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ce signe signifie la moitié d'une dose

(a. RICHARD.]

ABRICOT , s. m. On donne ce nom au fruit de l'abricotier, armeniaca vulgaris de Lamarcl^ prunus armeniaca de Linnée ; de la famille naturelle des rosacées, Juss., section des drupacées; de l'icosandrie monogynie. Lin. L'abricotier est originaire d Orient, de l'Arménie. Il est aujourd'hui cultivé dans tous nos jardins, où ses fleurs s'épanouissent dès le mois de mars.

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Les abricots sont sucrés, succulens, d'un goût fort agréable , mais ils paraissent nuisibles lorsqu'on en mange en trop grande quantité. Ils ne sont d'aucun usage en médecine. [Voyez Alimens.)

abricotier ( gomme d'). Elle découle naturellement du tronc et des grosses branches de l'abricotier. Elle est ordinairement solide, translucide, un peu colorée en rouge ou en jaune. Elle est insipide , acquiert une grande ténacité en se desséchant, et ne cède qu'une partie de ses principes à l'eau. Cette gomme forme, avec celles du prunier, du cerisier, etc., la gomme du pays, que l'on a proposé de substituer à la gomme arabique.

• (a. richard.)

ÀBSCISION, s. f. abscisio , ou abscissio de abscindere , retrancher; retranchement, fait à l'aide d'un instrument coupant, d'une partie molle du corps qui s'est corrompue ou qui a pris une étendue trop considérable. (Voyez excision}. Le mot abscision a, dans les auteurs anciens, quelques autres significations. Hippocrate a exprimé par le terme grec qui lui correspond (dsrozo7riî), une fracture avec perte de substance de l'os. Galien 1 a employé pour désigner la terminaison subite , prématurée et funeste d'une maladie. Celse et d'autres l'ont appliqué à la diminution ou à la perte de la voix. Mot inusité. (r. del. )

ABSINTHE, s. f. (grande absinthe) nom dérivé de a privatif et de ■fylvÉos , douceur, à cause de l'extrême amertume de cette plante qui est Xarteniisia absinthium , Lin., de la famille naturelle des corymbifères , Juss. , de la syngénésie polygamie superflue. Lin.

Caractères physiques. L'absinthe est une plante vivace, blanchâtre et velue, qui croît communément en France, et fleurit vers la fin de l'été : elle répand une odeur aromatique trèsforte : sa saveur est chaude et piquante , mais surtout trèsamère.

On emploie son herbe fraîche ou ses sommités fleuries.

Analyse chimique. — Elle n'a point été faite depuis les progrès de la chimie moderne. D'après Beaumé, l'absinthe contient une huile volatile verte très-foncée, peu fluide, et un principe amer que Kunsmuller pense être de nature résineuse.

Propriétés médicales et usages. — Lorsqu'on administre l'absinthe ou quelqu'une de ses préparations, elle détermine dans l'estomac un sentiment de chaleur; les fonctions de cet organe en éprouvent bientôt l'influence ; elles s'exécutent avec plus de force et de régularité. Mais cette action ne se borne point à ce

ABS 109 «seul point; elle se coin nui nique bientôt à tout l'organisme : la ( circulation du sang se fait avec plus de rapidité, les sécrétions deviennent plus abondantes, en un mot il y a excitation géné- 1 raie de toutes les fonctions. Cette excitation générale est surtout : manifeste, lorsque l'on a donné une préparation qui contient encore l'huile essentielle de la plante, comme son infusion, son 1 eau distillée, etc., tandis que ces phénomènes se concentrent dans l'estomac, lorsqu'on a mis en usage une préparation privée de ce principe excitant : tels sont par exemple la décoction de la plante et son extrait.

D'après les phénomènes physiologiques auxquels l'administration de l'absinthe donne lieu, il est facile de prévoir les circonstances où son emploi peut être utile. S'agit-il par exemple de ranimer l'action languissante de l'estomac, à la suite des maladies lentes et chroniques, l'absinthe est administrée avec le plus grand succès; c'est un de nos meilleurs stomachiques.

Elle ne réussit pas moins dans les leucorrhées chroniques, qui tourmentent si souvent les femmes des grandes villes; dans l'aménorrhée produite par la faiblesse et le relâchement de l'utérus, dans lequel elle ranime la circulation, et dont elle réveille les fondions.

On a consedlé l'absinthe dans les fièvres intermittentes , pour en arrêter les accès; dans ce cas son administration peut être suivie de succès , comme au reste celle des autres médicamens amers.

On emploie aussi assez fréquemment l'absinthe et ses préparations pour détruire les vers qui s'amassent dans les voies digestives; pour produire cet effet on doit surtout mettre en usage celles de ces préparations dans lesquelles on retrouve son huile essentielle.

Préparations et doses. — L'absinthe s'administre de différentes manières , savoir : i° cri infusion à la dose d'une demi-once à une once pour une livre d'eau; a° en décoction une à deux onces pour une livre de liquide; 3° en poudre, un à deux scrupules; 4° infusée dans du vin blanc, dans la proportion d'une à deux onces pour une livre de vin; elle constitue le vin d'absinthe, une de ses préparations les plus usitées; sa dose est de deux à qualre onces, un quart d'heure avant les repas si on veut exciter seulement l'estomac; le matin, ou au moins deux heures avant ou après le repas, si l'on veut produire une excitation générale; 5° en teinture, depuis un jusqu'à quatre gros.

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Il existe encore plusieurs préparations d'absinthe, mais généralement peu usitées; telles sont le sirop, l'huile volatile, l'extrait, la conserve, etc.

A' l'extérieur l'absinthe est stimulante et résolutive; on en forme des cataplasmes et des fomentations.

On peut employer aux mêmes usages la petite absinthe (art. pontica); l'absinthe maritime ( art. maritima) ; mais elles sont moins énergiques que la précédente.

absinthe (sel d'). On désigne sous ce nom le sous-carbonate de potasse, que l'on préparait par l'incinération de la grande absinthe. {Voyez sous-carbonate de potasse.) (a. richard.)

ABSORBANS (vaisseaux), vasa absorbentia, de ab et sorberc. Nom sous lequel on désigne ordinairement les vaisseaux lymphatiques; mais la propriété absorbante paraît appartenir aux veines comme aux vaisseaux lymphatiques. ( Voyez ces deux mots.)

(a. béclard. )

ABSORBANS (médicamens), adsorbentia ; dans l'acception la plus générale on applique ce nom, en thérapeutique, à toutes ies substances sèches qui ont la propriété d'absorber ou de neutraliser les liquides nuisibles , soit à l'extérieur, soit à l'intérieur : ainsi la poudre de charbon , la charpie sèche sont de véritables topiques absorbans pour le pus fétide et ichoreux de certains ulcères de mauvais caractère. Mais on emploie rarement ce mot dans ce sens; il est plus ordinairement réservé pour désigner les médicamens internes qui se combinent avec les liquides acides qu'on rencontre dans l'estomac et le canal intestinal.

Ces médicamens absorbans sont en assez grand nombre; la plupart sont des carbonates calcaires de différente nature, tels que la craie, les écailles d'huîtres, la nacre de perle, les coquilles d'œufs, celles, des testacés, les os de poissons, les yeu\d'écrevisses, les terres argileuses, le cai'bonate de magnésie et la magnésie pure, enfin la solution aqueuse de chaux pure. La plupart des carbonates alcalins et les savons, sont aussi des absorbans. Plusieurs praticiens, parmi lesquels on doit citer Boerhaave ajoutent encore à cette liste, déjà très-nombreuse, plusieurs substances métalliques, telles que le fer, le plomb et l'étain réduits en poudre impalpable. Ces métaux, pulvérisés et en partie déjà oxydés, peuvent bien en effet être susceptibles d'être altérés pat les acides contenus dans l'estomac, ils peuvent même avoir, dans certains cas, la propriété de combattre l'état

ABS m morbide qui dispose aux aigreurs, en excitant d'une manière particulière les propriétés vitales de l'estomac; mais l'action de ces substances métalliques est beaucoup plus lente que celles de la chaux et de la magnésie, qui sont maintenant exclusivement employées.

A l'époque des quinzième et seizième siècles où les idées chimiques ont envahi le domaine de la pathologie et de la thérapeutique, les médecins, attribuant la cause de la plupart des maladies aux acides, faisaient un très- grand abus des absorbans. On a depuis beaucoup restreint leur usage; et dans ces derniers temps même plusieurs praticiens ont été jusqu'à révoquer en doute l'action chimique de ces médicamens. Ils n'ont pas cru qu'un effet purement physique pût avoir lieu dans un organe vivant. Cependant l'expérience journalière prouve que la vitalité de l'estomac ne s'oppose pas à»la combinaison des substances terreuses avec les acides. Lorsqu'on introduit des carbonates calcaires ou magnésiens dans l'estomac d'un animal auquel on a fait avaler un acide, il est constant que l'acide carbonique se dégage et distend l'estomac, tandis que la chaux ou la magnésie se combine avec l'acide libre. C'est sur cet effet chimique qu'est fondé l'avantage qu'on obtient de l'usage des substances terreuses dans les empoisonnemens par les acides : les aigreurs qui se manifestent hors le temps de la' digestion, et qui sont le résultat d'une sorte de régurgitation de liquides devenus acides , sont évidemment neutralisées avec succès de la même manière. La médication produite dans ce cas par les absorbans est donc principalement chimique. Mais il faut bien observer que cette médication ne remédie qu'aux effets de la maladie , et ne peut combattre les différentes causes qui la produisent.

La formation des acides dans l'estomac ou dans le canal intestinal peut dépendre de causes très-différentes. Cet état morbide des fluides intestinaux peut être le résultat ou d'une lésion idiopathique , ou d'un effet sympathique; une faiblesse de l'estomac, un embarras gastrique, une légère phlegmasie de cet organe, un état spasmodiqne et nerveux, le soda, une affection sqnirrheuse, etc., peuvent également donner lieu à une acidité des sucs gastriques. Les relations sympathiques qui existent: entre l'estomac et la plupart des autres organes, surtout dans l'état de maladie , réagissent souvent sur l'estomac de manière à produire les aigreurs; c'est ce qu'on voit dans plusieurs main-

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dies organiques de la poitrine et de l'abdomen, dans la grossesse et la chlorose. Quand les causes qui déterminent une altération analogue dans les fluides sont aussi multipliées, on conçoit que les moyens qui doivent y remédier sont souvent très-différens. Il faut donc bien distinguer les moyens thérapeutiques antiacides qui peuvent tendre à combattre les différentes causes des aigreurs, d'avec les absorba n s proprement dits, qui ne remédient qu'à un effet morbide.

Quoi qu'il en soit, la médication absorbante n'est pas entièrement à négliger, et la manière d'employer les absorbans est importante à connaître pour parvenir à en obtenir le résultat désiré. Le développement trop abondant des acides n'a pas toujours lieu dans l'estomac ou le canal intestinal; il est quelquefois le résultat de l'altération même de la salive, et je suis porté à croire qu'il en est presque toujours ainsi chez les malades qui ont les dents détruites par l'effet des acides. Il est bien plus vraisemblable, en effet, que les dents sont usées par l'action constante de la salive, que par la matière des vomissemens , qui ne peut produire qu'une impression passagère. On conçoit que dans ce cas les absorbans introduits dans l'estomac sont .à peu près inutiles, parce que la salive, sans cesse amalgamée avec les alimens pendant l'acte de la mastication, les imprègne continuellement de nouveaux sucs acides. Il faut alors donner les absorbans sous forme de masticatoires; c'est ce que j'ai fait avec quelques succès chez une malade à laquelle on avait administré en vain toutes les espèces d'absorbans dans l'estomac. J'ai obtenu quelques bons effets de masticatoires • formés de poudres de quinquina et de magnésie enveloppées dans de petits sachets,

Lorsque les acides, au lieu d'être tout formés dans la salive, se développent dans l'estomac ou les intestins, il n'est pas indifférent de recourir à tel ou tel absorbant, et d'en faire usage sous une forme ou sous une autre. Si tout fait présumer que la dégénérescence acéteuse se trouve dans l'estomac, on peut employer les absorbans sous forme sèche; mais, si la nature des évacuations alvines porte à croire que l'intestin est plutôt le siège de cette altération , comme on l'observe souvent .chez les enfans, il faut alors délayer la substance terreuse, ou au moins donner, immédiatement après la dose d'absorbans, des boissons assez abondantes pour faciliter le passage dans le tube intestinal

ABS ii3 de ces médicamens, qui .sont en général peu solubles et adhèrent aisément aux parois de l'estomac. Si les aigreurs ou les évacuations acides sont accompagnées de diarrhée, il vaut mieux recourir aux carbonates calcaires ou à l'eau de chaux dans des mélanges mucilagineux , que de donner la magnésie, qui, par sa propriété laxative, pourrait augmenter la diarrhée. J'ai souvent fait usage avec succès, dans ce cas, d'une potion crayeuse, composée avec huit onces d'eau gommée et un gros à un gros et demi de craie préparée.

Dans quelques circonstances où les évacuations alvines ont un caractère acide, mais sont grises, grasses et luisantes comme de la terre glaise , ce qu'on observe quelquefois chez les enfans qui ont la bile albumineuse et décolorée, le savon m'a paru le meilleur de tous les absorbans, quand il n'y a pas de dévoiement.

Il est donc souvent nécessaire de modifier de différentes manières l'emploi des absorbans, et avant de tenter cette médication chimique, il est d'abord essentiel de s'assurer si la dégénérescence acéteuse a lieu dans les liquides salivaires, ou gastriques, ou intestinaux, et surtout de tâcher de remonter à la véritable cause de 'cette altération. Lorsque nos connaissances médicales seront plus étendues sur ce point, les médications absorbantes deviendront alors rarement nécessaires, parce que nous ne serons pas réduits à combattre empiriquement un effet morbide, quand nous pourrons remonter directement aux causes qui le produisent, (guersent.)

ABSORPTION, s. f. absorbtio, de ab , de, et de sorberc, avaler, humer. L'idée qu'on doit se faire de cette importante fonction varie selon l'espèce d'être vivant dans laquelle on l'observe.

Dans les animaux les plus simples, où cette absorption effectue à elle seule la nutrition , cette fonction peut être définie l'action en vertu de laquelle ces êtres', d'un côté, puisent an dehors d'eux et approprient à leur corps les matériaux destinés à le réparer, de l'autre, reprennent dans tous leurs organes les matériaux premiers qui les composaient , pour les rejeter au dehors, et accomplissent ainsi les deux mouvemens opposés de composition et de décomposition qui constituent leur nutrition. Dans ces animaux, en effet, le milieu dans lequel est; plongé l'être contient les matériaux nutritifs, c'est-à-dire l'air et les alimens proprement dits, tout disposés à être absorbés ; la surface externe du corps, qui est en contact avec ce milieu, ». 8 *

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effectue l'absorption de tes deux sortes d'élémens i ('parateurs; elle les saisit eu même temps, nu même lieu, et immédiatemn,i les assimile aux organes. D'autre part, l'absorption retire du corps une quantité proportionnée de la matière qui le formait, et immédiatement aussi la rejette au dehors sous forme de transpiration. Ainsi, dans ces animaux, l'absorption se confond vraiment avec la nutrition générale.

