‹ Dictionnaire de médecine [electronic resource] (volume 2)Chapitre 25 sur 44 · VIR · texte numérisé non relu

VIR

se développe comme si on l'eût abandonné à lui-même, et suit toutes ses phases ordinaires.

Ramenés aux anciennes idées , par rapport à la germination des virus, il nous faut également reconnaître la propriété que possède chacun d'eux , de reproduire une maladie semblable à celle dont il provient. Toutefois il n'y a pas , à cet égard, identité parfaite entre eux. Si les virus variolique, vaccin, rabifique , etc. , reproduisent constamment une seule et même forme de maladie , il n'en est pas ainsi pour le virus syphilitique. Par exemple , une blennorrhagie virulente peut communiquer des pustules; des chancres, des bubons primitifs, ou bien un flux blennorrhagique; mais, sous ces diverses formes, le virus n'en conserve pas moins son caractère fondamental, la propriété de se reproduire. Bien qu'elle ne se perde jamais entièrement, il faut cependant reconnaître qu'elle devient très-faible , dans certaines maladies. Ainsi la rougeole, la scarlatine, s'inoculent difficilement. Dans la peste et le typhus nosocomial, la propriété reproductive du virus s'affaiblit et s'éteint, dès qu'elle n'est plus alimentée par le concours de certaines causes extérieures, nécessaires à l'entretien de son activité. De plus, en comparant les uns avec les aulres un grand nombre de cas de ces deux maladies , on les voit présenter des différences ou des variétés presque infinies. C'est tout le contraire pour les véritables affections virulentes, qui, pouvant très-bien s'entretenir par la seule puissance végétative de leur germe, conservent toujours la même intensité et la même forme dans leurs symptômes.

A ces données si importantes dans l'histoire des maladies contagieuses, il faut ajouter le fait non moins digue d'intérêt, de leur développement spontané. Rejeté par beaucoup d'auteurs par cette seule raison qu'on né voit pas de nos jours la syphilis naître spontanément, il est évidemment démontré appartenir à la rougeole et à la scarlatique qui se développent fréquemment, et à la variole, qui naît quelquefois sans contagion antécédente : enfin on l'observe journellement pour la rage, dans l'espèce canis et felis. On peut bien dire encore, qu'un virus-est^un être trop composé pour qu'on puisse en admettre la formation de toute pièce. Mais que gngne-l-on, je le demande, à argumenter contre des faits dont l'observation nous prouve à chaque instant la réalité? D'ailleurs ne voit-on pas des êtres bien plus composés que les virus, c'est-à-dire les entozoaires et sans doute aussi

VIS 36o beaucoup d'autres animalcules , se développer spontanément ;? Ces deux oudres de phénomènes, également avérés, se prêtent donc un mutuel appui ; et , bien qu'ils soient fort dif ficiles à concevoir, très -mystérieux si l'on veut, il faut de toute nécessité les admettre pour constats, et soumettre sa raison devant les résultats de l'expérience. En résumé, la germination des virus, leur pouvoir de reproduire des maladies identiques et leur développement spontané sont autant de points de plus haut intérêt en pathologie, et bien faits pour attirer sérieusement l'attention des médecins. Voyez, pour plus de détails sur cette matière, les articles contagion , infection et miasmes.

( ROCHOUX. )

VISCÉRAL, LE, adj., visceralisr qui est relatif aux viscères; ainsi, on dit une cavité viscérale pour indiquer une cavité qui renferme des viscères.

VISCÈRE, s. m., viscus. Expression générique employée pour désiguer les organes des trois grandes cavités du corps, et qui concourent essentiellement à l'entretien de la vie.

VISION, s. f.; action de voir, exercice de la vue. Dans d'autres articles de ce Dictionnaire, on a traité du corps qui est l'excitant du sens de la vue > c'est-à-dire de la lumière , et des nombreuses parties qui composent chez l'homme l'appareil de la vision (voyez les mots oeil, orbite, paupières, lacrymal). A plusieurs de ces articles,, on a même indiqué l'action de ces parties , et conséquemment exposé quelques points de l'histoire de la vision. Ici, nous n'avons donc à décrire que l'action du globe de l'œil proprement dit, et le mécanisme par lequel cet organe fait voir , à l'aide des rayons lumineux qu'il reçoit, les objets dont proviennent ces rayons lumineux.

