PAROXYSME , ATTAQUE
. Les accès ne doivent pas être considérés comme des affections isolées : une même cause, les produit tous; ils ne forment qu'une
ACC iGt seule maladie, bien que leurs phénomènes se montrent et disparaissent alternativement. Ils diffèrent en cela de certaines lièvres éphémères qui se reproduisent à de courts intervalles, mais qui sont dues chaque fois à des causes nouvelles.
Les accès présentent en général, au milieu de phénomènes variables, un frisson suivi de chaleur, puis de sueur. Ces trois phénomènes, qui se succèdent dans chaque accès, le partagent en quelque sorte en trois périodes, auxquelles on donne le nom de stades. Chacun de ces stades est désigné soit par le nom du phénomène principal qui le constitue, soit par son ordre numérique. On peut distinguer les accès en complets et en incomplets, en anomaux, en réguliers et en irréguliers. Ils sont complets lorsqu'ils présentent les trois stades indiqués; incomplets , lorsqu'un ou deux de ces stades viennent à manquer; anomaux, lorsque les stades sont renversés ou confondus, ou qu'ils n'offrent ni froid, ni chaleur, ni sueur; réguliers, lorsqu'ils se correspondent exactement pour la forme, la durée et l'époque; irréguliers, dans les conditions opposées.
L'intervalle qui sépare les accès est désigné sous le nom d'apyrexie ou tinter mission. {Voyez ces mots )
De l'ordre et de la ressemblance des accès naît le type des fièvres intermittentes. {Voyez fièvres intermittentes.)
Il y a aussi des accès dans les fièvres rémittentes; ils offrent les mêmes phénomènes , mais ils sont séparés par une simple rémission. ( Voyez ce mot.)
ACCESSOIRE, adj., pris quelquefois substantivement , acecssorius ; ce qui suit ou accompagne quelque chos& de principal. Dans le langage médical , ce mot a en général le même sens que dans le langage commun. On en fait cependant aussi quelques applications particulières. On appelle sciences accessoires à la médecine celles qui ont des rapports plus ou moins nécessaires avec elle. Il n'est presque pas une des connaissances humaines qui ne soit dans ce cas. Le domaine scientifique de la médecine embrasse la connaissance de l'homme sain et malade, et de toutes les choses qui peuvent agir sur lui d'une manière favorable ou nuisible, et l'art de la médecine consiste à savoir employer à propos ou éviter ces choses. On voit par-là que ce sont les sciences naturelles qui ont surtout un rapport très-immédiat avec la médecine. En anatomieon donne le nom d'accessoires à certaines parties jointes à d'autres qui paraissent plus importantes. Ainsi on appelle i. il
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quclcjuefois accessoires ou dépt ndanccs les enveloppes d'un organe, etc. On a donné particulièrement ce nom a des apophyses, à des ligamens, à des muscles, à des nerfs, à des artères, à des parties de glandes, etc. En physiologie on donne ce nom à certains phénomènes qui s'associent à ceux qui sont essentiels : il n'est pas un organe peut-être qui en remplissant ses fonctions ne présente quelques phénomènes de ce genre ; ainsi le diaphragme et les muscles ahdominaux dans leurs contractions alternatives, soit pour la respiration , soit pour les efforts , soit pour les excrétions, servent à la circulation de la veine porte, etc. En pathologie on donne ce nom à des causes morbifiqucs peu actives, à des symptômes secondaires ou peu importans, à des signes d'une faible valeur; enfin , en hygiène et en thérapeutique, à des moyens peu énergiques et qui servent d'auxiliaires à d'autres agens plus puissans.
accessoires (apophyses). Ce sont des apophyses des vertèbres des lombes.
accessoires [artères). On a donné ce nom en général aux petites artères qui se distribuent à une partie qui en reçoit aussi de plus grosses. On l'a donné en particulier à une artère méningienne moyenne, et à une vertébrale.
accessoires [glandes). On a appelé parotide accessoire un lobe de la parotide; et testicule accessoire, l'épididyme.
accessoires [ligamens). C'est le nom qu'on a donné à des ligamens des côtes, du radius, du carpe, du sacrum, etc.
accessoires [muscles). On a .donné ce nom à plusieurs muscles : tels sont entre autres l'accessoire du long fléchisseur des orteils, et l'accessoire du sacro-lombaire. ( Voyez ces mots.)
accessoires [nerfs.) On a donné le nom de nerf accessoire du crural, ou accessoire de Winslow, à, une branche du troisième nerf lombaire ; et celui de spinal accessoire du pneumogastrique , ou accessoire de Willis, au nerf spinal. (a. béclar».)
ACCIDENT, s. m., accidens , de accidcrc , arriver par hasard. Ce mot pris dans son acception la plus étendue s'applique à tout événement fâcheux et fortuit. Dans le langage ordinaire, une maladie qui airive inopinément est un accident. En pathologie, on désigne sous le nom général d'accidens les symptômes fâcheux qui surviennent pendant le cours d'une maladie à laquelle ils ne sont pas nécessairement liés ; soit que ces symptômes puissenl être prévus comme étant la conséquence possible on fréquente
de la maladie , soit qu'ils se manifestent d'une manière imprévue, en vertu d'une prédisposition peu apparente ou cachée, ou sous l'influence de causes qui ont agi postérieurement à l'invasion de la maladie. Tels sont les signes de compression du cerveau par un épanehement sanguin ou purulent, à la suite d'une fracture du crâne; le tétanos, l'hémorrhagie après une blessure ou une opération, l'étranglement d'une hernie, etc.
Le mot accident ne désigne pas toujours un symptôme fdc/ieux accidentel. On l'applique encore quelquefois à tous les phénomènes qui se manifestent accidentellement dans les maladies, lors même que leur apparition n'ajoute que peu ou même nullement à la gravité de l'affection ; dans cette acception on se sert plus généralement des expressions, symptômes accidentels , épiphénomènes. [Foyez ces mots.)
Enfin on prend, dans quelques cas, accident comme synonyme de symptôme primitif, essentiel. C'est dans ce sens qu'on a dit : accidens résultant de l'usage de telle ou telle substance, accidens de la fièvre, de l'inflammation, etc. Cette signification est probablement empruntée à quelques auteurs anciens qui distinguaient les accidentia des supervenientia. (raige-uelorme.)
ACCIDENTEL, adj. , advenlitius , qui arrive fortuitement, par accident. On a joint ce mot à une cause ou à un effet qui peuvent arriver comme ne pas arriver. Symptômes accidentels .
V oyez ÉPIPHÉNOMÈNES.
ACCLIMATÉ. Celui qui a éprouvé l'acclimatement. ACCLIMATEMENT, s. m. Changement profond produit dans l'organisme par un séjour prolongé dans un lieu dont le climat est notablement différent de celui auquel on est accoutumé, et qui a pour effet de rendre le sujet qui l'a subi semblable, sous beaucoup de rapports , aux naturels du pays qu'il est Tenu habiter.
Quelle que soit ki flexibilité de l'organisation humaine, ce changement ne s'opère presque jamais sans quelques dangers. Ils deviennent même très-graves lorsque l'on se transporte dans des climats fort différens de celui où l'on est né. Par exemple il est d'observation qu'un grand nombre des hommes habitués à vivre entre les tropiques sont enlevés, dans les deux premières années de leur séjour en France, par des inflammations aiguës de poitrine, ou périssent par la suite d'affections chroniques des organes contenus dans cette cavilé, s'ils échappent au premier genre de maladie; de sorte qu'à tout prendre, le climat de la France n'est
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peut-être guère plus supportable pour eux que le leur r: l'dH pour nous. Lorsqu'au contraire la différence du climat est peu considérable, il n'y a pas de danger appréciable à en changer. Nous ne nous arrêterons pas, à cause de cela, à parler des incommodités légères qu'éprouve un habitant du Languedoc quand il vient demeurer à Paris, ou de celles qui attendent le Parisien qui se rend à Nîmes : il suffît d'avertir de leur existence. D'ailleurs, ces faits généraux, assez négligemment observés pour la plupart, trouveront place à l'article Climat [voyez ce mot). Nous espérons néanmoins contribuer à éclairer leur histoire en faisant connaître avec quelques détails un des acclimatemens auxquels l'organisation des Européens a le plus de peine à se prêter, qui par cela même mérite de notre part une attention particulière; c'est celui qu'on obtient dans les Antilles. L'exposé suivant montrera quelle est son importance, et combien il influe sur toute l'économie.
Le Français qui débarque pour la première fois dans une des îles de F Archipel américain est frappé du ton de pâleur fiévreuse qui règne sur tous les visages des blancs, du calme ou plutôt de l'expression de froideur qui les caractérise , et de l'admirable lenteur des mouvemens de tout le monde. L'image d'une souffrance maladive l'affecte plus désagréablement encore que celui de l'indifférence qu'il croit voir sur tous les traits. Rien de gai; pas une seule physionomie épanouie. Les plus belles figures, quand il s'en trouve, perdent tout à cette fâcheuse disposition. Bientôt le temps le familiarise avec ces impressions. Il change peu à peu lui-même; il perd cette vivacité, cette alacrité qui nous est si familière; déjà ses traits ne sont plus ce qu'ils étaient, et il ne tardera pas à produire sur ceux qui le verront l'effet qu'il a éprouvé. On dit alors que l'on est acclimaté, et que le sang s'est appauvri.
Cette altération du sang, très-réelle sans doute quoique exprimée d'une manière assez impropre, n'est pas la seule qui se soit effectuée dans l'économie. Les autres liquides ont également subi de grandes modifications dans leur composition intime. De là, en partie, la décoloration de la peau , qui n'est pas entièrement due au changement éprouvé par le sang; la lenteur, la langueur dans laquelle on tombe inévitablement. Incapable d'un travail régulier et soutenu, on ne fait plus rien que par saccades. De l'apathie à l'extrême activité, de l'indolence à l'emportement il n'y a qu'un pas. On court après les émotions fortes, et c'est sans doute du
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besoin d'en éprouver que naît le caractère ambitieux, entreprenant, hasardeux, que Pouppé des Portes, dans son Histoire des maladies de Saint-Domingue , avait déjà signalé, et qui généralement domine dans les colonies. La modération , l'égalité dans les goûts, les plaisirs simples, ne sauraient être de mise, et ne se conçoivent même pas dans ces pays ; il y faut du piment partout. Cet état est évidemment une dégradation réelle, une affaiblissement physique et moral, si la force gît plus dans la permanence et la constance d'action que dans une fougue emportée qui bientôt se relâche. Quoi qu'il en soit , on n'est vraiment acclimaté que quand la fusion dont je parle s'est effectuée.
Quelquefois elle s'opère sans secousse, sans maladie, ce qui est extrêmement rare : le plus souvent elle a lieu par des affections plus ou moins grav es que l'on nomme maladie d/ acclimatement ; mais bien plus ordinairement encore la mort enferrête les progrès. De quelque manière qu'elle s'obtienne , elle a besoin au moins de deux années révolues pour être complète. L'arrivant rentre alors dans la classe des indigènes ou acclimatés de naissance , qui , pour le dire par anticipation , ne sont pas sujets à la fièvre jaune ; mais en même temps il devient susceptible d'être atteint de leurs maladies habituelles, qu'il avait jusque-là évitées pour la plupart.
L'acclimatement s'acquiert; il doit par conséquent se perdre. Ainsi des créoles, partis jeunes de leur pays, et élevés en France , d'anciens colons , après une absence de douze ou quinze ans, peuvent être atteints de la fièvre jaune à leur retour dans les Antilles , et l'éprouver une seconde fois. Hors les cas de ce genre on en est à l'abri, si après l'avoir eue, on ne quitte plus les lieux où elle règne habituellement.
Malgré ses nombreux inconvéniens , l'acclimatement présente un avantage qui les compense tous avantageusement, celui d'assurer l'existence. Sous ce rapport il est à désirer , et les efforts du médecin doivent incessamment tendre à l'amener sans maladie grave. Les moyens d'y réussir constituent la partie principale du traitement préservatif de la fièvre jaune : nous les renvoyons à cet article. ( Voyez fièvre jaune. ) (rochoux.)
ACCOMPAGNEMENT de la cataracte. On appelle ainsi des matières blanchâtres et visqueuses qu'on observe quelquefois autour du cristallin et qui restent après l'extraction ou l'abaissement de ce corps. Des portions de la membrane cristalline devenue opaque peuvent également former des accompagnemens
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de la cataracte, dont le déplacement est nécessaire au succès complet de l'opération. ( Voyez cataracte.) (r.jjkl.)