C'est là le mode le plus simple de l'absorption. Cependant on y voit déjà, i° que dans tout corps vivant cette absorption est au moins de deux espèces; l'une qui puise au dehors les matériaux extérieurs destinés à la recomposition du corps, absorption externe ou- de composition ; l'autre qui relire des organes les matériaux qui doivent être remplacés et excrétés, absorption interne ou de décomposition ; i° que l'absorption ne consiste pas, comme on aurait pu le croire d'abord, en un simple pompement des matières qu'elle recueille; mais qu'elle les travaille en même temps, leur imprime une nature qu'elles n'avaient pas auparavant, et est ainsi une action élaboratrice. Dans ces derniers animaux en effet, les matériaux de composition, en même temps qu'ils sont absorbés, sont changés dans la substance du corps, et ceux de la décomposition le sont dans la matière de la transpiration. Or ces deux premiers traits se retrouveront dans tout autre mode d'absorption, quelque compliqué qu'il • puisse être.

Du reste , si l'on étudie ce qu'est la fonction d'absorption réduite à ce degré de simplicité, on voit d'abord que c'est une action trop moléculaire pour qu'elle puisse être appréciée par aucun sens; on ne peut qu'attester sa réalité. On ne peut la mettre en doute quand, d'une part , on voit disparaître plusieurs des élémens contenus dans le milieu où est plongé l'animal, le corps de celui-ci croître et augmenter en masse; et quand, de l'autre part, on peut recueillir la matière excrémenlilielle que cet animal transpire. En second lieu, on ne peut, dans la structure de l'être, en signaler l'agent spécial ; il parait que dans ces animaux à organisation si simple , c'est le parenchyme de toutes les parties sans exception qui l'effectue. En troisième lieu, on ne peut pas davantage en observer les produits isolés , puisqu'ici l'absorption effectue immédiatement et la composition et la décomposition. Enfin on ne peut pas plus pénétrer l'essence de cette action que celle de toute autre, et l'on ne peut consacrer sur elle q>

ABS n5 les deux propositions suivantes; savoir : qu'elle est une action du corps animal ou de quelques -unes de ses parties; et qu'elle est en opposition avec toute action physique, mécanique et chimique quelconque. En. effet, l'absorption exige, pour se produire, la vie de l'animal, et se modifie selon son âge, son état de saute et de maladie, les diverses conditions organiques dans lesquelles il peut être. Elle ne peut être , ni une simple irnbibition mécanique, puisque la substance absorbée est en même temps élaborée, assimilée à la substance du corps; ni une action chimique générale, puisqu'il n'y a nuls rapports chimiques entre les matériaux absorbés et la matière vivante qui en résulte, puisque de la connaissance chimique des premiers on ne peut conclure chimiquement à la formation de la seconde, puisque enfin toute action chimique générale est impropre à produire une matière vivante, et que c'est une matière vivante qui est ici produite par l'absorption. Cette absorption est donc une de ces actions exclusives aux corps vivans, et appelées à cause de cela organiques et vitales. Il importe de consacrer cette proposition dès le principe, parce qu'elle devra faire loi dans les autres modes d'absorption, quelque compliqués qu'ils soient, la complication ne devant, après tout, avoir d'autre but que de faire accomplir dans un être plus composé ce qui, dans les êtres simples, est accompli par une seule action.

Voilà l'absorption considérée dans sa plus grande simplicité; mais, dans les animaux supérieurs, et par conséquent dans l'homme, où la nutrition n'est plus effectuée par l'absorption seule, mais résulte du concours de plusieurs fonctions, digestion , respiration, circulation , sécrétion, etc., l'absorption se présente avec d'autres traits, et doit être autrement définie. Dans ces êtres plus composés, d'abord l'élément ambiant ne. contient plus les matériaux nutritifs tout disposés à être absorbés, et c'est une fonction particulière, la digestion, qui les amène à cet état. En second lieu, l'air, qui est indispensable, à toute vie, n'est plus absorbé au même lieu que les autres élémens nutritifs; le principe vivifiant que ce gaz fournit est saisi dans un organe séparé et par une fonction spéciale, la respiration. En troisième lieu, loin que les produits de ces premières fonctions soient immédiatement assimilés au corps, il en résulte seulement un fluide général, lequel ensuite accomplit et la composition et la décomposition. Or, de si grandes différences entraînent plus de com-

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plication dans le mécanisme de la nutrition en général, et dans la fonction d'absorption en particulier. Sans doute cette absorption peut encore se subdiviser en externe et interne; mais l'une et l'autre vont se montrer avec d'autres traits.

Ainsi, ce n'est plus à la surface externe du corps de l'animal que se fait l'absorption externe ou de composition , mais dans l'intérieur de la cavité digestive où se trouve la matière nutritive. Cette absorption externe n'est plus une, comme cela était dans les derniers animaux, mais elle se subdivise en deux, V absorption alimentaire ou digestive, qui recueille les matériaux nutritifs qu'a travaillés la digestion , et l'absorption respiratoire , qui puise dans l'air l'élément indispensable à toute vie. Enfin cette absorption n'effectue plus ici immédiatement la composition du corps, mais elle forme seulement un fluide, lequel est ensuite immédiatement assimilé aux organes. Il est en effet d'observation certaine, que le principe que l'absorption puise dans l'air est absolument nécessaire pour donner aux autres élémens nutritifs que cette action saisit la faculté d'être assimilables : or, ces deux absorptions se faisant ici dans des lieux séparés, ce n'est que quand le produit de l'une est allé se mêler au produit de l'autre, qu'il peut en résulter une matière véritablement assimilable. Aussi, dans les animaux supérieurs et dans l'homme , on voit d'abord l'absorption digestive produire un premier fluide qu'on appelle chyle; puis ce chyle aller se mêler au produit de l'absorption respiratoire, ou mieux aller le recueillir lui-même, et par là se changer en un second fluide, le sang artériel; et enfin ce sang artériel être alors immédiatement assimilé aux organes. En somme, dans les animaux supérieurs, l'absorption externe ou de composition, d'abord, au lieu d'être une, est double, c'est-à-dire digestive et respiratoire; et ensuite, au lieu d'effectuer immédiatement la composition du corps, elle sert seulement à fabriquer le fluide qui doit y être employé , ce qu'on appelle le /laide immédiatement nutritif, le sang artériel.

De semblables différences existent dans l'absorption interne. D'abord les matériaux que cette absorption recueille sont ici plus nombreux; il y en a de trois sortes : ceux qui sont repris dans tous les organes pour que la décomposition équilibre en eux la composition : beaucoup de sucs sécrétés divers qu'a nécessités l'organisation complexe de ces êtres, et qui, versés sans

A.BS H7 interruption sur des surfaces qui n'ont pas d'issue au' dehors, augmenteraient indéfiniment, si l'absorption ne les enlevait pas en même proportion qu'ils sont produits : enfin quelques principes de sucs sécrétés excrémentitiels , qui sont absorbés aussi pendant que ces sucs parcourent les voies de leur excrétion. De sorte que cette absorption interne, qui était- une dans les derniers animaux, est multiple ici, comme l'était déjà l'absorption externe ; on en distingue en effet de trois espèces et qui sont elles-mêmes multiples, l'absorption interstitielle ou décoriisante , l'absorption des sucs sécrétés récrémentitiels , et l'absorption df quelques parties des sucs sécrétés excrémentitiels. En second lieu, ces matériaux divers, que l'absorption interne reprend dans l'économie, ne sont pas non plus aussitôt rejetés au dehors; ils forment d'abord des fluides spéciaux, qui sont ce qu'on appelle la lymphe et le sang veineux. Ces fluides sont ensuite portés à ce même fluide général , le sang artériel, que nous avons vu effectuer immédiatement la composition; et c'est enfin de ce sang artériel que ces matériaux sont retirés par des organes appelés sécréteurs , et consécutivement à une fonction spéciale appelée sécrétion, pour être de là excrétés. Ainsi dans les animaux supérieurs l'absorption interne n'effectue pas plus immédiatement la décomposition , que l'externe n'effectuait immédiatement la composition; elle sert seulement à fabriquer le fluide général, duquel seront ensuite retirés les matériaux de cette décomposition.

En effet , les fluides qui résultent de l'absorption interne , la lymphe et le sang veineux, paraissent moins aboutir simplement au fluide général, le sang artériel, que concourir avec le fluide de ^absorption externe, le chyle, à le former. Ces fluides sont d'abord mêlés avec le chyle, ensuite conduits avec lui à l'organe de la respiration , et enfin changés ainsi que lui, par la respiration, en sang artériel. De sorte que les matériaux de l'absorption interne concourent à former le même fluide général que nous avons vu dériver des matériaux de l'absorption externe, et que c'est ce même fluide qui fournit et à la composition, et à la décomposition du corps. Peut-être une semblable disposition est due, ou à ce que, parmi les matériaux des absorptions internes, il en est qui ne doivent pas être rejetés au dehors, comme les sucs récrémentitiels, par exemple, ou à ce que la nature a voulu soumettre les matériaux de décomposition eux-

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mêmes à une révision utile, avant que de les rejeter au dehors. Mais il est sûr que c'est à elle que les animaux doivent de pouvoir vivre quelque temps sans manger, leur économie s'entretenant alors à ses propres dépens en quelque sorte, c'est-à-dire les matériaux de l'absorption interne suppléant alors momentanément à ceux de l'absorption digestive et suffisant pour entretenir la masse du sang.

Toutefois, il résulte de ces détails que, dans les animaux supérieurs et dans l'homme, l'absorption n'effectue plus immédiatement la nutrition, mais que cette fonction tend seulement à former le fluide immédiatement nutritif, appelé sang artériel, lequel fournit ensuite à l'action d'assimilation les matériaux de composition, et à l'action des sécrétions excrémentitielles ceux de décomposition. Dès lors, dans ces êtres, cette fonction ne peut plus être présentée, ainsi que nous l'avions fait d'abord, comme la nutrition générale elle-même, mais doit être définie l'ensemble des actions diverses par lesquelles sont recueillis et élaborés les matériaux divers, tant externes qu'internes, avec lesquels est fuit le fluide général de la nutrition. Bien plus, comme on sépare de cette fonction d'absorption l'absorption respiratoire, donl on fait une fonction distincte, la respiration, et que cette respiration est essentiellement la fonction qui fait le sang artériel, l'absorption proprement dite n'est plus que l'action qui, recueillant divers matériaux, tant externes qu'internes, fabrique avec eux les fluides destinés à être les matériaux immédiats du sang, les matériaux de l'hématose.

Tel est, dans l'homme, comme va le prouver la suite de cet article, l'état de la fonction d'absorption, ou plutôt des absorptions ; car on a vu qu'il y en avait toujours au moins deux. Nous bornant désormais, sous le rapport de cette fonction, à ce qui est de cet être, nous allons d'abord spécifier toutes les espèces d'absorptions qui se produisent dans le corps humain; puis nous ferons l'histoire de chacune de ces absorptions en particulier, c'est-à-dire que nous en indiquerons les agens et le mécanisme.

ire partif. — Des absorptions diverses qui se produisent dans le corps humain. — Toutes les absorptions qui se font dans le corps humain peuvent d'abord se ranger en deux grandes classes : i° celles qui sont constantes, dont l'accomplissement entre dans le mécanisme de la nulrilion, et qui, faisant toujours subir

ABS n9 aux matériaux qu'elles recueillent une élaboration , fabriquent avec eux les fluides qui doivent servir à former le sang; 2° celles qui ne se produisent qu'accidentellement en quelque sorte; qui, loin d'entrer dans le plan primitif de ta nutrition, le plus souvent nuisent à l'économie, et qui, le plus souvent aussi, laissent à la matière absorbée sa nature première, sa nature étrangère. Les absorptions digestive, interstitielle, par exemple, appartiennent à la première classe , et l'absorption du mercure consécutivement à des frictions sur la peau, se rattache à la seconde. Présentons une énumération et une indication succincte des unes et des autres.

i° Les premières sont ces 'mêmes absorptions externes et internes que nous avons signalées en tout animal, et que nous avons dit être elles-mêmes multiples dans les animaux supérieurs. Dans l'homme, on peut les réduire à cinq, dont deux sont des absorptions externes, savoir : l'absorption alimentaire et l'absorption respiratoire ou aérienne, et dont trois sont des absorptions internes , savoir : l'absorption interstitielle ou décomposante , 1 'absorption des sucs sécrétés récrémentitiels , et l'absorption de quelques- uns des élémens des sucs sécrétés excréme nliliels \

L'absorption alimentaire ou digestive est celle qui agit dans l'intestin grêle sur les alimens et les boissons, après que la digestion a amené ces substances étrangères à l'état dans lequel l'absorption peut les saisir. Il est impossible de la mettre en doute; d'abord le raisonnement seul doit la faire admettre, car sans elle l'alimentation ne remplirait pas son objet. Ensuite des faits directs en donnent la démonstration; nous verrons qu'on en distingue l'agent spécial, l'appareil chylifère; qu'on en voit nettement le produit, le fluide appelé chyle. Comme les substances qui sont introduites dans l'appareil digestif pour réparer les pertes du sang sont de deux sortes, les alimens et les boissons; que les élaborations digestives de ces deux sortes de substances sont différentes; que leur but relativement à la réparation du sang n'est pas le même, peut-être faut-il distinguer, dans cette absorption digestive, celle des alimens et celle des boissons, rien ne prouvant que ce soit sous forme de chyle que le produit utile des boissons arrive au sang. Toutefois cette première espèce d'absorption se fait chez l'homme à la surface interne de l'intestin grêle exclusivement. Quelques-uns ont prétendu que la surface externe de la peau y concourait un

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peu; mais c'est à tort. Ils avaient été entraînés par une fausse analogie avec des animaux inférieurs, qui, privés d'appareil digestif, se nourrissent alors par une absorption cutanée, ou chez lestpiels la peau semble au moins partager avec la cavité digestive cet important office.

"L'absorption aérienne ou respiratoire est celle qui agit à la surface interne du poumon sur l'air, et qui puise dans ce gaz le principe exclusivement néce.-saire pour la formation du fluide immédiatement nutritif, le sang artériel. Cette absorption est encore incontestable; car sans elle la respiration serait sans objet, et l'on voit d'ailleurs disparaître de l'air. qui y est soumis l'élément qu'elle recueille. Cependant, comme tous les physiologistes n'admettent pas également que ce soit par action d'absorption que le principe oxygène de l'air soit appliqué au sang dans l'acte de la respiration; et que d'ailleurs on a fait de cette espèce d'absorption une fonction séparée, celle de la respiration, nous ne ferons que la mentionner ici. Nous ajouterons seulement que quelques personnes ont voulu a'issi étendre cette espèce d'absorption à la peau de l'homme; mais elles ont encore été trompées en cela par une analogie exagérée avec des animaux qui respirent exclusivement ou en partie par la peau.

Ces deux premières espèces d'absorptions représentent tous les matériaux nutritifs qui sont puisés au dehors de l'homme. Entrant de toute nécessité dans le système général delà nutrition, l'homme périt plus ou moins prochainement si elles n'ont pas lieu : en prenant pour point de départ l'état de santé, on peut dire qu'elles ont lieu constamment. Cependant, comme leur exercice dépend de la présence d'alimens et de boissons digérés dans l'intestin grêle, et d'air dans le poumon, et que cela peut être ou ne pas être, elles sont moins constantes que les absorptions internes, qui ont toujours lieu parce que leurs matériaux sont toujours présens. Leur office unique est de préparer les matériaux du sang, le chyle, et de faire ce fluide.