Dans cette action, il faut distinguer, i° une partie toute physique, dans laquelle l'œil agit comme un instrument de dioptrique , comme une chambre obscure au fond de laquelle les rayons lumineux qui y sont introduits viennent tracer une image des objets qui les projettent; a° une partie toute vitale, dans laquelle cet organe fournit à l'âme une sensation visuelle.

Partie physique de la vision. — De tous les points de la surface d'un corps visible, sont projetées, sous forme de rayons, d'innombrables particules de lumière. Parmi ces rayons, plusieurs tombent sur la surface antérieure de l'œil ; et ce sont

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ceux-là qui, en s'cnforiçant clans l'œil jusqu'à la r.étine , tracent sur cette membrane nerveuse une image de l'objet dont ils proviennent, et font voir cet objet. Avant leur arrivée à l'œil, ils figurent un cône qui a son sommet au corps visible, sa base à la cornée, et qui est appelé cône objectif ',. parce qu'il est du côté de l'objet. Mais en s'enfonçant dans l'œil , de divergens qu'ils étaient ils deviennent convergens, et se changent en un autre cône, opposé au premier par sa base, ayant son sommet sur la rétine, et qui est appelé cône oculaire , parce qu'il est dans l'œil lui-même. Cette conversion est l'effet de la puissance réfringente dont jouissent , à raison de leur densité , de leur nature chimique et de leur figure , les parties de l'œil que les rayons lumineux doivent traverser de devant en arrière pour arrivera la réline. Ces parties, qui sont la cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin et le corps vitré, sont de véritables verres destinés à faire subir aux rayons lumineux des réfactions, dont le résultat commun est de diriger ces rayons sur la rétine. Ces parties ayant toutes une densité supérieure à celle de l'air et une surface convexe , les rayons lumineux en les traversant doivent être rapprochés de la perpendiculaire menée au point de contact , et par conséquent de divergens qu'ils étaient devenir convergens. C'est donc ainsi que tous les rayons qui irradient d'un corps visible quelconque , sont rendus convergens par la puissance réfringente de l'œil, et dirigés sur la rétine.

Mais ces divers rayons, lorsqu'ils arrivent sur cette membrane , ont conservé entre eux la même distance proportionnelle que celle qui existe entre les divers points dont ils émanent; de telle sorte, qu'ils tracent sur la rétine' une image de ce corps ; seulement cette image est , comme on le conçoit, en raccourci, et de plus dans une position renversée. En effet, si le cône lumineux qui part du milieu du corps visible, et qui est perpendiculaire à l'œil , est allé aboutir au milieu de la rétine , les cônes lumineux qui partent des parties supérieure et inférieure de l'objet ont du aboutir, le premier à la partie inférieure de la rétine, et le second à la partie supérieure; et conséquemment l'image que trace l'ensemble de tous ces rayons lumineux doit être dans une position renversée. La théorie seule indiquait ce résultat ; mais il a de plus été démontré par des expériences directes de Descartes , Lecat , Haller et M. Magendie. Descartes, ayant adapté auvolel d'une chambre obscure un œil de bœuf,

VIS 37r dans lequel il avait remplacé la sclérotique , la choroïde et la rétine , toutes membranes qui sont opaques , par une pellicule d'œuf mince, vit les images des corps extérieurs se tracer sur cette pellicule transparente, mais dans une position renversées M. Magendie, usant d'yeux de lapins albinos, c'est-à-dire chez lesquels l'enduit noir de la choroïde manque, et regardant à travers ces yeux comme à travers une lunette , a vu de même l'image, et cette image dans une position renversée.