ACCOUCHÉE, adj. , puerpera , se dit de la femme^qui vient d'accoucher, de mettre au monde uu enfant. Il convient d'étudier les phénomènes qui se manifestent chez elle, lesmaladies qui peuvent l'attaquer, les soins particuliers que demande l'état où elle se trouve. Toutes ces choses seront plus convenablement exposées au mot couches. ( Voyez ce mot.)
ACCOUCHEMENT, s. m. , en latin pajtus, et plus anciennement partio, est une fonction qui consiste dans l'expulsion du fœtus hors de la matrice où il s'est développé pendant tout le temps de la gestation. La plupart des accoucheurs, jusqu'à ces derniers temps, n'ont considéré dans cette fonction que son résultat, et ont défini l'accouchement la sortie d'un ou de plusieurs fœtus hors du sein de la mère ; ce qui les a conduits à le regarder, avec Levret, comme une opération mécanique et susceptible de démonstration géométrique. Astruc, développant cette idée, réduisit l'art d'accoucher au problème de mécanique suivant : « Une cavité extensible d'une certaine capacité étant « donnée, en tirer un corps flexible d'une longueur et d'une « grosseur donnée par une ouverture dilatable jusqu'à un certain « point., » problème qu'on pourrait, dit-il, résoudre géométriquement, si les différens iegrés d'inertie ou de ressort dans la matrice, et de force et de faiblesse dans l'enfant, si la qualité du sang plus ou moins, inflammatoire, la disposition des nerfs de la niatricc plus ou moins irritable, etc. n'y mettaient pas l'incertitude que les faits physiques mettent toujours dans toutes les questions physico-mathématiques.
Ces dernières réflexions si justes détruisent absolument la première proposition, et auraient dù éloigner pour toujours cette prétention de soumettre au calcul un objet qui, de sa nature, échappe entièrement à ses lois. Cependant ces idées se perpétuèrent, et Baudelocque dit encore que l'accouchement est une opération purement mécanique, et soumise aux lois du mouvement. D'après cette manière de voir, on a admis diverses classes d'accouchemens suivant l'époque où la sortie de l'enfant a lieu, et la difficulté plus ou moins grande avec laquelle elle s'exécute. Ainsi, en raison du temps, l'accouchement est précoce ou prématuré , à terme ou tempestif, tardif ou retardé; en raison de son issue, il est possible ou impossible; celui qui se termine par les seules
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forces de la nature est appelé naturel, et esl facile , difficile ou laborieux , prompt ou lent; celui qui exige l'emploi de la main seule de l'accoucheur est dit non naturel, contre nature , difficile , laborieux , manuel, artificiel; celui enfin pour la terminaison duquel cette main doit être armée d'instrumens qui agissent ou sur la mère ou sur l'enfant, est assez généralement désigné sous le nom de contre nature. M. Capuron le nomme mécanique , et M. Gardien, mixte en certains cas, parce que les forces de la nature ne sont pas alors totalement étrangères à son exécution. Il est facile de voir par ce que je viens de dire que les auteurs n'ont pas tous attaché le même sens aux mêmes mots ; ils ont aussi donné une extension différente aux classes sous lesquelles ils ont rangé la grande variété de cas que présente la pratique de l'art des accouchemens. Solayrès, dans l'excellente dissertation De partit viribus materais absoluto , qu'il devait soutenir pour sa réception au collège de chirurgie , a établi une classification méthodique de tous ces cas, et les a partagés en trois classes subdivisées en ordres, genres, espèces et variétés. Cette classification, qui a le grand défaut d'offrir des divisions trop multipliées, a l'avantage inappréciable de présenter un ordre régulier pour l'exposition des faits et des préceptes de l'art. Elle a été adoptée en entier par Baudelocque et avec des modifications plus ou moins grandes par la plupart des accoucheurs de notre temps. C'est aussi celle que je suivrai dans la série des articles qui contiendront l'exposition de la doctrine des accouchemens , en restreignant toutefois beaucoup le nombre des genres.
La définition que j'ai donnée de l'accouchement indique assez que je considérerai cette fonction sous un point de vue plus philosophique et plus convenable à l'état actuel de la physiologie et. de la médecine. Dans cet article je traiterai de l'accouchement considéré comme fonction naturelle , non que me reportant par des suppositions à l'état des habitans d'un monde primitif , je me fasse une image fictive de ce que devrait être cette fonction; mais je la décrirai telle qu'elle est réellement chez les femmes , modifiées qu'elles sont par la civilisation. Ailleurs j'exposerai les circonstances qui peuvent entraver la marche de ta nature ou lui opposer un obstacle insurmontable, et les accidens qui peuvent venir la traverser et réclamer le* secours de l'art , enfin les causés essentielles et accidentelles des accouchemens laborieux ou contré nature, pour me servir du langage scolastique, et les moyens
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de remédier aux effets de ces causes ou de les éloigner ellesmêmes.
L'étude de l'accouehement comprend celle des phénomènes dont cette fonction s'accompagne, des agens qui l'exécutent, et des causes qui font entrer ces agens en action, ou de ses causes efficientes et déterminantes , et celle de son mécanisme, c'est-à-dire de la marche que suit l'enfant en parcourant le canal courbe qui de l'utérus le transmet au dehors. Mais ces connaissances théoriques ne nous deviennent utiles qu'autant qu'elles sont appliquées à la pratique : aussi traiterai-je avec toute l'étendue convenable des soins que l'accoucheur (et j'avertis une fois pour toutes que ce mot sera pour moi une expression générale destinée à désigner la personne de quelque sexe qu'elle soit qui exerce l'art des accouchemens ) doit donner à la femme pendant cette pénible fonction , soit pour en faciliter l'accomplissement, soit pour alléger les douleurs qui en sont inséparables ou diminuer la fatigue qui en est la suite , soit pour écarter tout ce qui pourrait nuire à la mère ou à l'enfant, ou devenir la cause de quelque maladie qui se développerait par la suite chez l'une ou l'autre.
L'accouchement exige une suite d'efforts plus ou moins violens , plus ou moins prolongés, que l'on appelle le travail , le travail de l'accouchement ou de l'enfantement. Pour mettre plus d'ordre dans l'exposition des phénomènes de ce travail , et les graver plus facilement dans la mémoire, on a divisé leur série en plusieurs temps. Antoine Petit, dans son Mémoire sur la cause et le mécanisme de l'accouchement, en admet trois; d'autres en admettent cinq, mais sans établir cette division sur une base bien fixe. Pour moi, je reconnais seulement deux temps; le premier qui s'étend jusqu'à la dilatation entière de l'orifice de l'utérus , et le second , depuis cette époque jusqu'à l'expulsion complète du fœtus. On peut en joindre un troisième, qui comprend l'expulsion des annexes du fœtus ou la délivrance.
Phénomènes du premier temps — Lorsque le terme de la grossesse approche, huit, dix, douze et quelquefois quinze jours avant l'accouchement, la matrice s'abaisse, la région épigastrique devient libre, la respiration est plus facile, les digestions se font moins laborieusement; la femme se sent plus légère, plus allègre, plus disposée au mouvement; en même temps les parties de la génération commencent à s'humecter. Quelquefois à ces symptômes précurseurs, qui se remarquent chez la plupart des femmes,
ACC 169 se joignent un sentiment de pesanteur vers la partie inférieure du bassin, une sorte d'engourdissement dans l'utérus, et de fréquentes envies d'uriner; les mouvemens de l'enfant se font sentir plus bas qu'auparavant.
Enfin le terme de la grossesse est arrivé; le travail de l'enfantement se déclare; la femme éprouve dans la portion inférieure de l'abdomen des douleurs courtes, légères, éloignées les unes des autres. Pendant ces douleurs l'abdomen se resserre,- le globe de l'utérus se durcit; son orifice, qui commence à être dilaté, se resserre , et sa circonférence se roidit d'une manière remarquable. Les parties de la génération deviennent plus numides, la vulve laisse écouler quelques glaires. Les douleurs deviennent de plus en plus vives, plus rapprochées, plus longues, elles ne cessent plus d'une manière aussi franche, et laissent après elles une impression qui quelquefois remplit tout l'intervalle qui les sépare; elles affectent davantage la sensibilité, déterminent un agacement considérable, et les femmes les supportent avec beaucoup d'impatience ; chaque douleur s'annonce par une sorte de frémissement intérieur, quelquefois par un frisson assez marqué et en général proportionné à la douleur qui va suivre. Pendant ces douleurs , le pouls devient dur, fréquent, élevé; la chaleur du corps augmente; le visage s'anime, se colore; les lèvres, la langue, se sèchent; la patiente éprouve de la soif; il y a une agitation universelle et très-grande. Souvent il survient des nausées , et même des Yomissemens ; des glaires -s'écoulent cen plus grande abondance et se teignent de sang; l'orifice de la matrice s'ouvre, se dilate, ses bords sont tendus et amincis ; les membranes se tendent et viennent appuyer sur cet orifice, puis elles s'y engagent de plus en plus sous forme d'un segment sphérique, dont les dimensions augmentent à chaque douleur; les muscles des parois abdominales se contractent; la matrice plonge dans l'excavation, tandis que le corps du fœtus s'éloigne du cercle de l'orifice et de la surface des membranes, et semble remonter dans la cavité de l'organe; la douleur cessant, tous ces symptômes disparaissent, tout rentre dans l'état naturel; la matrice reprend sa situation ; le fœtus semble retomber sur l'orifice, qui se rétrécit, mais non pas au même point qu'avant là douleur, et dont les bords redeviennent lâches; les membranes deviennent flasques et se rident. Pendant tout ce temps l'orifice de la matrice se dilate de plus en plus, jusqu'à ce qu'il soit presque totalement effacé, et que la cavité de la matrice ne forme plus
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qu'un canal non interrompu avec la cavité du vagin, dont la partie supérieure se dilate en suivant la même progression tpie l'orifice utérin.
Second temps. — On y remarque les mêmes phénomènes ; mais ils sont portés à un degré beaucoup plus haut. La chaleur du corps est beaucoup plus considérable ; une sueur abondante coule de la surface de la peau, surtout vers les parties supérieures, car quelquefois les pieds sont froids; l'agitation est extrême; dans certains cas même les fonctions intellectuelles sont troublées, il y a du délire Les douleurs sont plus vives, et cependant les lemmes les supportent avec plus de patience; elles sont plus rapprochées, mais suivies d'un calme plus marqué, pendant lequel les femmes éprouvent le plus souvent un penchant insurmontable au sommeil, doux repos qui bientôt est interrompu par une nouvelle douleur. A cette époque les douleurs présentent une sorte d'intermittence bien remarquable et plus sensible que pendant le premier temps (ce qui est sûrement dû à leur plus grande intensité ) ; de sorte qu'on observe alternativement une douleur plus forte et plus longue , et une douleur plus faible et plus courte. Ces douleurs sont accompagnées d'un sentiment de pesanteur dans le bassin, d'une sorte de tenesme, que l'on pense être occasioné par la pression de la tête sur l'orifice de la matrice. Ce sentiment détermine la contraction des musclés abdominaux et du diaphragme, et synergiquement celle de tous les muscles du corps, qui deviennent congénères de ceux-ci ou leurs auxiliaires, en fixant le bassin d'une part, et les parois du thorax d'autre part. Bientôt le segment inférieur des membranes , privé de l'appui que lui prêtaient les parois du col de l'utérus, ne peut plus résister à l'effort de l'eau de l'amnios poussée par une contraction utérine violente; il se rompt, le liquide qu'il contenait s'échappe au dehors avec impétuosité, souvent même avec une sorte de bruissement, et la femme manifeste par un cri de surprise la perception qu'elle reçoit de cette rupture. Le corps du fœtus suit l'impulsion communiquée au liquide; la tête (car je suppose que c'est elle qui se présente à l'orifice de la matrice, comme cela a lieu le plus ordinairement ) vient s'appliquer sur le limbe étroit qui reste encore de cet orifice, et comme une sorte de tampon s'oppose à l'issue ultérieure de l'eau : on dit alors que la tète est au couronnement. Bientôt la douleur cesse; la tète pressant moins sur le cercle de l'orifice, une petite quantité de liquide s'écoule
encore. Chaque uouvelle douleur ramène par le même mécanisme un nouvel écoulement de liquide lorsqu'elle commence et lorsqu'elle finit. La tète du fœtus s'avance à chaque douleur, franchit le cercle de l'orifice de l'utérus et le détroit supérieur du bassin, et descend dans le vagin. Quelquefois la rupture des membranes et la descente de la tête se succèdent immédiatement pendant une seide douleur, par l'effet de la même contraction utérine. Le vagin, pour recevoir la tête, se dilate et s'alonge en même temps; ses rides transversales s'effacent. Cet alongcment nécessaire du vagin nous explique l'utilité de ces rides transversales dont la plupart des accoucheurs n'avaient pu concevoir l'usage, parce qu'ils ne faisaient attention qu'à l'ampliation en largeur de ce conduit. La tête vient, à chaque douleur, presser contre le plancher inférieur du bassin, le pousse de plus en plus devant elle; la vulve s'ouvre peu à peu; les grandes et les petites lèvres s'effacent; le mont de Vénus s'affaisse; la peau des environs est tiraillée pour concourir à l'agrandissement de la vulve; le périnée se distend et s'amincit; l'anus devient saillant, puis se dilate d'avant en arrière; les matières fécales, si le rectum en contenait, sont chassées au dehors; les urines sont aussi expulsées involontairement. Les efforts sont extrêmes et accompagnés d'un tremblement convulsif; les douleurs arrachent à la femme des cris pércans. Enfin une douleur plus vive, plus longue, et comme composée de deux douleurs successives, expulse la tête hors des parties de la génération. Après un calme plus ou moins long , une nouvelle douleur , mais peu forte , survient , le reste du corps de l'enfant est poussé au dehors, et avec lui le reste de l'eau de l'amnios.
