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chemiâtres , et par les raisonnemens du mysticisme que son auteur avait embrassé , le spiritualisme de Vi n Helmont se fit de nombreux partisans parmi les médecins de cette époque. Il servit à affaiblir le goût si répandu alors des théories humorales et devint la source d'une école, qui plus tard ne fut pas opposée sans succès à celle des solidistes et des mécaniciens. Une circonstancè qui contribua surtout à donner encore plus de consistance aux idées de Van Helmonï, fut le succès du système de Descartes.
Après Van Helmont, la médecine ne tarda pas à être envahie par une foule de sectes rivales, qui toutes se disputaient la primauté. Les unes se bornaient à expliquer les phénomènes du corps vivant, parles changemens qui surviennent dans le mélange et la combinaison des molécules constituantes ; les autres calculaient en outre la forme des atomes organisés , les angles et les courbures des vaisseaux. Celles-ci croyaient avoir trouvé les bases inébranlables de la science de l'homme dans la théorie des fermens et dans les propriétés des sels qui se trouvent dans le corps humain. Sthal, mécontent de tout ce qu'il voyait autour de lui , essaya de réunir, ou plutôt de dominer toutes les doctrines et de les ramener à un principe unique assez fécond pour qu'on en pût déduire une théorie complète de la santé et des maladies. Pénétré des écrits des anciens , et en particulier du naturisme d'Iiippocrate, passionné pour la philosophie de Descartes, surtout quand il regarde Dieu comme la cause première de tous les phénomènes de l'univers , imbu enfin de la vérité de ce corollaire de Newton , que dans la constitution d'un corps quelconque il ne faut pas admettre plusieurs forces lorsque les effets sont identiques, Stahl soumit tout dans l'être vivant à l'influence d'une puissance immatérielle qu'il appelle ame ; et il accorda à celte ame ce qu'Hippocrate accordait à la nature, ce que Paracelse et Van Helmont attribuaient'^ l'archée, si ce n'est qu'il y fait justice des petites puissances d'Iiippocrate et des fermens de Van Helmont. Voyez ANIMISME.
Les efforts de Stahl , pour ramener les esprits à l'idée d'un principe unique d'où dépendraient tous les uiouvemens, toutes les actions et tous les changemens qui surviennent dans l'animal, ne furent pas perdus pour la science, quoiqu'ils n'eussent pas obtenu un succès universel. Le solidisme d'Hoffmann avait été pour son rival de gloire , un grand et puissant adversaire qui
VIT 383 toutefois ne put l'empêcher d'exercer une influence marquée sur ses successeurs. L'école de Montpellier surtout s'appropria en grande partie , et sous différentes dénominations, le système de l'animisme en le liant à quelques principes particuliers qu'elle professait depuis long-temps. Barthez fut de tous les hommes remarquables de cette école celui qui développa avec le plus d'ardeur et de talent les idées des vitalistes exclusifs. Doué d'un génie propre aux conceptions métaphysiques, et poussé d'ailleurs dans cette direction par la crainte qu'il avait d'un envahissement général de la médecine par le solidisme d'Hoffmann , il s'efforça , à l'exemple de Stahl et de Van Helmont, de reconstruire l'édifice médical tout entier. Il fit dans ce dessein sa théorie du principe vital , ou de la cause productrice des phénomènes de la vie. Mais il est bon de remarquer que Barthez n'attache aucune importance à cette dénomination de principe vital : ce n'est pour lui qu'un nom comme un autre, avec cette différence que ce nom lui paraît propre à donner une idée précise de sa doctrine. De quelque manière, en effet , qu'on veuille désigner la faculté active qui existe dans l'animal, et la force qui le fait vivre , l'existence de cette force ou de celte faculté n'en est pas moins incontestable. Dans la doctrine du professeur de Montpellier, ce principe de vie n'agit ni d'après les lois de la mécanique et de la chimie, ni d'une manière refléchie d'après les impulsions libres de l'ame. En établissant ces deux données fondamentales, Barthez par la première défendait son système des reproches, qu'on n'eût pas manqué de lui adresser, de ressembler à celui des solidistes de son époque, et par La seconde de n'être qu'une copie de l'animisme de Stahl. Mais tout, en voulant créer une doctrine nouvelle, exempte des vices qu'il reprochait à ses prédécesseurs, Barthez ne s'aperçut pas qu'il tombait dans la même faute que Stahl, en accordant tout au principe vital et presque rien à l'organisme. Il ne vit point que la théorie des forces sensitives et motrices qu'il suppose répandues çà et là dans tous les organes, et se rattachant toutes à l'unité d'influence de son principe vital, le ramenait toujours, en dépit de sa prétention avouée de créer un nouveau système, tout près de la nature d'Hippocrate, de l'archée de Van Helmont, et même de l'ame raisonnable de Stahl. Il est juste de dire néanmoins que la science médicale doit beaucoup à Barthez et qu'il a fait souvent des applications très-justes des forces du prin-
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cipe vital à lu théorie des divers états morbides et physiologiques de l'économie animale!
En résumé, s'il est facile de voir de quelle nature ont été les idées des vitalistes sur la médecine, il n'est pas moins évident que chaque chef de secte a créé son système à part, et qu'on ne peut déduire d'aucun d'eux une doctrine unique et constante qui serait la véritable doctrine du vitalisme, car il n'en existe pas réellement. Quant à la réprobation générale dont les vitalistes ont frappé, souvent à tort, les sectes rivales , on ne peut uier qu'ils n'aient puissamment contribué sous ce rapport aux progrès de la médecine , en s'opposant à l'envahissement des théories physiques et chimiques qui , du temps de Barthez encore , s'efforçaient de réduire toute la science de l'homme à la connaissance approfondie de la mécanique et des mathématiques.
( CODTANCEAU.)
VITALITÉ, s. f. Caractère qui distingue les êtres qui ont la vie. Ce mot, sous certains rapports , est synonyme de principe vital, de force vitale; sous d'autres, à' action vitale , de mouvement vital. Voyez vie.
