ORFILA
UROMA.NCIE, UROSCOPIE, s. f. , uromantia; art de deviner les maladies d'après l'inspection de l'urine. On a pendant long-temps accordé à l'urine , aux diverses époques des maladies, une attention trop grande peut-être. Sans doute ce liquide peut fournir pour le diagnostic et le pronostic des maladies , des signes qui, unis à tous les autres, deviennent importans ; mais seuls ils ne signifient rien ou presque rien, si ce n'est cependant dans les affections des voies urinaires {voyez urine ) (séméiotique). C'est cependant sur le caractère des urines qu'est fondé l'un des genres de charlatanisme les plus absurdes qui aient exploité la crédulité humaine. Il faut l'avouer, on a vu les médecins eux-mêmes, dans les siècles de superstition etd'igno- Tance, professer l'uromancie, comme ils croyaient à l'a magie, à l'astrologie; c'est surtout en Allemagne, pays des illusions métaphysiques, qu'a régné l'uromancie. Mais les progrès des sciences et de la raison ont fait reléguer cette branche des sciences divinatoires avec toutes les autres chimères qui ont infecté l'esprit humain; on ne l'a plus cultivée sérieusement. Ce n'est point à dire qu'elle se soit éteinte; naguère encore quelques fripons, ridiculement tolérés par l'autorité, exerçaient au milieu de Paris l'uromancie, c'est-à-dire que sur l'inspection de l'urine du malade, ils devinaient la maladie et prescrivaient des remèdes qu'ils vendaient eux-mûmei , comme on pense bien. Nous ignorons si ce charlatanisme est encore exercé et s'il fait encore des dupes.
URTICAIRE, s. f. Uredo, uriicaria , febris urlicata; in-
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flammatîon exanlhémaleuse , non contagieuse, caractérisée par des taches proéminentes , plus pâles ou plus rouges que la peau qui les entoure, rarement persistantes, se reproduisant par accès ou s'aggravant par paroxysmes, et qui sont le siège d'une cuisson ou d'un prurit semblables à ceux produits par les piqûres d'ortie.
L'application sur la peau des feuilles de Yurtica dioïca ou de Yurtica urens, ou bien eucore, suivant Réaumur, le contact des petits poils de quelques espèces de chenilles, peuvent donner lieu au développement de l'urticaire; mais on désigne plus ordinairement sous ce nom ou sous celui de fièvre ortiée , une inflammation de la peau ayant absolument les mêmes apparences extérieures que l'exanthème produit par les piqûres des orties, mais dont elle diffère en ce qu'elle est toujours alliée à une autre affection intérieure plus ou moins grave.
Cette urticaire symptômalique se déclare surtout pendant l'été, spécialement chez les femmes et chez les individus nerveux et sanguins, et plus souvent chez les enfans et les adultes que chez les vieillards. Souvent on la voit survenir pendant une indigestion produite par des coquillages, par des moules, par des champignons, par les œufs de certains poissons, par les écrevisses, etc. L'abus des plaisirs de la table, l'usage intempestif de médicamens irritans, les affections morales prolongées, les chagrins domestiques, la dentition , etc. ; tous les actes enfin qui "peuvent irriter directement ou indirectement les organes digestifs ou le système nerveux, sont les causes les plus ordinaires de l'urticaire. Cette maladie naît quelquefois aussi sous l'influence d'une fièvre d'accès, ou au moins elle apparaît accompagnée d'une fièvre intermittente plus ou moins régulière, et dont la guérison entraîne presque toujours celle de l'urticaire.
Lorsque l'urticaire coïncide avec une inflammation gastrointestinale, elle peut être précédée, pendant plusieurs jours, de fièvre (urticaria febrilis, Willan), de frissons, de céphalalgie, de douleur épigastrique , de crampes dans les membres inférieurs, d'anxiétés, de nausées, etc. Elle se déclare alors ordinairement pendant un paroxysme, qui a lieu le soir ou pendant la nuit, et l'éruption persiste pendant plusieurs heures. Le plus souvent l'urticaire est rémittente ou intermittente; elle peut se borner aux membres supérieurs, au col et à la face, ou s'étendre à presque toute la surface du corps.