L'accouchement esi terminé. A cette agitation excessive, à ces efforts immodérés, à ces douleurs intolérables, succède instantanément un calme délicieux, plein de charme, qui n'est interrompu que par le bonheur de se savoir mère. Après que cet état a duré quelque temps, on voit se développer une autre série, de phénomène.-; qui accompagnent l'expulsion du délivre ou la délivrance.
Cet ensemble de phénomènes, ce travail de l'enfantement, exige un espace de temps variable selon diverses circonstances , que je chercherai à apprécier plus loin , ainsi que les autres variétés que présente le travail. De Haller estime que sa durée moyenne et et la plus générale est de quatre-vingt-dix à cent minutes; j'ignore
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s'il en est ainsi dans les lieux où il a pu observer , mais je pense qu'en France elle est au moins de cinq à six heures.
Causes efficientes.' — La première idée qui a dû se présenter aux observateurs encore peu attentifs, a dû être d'attribuer aux efforts du fœtus la cause de l'accouchement; et c'est celle que l'on trouve exposée dans le Traité d'Hippocrate sur la nature de l'enfant. Mais dès qu'on observa et étudia avec plus de soin les phénomènes de l'accouchement, on dut adopter une manière de voir plus conforme à la vérité. Aussi Galien dit-il que par l'action de la faculté expultrice de l'utérus son orifice s'ouvre; que son fond se rapproche autant que possible de l'orifice, poussant le fœtus au dehors; qu'en même temps les parties continues au fond, qui sont comme les côtés de tout l'organe, venant à son aide, poussent et chassent le fœtus au dehors; mais que ce n'est pas seulement l'ouvrage de l'utérus, que c'est encore celui des muscles abdominaux, qui nous servent aussi pour l'expulsion des matières fécales et l'émission des urines. Cette opinion fut aussi celle de Fabrice d'Aqnapendente et d'Harvée. Celui-ci admit en outre, comme cause concomitante, l'action de tous les muscles du corps. Cependant il attribue beaucoup aussi aux efforts du fœtus; et il s'appuie sur ce^que les petits des animaux ovipares rompent eux-mêmes la coque qui les renferme, et sur ce qui se passa chez une femme qui, étaut morte le soir, fut laissée seule daris sa chambre : le lendemain matin on trouva son enfant entre ses cuisses. Ces exemples d'enfans nés spontanément après la mort de leur mère se sont multipliés dans la suite, et on a cru ne pouvoir les expliquer qu'en admettant que le fœtus , par des efforts vigoureux , ' parvenait à ouvrir la prison qui le renfermait. La plupart de ces fœtus étaient morts; mais on pensait qu'ils n'avaient perdu la vie que faute de soins et par suite de la fatigue qu'ils avaient éprouvée. Ainsi l'on vit se renouveler et s'accréditer de plus en plus l'idée que le fœtus est lui-même le principal agent de sa sortie, et quelques physiologistes perdirent même de vue l'action de la matrice et des muscles abdominaux. Cependant les meilleurs accoucheurs regardaient la matrice comme le seul agent de l'expulsion du fœtus. De Haller en douta, et attribua la plus grande part au diaphragme et aux muscles abdominaux. Enfin Antoine Petit démontra d'une manière irréfragable (pie l'accouchement reconnaît pour cause efficiente l'action de la matrice, aidée de la contraction du diaphragme et des muscles abdominaux.
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Les preuves en faveur de cette opinion se présentent en foule. La nature de cet ouvrage ne permet pas de les développer avfc tous les détails qu'exigerait peut-être un point de théorie si important; je me contenterai de les exposer succinctement. Il est d'abord à remarquer qu'à toute époque de la grossesse le foetus est expulsé avec des phénomènes qui ne diffèrent de ceux de l'accouchement que parleur intensité moindre; que dans la plupart des cas l'enfant est trop faible pour produire le moindre effort, tandis que le col de l'utérus, qui est encore presque tout entier, oppose la plus grande résistance, et que souvent même l'œuf sort tout entier; qu'il en est de même pour les corps étrangers qui se sont développés dans la cavité de l'utérus; que l'accouchement d'un enfant mort ne diffère en rien de l'accouchement d'un enfant bien portant, et que, s'il offre plus de difficultés dans quelques cas, cela paraît provenir en grande partie de ce que le corps du foetus, ramolli par une longue macération et un commencement de décomposition, ne présente plus de résistance et se laisse affaisser sous l'effort des contractions utérines; que d'ailleurs le fœtus le mieux portant , le plus vigoureux , ne pourrait faire des efforts suffisans pour opérer la dilatation de l'orifice de l'utérus, et vaincre la résistance que lui opposent souvent les détroits du bassin, résistance qui est quelquefois telle, que la tête est tout, aplatie et tout alongée, que les os du crâne sont déprimés, fracturés , et que la compression qu'éprouve le cerveau amène la mort du fœtus avant son entière expulsion. Ajoutez à cela que le fœtus est dans ce cas tellement resserré par la matrice, que ses membres ne peuvent exécuter le moindre mouvement. Dans d'autres cas, le fœtus même à terme sort enveloppé de ses membranes et du liquide qu'elles contiennent. Il est évident qu'il n'aurait pu , sans les rompre, faire effort pour sortir de la matrice et des parties génitales de sa mère. Il faut donc reconnaître que non- seulement le fœtus n'est pas l'agent unique de l'accouchement , mais encore qu'il n'y contribue en rien, qu'il y est absolument passif. On ne doit pourtant pas rejeter entièrement l'opinion de Galien, suivie par la plupart des médecins, que la vigueur et la bonne santé du fœtus sont une des conditions nécessaires pour la prompte et facile terminaison de l'accouchement; car ce serait se mettre en contradiction avec l'expérience journalière , qui nous apprend que dans beaucoup de cas la vitalité de l'utérus est en rapport avec celle du fœtus, de sorte que celui-ci semble être pour l'organe
qui le contient un stimulus nécessaire; et, en effet, nousvoyons souvent que les mouvemens du fœtus excitent immédiatement le développement des contractions utérines pendant le travail. Lorsque le fœtus est mort depuis long-temps, les contractions utérines ont moins d'énergie, l'utérus est frappé d'atonie, soit par le manque de ce stimulus, soit parce que le sang n'y aborde plus en aussi grande abondance, soit par l'influence de la matière, qui résulte de l'espèce de décomposition lente qu'éprouvent le fœtus et ses annexes tant qu'ils ne sont pas exposés au contact de l'air : autre cause qui contribue, avec celle qui a été énoncée plus baut, à rendre l'expulsion d'un enfant mort plus lente et plus pénible.
Le rôle actif que remplit l'utérus dans l'accouchement est bien prouvé par cette simple observation, qu'en portant la main sur l'abdomen pendant une douleur et lorsque le fœtus presse avec force par en bas, on sent évidemment que cet organe se resserre; on le sent encore bien mieux quand, pour une cause quelconque, on est obligé de porter la main dans l'intérieur de la matrice. Mais ce resserrement est-il une des causes efficientes de l'accouchement, ou bien ne sert-il, comme le pensait de Haller, qu'à soutenir le corps du fœtus, à le tenir droit, semblable à un cylindre, et à empêcher que la grande pression du diaphragme ne l'affaisse trop, tandis que ta contraction des muscles abdominaux et l'effort de l'inspiration le chasseraient au dehors? L'accoucheur qui aura eu l'occasion de porter plusieurs fois la main dans la matrice pour terminer des accouchemens difficiles, qui aura éprouvé J'action énergique des contractions de cet organe, action qui, dans quelques cas, engourdit, paralyse momentanément la main de l'homme le plus fort par la pression violente qu'elle exerce, ne se laissera jamais persuader que le rôle de la matrice soit aussi subalterne, et qu'elle ne soit pas capable de pousser le fœtus à travers toutes les résistances qu'il rencontre pourvu qu'elles ne soient pas insurmontables. S'il fallait d'autres preuves de l'action de ta matrice dans l'accouchement, ne pourrait-on pas citer ces cas, rares à la vérité , dans lesquels la matrice dans un état de prolapsus complet , pendante entre les cuisses et soustraite par conséquent à l'action des muscles abdominaux, s'est débarrassée du produit de la conception bien manifestement par ses seules contractions; ceux d'accouchemens qui se sont opérés naturellement pendant nue les femmes étaient dans un état d'évanouissement ou do IV-
ACC 175 tharçie qui suspendait l'action des muscles soumis à la volonté, ou d'aliénation d'esprit qui les empêchait de faire les efforts convenables pour aider l'action des contractions utérines; ceux de femmes qui , craignant par pusillanimité d'augmenter les douleurs inséparables de cette fonction, ou redoutant d'exaspérer celles qui résultent d'une pblegmasie des viscères thoraciques ou abdominaux ou de toute autre affection, emploient toute l'énergie de leur volonté pour modérer ou arrêter la contraction du diaphragme et des muscles de l'abdomen. Enfin ces exemples, que j'ai déjà cités, d'enfans nés par les voies naturelles et spontanément après la mort de leur mère, ne viennent-ils pas encore à l'appui de cette assertion? En effet, nous avons vu qu'on ne peut les attribuer aux efforts des enfans, qui, la plupart du temps, étaient morts avant leur mère ou en même temps qu'elle. On ne peut pas admettre non plus, avec quelques auteurs, que le dégagement de gaz dans la cavité abdominale, résultat d'une putréfaction commençante , ait pu produire une pression suffisante pour expulser le fœtus , quoiqu'on puisse peut-être lui attribuer la sortie de quelques liquides et même celle des excréments contenus dans le rectum. Mais il est bien plus naturel de reconnaître que ces accouchemens sont dus à l'action contractile de la matrice, qui, de même que celle des autres muscles creux, se conserve encore quelque temps après la mort, sans oublier que, dans plusieurs de ces cas, la mort réelle a bien pu être précédée par une mort apparente, et ne survenir qu'après l'accouchement ou à l'instant où il s'est effectué.
Il est donc impossible de douter, que les contractions de la matrice ne tiennent le premier rang parmi les causes efficientes de l'accouchement. Ce sont elles qui produisent, comme nous le verrons par la suite, la dilatation de l'orifice; elles poussent ensuite le fœtus à travers cette ouverture, et font entrer synergiquement en contraction les muscles abdominaux et le diaphragme, et même tous les muscles du corps dont la contraction convulsivc contribue aussi à l'accouchement, comme l'a très-bien remarque Harvée. Le sentiment obscur de lenesme que fait naître la près sion de la poche des eaux d'abord , puis de la tête du fœtus sur le cercle de l'orifice de l'utérus, et ensuite la sensation vive dr* pesanteur et de tenesri/e que produit la tête, lorsque descendue dans l'excavation du bassin, elle appuie sur le plancher de cette cavité et sur l'extrémité intérieure du rectum , excitent la femme,
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par une détermination instinctive, à faire les plus grands efforts pour se débarrasser de ce poids insupportable. Après une forte inspiration elle retient l'air dans ses poumons, et contracte avec une énergie convulsive les muscles qui entourent la cavité abdominale; ceux-ci, soit immédiatement, soit par l'intermédiaire des viscères abdominaux, pressent la matrice de toutes parts, et, agissant de concert avec elle, chassent au dehors le corps qu'elle contient. Cette action est visible et n'a pas besoin d'être prouvée; mais, pour déterminer jusqu'à quel point elle concourt à l'accouchement, il convient de remarquer que dans les cas cités plus haut, où cette coopération vient à manquer ou est très-affaiblie> l'accouchement est toujours plus long. D'un autre côté, il est des cas où l'action de la matrice est très-faible, comme cela arrive chez les femmes d'une constitution éminemment lymphatique, dans les cas où la matrice a été très-distendue pendant la grossesse j dans ceux où elle est fatiguée par des contractions trop long-temps et vainement réitérées, et dans lesquelles la femme, par le seul effet de sa volonté, contracte fortement le diaphragme et les autres muscles des parois abdominales, et achève de se délivrer presque uniquement par le seul secours de ces forces, qui ne devraient être qu'auxiliaires.