VITILIGO, s. m., mot latin , francisé, dérivé de vitium vice, ou de vitulus veau, employé dans des acceptions variées et mal déterminées. En. effet , sous le nom de vitiligo, Celsea • réuni les descriptions incomplètes que les Grecs avaient données sous les noms d'a/p/ios, de leucé et de mêlas [voyez alphos , leucé, mêlas ) , tandis que Bateman indique, sous le nom de vitiligo , une maladie de la peau , que je n'ai point observée , et à laquelle il assigne les caractères suivaus : « Le vitiligo, dit Bateman , est une maladie rare et peu connue. Elle est caractérisée par l'apparition de tubercules blancs, lisses et luisans , qui s'élèvent sur la peau aux environs des oreilles, du cou et de la- face; et quelquefois sur toute la surface du corps et qui sont ordinairement mêlés de papules luisantes. Ces tubercules , quelquefois entièrement développés dans l'espace d'une semaine , ont alors la dimension d'une grosse verrue; ils s'affaissent ensuite progressivement, et au bout de huit jours, ils ne dépassent pas le niveau de la peau qui les entoure. Dans d'autres circontances, leurs progrès sont moins rapides, leur élévation est moins considérable , et leur caractère tuberculeux est moins distinct ; mais dans ce dernier cas , leur durée est plus longue. Ils s'étendent dans une direction déterminée , sur la face, par
VOI 385 exemple, ou le long des membres, et impriment à la peau l'aspect blanchâtre de la chair de veau, d'où est venue la dénomination de vitiligo. Les poils situés sur les parties affectées tombent et ne reparaissent jlus ; la peau de ces régions demeure molle, lisse et luisante , et conserve cette blancheur morbide , pendant toute la vie. Le vitiligo ne i^e termine jamais par ulcération ; quoiqu'il ne soit point accompagné de désordres fonctionnels des principaux viscères, il est d'une guérison difficile. On a essayé , mais sans avantage bien marqué, l'usage interne des acides minéraux, et à l'extérieur, l'application .des caustiques étendus d'eau et des spiritueux. »
Dans cette courte description , Bateman a négligé d'indiquer les caractères qui distinguent l'altération qu'il désigne sous le nom de vitiligo de la leucopathie partielle , du molluscum et de l'éléphantiasis des Grecs, des hypertrophies circonscrites de la peau et des plaques folliculeuses. Cette grave lacune nous autorise à contester l'existence du vitiligo, comme lésion distincte. J'ajouterai que Ranson a rapporté un cas d'éléphantiasis de la face, sous le nom de téte de veau. (Journal de médecine de Vandermonde , tome v , page 392. ) (p. rayer. )
VITRÉ, ÉE, adj., vitreus , qui a l'apparence du verre. On donne le nom de corps vilré à une masse gélatiniforme , parfaitement transparente, qui occupe les trois quarts postérieurs delà cavité du globe de I'oeil. (marjolin. )
VITRIOL, s. m. , chalcanihum ; ancien nom sous lequel on désignait le genre sulfate.
vitriol iîla^c. C'est le" sulfate de zinc. vitriol bleu. Deuto-sulfate de cuivre.
vitriol de Chypre. Deuto-sulfate de cuivre. vitriol vert. Proto-sulfate de fer, contenant une plus ou moins grande quantité de sous trito-sulfate. Voyez zinc, cuivre et FER. « (oefila.)
VIVISECTION, s. f . , vivisection de vivus , vivant, et de sectio , section, dissection. On désigne sous ce nom l'action d'ouvrir ou de disséquer des animaux vivans dans un but expérimental quelconque.
VOCAL, ALE, adj., vocalis, qui a rapport à la voix. On nomme cordes vocales les replis membraneux du larynx. VOIE , s. f. , via , chemin , route. On a donné ce nom à
divers conduits; ainsi, on appelle voies digestives , ou premières voies , la série des organes creux de la digestion , qui se composent de la bouche, de l'œsophage, de l'estomac et des intestins ; les secondes voies CQmprerinent l'ensemble des vaisseaux lymphatiques, et même des vaisseaux sanguins. Cette locution est p£u usitée aujourd'hui. On applique encore l'expression de voies aux séries diverses de canaux propres à l'excrétion de certains liquides ; telles sont les voies biliaires, lacrymales , spermatiques , urinaires. # •
VOILE DU PALAIS, s. m., vélum palatinum , palatum molle , etc. ; demi-cloison mobile , membraneuse et musculaire, située au-dessus de l'ouverture pharyngienne de la bouche, concave en devant , adhérente supérieurement au bord postérieur de la lame horizontale des os palatins , continue latéralement avec le pharynx , libre par son bord inférieur du milieu duquel descend un appendice conoïde qu'on nomme luette. Sur les parties latérales de cet appendice le bord inférieur du voile du palais présente de chaque côté une espèce d'arcade, et donne naissance en dehors à deux replis qu'on nomme piliers , rapprochés l'un de l'autre supérieurement , et séparés inférieurenient parles amygdales. Les piliers antérieurs se terminent sur les parties latérales de la base de la langue, les piliers postérieurs se terminent dans les parties latérales du pharynx.
Le voile du palais est formé en devant par la membrane muqueuse de la bouche, en arrière parla piluitaire ; ces deux membranes deviennent continues sur son bord inférieur, et sur la luelté. Immédiatement au-dessous de ces deux membranes, on trouve en avant et en arrière une couche de follicules muqueux qui recouvrent un plan charnu formé par les muscles palatostaphylins , pérystaphylins internes et externes ; dans le pilier antérieur, le glosso-staphylin , et le pharyngo-staphylin dans le pilier postérieur.
Les nerfs du voile du palais proviennent du trifacial et du glosso-pharyngien ; ses artères viennent de la palatine, de la linguale et de la maxillaire interne.
Dans les scissions de la voûte palatine , le voile du palais est ordinairement .divisé sur la ligne médiane plus ou moins profondément; sa division est complète quand l'ccartemeut est large et occupe toute la voûte palatine. (marjolix.)
VOI 387 VOIX, vox , Çovv ; son qui est produit dans le larynx au moment où l'air expiré traverse cet organe , et lorsque les muscles intrinsèques de la glotte sont dans un état de contraction ; moyen d'expression qui conséquemment est exclusif aux animaux qui respirent l'air, mais qui cependant n'existe pas dans tous.