L'absorption interstitielle de Hunter, décomposante , nutritive de Bichat, organique de Buisson, est une des trois absorptions internes; celle qui reprend dans tout organe du corps un certain nombre de matériaux, pour que son volume n'augmente pas indéfiniment, et que la décomposition y équilibre la composition. Il est impossible encore de méconnaître la réalité de celte absorption. D'abord, sans elle, les organes auxquels

sont sans cesse assimilés de nouveaux matériaux déviaient indéfiniment augmenter en masse. Ensuite des expériences directes l'ont démontrée : Duhamel , ayant nourri des animaux avec des alimens teints de la couleur de la garance, et ayant vu que pendant ce temps les os de ces animaux étaient teints en rouge, remarqua qu'avec le temps ces os perdaient celte couleur rouge et reprenaient leur couleur ordinaire, si les alimens ne contenaient plus de garance. Enfin des faits physiologiques relatifs au développement des divers organes, et des faits pathologiques ont mis tout-à-fait hors de doute cette espèce d'absorption : c'est elle, par exemple, qui creuse le canal médullaire des os longs, les cellules de l'os ethmoïde, les sinus de certains os; c'est elle qui, avec l'âge, fait disparaître le thymus; qui détermine les variations de volume que présentent' les organes aux diyerses époques de la vie; c'est elle enfin qui rétablit le canal médullaire dans la portion de l'os fracturé où s'est fait le cal, qui fait disparaître une exostose. Cette absorption est diverse dans chaque organe, et par conséquent il y en a autant d'espèces qu'il y a de tissus distincts dans l'économie.

L'absorption des sucs sécrétés récrémcntitiels , la seconde espèce d'absorption interne, est celle qui recueille tous les sucs qu'a nécessités l'organisation complexe de l'homme, et qui, versés sur des surfaces qui n'ont aucune issue au dehors, augmenteraient aussi indéfiniment, si l'absorption ne les reprenait à mesure que la sécrétion les produit. Cette espèce d'absorption n'est pas moins riche que la précédente; elle recueille aussi de nombreux matériaux, savoir : les sucs séreux, la synovie , la sérosité cellulaire, la graisse, la moelle et le suc médullaire, Y humeur colorante du tissu réticulé de la peau, celle de la membrane de la langue, de l'iris, de l'uvée, de la choroïde, les trois humeurs de l'œil, la lymphe de Cotunni ; enfin les sucs exhalés dans l'intérieur des ganglions lymphatiques et de ces organes appelés par M. Chaussier ganglions glandiformes , tels que le thymus, la thyroïde, les capsules surrénales. Tous ces sucs, sans doute , sont versés sur leurs surfaces propres , pour des usages qui sont relatifs aux fonctions de ces surfaces; la synovie, par exemple, a pour office de rendre glissantes les surfaces articulaires; les humeurs de l'œil remplissent dans cet organe le rôle de verres réfringens. Mais enfin il était absolument nécessaire qu'une absorption les reprît, à mesure (pic la sécrétion les

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renouvelle; et d'ailleurs il est certaines de ces matières qui paraissent être comme une provision que la nature a mise en réserve pour servir d'aliment à l'absorption interne; la graisse , par exemple. Toutefois y cette seconde espèce d'absorption est encore incontestable; le raisonnement seul oblige à l'admettre, car sans elle tous ces sucs augmenteraient indéfiniment. Ensuite des faits physiologiques et pathologiques la mettent hors de douté; les quantités et qualités de la graisse, de la moelle, par exemple, ne varient-elles pas selon les âges et les diverses conditions de la vie? n'a-t-on pas vu se dissiper tout à coup par une absorption interne, des hydropisies qui ne sont que des accumulations de ces sucs? Enfin, si on met en contact avec les surfaces qui sont le siège de ces sécrétions récrémentitielles des substances étrangères diverses, ou liquides, ou gazeuses, comme nous le dirons ciaprès , ces substances sont absorbées : n'est-ce pas dès lors une présomption pouv que leurs sucs propres le soient aussi? Du reste cette espèce d'absorption est encore plus évidemment multiple que la précédente.

Enfin l'absorption interne recueille toujours quelques principes des fluides sécrétés excrémentitiels , soit pour les dépouiller de -ce qu'ils peuvent contenir encore d'utile, soit pour leu; donner la qualité qui importe à Leurs fonctions, soit enfin parce que ces fluides ne parcourent que lentement les voies de leur excrétion, et que le propre de l'absorption est de succéder forcément à tout contact prolongé. A cette troisième espèce d'absorption interne se rapportent encore beaucoup de matériaux , savoir : peut-être quelques-uns des élémens des sucs perspirés, cutanés et muqueux; quelques-uns des sucs des follicules sébacés, muqueux, et du fluide lacrymal; un peu de la salive, de la bile, du suc pancréatique; quelques élémens du sperme, du lait; et enfin la partie la plus aqueuse de l'urine. A la vérité on peut mettre en doute la réalité de cette espèce d'absorption pour plusieui-s de ces sucs; mais elle est démontrée à l'égard de quelques autres; à l'égard de la bile, par exemple, qui lui doit de devenir bile cystique dans la vésicule biliaire; à l'égard du sperme, qui, n'ayant rien de fixe dans son excrétion, et pouvant n'être excrété qu'à des intervalles très-éloignés, et même jamais, devait à cause de cela être résorbé; à l'égard de l'urine enfin, qui évidemment s'épaissit, se concentre par son séjonr prolonge dans la vessie. D'ailleurs, si par un obstacle quelconque l'ex-

ABS i>; crétion de ces sucs cesse de se faire, ils sont alors absorbés en totalité ; et ces sucs sont alors retrouvés plus ou moins en entier dans le sang. A la vérité c'est là une de ces absorptions éventuelles dont nous devons parler ci-après; mais nous la citons ici pour en tirer celte conséquence, que, si l'absorption de ces sucs excrémentiticls peut se faire en entier, à plus forte raison est possible celle de quelques-uns de leurs principes, celle de leurs élémens les plus fluides.

Telles sont toutes les absorptions internes. Elles représentent aussi dans leur ensemble tous les matériaux nutritifs qui sont dérivés de l'économie elle-même : faisant , aussi bien que les absorptions externes, partie intégrante-du mécanisme de la nutrition, elles sont plus constantes encore, puisque, les matériaux sur lesquels elles opèrent étant toujours présens , leur exercice doit être continu. En même temps qu'elles servent à préparer les matériaux du sang, elles remplissent- encore d'autres offices; l'absorption interstitielle, par exemple, fait partie intégrante de la nutrition proprement dite; l'absorption des sucs sécrétés récrémentitiels assure l'intégrité physique des parties, et, dans la sécrétion de ces sucs , tient la place de l'excrétion.

Telles sont toutes les absorptions que nous avons rangées dans notre première classe, comme étant constantes, et comme faisant partie intégrante du mécanisme nutritif.~-L'auteur d'un ouvrage très-récent et très-estimable, intitulé : Du siège et de la nature des maladies, M. Alard, établissant que des vaisseaux absorbans forment exclusivement les parenchymes divers où s'accomplissent les nutritions, les calorisations , les sécrétions , veut des lors qu'on rattache aux absorptions ces diverses fondions. Mais, sans prononcer ici sur le fait d'anatomie duquel il argue, je crois que, puisqu'on a cru devoir faire de l'absorption respiratoire une fonction séparée, la respiration, à plus forte raison doit-on distinguer de la fonction qui prépare les matériaux du sang, c'està-dire de l'absorption, toutes les fonctions qui règlent les divers emplois de ce sang dans les organes. Arrivons donc à la seconde classe des absorptions.

a° Ces absorptions sont celles qui ne se produisent qu'accidenlellement dans l'économie dé l'homme, dont l'accomplissementsurtout n'entrait pas forcément, comme celui des précédentes, dans le système général de la nutrition, mais qui tour à tour peuvent servir ou nuire, et qui le plus souvent laissent intactes ou alté -

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rent moins profondément les matières qu'elles introduisent dans l'économie. On peut aussi en distinguer de deux ordres, une externe et une interne, selon que la matière absorbée est prise au debors, ou provient de l'économie elle-même.

L'absorption, accidentelle externe ne peut se faire, comme on le conçoit, que par les surfaces extérieures de notre corps, celles qui sont naturellement en contact avec des substances étrangères, savoir, la peau et l'ensemble des membranes muqueuses; de là deux espèces d'absorptions de ce genre, Y absorption cutanée, et Y absorption m aqueuse.

L! 'absorption cutanée est celle qu'exerce la peau sur les subilances étrangères, tant solides que liquides et gazeuses, avec lesquelles cette membrane est naturellement en contact. Bien que, dans l'homme et les animaux supérieurs, la peau ne concoure en rien à l'absorption alimentaire et à l'absorption aérienne, il est sûr que, dans certains cas, celte membrane saisit une partie des matières qui sont appliquées à sa surface. Au récit de voyageurs dignes de foi, la soif a été calmée par l'application de vètemens mouillés à la surface du corps , par l'emploi de bains. Symson , faisant prendre un bain de pieds à un fébricitant, a vu l'absorption se faire assez pour qu'on vît baisser le niveau de l'eau. On dit généralement que le corps augmente en poids après le bain, qu'alors aussi la sécrétion urinaire ne se montre plus abondante que pour rejeter l'eau qui a été absorbée. Paracelse dit avoir soutenu des malades par des bains nourrissans , des bains de lait, de bouillon. Fontana, Gorter, Keil, disent que le corps a absorbé l'eau de l'atmosphère pendant son séjour dans un air bumide. Bichal a absorbé par la même voie les miasmes putrides de l'air des amphithéâtres d'anatomie , et , plus judicieux que les autres expérimentateurs, il avait dirigé son expérience de manière à ce qu'il respirât un air non chargé de ces miasmes, et qu'ainsi rien ne pût être attribué à l'absorption pulmonaire. Enfin, sans nous arrêter à ces faits divers, dont plusieurs sont peut-être apocryphes, et dont quelques autres peuvent se concevoir sans qu'on admette l'absorption cutanée, qui pourrait méconnaître la réalité de cette absorption, quand on voit la peau faire pénétrer dans l'économie de nombreux germes de maladie, être une voie facile à beaucoup de contagions, et les médecins faire servir la faculté absorbante de cette membrane à l'iritroduclion des médicamens? Seulement il faut reconnaître que

ABS 125 cette absorption n'a lieu le plus souvent que quand la malin , est déposée sous l'épidémie, ou est de nature à le détruire, et par conséquent à mettre à nu l'orifice des vaisseaux absorbans : l'épidémie- est véritablement un obstacle que la nature s'est ménagé pour limiter l'action absorbante de la peau , et nous affranchir des dangers continuels que cette absorption, si elle eût été active et facile , nous eût fait sans cesse courir. Cette opinion nous parait la plus propre à concilier sur ce point -les .physiologistes, dont les uns exagèrent la puissance absorbante de la peau, tandis que les autres la nient tout-à-fait. Elle fait bien voir surtout que cette absorption cutanée n'est qu'éventuelle, et n'entre nullement dans le système dé la nutrition.

U absorption muqueuse est celle que les membranes muqueuses exercent sur les substances étrangères qui sont mises en contact avec elles; savoir les alimens et l'air, et sur celles qu'on peut exprès appliquer à leur surface. On sait que ces membranes muqueuses représentent dans leur ensemble comme une sorte de peau interne, opposée à l'externe, et faisant, comme elle, la limite du corps. On sait. qu'elles sont de même en contact continuel avec des corps étrangers, savoir, les alimens et l'air; et qu'on peut d'ailleurs , avec toute facilité , appliquer à leur surface diverses substances étrangères. Or elles exercent une action d'absorption sur ces substances; nous ne voulons pas parler ici de celles en vertu desquelles le chyle a été fait dans l'intestin grêle, et l'oxygène de l'air pris dans le poumon; ces absorptions ont été indiquées parmi celles de la première classe; mais nous disons que sur ces surfaces sont souvent absorbés des principes des alimens et de l'air, autres que ceux qui ont fait le chyle et autres que l'oxygène. Par exemple , sur la membrane muqueuse digestive , très-souvent s'ont absorbés quelques élémens non chylifiés des alimens et des boissons; de même y sont absorbées les matières étrangères qu'on y a accidentellement introduites, celles des lavemens, par exemple, des médicamens. Ici nous pourrions citer de, nombreuses expériences de Huiiter, Raaw Boërhaave, Fbndrin, etc., que nous rapporterons par la suite. M. Chaussier a asphyxié par l'injection du gaz hydrogène sulfuré dans l'intestin. Cette absorption est même plus active que celle de la peau, car on la voit s'exercer sans interruption sur la matière alimentaire, qui, par suite, se dessèche de plus en plus. Il en est de même de la membrane muqueuse

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pulmonaire; l'absorption y es, t aussi d'autant plus active, qae, pour lvibsorptioii respiratoire qui défait s'y faire, la nature a dû y disposer avec excès, en quelque sorte, la condition organique, quelle qu'elle soit, de laquelle dépend l'absorption. Aussi, que de lois les principes divers qui sont en suspension dans l'air, de l'eau, des atomes pulvérulcns, métalliques, des matières odorantes, des miasmes, des principes délétères, sont absorbés dans ic poumon pendant le séjour que fait l'air dans cet organe! Cette absorption pulmonaire est certainement une des causes les plus prochaines de ce qu'on appelle les asphyxies positives ; c'est une des voies les plus fréquentes des contagions; et une grande partie des effets qu'on rapporte à l'absorption cutanée lui est due. C'est à cause d'elle encore qu'on a pu faire de l'a surface interne des poumons une surface propre à l'administration des médicamens. Non-seulement cette membrane a absorbé les divers gaz qui ont été mis en contact avec elle , mais elle a absorbé aussi les liquides qu'on a injectés dans le poumon ; M. Gohier a vu se dissiper" ainsi ceux qu'il avait injectés dans les bronches de deux chevaux, par une ouverture qu'il avait faite à la trachée-artère de ces animaux. Enfin on peut en dire autant de la membrane muqueuse genito-urinaire; celle de l'appareil génital n'est-elle pas la voie la plus ordinaire de la propagation de la syphilis? Ne voit-on pas les injections qu'on fait dans la vessie v être. souvent résorbées? Ainsi l'absorption muqueuse est incontestable. Encore une fois elle est plus active que la cutanée, parce que son siège est le même que celui des absorptions digistive, respiratoire et excrémentilielle , qui devaient toujours se faire; il y avait d ailleurs moins de danger à ce que cela fût, parce que ces membranes ne sont naturellement en contact qu'avec les aliinens, l'air et les sucs excrémentitiels , et que pour leur appliquer d'autres substances il faut une volonté expresse. Msns cette absorption n'en est pas moins éventuelle, surtout considérée, comme nous le faisons ici, sous le rapport des matièrequ'elle recueille.