Ainsi donc, dans les cas les plus fréquens et les plus naturels, le concours de ces deux espèces de forces est nécessaire pour l'accomplissement de cette pénible fonction; mais dans quelques cas, néanmoins, l'une des deux peut suffire. Il est à remarquer cependant que , si les contractions de la matrice peuvent opérer seules l'expulsion du fœtus, les contractions des muscles abdominaux ne peuvent produire le même effet qu'autant que l'orifice de la matrice aura déjà acquis une dilatation considérable.
Causes déterminantes. — On appelle ainsi tout ce qui peut déterminer l'action des causes efficientes; et on les distingue en naturelles et non naturelles. Les premières sont celles qui amènent l'expulsion du fœtus au terme naturel de.la gestation; les secondes, celles qui provoquent cette expulsion avant cette époque; ce sont, à proprement parler, des causes d'arortcnient. Je ne dois m'occuper ici que des causes déterminantes naturelles. L'idée que les physiologistes s'en sont faite a suivi en général le système qu'ils avaient adopté sur la nature des causes efficientes. On peut ranger les diverses opinions adoptées à cet égard sous deux chefs principaux , selon qu'elles se rapportent au fœtus et à ses an-
A CC 177, nexes, ou à la matrice. Ainsi on a pensé que le fœtus en agitant ses membres rompt les membranes; qu'il se détache comme un fruit mûr; que son poids décolle le placenta ou irrite la matrice; que la gêne qu'il éprouve dans la cavité de l'utérus devenue trop peu spacieuse par rapport à son volume , le besoin d'alimens plus appropriés à son développement, la nécessité de trouver dans la respiration le moyen de rafraîchir son sang , l'irritation produite sur le canal intestinal par l'accumulation du méconium, sur la vessie par les urines , sur la peau par l'eau de l'amnios devenue acre, le déterminent à faire effort pour sortir. Du côté de Ja matrice, on a admis son changement de forme, son irritation par la trop grande distension de ses fibres, par l'accumulation du sang qui ne peut plus passer dans les vaisseaux du placenta rétrécis ou obstrués, et suivant un auteur plus moderne, par l'accumulation du fluide électrique. De Haller, outre quelques-unes de ces causes , attribuait aussi beaucoup à l'empire de la volonté. 11 faut remarquer que quelques physiologistes regardaient la réunion de plusieurs de ces causes comme nécessaire pour déterminer le commencement du travail de l'enfantement. La considération des phénomènes de ce travail, de la nature des causes efficientes , et du mode d'existence du fœtus dans l'utérus , fera apprécier à leur juste valeur celle de ces causes que la raison ne fait pas rejeter -au premier aperçu, et il serait inuùle de les soumettre ici à un examen approfondi. Fabrice d'Aquapendente et, après lui, Antoine Petit ont donné de la cause déterminante de l'accouchement une explication qui a été adoptée par la plupart des physiologistes et des acoucheurs modernes, et ils l'ont trouvée dans le mode de développement de la matrice pendant la grossesse. L'observation montre que le fond et le corps de l'utérus sont les premières parties qui se laissent distendre pour former la cavité qui contient le produit de la conception. La cavité du col ne participe que plus tard à la dilatation , et d'abord dans sa partie supérieure, puis de proche en proche en descendant, de sorte qu'à l'approche de l'accouchement l'anneau seul de l'orifice utérin n'a encore subi que peu de dilatation. Les parois du col, dont le tissu est plus dense, plus résistant que celui des parois du corps, éprouvent des changemens qui suivent la même progression que la dilatation de la cavité. Leur tissu s'abreuve de sucs plus abondans, se ramollit, s'assouplit, ses fibres se déplissent pour ainsi dire, s'alongent, se développent. Ainsi la
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-résistance qu'il oppose à la sortie de l'œuf va continuellement en diminuant jusqu'à la fin de la grossesse. D'après cette observation, les fibres du col sont considérées comme les antagonistes de celles du corps , dont la contraction se réduit à une simple action tonique , tant que la résistance du col est supérieure à leur puissance. Mais dès que cette résistance s'est affaiblie par la dilatation successive du col , et se trouve réduite à celle qu'oppose le cercle de l'orifice, les fibres du corps commencent alors à se contracter plus évidemment, et leurs contractions deviennent de plus en plus énergiques. Lorsque par une cause quelconque cet équilibre est rompu dans le cours de la grossesse , l'expulsion du fœtus a lieu prématurément, comme je le montrerai en traitant des causes de l'avortement.
Il est à remarquer que, tandis que par l'effet de son mode de développement l'utérus est arrivé au point qu'il ne peut plus conserver le fœtus et qu'il doit entrer en contraction pour l'expulser, celui-ci de son côté est parvenu à une sorte de maturité , qu'il a toutes les conditions nécessaires pour sa vie extra-utérine, et que le mode d'existence qu'il a eu jusque-là ne peut plus lui convenir. Ainsi, en même temps que ses organes ont acquis tout leur développement, son volume s'est accru au point qu'il est gêné dans la cavité qui le renferme; le placenta se trouve relativement trop peu volumineux, son tissu est devenu trop perméable pour fournir au fœtus la quantité de sang dont il aurait besoin si son séjour dans l'utérus était prolongé; la vessie commence à se remplir d'urine, les gros intestins sont surchargés de méconiuni. Cependant dans bien des cas le fœtus ne réunit pas toutes ces conditions lorsque l'accouchement a lieu.
Explication des phénomènes de l'accouchement. — Parmi les phénomènes dont j'ai présenté le tableau, il en est quatre principaux qu'il est essentiel d'étudier plus attentivement; ce sont les douleurs, la dilatation de l'orifice utérin, l'écoulement des glaires , la formation et la rupture de la poche des eaux.
Dans les douleurs il faut considérer leur progression et leur cause. La douleur est tellement liée à la contraction de l'utérus, commençant, croissant, décroissant et cessant avec elle, que l'on ne peut guère se refuser de la regarder connue produite par cetir contraction. Aussi observe-t-on que les douleurs sont en général proportionnées à l'énergie des contractions , et qu'elles suivent la même progression. 11 faut cependant remarquer que la sensi-
A C C 179 bilité de la femme influe sur l'intensité du sentiment douloureux, qu'elle éprouve, et doit par cela même rendre variable l'effet de la contraction sur la production de ce sentiment. En outre nous ne pouvons juger du degré de douleur qu'un autre individu éprouve que par les signes qu'il en donne, et l'agitation et les cris qui en sont l'expression varient suivant le courage ou la pusillanimité des sujets. Si l'on est d'accord sur la cause de la douleur envisagée ainsi d'une manière générale, il s'en faut de beaucoup qu'on le soit sur la manière dont cette cause agit et sur le siège précis de la douleur. La plupart des physiologistes pensent que le siège de la douleur est au cercle de l'orifice , et qu'elle est immédiatement produite par le tiraillement des fibres qui le composent. D'autres personnes, dont l'autorité est d'un grand poids, ajoutent que la pression que l'enfant , poussé par la matrice, exerce sur les parties voisines, contribue aussi beaucoup à la produire. On a pensé aussi que cette douleur réside dans toute l'étendue de la matrice, et qu'elle est due à la compression des nerfs qui se distribuent à la surface interne de cet organe , et qui se trouvent întérposés entre le plan de ses fibres charnues et la surface des membranes ou du fœtus. On peut se faire une idée de ce qui se passe alors, d'après cette manière de voir, si après avoir entouré l'avant-bras d'un lien médiocrement serré on contracte les muscles de cette partie ; car l'effet sera le même sur les nerfs , que le corps comprimant activement soit placé en dedans ou en dehors. Celte dernière opinion est assez vraisemblable; mais peut-être les doux autres ne sont-elles pas moins fondées , et le dissentiment ne vientil que de ce que chacun n'a considéré que ce qui se passe dans un temps donné du travail sans en embrasser l'ensemble. Pour moi je crois que toutes ces causes concourent à la production de la sensation douloureuse, mais à un degré différent, suivant l'époque du travail où l'on observe. En effet la douleur ne peut dépendre exclusivement du tiraillement des bords de l'orifice, car elle n'est pas moins forte lorsque cet orifice est complètement dilaté. On ne peut guère croire non plus que ce tiraillement ait lieu sans douleur tant que l'orifice oppose encore de la résistance. D'un autre côté, lorsque f enfant est placé transversalement et qu'il n'appuie ni sur l'orifice de la matrice ni sur le détroit supérieur/les douleurs ont encore lieu : il est vrai que lorsque la- tête appuie dans l'excavation du bassin, et surtout lorsqu'elle vient presser sur le plancher inférieur de cette cavité et distendre la vulve, les dou-
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leurs deviennent plus vives, mais en même temps elles prennent un caractère différent de celai qu'elles avaient jusqu'alors. Si la contraction utérine est douloureuse lors même que l'orifice est complètement dilaté, et que l'enfant placé transversalement ne presse pas sur les parties contenues dans le bassin , reste donc pour l'expliquer la compression des nerfs de l'utérus entre le plan des fibres charnues et le corps contenu dans la cavité de l'organe.
Une autre circonstance à expliquer, dont les auteurs se sont peu occupés et dont ils n'ont en général donné que la cause finale, est l'interruption des douleurs. Si la femme, a-t-on dit, n'eût éprouvé qu'une douleur ou contraction (car dans le langage ordinaire, confondant l'effet avec la cause, on emploie un de ces mots pour l'autre), elle n'aurait pu supporter sa violence et sa longueur. Raisonner ainsi, c'est indiquer l'utilité de cette interruption sans rien expliquer. Entrant davantage dans la question , de Buffon l'attribue à la séparation partielle du placenta, et Antoine Pelit, à la résistance du corps contenu qui interrompt et suspend l'effort; mais il est évident que la séparation du placenta n'est pour rien dans la production de ce phénomène, car dans certains cas cette séparation et la sortie même du placenta ont lieu avant l'expulsion du fœtus, et les douleurs n'en suivent pas moins leur marche ordinaire; il en est de même dans d'autres cas où le placenta est encore entièrement adhérent après la sortie du fœtus. On ne peut guère comprendre comment la résistance suspend la contraction utérine, si ce n'est en admettant que pendant cette contraction les nerfs comprimés entre les fibres musculaires éprouvent un engourdissement, une sorte de paralysie momentanée qui empêche la continuation de l'action musculaire. Cette supposition ne serait pas sans difficultés, et il resterait encore à expliquer comment les premières contractions, qui sont les plus faibles, sont en même temps les plus courtes et les plus éloignés , tandis que, à mesure qu'elles prennent plus d'intensité, elles deviennent et plus longues et plus rapprochées.
Nous venons de voir que la douleur dépend de la contraction de l'utérus, et qu'elle est en général proportionnée au degré de cette contraction. Ainsi ce que je vais dire de la douleur doit s'entendre également de la contraction utérine. Au commencement du travail les douleurs sont faibles, courtes, séparées l'une de l'autre par une longue intermission; on les appelle vulgaire-
ACC 18T nient des mouches, par comparaison avec là sensation que produit la piqûre des insectes de ce nom : elles deviennent ensuite plus longues, plus rapprochées et de plus en plus violentes; mais elles ne sont encore accompagnées d'aucun sentiment de pesanteur et de tenesme, ni de la contraction des muscles abdominaux; on les nomme préparantes ; elles durent jusqu'à l'entière dilatation de l'orifice de l'utérus. Alors les douleurs, qui gardent à peu près le même intervalle que dans le temps précédent, sont encore plus aiguës, plus longues; elles commencent à s'accompagner de tenesme, et la femme unit aux contractions utérines les efforts qui résultent de celle du diaphragme et des muscles abdominaux, efforts semblables à ceux que l'on fait pour expulser les matières fécales. On leur donne le nom de douleurs cxpulsivcs ou expultrices. Enfin, lorsque la tête de l'enfant vient appuyer sur le plancher du bassin, le sentiment de pesanteur et de tenesme est poussé à l'extrême, les douleurs ont un degré de violence excessif; elles arrachent à la femme des cris aigus ; il s'y joint des efforts convulsifs auxquels tous les muscles participent , et qui agitent tout le corps; on a voulu les désigner sous le nom un peu barbare deconquassantes.