Au début, le malade se plaint d'un prurit général auquel succède bientôt le développement de l'exanthème. Les lâchés proéminentes qui le caractérisent, apparaissent d'abord sur les membres supérieurs ou inférieurs, et de là s'étendent aux autres régions du corps. Les formes et les dimensions de ces taches sont très - variées ; elles ont été minutieusement décrites par "Willan, auquel on peut peut-être reprocher d'avoir surchargé la nomenclature, en donnant à chacune d'elles une dénomination parliculière. L'urticaire se montre : i° sous la forme de taches blanches ou d'un rouge pâle, et blanchâtres à leur centre, irrégulières et proéminentes, entourées d'urne auréole d'un rouge vif ou cramoisi. Ces taches peuvent être circulaires, qu longitudinales comme celles produites par la flagellation. Lorsqu'elles sont nombreuses, elles se réunissent quelquefois de manière à présenter de larges surfaces et à affecter des formes très-irrégulières (urt. conferla, "Willan); 2° sous la forme de taches isolées, profondes, moins proéminentes que les précédentes, et séparées par de larges interstices où la peau co nserve sa teinte naturelle [urt. subculanea , Willan). Enfin, ces taches peuvent devenir rapidement très-étendues et très-proéminentes; elles forment de véritables nodosités, d'une largeur variable, de six lignes à deux ou trois pouces. Quelques-unes sont irrégulières, indolentes et noirâtres, elles ne disparaissent point sous la pression du doigt, et leur teinte va en diminuait du centre vers la circonférence ; elles prennent ensuite une teinte bleuâtre, puis jaune, et finissent par disparaître [urt. tuburosa, Willan). La peau paraît gonflée extérieurement comm«; dans Vurt. conferta, et le tissu cellulaire sous-cutané est lui-même enflammé comme dans Vurt. subculanea.
Les taches exanthémateuses et proéminentes de l'urticaire sont le siège d'une violente démangeaison et d'un sentiment de cuisson et de fourmillement qu'on a comparé, avec raison, à la sensation produite par la piqûre des orties. Cette sensation augmente, pendant la nuit, ou lorsqu'on expose les parties affectées au contact de l'air. Elle devient qnelquefois insupportable, surtout lorsque les taches ortiées se sont développées sur la peau du scrotum.
Lorsque l'urticaire est idiopalhique, les taches qui lui sont propres se dissipent après quelques heures de durée, sans laisser de traces à la peau ; lorsqu'elles sont survenues à la suite d'une in
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digestion produite par des moules ou des coquillages, etc. , elles disparaissent ordinairement pour toujours avec l'accident qui a donné lieu à leur développement. D'un autre côté, l'urticaire peut apparaître à la peau pendant des. semaines ou des mois entiers , et à des époques plus ou moins rapprochées, lorsque le développement de cet exanthème est provoqué par une fièvre d'accès ou par des paroxysmes d'une inflammation gastrointeslinale. Dans ce cas, l'urticaire peut se montrer sous le type biquotidien, quotidien ou tierce, comme le prouvent les observations recueillies par MM. Godard , Golfin et Planchon , insérées dans le Journal de Médecine , années 1759 et 1762, et dans le tome lv du Journal de M. Sédillot. L'automne dernier, j'ai moi-même observé plusieurs faits semblables. Les taches de l'urticaire ne sont suivies de desquamation que dans les cas trèsrares où cet exanthème a été très-intense, continu, et abandonné à lui-même.
Lorsque l'urticaire ne consiste que dans quelques taches blanches, proéminentes et entourées de larges auréoles roses, elle pourrait être confondue avec l'éry thème tacheté, si elle n'en différait par la sensation particulière de cuisson , de piqûre et de démangeaison, qui accompagne les taches or tiées. Il est plus difficile de distinguer l'urticaire de la roséole. Cependant cette dernière ne se reproduit pas ordinairement par accès; ses taches ne sont jamais blanches et proéminentes, et ne sont point accompagnées du prurit vraiment caractéristique de la fièvre ortiée. Celle-ci diffère de la scarlatine et de la rougeole par une foule de caractères ( voyez rougeole, scarlatine). On peut encore plus difficilement confondre l'urticaire avec les papules ou les tubercules enflammés, isolés, persistans, produits par les piqûres de certains insectes, et qui sont aussi accompagnés d'une vive démangeaison. Enfin, il y a si peu d'analogie entre Y exanthème de l'urticaire et les vésicules de la miliaire, ou les bulles du pemphigus , que j'ai peine à concevoir comment ou a pu supposer qu'il fût possible de confondre entre elles des maladies aussi différentes.