Telles sont les deux absorptions accidentelles externes. Mais il faut ajouter qu'il n'est aucune partie du corps de l'homme qui n'effectue l'absorption des substances étrangères que par expérience on met en contact avec elles; c'est ce qu'on observe sur les surfaces séreuses, dans les aréoles du tissu cellulaire, dans le parenchyme même de tout organe. Ici se présentent a notre

A UN 1*7 pensée toutes les expériences laites par les physiologistes pour faire absorber, par toute surface du corps, diverses substances, tant solides epic liquides et gazeuses. M. Chaussier a (ait une plaie à un animal, y a introduit un calcul, puis a déterminé la cicatrisation île la plaie, et a vu, avec le temps, le calcul être rongé par l'absorption et disparaître. MM. Dupuytren et Magendie ont injecté diverses substances liquides dans la cavité des membranes séreuses , les aréoles du tissu cellulaire, et ils ont vu l'absorption s'en l'aire. Déjà beaucoup d'autres expérimentateurs avaient consacré ce fait avant eux. MM. Acbard, Gallandat, Chaussier, Nysten , ont remarqué la même ebose de gaz divers, oxygène ,• acide , carbonique, hydrogène sulfuré, etc., qu'ils avaient de même portés dans les parties internes du corps. Qui n'a vu d'ailleurs disparaître, par l'absorption, l'air qui remplit le tissu cellulaire dans ce qu'on appelle Y emphysème? Toute partie donc absorbe , soit parce que c'est le propre de toute partie vivante, quand elle n'est pas recouverte d'un épidémie, comme nous avons vu que c'était dans les derniers animaux , soit parce que dans l'homme toute partie contient une dépendance des systèmes vasculaires qu'on présume être les agens de cette fonction. Toutefois nous n'avons pas besoin de prouver que les absorptions de ce dernier genre sont étrangères au système de la nutrition, puisqu'il faut porter par art et exprès sur les surfaces qui les effectuent les matières qui sont saisies.

L'absorption accidentelle interne opère sur des matériaux qui proviennent de l'économie, et ceux-ci sont: ou des sucs excrémentielles, soit de santé, soit morbides, et qui, par cela seul qu'ils sont excrémentitiels , sont de véritables corps étrangers pour l'honune: ou toute humeur de notre corps, lorsqu'elle est une fois sortie de sa filière accoutumée, de son appareil spécial.

Ainsi, d'une part, quand un suc excrémentitiel quelconque ne peut être rejeté au dedors, qu'il séjourne dans son appareil spécial par suite d'un obstacle à son excrétion, l'absorption s'en empare et le reporte dans le sang : ainsi la bile est souvent résorbée , et va, comme dans l'ictère, teindre en jaune toutes les parties: ainsi, dans la paralysie de la vessie, ou quand on a lié les uretères dans un animal vivant, l'urine est reportée dans le sang et imprègne tous les parenchymes et tous les fluides. Cela arrive aux matières fécales elles-mêmes; on a vu, lors d'un séjour forcé des leces dans le rectum, l'absorption en être faîte en partie, et la

transpiration du malade en exhaler l'odeur. Ce que nous disons des sucs excrément itiels propres à l'état de santé est vrai aussi des sucs excrémentitiels morbides , pus, ichors, etc.; quand ces fluides n'ont pas une issue facile au dehors, ils sont résorbés aussi, et de là résulte l'infection générale du sang, la fièvre lente, etc. Ces matières sont absorbées dans les voies mêmes de leur excrétion; à plus forte raison le sont-elles, si par accident elles sont épanchées sur d'autres surfaces. Cependant ces absorptions sont bien sûrement éventuelles et étrangères au mécanisme nutritif, puisque la nature veut l'excrétion des matières qu'elles recueillent, et que souvent aussi ces matières, surtout si elles sont épanchées dans les tissus, au lieu d'y être absorbées paisiblement, y déterminent de l'inflammation, des abcès.

D'autre part, toute humeur du corps peut être considérée comme corps étranger, dès qu'elle est hors de ses vaisseaux et réservons propres; et, si par sa présence elle ne détermine pas l'inflammation des parties qu'elle touche, elle est recueillie par l'absorption; ainsi le sang extra vasé dans une ecchymose, épanché dans une cavité splanchnique quelconque, dans le tissu du cerveau lors d'une apoplexie, etc., est repris par l'absorption; ainsi disparaissent le cristallin déplacé dans l'opération de la cataracte par abaissement, le fœtus dans une grossesse extrautérine, etc ; ainsi se résolvent beaucoup d'empâtemens, d'engorgemens, d'altérations organiques, qu'ont laissés dans des organes des maladies antérieures, fl est bien évident encore que ces absorptions ne sont qu'éventuelles , puisqu'elles sont subordonnées aux circonstances insolites qui les sollicitent; mais au moins ici elles sont favorables, et réparent les désordres qui sont survenus; elles sont le moyen qu'emploie la puissance médicatrice de la nature.

Telles sont les absorptions de la seconde classe. Deux caractères les distinguent surtout de celles de la première; l'un est qu'elles ne sont qu'éventuelles, tandis que les autres se produisent constamment ; l'autre, sur lequel nous allons nous arrêter un peu, est que les matériaux sur lesquels elles agissent restent le plus souvent tels qu'ils étaient avant l'absorption, ou au moins éprouvent une altération moindre, de telle manière qu'on peut souvent les reconnaître plus ou moins dans les vaisseaux où ils ont été introduits. Cela n'est jamais dans les absorptions de la première classe; la matière, en même temps qu'elle est saisie, est élaborée

ABS 19.9 et change de nature. Le chyme, par exemple, dans l'absorption alimentaire, 'est changé en chyle; l'oxygène de l'air, dans la respiration, est assimilé au sang de manière à ne pouvoir plus cire retrouvé dans ce fluide. Ce n'est pas sous leur forme propre que, dans l'absorption interne, sont repris les élémens usés des organes, les sucs sécrétés récrémentitiels, èt les parties résorbées des sucs sécrétés excrémentitiels; ces divers matériaux sont aussi changés aussitôt en lymphe ou en sang veineux. Il est certain enfin q^c, pour ce premier ordre d'absorptions , l'absorption n'est pas seulement une action de pompement, mais une action élaboratrice de la matière. Au contraire, cela n'est pas., ou cette altération est moins complète dans l'es absorptions du second ordre. Par exemple, quand une substance étrangère au corps a pénétré du dekors dans l'économie par l'action absorbante de la peau, d'une membrane muqueuse , d'une surface interne quelconque avec laquelle elle a été mise accidentellement en contact, le plus souvent on retrouve cette substance en tout ou en partie dans le sang, ou dans le parenchyme des organes, ou dans les fluides sécrétés; n'a-t-on pas retrouvé aussi, partie au moins des médicamens appliqués en frictions sur la peau, des liquides divers injectés par expérience dans les membranes muqueuses, séreuses, etc.? Puisque d'ailleurs ces substances vont toutes plus ou moins exercer une influence spécifique sur quelques organes , le mercure , pa r exemple, sur les organes salivaires, les cantharides sur les reins, il faut bien qu'elles aient conservé quelque chose au moins de leur nature première*, et qu'elles n'aient pas été changées en un fluide identique,. comme nous verrons que le sont les matériaux " des autres absorptions. Il en est de même dans les absorptions accidentelles internes : quand il y a résorption de la bile , de l'urine, ne trouve-t-on pas toujours quelques parties au moins de ces sucs dans le sang? Les parenchymes des organes, les humeurs des sécrétions, ne sont-ils pas alors chargés de quelques principes spécifiques de ces sucs ? N'est-ce pas pour cette raison que quand la coction se fait dans les maladies, que s'opère la résolution de quelque engorgement d'organe, toujours les excrétions sont plus abondantes et chargées de quelques principes qui ne leur sont pas ordinaires? Toutefois cette différence entre les detix ordres d'absorption justifie, -ce me semble, la distinction que nous en avons faite , et nous verrons l'utilité dont elle nous sera pour découvrir quels sont chez l'homme les agens de l'absorption.

Arrivons à la seconde partie de notre travail', l'étude de chaque absorption eu particulier.

il0 partie. — Des absorptions en particulier. — Si nous voulions traiter ici avec détails de chacune des absorptions que nous venons de mentionner, d'abord nous donnerions à cet article une étendue immense, et ensuite nous violerions la loi que nous nous sommes imposée de placer surtout chaque objet en son lieu. Or u» grand nombre de ces absorptions portent des noms* spéciaux, et conséquemment leur histoire doit être renvoyée à ces noms. Nous n'allons donc parler ici que des absorptions qui se rapportent le plus à la généralité de la fonction, en suivant l'ordre même dans lequel nous les avons énumérées.

Ainsi, pour commencer par les absorptions de la première classe, on a vu que nous en reconnaissions cinq : l'absorption digestive, la respiratoire, l'interstitielle, l'absorption des sucs sécrétés récrémentitiels, et celle des sucs sécrétés excrémentitiels. Nous allons faire l'histoire de chacune d'elles, en réunissant seulement les trois dernières sous im titre unique, celui d'absorption interne , parce .qu'elles sont accomplies par les mêmes organes et donnent lieu aux mêmes produits.

i° Absorption digestive. — On sait que c'est celle qui se fait dans l'intestin grêle, et opère sur les alimens et les boissons après que ces substances ont subi l'élaboration préalable de la digestion. Nous avons dit même qu'il fallait la subdiviser en absorption des alimens ou chyleuse , et absorption des boissons.

Absorption des alimens ou chyleuse. — Ce n'est pas ici le lieu d'en donner une histoire détaillée; nous la renvoyons au mot chylifère , parce que l'appareil qui porte ce nom en est l'agent; nous allons seulement en rappeler ici les principaux traits , parce qu'elle est la plus connue de toutes les absorptions, et que c'est d'après elle qu'on se fait généralement l'idée sous laquelle on se représente toutes les autres.

L'histoire de toute absorption comprend l'indication de l'organe ou appareil qui en est l'agent, et celle du mécanisme par lequel cet organe s'effectue. Or déjà l'agent de l'absorption des alimens ou chyleuse est distinct; c'est ce qu'on appelle Yapparetl chylifère, assemblage de vaisseaux d'un ordre particulier, ouverts d'un côté par des orifices très- ténus à la surface interne de l'intestin grêle, de l'autre aboutissant tous à un tronc commun, situé sur la troisième vertèbre lombaire, appelé réservoir de Pecrpict,

ABS i3i ou cistcma chyli, et traversant dans cet intervalle un grand nombre de corps globuleux appelés ganglions mésentériques , et qu'on suppose destinés à faire subir une mixtion au fluide qui est le produit de leur action d'absoYption , au chyle. Ces vaisseaux doivent nécessairement avoir des communications médiates ou immédiates avec la cavité de l'intestin grêle, dans laquelle est le chyme sur- lequel ils doivent agir ; mais la ténuité des parties est telle, qu'on ne peut voir que difficilement quelle est leur disposition à cette origine. La plupart des anatomistes disent qu'ils commencent aux villosités de l'intestin par de petits orifices, qui sont ceux qui exercent l'action d'aspiration : Cruikshank^ en effet, dit avoir reconnu distinctement sur une villosité intestinale dix à douze orifices qui étaient encore remplis de chyle qu'il avait coagulé en plongeant l'organe dans l'alcohol; Hewson, Bleuland, Hedwig, disent avoir reconnu la même structure : dans cette hypothèse, les chylifères seraient ouverts immédiatement dans l'intestin. Au contraire , Rndolphi et Albrecht Meckel veulent que dans les villosités intestinales existe un tissu d'une nature particulière, une sorte de substance gélatineuse destinée à effectuer immédiatement l'absorptiozi, et à laquelle seulement aboutissent les vaisseaux chylifères. Toutefois ces vaisseaux commencent en ce lieu , et sont d'abord fort petits et fort nombreux ; ils forment ensuite un réseau à mailles assez fines entre chacune des tuniques de l'intestin ; puis ils se dégagent de cet intestin par derrière, rampent l'espace d'un à deux pouces dans l'épaisseur du mésentère, et se plongent dans une première rangée de ganglions mésentériques. Bientôt ils en sortent moins nombreux et plus gros qu'ils n'étaient en y entrant, parcourent un second intervalle dans la duplicature du mésentère, et atteignent une seconde rangée de ganglions mésentériques. Ils la traversent de même, vont encore se plonger dans une. troisième, et en sortent toujours plus gros et moins nombreux. Enfin ils aboutissent tous à ce réservoir commun, dit de Pecquet, qui est situé vers la troisième vertèbre des lombes, au côté droit de l'aorte, et dans lequel nous verrons aboutir aussi un des fluides de l'absorption interne. Dans ce trajet , ces vaisseaux restent généralement grêles , et établissent entre eux mille anastomoses. Les ganglions qu'ils traversent sont de petits corps d'une couleur rose pâle, irrégulièrement lenticulaires, d'un volume qui varie depuis deux à trois lignes jusqu'à un pouce , situés dans la duplicature du mésentère ,

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et fournissant, par la pression, un fluide transparent inodore'. Beaucoup de vaisseaux sanguins les pénètrent. Leur structure intime est peu connue, et est le sujet de beaucoup de débats : selon les uns, ils ne sont que le pelotonncment de vaisseaux cbylifères très-divisés et anastomosés à l'infini , mêlés dans une trame cellulaire avec beaucoup de vaisseaux sanguins et de nerfs; selon d'autres, il existe dans leur intérieur des cellules dans lesquelles arrivent les vaisseaux cbylifères ajfcrens, d'où partent les cjférens, et qui sont pleines d'un suc lactescent.- L'inspection ne permet pas de voir laquelle de ces deux dispositions est la vraie; ce dont on est sûr seulement, c'est que la communication des vaisseaux cbylifères afférens et efférens , au travers de ces ganglions, est facile, puisqu'une injection de mercure passe des uns aux autres de ces vaisseaux sans distendre les ganglions. Le nombre de ces ganglions, auxquels, du reste, aboutissent aussi les vaisseaux lymphatiques de l'abdomen, est à peu près de cent.

Tel est l'appareil qui exécute l'absorption chyleuse. On le distingue avec facilité quand on l'examine sur le cadavre d'un homme supplicié ou cpii est mort subitement et accidentellement deux heures après avoir mangé , ou quand on le recherche sur le cadavre d'un animal qu'on a tué exprès dans un semblable état; le chyle qui le remplit alors en dessine toutes les dépendances , surtout si on a- pris soin de lier le canal qui fait suite au réservoir où ce chyle se rassemble, qu'on appelle canal thoracique, et qu'on ait empêché ainsi ce chyle de se verser dans le torrent de la circulation.

Maintenant, comment agit cet appareil pour effectuer l'absorption chyleuse? Évidemment les orifices médiats ou immédiats des vaisseaux chylifères qui sont en contact avec le chyme se livrent à une action en vertu de laquelle ils puisent dans ce chyme certains élémens,les élaborent, et fabriquent avec eux un fluide blanc, qui est lé" chyle. Celte action est trop moléculaire pour être appréciée par aucun sens ; mais sa réalité est constatée par son résultat, la formation du chyle. On ne peut pas pénétrer son essence, pas plus que celle de toute autre action; mais ou peut .issurer d'elle los trois propositions suivantes : i° qu'elle exige l'intervention des chylifères pour sa production , et est un résultat de leur travail; 2° qu'elle ne peut être assimilée à aucune action physique ou chimique, et est par conséquent une action organique et vitale; 3° qu'enfin elle n'est pas une simple action de

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pompement, mais de plus une action d'élaboration qui a eu pour résulat la formation du fluide *qui s'en montre le produit. En effet, l'intégrité des vaisseaux chylifères est une condition de rigueur pour l'accomplissement de cette absorption. En second lieu, toutes les explications physiques qu'on en a données sont inadmissibles : peut-on dire , par exemple, que le chyle ne s'engage dans les chylifères que parce que l'intestin exerce une pression sur le chyme, en exprime le chyle, et force ce fluide à s'engager dans les vaisseaux chylifères qui y sont abouchés? Mais il faudrait que le chyle existât tout formé dans le chyme, et nous allons dire que cela n'est pas; les chylifères sont ici ce que sont les racines du végétal ; et où est. la pression qui fait pénétrer dans ces racines les sucs qu'elles retirent de la terre? On a invoqué aussi le phénomène des tubes capillaires; mais la même objection empêche qu'on l'admette ; il faudrait que le chyle existât tout formé dans le chyme, et au contraire il est fait au moment même de l'absorption et en vertu de cette action. Le chyle, en effet, n'a jamais été vu dans l'intestin; en vain on a soumis le chyme à unê pression, on n'a pu en exprimer le chyle; enfin, de même que la sève, produit de l'action absorbante des racines sur les matériaux du sol, n'existait pas toute formée dans le sol, mais a été faite par l'action absorbante des racines , de même le chyle a été fait par l'action absorbante des chylifères qui sont ici, comme l'on dit Hippocrate et Boè'rhaave, les racines nourricières de l'animal.

