses circonstances.- Des vêtemens imperméables à l'humidité extérieure devraient couvrir les, premiers ; des < toffes fraîches , légères , blanches, devraient former les habillemens des seconds ; les autres devraient tenir plus chaudement'les parties immobiles, et les derniers se revêtir d'habits sur lesquels les miasmes ne pussent s'arrêter, tels que le taffetas ciré, etc.
Durant plusieurs périodes de leur existence , les femmes doivent redoubler de sollicitude , pour éviter les vicissitudes de l'air. Les époques menstruelles, la grossesse, l'accOuchement et les jours qui suivent l'instant où s'établit la menstruation , celui où elle cesse, réclament toute leur attention. Elles ne sauraient éviter avec trop de précaution tontes les variations de l'air ; l'impression la plus légère de froid pouvant dans ces circonstances intervertir la marche delà nature, compromettre leur santé pour le reste de leurs jours , et même exposer leur existence au danger le plus imminent. C'est principalement aux jeunes filles qui deviennent nubiles , que peuvent nuire ces corsets étroits qui compriment les mamelles qui cherchent à se développer,' ainsi que les organes contenus dans les cavités thoraciques et abdominales.
L'enfant qui vient de naître doit être tenu chaudement , et libre de tous ses membres. La température de l'atmosphère est
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on effet bien différente de celle cju'il vient de quitter; on doit y suppléer par In chaleur artificielle, et par des vêtemens souples, doux , légers et chauds. Il faut que ces vêtemens n'offensent en aucune façon la peau si délicate du nouvéau-né. Mais une considération bien autrement importante , c'est qu'il faut que l'enfant ne soit nullement comprimé par l'habillement dont on l'enveloppe. Grâces soient rendues au philosophe de Genève dont la noble éloquence a si puissamment contribué à détruire les préjugés gothiques dont les enfans étaient les victimes. Les maillots sont aujourd'hui généralement abandonnés, et ce n'est plus que dans les pays ou dans-line classe du peuple où les lumières ne pénètrent jamais , que l'on conserve précieusement encore les barbares traditions que nos aïeux nous ont transmises. Lorsque l'enfant commence à mouvoir ses membres , il est important de leur laisser le plus de liberté possible, en les protégeant toutefois contre l'influence de l'atmosphère ; mais il ne faut jamais oublier que les compressions exercées par les vêtemens peuvent faire dévier les membres, la colonne vertébrale, gêner le développement des viscères contenus dans les diverses cavités, et produire par là une multitude de désordres fort graves ; sll est quelque compression permise, ce ne peut être que celle qu'on exerce avec discernement dans le but de corriger quelque déviation vicieuse. Il est un vêtement de tête qu'on nomme bourrelet qui , par sa lourdeur et par la chaleur qu'il entretient dans cette région, est loin d'être sans inconvénient; il favorise l'afflux du sang et des autres fluides vers la tête, et peut occasioner ainsi des éruptions de toute espèce , auxquelles les enfans sont d'ailleurs fort sujets , des congestions, des méningites , etc. On a fait sagement, dans ces derniers temps , de remplacer . ces bourrelets lourds et massifs par une espèce de cage en baleine , élastique et légère. Peut-être vaut-il mieux encore s'en passer entièrement. Je connais des enfans qui ont été élevés sans ces moyens, et pour lesquels les chutes , d'ailleurs si fréquentes à l'entrée de la vie, n'ont eu aucunes. suites fâcheuses.
A l'âge de deux ou trois ans, lorsque l'enfant est d'une bonne constitution , on doit, l'habituer de bonne heure à porter des vêtemens légers, afin qu'il s'accoutume à braver les intempéries des saisons.
Si dans l'âge adulte et dans la jeunesse on peut impunément
VIA 3i7 braver les préceptes de l'hygiène , il "n'en est pas de même vers le déclin de la vie.
Nous avons souvent répété que le froid était mortel pour les vieillards. Placé dans un hospice peuplé de septuagénaires , nous avons pu fréquemment observer combien les rigueurs de l'hiver étaient meurtrières pour nos malades. Les maladies les frappent en masse, lorsque la température s'abaisse à — o 4 ou 5°. Les maladies du cœur surtout, restées latentes , pendant que La température était douce, en enlèvent un très grand nombre. Il est donc de la plus haute importance de chercher à lutter contre .ces causes de destruction, C'est alors qu'il importe de couvrir les vieillards de vêtemens de laine , de coton , en même temps qu'on élève le plus possible la température ambiante. On évite ainsi les congestions vers le poumon , les intestins et le cerveau, congestions. qui , en altérant les viscères de mille manières diverses , entraînent les malheureux vieillards dans la tombe. '