Sans douje, le fait seul de la vision devait faire admettre que les divers corps réfringens de l'œil étaient calculés les uns par rapport aux autres, sous le triple rapport de leur densité, de leur nature chimique et de leur figure, pour que le résultat dé toutes les réfractions qu'ils font subir aux rayons lumineux fût de réunir et de concentrer ces rayons sur la rétine. Mais doit-on s'en tenir à cette expression générale en quelque sorte? La science n'est-elle pas ici susceptible de la rigueur mathématique? Malheureusement, on n'a pas encore réuni toutes les données qui seraient nécessaires pour appliquer les calculs géométriques que comporte le sujet. Ce n'est, en effet, que quand on connaîtra exactement, i° les courbures des faces antérieure et postérieure de la cornée et du cristallin , et en général les figures des quatre corps réfringens de l'œil ; 20 la mesure du pouvoir réfringent de chacun deux, pouvoir fondé sur leur densité respective et sur leur nature chimique spéciale ; 3° la distance précise à laquelle est d'eux la rétine, membrane sur laquelle doit être de toute nécessité leur foyer ; ce n'est, dis-je, que quand on possédera toutes ces données, qu'on pourra donner une explication géométrique , et par conséquent rigoureusement exacte et complète de la vision. Or, ces données sont très - difficiles à obtenir ; et les efforts qu'on a faits pour les acquérir n'ont conduit jusqu'à présent qu'à des approximations. Petit a mesuré, en 1728, les courbures de la cornée et du cristallin. M. Cuvier a indiqué, pour un assez grand nombre d'animaux , les espaces proportionnels qu'occupe, dans la cavité de l'œil, chacune des trois humeurs; il a opposé la longueur de l'axe de l'œil à son diamètre transversal , la longueur de l'axe du cristallin au diamètre de cette lentille. Monro a cherché à évaluer la différence de densité des humeurs. M. Chossat a tenté de fixer, dans des expériences directes, le rapport des sinus des angles d'incidence et de réfraction , Iquand la lumière passe de

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l'air dans l'an ou l'autre des corps réfringens de l'œil ; et il a exprimé ce rapport parles nombres suivans : La cornée, 1,33g ; la capsule cristalline, i,33o. ; l'humeur aqueuse, i,338; l'humeur vitrée, 1,33g; et le cristallin, i,338 dans ses couches extérieures ; ï,'i0 dans sa partie moyenne ; 1,420 à son noyau , ce qui fait, pour valeur moyenne, i,38^. Qui ne voit que, d'une part, ces données sont absolument nécessaires pour une démonstration rigoureuse de la vision, et que, d'autre part, pour se les procurer il faut des recherches anatomigo-physiques transcendantes ?

Aussi , dans l'étal actuel de la science , est-il impossible de dire comment sont compensées dans l'œil les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité , et à quelles causes cet organe doit de pouvoir voir à des portées différentes ? Une analyse complète de la partie physique de la vision suppose la solution de ces trois questions ; et chacune d'elles est encore un point fort litigieux en physiologie.

Par exemple , il existe dans l'œil des verres convexes, et l'on Sait que les corps convexes n'ont jamais un foyer précis, mais qu'ils réunissent les rayons sur un cercle d'autant plus grand, qu'ils sont plus convexes, d'où il résulte diffusion dans l'image : c'est là ce qu'on appelle aberration de sphéricité. Or, pourquoi dans l'œil l'image qui est tracée sur la rétine n'est-eHe pas diffuse? Dans les arts , on remédie à l'aberration de sphéricité en n'employant des lentilles que d'un très-petit nombre de degrés , et en en recouvrant une partie à l'aide de diaphragmes qui les diminuent. Dans l'œil , on attribue cet effet à diverses causes, i° au jeu du diaphragme iris, qui , ne laissant à" découvert que le centre du cristallin, ramène ce corps à la condition d'une lentille très plate , et qui, de plus, intercepte tous les rayons très obliques, lesquels , convergeant trop promptement sur l'axe, formeraient sur la rétine une diffusion analogue à celle qui entoure l'image produite par un verre d'une trop grande ouverture; i° à là particularité qu'a le cristallin d'être plus plane antérieurement que postérieurement , ce qui fait que les rayons obliques rencontrent ce corps sous de plus petites incidences en avant qu'en arrière ; 3° à ce que ce corps a une moindre densité à sa circonférence et dans ses couches externes qu'à son centre ; 4° à la concavité de la rétine, d'où résulte que cette membrane va pour ainsi dire se présenter au foyer propre de chaque cône

VIS 373 lumineux; 5° à ce que l'humeur vitrée a un pouvoir réfringent d'autant plus fort qu'elle s'approche plus de la rétine, ce qui alonge la distance focale des rayons à leur sortie du cristallin , les rapproche peu à peu de l'axe optique , et les réunit tous en une même ligne. Sans doute ces diverses explications sont plus ou moins vraisemblables; mais aucune n'a la rigueur absolue que comporte le sujet : par exemple, si la pupille avait ici l'influence qu'on lui attribue, elle ne devrait jamais se dilater sans rendre l'image moins nette, et on ne yoit pas que cela soit, quand on passe d'un milieu éclairé dans un milieu qui l'est moins.