Qu'est cette action absorbante élaboratrice, cette action de chylose , comme on la nomme? On conçoit qu'on ne peut le dire : si les physiologistes ne peuvent pénétrer le caractère de la digestion, action d'élaboration qui a lieu dans un réservoir et opère sur.une masse, comment pourraient-ils plus à l'égard d'actions qui ont lieu aux extrémités d'un système vasculaire et qui portent sur des molécules très-divisées ? On ne peut assure!1 de cette action de chylose que trois propositions qui sont vraies également de toutes les actions élaboratrices de notre économie, savoir : i° qu'une seule substance peut la subir, le chyme après qu'il a éprouvé l'influence de la bile et du suc pancréatique ; tout ce qui, en effet , est dans l'intestin grêle sans être à l'état de chyme ne concourt pas à la formation du chyle ; 2° que cette action n'a en elle rien de chimique, comme nous l'avons déjà dit; et, en effet, il n'y a nuls rapporft chimiques entre la composition du chyme et celle du chyle; de la connaissance chimique de l'un on

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ne peut conclure à la formation de l'autre; 3° que le produit de cette action, le chyle est toujours identique; et, en effet, comment cela pourrait-il être autrement, puisque c'est un même et unique appareil qui fabrique ce fluide, et qu'il opère sur les mêmes matériaux? Il .n'y a de différence dans le chyle, qu'en raison de la plénitude plus ou moins entière avec laquelle a agi l'appareil chylifère , de l'état plus ou moins bon du chyme dont ce chyle provient , et des substances diverses que l'absorption a pu saisir avec lui dans la partie non chylifiée des alimens, et qui dès lors tout-à-fait étrangères à sa nature, l'altèrent plus ou moins par leur présence.

Toutefois, de tout ce travail résulte un fluide blanc, qui apparaît dès l'origine des vaisseaux chylifères, qui parcourt toute la suite de ces vaissaux, traverse les nombreux ganglions que ces vaisseaux forment sur leur route, probablement va en s'animalisant de plus en plus dans ce long trajet, et finit par se rassembler dans la partie centrale de tout l'appareil, le réservoir de Pecquet. Nous renvoyons aux mots chyle, chylifère, et chylose , une histoire détaillée de tout ce premier genre d'absorption, une des plus intéressantes, puisqu'elle assure d'une manière très-prochaine le renouvellement du sang et la réparation du corps.

absorption des boissons. A plus d'un titre cette absorption doit être distinguée de la précédente. D'abord, tandis que l'absorption chyleuse ne pouvait se faire qu'à l'intestin, celle 'des boissons peut se faire à d'autres surfaces, à la peau , par exemple : nous avons dit que des bains, l'application de vêtemens mouillés à la peau, avaient souvent calmé la soif. Ensuite, ce que l'une et l'autre fournissent au sang diffère, et rien ne prouve que ce soit sous forme de chyle qu'arrive au sang le produit utile des boissons. Enfin il est douteux que ce soit le même appareil vasculaire, l'appareil chylifère, qui soit chargé de recueillir et de fabriquer dans l'intestin le produit, quel qu'il soit, de l'absorption des boissons; et, s'il le fait, ce n'est pas comme appareil chylifère proprement dit, mais comme étant une dépendance du système absorbant général , du système lymphatique. Toutefois indiquons-en aussi les agens et le mécanisme.

La seule analogie devait faire considérer comme agent de l'absorpjion des boissons l'appareil'chylifère ; et en effet c'est une des opinions le plus généralement admises. Mais comme

ABS *35 îivatat la découverte <lc l'appareil ehylifère, en i&fci, par AseUi, et celle des lymphatiques, en i65o, on considérait les veines comme les agens de toutes les absorptions , et par conséquent les veines mésaraïques comme les agens des absorptions des alimens et des boissons, quelques physiologistes, MM. Ribes et Magendie, par exemple, ont pensé que, tandis que les chylifères effectuaient l'absorption chyleuse, les veines mésaraïques effectuaient celle des boissons; et d'autres médecins, enfin, ont cru que ces

deux ordres de vaisseaux concouraient à la fois à cette absorp- *'

tion.

En commeTieant cette discussion, qui du reste- se rattache à la question de savoir lesquels des vaisseaux lymphatiques ou des veines excécutent l'absorption interne, et qui nous occupera ci-> après, il faut convenir tout de suite qu'il restera toujours du dofute sur elle; et cela, parce que ce n'est pas par des faits directs , tels que ceux qui ont fait dire les vaisseaux chylifères les agens de l'absorption chyleuse , qu'on dit ces mêmes vaisseaux et les veines mésaraïques ceux de l'absorption des boissons, mais sur des preuves négatives seulement, et par voie d'exclusion. Le produit des boissons, en effet, ne constitue pas un fluide distinct comme le chyle; il n'existe pas un appareil spécial chargé de le recueillir; on ne voit dans l'intestin que les chylifères ou les veines mésaraïques qui soient aptes à en effectuer l'absorption; et, comme alors ce produit est aussitôt mêlé aux fluides propres de ces deux systèmes de vaisseaux, on ne peut l'y reconnaître , et avoir par-là une preuve directe de son absorption. Ce n'est donc que d'après des raisonnemens et des faits indirects qu'on admet l'absorption des boissons par les chylifères ou par les veines mésaraïques; et l'on va voir que ces raisonnemens et ces faits sont les mêmes pour l'un et l'autre genre de vaisseaux.

Ainsi Hunter, qui considère les vaisseaux lymphatiques comme les agens exclusifs des absorptions, fait absorber dans l'intestin les boissons par l'appareil ehylifère. Il se fonde i° sur la ressemblance iinatomique extrême qui existe entre les chylifères et les lymphatiques, et qui est telle, que l'appareil ehylifère n'est considéré que comme une dépendance du système lymphatique; i° sur ce que tous les physiologistes qui ont recueilli le chyle pour l'examiner, onf dit que sa fluidité avait toujours été en raison de la quantité des boissons qui ont été prises; 3° enfin

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sur des expériences dans lesquelles des boissons ont paru êlrc absorbées par les vaisseaux cbylifères , et non par les veines mésaraïques, et dont voici le précis : Hunter ouvre l'abdomen à un chien, saisit une portion d'intestin, en exprime les matières qui y sont contenues, y injecte du lait, l'y fixe par des ligatures; et après avoir eu le soin de vider toutes les veines de cette portion d'intestin, de lier toutes les artères, le tout est remis dans l'abdomen : alors au bout d'une demi-heure, examinant de nouveau les parties, il trouve que les veines sont restées vides, et qu'au contraire les cbylifères sont pleins d'un 'fluide blanc; à la vérité, il ne s'assura pas si ce fluide blanc était le lait lui-même ou du chyle ordinaire. Répétant l'expérience., non avec du lait, qui comme aliment p'eut se chylifier, mais, ce qui valait beaucoup mieux , avec de l'eau chaude, une eau musquée, une dissolution d'empois coloré, il trouve de même les veines vides, et les cbylifères pleins. Enfin, dans une de ces expériences, pendant que la dissolution d'empois coloré remplit l'intestin, et par con • séquent y est absorbée , il injecte les artères de l'intestin , et il s'asl sure que la matière de l'injection n*a, en revenant par les veines

mésaraïques, rapporté aucun atome de la matière colorante.

De leur côté," les physiologistes qui croient que les boissons sont absorbées par les veines mésaraïques, invoquent des raisonnemens et des expériences tout-à-fait semblables. i° Si les chylifères font partie du système absorbant lymphatique, les veines mésaraïques font partie du système absorbant veineux , et par conséquent la condition est la même : bien plus, quel que soit le système vasculaire qui rapporte le produit des boissons, ce sont certainement les Villosités de l'intestin qui en effectuent l'absorption; or les veines ont plus de part à la structure de ces villosités, et surtout y ont des orifices plus libres; Lieberkuehn, poussant une injection dans la veine porte, a vu la matière sourdre par les villosités de l'intestin; et M. Ribes, pratiquant cette même injection avec de l'essence de térébenthine colorée en noir, avec du mercure, a obtenu le même résultat. Si les veines mésaraïques ont ainsi des orifices béans dans la cavité de l'intestin , n'est-ce pas une présomption de croire que c'est pour y exercer une fonction d'absorption ? 2° Si le chyle s'est montré d'autant plus fluide qu'on avait pris plus de boissons, Boërhaave aussi dit avoir vu le sang des veines mésaraïques devenir plus fluide lors de la digestion des boissons; et Flandrin croit avoir

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remarqué sur dos chevaux , que ce sang avait une odeur herbacée qui tenait de celle des alimens dont avaient usé ces animaux, et qu'il chercha vainement dans le chyle. 3° Enlin, dans des expériences calquées sur le modèle de celles de Uunter, on retrouva dans les veines mésaraïques, et non dans le*s chylifères ,. quelques parties des boissons introduites dans l'intestin. Kaaw Boërhaave, par exemple, injecte de l'eau tiède dans l'estomac et , l'intestin d'un chien qu'il vient de tuer, et à l'aide, d'une légère pression il fait passer cette eau dans les veines mésaraïques, au point que ces vaisseaux en pâlissent, et que cette eau finit par couler pure de la veine cave inférieure. Répétant l'expérience avec de l'eau colorée, lé résultat est le même, seulement plus évident. Flandrin donne à un cheval un mélange d'assa-fœtida et de miel, et tandis que le sang veineux de l'estomac et de l'intestin exhalçnt l'odeur bien caractéristique de cette substance, on ne peut en signaler aucune trace dans le sang artériel et dans le chyle. Enfin, de nos jours, ML Magendie fait avaler à un chien, pendant qu'il digère, une certaine quantité d'eau étendue d'alcohol, ou une dissolution de camphre, ou un autre liquide odorant; et après une demi-heure examinant le chyle, il ne peut y trouver aucune de ces substances , tandis que le sang exhale l'odeur de l'alcohol , du camphre , et qu'on peut par la distillation retirer ces substances du sang de la veine porte. Il fait avaler à un chien 4 onces d'une décoction de rhubarbe, ou 6 onces de prussiate de potasse, et après une demi-heure aussi, il ne retrouve aucune trace de ces substances dans le fluide du canal thoracique, tandis que l'urine en contient. Il lie le canal thoracique à un chien, puis lui fait boire une décoction de 2 onces de noix vomique, et la mort arrive aussi promptement que sur un autre chien. Le résultat est le même, si la décoction est injectée dans le rectum , partie du canal intestinal où il n'y a plus de vaisseaux chylifères. Enfin , sur un chien qui n'a pas mangé depuis sept heures , l'abdomen est incisé, une anse d'intestin' est saisie et isolée par deux ligatures; on y coupe avec le soin le plus minutieux tous les vaisseaux chylifères, lymphatiques, artériels et veineux; on ne laisse intactes qu'une seule artère et une seule veine; on coupe alors l'anse intestinale aux deux ligatures, de manière que cette portion d'intestin ne tient plus au corps que par la seule artère et la seule veine; on injecte dans son intérieur la décoction de noix, vomique; et six minutes après

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l'effet du poison se manifeste. De tout cela M. Magcndie conclut que ce sont les veines mésaraïques- qui effectuent seules l'absorption des boissons; d'ailleurs, quand on examine les ebangemens qu'éprouvent les boissons dans l'appareil digestif, on voit qu'ellessont absorbées dans l'estomac lui-même, et dans ce viscère il n'y a pas encore de vaisseaux cliylifères.

Les sectateurs de l'absorption des boissons par les veines mésaraïques ont encore invoqué d'autres considérations, mais qui sont moins puissantes que les précédentes, i° Ils ont fait remarquer que la veine porte a une capacité bien supérieure à celle de l'artère qui lui correspond, la mésentérique supérieure, et que c'est là une raison de croire qu'elle a à rapporter dans le torrent de la circulation bien plus que le reste du sang artériel, par conséquent les produits d'une absorption. Mais celte disposition est générale à tout le système veineux, et peut tenir ici, comme ailleurs, à ce que les veines effectuent, comme nous le dirons ci-après, l'absorption interne. i° Ils ont argué de l'exception remarquable que fait cette veine porte au reste du système veineux, en ce qu'au lieu*d'aboulir à une veine plus grosse et plus centrale, elle'se distribue dans le tissu du foie; ils ont dit que cette disposition avait pour effet de soumettre les boissons absorbées à l'action d'élaboration de ce viscère, et de hâter leur assimilation au sang. Mais ce n?est évidemment là qu'une conjecture qui ne repose sur aucun fait ;, et l'exception de la veine porte peut avoir un tout autre but que celui de. l'hématose, par exemple être relative à la sécrétion de la bile seulement. 3° On a dit qu'en admettant la voie des veines mésaraïques pour l'absorption des boissons, on concevait mieux la rapidité avec laquelle les boissons sont quelquefois x'endues par l'urine. Mais on ne voit pas que cette voie soit plus courte que celle des cliylifères.

Telles sont les raisons sur lesquelles on a, de part et d'autre, admis l'absorption des boissons par les cliylifères ou les veines mésaraïques. Mais, si ces raisons suffisent pour faire admettre à chacun des partis celle des deux absorptions qu'il proclame, il nous semble qu'elles ne peuvent rien contre l'autre absorption qu'il rejette;. les deux systèmes v.asculaircs nous paraissent être dans des conditions tout à-fait semblables : i° l'un et l'autre, en effet, ont la même dispositidn anatomique, ont également des orifices ouverts dans la «avité de l'intestin; et, si les veines ont

ABS 1I9 paru avoir des radicules plus libres et plus nombreux dans les villosités de l'intestin, cela tenait peut-être à l'état de putréfaction dans lequel étaient les cadavres sur lesquels on a fait les injections; 20 on a cru remarquer également des différences et dans le chyle et dans le sang des veines mésaraïques, consécutivement à l'absorption des boissons; 3° enfin , dans les' expériences, on a également trouvé les boissons en totalité ou en partie dans* l'un et l'autre des deux systèmes. A la vérité, Hunter dit n'avoir jamais vu les boissons pénétrer dans les veines mésaraïques; et ses adversaires, M. Magendie, par exemple, disent au contraire ne les avoir jamais vues introduites dans les vaisseaux chylifères; mais que peuvent les faits négatifs des uns contre les faits positifs des autres ? D'ailleurs, beaucoup de physiologistes, répétant ces ' expériences, ont vu les matières pénétrer à la fois dans ks deux ordres de vaisseaux; Fiandrin , par exemple, dit que tantôt la matière n'a pénétré, bu du moins n'a été retrouvée dans aucun des deux genres de vaisseaux; que d'autres fois elle était dans les veines seulement, ou dans les chylifères seulement, ou dans les unes et les autres à la fois ; et qu'enfin souvent il ne la retrouve ni dans le chyle ni dans le sang veineux, mais seulement dans l'urine. Si l'on objecte que dans ces expériences il y a eu moins absorption des boissons proprement dite, qu'une de ces absortions éventuelles et insolites dont nous avons parlé plus bas ,. l'objection s'appliquera à l'un des systèmes comme à l'autre. Enfin , l'expérience de l'anse intestinale, sur laquelle insiste le plus M. Magendie, prouve bien que les veines ont absorbé dans ce cas, mais non que les chylifères ne sont pas capables de le faire; il eût fallu faire l'expérience inverse, c'est-à-dire ne laisser de commxmication à l'anse intestinale qii'à l'aide d'un chylifère, et voir si, dans ce cas , le poison eût été absorbé de même.