Ces douleurs se font sentir dans la partie inférieure de l'abdomen, et suivent ordinairement , dans le premier temps du travail, la direction d'une ligne qui de l'ombilic se rendrait vers la seconde pièce du sacrum, et dans le dernier temps elles se portent du même point vers le coccyx. Quelquefois elles se font seulement sentir duns les régions lombaires et sacrées; c'est ce qu'on remarque surtout dans les cas d'obliquité antérieure de l'utérus. Les femmes les appellent alors douleurs de reins , et elles ontl'idée, qui n'est pas dénuée de fondement, qu'avec de pareilles douleurs l'accouchement est plus long est plus pénible. Toujours est-il que ces douleurs les fatiguent et les tourmentent plus que celles qui ont la direction que j'ai précédemment indiquée. Vers la fin du travail elles perdent le plus ordinairement ce caractère.
Le second phénomène dont nous ayons à nous occuper est la dilatation de l'orifice de l'utérus. Les physiologistes qui admettaient pour cause de l'accouchement les efforts du fœtus, pensaient aussi qu'il était la cause efficiente de cette dilatation^ en poussant sa tête à la manière d'un coin entre les parois du col. On pourrait accumuler beaucoup de raisonnemens pour com-
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battre avec succès cette opinion ; mais une seule observation suffit pour la renverser, c'est cpie le plus souvent cette dilatation se complète avant la rupture de la poche des eaux, et que tant que les membranes sont intactes, la tête du fœtus, au lieu de presser contre l'orifice pendant la douleur, seul temps où les bords de cet orifice sont tendus et où s'opère la dilatation, s'en éloigne au contraire. Il est bien vrai qu'après la rupture des membranes la tête appuie directement sur l'orifice et contribue à sa dilatation; mais c'est d'une manière toute passive, comme nous le verrons plus bas. La contraction des fibres de l'utérus est encore la cause de ce phénomène. Pour concevoir comment cela a lieu, il faut se rappeler que les parois de l'utérus* sont appliquées sur la surface des membranes qui offre une forme régulièrement ovoïde, ou après la rupture des membranes sur le corps du fœtus qui, replié sur lui-même, en présente une à peu près semblable; que des fibres de l'utérus les longitudinales sont les plus nombreuses; qu'enfin les fibres circulaires du col sont affaiblies par la distension excessive qu'elles ont subie, et que celles qui forment le cercle de l'orifice peuvent seules opposer une résistance d'abord assez forte, mais qui s'affaiblit de plus en plus à mesure qu'elles sont obligées de céder à l'action des fibres longitudinales. Si l'on se représente actuellement que ces fibres entrent en contraction , on verra facilement que, ne pouvant rétrécir la cavité de l'utérus qui se trouve remplie, toute leur action doit être employée à tirailler chacun des points du cercle de l'orifice auquel elles viennent aboutir, et à les éloigner du centre; ce qu'elles font d'autant plus efficacement et régulièrement, qu'en se raccourcissant elles glissent sur la surface du corps ovoïde contenu dans l'utérus comme sur la gorge d'une poulie. Aussi chaque point des bords de l'orifice se trouvant tiré également, l'ouverture qu'il présente offre une figure circulaire. Mais, si le fœtus est placé transversalement, et la matrice dilatée dans ce sens , la rétractation des fibres étant également plus grande dans le même sens, l'ouverture de l'orifice est elliptique. Si, la matrice étant oblique, un des côtés de l'orifice appuie sur le point correspondant du bassin, cette pression nuisant de ce côté à la dilatation de l'orifice, sa figure circulaire est déprimée de ce côté.
/ A cette cause déjà si puissante , que nous devons regarder comme la principale, et cpii, dans les cas où les meinbrancs sont rompues prématurément et où l'enfant est placé transversalement,
ACC îSX suffit seule, il vient bientôt s'en joindre une autre qui, pour n'être qu'accessoire, aide cependant singulièrement l'action de la. première. Dès qu'il y a un commencement de dilatation suffisant , l'extrémité inférieure des membranes s'engage à la manière d'un coin entre les bords de l'orifice; et, comme elles sont remplies d'un liquide , elles pressent uniformément sur tous les points de cet orifice, et avec toute la force de l'impulsion communiquée au fluide par la contraction des parois de l'utérus.
La dilatation de l'orifice de l'utérus s'opère d'abord avec beaucoup de lenteur, et même pendant les premiers temps du travail cet orifice se rétrécit, ses bords sont agités d'une sorte de vibration pendant la contraction , ce qui tient sans doute à l'énergid que conserve encore la faculté contractile des fibres circulaires; et ce n'est qu'après que la contraction a cessé que l'on s'aperçoit de l'effet qu'elle a produit pourra dilatation. Peu à peu cette énergie est surmontée par l'action des fibres longitudinales, et elle diminue à proportion de l'extension que ces fibres circulaires éprouvent. Aussi la dilatation de l'orifice devient sensible pendant la contraction, et se fait avec d'autant plus de rapidité, que le travail avance davantage. En même temps que l'orifice se dilate ses parois s'amincissent. La dilatation s'exécute avec, facilité quand l'orifice correspond au centre de l'excavation du bassin, que ses bords sont minces et souples, et que les membranes sont entières. Elle est difficile au contraire quand l'une de ces conditions manque, surtout quand après la rupture des membranes ce n'est pas la tête qui se présente, et plus encore quand l'enfant est situé de telle manière, qu'aucune de ses parties n'appuie sur l'orifice. II est facile de se rendre raison de ces différences, après ce que je viens de dire sur la cause et le mécanisme de cette dilatation.
Dès les derniers temps de la grossesse les parties génitales de la femme commencent à devenir plus humides. Lorsque le travail est déclaré, cette sécrétion devient plus abondante, et bientôt il s'écoule de la matrice et du vagin des mucosités visqueuses semblables à un blanc d'œuf qui aurait subi un commencement de coction. C'est ce que l'on connaît sous le nom de g/acres, dont la quantité va en augmentant à mesure que le travail avance. Ces glaires, à une époque plus ou moins avancée , sont marquées de quelques stries de sang, ou même sont totalement colorées par ce fluide. On dit alors que les femmes marquent, et quelques per-
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sonnes regardent cette circonstance comme indiquant le commencement du travail , d'autres comme le présage de sa prompte terminaison; mais il n'y â rien de si variable que l'instant où ce sang commence à paraître. C'est quelquefois plusieurs jours même avant le commencement du travail; d'autres fois l'accouchement se termine sans que l'on ait aperçu la moindre tache de sang dans les glaires. Dans d'autres cas, après que quelques stries de sang ont teint les glaires , on cesse d'en voir paraître pendant le reste du travail. Il est des cas où l'accouchement se fait h sec , comme l'on dit, c'est-à-dire où ces glaires manquent totalement; alors le vagin et les parties génitales externes sont dans un grand état de sécheresse, de tension et de chaleur.
Le toucher prouve que ces glaires viennent non du vagin , mais de l'intérieur de l'utérus. Antoine Petit les regardait comme produites par les lacunes muqueuses du col de l'utérus, et de plus par la transsudation de l'eau de l'amnios à travers les membranes. Quant à cette seconde source, on ne peut guère l'admettre, car toutes les expériences que l'on peut faire sur les membranes prouvent qu'elles n'ont point la porosité physique qui serait nécessaire pour permettre cette transsudation : d'ailleurs l'eau de l'amnios n'a pas la viscosité de ces glaires; et encore ne serait-ce que sa portion la plus ténue qui pourrait ainsi se faire jour à travers, des pores si étroits. Cette transsudation devrait avoir lieu pendant la contraction utérine, et alors la surface des membranes, au lieu d'être humectée, semble au contraire sèche lorsqu'on la palpe dans le toucher. D'autres personnes pensent que ces glaires sont la partie la plus épaisse des liquides destinés à former l'eau de l'amnios, et qui, n'ayant pas pu pénétrer jusque dans l'intérieur des membranes à cause de la ténuité des vaisseaux, se serait accumulée dans les vaisseaux d'un plus grand calibre qui charrient ces liquides , jusqu'à ce que les contractions utérines exprimassent enfin cet amas de viscosités. Une telle accumulation de liquides inertes est loin d etr^ démontrée par les recherches anatomiques, et elle répugne tellement aux idées les plus saines de la physiologie, qu'il est inutile de la combattre. 11 est bien plus naturel de regarder ces glaires comme le produit de la sécrétion des cryptes muqueux du col de la matrice développés pendant la grossesse, sécrétion qui est augmentée et modifiée par l'état d'irritation que le travail cause nécessairement dans toutos ces parties. Cette sécrétion , comme toutes les ana-
■ ACC 18$ loques, devient plus abondante à mesure que l'irritation augmente , tant que celle-ci ne dépasse pas de certaines limites ; car alors elle est supprimée ; c'est ce qui a lieu dans les cas d'accouchemens secs. Dans certains états pathologiques, la surface interne de l'utérus devient le siège d'une sécrétion semblable, et les femmes laissent échapper du vagin des paquets assez volumineux de glaires absolument de même apparence que ceux qui sortent pendant l'accouchement. Ces glaires servent à humecter, ramollir et lubrifier les parois du vagin, et à faciliter d'une part la dilatation de cette partie, et d'autre part le glissement de la surface du fœtus sur celle des parties de la mère.
Le sang qui se mêle aux glaires vient, suivant quelques physiologistes , des vaisseaux utérins dont les orifices sont découverts par suite du décollement d'une partie du placenta. Suivant d'autres, il s'écoule des petites déchirures qui se font aux bords de l'orifice de l'utérus. Probablement aussi il se passe ici la même chose que sur les autres surfaces muqueuses : le sang, sous l'influence d'un certain degré d'irritation, est versé par les bouches exhalantes des capillaires sans qu'il y ait de rupture. Je pense qu'il ne faut adopter exclusivement aucune de ces explications, et que ces trois causes peuvent, soit isolément, soit concurremment, selon les cas, produire cet effet.
On désigne sous le nom de poche des eaux la saillie que les membranes remplies du liquide amniotique, et poussées par les contractions utérines, font à travers l'orifice de l'utérus. Cette saillie affecte en général la forme d'un segment de sphère; mais cette forme varie suivant diverses circonstances. Elle suit celle que prend l'orifice utérin en se dilatant. Le plus souvent hémisphérique, elle est quelquefois ellipsoïde transversalement; d'autres fois elle est déprimée sur un de ses côtés. La partie de l'enfant qui se présente a aussi quelque influence sur elle; ainsi, lorsque c'est une partie peu volumineuse, comme le pied ou la main, la poche des eaux est le plus souvent alongée en forme de boudin; ce qui a lieu aussi, indépendamment de cette circonstance, quand les membranes sont d'une texture peu serrée. Lorsque l'orifice de la matrice commence à se dilater, les membranes sont poussées pendant la douleur contre sa face supérieure; à mesure que la dilatation augmente, elles s'engagent dans l'orifice, affleurent bientôt sa face vaginale, et forment ensuite une saillie dont la surface est fortement tendue, et qui se prolonge
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plus ou moins dans le vagin, selon qu'elles sont plus ou moins résistantes et cpi'ellcs contiennent une plus ou moins grande quantité de liquide; quelquefois même elles viennent paraître entre les lèvres de la vulve. Dès que la douleur a cessé, , cette saillie disparaît, le fluide qui la formait rentre dans la cavité de la matrice, et les membranes flasques et relâchées se laissent facilement plisser. Pour expliquer ce phénomène, Antoine Petit pense que par suite de l'exsudation de l'eau de l'amnios les membranes, moins exactement remplies , ont pris du lâche, ce qui leur permet de faire saillie à travers l'orifice de l'utérus. Nous avons déjà vu qu'on ne peut guère admettre celte exsudation de l'eau de 1 amnios. Quoique les membranes aient peu d'élasticité , peu d'extensibilité, cet auteur va certainement trop loin quand il leur refuse absolument cette propriété. 11 me semble qu'on peut facilement se rendre raison de la formation de la poche des eaux sans avoir recours à l'explication proposée par Antoine Petit. D'abord il parait bien évident que les membranes, qui ne céderaient pas sans se rompre à un effort un peu violent et subit, se laissent distendre par l'action lente, graduée et soutenue des contractions utérines qui poussent l'eau de l'amnios vers le vide de l'orifice de l'utérus; mais elles ne reviennent pas sur elles-mêmes, et restent par conséquent dans un état de laxité qui va continuellement en augmentant. Cette cause n'est pas la seule. Pendant la contraction utérine, les parois du col sont tirées en haut vers le fond, tandis que la partie libre des membranes est poussée vers l'orifice; de sorte que par ce mouvement en sens inverse l'union de la membrane avec la face interne du col est rompue d'abord au voisinage de l'orifice, et de proche en proche jusque vers la partie supérieure, et même jusqu'au bord du placenta dans cer tains cas. C'est cette partie libre des membranes qui des c eud dans le vagin et reçoit la portion d'eau de l'amnios qui ne peut plus être contenue dans la cavité de l'utérus, rétrécie par la contraction de ses parois.