L'appareil vocal ou de la phonation se compose, chez l'homme,' de trois sortes de parties , que nous ne ferons que dénommer , parce qu'elles ont été décrites ailleurs, savoir : l'appareil musculairede la respiration qui fournit l'air dontles vibrations doivent produire le son; le larynx, organeprincipal de cette fonction, qui, situé à la partie supérieure du canal de la respiration, est le lieu dans lequel se forme le son; et enfin la bouche et les fosses nasales, qui, situées au-delà du larynx, sont le tuyau par lequel le son s'écoule.
Le premier acte nécessaire pour la production de la voix , est que l'air que l'inspiration a introduit dans le poumon, soit poussé de cet organe dans le larynx par le jeu de l'appareil musculaire thoracique, par le mouvement de l'expiration. Nous n'avons pas besoin de prouver que cvgst dans le temps de l'expiration que la voix est produite; et comme l'acte de l'expiration est un mouvement volontaire, il en résulte déjà que la voix elle-même est sous la dépendance de la volonté, et que selon que nous faisons varier la quantité d'air que nous poussons dans le larynx, ainsi que la vitesse avec laquelle il y est porté, nous faisons varier aussi les qualités du son vocal, comme nous le verrons.
Une seconde condition nécessaire pour la production de la voix, est que les muscles intrinsèques du larynx soient contractés; on sait trop bien que la voix ne se produit, pas à chaque fois que l'on expire, et qu'elle n'est proférée qu'autant que la volonté contracte les muscles de la glotte. Si les nerfs qui se rendent à ces muscles , savoir , les laryngés supérieurs et les récurrens, sont coupés, il y a irrésistiblement mutisme. C'est un acte de plus à l'égard duquel la voix se montre encore dépendante de la volonté.
De ce dernier fait, on doit déjà conclure que c'est dans le larynx que le son vocal est produit. Voici d'ailleurs deux expériences qui confirment celte proposition. Qu'on pratique sur un animal la trachéotomie, c'est-à-dire qu'on fasse une ouverture à la trachée-artère, l'air de l'expiration sortant par cette voie ne parvient plus au larynx ,'et la voix est perdue : elle ne sera re^
couvrée qu'autant que par un moyen mécanique on tieudra close cette ouverture de la trachée. MM. Magendie et J. Cloquet ont pu observer ce fait sur l'homme lui-même. Au contraire , sur un autre, animal faites une ouverture semblable, mais immédiatement au-dessus de la glotte, de manière que l'air de l'expiration s'échappe aussitôt après avoir traversé le larynx, et sans passer par la bouche et les fosses nasales , et la voix peut être formée. 11 faut donc que le son se produise dans la partie de l'appareil vocal qui est comprise entre les deux plaies, c'est-à-dire dans le larynx.
Mais quel est le point de ce larynx où se produit le son ? C'est à l'ouverture de la glotte, aux deux ligamens, dits cordes vocales inférieures , qui ceignent cette ouverture. On peut en effet détruire toutes les autres parties du larynx sans que la voix soit anéantie , et elle ne l'est en entier que par la lésion de cellelà. Fendez le bord supérieur des cordes vocales supérieures, la voix persiste; coupez le sommet des cartilages aryténoïdes, la voix n'est qu'altérée; il en est de même en coupant l'épiglotte et ses muscles : ce sont autant d'expériences qu'ont faites Bichat et M. Magendie. La voix n'est détruite que lorsqu'on coupe le milieu des cartilages aryténoïdes, ou qu'on fend longitudinalement le cartilage thyroïde, ce qui fait qu'il n'y a plus de glotte. D'ailleurs, quand sur un animal vivant on met le larynx à découvert, et de manière à voir ce qui se passe en cet organe quand les sons se produisent, on reconnaît que les cordes vocales supérieures sont évidemment étrangères à la production du son, que les cordes vocales inférieures seules vibrent, et quela glotte qu'elles ceignent se resserre d'autaut plus que le son est plus fort.
Jusqu'ici le mécanisme de la formation de la voix a dû être facilement saisi : mais maintenant comment le son se produit-il? et conséquemment à quel genre d'instrument peut-on assimiler l'organe vocal de l'homme? Ici il n'y a que dissidence parmi les auteurs, et il faut avouer que ce point de doctrine, qui permet une application rigoureuse de mécanique, n'est pas encore tout-à-fait éclairci. Aristote, Galien et les anciens dirent que notre appareil vocal était un instrument à vent du genre des flûtes, dans lequel la colonne d'air intérieure était le corps sonore; la trachée-artère était le corps de la flûte, le larynx en était le bec; l'air expiré, en passant d'un canal large, la trachéeartère, par un bec étroit, la glotte, se- brisait contre les bords
VOI 38g de cette glotte, les cordes vocales inférieures; il en recevait des vibrations, et ces vibrations faisaient le son. Dans le seizième siècle, Fabrice d'Aquapendente fit remarquer que la trachéeartère ne pouvait être considérée comme le corps de la flûte, mais qu'elle ne pouvait être que le porte-vent; il établit judicieusement que le corps de la flûte ne pouvait être- que la partie de l'appareil qui est au-dessus de la glotte , c'est-à-dire la bouche et les fosses nasales. En .1700 , 1703 et 1707, Dodart, dans trois mémoires à l'Académie des sciences, modifia encore cette première théorie, en faisant du larynx un instrument à vent du genre des cors , et non du genre des flûtes : les cordes vocales inférieures étaient pour le larynx ce que sont les lèvres pour le joueur de cor. En 174 1 Ferrein dit, au contraire, que le larynx était un instrument à cordes; l'air faisait l'office d'archet, et faisait vibrer les ligamens thyro-aryténoïdes, ou cordes vocales inférieures. Enfin de nos jours la plupart des physiologistes et des physiciens fonfdu larynx un instrument à vent, mais un instrument à vent à anche; et ils ne diffèrent les uns des autres que par la maniéré dont ils expliquent les modifications de ton et de timbre que présente la voix, comme nous allons le voir. C'est en effet en cela que réside toute la difficulté; car, pour ce qui est de la production d'un son quelconque, il est certain qu'elle tient au brisement de l'air contre les rebords de la glotte, et aux vibrations qui consécutivement s'établissent dans les molécules dfc cet air; il est impossible d'admettre, avec Ferrein, que les cordes vocales inférieures soient le corps sonore ; et certainement le larynx est un instrument à vent.