Ainsi, dans le débat, les raisonnemens et les expériences étant les mêmes de part et d'autre, nous pensons qu'il fout considérer les chylifères et les veines mésaraïques comme étant de concert les agens de l'absorption des boissons. Ces vaisseaux n'agiraient même alors que comme absorbans généraux; et ce qui tend à le prouver, c'est que la voie par laquelle pénètrent les boissons destinées à calmer la soif importe peu ; ces boissons remplissent également leur but, qu'elles pénètrent par la peau ou ■par l'estomac : cela semble annoncer qu'elles n'ont pas besoin d'un appareil vas- < ul aire absorbant spécial.

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Toutefois voilà ce qui est des agens de l'absorption des boissons. xQuant à son mécanisme , il est le.même que celui de l'absorption clryleusc, et on en peut dire les mêmes choses. Cette absorption est une action trop moléculaire pour être saisissable par aucun sens; effectuée par le radicule chylifère ou veineux, quel qu'il soit, elle n'est pas une simple action de pompement; mais en même temps elle élabore la boisson : son produit ne peut être indiqué, parce qu'il est mêlé aussitôt. ou à la lymphe, ou au sang veineux, ou même, dans ce dernier cas, peut être immédiatement assimilé à ce fluide. C'est enfin une action aussi évidemment organique et vitale que celle de la cbylose.

•i° Absorption aérienne ou respiratoire. — Nous avons déjà dit que cette espèce d'absorption avait été considérée universellement comme une fonction distincte, celle de la respiration. Nous renvoyons donc son histoire à ce mot.

3° Absorption interne. — Cette absorption, considérée sous le rapport des m atéria-ux qu'elle recueille, est multiple, comme on le sait; et, si nous voulions traiter ici en détail de chacune de ses subdivisions, nous ferions un volume : mais chacune de ces absorptions internes retrouvera sa place à d'autres articles de ce Dictionnaire; l'absorption interstitielle, par exemple , fait partie intégrante de la nutrition, et conséquemment son histoire spéciale sera exposée à ce mot; on y verra qu'elle diffère en chaque organe. De même les absorptions des sucs sécrétés récrémentitiels et excrémentitiels «eront traités à l'article qui sera consacré à l'histoire spéciale de chacun de ces sucs; l'absorption delà graisse, par exemple, qui est si variable, au mot graisse , etc. Ici nous ne devons traiter de ces absorptions que sous le rapport de l'action d'absorption seulement; et nous avons déjà dit que, comme toutes sont effectuées par les mêmes agens, et donnent lieu aux mêmes produits, nous les réunissons toutes sous un même titre, celui d'absorptions internes. Il s'agit encore d'en indiquer les agens et le mécanisme.

Relativement au premier point , nous allons retrouver les mêmes dissidences et la même impossibilité de résoudre d'une manière absolue la question , que pour l'absorption des boissons. Dans l'antiquité, lorsqu'on n'avait aucune connaissance du système lymphatique, on regardait les veines comme les agens des absorptions. Lorsqu'ensuitc on eut fait la découverte du système lymphatique , et surtout qu'on eut la certitude que l'appareil eh y -

litVue était l'agent de l'absorption digestive chyleuse, on présenta les vaisseaux lymphatiques comme les agens exclusifs de l'absorption, et on dépouilla les veines de cette importante fonction.' Enfin, tandis que la plupart des physiologistes de notre temps se prononcent pour l'une ou pour l'autre de ces deux opinions, quelques-uns. plus judicieux admettent à la fois l'action des veines et des vaisseaux lymphatiques pour l'absorption interne.

11 importe aussi d'établir d'abord, en commençant l'histoire de cette importante discussion, que, tandis qu'on peut prouver par des faits directs la part qu'a l'appareil chylifère à l'absorption chyleuse , ce n'est encore que sur des preuves négatives et par voie d'exclusion en quelque sorte qu'on présente les veines ou les vaisseaux lymphatiques comme les agens des absorptions internes. En effet, comme le propre de toute action d'absorption est de changer la nature de la matière qui la saisit , il en résulte déjà qu'on ne peut jamais reconnaître la matière qui a été absoi^bée dans les vaisseaux où elle a été introduite , et qu'on est privé de ce fait qui serait une preuve irrécusable delà réalité de l'absorption. Cela est dans l'absorption chyleuse comme dans toutes les autres. Mais dans cette absorption chyleuse il y a d'autres phénomènes antécédens et concomitans qui tiennent lieu de cette preuve directe, et qui ne permettent pas de méconnaître que l'appareil chylifère est l'agent de cette absorption, et le fluide chyle son produit. Comme, par exemple, il n'y a jamais de chyle qu'autant qu'il y a du chyme dans l'intestin, et que la présence de ce dernier est éventuel.'e, peut être obtenue «ou ajournée à volonté , on a , par ce fait , un moyen de s'assurer que le chyle , quoique ne ressemblant plus au chyme, en provient cependant, et résulte de l'action absorbante élabora trice qu'ont exercée sur ce chyme les radicules des vaisseaux chyliféres : de même, comme à mesure que le chyle est fait, le chyme dans l'intestin sè change en fèces, ce fait fournit une autre preuve que le premier dérive du second, que le chyme en est la base et l'appareil chylifère l'agent.

Or rien de tout cela ne se rencontre dans les absorptions internes. D'abord les matériaux qu'elles recueillent sont aussi transformés au moment de l'absorption, et ne peuvent plus être reconnus dans les vaisseaux qui les ont saisis. On est donc aussi privé à leur égard de ce fait, qui eût été une preuve irrécusable de leur réalité, un moyen sûr d'en découvrir et les agens et les

produits. Ensuite il n'y a ici Aucun de ces faits antécédens et concomitans propres à tenir lieu de cette preuve directe, et qui existaient dans l'absorption chyleuse. Les matériaux de ces absorptions, en effet, sont toujours existans dans l'économie; on ne peut pas à volonté les supprimer et les reproduire, 4e manière à voir coïncidemment se supprimer aussi et reparaitre les fluides qui en sont les produits. D'autre part, à mesure que ces matériaux des absorptions internes sont enlevés , les nutritions et les sécrétions les renouvellent, et ne voyant pas conséquemment ces matériaux s'altérer à mesure que les absorptions les travaillent, on est privé de cet autre fait, qui montrerait dans quelle dépendance sont de ces matériaux les fluides qui sont présumés en être les produits.

On ne possède donc aucun moyen direct de prouver que les veines ou les vaisseaux lymphatiques sont aussi certainement les agens des absorptions internes, que les vaisseaux chvlifères sont ceux de l'absorption chyleuse. Ce n'est, nous le répétons, que sur des î-aisonnemcns, des preuves négatives et par voie d'exclusion, qu'on l'établit. Ces raisonnemens les voici : i° d'abord, comme c'est un système vasculaire qui effectue l'absorption chyleuse, l'analogie porte à croire que c'est aussi un système vasculaire qui effectue l'absorption interne; 20 quand on examine les différens systèmes vasculaires du corps humain, on ne voit que les veines ou les vaisseaux lymphatiques qui soient aptes à effectuer cette absorption interne. Ces deux systèmes vascuhiires, en effet, sont les seuls qui soient des vaisseaux de rapport , de retour. Ils commencent par des orifices qui communiquent médiatement ou immédiatement avec les diverses surfaces où se font les absorptions internes. Les fluides qui circulent dans leur intérieur, savoir, la lymphe et le sang veineux, vont se mêler au chyle et se changer avec lui en sang artériel par l'influence de la respiration ; et certes, de cette communauté d'usages avec le chyle, on peut en conclure qu'ils sont comme lui des fluides d'absorption. Ils ont enfin l'un et l'autre une capacité bien supérieure à celle du système artériel, et doivent, à cause décela, être présumés rapporter quelque chose de plus que le reste de ce sang artériel, par conséquent les produits de quelques absorptions; 3° enfin, dans tous les cas où des absorptions insolite^ ont eu lieu et ont ainsi fait pénétrer dans l'économie des matières qui y ont conserve leur natuue étrangère, c'est dans les veines et les vaisseaux lym-

ABS 14Î phatiques qu'on a retrouvé ces matières étrangères. Si, dans ces cas où. l'absorption n'« 1)U etre méconnue, puisqu'on a retrouvé en nature les substances sur lesquelles elle a agi, ce sont les vebics et les vaisseaux lympbatiques qui s* en sont montrés les agcns, n'est-ce pas une présomption , a-t-on dit, pour que ce soient cesmêmes vaisseaux qui effectuent les absorptions internes qui se font continuellement dans l'économie ?

Ainsi ; en participai- voie d'exclusion, et en partie d'après dos raisonnemens et surtout d'après ce fait des absorptions insolites , les veines et les vaisseaux lymphatiques ont été présentés comme îes agens des absorptions internes. Dès lors le sang veineux et la lymphe ont dû être considérés comme étant en totalité ou en partie des produits de ces absorptions, comme étant à ces absorptions , ce qu'est le chyle à l'absorption alimentaire.

Mais , maintenant , lesquels des vaisseaux lymphatiques ou (les veines effectuent les absorptions internes? Sont-ce les vaisseaux lymphatiques seuls, ou les veines seules, ou ces deux ordres de vaisseaux à la fois? Il nous. semble que c'est cette dernière opinion qu'il faut admettre. En effet , si c'est sur des preuves négatives et par voie d'exclusion seulement qu'on a dit les veines et les vaisseaux lymphatiques' les agens des absorptions intern es , et si ces preuves s'appliquent également à l'un et à l'autre ordre de vaisseaux, comment pourrait - on admettre l'action absorbante de l'un et nier celle de l'autre? Or toutes les considérations précédemment exposées sont vraies des veines et des lymphatiques : i° ces deux ordres de vaisseaux sont étendus également, depuis les lieux où se font les absorptions internes jusqu'au centre de la circulation où tout doit aboutir; ils s ont également des systèmes vasculaires de retour, de rapport; a° les uns et les autres ont également leur origine médiate ou immédiate aux surfaces externes et internes où se font les abso rptions; et ce qui le prouve, c'est qu'une injection pratiquée d ans une veine ou un vaisseau lymphatique pénètre également dan s le parenchyme des organes, et vient dans les -deux cas suinter à la surface des parties qui sont le siège des sécrétions rérrémentitiell'es ; 3° la lymphe et le sa,ng veineux, qui circulent o ;ms chacun de ces deux ordres de vaisseaux, vont également d'abord, recueillir le fluide de l'absorption digestive , le chyle, puis se changer avec ce chyle , dans le poumon , en sang artériel ; de sorte'que si cette analogie d'usage avec le chyle, qui est évitlem-

ment un produit d'absorption, peut être invoquée pour justifier l'idée que la lymphe et le sang veineux sont aussi des produits d'absorption, on voit que cette analogie s'applique à l'un des fluides comme à l'autre; 4" les veines et les vaisseaux lymphatiques ont également une capacité supérieure à celle du système artériel, et on a par conséquent les mêmes raisons de croire que ces deux ordres de vaisseaux rapportent au centre de la circulation quelque chose de plus que le reste du s^ang artériel , et par conséquent absorbent; 5° enfin, toutes les fois que des absorptions ïr.solites se sont effectuées, ont fait pénétrer dans l'économie des matières qui, y conservant leur nature étrangère, pouvaient y <être retrouvées et trahir alors les vaisseaux dans lesquels elles Avaient été introduites , c'est en même temps dans les veines et les vaisseaux lymphatiques que ces matières se sont offertes; et l'on voit dès lors que la conséquence qu'on a déduite de ce fait en faveur de l'action absorbante de ces vaisseaux s'applique encore aux uns et aux autres.

Ainsi donc , puisque les faits indirects , d'après lesquels on n été conduit à considérer les vaisseaux lymphatiques et les veines comme les agens des absorptions internes, s'appliquent également à ces deux ordres de vaisseaux, on ne peut admettre l'action absorbante des veines, par exemple, à l'exclusion do celle des lymphatiques , et vice versa; mais il faut, si l'on admet l'une de ces absorptions, nécessairement admettre aussi l'autre.

Aussi, tandis que les argumens qil'ont fait valoir V>ur à tour les fauteurs de l'absorption exclusive par les veines ou par les lymphatiques, sont tous victorieux pour prouver la réalité de l'absorption qu'on adopte,' ils sont au contraire insuffisans pour démontrer la nullité de celle qu'on récuse.

Par exemple Hunter et ses sectateurs ne veulent admettre que l'absorption lymphatique, et ils se fondent : i° sur la grande ressemblance qui existe entre les vaisseaux lymphatiques et les vaisseaux chylifère», de sorte que, si ces derniers sont évidemment des vaisseaux- d'absorption , comme on ne peut en douter, il est probable que les premiers le sont aussi; 2° sur ce que, dans des expériences faites par4 Hunter, une eau colorée d'indigo et injectée à la surface du péritoine, a coloré en bleu les lymphatiques de l'abdomen , et n'a jamais été retrouvée dans les veines. Mais d'abord il est évident que le premier argument jie prouve que pour l'absorption lymphatique, et ne peut rien

A H S i/45 contre l'absorption veineuse; et, quant au second, si Huntcr n'a jamais vu les matières absorbées dans les veines, beaucoup d'autres expérimentateurs les y ont trouvées, Flandrin et Magendic , par exemple : et que peuvent dès lors les faits négatifs de l'un contre les faits positifs et bien constatés des autres ? A la vérité les fauteurs de l'absorption exclusive par les lymphatiques ont expliqué, autrement que par l'absorption veineuse, pourquoi les matières absorbées ont été trouvées quelquefois dans les veines : ils ont dit que les vaisseaux lymphatiques n'aboutissaient pas dans le système veineux aux veines sous-clavières seulement , mais qu'ils communiquaient avec les veines à leur origine même, dès le point où ils font partie encore de ce qu'on appelle les systèmes capillaires , et y versaient dès ce lieu les produits de leur absorption. Par-là aussi ils ont cru expliquer pourquoi le système veineux a une capacité si supérieure à celle du système artériel; pourquoi cette capacité plus grande se montre dans ce système dès sa première origine, et non pas seulement au delàdes veines sous-clavières , comme cela devrait être si les lymphatiques étaient les àgens uniques des absorptions ; pourquoi les troncs centraux du système lymphatique peuvent être aussi petits comparativement à la quantité des matières qui sont recueillies par l'absorption interne; enfin comment ces matières peuvent encore être versées dans le sang, lorsqu'il y a digestion; que conséquemmenf le canal thoracique est en entier rempli par le chyle, et suffit à peine à l'afflux de ce liquide. Ainsi ils ont cru répondre à chacune de ces considérations que leur opposaient les partisans de l'absorption veineuse. Mais le fait anatoniique dont ils arguent est-il bien réel? Ils l'assurent d'après des injections cadavériques dans lesquelles on a vu la matière injectée dans les lymphatiques passer dans des veinules : Vieussens, par exemple, dit avoir vu, par ses injections, des vaisseaux lymphatiques naître des parois des dernières artérioles, et venir* aboutir aux premières veinules; Blizard et Meckel disent avoir vu des lymphatiques aboutir directement à des veines; M. Ribes, en injectant les veines sus -hépatiques , a vu la matière passer dans les vaisseaux lymphatiques superficiels du foie; enfin M. Alard, qui nie l'absorption veineuse dans l'ouvrage que nous avons cité plus haut, fait de cette communication la base de toute sa théorie. Or il faut bien se garder de tirer des conclusions absolues de ces injections cadavériques ; les fluides sont i. 10

f. w ijfi A US

bien loin de suivre pendant la vie le cours qu'annoncent cev injections; et ce qui le prouve, c'est qu'elles annoncent la communication de tous les genres de vaisseaux, quels qu'ils soient, artère?, veines, lymphatiques, sécréteurs, etc. Beaucoup de considérations en outre combattent l'idée de cette communication des systèmes lymphatique et veineux à leur origine, ou au moins veulent qu'on la réduise à peu de chose : à quoi servirait en effet, dans l'hypothèse de cette communication, l'abouchement par deux troncs du système lymphatique dans le système veineux ? S'il est vrai que la lymphe aille en s'animalisant graduellement dans son cours par l'influence des ganglions , comme cela est très-probable ; s'il est vrai que le choix des veines sousclavières, pour le versement de la lymphe dans le sang, ne soit pas sans importance pour l'ordre de la circulation et pour l'acte de l'hématose, peut -on coire à celte communication directe des vaisseaux lymphatiques avec les veines à leur origine première? et n'est-il pas probable au moins que, si les lymphatiques versent dès ce lieu dans les veines les produits de leur absorption, ce n'est que dans une quantité' trop petite, pour faire concevoir, sans le secours d'une absorption directe par les veines, la très- grande capacité qu'offrent de suite ces vaisseaux?