Quand les membranes se trouvent à découvert et privées de soutien dans une étendue plus ou moins grande, elles ne peuvent plus supporter l'effort du liquide poussé par la contraction utérine; elles se rompent au moment où cette contraction est .plus forte, et il s'écoule une certaine quantité d'eau de l'amnios. Le reste de ce liquide ne sort que successivement; car ce n'es! pas en obéissant aux lois de la pesanteur qu'il s'écoule , mais bien
ACC 187 parce qu'il est expulsé par l'action de lu matrice. En effet, une portion de ce liquide ne sort qu'avec le fœtus ou immédiatement après lui, parce que logée entre les membres du fœtus, elle s'est trouvée souslraite.à cette action. La rupture des membranes ne s'opère pas toujours à cette époque et au même endroit. Elle peut avoir lieu au commencement du travail , quelques jours et même un mois et six semaines avant qu'il ne commence, comme j'aurai occasion de le dire en parlant des causes de l'avortement. Dans d'autres cas, au contraire, cette rupture ne se fait qu'au moment où la tète de l'enfant franchit la vulve; quelquefois alors elle a lieu circula irement, et la tête entraîne avec elle une espèce de calotte membraneuse. Le vulgaire dit que l'enfant est né coiffé, et regardait autrefois cette circonstance comme un présage de bonheur pour lui. Depuis , on a voulu regarder cette coiffe comme, pouvant lui être funeste, en couvrant le nez et la bouche, et s'opposant à l'établissement de la respiration. Elle n'est que bien rarement assez prolongée jusque-là , et il faudrait que l'enfant tombât dans les mains de personnes bien inattentives pour qu'on ne reconnût pas cet obstacle. Un autre inconvénient plus réel de cette rupture tardive des membranes , c'est de rendre la marche de l'accouchement un peu plus lente. Outre cela, le tiraillement que les membranes éprouvent dans ce cas , se prolongeant jusqu'au placenta, peut, surtout lorsque ce corps n'est pas implanté directement au fond de l'utérus , donner lieu à sa séparation prématurée et à une hémorrhagie utérine. Mais c'est surtout lorsqu'une première déchirure s'est faite vers un point plus ou moins élevé des membranes, et a permis la sortie de la plus grande portion de l'eau de l'amnios, que l'on remarque l'effet que je viens de décrire. En effet il arrive assez souvent à la suite d'un effort, et quelquefois aussi saus cause connue, que les membranes se rompent dans un point assez éloigné de l'orifice de l'utérus. Alors, non-seulement la quantité de liquide qui est audessus de la déchirure , mais encore une portion de celle qui est au-dessous, et qui reflue jusque-là pendant la contraction utérine, ou plutôt toute la portion qui n'est pas soustraite à J'action des contractions utérines, sort peu à peu par cet endroit. Il m'est absolument impossible d'expliquer d'une manière exacte pourquoi les membranes se déchirent ainsi dans un lieu où elles sont soutenues par les parois de l'utérus. Quant à leur rupture plus ou moins tardive vers le centre de l'orifice, on l'ex-
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plique aisément par le plus ou moins de fermeté de leur texture.
Les autres phénomènes tiennent à l'intensité des efforts auxquels la femme se livre, et s'expliquent d'eux-mêmes. Les vomissemens dépendent de la connexion sympathique qui unit l'estomac et l'utérus. On les regarde en général comme favorahles à l'accouchement, et sous ce point de vue quelques accoucheurs ont recommandé de les exciter artificiellement pour hâter la terminaison d'un accouchement trop lent. Il est vrai que le plus souvent leur apparition annonce une prompte terminaison; mais cela vient de ce qu'ils n'ont lieu que lorsque les contractions utérines sont énergiques, et non de ce qu'ils ont quelque influence sur la marche du travail.
Mécanisme de l'accouchement. — Pour que l'accouchement se termine naturellement, il faut la réunion de certaines conditions, tant du côté de la mère que du côté du fœtus. Du côté de la mère, il faut que le bassin ait des dimensions suffisantes pour livrer passage à l'enfant , que les parties génitales soient bien conformées, que les forces soient capables de fournir aux efforts du travail, et qu'aucun accident ne vienne troubler la marche de la nature, Pour le fœtus, il faut qu'il soit bien conformé, c'est-àdire qu'il ne soit affecté d'aucun vice de conformation qui augmenterait son volume au point de former un obstacle à sa sortie, et de plus qu'il se présente convenablement à l'orifice de l'utérus et aux détroits du bassin. Or il n'est dans une situation convenable relativement à l'accouchement, que lorsque c'est une des extrémités de l'ovoïde, qu'il représente tant qu'il est contenu dans l'utérus , qui répond à ces ouvertures. Hippocrate avait déjà bien exprimé cette idée en comparant le fœtus à une amande renfermée dans une fiole, et qui n'en peut sortir si elle se présente en travers.
Ces conditions se trouvent le plus souvent réunies , de sorte que les accouchemens dont la terminaison exige les secours de l'art sont dans une proportion très-faihle relativement à ceux qui se terminent par les seules forces de la nature. Il est impossible d'établir cette proportion d'une manière exacte; parce que tel accouchement qui se serait terminé heureusement et naturellement si sa direction eût été confiée à une personne expérimentée et patiente, semblera à une autre, moins confiante dans le pouvoir de la nature ou mue par d'autres motifs, exiger l'intervention de secours actifs. Outre cela, la diversité du climat influe
ACC 189 évidemment sur la terminaison plus ou moins facile de l'accouchement, et il est de plus à remarquer que ces relevés ne se font guère que dans les hôpitaux où le nombre des accouchemens laborieux ou difficiles est plus grand pour deux causes principalement : parce qu'ils ne reçoivent que des personnes chez qui les causes de déformation du bassin, de mauvaise position et de maladie du fœtus sont plus fréquentes, et parce que l'on y porte beaucoup de femmes dont l'accouchement a été reconnu d'avance devoir être difficile ou a été tenté sans succès par des praticiens du dehors.
Le tableau suivant offre les résultats des observations faites à l'hospice de la Maternité à Paris ; à Londres , sous la direction du dispensaire de Westminster, par les soins du docteur Bland , et à l'école d'accouchemens de Vienne, dirigée par M. le professeur Boër.
A l'hospice de la Maternité, dans l'espace de quinze années, 20,357 accouchemens ont produit 20, 5x7 enfans; sur ce nombre d'accouchemens 20,1 83 ont été naturels et 334 contre nature ou laborieux. Proportion :: 61 -§- : t.
A l'école de Vienne, de 1790 à 1 793, trois ans, 2923 accouchemens, 2952 enfans, 53 cas de dystocie. Proportion. :: 55 -|- : 1.
De 1801 à 1806, six ans, 6696 enfans nés, 5o cas de dystocie. :: i3i-^- 1.
Au dispensaire de Westminster, 1897 accou chemens, 1923 enfans, 32 cas de dystocie. :: 60 : 1.
Les relevés de ces observations sont tirés du Mémorial de l'art des accouchemens , par madame Boivin; de l' Abrégé des Transactions philosophiques , et de l'ouvrage du professeur Boër, intitulé Naturalis medicinœ obstetriç.iœ , lib. vu.
Les observations de ce dernier offrent deux périodes dont les résultats sont bien différens, soit que cela tienne à l'expérience acquise par ce professeur et au perfectionnement de sa pratique, soit que les notes qu'il nous a transmises aient été moins fidèles, ce qui n'est guère probable.
Une des conditions de l'accouchement naturel est, comme je viens de le dire, que le fœtus présente à l'orifice de l'utérus une des extrémités du corps ovoïde qu'il représente tant qu'il est renfermé dans l'utérus, ou du grand diamètre de son corps, c'est-à-dire la téte, les pieds, les genoux ou les fesses. Par la
posture qu'affecte le fœtus dans l'utérus , la partie de la téte qui correspond à l'orifice est l'ovale supérieur. Aussi n'a-t-on admis généralement la possibilité de l'accouchement naturel que dans cette situation de la téte. Cependant le professeur Boèr, à Vienne, a encore regardé comme naturel, et a confié aux seules forces de la nature l'accouchement dans lequel la face se présente à l'orifice de la matrice. C'est la manière de voir adoptée à l'hospice de la Maternité à Paris; c'était celle de Mauriceau, et dans ma pratique je n'ai jamais eu à me repentir de l'avoir suivie. Je vais examiner successivement quel est le mécanisme de l'accouchement dans ces différens cas.
î ° Lorsque l'ovale supérieur se présente à l'orifice de l'utérus. — Celte situation du fœtus est la plus ordinaire, et a été avec juste raison regardée comme la plus naturelle et la plus favorable pour l'heureuse issue de l'accouchement. Sur les 20,1 57 enfans nés à l'hospice de la Maternité, 19,7^0 présentaient le sommet de la tête. Le sommet de la tête ou l'ovale supérieur peut être placé de manière que son grand diamètre soit dirigé divei-sement relativement aux diamètres du détroit supérieur du bassin. Les extrémités de.ee grand diamètre, le front et l'occiput, peuvent par cela même correspondre aux différens points de la circonférence du détroit; mais la forme de ce détroit fait que certaines positions sont plus fréquentes et presque obligées. L'on ne s'occupe que de celles-là, ce que l'on en dit pouvant facilement s'appliquer aux autres positions qu'une conformation particulière du bassin rendrait possibles.
Ces positions sont au nombre de six : dans la première, que M. Gardien appelle occipito-cotyhïdiennc gauc/ie, l'occiput répond à la partie postérieure de la cavité cotyloïde gauche, le front regarde la symphyse sacro-iliaque droite; dans la seconde, l'occiput est derrière la cavité' cotyloïde droite, et le front audevant de la symphyse sacro-iliaque gauche; elle est nommée occipito-cotyloïdienne droite; dans la troisième , occi pilo-pubienne , l'occiput est derrière la symphyse des pubis, et le front répond soit à l'angle sacro-vertébral, soit à une des symphyses sacroiliaques; dans la quatrième, fronto-cotyloïdienrir gauche , le front est placé au-dessus de la partie postérieure de la cavité cotyloïde gauche, l'occiput au-devant de la symphyse sacro-iliaque droite; dans la cinquième , fro/ito-cotj loïdicnnc droite, le front est audessus de la partie postérieure de la cavité cotyloïde droite, et ' l'occiput au-devant de la symphyse sacro-iliaque gauche; dans la
sixième enfin ,fronto-pubiennc, le front est au dessus de la symphyse des pubis , et l'occiput devant le sacrum , ou l'une des symphyses sacro-iliaques.