Voici donc ce que nous pouvons établir déjà du mécanisme de la phonation : L'air de l'expiration est poussé par le larynx; les muscles propres de celui-ci contractés donnent aux rebords de la glotte, aux cordes vocales inférieures, assez de tension pour briser cet air; des vibrations de cet air résulte le son, et celui-ci s'écoule par la bouche et les fosses nasales, parties de l'appareil de la phonation que l'on peut appeler le tuyau musical. L'appareil musculaire thoracique est l^sonfflet , la trachée-Urtère le porte-vent, et la glotte et ses rebords l'anche de laquelle l'air reçoit les vibrations. En recherchant ce qui fait varier la voix dans sa force , son ton et son timbre, nous irons au-delà de celte première généralité; nous donnerons une idée plus détaillée de toutes les théories de la voix , et spécifierons le rôle respectif
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de chacune des trois parties qui composent l'appareil de la phonation.
i° La force d'un sou dépend de l'étendue des vibrations qu'exécutent les molécules du corps sonore, et se mesure par la distance à laquelle il est entendu. Celle de la voix humaine est assez grande, et chacune des trois parties .de l'appareil de la phonation y contribue. En premier lieu , la force du son vocal est un peu en raison delà quantité d'air que l'expiration pousse dans le larynx, et de la force avec laquelle cet air y est porté. Dans tous les animaux, la voix est en général, pour sa force, en raison de la capacité de la poitrine; quand le thorax a moins de capacité, comme après le repas, la voix est toujours plus faible; pour produire des sons vocaux très- forts, il faut préalablement faire de très-grandes inspirations. En second lieu, la force de la voix est certainement en raison du volume intrinsèque du larynx, et par conséquent de l'étendue des ligamens inférieurs de la glotte, et en raison du degré d'irritabilité des muscles propres du larynx; plus cet organe est volumineux, plus ses muscles propres ont d'irritabilité, et par conséquent rendent l'anche de l'instrument résistante et élastique, plus la voix est forte. Chaque animal a à cet égard sa force spéciale, et h ui a générale ici ne fait rien; des animaux fort petits ont 1? voix très- forte, les oiseaux par exemple. La saillie de ce qu'on appelle chez l'homme la pommçcl 'Adam, saillie qui annonce une grande étendue des ligamens thyro-arytenoïdiens, est généralement le signe d'une voix forte. Enfin , la troisième partie de l'appareil de la phonation, ce qu'on appelle le tuyau vocal, influe aussi sur le son; par la manière dont il se dispose, il peut remplir ou non l'office de portevoix ; si la bouche est grandement ouvei'te, la langue abaissée, le voile du palais relevé et rendu élastique par la contraction de ses muscles, le son est renforcé et la voix rendue plus forte. Toutes ces conditions, à l'exception du volume primitif du larynx, sont jusqu'à un certain point dépendantes de la volonté; et cela explique pourquoi nous pouvons faire varier beaucoup notre veix sous le rapport d£ sa force.
2° Le ton d'un son dépend du nombre de vibrations que produit dans un temps donné le corps sonore; la voix humaine peut • varier beaucoup sous ce. rapport les sons qui la constituent, et c'est dans l'explication de ce fait que réside toute la difficulté du problème de la phonation.
GaHen attribua la variété des tons à deux causes, à des variations dans l'embouchure de l'instrument musical, et à des variations dans sa longueur. Ces deux conditions sont en effet susceptibles de varier ; l'ouverture de la glotte change par l'action de ses muscles intrinsèques, et la longueur de la trachée change aussi selon que le larynx monte ou descend. Le premier fait est certain : la glotte , embouchure de l'instrument, se resserre lors de la production des tons aigus, et est plus grande lors de la production des tons graves. Le second , au contraire, était mal interprété par Galien ; sans doute le larynx se déplace, monte et descend selon que la voix change de ton ; par conséquent la trachée-artère s'alonge ou se raccourcit d'autant ; mais la trachéeartère n'est pas le corps de la flûte, elle n'est que le porte- vent; et il fallait appliquer à toute la partie de l'appareil qui est supérieure au larynx, à ce que nous avons appelé le tuyau musical , ce que Galien disait de la trachée. Ce tuyau musical est en effet raccourci quand le larynx mente pour la production des tons aigus, et alongé quand le larynx descend pour la production des tons graves.
Dodart assimilant, comme nous l'avons dit, l'instrument vocal de l'homme à un instrument à vent du ganre des cors, n'attribua plus aucune importance aux variations de longueur de l'instrument musical, et fit dépendre exclusivement les tons des variations de l'embouchure. La glotte est resserrée en mille degrés par l'action des muscles aryténoïdiens et thyro-aryténoïdiens , et au contraire les crico-thyroïdieris et crico-aryténoïdiens postérieurs et latéraux la dilatent. Si le larynx monte et descend , ce n'est que pt>ur influer mécaniquement sur le degré d'ouverture de la glotte. ••
Ferrein, faisant du larynx un instrument à cordes, ne tint plus aucun compte, ni des variations d'ouverture de la glotte, considérée auparavant comme embouchure de l'instrument , ni de la longueur de l'instrument musical , et il expliqua la variété des tons pnr les divers degrés de tension et longueur des cordes vocales inférieures. Raccourcies et tendues par l'action des muscles crico-lhyroïdiens et crico-aryténoïdiens postérieurs pour la production des tons aigus, ces cordes étaient alongées et relâchées par les crico-aryténoïdiens latéraux et les thyro- aryténoïdiens pour la production des tons graves. Ferrein invoquait des expériences dans lesquelles il avait pu faire produire sur des
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cadavres des sons vocaux reconnaissables, et dans lesquelles on avait vu les cordes vocales vibrer , et produire des tons dont le degré de gravité ou d'acuité avait été rigoureusement proportionnera leur degré de longueur et de tension : par exemple, selon qu'on ne faisait vibrer que la moitié , les deux tiers , les quatre cinquièmes de chaque corde, on avait l'octave au-dessus, la quinte, la tierce du ton primitivement obtenu.