D'autre part, M. Magendie est surtout, parmi les physiologistes de nos jours , celui qui ne veut admettre que l'absorption veineuse , et d'après des raisons qui ne me paraissent pas plus convaincantes, i° il dit que des injections délicates faites jadis par Meckel et répétées par M. Ribes prouvent que les vaisseaux lymphatiques n'ont pas, aux diverses surfaces du corps et dans l'intimité des parenchymes, des communications aussi libres que les veines. Mais on lui objecte que peut-être Meckel et M. Ribes ont dû les résultats qu'ils ont obtenus-de leurs injections à l'état de putréfaction commençante dans lequel étaient les cadavres sur • lesquels ils ont opéré ; et que d'ailleurs, si les veines ont, plus évidemment encore que les lymphatiques, leurs radicules ouvert* aux diverses' surfaces, cette disposition n'en est pas moins colle qui est propre aux vaisseaux lymphatiques; i° il invoque le fait de la grande capacité du système veineux, capacité qui est pins grande à partir même des origines de ce système, et la petitesse comparative des troncs centraux du système lymphatique; il demande comment les matériaux des absorptions internes pourraient arriver dans le sang par le canal thoracique, quand le

AliS 147 chyle de la digestion afflue par ce canal. Mais loutes ces considérations, qui sont bonnes à présenter pour appuyer l'idée de l'absorption veineuse, ne prouvent absolument rien contre l'absorption lymphatique; 3° opposant expérience à expérience, il dit que dans plus de cent cas dans lesquels il a soumis à l'action d'absorption des substances diverses déposées dans des membranes séreuses, dans le tissu cellulaire, dans les parenchymes, il n'a jamais pu retrouver ces substances dans les vaisseaux lymphatiques, et qu'au contraire il les a toTijours retrouvées dans les veines. Mais, ainsi que nous l'avons déjà objecté à Hunter, que peuvent les faits négatifs de M. Magendie contre les faits positifs bien constatés dans lesquels les matières absorbées ont été retrouvées dans les vaisseaux lymphatiques? Sans parler des expériences de Hunter et de Flandrin , on a de nombreux faits de ce genre. Mascagni a trouvé, sur des animaux morts d'hémorrhagies pulmonaires et abdominales, les vaisseaux lymphatiques du poumon et du péritoine pleins de sang; ce même observateur a vu une autre fois tous les vaisseaux lymphatiques gorgés du fluide d'une hydropisie : M. De*s'genettes a vu les lymphatiques du foie contenir une lymphe amère, et ceux des reins contenir une lymphe urineuse : Sœmmering a vu de même de la bile dans les lymphatiques du foie, et du lait dans ceux de l'aisselle : enfin M. Dupuytren a observé , chez une femme qui avait une tumeur énorme avec suppuration à la partie interne de la cuisse, les vaisseaux lymphatiques environnans et les ganglions de l'aine pleins d'un fluide qui avait l'opacité, la couleur blanche et la consistance du pus. Sans contredit, l'expérience de M. Magendie qui paraît la plus favorable à l'absorption veineuse est celle de l'anse intestinale qui ne communique plus avec le corps que par le *moyen d'une artère et d'une veine, et dans l'intérieur de laquelle un poison a cependant été absorbé. M. Magendie l'a répétée sous une autre forme : il a coupé la cuisse à un chien vivant, de manière à ce que ce membre ne tienne plus au corps que par l'artère et la veine crurales; il a ensuite inséré de l'upas tieuté dans la pate de l'animal, et après quatre minutes il a vu se manifester les effets du poison. En coupant l'artère et la veine crurales, et remplaçant ces vaisseaux par des tuyaux de plume, le résultat de l'expérience était le même. Enfin , selon qu'on pressait ou non avec les doigts la veine crurale, on suspendait ou on laissait se développer les effets du poison, ce qui prouve bien qu'ici c'était le sang veineux qui était

Chargé du poison. Mais, ainsi que nous l'avons déjà dit en parlant de l'absorption des boissons, cette expérience prouve bien que les veines absorbent, mais non que les lymphatiques ^absorbent pas; il eût fallu pour cela faire la contre-épreuve, c'està-dire ne laisser de communication à la cuisse coupée que par l'intermède d'un vaisseau lymphatique L'expérience de la cuisse prouve même moins pour l'absorption veineuse que celle de l'anse d'intestin, parce qu'en piquant la pate avec un instrument imprégné d'upas tieuté, on empoisonnait directement le sang veineux; 4° les fauteurs de l'absorption veineuse ont dit que beaucoup de parties du corps humain ne paraissaient posséder aucun vaisseau lymphatique, qu'une grande moitié du règne animal, tous les animaux vertébrés, en paraissaient également dépourvus. Mais n'en peut-on pas diro autant des veines? Que de parties dans le corps humain où se font des absorptions et desquelles cependant il ne revient pas de veines !

En somme donc, tout nous parait égal entre ces deux systèmes vasculaires, quand on veut leur rapporter l'office de l'absorption interne; ce qu'on peut dire de l'un peùt certainement se dire de l'autre; il est absolument impossible de nier ou n'adopter l'une des deux absorptions, sans nier aussi ou adopter l'autre; et tous les argumens se bornent à établir par voie d'exclusion que ces deux systèmes vasculaires sont les agens des absorptions internes, et qu'ils le sont également et de concert.

Seulement il se présente ici la question de savoir s'ils effectuent l'absorption immédiatement ou médiatement. Mais, pour y répondre, il faudrait pouvoir saisir quelle est la disposition des veines et des vaisseaux lymphatiques à leur origine première. La plupart des anatomistes, arguant de la transsudation des injections dans les parenchymes et sur les surfaces, croient que ces vaisseaux y ont des orifices libres et qu'ils y exercent une action d'aspiration. Telle leur a paru être surtout l'origine des chylifères dans les villosités de l'intestin; et ils pensent que celte disposition des absorbans externes doit être celle des absorbans internes. Dans cette manière de voir, les veines et les vaisseaux lymphatiques effectueraient immédiatement l'absorption. D'autres professent qu'aux lieux profonds où se font les absorptions internes existe une sorte de spongiosité, une espèce de substance gélatineuse, qui effectue immédiatement l'absorption, mais qui, communiquant aux parois do veines et des lvmphatiques, en transmet le produit dans l'intérieur

ABS 1/Ï9 de ces vaisseaux. Dans cette autre hypothèse, l'absorption dans l'homme et les animaux supérieurs se rapprocherait de ce qu'elle est dans les êtres vivans Jes plus simples, où c'est le tissu même des parties, et non un appareil vasculaire, qui effectue cette action. On conçoit du reste que cette controverse ne change rien au fond de la question principale, l'indication des agens de l'absorption interne, et nous la terminons en présentant comme tels les vaisseaux lymphatiques et les veines.

Maintenant arrivons au mécanisme de cel te absorption. D'abord l'action, quelle qu'elle soit, à laquelle se livrent les radicules des veines et des vaisseaux lymphatiques, et de laquelle résulte cette absorption, est trop moléculaire pour être saisissable par aucun sens; on ne peut ni la voir ni la toucher; son résultai seul, c'est-à-dire l'absorption elle-même, nous annonce qu'elle a eu lieu. Conséquemment on ne peut la décrire. On a dit , d'après ce qu'on a cru apercevoir dans le jeu des points lacrymaux, qu'on a regardé comme une image grossie des radicules absorbans , que ces radicules éprouvaient un sorte d'érection , offraient des mouvemens alternatifs de contraction et de dilatation; mais tout cela a été plutôt inspiré par l'imagination qu'observé réellement. En second lieu, cette action, quelle qu'elle soit, ne consiste pas en un simple pompement des matières, mais est de plus une action d'élaboration; les matériaux divers qu'elle recueille sont en effet changés , au moment de leur absorption, en lymphe et en sang veineux; ils ne sont pas retrouvés séparément dans ces fluides; ils forment masse homogène avec eux; on peut assurer que ces fluides en sont les produits, dérivent d'eux, sont formés avec eux. Il est bien étrange que, parmi lesphysiologistes qui ont dit les veines les agens, et même les agens. exclusifs de l'absorption interne, aucun n'ait considéré le sangveineux comme fourni par les matériaux de cette absorption, ainsi qu'ils ont dit le chyle dérivé du chyme. Enfin, l'essence déi cette action d'absorption n'est pas plus pénétrable que celle de toute autre , et on ne peut dire d'elle que les deux mêmes propositions que nous avons dites de l'absorption considérée dans son étal le plus simple; savoir, qu'elle exige l'intervention des veines et des vaisseaux lymphatiques; que ces vaisseaux ne sont pas • passifs pour la produire; et que, n'étant assimilable à aucune action physique, mécanique ou chimique, elle doit être dite une action organique et vitale. La première proposition ne souffre au-

cune difficulté : l'absorption interne n'exige-t-elle pas l'état de vie? ne diffère- t-elle pas selon les Ages, l'état de santé, de maladie, les diverses conditions organiques dans lesquelles on peut être? Quant à la seconde, elle a donné lieu à plus de débats, mais qui ne font que la confirmer davantage.

Quelle action pbysique, mécanique, pourrait en effet être présentée comme l'essence de l'absorption ? On a parlé d'une imbibition passive entre les pores des vaisseaux; on a avancé l'influence d'une pression anajoguc à celle en vertu de laquelle l'intestin était supposé avoir introduit le chyle dans les chylifères ; on a surtout invoqué le phénomène des tubes capillaires. Mais toutes ces actions ne supposent pas une altération dans la matière absorbée, et nous avons vu que celle-ci, en même temps qu'elle est saisie, est changée en lymphe et en sang veineux : la lymphe et le sang veineux existent-ils avant l'action d'absorption ?

L'action d'absorption, n'est pas davantage une action chimique; car il n'y a nul rapport chimique entre les matériaux des absorptions internes et les fluides lymphe et sang veineux qui en sont les produits; de la composition chimique des unes, on ne peut, à l'aide des lois physiques générales, conclure à la formation des autres; ces absorptions enfin ont pour résultat de créer des matières organisées, et la vie seule, comme on le sait, a cette puissance.

Cette action d'absorption est donc une de ces fonctions exclusives aux corps vivans, et qu'on appelle, à cause de cela, organiques et vitales. En vain, dans un mémoire qu'a présenté, au mois d'octobre 1820, M. Magendie, à l'Académie des Sciences, ce physiologiste a voulu rattacher cette action à l'attraction capillaire des parois vasculaires; nous ne pouvons déduire cette conséquence des expériences qui y sont rapportées. Ces expériences sont de deux sortes : i° un litre d'eau chaude à l\o degrés du therm. centig. est injecté dans les veines d'un chien de moyenne taille ; une légère dose d'un poison connu est ensuite déposée dans sa plèvre, et les effets du poison se montrent plus tard que si l'injection dans les veines n'avait pas été faite : quand ils sont «aussi prompts à se déclarer, ils sont au moins plus faibles, et partant plus prolongés. Si on injecte dans les veines du chien autant d'eau qu'il peut en supporter sans mourir, deux litres, par exemple, les effets du poison ne sont plus obtenus. Pour s'assurer si, dans ce dernier cas, c'est