D'autre part , on sait que toutes les fois que la lumière éprouve des réfractions , elle se sépare dans les divers rayons qui la constituent, et qu'alors elle apparaît, non avec les couleurs de l'objet qui la projette , mais avec celles du spectre solaire. C'est la ce qu'on appelle aberration de réfrangibilité, et ce à quoi on cherche à remédier dans les lunettes par ce qu'on nommé Vackrornatisme. Or, l'œil est-il achromatique? Et s'il l'est , à quoi le doit- il ? Selon Euler , l'œil estachroma tique , et selon ce physicien , la diversité des humeurs de l'œil a pour but de détruire l'aberration de réfrangibilité; les humeurs aqueuse et vitrée sont, a- 1 il dit, calculées, par rapport à la cornée et au cristallin, derrière lesquels elles sont placées, de manière à réparer la dispersion que ces corps réfringens avaient opérée , sans détruire en entier leur réfraction. Mais M. Dulong a judicieusement objecté que la différence de densité des couches qui forment le cristallin ne permet pas d'admettre cette explication; et cet habile physicien pense qu'il faut plutôt attribuer l'achromatisme de l'œil à la non homogénéité de ce corps réfringent. M. Vallée en appelle ici, comme dans la question précédente , à ce que l'humeur vitrée aurait un pouvoir réfringent d'autant plus grand, qu'elle serait plus près du fond de l'œil. La dissidence des auteurs sur un point susceptible d'une solution mathématique suffit seule pour prouver que cette solution n'est pas encore trouvée. Aussi , d'autres physiciens, effrayés de toutes les difficultés que présente l'admission de l'achromatisme, ont pensé que cet achromatisme n'existait pas. L'œil a si peu de profondeur , ont-ils dit , que cet organe doit être insensible à la très-légère aberration de réfrangibilité qjii a lieu à son fond. Telle était l'opinion de d'Alembçrt, qui s'appuyait encore sur ce que, dans les maladies de l'œil , il n'en est aucune qui fasse voiries objets irisés, bien qu'à

coup sûr elles auraient dû allérer les conditions physiques qui fonderaient l'achromatisme.

Enfin , à quelles causes l'œil doit-il de pouvoir voir à des portées différentes? D'une part, il y a toujours un rapport entre la longueur du cône objectif et la distance des objets; plus celle-ci sera grande, plus le premier sera long. D'autre part , il y a un rapport forcé entre le cône objectif et le cône oculaire , puisque celui-ci n'est autre chose que le premier, dont les rayons, de divergens qu'ils étaient, ont été rendus convergens ; le cône oculaire, par exemple, doit être d'autant p-lus court, que le cône objectif sera plus long, et vice -versa. Enfin, pour que la vision ait lieu , il faut absolument que le cône oculaire, c'est-à-dire celui dans lequel se change le cône objectif en traversant l'œil , ait son sommet sur la rétine , qui est la seule partie de l'œil qui soit apte à développer l'impression. De là, résulte qu'on est dans l'une ou l'autre de ces deux nécessités ; i° ou que les objets ne puissent être vus qu'à une distance déterminée, qui serait celle à laquelle le degré d'écartement des rayons du cône objectif serait en rapport avec la puissance réfringente de l'œil , et tel que le cône oculaire , dans lequel il se changerait , aurait son sommet sur la rétine ; i° ou bien que l'œil puisse , selon la distance à laquelle il est des objets, modifier, soit sa puissance de réfraction , soit la distance à laquelle est de ces corps réfringens la rétine , membrane sur laquelle doit absolument se trouver leur foyer. Or, c'est cette dernière chose qui a lieu , puisqu'on peut voir à des distances diverses. Certainement l'œil se modifie pour parvenir à voir à des degrés divers d'éloignement ; on a le sentiment de l'effort que fait cet organe , quand on s'obline à regarder tour à tour un objet trèsrapproché et un objet très-élôigné. Mais en quoi consite le changement qui se fait en lui? Porte-t-il sur la distance qui existe entre les divers corps réfringens de l'organe et la rétine, sur laquelle doit être de toute nécessité leur foyer , de même que nous faisons varier cette distance dans nos lunettes, en en alongeant ou raccourcissant les tubes? Ou bien, porte-t-il sur la courbure des corps réfringens, et par conséquent sur leur puissance de réfraction? Il est certain que le résultat qu'on cherche à expliquer ne peut être obtenu que par l'un ou l'autre de ces moyens, ou par les deux, à la fois. Mais on n'a du mode de l'un ou de l'autre aucune démonstration rigoureuse. On a invoqué

