‹ Dictionnaire de médecine [electronic resource] (volume 2)Chapitre 37 sur 44 · ONY · texte numérisé non relu

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cette espèce d'onyxis avec les deux qui précèdent; à la vérité, 1! 'ongle rentré dans les chairs peut aussi donnerlieu'à l'inflammation chronique de la matrice de l'ongle ; mis alors le début de la maladie, sa cause bien manifeste, ne laissent aucun doute sur la véritable nature de cette affection. La peau qui est en rapport avec les ongles ne présente pas seulement ces trois formes principales d'inflammation; elle est quelquefois encore le siège de phlegmasie chronique analogue à celle dont les tégumens sont affectés dans certaines maladies cutanées, telles que le psoriasis invétéré, l'eczéma chronique, la teigne, la lèpre, etc. Mais on ne doit voir ici qu'une seule et même maladie , affectant le même tissu, seulement dans des régions différentes.

Le traitement curatif de l'onyxis varie dans les trois espèces qui viennent d'être décrites : on a vu que dans le premier cas on ne pouvait opposer à cette affection que les moyens antiphlogistiques employés généralement dans les inflammations externes. Dans la seconde forme d'onyxis, désignée communément sous le nom à'ongle incarné, plusieurs moyens de traitement ont été proposés en divers temps. Albucasis et Paul d'iEgine.soulevaient l'ongle avec un stilet, enlevaient les chairs fongueuses, et détruisaient le reste par les caustiques. Fabrice d'Aquapendente et Fabrice de Hilden soulevaient l'ongle à l'aide d'une spatule et d'un petit cylindre de charpie sèche qu'ils plaçaient entre l'ongle et la pulpe de l'orteil, afin de déprimer à la fois les fongosités , d'éloigner l'ongle des chairs , et de faciliter ainsi l'excision de son bord trop saillant ou dévié. Ambroise Paré obtint plusieurs fois un plein succès de l'ablation entière du bourrelet qui s'élève au-dessus de l'ongle. Guy de Chauliac conseillait de placer une lame de plomb entre l'ongle et la peau pour tenir le premier relevé , et comprimer la seconde. Desault avait adopté cette méthode, mais, au lieu d'une lame de plomb, il se servait d'une plaque de fer-blanc longue d'un pouce et demi , large de trois à quatre lignes , dont la courbure s'accommodait à la saillie de l'ongle et des fongosités ; un linge fin enduit de cérat avait été d'abord placé sur les parties malades afin de les garantir du contact immédiat de la plaque métallique. On repliait ensuile cette dernière sous l'orteil , de haut en bas d'abord, puis de dedans en dehors , et on la fixait avecune bande. Le pansement, renouvelé tous les deux ou trois jours, était continué jusqu'à l'affaissement total de la fongositc

GNY 4î)i et jusqu'à ce que l'ongle eût assez pris d'accroissement dans la direction nouvelle qu'on lui imprimait pour recouvrir entièrement le bourrelet : ce changement n'était guère opéré avant deux ou trois mois. Un semblable traitement est fort douloureux, et peu de malades peuvent le supporter.