ÀBS i5i la , distension des vaisseaux qui empêche l'action d'absorption, M. Magendie, une demi-heure après le commencement de l'expérience, saigne l'animal et voit les effets du poison se manifester à mesure que le sang coule. S'il n'a pratiqué l'injection dans les veines qu'après avoir saigné l'animal, lui avoir retiré une \ demi-livre de sang , par exemple , les effets du poison qui ne se manifestaient qu'après deux minutes, éclatent après trente secondes seulement. Enfin, si pendant qu'il tire du sang d'un côté, il injecte une quantité égale d'eau de l'autre, les effets du poison se montrent aussi prompts et aussi intenses que sur un animal non préparé. De cette première série d'expériences M. Magendie conclut d'abord, que quand le poison manifeste ses èffets, c'est que l'absorption s'en est faite; en second lieu, que cette absoption s'est faite en raison inverse du degré de distension des vaisseaux; enfin , que cette circonstance toute physique doit faire accorder à l'action d'absorption une essence toute physique aussi , doit la faire consister simplement dans l'attraction capillaire des parois vasculaires. Mais avant d'aller plus loin, si le poison agit plus tardivement ou plus faiblement quand de l'eau est injectée dans les vefnes, ne peut-on pas dire que c'est parce qu'il est étendu alors dans plus de véhicule ? S'il agit plus promptement et plus fortement au contraire dans l'animal qu'on a amplement saigné, n'est-crpas parce qu'il est étendu en moins de véhicule, ou parce qu'il frappe sur un animal que la saignée a affaibli ? Qui peut assurer M. Magendie que quand le poison n?a pas manifesté ses effets , il n'a pas été absoi'bé? Ne peut-il pas avoir été neutralisé, par suite du véhicule abondant porté dans le sang? Enfin, sans nier que la circonstance d'une forte distension des vaisseaux ait quelque influence sur l'action d'absorption , la facilite ou y mette obstacle , peut-on arguer de ces absorptions insolites à celles qui se font naturellement dans l'économie, et dans lesquelles la matière subit une élaboi'ation ? Il faudrait admettre que les parois vasculaires, eu exerçant une attraction sur ces matières absorbées, en modifiassent la combinaison; or, nous avons vu plus haut qu'il était impossible de rapporter aux actions chimiques générales cette action d'élaboration. Nous ne pouvons donc pas croire à la conclusion de M. Magendie d'après ces premières expéi'iences. Passons aux suivantes. i° Ce physiologiste, ayant fait de l'absorption un phénomène purement physique, devait supposer que cette absorption se ferait après la mort comme pendant la vie; et il imagina les

i5a A.BS

expériences suivantes pour le vérifier : il isoïa sur le cadavre la veine jugulaire externe dans une longueur de trois centimètres; il attacha à chacune de ses extrémités un tube, plongea la veine dans une liqueur acide, et, établissant dans son intérieur un courant d'eau tiède, il vit qu'après cinq ou six minutes cette eau tiède était chargée d'un peu de la liqueur acide extérieure. Répétant cette expérience sur d'autres veines, sur la carotide, et sur l'homme comme sur des chiens, il remarqua toujours le même résultat. Ce résultat s'observa d'autant plus promptement, que la liqueur extérieure était plus acide, et sa température plus élevée. Sur un chien vivant, âgé de six semaines, la veine jugulaire fut également mise à nu, et pendant que le sang circulait de même en son intérieur, une goutte de dissolution d'extrait alcoholique de noix vomique fut déposée sur ses parois ; ce poison pénétra dans la veine, car après quatre minutes ses effets se manifestèrent. Sur un chien plus âgé , l'expérience réussit également, mais au bout de dix minutes. Il en fut de même quand on opéra sur la carotide , mais les effets furent encore plus tardifs, parce que ce vaisseau est moins spongieux. On ne pouvait douter que le poison eût passé directement à travers les parois du vaisseau et non par les veinules voisines, puisqu'on en trouvait des traces dans le sang du vaisseau qui était soumis à l'expérience. Le résultat futencore le même quand ou opéra sur de petits vaisseaux. Enfin , une. eau acide remplissant le péricarde, M. Magendie injecta de l'eau tiède dans l'artère coronaire, et cette eau, étant ramenée par la veine coronaire dans l'oreillette droite, se montra, au bout de six minutes, chargée de la liqueur acide du péricarde. Or tous ces faits sont regardés par M. Magendie comme des résultats de l'absorption; et comme ilsi paraissent être des phénomènes de simple imbibition , il assigne ce caractère à l'action d'absorption. Mais tous ces faits relatés dans cette seconde série d'expériences sont-ils bien véritablement des phénomènes d'absorption? M. Magendie ne s'est-il pas trompé sur leur nature? Où est l'action élaboralrice qui est l'attribut caractéristique de toute absorption ? A ce compte , tout vaisseau serait absorbant, le lymphatique comme le veineux, et cependant M. Magendie nie l'absorption lymphatique, comme nous l'avons vu. A la vérité, il dit bien que la matière absorbée pénètre dans les lymphatiques comme dans les veines, et que, si elle ne manifeste pas ses effets, c'est qu'il ne se fait aucune circulation dans ces vaisseaux , et que le poison n'est pas transmis

ABS i53 aux centres nerveux. Mais dans les analyses chimiques il aurait au moins retrouvé la matière dans la lymphe, et il ne l'a pas pu. L'absorption aurait dû se faire aussi par les artères. 11 nous semble qu'ici M. Magendie a pris pour des actes d'absorption des phénomènes de simple imbibition, et il n'est pas étonnant dès lors qu'il leur ait trouvé une essence toute physique.

Encore une fois , cette action d'absorption qu'on ne peut voir, puisqu'elle se passe aux extrémités capillaires d'un système vascuîaire, est évidemment une action vitale : certainement elle a ce caractère dans les derniers animaux , chez lesquels elle effectue à elle seule, comme nous l'avons dit, toute la nutrition; et c'est une grande présomption jointe à toutes les raisons précédentes pour qu'elle l'ait aussi dans les animaux supérieurs. Ses produits sont ici la lymphe et le sang veineux ; chacun de ces deux systèmes de vaisseaux, vaisseaux lymphatiques et veines, ont le pouvoir de faire à leur origine ces fluides, comme les chylifères ont celui de faire à la leur le chyle. Il s'agirait maintenant de suivre le cours de l'un et de l'autre de ces fluides dans leur appareil vasculaire propre, de débattre si, à l'instar du chyle, ils éprouvent pendant leur trajet une élaboration continuelle, ou s'ils restent tels à la fin du système qu'ils étaient au commencement; et enfin de les conduire jusqu'à ce que, mêlés au chyle, ils parviennent au centre de la circulation; mais tous ces détails seront mieux placés aux mots lymphatique , lymphe , lymphose et -veine. Il doit nous suffire d'avoir donné ici l'histoire générale de l'absorption.

Telles sont toutes les absorptions nutritives qui se produisent chez l'homme ; et leur histoire justifie l'idée générale que nous avons donnée de la fonction d'absorption en lui. On voit que les produits de cette fonction ont été trois fluides, le chyle, la lymphe et le sang veineux, qui confluent l'un dans l'autre, et qui, représentant tous les élémens, tant externes qu'internes , que les absorbans ont saisis, vont dans le poumon se changer en sang artériel, et sont les matériaux constitutifs de ce fluide.

Quant aux absorptions éventuelles , de la seconde classe, il est. certain que ce sont les vaisseaux lymphatiques et l,es veines qui en sont également les agens, puisqu'on retrouve dans leur intérieur les matières qu'elles ont saisies. L'action qui les constitue est du même ordre, c'est-à-dire vitale, avec cette différence cependant que généralement l'action altérante est nulle, ou plus

faible au moins. Tour à tour elles sont utiles ou nuisibles, comme quand elles font pénétrer les liquides que réclame la soif, les médicamens par lesquels on veut modifier l'économie malade, ou enfin les diverses contagions. Enfin, dans l'état normal, il n'y a que deux surfaces par lesquelles elles peuvent se faire, la peau et les membranes muqueuses; et à chacun de ces deux mots , peau et muqueuses , on traitera des absorptions qui s'y produisent, et des avantages et des dangers qui suivent ces absorptions. (adelon.)

ABSTÉME, adj., de abs, préposition privative, et de temetum , vin. On a donné ce nom à celui qui s'abstient de boire du vin ou toute autre liqueur fermentée. Comme, pour apprécier l'effet que la privation d'une substance produit sur l'économie, il est nécessaire de connaître quelle est sur elle l'influence de son usage, nous renvoyons le lecteur aux mots Boisson, vin, liqueurs alcoholiques , où il sera traité de l'usage , de l'abus et de la privation de ces liquides. (rostatî. )

ABSTERGENS, adj., abstergentia , de abstergerc, nettoyer, essuyer; médicamens auxquels on attribuait autrefois la propriété de dissoudre les corps résineux, gras ou visqueux, qui altéraient et salissaient la surface des organes, et retardaient la cicatrisation des ulcères intérieurs et extérieurs. Les abstergens intérieurs, d'après les hypothèses admises alors, étaient ordinairement des liquides résineux ou alcalins. Ces médicamens jouissent sans doute de propriétés actives qui ne doivent pas être négligées en thérapeutique, mais qui ne peuvent être rapportées à la théorie de l'abstersion , maintenant abandonnée avec les prétendus abstergens. Les abstergens externes sont plus particulièrement désignés sous le nom de détersifs; ( V oyez ce mot.) ( guersbmt. )

ABSTERSIF, adj. '{Voyez abstergent. )

ABSTERSION, s. f , abstersio , effet des remèdes abstergens,

{ Voyez ABSTERGENS. )

ABSTINENCE, s. f.; abstinentia , de obstinerc, s'abstenir, se priver. Dans toute l'étendue du terme, abstinence peut s'appliquer à beaucoup de privations ;mais on entend plus particulièrement par ce mot la privation totale ou partielle des alimens ou des boissons. L'abstinence peut être complète ou incomplète; elle arrive dans l'état sain ou dansl'.état de maladie. Complète et dans l'état sain, elle ne saurait être de longue durée. Le principal

moyen de réparation, on pourrait même dire le seul (car l'absorption cutanée et pulmonaire sont de faibles moyens réparateurs), c'est sans contredit l'alimentation. Lorsque la déperdition est plus active, c'est-à-dire que les sécrétions et les excrétions sont dans le plus haut degré d'activité , le besoin de réparer se fait sentir avec plus d'énergie. Les pertes occasionées par la perspiration cutanée et pulmonaire,' par l'excrétion de l'urine, des matières fécales, du sperme, par les dépenses de l'agent nerveux déterminées parles travaux du cabinet, etc. nécessitent une'prompte réparation. On sait que ces pertes sont d'autant plus grandes , que les divers organes sont pins actifs et plus exercés. Un exercice violent et continu, les plaisirs de l'amour, les travaux du corps et de l'esprit, exigent donc que les individus qui y sont soumis suivent un régime plus abondant et plus nutritif. La jeunesse est de tous les âges celui où toutes les fonctions s'exécutent avec plus d'énergie, et la force de la constitution, la condition la plus heureuse à leur libre exercice. Il est donc facile de concevoir que l'abstinence aura des effets d'autant plus promptement pernicieux, que l'individu sera plus robuste et plus jeune. L'horrible tourment de la faim et de la soif, si cruellement éprouvé et si éloquemment décrit par les naufragés de la Méduse, s'empare des malheureux privés d'alimens. Leur face pâle et cadavéreuse atteste que leur sang, appauvri des matériaux réparateurs, circule, incolore, séreux et peu abondant, dans des vaisseaux affaissés sur eux-mêmes; l'épigastre est très-douloureux; les saillies et les dépressions des os se prononcent, les yeux sont hagards et brillans , l'haleine brillante, la peau sèche et aride; un délire féroce s'empare du malheureux désespéré, que l'excès des tourmens, la faiblesse que fait naître la privation, jettent bientôt dans l'abattement le plus complet; trop heureux lorsqu'une insensibilité totale lui sert de seuil au tombeau! trois jours d'abstinence complète suffisent pour occasioner cette affreuse série de douleurs. Dans la vieillesse la peau est moins perspirable , plusieurs organes sécréteurs sont tombés dans l'inaction, les autres sont doués de peu d'activité; aussi, dans cet âge, les accidens dont nous parlons sont-ils plus lents et plus modérés. "Nous nous abstiendrons de citér ici la fiction déchirante que le Dante nous a transmise : elle est connue, sans doute, de tous nos lecteurs. L'expression de ces vérités se trouvt dans l'aphorisme i3e du liv. ier d'Hippocrate. Scnrs facilliinè jejunium tolérant, secundam eus qui constantern œtatem dcguut ,

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minimum adolescentes , ex omnibus verô prœcipuè pucri, alque uiter ipsos qui ad actiones obeundas promptiores existunt. Mais l'explication qu'il en donne dans l'aphorisme suivant, n'est pas en rapport avec la physiologie de nos jours; il attribue ces phénomènes à la somme plus grande de chaleur naturelle.

Lorsque l'abstinence n'est que partielle, et dans l'état sain, elle a des effets différens sur l'économie , suivant l'espèce d'aliment ou de boisson dont on est privé. On sent que nous ne pouvons parler ici que d'une manière générale, les détails ne devant être exposés que lorsqu'il s'agira des alimens. L'usage ou l'abstinence de certaines substances a sur l'économie une influence extrême. Ce n'est pas avancer un paradoxe que de dire qu'on pourrait modifier, changer même la constitution par un régime exclusif long-temps soutenu. L'abslinence de la diète végétale, le régime animal exclusif, les boissons fermentées , les excitans, augmentent la force physique, la tonicité , la fermeté des chairs, la contractilité des tissus, rendent les passions plus véhémentes, disposent à l'amour, à la colère, etc.; et, sans invoquer ici le témoignage fabuleux du centaure Chiron, qui, dit-on, nourrissait le fils de Thétis et de Pélée avec des cervelles de lions , ne sait-on pas que les animaux carnassiers sont plus forts et plus féroces que les animaux herbivores, auxquels on a donné le nom de pacifiques qu'ils justifient à tous égards? C'est conduits par cette observation que les chefs de sectes ont conseillé le jeûne ou simplement l'abstinence de certaines substances à leurs prosélytes. La religion chrétienne impose à cet égard des lois rigoureuses; mais celle de certains peuples des Indes orientales et celle du pythagorisme étaient encore plus sévères. Les unes et les autres ont eu pour but en affaiblissant le physique d'influer principalement sur le moral, de rendre les hommes plus doux, plus indulgens, plus humains. Et il est hors de doute qu'une abstinence médiocrement prolongée, qu'une diète végétale, lactée, que la privation des liqueurs fermentées éteignent l'aiguillon des passions.

Peut-être ces législateurs, en prescrivant l'abstinence du régime animal , ont-ils eu encore d'autres intentions. Ainsi il n'esl pas douteux que la continuité du même régime ne prédispose à certaines maladies; il est donc fort avantageux pour la santé d'interrompre et de changer quelquefois son régime habituel Une seconde raison., d'une utilité non moins générale, qui peu) ;)vojr dirigé ces grands politiques, est celle-ci : ils ont établi le

ABS i&7 carême à la fin de l'hiver : l'on sait que dans ce moment les animaux s'accouplent ou portent; c'eût donc été s'exposer à une destruction rapide des espèces que d'en permettre la consommation à cette époque. La civilisation n'avait pas encore trouvé, dans ces temps, le moyen de multiplier les races pour ainsi dire à volonté.

Nous ne citerons pas d'histoire détaillée d'abstinence forcée dans l'état de santé. Les descriptions de sièges prolongés, qu'on peut lire dans tous les historiens, en fournissent assez d'exemples. Jl n'est personne qui ne connaisse les affreux détails de celui de Paris par Henri IV, et le trait si touchant auquel il donna lieu de la part de ce véritable père du peuple. Un des effets les plus constans de ces abstinences prolongées , c'est de traîner à leur suite d'horribles épidémies. Il est vrai d'ajouter qu'une foule d'autres causes concourent à leur développement. *

Dans l'état de maladie, l'abstinence a d'autres effets; c'est dans cet état qu'on en trouve les exemples les plus extraordinaires. Dans les maladies aiguës , le dégoût des alimens est un état naturel , et la pixvation des substances nourrissantes porte plus spécialement le nom de diète. { Voyez ce mot. ) Dans les maladies chroniques, dans les cancers de l'œsophage, de l'estomac et des intestins, on a observé des abstinences très-prolongées. J'ai eu dernièrement sous les yeux, à la division des Incurables, à la Salpétrière, une femme dont l'œsophage était comprimé et entièrement oblitéré par des glandes cervicales engorgées , consécutives à un cancer du sein amputé, chez laquelle il fut impossible d'introduire le moindre aliment solide ou liquide par les voies supérieures, pendant près de deux mois avant sa mort. Cette malheureuse était assez bien portante et assez fraîche au moment où cet accident se manifesta. Le tourment de la soif s'empara bientôt d'elle, et c'est surtout ce qui excitait ses plaintes; des bains généraux et des lavemens furent les seuls moyens de soulagement que je pus employer. Cette infortunée se vit périr, dans toute la rigueur de l'expression, par le supplice de Tantale. Dans certaines névroses on a observé des abstinences plus ou moins complètes pendant plusieurs jours, plusieurs mois, et même, ce qui n'est pas vraisemblable, pendant plusieurs années. C'est ainsi que des femmes hystériques vivent pendant un temps infini en ne prenant presque aucun aliment. Cela se conçoit facilement, si l'on remarque que ces personnes, presque continuellement assises, ne

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