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l'action des muscles de l'œil, les uns pour aloiiger et raccourcir l'œil et faire varier la distance de la réline aux corps réfringent qui doivent avoir sur elle leur foyer, les autres pour aplatir la corirée ou ajouter à sa convexité. On a attribué aux procès ciliaires le pouvoir de faire varier la position du cristallin , ou de rendre ce corps plus ou moins convexe. M. Jacobson a prétendu, dans ces derniers temps , que l'humeur aqueuse s'engageait dans le canal de Petit par des trous qui sont à la circonférence de ce canal, et que cette humeur, en se glissant entre le cristallin et l'humeur vitrée, faisait varier la distance respective de ces corps réfringens entre eux, et celle de ces corps réfringens avec la réline. Selon M. Pravaz, les muscles de l'œil ont ici la plus grande influence; leur contraction simultanée a le triple effet d'augmenter la courbure de la cornée, celle du cristallin, et la distance qui existe entre celui-ci et la rétine ; et aussi, se contractent-ils pour faire voir les objets rapprochés, et ils se relâchent, au contraire , pour faire voir les objets éloignés. Enfin, on-attribue aussi la faculté dont nous recherchons en ce moment la cause à la mobilité de la pupille, qui se rétrécit pour les objets très-rapprochés , afin de n'admettre que les rayons les plus voisins de l'axe, ceux à la réunion desquels pourra suffire l'action réfringente de l'œil, et qui, au contraire., se dilate pour les objets très-éloignés , afin de laisser arriver les rayons les plus écartés , et qui exigeront une force de réfraction plus grande. Nous le répétons , aucune de ces explications n'est complètement satisfaisante; celle qui repose sur le jeu de l'iris a pour elle le fait. Quand on regarde successivement tous les points d'une règle, on voit la pupille se resserrer à mesure qu'on fixe le point de la règle le plus rapproché , et se dilater quand on fixe le point le plus éloigné. Cette .explication offre encore cet autre avantage , que ce serait la même cause qui concourrait à la destruction des aberrations de sphéricité et de réfrangibilité. Mais sa démonstration n'est pas encore rigoureuse. Dans les exp eriences de 1VT. Magendie pour constater l'existence de l'image au fond de l'œil , ce physiologiste a vu cette image se former, quelle que soit la distance; et cependant l'œil étant mort, la pupille n'avait pu ni se rétrécir ni se dilater. Par suite de ce fait , M. Biot demande ai l'aberration du foyer pour les distances diverses n'est pas compensée dans l'œil par la m'me ca'ise qui y compense l'aberration de sphéricité, savoir

la composition intime des corps réfringens. M. Pouillet résout le problème en combinant la particularité qu'a le cristallin d'être composé de couches qui diffèrent de densité et de courbure, et celle qu'a la. pupille de se mouvoir. D'une part, les couches du cristallin ont d'autant plus de courbure qu'elles sont plus centrales, et par conséquent ont leur foyer de plus en plus rapproché. D'autre~part , la pupille , selon qu'elle se resserre et se dilate , ne laisse accessible aux rayons lumineux qu'une portion plus petite ou plus grande du cristallin, qu'une portion dont le foyer sera plus rapproché ou plus éloigné. Dès lors la pupille, en se resserrant pour les objets rapprochés, ne laisse accessible à des rayons très-écartés que la portion du cristallin qui a la puissance de réfraction la plus grande , et par conséquent le foyer le plus court; et en se dilatant, au contraire, pour les objets éloignés , elle ne laisse accessible à des rayons moins écartés qu'une portion du cristallin moins réfringente, et qui a un foyer plus éloigné.

Toutefois, tout en reconnaissant que l'œil peut voir à des distances diverses , il existe pour chaque individu une distance à laquelle la vision est la plus nette , un point auquel on place les objets lorsqu'on veut les voir le mieux possible. Ce point est celui qui donne aux rayons le degré de divergence convenable , pour que leur réunion sur la rétine se fasse le plus complètement possible et sans efforts de la part de l'œil. On ne peut l'indiquer mathématiquement , puisqu'il faudrait avoir les données propres à faire évaluer la puissance réfringente de l'œil. Il varie, d'ailleurs, en chaque individu; et les différences innombrables que présentent les hommes sous ce rapport , sont comprises entre deux extrêmes, les myopes , qui ont le point visuel très-rapproché , et les presbytes , qui ont ce point très-éloigné. Nous ne disons rien de la myopie et de la presbytie, qui ont deux articles séparés dans notre Dictionnaire.