11 est facile de se représenter quelle est la situation de l'enfant dans la matrice pour chacune de ces positions; dans toutes, les pieds du fœtus, rapprochés de ses fesses, occupent le fond de la cavité utéi'ine, ordinairement inclinés du côté opposé à celui vers lequel l'occiput est tourné. Dans les trois premières , la surface postérieure du fœtus regarde plus ou moins directement ou obliquement la partie antérieure de la mère. C'est le contraire dans les trois dernières. Il s'en faut de beaucoup que ces diverses positions se rencontrent aussi fréquemment. Sur les ig,73o cas mentionnés plus haut, dans lesquels le sommet de la tète répondait à l'orifice de l'utérus, la première position s'est rencontrée 1 5,71 5 fois; la deuxième, 3,701; la troisième 6; la quatrième, 109; la cinquième, 92; la sixième, 2. Dans deux cas l'occiput répondait vers le bord de la fosse iliaque gauche, et dans io3 autres la position particulière ne put être déterminée. On voit que cette disposition particulière, d'après laquelle ces positions rangées dans rm ordre numérique offrent l'occiput de l'enfant, répondant successivement aux six principaux points de la circonférence du détroit supérieur, exprime assez exactement la fréquence plus ou moins grande de ces positions; la troisième et la sixième forment exception, non entre elles, mais relativement au quatre autres. Les causes qui déterminent la tête à prendre telle ou telle direction expliquent en même temps la diversité de fréquence avec laquelle elles se rencontrent. Ainsi il est bien évident que les quatre positions occipito-cotyloïdiennes ou fronto-cotyloïdiennes ont lieu, parce que le grand diamètre de l'ovale supérieur a plus de facilité à se loger suivant les diamètres obliques du détroit supérieur, qui sont les plus longs , sur le bassin garni de ses parties molles, tel que nous devons le considérer relativement, à l'accouchement, et parce que le front ou l'occiput, étant arrondis, ne peuvent s'arrêter d'une manière fixe sur l'angle sacro-vertébral qui est également arrondi, et doivent glisser vers une des échancrures du détroit qui répondent à la partie antérieure des symphyses sacro-iliaques, tandis que la partie diamétralement opposée de cet ovale se portera vers la partie postérieure de la cavité cotyloïde opposée. Comme l'échancrure du coté gauche est occupée par la partie su-
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périeure de l'intestin rectum, et que cet intestin est souvent, chez les femmes enceintes, rempli de matières fécales endurcies, la matrice déjà développée, et dans la suite la partie correspondante de la tète du fœtus , peuvent difficilement s'arrêter de ce côté , et glissent vers le côté droit. Ainsi, si l'on voit clairement comment ont lieu les positions obliques de la tète, et pourquoi elles sont si fréquentes, on conçoit aussi facilement pourquoi les première et quatrième positions se rencontrent beaucoup plus souvent que les autres. Il n'est pas aussi aisé de rendre raison de la très-grande fréquence des cas dans lesquels l'occiput est placé en avant : cela dépend des causes qui déterminent la situation du fœtus dans la matrice, causes qui seront examinées au mot fœtus.
Les mêmes causes qui rendent si fréquentes les positions obli-. ques rendent également très- rares celles qui suivent le diamètre antéro-postérieur ; elles ne peuvent même avoir lieu que lorsque le bassin est conformé de telle sorte , que l'articulation sacro-vertébrale, au lieu de former une saillie, est déjetée en arrière, et forme une concavité qui peut recevoir le front ou l'occiput, ou lorsque la symphyse des pubis est fortement portée en avant, tandis que la partie correspondante à la cavité cotyloïde rentre vers le centre du détroit; ce qui force le front ou l'occiput à se porter directement derrière cette symphyse, la partie opposée de la tête restant vis-à-vis une des symphyses sacro-iliaques, si la saillie sacro-vertébrale existe comme à l'ordinaire. Ces positions directes d'avant en arrière de la tête étaient naguère regardées par les accoucheurs comme les plus fréquentes et les plus naturelles, surtout la troisième dans laquelle la face est en dessous, comme ils disaient. Cela venait de ce qu'ils n'avaient examiné attentivement la direction de la tête que lorsqu'elle est descendue dans l'excavation. Dans ces derniers temps, au contraire, on a été presque jusqu'à nier leur possibilité, parce qu'on ne concevait pas comment une partie arrondie comme le front pouvait rester fixée sur la saillie sacro-vertébrale. On commettait ici la même erreur que dans presque tous les raisonnemens que l'on a faits sur les cas rares et difficiles que présentent les accouchemens. On raisonnait d'après l'état de bonne conformation du bassin, sans faire assez d'attention à l'influence que telle ou telle conformation particulière exerce sur la situation du fœtus. J'examinerai cette influence en parlant des vices de conformation du bassin, et j'expliquerai alors d'une manière plus précise les causes spéciales qui don-
ACC i<p Tient lieu aux seconde et cinquième positions du sommet de la tète. Ce que je -viens de dire des causes qui déterminent les diverses positions de la tète peut servir à résoudre une question qui a été élevée par quelques accoucheurs : savoir si ce n'est qu'à l'instant, du travail et par l'effet des contractions utérines que la tète prend une position déterminée au-dessus du détroit, supérieur, ou si elle a déjà cette position avant le travail et dans les derniers mois de la grossesse. Le raisonnement, d'accord avec l'expérience, me semble prouver cette dernière proposition, quoique la situation de la tète ne devienne fixe qu'après la rupture des membranes et lorsqu'elle est poussée par l'action de la matrice, et quoique la première proposition puisse bien aussi être admise dans certains cas d'exceptions.
Première position. — Occipito-cotyloïdiennc gauche. — Le premier effet des contractions utérines sur le fœtus, après la rupture des membranes, est de le presser dans toute sa périphérie, de rapprocher toutes ses parties les unes des autres , et d'augmenter leur flexion, tout en le poussant à travers l'orifice de l'utérus et le détroit supérieur. Le menton se trouve rapproché du thorax , et en même temps l'occiput s'abaisse, plonge dans l'excavation, et se rapproche du centre du bassin. La situation de l'articulation occipito-vertébrale en arrière du centre de gravité de la tête, et la direction oblique de la colonne vertébrale par rapport à la tête, à laquelle elle transmet l'impulsion qui lui est communiquée par la contraction utérine, contribuent à faire exécutera la tète ce mouvement de bascule par . suite duquel ses rapports avec les «divers points du détroit supérieur se trouvent changés. Ainsi, au commencement du travail, les diamètres occipito-frontal et bipariétal étaient disposés suivant la direction des diamètres obliques du détroit. Après ce mouvement de flexion de la tète, ce sont les diamètres oceipito-bregmalique et bipariétal qui répondent, aux diamètres obliques, et le diamètre occipito-mentonnier, le plus long de la tète, suit presque la direction de J'axe du détroit supérieur. On voit que cette disposition est la plus favorable possible pour que la tête puisse franchir le cercle du détroit. La tête ainsi placée descend jusque dans la partie la plus basse de l'excavation , et vient appuyer sur le plancher du bassin : alors elle exécute un mouvement de rotation sur son axe vertical, au moyen duquel l'occiput est ramené sous l'arcade des pubis, et le front se glisse dans la concavité du sacrum; ce mouvement a lieu par la simple i. i3
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torsion du col; les épaules n'y participent pas, elles se trouvent au détroit supérieur placées de manière que la droite est derrière la cavité cotyloïde droite, et la gauche au-devant de la symphyse sacro-iliaque gauche. La flexion de la tête est alors portée au plus haut point : son diamètre bipariétal répond au diamètre transversal du détroit inférieur, le diamètre occipito-bregmatique au diamètre coccy-puhien, et l'occipito-mentonnier suit la direction de l'axe de ce détroit. La tête appuie alors avec force sur le plancher du bassin, et le pousse au-deyant d'elle; il cède peu à peu en s'amincissant; la vulve s'ouvre de plus en plus, les grandes lèvres perdent leur épaisseur; les nymphes se déploient, s'effacent; la peau du voisinage est tiraillée pour faciliter l'agrandissement de la vulve;. Je mont de Vénus s'affaisse ; le périnée se distend, ses dimensions augmentent dans tous les sens, mais en même temps il devient extrêmement mince. Par cet alongement du périnée, le canal courbe que parcourt l'enfant, et qui est formé par le col de l'utérus et le vagin qui, en se distendant , s'applique exactement contre les parois de l'excavation , se trouve alongé dans sa partie postérieure de tout l'excès d'étendue qu'a acquis le périnée. La direction de la vulve est changée, et elle devient presque parallèle au plan antérieur du corps. Ces changemens ne s'opèrent que peu à peu, la tête s'avançant de plus en plus à chaque douleur, et rentrant après dans l'intérieur du vagin; mais dès que les bosses pariétales ont franchi le détroit inférieur, une douleur ordinairement suffit pour dégager la tête , et on la voit surgir vers la partie antérieure , en suivant la direction de l'axe du détroit inférieur. L'occiput se relève au-devant de la symphyse, des pubis, et on voit successivement paraître au bord du périnée la fontanelle antérieure, les bosses frontales, les orbites; alors le périnée, glissant sur le plan incliné que présente la face, se retire en arrière, et la tête se trouve entièrement dégagée. Libre alors, elle obéit à la force d'élasticité du col qui se restitue dans sa rectitude naturelle, et elle reprend la situation qu'elle avait au détroit supérieur; l'occiput se dirige vers l'aine gauche de la mère, et la face vers la partie postérieure de la cuisse droite. Les épaules ont en même temps franchi le détroit supérieur, en conservant leur situation oblique. Arrivées au détroit inférieur, l'épaule droite se porte dans l'arcade des pubis, la gauche dans la courbure du sacrum. Le tronc suit ce mouvement de rotation ; la tète lui obéit aussi , cl son grand diamètre devient transversak
ACC 195 Le corps du fœtus se courbe sur son côté droit pour s'accommoder à la forme du canal qui Je contient. Les épaules franchissent le détroit inférieur et la vulve, la droite se dégageant la première sous l'arcade des pubis, et la g.:uche ensuite sur le bord antérieur du périnée. Le reste du corps, obéissant à l'impulsion qu'il a reçue, sort entièrement. La forme conique qu'il présente, l'enduit cérùmincux qui le couvre, les glaires et les eaux de l'amnios qui Iubréfient Joutes les parties, et le ressort du canal qu'il traverse, facilitent son glissement.
Nous devons remarquer, dans cette série de phénomènes que la tête opère dans l'intérieur du bassin, deux mouvemens, l'un de flexion ou de rotation suivant son diamètre transversal qui lui fait présenter sa petite circonférence selon le plan des détroits qu'elle doit traverser, de telle sorte que les grands diamètres de cette petite circonférence répondent aux grands diamètres de ces détroits, et que l'axe de la tète, ou diamètre occipito-mentonnier , suit les axes du bassin; et l'autre de rotation suivant son diamètre vertical, qui la met en rapport avec la direction des diamètres du détroit inférieur. Par l'effet Ae ces mouvemens , la tête se trouve disposée de la manière la plus favorable pour son passage à travers les détroits du bassin; il en est de même des épaules. Dès qu'elle est sortie, elle exécute de nouveau deux mouvemens, mais en sens inverse des précédens, et qu'on a appelés mouvemens de restitution , parce qu'ils la rétablissent dans sa rectitude naturelle. On a attribué le mouvement de rotation que la tête exécute dans l'excavation du bassin à la direction des plans inclinés de cette excavation , dont l'antérieur dirige l'occiput sous la symphyse des pubis , et le postérieur force le front à se porter dans la concavité du sacrum. D'autres ont ajouté à cette disposition mécanique une force active qu'ils ont trouvée dans l'a contraction des muscles obturateur interne et pyramidal. Ces deux muscles me semblent bien minces et bien faibles 'pour produire cet effet autrement qu'en rendant, par leur tension, plus égale la surface sur laquelle roulent les deux points opposés de la tête; encore faut-il remarquer que le mouvement de rotation ne s'exécute que lorsque la tête appuie sur le plancher du bassin ; que l'occiput est alors placé trop bas pour être soumis à l'action du muscle obturateur interne, qu'il se trouve au niveau de la tubérosité de l'ischion, et qu'il ne semble déterminé à se porter en avant dans 1 ouverture de l'arcade des pubis, que parce qu'il
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n'y trouve pas de résistance; enfin, que le front, après avoir franchi le détroit supérieur, trouve une grande facilité à se diriger clans la concavilé du sacrum. J'ai dit plus haut que la cause efficiente de l'accouchement résidait dans la contraction de l'utérus et dans celle des muscles qui forment les parois abdominales; il est temps d'expliquer la manière d'agir de cette cause. On s'est en général contenté de dire que le fœtus, pressé de toutes parts, s'échappe par le lieu qui lui offre le moins de résistance; mais cette explication est loin d'être satisfaisante. En effet, la résistance que le fœtus éprouve à son passage à travers le bassin et les parties génitales est souvent très- grande, et ne peut être surmontée que par une force très- énergique , qui peut seule préserver de rupture les parois de la matrice, et qui agit dans une direction déterminée. Les fibres longitudinales de l'utérus sont plus longues et plus nombreuses que les autres; le plus grand effet de la contraction doit donc avoir lieu suivant le diamètre longitudinal de l'organe. Le fond doit tendre à se rapprocher de l'orifice, et réciproquement; mais la partie inférieure de l'utérus est fixée par ses connexions avec les parties voisines. Il résulte de là que le fond pousse le fœtus vers l'orifice, tandis que le col tend à glisser sur lui, en se retirant vers la partie supérieure. La contraction très-efficace des musclés abdominaux eldu diaphragme, en pressant de toutes parts, médiatement ou immédiatement , sur l'ulérus, chasse aussi le fœtus vers les ouvertures du bassin, et non dans aucun autre sens. Mais le corps du fœtus, ainsi pressé de haut en bas, ne ferait que se fléchir de plus en plus sur lui-même, si la contraction des fibres circulaires ne s'opposait à cet excès de flexion, ne le soutenait et ne le maintenait dans la direction convenable.