De nos jours , de nouvelles théories ont été proposées par MM. Cuvier, Dutrocbet, Magendie et Biot, et M. Savart. M.Cuvier revient aux deux idées de Galien , les variations dans la longueur de l'instrument et dans son embouchure ; et de plus il assigne comme troisième cause à la production des tons la variation de l'ouverture terminale de l'instrument musical. Selon lui le larynx est un instrument à vent dans lequel les cordes vocales agissent , non comme des cordes , mais comme les anches des clarinettes, les lames des tuyaux d'orgue, les lèvres du joueur de cor, en un mot comme la lame vibratile qui dans tout instrument à vent est ajoutée au tube qui fait le corps de cet instrument. Les tons qu'il produit varient par les trois causes à l'aide desquelles on les fait varier dans les instrumens de musique, la longueur .de vins trument musical, la variabilité de son embouchure, et celle de son ouverture dernière. Qui ne sait que dans un instrument à vent le ton est d'autant plus grave que l'instrument est plus long; et que dans l'art musical, pour avoir divers tons, on emploie des tubes de diverses longueurs, comme dans l'orgue, ou un même tube, mais que l'on raccourcit ou qu'on alonge , comme dans la flûte traversière ? Qui ne sait aussi qu'avec un tube de même longueur on produit des tons divers en variant seulement la grandeur de l'embouchure? Enfin, il est certain que dans les instrumens à vent, la grandeur de l'ouverture inférieure par laquelle sortie son, a aussi une influence sur le ton; ce ton est d'autant plus grave, que cette ouverture est plus près d'être fermée; et c'est pour cela que dans un jeu d'orgues il y a toujours trois espèces de tuyaux , des.tuyaux ouverts, des tuyaux fermés et des tuyaux à cheminée. Or, chacune de ces trois conditions, selon M. Cuvier, se trouve dans l'instrument vocal de l'homme ; par les mouvemens d'ascension et d'abaissement du larynx, la longueur de l'instrument vocal varie; par le jeu des muscles de la glotte, le degré d'ouverture de l'embouchure de l'instrument est modifié ; et enfin par les
VOI 39^ mouvemens des lèvres ,• des mâchoires, de la bouche , l'ouverture inférieure de l'instrument est aussi variée en mille degrés.
Selon M. Dutrochet, au contraire, le tuyau vocal est supposé n'avoir aucune influence sur la production des tons , et le larynx çst un instrument vibrant , mais non compliqué d'un tuyau. Le Ion de la voix dépend du nombre de vibrations qu'exécutent dans un temps donné les cordes vocales inférieures; et ce nombre varie beaucoup, puisque la grosseur et la longueur de ces cordes, ainsi que leur degré d'élasticité, sont ellesmêmes très - variables. Dans le cor, ce sont les lèvres qui sont les cordes vibrantes, et ces cordes varient sans cesse : i° en longueur, selon que les lèvres se touchent dans une étendue phis ou moins grande ; 2° en grosseur, selon que la portion de ces lèvres qui vibre est plus ou moins épaisse; 3Q enfin en élasticité 3 selon que les lèvres sont plus ou moins tendues. La volonté peut modifier à l'infini chacune de ces trois conditions. Or, tout cela peut se dire du larynx ; la corde vibrante est le muscle thyro-arytcnoïdien , et il y a possibilité de varier à l'infini la longueur, la grosseur, et la tension et par conséquent l'élasticité, de cette corde vibrante. Elle peut se raccourcir ellemême par l'action du muscle qui la constitue, et par celle des muscles qui élèvent le larynx; comme Dodart, M. Dutrochet ne considère l'élévation et l'abaissement du laryn* que comme des phénomènes très-accessoires. Elle est plus ou moins grosse, selon que toutes les fibres qui composent le muscle tbyroaryténoïdien , ou seulement quelques-unes de ses fibres, se contractent. Enfin on conçoit qu'elle doit revêtir différens degrés d'élasticité consécutivement à l'action des muscles qui la tendent, savoir, le thyro-aryténoïdien qui la constitue, l'aryténoïdien, etc.
M. Dutrochet avait reproché à M. Cuvier d'avoir fait jouer un rôle au tuyau vocal dans la production des tons; et à son tour il est blâmé par MM. Biot et Magendie d'avoir refusé toute influence à ce tuyau. Selon ces derniers, l'instrument vocal de l'homme est un instrument à vent à anche, niais tel qu'il donne des sons très-graves avec un tuyau peu long, et que le même tuyau fournit presque sans changer de longueur, non seulement une certaine série de sous en progression harmonique, mais tous les sons imaginables et les nuances de ces sons dans l'étendue de l'échelle musicale que chaque voix peut embrasser.
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Dans les inslruraens de ce genre, il funt distinguer l'anche et le tuyau. La première est une lame mince, élastique , vibrante, qui, par ses vibrations, permet et intercepte tour à tour le mouvement d'un courant d'air; c'est elle seule qui forme le son en raison de sa longueur, de son élasticité, de son poids, de sa courbure plus ou moins concave en dehors ; plus elle a de longueur , plus ses mouvemens sont lents et étendus , et plus le son qu'elle rend est grave": pour varier les tons, il suffit donc de faire varier la longueur de l'anche. Le tuyau n'influe que sur la. force et le timbre des sons; cependant, comme une colonne d'air qui vibre en un tuyau ne peut produire qu'un certain nombre de sons déterminés, un tuyau d'anche, s'il est long, ne transmet aisément que les sons qu'il est apte à produire; et de là la nécessité d'établir d'avance un accord entre l'anche pour produire tel son, et son tuyau pour le transmettre, et cela en faisant varier la longueur du tuyau d'anche corrélativement aux variations de l'anche elle-même. C'est ce que font les trous des clarinettes, par exemple; par eux, les lèvres amènent mieux l'anche à donner les tons qu'on désire. Or, selon MM. Biot et Magendie, ces principes sont applicables à l'appareil vocal de l'homme : les lèvres de la glotte sont l'anche; les muscles thyroaryténoïdiens sont ce qui les rend aptes à vibrer; et l'air de l'expiration «st ce qui y détermine cette vibration par laquelle elles interceptent et permettent alternativement ce courant d'air. Selon que l'anche vibre en toute sa longueur ou dans sa partie postérieure seulement, le ton est plus grave ou plus aigu, et les muscles thyro-aryténoïdiens font par leur action varier à l'infini l'étendue de la portion d'anche qui vibre. Quant au tuyau vocal, il se coordonne dans sa longueur et son calibre au ton qui est produit par l'anche, s'alongeant et se dilatant pour les tons graves, et se raccourcissant pour les tons aigus : c'est à cela que servent les mouvemens d'abaissement et d'ascension du larynx.