Dans toute cette partie physique de la vision , l'œil se montre vraiment comme un instrument de dioptrique , concentrant sur son fond les rayons lumineux; et il est facile de spécifier, d'après cette comparaison, l'office des principales parties qui le forment. La sclérotique est l'enveloppe de la lunette, la paroi de la chambre obscure. La cornée , Yhumeur aqueuse , le cristallin et le corps vitré sont autant de corps réfringens, placés à la suite les uns des autres dans la longueur de l'instrument , et

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ayant pour but Je réunir et concentrer les rayons lumineux sur la rétine. L'iris est le diaphragme de la lunette. La pupille , qui est au centre de l'iris, est l'ouverture de la chambre obscure. La mobilité de cette ouverture est d'une haute importance , comme laissant ou non accessibles aux rayons lumineux des portions de cristallin qui n'ont ni la même densité, ni la même courbure, et qui, conséquemment, n'ont pas le même foyer. Aussi assigne-t-on à la pupille le quintuple usage de coordonner l'œil à l'intensité de lumière des objets, de le coordonner à leur distance, de remédier aux aberrations de sphéricité et de réfrangibilité, et enfin d'influer sur la grandeur de l'image tracée sur la rétine. La choroïde , par l'enduit noir dont elle est teinte , sert à absorber les rayons après qu'ils ont impressionné la rétine. C'est à tort que Mariotte avait voulu faire.de cette membrane l'agent vital de la vue ; elle ne sert qu'à la partie physique de la vision, et comme nous venons de dire. En quelques animaux , elle présente en dehors du nerf optique une tache luisante qu'on appelle le tapis. M. Desmoulins fait de cette tache un miroir réflecteur destiné à réfléchir les rayons lumineux sur la rétine, et à soumettre ainsi cette membrane à un double contact. Quant à l'autre tache, dite tache jaune de Sœrnmerring , qui se trouve aussi sur la choroïde, selon M. Vallée, elle sert à ramener sans cesse l'image dans la position de l'axe optique , parce que c'est dans cette position que l'œil a moins d'efforts à faire pour compenser l'aberration de sphéricité, et que, par suite de l'habitude où nous sommes d'employer, à cause de cela, plus ordinairement la partie de la rétine qui correspond à l'axe optique, cette membrane a acquis en cet endroit plus de sensibilité. Restent les procès ciliaires dont les usages, soit physiques, soit organiques , sont encore inconnus, car la rétine est la partie de l'organe du sens qui développel'impression sensitive, et à laquelle commence la partie vitale de la vision.

Partie vitale de la vision. — Celle-ci est aussi inconnue que tout phénomène organique quelconque. Consécutivement au contact des rayons lumineux sur la rétine, cette membrane éprouve une impression qu'il est impossible de caractériser, parce qu'elle ne tombe pas sous les sens , mais qui devient la base d'une sensation visuelle. Notre savoir ici se borne à affirmer que cette action d'impression , quelle qu'elle soit, a sou siège dans la rétine; et que, ne pouvant être assimilée à aucun phénomène

physique ou chimique , il faut absolument la reconnaître pour un acte vital. Prouver cette dernière assertion , ce serait revenir sur ce que nous avons dit dans l'histoire des autres sens, goût , odorat, de l'action d'impression. Quanta la première, qui ne sait que dans les derniers animaux la rétine compose h elle seule l'œil, et que, si celte membrane est paralysée ou a cessé de communiquer avec le nerf optique, il y a cécité ? Cependant, des expériences récentes de M. Magendie conduisent à penser que la cinquième paire encéphalique a aussi quelque part à la vision. Ce physiologiste a , en effet, constaté, i° que la réline ne jouit que d'une sensibilité spéciale relative à la lumière, qu'elle peut être impunément coupée , déchirée, et que c'est à la cinquième paire encéphalique que l'œil doit sa sensibilité générale; 2° que celte cinquième paire encéphalique, non-seulement préside à la sensibilité générale de l'œil , ne peut point être coupée sans que cet organe s'altère et se détruise, mais encore fonde une condition nécessaire pour la vision , en tenant en quelque sorte sous sa subordination le nerf optique. Du moins les animaux auxquels M. Magendie avait coupé la cinquième paire , ne sentaient plus la plus forte lumière. Dans le dernier numéro de son Journal de physiologie (janvier 1828), ce physiologiste cite l'observation d'un hommè qui avait continué de voir d'un œil , quoiqu'un kyste , silué sur le trajet des nerfs optiques , ait détruit' ces nerfs, et séparé tout-à-fait l'une de l'autre la partie qui est en avant de leur entrecroisement et celle qui est en arrière. Est-ce à la cinquième paire qu'il faut attribuer en ce cas la continuation de la vision?