M. le professeur Boyer emploie un procédé analogue à celui de Desault, quant à sa manière d'agir, mais qui n'est pas aussi douloureux : on introduit à l'aide d'un stilet ou de l'extrémité d'une spatule, de la charpie fine entre l'ongle et la peau, et on l'y enfonce le plus possible sans causer beaucoup de douleur. On fixe cette charpie, qui doit s'élever un peu au-dessus du bourrelet formé par la peau altérée, avec une bandelette de diachylon gommé qu'on dirige en l'appliquant de dehors en dedans, afin d'enfoncer de plus en plus la charpie au-dessous de l'ongle, et exercer ainsi une compression qui puisse produire l'affaissement des chairs fongueuses. À chaque pansement , qu'il faut renouveler tous les deux ou trois jours, on augmente la quantité de charpie qu'on enfonce plus profondément. Quand on est ainsi parvenu à écarter assez le bourrelet de manière à apercevoir le bord de l'ongle qu'il recouvrait , on le soulève avec une spatule , et on place au-dessous de lui un morceau de linge plié en double si la maladie est récente, ou une lame de plomb. Les parties molles ainsi préservées de l'action de l'ongle cessent d'être autant douloureuses. On fixe la compresse ou la lame de plomb à l'aide d'une bandelette de diachylon , en ramenant l'une et l'autre sous le bord interne de l'orteil. L'ongle croit et s'avance sur la lame , et lorsqu'il est parvenu à recouvrir la chair , la maladie est guérie. S'il existe une excroissance fongueuse, trèsdouloureuse, comme on l'observe assez souvent, il faut la détruire d'abord avec la pierre infernale , car il serait impossible aux malades de supporter la compression et le tamponnement nécessaire pour écarter l'ongle de la chair.

M. Guilmot a conseillé de recourir dès le principe à un moyen très-simple, qui lui a parfaitement réussi sur lui-même et sur beaucoup d'autres personnes ; il consiste à exciser le plus profondément possible l'angle interne et antérieur de l'ongle du gros orteil, sa pénétration dans la peau résultant uniquement, suivant M. Guilmot , de lu pression que la chanssujre exerce sur l'ongle. Il est nécessaire de réitérer cette excision de temps en temps, en sorte que ce moyen ne procure qu'une guérison

temporaire et non radicule. M. Brachet a obtenu un succès complet sur plus de quinze malades, en enlevant à l'aide du bistouri toutes les chairs qui sont placées en dehors de l'ongle et qui le dépassent. Mais on conçoit très-bien que par cette méthode on ne remédie pas à la cause principale de la maladie, c'est-à-dire qu'on ne change pas la direction vicieuse de l'ongle dont l'accroissement continuel peut renouveler tôt ou tard les effets qu'on a voulu détruire. M. Faye veut qu'on amincisse le dos de l'ongle dans le sens de sa longueur en le râclant avec la lame de l'instrument tranchant; il fait ensuite une incision en V avec perte de substance , plus près du côté malade que du côté sain , sur le bord libre de l'ongle qu'il perce de chaque côté de l'incision, et passe dans chaque trou un fil métallique pour le tordre ensuite graduellement, de manière à rapprocher les bords de l'incision. Il en résulte que la portion d'ongle incarnée s'éloigne de l'ulcération dont la guérison a lieu.

Ces divers procédés sont pour la plupart insuffisans, et n'ont qu'un effet palliatif, parce qu'ils laissent subsister la portion d'ongle déviée : on conçoit en effet qu'il ne peut y avoir de guérison solide tant que cette dernière subsiste. En outre, ces procédés ne peuvent être applicables en général qu'aux cas où la maladie est récente et sans fongosités. L'arrachement de l'ongle est le moyen le plus sûr d'obtenir la cure radicale de cette affection douloureuse. Béclard n'en employait pas d'autre , et c'est aussi celui que M. Dupuytren met exclusivement en usage. Le malade étant assis sur une chaise, en face du cihruigieri , celui-ci, armé de ciseaux droits, solides, dont une branche est très-aiguë, l'engage sous l'ongle et la porte par un mouvement rapide jusque vers le milieu de sa base, en le divisant d'avant en arrière en deux parties : il saisit ensuite avec des pinces la partie antérieure de la portion d'ongle qui entretient la main die, ou les deux successivement, selon qu'il veut n'enlever que la moitié ou la totalité de l'ongle. Pour en opérer l'arrachement , il renverse sur elle-même chaque portion, en détruisant se3 adhérences. Si les chairs sont élevées, il passe dessus un cautère olivaire. Ce procédé est fort douloureux sans doute, mais il procure une guérison prompte et durable. Il est arrivé dans certains cas que la portion déviée s'est reproduite avec io mêmes accidens; aussi esl-il avantageux de suivre la méthode de M. Boyer, qui consiste à exercer, après l'arrachement , une

• ONY 4»"* compression continue sur le sillon qui loge l'ongle : en produisant de cette manière l'adhérence de ses parois, le sillon s'efface complètement.

La dernière forme d'onyxis que nous avons décrite, Yonychia m'aligna de Wardrop , exige un autre mode de traitement. Développée d'une manière spontanée , cette espèce d'onyxis a été combattue inutilement, à peu près constamment, par les remèdes antiphlogistiques ordinaires. M. Wardrop a préconisé l'emploi des mercuriaux dont il rapporte avoir obtenu quelques succès; mais les tentatives qu'on a faites depuis lui n'ont pas justifié cette opinion. L'altération de la matrice de l'ongle étant évidemment la cause essentielle de cette affection, c'est cette altération qu'il faut s'attacher à détruire : deux moyens sont mis en usage avec succès. L'un consiste dans l'ablation de la matrice de l'ongle ; c'est celui qu'emploie M. Dupuytren. Pour pratiquer cette opération, le chirurgien saisit l'extrémité de l'orteil ou du doigt affecté entre le pouce et l'index de la main gauche; de la droite, armé d'un bistouri convexe, il fait une incision profonde et semi-lunaire, à concavité antérieure sur la face dorsale de l'orteil , à quatre lignes environ en arrière du bord libre de la peau qui recouvre la racine de l'ongle; un aide maintient alors l'orteil malade, et l'opérateur, relevant le lambeau d'arrière en avant avec des pinces à disséquer , détache avec le bistouri toute la peau qui était en rapport avec l'ongle, et qui concourait à sa production. Cette opération est excessivement douloureuse ; mais plaie qui en résulte est cicatrisée dans l'espace de deux ou trois semaines au plus, et la malaJie ne reparaît plus. Le pansement consiste dans l'application d'un linge troué enduit de cérat qu'on recouvre d'un plumasseau de charpie. Chez quelques enfans scrofuleux on a vu cette inflammation chronique de la matrice de l'ongle accompagnée du gonflement et du ramollissement de la phalange correspondante; alors il convient d'en pratiquer l'amputation, comme l'a fait M. Baffos, si l'affection de l'os paraît incurable.

Le second procédé est celui que Béclard employait avec un égal succès; il est moins douloureux que l'ablation de la matrice de l'ongle. Après avoir arraché l'ongle en le divisant d'abord par le milieu, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il cautérisait avec le nitrate d'argent, le lendemain de l'arrachement, toute la pulpe sous-jacente mise à découvert. Deux ou trois cautérisa-

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tions semblables, renouvelées tous les trois jours , suffisent ordinairement pour produire la guérison.

En terminant cet article, je dois dire deux mots de la chute spontanée des ongles , sans altération morbide de leur matrice. L'extrémité des doigts n'est ni rouge, ni gonflée, ni douloureuse; il n'existe aucune apparence de suppuration; l'ongle devient opaque, d'un blanc jaunâtre; les sillons longitudinaux de sa surface se creusent davantage; enfin celte lame cornée se détache d'une seule pièce , sans que sa chute détermine la moindre douleur, ni le moiudre écoulement de sang. La pulpe sous-jacente n'est point plus rouge ou saignante, et le peu de sensibilité qu'y développe le coniact porte à penser qu'un épiderme très-mince Lurecouvre. L'ongle tombé n'est plus remplacé par un nouveau ou par d'autresc productions cornées. Les observations de MM. Cullerier et Lélut laissent au moins dans le doute sur la question de savoir si cette alopécie unguéale est syphilitique; seulement les individus sur lesquels on a observé cette singulière affection avaient subi ou subissaient encore un traitement anti-vénérien. (c. p. ollivier. )

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