Enfin récemment M. Savart a combattu la théorie qui compare le mécanisme de la voix à celui des anches ; et selon lui la production de la voix est analogue à celle du son dans les tuyaux de flûte, avec cet avantage particulier que la petite rolonne d'air contenue dans le larynx et dans la bouche est susceptible, par la nature des parois élastiques qui la limitent , ainsi que par la manière dont elle est ébranlée, de rendre des
VOI 3y5 sons d'une nature spéciale et en même temps beaucoup plus graves que ses dimensions ne sembleraient le comporter. Le larynx , composé d'une cavité agrandie latéralement par ce qu'on appelle ses ventricules, et borné haut et bas par les deux ouvertures que ceignent ce qu'on appelle les cordes vocales supérieures et inférieures, est comparé en effet par M. Savart à ces petits instrumens dont se servent les chasseurs pour imiter la voix de certains oiseaux. Ces instrumens sont de petits tuyaux cylindriques de quatre lignes de hauteur, et fermés à chacune de leurs bases par une lame mince, plane et percée d'un trou a son centre. On peut leur faire produire des tons très-divers en modifiant seulement la vitesse avec laquelle on y pousse l'air. De plus, placé entre deux tubes, la trachée d'une part, et la bouche de l'autre, et entre deux tubes dont les dimensions, le degré de tension et la qualité vibratile peuvent varier, le larynx , dit M. Savart, reçoit de cette disposition un nouveau pouvoir de produire des tons divers. Ce physicien établit en effet en principe que si, dans les tuyaux d'orgue longs,' la vitesse du courant d'air qui sert de moteur, non plus que la nature de la substance qui compose le tuyau, n'influent pas sur le nombre des vibrations que peut produire la colonne d'air qui y est contenue, il n'en est plus de même dans les tuyaux courts et par conséquent dans le larynx. Ici plus on ménage le courant d'air, plus le ton est grave; plus on le 'presse, plus il est aigu; plus les parois du tuyau seront de nature à vibrer, plus les tons seront variés. Ces effets sont surtout sensibles, si à l'instrument est annexé un porte-vent, comme l'est la trachée au larynx. Voici donc comment M. Savart explique la formation de la voix : La trachée est terminée supérieurement par une fente, la glotte, qui est l'ouverture inférieure de l'instrument vocal; cette fente, qui est susceptible d'être rendue plus ou moins étroite, joue le même rôle que la lumière des tuyaux à bouche dans les jeux d'orgue; l'air, après l'avoir franchie, traverse les ventricules ou la cavité de l'instrument, et va frapper les ligamens supérieurs qui ceignent l'ouverture supérieure de l'instrument, et remplissent la même fonction que le biseau des tuyaux d'orgue; alors l'air contenu dans l'intérieur du larynx vibre et rend un son; et ce son acquiert de l'intensité, parce que les ondes qui le constituent se propagent dans le tuyau vocal placé au-dessus du larynx, et y déterminent un mouve-
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ment analogue à celui qui existe dans des tuyaux courts et en partie membraneux. Ainsi l'organe vocal de l'homme, composé du larynx, de l'arrière- bouche et de la bouche, est un tuyau conique dans lequel l'air est animé d'un mouvement analogue à celui qu'il affecte dans les tuyaux de flûle des orgues; et ce tuyau a tout ce qu'il faut pour que sa colonne d'air intérieure , quoique d'un petit volume , puisse rendre beaucoup de tons divers et des tons fort graves. Sa partie inférieure en effet est formée de parois élastiques susceptibles d'avoir une tension variée; et la bouche, en changeant les dimensions de la colonne d'air, influe sur le nombre des vibrations qu'éprouve celle-ci, en "même temps que les lèvres font à notre gré du tuyau vocal un tuyau conique , ou ouvert , ou fermé. Dans cette théorie , M. Savart se rend compte de l'utilité des ventricules du larynx et de celle des ligamens supérieurs, dont il n'était pas fait mention dans les théories précédentes , et il dit pouvoir expliquer toutes les variétés de tons que peut produire la voix humaine.
Telles sont les théories diverses à l'aide desquelles on a cherché à expliquer la faculté qu'a la voix humaine de varier les tons. Sans aucun doute , de ces théories la plus défectueuse est celle de Ferrein. L'instrument vocal est évidemment un instrument à vent; mais est-ce un instrument à vent à anche, comme l'a dit Dodart , et comme le disent MM. Biot et Magendie ? ou est-ce un instrument à vent du genre des flûtes, comme le veut M. Savart ? Nous n'osons pas nous prononcer , et laissons au temps à apporter de nouvelles lumières sur cette question qui a encore besoin d'être travaillée. Remarquons seulement que la voix humaine peut embrasser trois octaves, et que les conditions qui produisent cette variété de tons sont établies à notre volonté. C'est à cela que nous devons de pouvoir exécuter les combinaisons de sons que notre instinct musical nous- suggère, et qui constituent ce qu'on appelle le chant. Tout ce que nous venons de dire du ton de la voix fonde réellement l'histoire du chant considéré dans son exécution.