Telle est l'histoire de la vision : sans rechercher avec les métaphysiciens pourquoi nous voyons les objets droits, bien que l'image qui en est tracée dans l'œil soit dans une position renversée, pourquoi nous les voyons simples, bien que leur image soit double , puisqu'il y en a une pour chaque œil , nous terminerons par quelques remarques sur les usages du sens de la vue. Sa fonction immédiate est de donner la sensation dés couleurs; et quant à ses fonctions médiates ou auxiliaires , il est un des sens les plus prochainement utiles à l'esprit; il fait connaître la grandeur, la figure, la distance, le nombre des corps, etc. A la vérité, quelques métaphysiciens ont prétendu qu'il n'était pas dans l'essence primitive de la vue de donner ces notions , et que ce sens n'avait acquis cette puissance que par le secours du

VIT ^9 toucher. Mais M. Gall nous parait avoir complètement réfuté ces erreurs; et puisque aujourd'hui la vue fait juger la grandeur, la distance, la figure des corps, c'est que tels ont toujours été ses attributs. Est-il , en effet, un sens quelconque qui puisse, soit par le secours d'un autre sens, soit par l'habitude , acquérir de nouvelles propriétés ? Et noire âme n'est - elle pas obligée de recevoir toutes sensations quelconques, telles qu'elles lui sont envoyées par les sens ? L'œil en particulier n'est-il pas irrésistiblement forcé de voir d'après la disposition des rayons qui lui arrivent? Et les secours du toucher, ou d'un autre sens, ou des rectifications de 1 ame, peuvent-ils aujourd'hui,' plus que jadis, nous faire échapper aux illusions d'optique? Admettre que la vue puisse acquérir de nouvelles facultés , c'était méconnaître que la première partie de la vision est toute physique , et participe de la fixité , de la constance des phénomènes de cet ordre. (adelon. )

VITAL, adj. , vitalis ; qui a appartient à la vie : principe vital, force vitale, propriétés , fonctions vitales. Voyez ces divers mots.

VITALISTES , Si m. Cette dénomination s'applique à une classe de médecins qui, tenant peu de compte de la disposition matérielle des organes, aussi bien que des actions physiques qu'ils doivent exécuter, accordent au principe de la vie une puissance exclusive et même raisonnée , soit sur la production des maladies, soit sur le maintien de la santé.

Il serait bien difficile , après avoir comparé entre elles les opinions diverses des vitalistes, d'en déduire une doctrine régulière et en harmonie dans toutes ses,parties. Rien en général n'a été plus vague et plus incertain que leurs systèmes ; mais au milieu de leurs théories abstraites, et souvent peu intelligibles, dans leurs écrits ce quia été le plus clair c'estl'idée capitale d'une puissance d'une nature particulière, vigilante , toujours active, à laquelle se trouve soumise l'action de tous les organes. Avant Barthez cette puissance vitale, désignée tour à tour sous diverses dénominations , n'avait pas été séparée d'une manière assez tranchée de la faculté pensante. 'Elle était regardée comme une souveraine, ayant à sa disposition une foule d'autres puissances secondaires qui agissaient toujours dans un but calculé. Immatérielle et insaisissable par les sens, la puissance vitale était néanmoins appréciable et manifeste dans les résultats de

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son action ; mais toutes les explications générales qu'on en donnait ne signalaient ni les rapports ni les différences qu'elle pouvait avoir avec la raison humaine : elles servaient seulement à démontrer que la santé et les maladies dépendaient entièrement des caprices d'un être inconnu , ou bien des influences utiles ou ^nuisibles que cet être avait à recevoir ou à repousser. Il est aisé de concevoir qu'avec des idées aussi restreintes sur un point, et aussi peu déterminées sur tous les ajitres, les Yitalistes ne nous aient point laissé une doctrine régulière et complète , susceptible par conséquent d'une discussion approfondie. Aussi nous contenterons - nous de reproduire rapidement les principes de ceux qui ont fait époque dans la science.