Après avoir exposé en détail le mécanisme de l'accouchement lorsque l'ovale supérieur se présente dans la première position ? pour éviter les répétitions, je ne ferai plus qu'exposer les différences que ce mécanisme présente suivant les autres positions de la tête. Je ferai de même lorsque je parlerai de l'accouchement dans lequel d'autres régions du fœtus répondent à l'orifice de l'utérus.
Deuxième position. — Oceipito-cotyhiïdicnne droite. — Le mécanisme de l'accouchement dans cette position ne présente d'autre différence essentielle avec celui que je viens d'exposer, si ce n'est que le mouvement de rotation de la tète qui ramène
ACC i<77 l'occiput sous la symphyse des pubis se fait de droite à gauche, au lieu de se faire de gauche à droite. Mais une différence plus importante pour la pratique dépend de la présence de l'intestin rectum vois l'extrémité postérieure du diamètre oblique, suivant lequel se trouve dirigé le grand diamètre de l'ovale supérieur, d'où résulte la moindre longueur de ce diamètre oblique et plus de difficulté à la descente de la tête. Cette difficulté est encore augmentée, parce que le front, déprimant les parois épaisses de l'intestin et les matières qu'il contient souvent, se loge comme dans une fosse dont le rebord inférieur forme une résistance sans cesse renouvelée. Cette situation du front gêne aussi son transport dans la concavité du sacrum. Il est bien reconnu par tous les praticiens que dans cette position l'accouchement est plus long et plus difficile que dans le cas précédent.
Troisième position. — Occipito-pubienne. — Dans cette position la tête du fœtus affecte au détroit supérieur la situation qui est en même temps la plus favorable pour son passage au détroit inférieur; elle n'a pas de mouvement de rotation à exécuter dans l'intérieur de l'excavation. Les épaules se présentent au détroit supérieur suivant le diamètre transversal. Arrivées au détroit inférieur, elles suivent un mouvement de rotation d'un quart de cercle d'étendue, pour offrir leur grand diamètre suivant le diamètre antéro-postérieur de ce détroit. La situation plus ou moins oblique du fœtus, certaines circonstances de conformation du bassin , déterminent le sens dans lequel se fait ce mouvement , de droite à gauche ou de gauche à droite. Le reste du corps à l'intérieur, et la tête au dehors, suivent le mouvement imprimé aux épaules.
Quatrième position. — Fronto- cotyloïdienne gauche. — Dans cette position de la tête, l'occiput descend en glissant devantit la symphyse sacro-iliaque droite, et vient appuyer sur le ligament sacro-ischia tique de ce côté; le front fort relevé s'engage au détroit supérieur en descendant derrière la cavité cotyloïde gauche. Parvenue au fond de l'excavation, la tète exécute un mouvement de rotation qui fait passer l'occiput vers le sacrum, et le front derrière la symphyse des pubis. Le menton appuie de plus en plus contre le thorax; l'occiput parcourt la partie inférieure de la face antérieure du sacrum , la face supérieure du coccyx, et tout le périnée, qu'il fait saillir en dehors plus que cela n'a lieu dans . les trois premières positions , et qui à cause de cela est plus exposé
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à se rompre. Le front remonte derrière la symphyse des pubis, a laquelle répond le sommet de la tête. Ce mouvement ne peut se faire sans qu'une partie de la poitrine s'engage avec la tête dans l'excavation, ce qui est une des causes de la difficulté plus grande avec laquelle ces trois dernières espèces d'accouchemens se terminent.
L'occiput franchit enfin La vulve, el se renverse au-devant du périnée, qui se retire en arrière, la tète exécutant alors un mouvement de rotation sur son axe transversal , en vertu duquel le menton s'éloigne du thorax. Dans ce mouvement la partie postérieure du col appuie sur le bord antérieur du périnée, comme dans les trois premières positions elle appuie sur le bord inférieur de la symphyse des pubis. Le sommet de la tête se dégage sous le bord inférieur de la symphyse, où l'on voit paraître successivement la fontanelle antérieure, les bosses frontales, et les diverses parties de la face. Ainsi une série de diamètres, qui partant de la partie postérieure du trou occipital viendraient aboutir à ces différens points , se trouvent, successivement en rapport avec le diamètre antéro-postérieur du détroit inférieur. Mais les parties qui passent sous le bord de la symphyse sont trop volumineuses pour se loger dans la partie la plus élevée de l'arcade des pubis , comme le font, dans les trois premières espèces d'accouchemens, l'occiput d'abord, et ensuite la nuque du cou, de sorte que cette partie de l'arcade se trouve inutile pour la sortie de la tête, et que la portion du détroit inférieur qui lui livre passage est rétrécie d'autant dans le sens de ce diamètre. Ajoutez à cela que, dans les positions où l'occiput est en devant, le périnée et le coccyx, qui sont mobiles cèdent et sont repoussés en dehors à mesure que le front s'avance, tandis que dans les autres cette partie répond à des os immobiles. De ces deux circonstances naît une nouvelle difficulté à la marche de la tète et à la terminaison de l'accouchement. Mais la principale cause de difficulté dans ce cas. vient de la longueur différente de l'espace que l'occiput, qui doit toujours sortir le premier, parcourt pour arriver du détroit supérieur au dehois de la vulve. En effet en devant la distance n'est que d'environ dix-huit lignes, et en arrière, si on mesure le trajet que fait l'occiput en descendant le long de la symphyse sacro-iliaque, de la partie inférieure du sacrum , du coccyx et de Ja face interne du périmée, on trouve au moins six pouces. Cette différence fait que dans le premier cas l'occiput, après être des-
ItLGC 199 cendu au niveau de la tubérosité de l'iscliion , et avoir exécuté son mouvement de rotation, se trouve déjà dans l'arcade des pubis hors du détroit inférieur, les épaules étant encore au-dessus du détroit supérieur, tandis que nous avons déjà vu qu'il n'en est pas ainsi dans le second. Outre cela la direction de la colonne vertébrale, par laquelle l'impulsion des contractions utérines se communique à la téte, très-favorable pour faire descendre- l'occiput suivant l'axe du détroit supérieur, devient extrêmement défavorable lorsqu'au détroit inférieur il doit s'avancer suivant l'axe de ce détroit. Je pense qu'en y réfléchissant on restera convaincu que les causes que j'assigne ici à la difficulté plus grande avec laquelle se terminent les accouchemens dans lesquels la face est en devant sont les véritables , et que cette difficulté ne peut être attribuée au frottement que la face éprouve derrière la symphyse des pubis. En effet, tant que la tète reste fléchie sur le thorax, ce frottement est impossible, et il n'a lieu que lorsque l'occiput se renverse en arrière, et que le front et la face passent successivement sous la symphyse. Or, alors la terminaison de l'accouchement n'éprouve plus de difficulté. Dès qu'une fois la tête est libre, elle se restitue à sa rectitude naturelle, la face se tourne vers l'aine gauche de la mère, et le reste de l'accouchement se termine comme dans les cas précédens.
Il arrive quelquefois que l'occiput, après avoir franchi le détroit supérieur, se tourne de gauche à droite, passe au-dessous de la fosse iliaque droite, et se place enfin vers la partie postérieure de la cavité catyloïde du même côté. Par l'effet de ce mouvement de rotation que la tète exécute dans l'excavation, mouvement que le corps du fœtus doit nécessairement exécuter aussi dans l'utérus, cette quatrième position de la tête se change en une seconde ou occipito - cotyloïdienne droite, et l'accouchement s'accomplit par le même mécanisme que dans cette dernière position. Solayrès avait déjà dit quelques mots de cette manière dont l'accouchement peut se terminer dans ces cas. Baudelocque en a parlé avec plus de précision, et leurs observations ont été confirmées par celles que l'on a recueillies à l'hospice de la Maternité. M. Ncegèle, professeur à Heidelberg, vient d'émettre sur ce point, dans un Mémoire inséré dans le Journal, complémentaire des sciences médicales , une opinion qui mérite d'être examinée. Il assure avoir appris, par un grand nombre d'observations exactes, que cette quatrième position, qu'il appelle la troisième,
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est, après la première, celle que l'on rencontre le plus fréquemment; que dans la plus grande partie des cas elle se réduit à la seconde de la manière que je viens de décrire, et que ce n'est que d;ms quelques cas rares, et par suite de circonsances particulières, que l'occiput se porte vers le sacrum, et que la face se dégage en devant. Si nous n'avons pas reconnu ces particularités, c'est,, suivant lui, que nous avons observé inattentivement et l'esprit préoccupé par les idées reçues,de nos maîtres. Cependant les observations recueillies à l'hospice de la Maternité, et citées par madame Boivin, portent tout le caractère de l'exactitude et de la vérité, même pour les personnes qui ne connaissent pas les cbefs de cet établissement; je croyais aussi avoir toujours apporté la plus scrupuleuse attention dans la pratique des accouchemens. Il est possible que de son côté M. Nœgèle se soit laissé entraîner à l'influence d'une opinion préconçue; mais il est possible aussi qu'il ait raison, et il me semble que, sans adopter ni rejeter absolument sa manière de voir, il faut apporter une nouvelle attention à étudier le mécanisme de l'accouchement depuis le commencement du travail jusqu'à la fin. Quant à ce qu'il avance relativement à la disposition de la tète aux détroits supérieur et inférieur dans les deux premières positions, je pense qu'il a observé un peu légèrement, et qu'il a pris des cas particuliers pour ce qui se passe le plus ordinairement; mais ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans cet examen, qui demanderait beaucoup de détails. Si ses opinions sont vraies, le temps les confirmera; sinon il en fera justice.
Il arrive encore quelquefois, mais fort rarement, que, dans un bassin vaste et dont le sacrum offre une concavité profonde, la tête du fœtus, arrivée dans l'excavation, se renverse en arrière, et que le front s'avance soirs la symphyse des pubis. Alors la tête franchit le détroit inférieur et la vulve de front, en présentant à ces deux ouvertures son diamètre occipito-frontal ; ou, l'occiput restant dans la courbure du sacrum , la face se dégage sous le bord inférieur de la symphyse; et ce n'est qu'après que le menton a remonté au-devant de la symphyse que le reste de la tête achève de sortir.
Cinquième position. — Fronto-cotyloïclicnnc droite. — Le mécanisme est le même que dans la précédente; les mêmes variétés dans la marche de la tête s'y rencontrent. La seule différence est que le mouvement de rotation a lieu de gauche à droite, et
ACC soi que lorsqu'elle revient à une position occipito-cotyloïdienne, c'est à la première position qu'elle se réduit.
Sixième position. — Fronto-pubienne. Ce que j'ai dit des quatrième et troisième positions s'applique à celle-ci , et suffit pour expliquer son mécanisme.
Outre ces six positions, on pourrait, comme je l'ai déjà dit, en admettre d'intermédiaires, et surtout deux dans lesquelles le grand diamètre de la tète serait placé suivant la direction du diamètre transversal du détroit supérieur; position que l'on remarque quelquefois, principalement quand ce détroit est fort rétréci d'avant en arrière. Mais ce qui a été dit jusqu'à présent sur le mécanisme de l'accouchement me semble suffire pour faire comprendre ce qui se passe dans ce cas.
2° L'enfant présentant la face.- — La face est, après le sommet de la tête , la région de cette partie que l'on rencontre le plus souvent à l'orifice de la matrice. 11 est assez difficile de se rendre raison des causes qui déterminent cette situation dans laquelle, la tète étant dans une extension forcée, sa région antérieure se développe à l'entrée du détroit supérieur. On ne peut guère concevoir comment cette disposition existerait avant la rupture des membranes, et sans l'action immédiate des contractions utérines sur Le corps du fœtus. Cependant une observation fort curieuse, rapportée par madame Boivin, prouve qu'il en est quelquefois ainsi. