TOME et' L1THOTOMIE. ( MURAT
URÉTROTOMIE, s. f. , même étymologie que pour le mot précédent; division de l'urètre. Quelques chirurgiens ont proposé d'employer ce mot pour désigner une opération qu'on est quelquefois obligé de pratiquer sur la portion du canal de l'urètre qui répond au périnée ou sur toute autre partie de ce conduit. Ou a conseillé de faire une petite incision sur la partie membraneuse de l'urètre afin d'arriver dans la vessie, et de débarrasser ce viscère de l'urine qu'elle contient lorsque l'introduction d'une sonde par la voie ordinaire est absolument impossible
{voyez RÉTENTION D'URINE , RÉTRÉCISSEMENT DE l'urÈTRe).
Ou a recours spécialement à l'urétrotomie pour extraire un calcul ou un corps étranger quelconque engagé dans l'urètre, et qui est trop-volumineux pour parcourir toute la longueur de ce" conduit.
Les corps que l'on rencontre le plus fréquemment dans le canal de l'urètre sont des fragmens de sonde ou de bougie. Ce conduit recèle aussi quelquefois des morceaux de bois , des cure-oreilles, des épihgles, des tuyaux de pipe, des haricots oû d'autres corps qui ont été introduits, et qu'on a laissé échapper dans ce canal. Plusieurs de ces corps peuvent être repoussés au dehors [voyez corps étrangers de l'urètre) ; mais lorsqu'il devient impossible de les retirer parla voie naturelle, il ne reste d'autre parti à prendre que de diviser les parties molles qui les recouvrent, et de les extraire ensuite à travers cette plaie. Lorsque le corps étranger consiste en un morceau de sonde ou de bougie, il suffit, après l'avoir fixé dans le lieu qu'il occupe , de faire une petite incision sur son extrémité antérieure.
Des calculs d'un volume médiocre poussés hors de la vessie par les contractions de ce viscère ou entraînés par les flots de l'urine, peuvent s'arrêter dans différens points de l'urètre et déterminer , dans le lieu où ils séjournent, des symptômes particuliers. Quelle que soit la région qu'ils occupent , il faut chercher à en procurer la sortie par l'emploi des moyens propres à procurer du relâchement (saignées, bains, applications émollicntes, boissons diurétiques, injeclic«ns d'huile, pressions douces et ménagées); on a conseillé aussi l'insufflation, la succion et l'extraction avec la curette ou des pinces appropriées. Lorsque
URÉ . di
ces différens moyens ne réussissent pns , et que les malades éprouvent des accidens, on en vient à l'opération.
L'expérience apprend que le calcul s'arrête quelquefois au col de la vessie, occupe assez souvent la partie membraneuse de l'urètre, s'avance d'autres fois jusques à la région spongieuse; ce corps peut-être retenu aussi dans la fosse naviculaire.
i° La forme conoïde que présente l'urètre à sa jonction avec la vessie, dans l'endroit appelé coi de ce viscère, favorise la chute et le séjour des petits calculs dans cette partie; ils y prennent ensuite un accroissement rapide. Leur présence, dans le col de la vessie, s'annonce par une douleur profonde au périnée, pesanteur vers le rectum, cuisson vive et permanente dans tout le trajet de l'urètre, spécialement au bout de la verge; l'excrétion de l'urine est gênée et se suspend dans quelques cas. On reconnaît ces. corps au moyen du cathétérisme ou à l'aide du doigt introduit dans le rectum. Lorsque l'on veut procéder à leur extraction, le malade doit être situé et maintenu comme dans la litliotomie; on se conduit ensuite à peu près comme dans la méthode de Celse. Le chirurgien porte dans le rectum un ou deux doigts qu'iLa le soin de courber pour fixer la pierre et la rapprocher autant que possible du périnée. Si le cathéter peut pénétrer dans la vessie, on l'introduit d'abord, et il sert de conducteur à l'instrument tranchant. Après avoir fait tendre les tégumens par un aide qui relève en même temps les bourses, il fait avec un bistouri convexe une incision de haut en bas et de dedans en dehors qui intéresse la peau, le tissu cellulaire et l'urètre; il prolonge ensuite la division sur le sommet de la prostate. Le calcul mis à nu et ébranlé est retiré avec des tenettes. Après cette extraction, on doit porter le doigt profondément dans la plaie et, immédiatement après, le boulon dans la vessie pour s'assurer s'il n'y a pas d'autre calcul.
i° La partie membraneuse de l'urètre est faible et extensible, aussi 'se prête- 1- elle facilement au séjour des calculs peu volumineux ; le malade éprouve des douleurs et du trouble dans l'excrétion de l'urine. Un doigt introduit dans le rectum et le cathétérisme confirment le diagnostic. L'opération nécessaire pour en faire l'extraction est moins grave .et moins difficile que dans le cas précédent, parce qu'on a moins de parties à diviser pour parvenir à ces corps. Le malade est situé comme dans le premier cas. Après avoir introduit l'index de la main
. URÉ gauche dans le rectum , afin de pousser le calcul vers le périnée, et avoir fait tendre la peau de cette région par un aide, lè chirurgien pratique une incision oblique un peu au-dessous de la voûte des os pubis, et la prolonge vers la tubérosité de l'ischion gauche. Lorsque celte première incision est faite, il porte le doigt dans la plaie pour reconnaître le calcul, et incise ensuite les parties molles qui le recouvrent encore. Le voisinage du rectum doit engager à mettre beaucoup de circonspection dans les débridemens qu'on dirige en bas; l'extraction faite , et on y procède comme dans le premier cas, il faut s'assurer si la vessie ne contient pas d'autres calculs; s'il s'en présente, à l'aide d'une sonde canelée, on doit prolonger jusqu'à la prostate l'incision de l'urètre, et se conduire comme dans la lithotomie latéralisée. Il arrive fréquemment, à la suite de l'extraction des calculs contenus dans la partie membraneuse de l'urètre, qu'il reste une fistule urinaire incurable, quoiqu'on n'ait pas négligé l'usage prolongé d'une grosse sonde de gomme élastique.
3° Lorsque le calcul est logé dans la partie du canal qui correspond à la substance spongieuse de. l'urètre, il est toujours facile de le reconnaître à la douleur locale, à la gène dans l'excrétion de l'urine, à une tumeur distincte au toucher, et enfin à l'obstacle que présente le calcul au passage de la sonde. On procède à son extraction de la manière suivante : après avoir bien assujéti la région qu'il occupe et tendu la peau au moyen de la main gauche, on fait avec la maiu opposée une incision longitudinale qui intéresse les tégumens; au moyen d'une seconde incision pratiquée avec la pointe du bistouri qui appuie sur le calcul, on divise les parois de l'urètre; on provoque ensuite la sortie du calcul avec une curette, le bout d'une spatule ou avec des pinces à anneau. Si le lieu qu'occupe le calcul répond à cette portion du canal que le scrotum recouvre, l'incision étant presque toujours suivie d'une infiltration urineuse dans le tissu cellulaire des bourses, on doit chercher à L'ex4 traire par un moyen quelconque, sans en venir à l'opération, ou s'efforcer de le repousser avec une algalie jusqu'à la partie supérieure du périnée; mais lorsqu'il est trop fortement engagé pour se déplacer, il faut, après avoir soulevé le scrotum, placé les testicules sur les côtés et tendu la peau que l'on rapproche le plus possible du calcul, faire une incision suffisam-
URI .63 nient grande et prolongée du côlé de l'anus , afin d'ouvrir une issue à l'urine et prévenir son infiltration.
/,° Lorsque le calcul est parvenu jusqu'au voisinage du gland, on peut essayer de le retirer avec des pincettes, une curette, ou un fil d'argent plié en deux. Lorsque ces moyens sont insuffisant, on a recours à l'incision. Si le calcul s'est arrêté dans la fosse naviculaire, on introduit dans l'orifice de l'urètre la pointe d'un bistouri, et l'on fait du côté du frein une incision suffisante pour dégager ce petit corps étranger.
Après toutes les»opérations de ce genre, une sonde de gomme élastique doit être introduite et laissée à demeure dans la vessie. Les plaies pansées simplement ne tardent pas en général à se cicatriser.
Calculs arrêtés dans l'urètre des femmes. — Cet accident est rare; on le reconnaît à la difficulté ou à l'impossibilité d'uriner, à la douleur produite par la présence du calcul, à la tumeur qu'il forme et qu'on peut sentir avec le doigt porté dans le vagin, ou mieux encore, avec une sonde introduite dans le canal lui-même; le traitement varie suivant les accidens. Lorsqu'ils sont légers, on a recours aux demi-bains, aux injections huileuses, aux boissons abondantes. On recommande à la malade de retenir long-temps son urine et de l'expulser ensuite avec force. Si ces moyens sont inutiles, on essaie de saisir le cal; ni avec une petite tenette introduite dans l'urètre préalablement dilaté. Un doigt placé dans le vagin ou dans le rectum sert de point d'appui au calcul. Lorsque ce corps présente un trop grand volume, il faut faire à l'urètre, au moyen d'une sonde cannelée enfoncée sur le côté du calcul et d'un bistouri conduit sur sa rainure, une incision latérale qui comprenne 1^ portion dn canal que le calcul doit parcourir. Si c'est près de l'orifice extérieur que ce corps est arrêté, on parvient à l'extraire, soit avec une curette, une pince, soit au moyen d'une incision simple ou double faite sur la membrane qui couronne le calcnl. (murât.)
URINAIRE, adj., urinarius , qui a rapporta l'urine. Ainsi, on nomme appareil urinaire l'ensemble des organes destinés à la sécrétion et à l'excrétion de l'urine. • « urinaire (calcul). Voyez ce mot.
urinaire (fistule). Voyez fistule, urinaire (méat); orifice du canal de l'urètre.
uhinaikes (voies). On donne aussi ce nom à l'ensemble des conduits et des cavités destinés à contenir l'urine et à la transmettre au dehors. (marjolin.)
urinaire (appareil et sécrétion). On appelle appareil urinaire l'ensemble des organes qui accomplissent la sécrétion et l'excrétion de l'urine. Cet appareil n'existe que dans les animaux vertébrés , mais va en s'y compliquant de plus en plus. Dans les poissons, où il est le plus simple, il ne se compose que d'une glande et de son canal excréteur. Dans l'homme, duquel seul nous de- - vous nous occuper dans notre Dictionnaire , iUse compose : i 0 des reins , glandes paires qui sécrètent l'urine; 1° des uretères , deux •canaux excréteurs qui proviennent de ces glandes et en reçoivent l'urine; 3° de la vessie, réservoir où l'urine s'accumule jusqu'à un certain point, pour ne plus en être rejetée que d'intervalles en intervalles ; 4° enfin de l'urètre , canal provenant de la vessie et conduisant l'urine au dehors. Nous n'avons pas à traiter ici de ces diverses parties ; la description en a été ou en sera donnée aux mots qui les désignent ; nous n'avons qu'à exposer le mode d'action de ces organes , c'est - à - dire le mécanisme de la sécrétion urinaire , et à apprécier les services de cette sécrétion.
§ Ier. La sécrétion urinaire est une sécrétion dans laquelle le produit est déposé dans un réservoir, d'où il n'est plus rejeté que d'intervalles en intervalles ; il faut donc séparer dans son histoire ce qui est de la sécrétion proprement dite et ce qui est de l'excrétion.
i° Sécrétion de l'urine. — On nomme ainsi l'action par laquelle est faite cette humeur excrémeutitielle appelée urine. Ce sont les reins qui l'accomplissent : des faits nombreux en fournissent la preuve. Galien lie sur un animal vivant l'un des urétères, et voit l'urine s'accumuler au-dessus de la ligature, séjourner dans ce rein, et ne plus descendre de ce côté dans la vessie. Sur un autre animal vivant, il lie les deux uretères, et il voit la vessie rester vide. Enfin il coupe les deux uretères, et il voit l'urine s'épancher dans l'abdomen. Ces expériences prouvent déjà que les reins sont les organes producteurs de l'urine. Les reins en o.utre ont la texture des glandes ; l'uriue se montre déjà dans leur intérieur, dans leur bassinet et les mamelons qui y aboutissent; une plaie de ces organes donne issue à de l'urine; toute maladie de leur tissu modifie cette humeur, etc. Rien
URI 65 donc de plus certain que les reins sont les organes fabricatcurs de l'urine; mais le mécanisme par lequel ils la fabriquent est couvert des mêmes ténèbres que celui de tout autre, organe sécréteur; et nous ne pouvons en dire que ce que nous avons dit des sécrétions en général. Le sang de l'artère rénale, arrivé aux ramifications dernières de cette artère, est saisi par les radicules des sécréteurs, élaboré et cbangé en urine; et cela est fait par une action qu'on ne peut dire ni physique, ni chimique, et qui est conséquemment organique et vitale (voyez sécrétion). Cette sécrétion paraît s'effectuer dans la partie du rein qui est appelée substance corticale; là, en effet, sont terminées surtout les ramifications des artères; déjà l'urine s'y fait remarquer, et en coule si elle est blessée. La substance dite tubuleuse parait n'être qu'une agglomération de vaisseau* excréteurs.
La sécrétion s'en fait instantanément et d'une manière continue. On voit en effet l'urine couler sans interruption par une sonde qu'on laisse dans la vessie, par la plaie faite à ce réservoir dans l'opération de la taille, par les fistules urinaires, par ce qu'on appelle les exslrophies ou renversements de vessie. L'urine sécrétée par la substance corticale filtre par la substance tubuleuse, et coule goutte à goutte par le sommet des excréteurs dans le bassinet; celui-ci la dirige dans l'uretère, et ce canal à son tour la conduit dans la vessie. On s'est demandé si la substance tubuleuse ne faisait que la transmettre, ou si elle ne concourait pas aussi à la former, ou du moins à la modifier. Il paraît que cette humeur y est filtrée, clarifiée; car quand on presse sur celte substance tubuleuse, on en exprime une urine plus trouble et plus épaisse, que quand on laisse cette humeur en couler d'elle-même. On a recherché aussi quelles causes faisaient couler ainsi l'urine dans la vessie. D'abord, les parties sont disposées de manière à ce que mécaniquement le fluide suive ce cours. En second lieu, la sécrétion étant continue, la nouvelle urine qui est continuellement faite doit nécessairement pousser devant elle celle qui était déjà dans les excréteurs et le bassinet. En troisième lieu, on peut admettre ici comme ailleurs une action contractile des vaisseaux sécréteurs, des vaisseaux ui inifères, et une influence des mouvemens du diaphragme et des muscles de l'abdomen dans la respiration. Sans doute Bellini a exagéré, quand il a dit que sans cette cause dernière l'urine resterait dans les tubes du rein, comme le lait reste, hors xxi. 5
les temps de succion , dans les vaisseaux lactifères ; il y a au mamelon du sein un sphincter qui n'existe pas au bassinet du rein. D'ailleurs quelle pression accessoire fait circuler le fluide en beaucoup d'autres glandes, par exemple, le sperme dans les vaisseaux, séminifères du testicule ? Mais il est certain que la pression du diaphragme facilite le transport de l'urine dans la vessie. Enfin, on peut encore indiquer comme causes de la progression de l'urine, mais seulement comme causes accessoires, le battement des artères rénales derrière lesquelles les bassinets sont situés, celui des artères iliaques placées derrière les uretères, et l'influence de la gravitation. Du reste, le cours de l'urine paraît être dans ce trajet assez lent, puisque souvent ce fluide a le temps d'y précipiter quelques-uns des sels qu'il contient et d'y former des calculf. On ne voit pas qu'il puisse y éprouver d'autres modifications qne d'y être dépouillé de l'absorption de sa partie la plus aqueuse, et par conséquent de s'épaissir.
L'urine arrivée dans la vessie s'y accumule; ce réservoir se distend , et l'urine va y faire un certain séjour. D'une part, en effet, elle ne peut refluer par les uretères ; l'embouchure de ces J canaux dans la vessie est trop étroite, trop oblique; un repli de la membrane muqueuse de la vessie en recouvre l'orifice ; à mesure que la vessie se remplit, ces uretères sont aplatis; une nouvelle urine arrive continuellement par eux; enfin, il faudrait que l'urine refluât de bas en haut et contre son propre poids. Tous ces obstacles au reflux de l'urine par les uretères sont tels, qu'une injection poussée avec force et abondance par il l'urètre dans la vessie ne pénètre pas dans les uretères. D'autre part, l'urine ne peut couler non plus par l'urètre, à cause de l'angle que fait le col de la vessie avec le bas-fond, et qui est tel que le col est situé plus haut, et à cause de la résistance qu'oppose le sphincter fibreux de ce col-, et qui ne peut être vaincue qu'autant que la vessie se contracte et presse de toute sa force sur l'urine. Ainsi, l'urine ne pouvant sortir par aucune des ouvertures que présente la vessie, les uretères d'une H part, et l'urètre de l'autre, est obligée de rester en dépôt dans I ce Téservoir. Cependant il faut pour cela qu'elle y arrive avec lenteur; si elle y afflue trop vite , l'action contractile de la vessie est excitée , et l'excrétion se fait : c'est ce qui arrive , par exemple, quand on pousse brusquement dans la vessie une injection.
URI C7 Pendant son séjour dans la vessie, l'urine est privée par l'absorption d'une partie de ses principes aqueux; par conséquent elle s'épaissit et se colore davantage. C'est là aussi qu'elle est plus disposée à déposer ses sels et à former des calculs. Du reste, son accumulation dans cet organe n'est possible que jusqu'à un certain degré; à La fin la vessie se fatigue, parce que l'urine a augmenté en quantité, ou est devenue plus acre; et alors l'excrétion doit avoir lieu.
i° Excrétion de l'urine. — Comme dans toute excrétion de matières solides ou liquides , il y a trois choses à y considérer : la sensation qui en annonce le besoin, l'action expulsive de la vessie, et l'action musculaire auxiliaire que la volonté peut y ajouter.
Quand la vessie éprouve le besoin de se vider, toujours éclate une sensation particulière, qui est ce qu'on appelle le besoin d'uriner. Cette sensation ne peut pas plus être définie que toute autre ; il faut sur elle en appeler au sentiment intime de chacun ; mais elle est bien distincte en elle-même et par son but. Certainement elle n'est pas une sensation externe, c'est-àdire produite par le contact d'un corps étranger. On pourrait à la vérité considérer comme tel l'urine, puisqu'elle est un fluide excrémentitiel ; mais ce qui prouve que cela n'est pas, c'est qu'il y a de l'urine dans la vessie bien avant que la sensation se fasse sentir, et souvent il n'y en a pas quand elle sévit. C'est donc une de ces sensations que nous appelons organiques ou besoins physiques , du genre de celles de la faim, de la soif, du besoin de la défécation. Son siège parait être à la vessie ; c'est là en effet que notre sentiment intime nous la fait rapporter, et il était naturel qu'elle y fût attachée , puisque la vessie est l'organe qui va agir. Mais , dans quelle partie de la vessie ? est-ce au col , au corps, au basfond, dans la membrane muqueuse, dans la membrane musculeuse ? est-ce dans les nerfs que cet organe reçoit de la moelle spinale, ou dans ceux qui lui viennent des grands sympathiques ? On ne peut rienpréciser. Ici les nerfs ne sont pas séparés des autres élcmens organiques qui forment la vessie, et par conséquent le siège ne peut être déterminé aussi rigoureusement que dans un organe de sens. Cette sensation du reste est le produit du travail des nerfs de la vessie, et un acte vital. Ne faut-il pas en effet l'intégrité des nerfs de la vessie pour sa production? Et quelle est la force physique ou chimique générale qui puisse donner nais-
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nance à une sensation? Quant à sa cause, elle est inconnue, comme l'est celle de toute sensation interne. On a cité comme telles ; le contact de l'urine sur la vessie, après que par son séjour dans ce réservoir cette humeur a éprouvé un certain degré d'altération; le poids de l'urine accumulée en certaine quantité; le degré d'extension du viscère, etc. Mais aucune de ces circonstances n'est absolue; et il en est ici comme pour la nausée, la défécation, et toutes les sensations internes , où certainement les causes ne sont pas aussi évidentes que le sont celles des sensations externes. Toutefois, à un certain degré d'accumulation de l'urine dans la vessie, cette sensation éclate, mais sans qu'on puisse préciser les époques fixes de ses retours; cela varie selon la quantité de la sécrétion, la qualité de l'urine, l'irritabilité de la vessie, conditions qui diffèrent elles-mêmes selon les âges, les constitutions. Comme toute sensation interne, elle est plaisir ou peine, selon qu'on cède ou résiste à son vœu ; et arrivant promptementà son summum, elle est bientôt suivie de l'action expulsive du réservoir.
Celle-ci consiste évidemment en une contraction de la vessie, mais sur le mécanisme de laquelle il y a encore beaucoup de débats. Quelques-uns ont dit que cette contraction était tout-àfait dépendante de notre volonté : lorsque le besoin d'uriner se fait sentir, avertis, ont-ils dit, par cette sensation, nous contractons la vessie, pour qu'elle oblige l'urine à triompher de la résistance mécanique du col de cet organe et à couler par l'urètre au dehors. Ils ont argué de ce que la vessie reçoit des nerfs spinaux et partant volontaires; de ce que cet organe est paralysé dans les lésions de la moelle , aussi bien que les muscles des membres ; de ce qu'une sensation précède toujours celte contraction, et semble destinée à avertir la volonté. D'autres, au contraire, ont nié que la vessie fût contractile à volonté, invoquant l'analogie des autres réservoirs, estomac, rectum, dont les actions d'excrétion sont évidemment involontaires ; disant qu'on n'a pas plus le sentiment de la contraction de la vessie que celui de la contraction d'un intestin; enfin objectant qu'on a confondu l'action de la vessie elle-même et celle des muscles qui lui sont annexés, muscles que nous allons voir en effet tour à tour aider ou empêcher l'excrétion, selon qu'ils comprimeront ou non la vessie et tiendront fermé ou laisseront libre son orifice. Selon nous , ces derniers ont raison , car il nous
U il I 69 semble que c'est moins par son influence sur l'action contractile de la vessie que sur celle des muscles de l'abdomen et du périnée, que notre volonté a pouvoir sur l'excrétion urinaire. Toutefois la vessie, stimulée par la présence de l'urine, se contracte, et, en pressant de toutes parts sur ce fluide, triomphe de la résistance de l'orifice ûrétral. La nature, en effet, a tout disposé pour que cet obstacle soit forcé : d'une part, les fibres du fond de la vessie prédominent en nombre et en force sur celles du col; d'autre part, les fibres longitudinales, transversales et obliques de ce réservoir, sont généralement dirigées du fond au col, et aboutissent à celui-ci. Nous allons voir d'ailleurs quels secours l'organe reçoit des muscles qui lui sont annexés.
A la contraction de la vessie s'ajoute en effet celle de plusieurs muscles voisins , tantôt pour faciliter l'excrétion , tantôt pour l'empêcher. D'abord, l'abdomen est, comme on-sait, une cavité don-t les parois en haut , en bas et sur les côtés sont toutes muscuîeuses; et la volonté, en contractant ces parois, leur fait comprimer avec une certaine force les viscères intérieurs, et par conséquent la vessie. Quelques physiologistes ont même, prétendu que cette contraction des muscles abdominaux était absolument nécessaire pour exciter la vessie à se contracter ; il est sûr au moins qu'elle aide l'excrétion en exerçant une pression sur ce viscère ; et l'on conçoit que leur ipfluence sera d'autans plus complète que la vessie aura plus de volume, sera plus distendue. D'autre part, et ceci est peut-être l'action principale, en même temps que la contraction de la vessie et celle des muscles abdominaux tendent à exprimer l'urine dans l'urètre, il y a relâchement des muscles releveurs de l'anus et bulborcaverneux, qui embrassent par quelques-unes de leurs fibres le col de l'organe, afin d'affaiblir la résistance que présente ce col. Ainsi, le liquide reçoit de la vessie une telle impulsion, qu'il traverse aussitôt tout l'urètre, et tombe en dehors. Cependant, il y a aussi une légère action contractile de ce cajial, surtout quand l'excrétion est près de sa fin. Alors aussi agissent les muscles releveurs de l'anus et bulbo-caverneux , pour expulser de l'urètre le reste du fluide qui y est contenu. Ces muscles, en portant la verge en haut et en avant lui impriment une ■ légère secousse, qui favorise la sortie des dernières gouttes d'urine. L'étendue du jet, dr.ns le premier moment de l'excrétion, fait apprécier la force contractile de la vessie, et dans le
70 URI dernier, celle des muscles bulbo-cavemeux et de l'urètre: dans ie premier, le jet va en diminuant à mesure que le fluide, diminuant de quantité, offre moins de prise à la vessie qui l'exprime; dans le dernier, il est intermittent, et par saccades qui coïncident avec les contractions des muscles de l'abdomen. Enfin , ce sont ces mêmes muscles releveurs de l'anus et bulbo- caverneux que nous contractons, lorsque, sollicités par le besoin d'uriner, nous voulons résister. Les fibres de ce dernier, courbées autour de l'urètre en forme de demi-sphincter, resserrent ce canal, aidées en cela par celles qui embrassent la portion membraneuse de l'urètre, et qui unissent les deux lobes de la prostate.
Tel est le mécanisme de l'excrétion urinaire et la mesure dans laquelle influe sur elle la volonté. Nous pouvons résister assez long-temps au besoin de cette excrétion ; et il importait que dans l'appareil -de cette sécrétion la nature ait ménagé un réservoir où l'urine pût s'accumuler, et qui nous sauvât de la dégoûtante incommodité de la rendre d'une matière continue. Passons aux usages de la sécrétion urinaire.
§. II. La sécrétion de l'urine, à la différence de toutes les autres sécrétions, ne remplit aucun usage local ; elle sert exclusivement à effectuer la dépuration du sang et la décomposition du corps; mais, à ce double titre, elle est une des fonctions les plus prochainement nécessaires à la vie.
D'une part, il afflue sans cesse dans le sang, soit du dehors , soit de l'économie elle-même, beaucoup de substances étrangères qui altèrent ce fluide , et dont il a besoin d'être dépuré. D'un côté, les cavités digestive et respiratoire, et la grande surface de la peau, sont une triple voie par laquelle l'absorption fait pénétrer du dehors dan3 le sang beaucoup de substances étrangères. D'un autre côté, beaucoup de fluides sécrétés, même excrémentitiels , si quelque obstacle les arrête dans les voies de leur excrétion, sont de même résorbés et portés en nature dans le sang : on l'a vu souvent de la bile, du lait, du pus, des fèces elles-mêmes. Or, c'est la sécrétion urinaire qui est principalement chargée d'éliminer ces substances et d'en dépurer le sang. Ainsi, l'urine se montre colorée en jaune ou en rouge, selon que l'on a mangé des alimens teints avec de la rhubarbe ou de la garance; en elle se voient bien vite les principes de nos alimens qui ont pénétré sans être chylifiés. Il en est de même des boissons ; avec promptitude, elle débarrasse le sang du superflu de partie
URI 7* aqueuse dont elles l'ont surchargé : ne distingue-t-on pas Vitrine de la boisson et l'urine de la nutrition , l'une qui n'est que le superflu de la partie aqueuse que les boissons ont portée dans le sang, l'autre qui est au contraire formée des élémens repris au sang pour effectuer lu décomposition du corps ? Nous en dirons autant des élémens étrangers absorbés dans l'air de la respiration; quand on respire dans un appartement nouvellement peint à l'essence de térébenthine, l'urine ne prend-elle pas une odeur de violette, comme si on avait injecté de cette substance dans le sang ? Enfin , cette humeur rejette aussi les matières que l'absorption interne a pu puiser dans l'économie, et reporter accidentellement dans le sang; ne se charge t-elle pas de bile dans l'ictère, par exemple?
D'autre part, on sait que l'absorption interne reprend dans tous les organes une partie des matériaux qui les composaient , à mesure que la nutrition leur en assimile de nouveaux. On sait que tout organe se décompose dans la même proportion qu'il se recompose. Or, c'est la sécrétion urinaire qui accomplit cette décomposition; elle en est même la plus forte preuve. En effet, à quoi pourrait servir la sécrétion urinaire qui n'a évidemment aucune utilité locale , si ce n'est de rejeter hors de l'économie les débris usés des organes? la dépuration du sang ne pourrait seule en expliquer l'abondance et la nécessité.
De ces deux offices que remplit la sécrétion urinaire, le premier, la. dépuration du sang, semble consister en un simple triage. Les matériaux hétérogènes, quelle que soit leur source, mêlés au sang, roulent avec ce liquide, et présentés aux reins s'attachent en quelque sorte à l'urine qui en est le produit, et sortent avec elle. C'est si bien ainsi que s'opère cette dépuration , que ces matériaux hétérogènes, qu'on peut suivre en quelque sorte dans tout le trajet qu'ils parcourent, et reconnaître dans le chyle, la lymphe et le sang, quelquefois s'engagent dans d'autres couloirs, des couloirs sécréteurs récrémentitiels, par exemple, ou les couloirs nutritifs. Ainsi, l'on a vu quelquefois le fluide des hydropisies manifester lès qualités des alimens qui ont été pris, celles de la bile dans l'ictère. Ainsi, Duhamel a vu les os se colorer en rose à la suite de l'usage d'alimens colorés avec de la garance; et l'on distingue très bien au goût le lapin nourri aux choux, de celui qui est nourri au thym ou au serpolet. Mais, soit parce que la sécrétion urinaire est celle qui
remplit, spécialement la décomposition, soit à cause de quelque dispositron anatomique spéciale, c'est elle qui extrait plus facilement et plus abondamment les matériaux étrangers qui surchargent Le sang; on sait qu'elle est aux boissens, sous ce rapport, ce que la défécation est aux alimens solides.
Sous ce dernier rapport, une question se présente : la boisson est quelquefois rendue par l'urine avec une extrême promptitude, avec une promptitude que semble ne devoir pas permettre le long cours de la circulation ; et à cause de cela on s'est demandé s'il n'y avait pas quelques communications directes de l'appareil digestif à la vessie. A l'appui de ce soupçon on a cité quelques faits : Chirac, par exemple, dit avoir vu la vessie se remplir d'urine, quoique les uretères fussent liés ; il dit avoir provoqué des vomissemens urineux en liant les artères rénales : on assure avoir retrouvé dans la vessie l'huile qui constituait un clystère; Darwin, Brand, ont retrouvé dans l'urine des sels qui avaient été avalés , mais sans en pouvoir signaler le moindre atome dans le sang. Ainsi, ce ne serait pas par la circulation que ces substances seraient parvenues à l'appareil urinaire; et de là la pensée qu'il existe un canal direct de l'estomac à la vessie, ou que c'est par le tissu cellulaire intermédiaire que ces substances ont gagné ce réservoir. Mais le canal de l'estomac à la vessie n'existe pas; et quanta la transmissions travers le tissu cellulaire, elle choque toutes les lois de la physiologie. .D'aillevrs Gmelin et Tiedemann ont examiné le tissu cellulaire de l'abdomen, après avoir fait boire aux animaux sur lesquels ils faisaient l'expérience des boissons colorées ou odorantes, et ils n'y ont trouvé aucune trace de ces boissons. Les faits de Chirac sont certainement faux; le rein seul, dans notre économie, peut fabriquer de l'urine. Certainement on a confondu ici ce qui est de la suppression de la sécrétion, et ce qui est de la suppression de l'excrétion. Par exemple, lie-t-on les artères rénales? il y a suppression de la sécrétion; mort, parce que le sang n'a pas éprouvé la dépuration salutaire; mais on ne trouve d'urine en aucun point de l'économie. Lie-t-on au contraire les uretères? il y a suppression de l'excrétion; mort aussi, sieette suppression se prolonge; mais l'urine regorge dans toute l'économie; faite par le rein, mais stagnant dans ses voies d'excrétion, elle est reprise par l'absorption et portée dans le sang , d'où elle s'échappe par les divers couloirs, la perspiration cutanée, la sueur, lc«
URI 73 voniissemens. Celte absorption explique de même comment la matière d'un clystère, le fluide d'une hydropisïe, ont été évacués par l'urine. Quant aux faits de Darwin et de Brand, on peut leur en opposer d'autres, dus ù des expérimentateurs plus habiles; M. Fodéré injecte dans l'estomac d'un animal une solution d'hydrocyanate-ferruré de potasse; il voit qu'au bout de cinq ou dix minutes déjà l'urine de l'animal manifeste la présence de ce sel ; tuant alors cet animal, et examinant son sang, il l'y trouve également. Nous concluons donc que c'est par la voie de la circulation que les boissons arrivent aux reins; et si l'on réfléchit au volume considérable des artères rénales qui apportent aux reins la huitième partie de tout le sang, une quantité qu'on a estimée être de 10000 onces par heure; si l'on pense au trajet très-court de ces artères, à leurs promptes ramifications dans le tissu du rein, à leur communication avec les sécréteurs, qui est plus facile qu'en aucune autre glande, etc. , on trouvera ces particularités anatomiques très-propres à confirmer notre assertion.
Quant au mécanisme par lequel la sécrétion urinaire accomplit son autre office, la décomposition du corps, il est tout-à-fait inconnu. En effet, que pouvons-nous assurer de cette décomposition? Les débris usés des organes sont repris par l'absorption interstitielle, et portés dans la lymphe et le sang veineux ; ces fluides vont ensuite se changer en sang artériel dans le poumon ; et enfin ce sang artériel , le même qui nourrit les organes et en effectue la composition, alimente la sécrétion urinaire, et par conséquent accomplit la décomposition. Or, dans tout ce trajet on ne peut reconnaître et suivre les molécules organiques, depuis le moment où l'absorption les retire des organes , jusqu'à celui où le rein les rejette sous forme d'urine. On peut même s'étonner que ce soit du même sang qui nourrit les organes, que provienne l'urine qui en représente les débris. Quel peut être le motif d'une pareille disposition? La nature a-L-elle voulu par là ne rien rejeter du corps qu'après l'avoir soumis à une révision sévère, et en avcUr retiré tout ce qui pouvait encore s y trouver d'utile? ou les matériaux retirés des organes traversent-ds impunément le poumon et le système artériel, et ne sont-ds reconnus, si on peut parler ainsi, que par les reins, qui «lonrent en opérer le triage ? D'un côté, des molécules sont reimses parl'absorption; de l'autre, la sécrétion urinaire entraîne
une déperdition quelconque; mais sont -ce les molécules reprises dans les organes qui sont rejetées sous forme d'urine? ou celle-ci ne sert-elle qu'à faire faire au sang des pertes égales à ses acquisitions ? On a tour à tour accueilli l'une et l'autre Conjecture. D'une part, c'est du sang artériel qu'émane la sécrétion urinaire , aussi bien que toutes les autres sécrétions excrémentilielles : ce sang est un fluide homogène, dans lequel on ne peut reconnaître les débris des organes : après avoir servi à la formation de l'urine, loin d'être plus pur, il est comme tous les autres redevenu veineux, et a besoin de se refaire dans le poumon : enfin, il y a beaucoup d'excrétions, et elles sont diverses, ce qui ne permet guère de croire qu'elles soient formées des mêmes matériaux. D'autre part, si l'urine n'est pas formée spécialement par les débris des organes, il faut admettre que cette excrétion ne sert qu'à faire faire au sang des déperditions proportionnelles à ses acquisitions; et alors, comment croire que la nature, qui est si admirable dans toutes ses œuvres, édifie d'un côté avec tant de soin du sang, pour le détruire ensuite de l'autre ? N'y a- 1 il pas d'ailleurs un rapport entre l'absorption des molécules dans les organes et la sécrétion urinaire, au moins sous le rapport de la quantité et de l'activité avec laquelle ces deux opérations se font? Faut-il de notre impossibilité à signaler la filiation des molécules usées, depuis le lieu où elles se-détachent jusqu'à l'urine, déduire la non réalité de cette filiation, d'ailleurs si vraisemblable , et qui satisfait tant l'esprit? Combien d'autres faits dans l'économie, aussi impossibles à constater, et considérés néanmoins comme certains! Nous penchons donc pour cette dernière conjecture, qu'appuient d'ailleurs des expériences récentes faites par MM. Dumas et Prévost à Genève, et répétées à Paris par M. Ségalas. Ces physiologistes, ayant analysé le sang d'animaux vivans auxquels ils avaient extirpé les reins , ont vu que ce sang contenait" alors d'autant plus d'urée que la vie avait persisté plus long-temps après l'opération. Or, ce principe ne se trouve jamais dans le sang des animaux chez, lesquels la sécrétion urinaire se fait librement. Bien plus, M. Ségalas ayant injecté une solution aqueuse d'urée dans les veines d'un animal, a vu la sécrétion urinaire augmenter sensiblement , et éliminer si proiuptçment ce principe, qu'après vingt-quatre heures on ne pouvait plus par l'analyse le retrouver dans le sang. Il semblerait donc que ce
URI 75 serait sous la forme d'urée que les débris des organes rouleraient dans le sang, et que les reins auraient la propriété d'extraire cette urée.
Du reste, c'est surtout par rapport à cet office que la sécrétion urinaire est importante; elle ne peut être supprimée plus de trois jours sans entraîner la mort. Elle fait vraiment subir au sang une dépuration, uue modification qui n'est guère moins utile que celle qu'imprime à ce fluide la respiration, (adelon.)
URINAL, s. m., urinatorium. On désigne ainsi : i° certains vases k col incliné, dans lesquels les malades urinent commodément et sans quitter la position horisontale; 20 des réservoirs de diverses formes et faits en différentes matières, mais particulièrement en gomme élastique , que l'on adapte à la verge ou à la vulve dans certains cas d'incontinence d'urine, et qui sont destinés à recevoir ce liquide à mesure qu'il s'écoule.
URINE, s, m., urina , liquide sécrété par les reins, et dont la composition varie dans les différentes espèces d'animaux et suivant l'âge, l'état de santé ou de maladie, etc. Nous parlerons d'abord de l'urine chez l'homme adulte sain, et nous supposerons qu'elle a été rendue le matin, long- temps après le repas , et par conséquent qu'elle est beaucoup plus chargée que celle qui est expulsée peu après avoir pris des boissons aqueuses.
Urine de l'homme adulte dans l'état de santé. — Elle est liquide, transparente, d'un jaune clair ou orangé, d'une saveur salée et un peu acre, d'une odeur sui generis , lorsqu'elle est fraîche, et ammoniacale si elle est déjà pourrie, rougissant l'eau de tournesol , et d'une pesanteur spécifique un peu plus considérable-que celle de- l'eau. M. Berzélins a trouvé que 1000 parties de cette urine contenaient 933 parties d'eau; 3o,io d'urée; 3,71 de sulfate de potasse; 3,i6 de sulfate de soude; •2,94 de phosphate de soude; 4,45 d'hydrochlorate de soude; i,65 de phosphate d'ammoniaque; i,5o d'hydrochlorate d'ammoniaque; 17,14 d'acide acétique et d'acétate d'ammoniaque uni à une matière animale soluble dans l'alcohol, d'une mata n animale insoluble dans cet agent, et qui est combinée avec une certaine quantité d'urée; 1,00 de phosphates terreux avec un atome de chaux; 1,00 d'acide urique; o,32 de mucus de la vessie; o,o3 de silice. L'acidité de l'urine est attribuée par cet auteur à l'acide acétique mêlé de matière animale, dont nous
avons parlé, acide qu'il avait regardé pendant long- tempi comme de l'acide lactique, tandis que MM. Vauquelin, Proust, John, etc., la rapportent à l'acide phosphorique. Nous nous abstiendrons de mentionner plusieurs autres substances que des chimistes célèbres ont séparées de l'urine prise chez des individus jouissant en apparence d'une parfaite santé; il nous suffira de dire qu'aucun liquide de l'économie animale ne présente autant de différences dans sa composition que celui-ci, soit à raison des alimens et des boissons dont on fait usage , soit par toute autre cause , et qu'il n'y a rien d'extraordinaire à ce qu'on n'ait pas trouvé dans l'urine de plusieurs adultes de l'acide carbonique, du soufre, de la résine, de l'albumine, delà gélatine, et quelques autres matières que plusieurs chimistes disent y avoir reconnues.
Lorsqu'on chauffe l'urine dans des vaisseaux fermés, on la décompose, et il se forme du sous- carbonate d'ammoniaque et de l'huile; bientôt après les acides libres de l'urine sont transformés en sels ammoniacaux par une partie de ce sous-carbonate, qui, étant assez abondant, change ce liquide acide en un liquide alcalin; le phosphate d'ammoniaque formé ne tarde pas à passer à l'état de phosphate ammoniaco de soude ; le phosphate de chaux, le phosphate ammoniaco-magnésien et le mucus non décomposé, qui étaient dissous à la faveur des acides libres, se précipitent; il en est de même de l'urate d'ammoniaque; la présence de l'huile change la couleur de l'urine au point de la rendre d'un rouge brun foncé; la majeure partie de l'eau qu'elle contient se volatilise et vient se condenser dans le récipient avec une portion de carbonate d'ammoniaque; le phosphate ammoniaco de soude , les hydrochlorates de soude et d'ammoniaque, et les autres sels solubles de l'urine, ayant perdu l'eau qui les tenaient en dissolution, cristallisent; enfin la portion d'urée non décomposée a éprouvé un grand degré de concentration.
Abandonnée à elle-même dans un flacon bien bouché, l'urine ne donne aucune tracé d'ammoniaque. Proust en a conservé pendant six ans* et il a vu qu'au bout de ce temps la liqueur s'était foncée un peu en couleur et avait déposé; mais son odeur était fraîche et nullement fétide. Si au contraire on la laisse au contact de l'air, après s'être refroidie, et avoir déposé au bout de quelques heures une plus ou moins grande quantité
~"~ 77 d'acide urique jaunâtre ou rougeâtre qui était dissous par le liquide chaud, l'urée se décompose et il se produit de l'ammoniaque qui agit sur les élémens de l'urine comme la chaleur quoique beaucoup plus lentement; en sorte qu'il se forme' d'abord un dépôt d'urate d'ammoniaque, de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien; et quelque temps après, quand le liquide est presque entièrement évaporé, l'on obtient des cristaux formés par les sels solubles de l'urine. Suivant le docteur Proust, les sédimens rouges de l'urine sont formés d'urate d'ammoniaque, ou d'urate de soude, mêlés avec plus ou moins de phosphate.
L'alcohol précipite de l'urine toutes les substances qu'il ne peut dissoudre. L'eau ne la trouble point. La potasse, la soude et l'ammoniaque saturent les acides libres de l'urine, et précipitent le mucus et les divers sels qui étaient dissous a la faveur de ces acides. Les eaux de baryte, de strontiane et de chaux précipitent en outre l'acide phosphorique libre, et celui que renferment les phosphates de soude et d'ammoniaque: les sulfates sont en outre décomposés et précipités par l'eau de barYte L acide nitrique fait naître une foule de cristaux de nitrate acide d uree, lorsqu'on le verse, dans l'urine évaporée jusqu'en consistance sirupeuse. L'acide oxalique décompose peu à peu le phosphate de chaux de l'urine, et détermine un léger précise doxalate de chaux. Le nitrate d'argent, l'hydrochlora e de baryte et les sels calcaires solubles précisent égZTent urine en décomposant quelques-uns des sels qu'elle re^me
-due dans certaine, maladies ^ avait quelque ressemblance de couleur avec celle d [ fiT d *u germant, et avec celle de Vindiço. Analysée par M 1 connot dans ces derniers temps, l'urine bleue a f -Pie nltration une matière d" 'même 0^ JnTéé^ £ -sous le nom de cyanourine, et qui iouif J 1 gDCe s'unir aux acides *omme le font " , J *
— quanti, f^^ZSS^S:
renfermait une autre matière d'un noir très - foncé (mélanourine de Braconnot), à laquelle ce chimiste attribue la propriété de colorer certaines urines en noir. Admettrons -nous avec M. Julia Fontenelle que l'urine bleue des individus qui n'ont avalé ni fer , ni aucune préparation ferrugineuse , contient du bleu de Prusse? Cette assertion a besoin d'être confirmée par de nouvelles recherches : quant à l'urine bleue rendue par les malades qui avaient avalé du protpxyde de fer, comme l'in- • dique Mojon, ou de l'encre comme l'a vu M. Julia, on conçoit plus facilement qu'elle ait pu fournir du bleu de Prusse à l'analyse.
Urine des diabétiques. — Les diverses analyses de l'urine des diabétiques prouvent que ce liquide, dans le diabète sucré, n'est pas toujours le même; ainsi dans plusieurs circonstances il peut être considéré comme composé de sucre et d'une certaine quantité d'hydrochlorate de soude; il ne renferme pas sensiblement d'urée ni d'acide urique , et il contient à peine des traces de sulfates et des phosphates : tels sont les résultats obtenus par Nicolas et Guédeville, Thénard, Dupuytren, etc. Dans d'autres circonstances, l'urine est composée de sucre et de tous les matériaux de l'urine ordinaire comme l'a signalé M. Chevreul, et comme je l'ai déjà vu quelquefois. En analysant, plusieurs mois après l'invasion delà maladie, l'urine d'un diabétique, qui long-temps auparavant fournissait, outre du sucre, toutes les substances que l'on retire de l'urine ordinaire, M. Chevreul a trouvé un acide organique en partie libre, en partie • saturé par la potasse, beaucoup de phosphate de magnésie, un peu de phosphate de chaux, de l'hydrochlorale de soude, du sulfate de potasse, du sucre et de l'acide urique coloré par l'acide rosacique. Quoi qu'il en soit , le meilleur moyen que l'on puisse mettre en usage pour démontrer la présence du sucre dans l'urine, si on ne peut pas le séparer sous forme de cristaux, consiste à délayer une certaine quantité de ferment dans ce liquide, et à abandonner le bocal à lui-même à la tempéra- j ture de i5° à i8°; on ne tardera pas à obtenir du gaz acide carbonique et de l'alcohol, si l'urine contient du sucre.
Urine des fièvres dites putrides. — On y trouve de l'ammoniaque, même lorsqu'on l'examine au moment où elle est rendue. J'ai souvent fait uriner des individus atteints de cette maladie, dans des bassins où j'avais préalablement introduit un papier
URJ 79 de tournesol rougi par un acide, et ce papier était ramené au bleu à mesure qu'U était touché par l'urine. L'analyse démontrait ensuite que cette urine contenait beaucoup d'ammoniaque et moins d'urée que celle du même individu dans l'état de santé: tout porte donc à croire que l'ammoniaque dont il s'agit provenait de la décomposition de l'urée.
Urine des fièvres dites nerveuses. — Elle est souvent ardente, et donne lieu à une dépôt rouge rose, formé d'acide rosacique et d'acide urique.
Urine des goutteux. — .Suivant Bertbollet, elle renferme moins d'acide phosphorique que l'urine des individus bien portans, excepté dans le cas de paroxysme. Il paraît à peu près certain qu'à la suite de grands accès de goutte, elle contient une plus ou moins grande quantité d'acide rosacique uni à l'acide urique. Tous les observateurs s'accordent à regarder le phosphate de chaux comme un des principes les plus abondans de l'urine des goutteux.
Urine dans l'hématurie. — Cette urine, d'une couleur rouge, est mêlée de sang : on peut le prouver en la faisant chauffer dans une fiole pendaut quelques minutes ; elle perd sa couleur rouge, devient jaune, et le sang coagulé apparaît sous la forme de flocons brunâtres. L'acide nitrique versé dans cette urine la décompose, lui fait perdre la couleur rouge et y fait naître un précipité blanc grisâtre, le même qu'il fournirait avec le sang.
Urine des hydropiques. — Dans l'hydropisie générale, l'urine est ammoniacale et renferme de l'acide acétique, de l'albumine, une matière huileuse colorante et différens sels; elle ne contient presque pas d'urée. Brugnatelli.dit avoir retiré de l'acide hydrocyanique de l'urine de certains hydropiques.
Urine des hystériques et des individus atteints de maladies convulsives. — D'après Cruikshanks et Rollo, l'urine des hystériques, qui est claire et incolore, est riche en hydrochlorates de soude et d'ammoniaque, et contient à peine de l'urée. Nystenfc qui a fait l'analyse de l'urine d'une demoiselle affectée d'une maladie nerveuse anomale, y a trouvé une assez grande quantité d'urée, peu de matière huileuse colorante, de l'acide urique et des sels. \ Urine des ictériqttes. Voyez ictère, t. xn,,p. i5. Urine laiteuse. — Wurzer dit avoir analysé l'urine d'un homme de trente ans, sujet à des affections catarrhales, avec gonfle-
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ment des seins, et en avoir extrait une matière caséeuse, fort peu d'urée, et environ du poids de l'urine d'acide benzoïque. M. Cabal a trouvé dans l'urine d'une femme de vingtsix ans, veuve depuis plusieurs années, el qui n'avait jamais eu de maladie laiteuse , une matière semblable au caséum. [Voyez Annales de Chimie, t. lv , p. 64). M. Hervez de Chégoin a remis à M. Petroz, pour l'analyser, de l'urine qui avait été roadue par une femme de quarante-quatre ans, qui mourut à la suite d'un premier accouchement très-laborieux. On n'avait observé chez cette femme, ni le gonflement des seins, ni les autres symptômes qui accompagnent et caractérisent la fièvre de lait. L'urine était blanche et laiteuse; elle laissait déposer par le repos, une matièVe floconneuse blanche qui présentait la plupart des caractères du caséum (Journ. de Chim. médicale, février 1828).
Urine des rachitiques. — Elle contient beaucoup de phosphate de chaux d'après Chaptal , Jacquin, Fourcroy, etc.; ce qui est d'autant plus remarquable, que lés os des rachitiques sur lesquels on .opérait étaient très-ramollis et renfermaient par conséquent peu de ce phosphate.
Urine des syphilitiques soumis à des frictions mcrcurielles. — Suivant M. Cantu, cette urine contiendrait une préparation mercurielle ,• puisqu'il dit avoir retiré vingt grains de mercure métallique de soixante livres d'urine. Des résultats différens ont été obtenus par d'autres chimistes , et notamment par M. Chevallier', qui a remarqué que cette urine ne renfermait ni urée, ni mercure, mais qu'elle contenait une grande quantité d'albumine mêlée de matière grasse.
Il existe encore d'autres variétés d'urine moins connues que les précédentes. Ainsi on a vu l'urine d'un enfant tourmenté de vers , laisser déposer beaucoup d'oxalate de chaux. Le docteur Marcet parle d'une urine qui ne contenait ni urée ni acide urique,qui passait au noir bientôt après qu'elle était rendue, et qui ne tardait pas à donner un précipité de la même couleur lorsqu'on la laissait reposer; c'est à ce précipité que le docteur Froust a proposé de donner le nom d'acide mélanique. On sait enfin, sans qu'on puisse l'expliquer, que l'urine devient fétide peu de temps après, avoir mangé des asperges, que la térébenthine, les résines, les baumes, lui donnent une odeur de violette, etc. (oufila.)
tlRT 8t ùrine (séméiotique). Ordinairement sécrété par les reins, ce liquide ne s'y forme pas de toutes pièces, puisque le principe immédiat (l'urée), par lequel l'urine est réellement constituée, a été retrouvé dans le sang après l'ablation des reins. Si, dans l'état normal, on ne l'y rencontre pas, c'est parce qu'à mesure que l'urée se forme au sein de la masse sanguine, elle est éliminée par les reins; mais si cette voie ordinaire d'élimination à l'urée est enlevée , elle reste dans le sang , où l'analyse peut alors en démontrer l'existence. Soit que, modifiés dans leurs fonctions, les reins aient perdu momentanément la faculté de séparer du sang les matériaux de l'urine qui s'y forment, soit qu'un obstacle mécanique s'opposant à ce que l'urine soit expulsée hors des reins produise sa rentrée dans le sang par absorption, ou en arrête l'élimination, soit enfin qu'il se forme dans le sang plus d'urée que les reins, dans un temps donné, ne peuvent en sécréter, il est des cas où apparaissent une série de symptômes qui semblent dénoter la présence de l'urine, i° dans le sang; 2° dans divers liquides d'excrélion. De toutes parts les malades exhalent une odeur urineuse très-prononcée; si cet état persiste, la fièvre s'allume, les centres nerveux s'irritent, et la mort peut survenir accompagnée de symptômes nerveux très-graves. La présence insolite des matériaux de l'urine dans le sang détermine en pareil cas un véritable empoisonnement, aussi réel, mais bfen plus grave que celui que produit la présence si commune des élémens de la bile dans ce même sang. Pour éviter les accidens qui viennent d'être signalés, la nature, a-t-on dit, établit quelquefois des voies supplémentaires, par lesquelles, au défaut des reins, l'urine peut être séparée de la masse du sang. Ces voies supplémentaires existent réellement dans le cas précédent: en effet, l'un des phénomènes qui accompagnent cet état morbide, qui a été appelé fièvre urineuse , et dont nous venons de parler, est une odeur très-remarquable d'urine dans le produit de la transpiration cutanée. On a dit que, dans des cas pins rares, au milieu d'un état morbide des plus graves qui s'était déclaré à la suite d'une suspension de la sécrétion urinairc un soulagement prompt avait suivi l'établissement d'une sécrétion insolite, en un point de la peau ou des muqueuses, d'un liquide dont les propriétés physiques ressemblaient entièrement à celles de l'urine. Enfin, l'on a aussi établi que cette même
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sécrétion insolite pouvait avoir lieu sam état morbide antécédent. Jusqu'à présent l'analyse chimique n'a pas démontré dans ces différens cas que l'urine sortit pas ces voies supplémentaires, telle qu'elle est éliminée par le9 reins; dans aucun de ces cas elle n'a encore démontré dans ces liquides d'apparence urineuse" la présence de l'urée ; et jusqu'à plus ample informé, nous n'admettrons pas l'exactitude du cas rapporté par Boerrhaave, dans lequel il dit avoir trouvé, chez un individu mort d'apoplexie , les ventricules cérébraux distendus par de l'urine. Nous n'admettrons pas, sans vérification, que de l'urine ait été également rencontrée soit dans la plèvre et le péritoine, où elle était unie à des liquides séreux ou purulens , soit dans les voies d'excrétion de la bile , avec laquelle elle était combinée ou qu'elle remplaçait (des faits de ce genre ont été récemment cités dans un journal de médecine de Philadelphie). Toutefois, sans admettre encore ces faits, nous ne les rejetterons pas comme impossibles; car s'il est des cas bien constatés dans lesquels la bile est éliminée par les reins (n'en est- il pas ainsi dans la jaunisse?), pourquoi n'y aurait-il pas aussi des cas où l'urine en nature, ou au moins dans ses élémens, pourrait être éliminée par le foie? Du reste , de ce qu'on a trouvé en un point de l'économie quelques élémens qui appartiennent à l'urine , à la bile, ou à tel autre liquide de sécrétion, il ne faut pas en conclure que c'est ce liquide luimême qui a été éliminé par une voie insolite; car un même principe peut appartenir à diverses sécrétions : ainsi, parce qu'on a trouvé de la cholestérine dans la sérosité de certains hydrocèles , on ne peut pas dire que dans la tunique vaginale il y avait eu détour de la sécrétion biliaire; parce que dans les articulations des goutteux on a souvent constaté la présence de l'acide urique libre ou uni à la soude , on n'est pas en droit de dire que ces articulations contiennent de l'urine , pas plus que la présence du caséum dans l'urine ne peut y faire admettre la présence du lait, tel que ce liquide est sécrété par les glandes mammaires : autant vaudrait dire qu'il y a du sang dans les champignons, parce qu'on y a trouvé de l'osmazôme. Tout ce que ces faits prouvent, et ce résultat est déjà fort important, c'est que la formation des divers principes immédiats qui composent nos liquides ne dépend pas tellement de la structure d'un seul solide, qu'on ne les voie se séparer aussi, soit nor-
URI 83 nialeraent, soit accidentellement, d'autres solides de structure toute différente. D'ailleurs, la chimie animale est encore si peu avancée, qu'elle n'est pas toujours capable de décider nettement si tel principe, trouvé en un point du corps où il n'existe pas ordinairement , est réellement le même principe que celui qui est habituellement formé en un autre point. Ainsi , par exemple, il existe dans la science trois ou quatre faits desquels il résulterait que du caséum a été trouvé soit dans l'urine , soit dans le liquide d'une péritonite. Mais ces faits seront-ils de grande valeur pour qui saura que, dans l'état actuel de la science, le caséum ne peut être distingué de la fibrine ou de l'albumine par aucun caractère bien tranebé ?
Aucun liquide de l'économie ne paraît être plus modifié que l'urine par les diverses matières ingérées dans l'estomac.
C'est surtout par l'urine que semble sortir du corps, sous forme d'urée, l'azote des alimens, tandis que le carbone s'échappe surtout par le poumon sous forme d'acide carbonique. En nourrissant des animaux avec des substances non azotées , M. Magendie a singulièrement modifié leur urine, ou l'a rendue semblable à l'urine des animaux herbivores; ainsi elle ne contenait plus ni acide urique , ni phosphate ; mais l'urée continuait à se former, ce qui prouve bien que si l'azote des alimens est une des sources de cette urée , il n'en est pas la source unique. La connaissance de ces faits a conduit à prescrire un régime le moins azoté possible aux personnes atteintes de gravelle, maladie qui consiste dans un excès de sécrétion d'acide urique. Voyez le mot gravelle.
C'est avec une extrême rapidité que certains principes qui arrivent dans l'estomac avec les alimens sortent de l'économie avec l'urine ; ces principes y sont reconnaissables par leur odeur, leur couleur, leur saveur, ou par l'analyse chimique. Comme, en même temps qu'on les trouvait dans l'urine, on ne les découvrait pas dans le sang, quelques physiologistes avaient été conduits à penser que ces principes étaient apportes aux reins par d'autres voies que celles de la circulation. Mais des expériences plus précises ont prouvé que si on ne retrouve pas ces principes dans le sang, lorsqu'ils existent dans l'urine, c'est qu'ils n'y sont déjà plus lorsqu'on les y cherche; pour les y découvrir, il ne faut pas attendre que l'homme ou l'animal soumis à l'expérience rende naturellcmen; une certaine otinh*
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tité d'urine; il faut, à l'aide d'une sonde introduite dans la vessie, obtenir cette urine aussitôt qu'elle arrive dans son réservoir : en procédant ainsi, on constate qu'au bout de huit à dix minutes l'urine contient déjà certains principes desalimens; le sulfate de fer, par exemple, peut y faire reconnaître au bout de ce temps du prussiate de potasse introduit dans l'estomac. Si, peu de minutes avant qu'on n'obtienne les premières gouttes d'urine, on soumet le sang à l'analyse, on y retrouvera aussi le prussiate de potasse.
Le docteur Cbossat, de Genève, a constaté qu'il y a constamment une augmentation dans la sécrétion de la partie solide de l'urine à une époque plus ou moins éloignée de celle de l'ingestion des alimens. En généra], l'époque du maximum de sécrétion a lieu entre la neuvième et la dix-septième heure après cette ingestion. L'aliment, par sa quantité , exerce une modification notable sur la répartition de la sécrétion : plus il est abondant , plus il rend copieuse la sécrétion de la partie solide de l'urine dans les périodes éloignées de l'ingestion. Les modifications apportées dans cette sécrétion par la nature plus ou moins animalisée de l'aliment sont d'une espèce inverse aux modifications que produit la quantité; ainsi, un régime plus animalisé augmente la sécrétion proportionnellement davantage dans les périodes rapprochées de l'ingestion ; c'est alors de la troisième à la onzième heure qu'existe le maximum de la sécrétion. Quant à la partie aqueuse de l'urine, on sait que les boissons l'augmentent; M. Chossat a de plus constaté que son excrétion diminue par le travail de la chimification ; elle est aussi moindre chaque soir, ainsi que dans les saisons chaudes. Quant à la transparence de l'urine , qui dépend surtout des quantités variables d'eau qu'elle contient, M. Chossat a trouvé que le régime le plus exclusivement fibrineux était celui qui troublait, le plus cette transparence.
L'économie ne peut guère être dérangée de son état normal sans que l'urine en soit modifiée. Ainsi, dans tout état morbide, quoi de plus fréquent que ses changemens de couleur? Ce changement peut dépendre de plusieurs causes : s'il y a diminution de la quantité d'eau que l'urine doit normalement contenir, elle acquiert une rougeur plus ou moins intense; t'est ce qu'i?n observe, par exemple, dans la plupart des cas où il y a lièvre : aiî contraire, lorsque la circulation est intacte, et qu'il
URI 85 y a principalement trouble de l'innervation, l'urine est remarquable par sa grande pâleur; cela est tellement saillant, que ce genre d'urine est un des signes donnés par les auteurs pour caractériser les maladies nerveuses. D'autres fois cette couleur est modifiée, soit par une augmentation de quantité des principes naturels de l'urine, soit par l'addition d'élémens insolites. La limpidité de l'urine peut être troublée aux diverses époques des maladies : à cet égard on a posé des règles générales que l'observation ne parait pas confirmer. Ainsi, soit au début, soit pendant le cours, soit vers la terminaison de la plupart des maladies aiguës, l'urine est tantôt parfaitement limpide, tantôt elle se trouble dès le début, et devient limpide plus tard, ou bien le contraire s'observe. Le trouble de l'urine est dû principalement, i° à un nouvel arrangement ou à une autre proportion de ses principes constituans, surtout de l'acide urique et de différens sels ; 2° à la présence de mucus ou de pus. L'urine peut être troublée de manière à ce qu'il en résulte trois aspects qui constituent le sédiment, le nuage et l'énéorème.
Considérée comme signe dans les maladies, l'urine est loin de fournir tous les renseignemens que jadis on a essayé d'en tirer; elle présente tant de variétés, suivant une foule de çirconstances , qu'on ne peut véritablement arriver par son inspection qu'à des notions très -vagues, soit sur la nature de la maladie, soit sur ses modes de terminaison. (ikdrai fils.)
URINEUX, adj., urinosus , qui a rapport à l'urine, qui est de la nature de l'urine, qui est déterminé par l'urine : abcès urineux , fistule mineuse , etc.
URIQUE (acide), acidum uricum; acide lithique de Scheèle; acide composé, d'après le docteur Prout, de o,25 d'hydrogène (ou 2 atomes), de 4,5 de carbone (6 atomes), de 3,5 d'azote (2 atomes), et de 3,o d'oxygène (3 atomes). S'il est anhydre , il ne contient, d'après le même auteur, que 6 atomes de carbone, a atomes d'azote, et 1 atome d'oxygène : d'où il suit qu'il ne renferme point ^hydrogène malgré l'opinion généralement admise.
On trouve l'acide urique dans l'urine de l'homme et des oiseaux, dans un très- grand nombre de calculs urinaires libre et quelquefois combiné avec l'ammoniaque : il existe aussi libre, mais plus souvent à l'état d'urate de soude ou de chaux,
dans les calculs arthritiques. M. Masuyer dit en avoir retiré des concrétions ostéoformes des artères et des veines des goutteux ; enfin il constitue la partie blanche des excrémens des oiseaux.
Propriétés physiques et chimiques. — 11 est solide, blanc, insipide, inodore, dur, sous forme de paillettes, plus pesant que l'eau, rougissant à peine la teinture de tournesol, inaltérable à l'air, insoluble dans l'alcohol , soluble dans i i5o parties d'eau bouillante et dans 1720 à i5 ou 160. Soumis à la distillation, il fournit du pyro-urate d'ammoniaque , de l'acide hydrocyanique, de^bydrocyanate et du sous -carbonate d'ammoniaque, et de l'huile empyreuma tique très-colorée.
Lorsqu'on fait agir l'acide nitrique sur l'acide urique, on obtient, d'après M. Vauquelin, deux acides : l'un blanc, formant avec l'oxyde de plomb un sel soluble; l'autre coloré, donnant avec le même oxyde un sel insoluble ; il se pourrait toutefois , comme l'a déjà fait pressentir ce célèbre chimiste, qu'il n'y eût qu'un seul acide , dont les propriétés seraient modifiées par une matière colorante développée en même temps : cet acide devrait porter le nom A'urique suroxygéné. Cette opinion est fortement appuyée par des expériences de M. Lassaigne, dans lesquelles, en soumettant à l'action de la pile électrique le sel formé par l'acide coloré et par l'ammoniaque, l'acide attiré par le pôle vitré était incolore, ne précipitait pas les dissolutions de plomb, et présentait tous les caractères du sel blanc obtenu par M. Vauquelin; la matière colorante s'était portée au pôle résineux avec l'ammoniaque. Ces expériences sont de nature à faire rejeter l'acide purpurique de Prout comme acide particulier, et à le faire considérer comme de l'acide urique suroxygéné uni à une matière colorante. Si au lieu de faire agir l'acide nitrique sur l'acide urique, de manière à donner naissance aux produits dont nous parlons , on rapproche la dissolution par l'évaporation, il en résulte une liqueur d'un rouge violet; et si l'on évapore jusqu'à siccité, le mélange s'enflamme, parce qu'il se forme du nitrate d'ammoniaque , sel qui ne partage avec aucun autre la propriété de s'enflammer.
L'acide urique délayé dans l'eau est décomposé par le chlore, et il se produit de l'hydrochlorate, de l'oxalalc acide d'ammoniaque , et de l'acide urique suroxygéné.
URT 87 L'acide urique forme, avec les bases solubles, des sels solubles. L'urate de chaux est sous forme de lames ou de feuillets blancs, légers, insipides, plus solubles dans l'eau que l'acide urique {voyez urate). L'acide urique est sans usages.
Préparation. — On prépare l'acide urique en traitant par une dissolution de potasse bouillante le dépôt de l'urine non putréfiée, ou les calculs urinaires jaunâtres; il se produit de l'urate de potasse soluble que l'on décompose par l'acide hydrochlorique; il se précipite de l'acide urique blanc floconneux, qu'il faut laver avec de l'eau distillée, pour enlever l'hydrocldorate de potasse avec lequel il est mêlé.
urique suroxtgéné (acide), acide résultant de l'action de l'acide nitrique ou du chlore sur l'acide urique. Voyez urique.