3° Timbre du son vocal. — Les physiciens n'ont pu jusqu'à présent spécifier les causes du timbre des sons dans nos instrumens artificiels : à plus forte raison les physiologistes doivent-ils avouer la même ignorance en ce qui concerne le timbre de la voix humaine. Cependant il est sûr que le larynx et le tuyau
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vocal y concourent l'un et l'autre. Selon M. Geoffroy Saint- Hilalre, le larynx y contribue en raison de ses proportions et de sa structure intime; selon que cet organe est plus ou moins ample , et que ses cartilages plus ou moins denses sont plus ou moins aptes à vibrer, le timbre diffère, comme cela est, par exemple, dans l'homme et dans la femme, dans l'enfant et le vieillard. Chacun a sous ce rapport son timbre vocal particulier. Le tuyau vocal, de son côté, influe probablement par sa forme et par la nature de la matière qui le compose. Telles sont, en effet, les deux conditions qui dans les arts paraissent modifier le timbre des sons : le timbre n'est pas le même avec un instrument de métal, de bois, de verre, avec un tuyau cylindrique ou un tuyau conique, etc. Or, d'une part, le tuyau vocal considéré dans son ensemble a une forme quelconque qui doit influer sur le timbre de la voix; et d'autre part, la matière qui le compose, osseuse en quelques points, cartilagineuse ou musculeuse en d'autres, doit aussi exercer une influence sur ce timbre. Qui ne sait que la moindre maladie dans quelques unes des parties de l'instrument musical, la voûte palatine, les dents, les fosses nasales, altère cette qualité de la voix? Le son vocal, en traversant les fosses nasales, reçoit-il quelque influence du retentissement qu'il éprouve dans les anfractuosités de ces cavités ? et cette circonstance a-telle quelque part au timbre? On le croit généralement, et l'on professe que la voix n'est nasonnéc que qua,nd elle ne retentit pas dans les fosses nasales. M. Magendie, cependant, professe l'opinion inverse; selon lui, le son d'ordinaire s'écoule par la bouche, sans passer par les fosses nasales, et ce n'est que lorsqu'accidentellement la voix traverse ces cavités et y retentit, qu'elle a le caractère nasillard.
Tel est l'état de la science sur le mécanisme de la voix; c'est ainsi qu'on spécifie le rôle de chacune des trois parties de l'appareil de la phonation, et le mode selon lequel elles concourent à la production du son vocal, et à ses variations de force, de ton et de timbre. Quant au but de la voix , évidemment elle est un phénomène d'expression qui a été donné aux animaux pour les guider dans leurs relations de famille, de société, etc. C'est surtout aux rapports que réclame la reproduction qu'elle a trait en beaucoup d'animaux ; aussi diffère-t-elle souvent en chaque sexe ; plusieurs animaux sont muets jusqu'à leur âge de puberté ; d'autres le sont toute leur vie, si l'on excepte les époques de
leur rut : chsz l'Iiomme lui-même, son organe est étroitement lié à l'appareil génital. Cependant chez cet être elle est encore employée , non-seulement à exprimer par ce qu'on a-ppelle le cri diverses facultés affectives , mais encore à manifester par des sons arbitrairement choisis et articulés les divers produits de l'intelligence , et à servir les facultés dites de langage artificiel et de musique. Sous ces derniers rapports elle fonde ce cpi'on appelle la parole et le chant, par l'histoire desquels nous allons terminer cet article.
A l'article langage, nous avons dit que les divers phénomènes expressifs, tantôt succédaient irrésistiblement aux sentimens intérieurs dont ils sont la manifestation, tantôt étaient produits par les facultés de notre esprit, qui ont pour but de fonder des expressions, savoir : les facultés du langage artificiel et de la musique. Dans le premier cas, ils fondent le langage dit affectif, et dans le second, ils constituent le langage dit conventionnel ou musical, selon la faculté intellectuelle qui les inspire. Or, tout cela a lieu pour la voix comme pour les phénomènes expressifs de la mutéose : les sons vocaux éclatent-ils instinctivement? il en résulte un langage affectif, celui du cri: sont-ils produits sous l'influence de la faculté du langage? ils fondent la parole : enfin, sont-ils inspirés par la faculté de la musique? ils constituent le chant. Nous n'avons à parler ici que des deux derniers, le cri ayant eu déjà un article dans cet ouvrage.
Il y a deux choses dans la parole : l'acte intellectuel qui constitue signe d'une idée un son vocal quelconque, et l'acte organique qui fait ce son. Le premier rentre dans l'histoire de la psychologie; certainement, c'est à une faculté innée de notre esprit que nous devons de faire d'un son l'expression convenue et déterminée d'une idée, en un mot un signe; en vain on a voulu rapporter la faculté de parler, ou à l'organe de la voix, ou à celui de l'ouïe; le premier de ces organes ne fait que produite le son, le second le recueille; l'esprit seul fait de ce son un signe. Qui ne sait que, dans les hommes et dans la série des animaux , la faculté de la parole n'est pas en raison des organes de l'ouïe et de la voix, mais en raison de l'intelligence? Nous n'avons donc pas à traiter ici de cette première partie de l'histoire de la parole; elle a été exposée aux articles facultés et langage. Étudiée dans l'acte organique qui fait le son qui la constitue, la parole n'est pas tin son vocal simple tel qu'il s'échappe du
, VOI 399 larynx; elle est un son vocal travaillé par une action du tuyau musical', articulé, comme on dit, modifié par le jeu de ce tuyau, de manière à être séparé nettement en plusieurs désinences qui forment ce qu'on appelle des mots. Le tuyau vocal , comme on sait, s'étend du larynx où se forme le son, à l'ouverture de la bouche; formé de parties de diverse nature, il constitue dans son ensemble un tube charnu et très-mobile, trèsapte à modifier le son ; et de plus , dans«son intérieur est un organe employé sans cesse à ramasser ce son, à le diviser, la langue. Par la mobilité de ce tuyau, et par l'action de la langue, le son vocal brute est donc partagé en mille sons divers , et ce partage est ce qu'on appelle articulation. Les mouvemens qui le produisent sont si complexes, et en même temps doivent être si précis , qu'on n'a pu encore les imiter dans les arls ; on a fait des automates chantans , on n'a pu encore en faire qui parlent. On sent qu'il nous est impassible d'analyser ici les divers mouvemens qui produisent les son9 qu'on distingue dans la parole, les diverses voyelles et consonnes, etc.; ce serait répéter sans Utilité la scène du Bourgeois gentilhomme. "Qu'il suffise de dire qu'il n'est aucune des parties qui entrent dans la composition du tuyau vocal, qui n'influe sur la prononciation des sons ; que la voûte palatine soit perforée, ou le voile du palais et les lèvres divisés, qu'il y aitpertc d'une ou plusieurs dents , et il en résulte un vice dans l'articulation des sons. De même, que les muscles du tuyau vocal soient paralysés, ou en proie à des spasmes convulsifs, ou aient pris des habitudes vicieuses de se contracter, il y a aussi perte ou perversion de la parole.