L'urticaire n'offre par elle-même aucun danger; mais elle peut compliquer des inflammations internes plus ou moins graves, des fièvres d'accès, etc. La disparition de cet exanthème peut coïncider avec le développement et les progrès d'une gastro-entérite ou d'une hydrocéphale, sans qu'on soit
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autorisé à conclure, avec P. Frank, que ces maladies gravessont le résultat de la rétrocession de l'urticaire. D'un autre côté, si quelques phlegmasies gastro-intestinales paraissent améliorées par l'apparition de cet exanthème , une foule .d'autres sont rendues plus insupportables par le développement de cette inflammation de la peau, dont la durée est, en général, en raison directe de l'ancienneté et de la ténacité des affections qui la compliquent, ou sous la dépendance desquelles elle paraît souvent se développer. Lorsque l'urticaire est alliée à une fièvre intermittente, elle peut momentanément cesser avec cette affection, reparaître sous son influence, se prolonger ainsi pendant plusieurs mois, offrir alternativement des guérisons et des rechutes, et ne céder complètement qu'à un traitement analogue à celui des fièvres intermittentes les plus rebelles.
L'urticaire idiopathique est ordinairement combattue avec succès par les lotions alcoholisées, ou par les aspersions d'eau froide acidulée ; ces moyens externes peuvent être employés dans le traitement de l'urticaire symptomatique, pour calmer momentanément le prurit et la cuisson douloureuse qui accompagnent cet exanthème.
Si l'urticaire est le résultat indirect de l'irritation momentanée et accidentelle des organes digestifs , si cet exanthème est apparu pendant le cours d'une indigestion produite par des moules, des coquillages, etc., il convient de provoquer, par le vomissement, l'expulsion de ces Corps étrangers. Dans toute autre circonstance, l'émétique et les purgatifs sont nuisibles ou au moins inutiles. En recommandant d'une manière générale , contre l'urticaire, l'émétique, ripécacuanha,la cascarille,le quinquina, etc. , Bateman a évidemment méconnu la coïncidence fréquente des inflammations gastro-intestinales avec cet exanthème. On recherchera d'abord si le développement de l'ûrticaire n'a pas été favorisé par l'usage habituel de quelque boisson ou de quelque aliment qu'il importerait de supprimer. Plusieurs malades ont éprouvé un prompt soulagement, suivi d'une guérison complète, en s'abstenant des liqueurs spiritueuses, des alimens épicés, et en se soumettant à un régime doux et modéré. L'urticaire coïncide- 1- elle avec une inflammation gastrointestinale plus aiguë; apparaît elle momentanément dans les paroxysmes de cette dernière affection : les saignées locales à l'épigastre et à la marge de l'anus, les boissons délayantes, les
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lavemens éuiolliens, les bains tièdes, une diète plus ou moins sévère, remplissent, dans ce cas, une double indication. Lorsque l'urticaire est intermittente et sous la dépendance d'une lièvre d'accès, l'exanthème ne réclame pas de traitement particulier; il cède aux préparations de quinquina, en même temps que la fièvre qui le produit. Si une troisième complication se présentait, celle de la gastro-entérite, par exemple, elle devrait être combattue avant de procéder à l'administration du quinquina ou d'autres fébrifuges. (p. rayer.)
URTICATION, s. f., urticalio ; sorte de flagellation pratiquée sur la peau avec des feuilles d'ortie fraîche, dans le but de déterminer une vive irritation révulsive. Il se développe, par suite de cette flagellation, une éruption particulière désignée sous le nom A'1 urticaire {voyez ce mot). On a employé ce moyen particulièrement dans les cas de paralysie; mais, outre qu'il est plus important d'attaquer la cause de la paralysie, qui n'est qu'un symptôme , il existe des moyens excitans plus simples, lorsqu'ils sont indiqués; et aujourd'hui l'on ne fait presque jamais usage de l'urtication.
URTICEES, s. f. pl.; famille naturelle de plantes dicotylédones apétales, à insertion hypogyne, qui tire son nom et ses principaux caractères du genre ortie (urtica), qui en forme le type. Les urticées sont des plantes herbacées annuelles ou vivaces, ou des arbres à tronc ligneux; quelquefois elles renferment un suc blanc et laiteux , ainsi qu'on le remarque dans les figuiers, les arbres à pain; d'autrefois ce suc est incolore, mais très-acre , comme dans la plupart des espèces du genre ortie; leurs feuilles sont alternes, accompagnées à leur base de deux stipules. Les fleurs rarement hermaphrodites sont unisexuées, monoïques ou dioïques; le calice est tantôt monosépale, profondément divisé, tantôt formé de sépales distincts. Presque toujours il persiste et accompagne le fruit jusqu'à l'époque de sa maturité. Dans les fleurs mâles on trouve quatre ou cinq étamines alternes avec les divisions du calice; plus rarement elles leur sont opposées. Les fleurs femelles se composent, indépendamment du calice, d'un ovaire libre , uniloculaire , monosperme, ordinairement surmonté de deux stigmates; cet ovaire devient un akène, quelquefois acconïpngné du calice, qui dans certains genres est devenu charnu. Les fleurs femelles et les fleurs mâles forment des espèces d'épis ou