Les écrits d'Hippocrate paraissent être la source première des différens systèmes de vitalisme. La nature qui déploie son énergie conservatrice dans les maladies , qui veille au maintien de l'équilibre dans l'économie animale ; cet énorrnon qui , faculté inconnue et primitive , tient sous sa dépendance une foule d'autres facultés, lui obéissant toutes, quoiqu'elles gouvernent aussi à leur tour les diverses parties du corps vivant ; tout cela est parfaitement analogue aux autres inventions physiologiques et psychologiques que nous ont laissées les successeurs du père de la médecine. Jusqu'à Stahl et à Barthez inclusivement les dénominations diverses ont presque seules établi les différences de système; car , pour admettre que la doctrine d'Hippocrate sur la cause première et le mécanisme de la vie fût différente de celle de Stahl et de Barthez , il faudrait ne pas retrouver l'ame rationnelle du premier, et le principe vital du second dans la faculté qu'Hippocrate appelait nature. Une autre analogie plus frappante encore entre les idées d'Hippocrate et celles de Barthez, résulte du rapport qu'ont entre elles les petites puissances du premier , et les forces sensilives et motrices du second ; rapport qui en dernier résultat contribue puissamment à établir que les théories les plus exclusives n'ont jamais dépassé certaines bornes, et que leur utilité n'a été réelle que quand il a fallu détruite d'autres théories non moins exclusives dans un autre sens.

Les premières données d'Hippocrate sur le vitalisme ne furent, pas, ainsi qu'on l'a cru , perdues dans l'oubli jusqu'à Van Helinont. Galien et les galénistes , les arabistes cl leurs successeurs s'en servaient quelquefois quand il s'agissait de définir ia maladie en général. Au milieu de l'humorisme, du mysticisme et du chi-

VIT 38i misme dont leurs doctrines étaient iinbnes , les partisans les pins outrés de ces systèmes ne pouvaient entièrement s'éloigner de l'idée que la maladie est le produit des efforts salutaires de la nature, le résultat d'une lutte ouverte dans le corps humain , entre son principe conservateur et les causes morbifiques, quelle que fût d'ailleurs la manière dont ils expliquaient l'action de ces causes. Ils ne pouvaient aussi se refuser à admettre une espèce d'être particulier et inconnu qui, dans l'animal , était doué de la faculté d'attirer ce qui lui est utile, et de repousser ce qui lui est nuisible. Ces faits, grossièrement exprimés alors , n'en étaient pas moins frappans de vérité , aussi bien que quelques autres qu'on passait sous silence , et ne pouvaient être entièrement et pour toujours négligés. Aussi les philosophes des premières époques, plus sages en cela que les humoristes et les chémialres leurs successeurs, avaient-ils tellement senti la justesse de ces observations si simples qu'ils avaient cru reconnaître la nécessité d'admettre l'existence de deux ames, l'une animale et l'autre pensante , et qu'ils avaient attribué à chacune d'elles des propriétés et des fonctions en rapport avec sa nature.

Quoiqu'il soit facile de trouver une foule de documens épars sur le vitalisme dans les écrits de ses prédécesseurs , Van Helraont peut être regardé comme le véritable rénovateur des idées du père de la médecine sur la force vilale , désignée dans ses écrits sous le nom de nature. Doué d'un esprit actif, inquiet et difficile à satisfaire , Van Helmont s'aperçut bientôt de l'insuffisance des théories médicales de son siècle, et notamment de celle des galénistes et des humoristes. Il résolut dès lors de réformer une science qui lui paraissait environnée d'obscurités, et il entreprit d'établir une doctrine fondée sur les idées des spiritualistss. L'archée ou le démon deParacelse, dont il avait embrassé en partie le système, forma l'un des points capitaux de sa théorie; mais il attachait à cet archée une idée plus claire et plus précise que celle qu'en avait eue son maître. C'était évidemment une puissance distincte du corps, abstraite il est vrai et même obsure, mais dont il expliquait la nature, par les résultats et par les faits. L'archée était doué de toutes les facultés possibles, et notamment de celles de créer, de façonner la matière pourvu toutefois qu'il pût avoir à sa disposition les fermens qui lui étaient nécessaires pour accomplir l'acte de la création. ( V oyez archée. ) Quoique obscurci par les fermens des

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