Dans le cbant, il y a aussi deux choses : l'acte intellectuel- qui détermine les rapports d'après lesquels les sons vocaux sont combinés; et l'acte vocal qui exécute et produit les sons. Le premier se rapporte encore à la psychologie, et n'est autre que l'instinct, le sens de la musique. C'était bien à tort qu'on avait voulu rattacher la faculté de la musique, et à l'organe de la voix , et à celui de l'ouïe : le premier de ces organes ne fait encore que produire les .sons; le second les reçoit : une faculté intellectuelle seule peut inspirer les rapports d'après lesquels on les associe. Nous n'avons rien à dire de plus sur ce premier point. Quant au second, l'acte vocal du chant, il n'est que la voix ordinaire moilulée, dont nous avons exposé amplement le mécanisme en parlant des variétés du ton. ( Adklon. )
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voix (séméiotique). La voix et la parole subissent diverses altérations par suite de la lésion des organes qui les forment, ou par suite de la modification morbide de l'organe central de l'innervation sous la dépendance duquel ces phénomènes se trouvent particulièrement. S'il est souvent difficile ou impossible de déterminer les conditions organiques qui donnent lieu aux troubles de la phonation, on peut observer les circonstances plus ou moins éloignées dans lesquelles ils se rencontrent, et apprécier de quelle importance ils sont pour le diagnostic et le pronostic des maladies.
Les variations de la voix peuvent se rapporter aux variétés d'intensité , de ton et de timbre. La voix devient rarement plus forte dans les maladies ; cela a lieu quelquefois cependant dans le délire ou l'aliénation mentale. La faiblesse de la voix, au contraire , s'observe souvent : i° dans les affections des organes vocaux et respiratoires , à cause de la gêne et de la douleur qu'occasionne l'exercice de la phonation ; i° dans toutes les maladies aiguës et chroniques à leur dernier période, lorsque tous les organes locomoteurs sont frappés d'une prostration ou d'une faiblesse que partagent nécessairement les appareils musculaires de la phonation et de la respiration. Dans ce dernier cas, l'affaiblissement de la voix est du'plus mauvais augure et annonce un danger prochain; dans le premier, elle n'a pas la même expression pronostique, quoiqu'elle soit encore souvent grave. Il est à remarquer qu'il faut se défier de ce symptôme, parce qu'il est souvent exagéré ou simulé par certains malades , qui sont frappés de la crainte d'une affection grave, ou qui voudraient y faire croire , qui ont le besoin de se faire plaindre, comme on dit vulgairement. La voix peut être tout- à -fait éteinte; c'est ce qui constitue I'aphonie, dont il a été traité en particulier.
Le ton et le timbre de la voix sont diversement modifiés dans certaines circonstances. On connaît généralement le changement que subit la voix à l'époque critique de la puberté chez l'homme; le travail organique qui s'opère alors pour le développement de l'appareil vocal rend pendant quelque temps la voix rauque, voilée, discordante. Mais ce phénomène est purement physiologique , et ne doit pas nous occuper ici. Dans toutes les inflammations qui ont leur siège dans le larynx, la voix est altérée, enrouée, faible, quelquefois discordante; la raucilé augmente avec
VOL 4oi le mal, et la voix finit par s'éteindre. C'est ce qu'on observe lorsqu'un corps étranger s'est introduit dans le larynx, dans l'angine laryngée et dans les variétés qui ont reçu les noms particuliers de croup, d'œdème de la glotte, de phthisie laryngée. Il ne faut pas confondre les caractères de la voix avec ceux que présente la toux dans certaines laryngites. En effet la toux peut être clair?) aiguë, elle peut résonner d'une manière particulière, tandis que la voix est enrouée dans l'intervalle des accès de toux ; c'est ce qui s'observe dans le croup ( voy. ce mot ). C'est à tort qu'on a donné le nomde voixcroupale à la toux particulière quise remarque dans cette maladie. La voix en effet n'a pas en général d'autres carac» tères que dans les diverses angines. Lorsque l'inflamma lion a son siège unique dansla trachée, la voix est beaucoup moins altérée. Si elle affecte l'isthme du gosier, les amygdales, la voix est nasonnée, l'articulation des sons est difficile , quelquefois impossible. Dans l'angine pharyngienne, la voix et l'articulation des sons ne sont que médiocrement ou même nullement altérées. Dans l'angine générale, l'altération de la voix et de la parole est portée au plus haut degré; elle se compose de toutes les modifications spéciales à chacune des variétés d'angines que nous avons signalées.
La voix est encore nasonnée dans le cas de diverses affections des. fosses nasales , particulièrement lorsque ces cavités sont obstruées par un polype ; elle prend un caractère particulier, qu'on a désigné par le nom de guttural , par suite de la scission, de l'ulcération du voile du palais ou du palais lui-même, par suite de la tuméfaction des amygdales.
La voix devient convulsive, discordante dans plusieurs maladies cérébrales : dans le délire, et surtout dans les accès hystériques, etc.
La parole, considérée en particulier, présente diverses altérations : elles dépendent , plus souvent- encore que celles de la voix, d'une affection directe on indirecte du cerveau, parce que l'articulation des sons est tout-à-fait et immédiatement affectée à l'expression des sensations , des idées. Les deux troubles principaux de la parole qui se rapportent plus fréquemment que les autres à l'altération des organes affectés à l'arficulation des sons, le bégaiement et la mutité, ont été traités dans des articles paiticuliers; nous ne devons pas nous en occuper. Quant aux autres, il nous suffira.de dire que, par suite d'une sur-excitation cérébrale, la parole est quelquefois plus brusque, plus rapide que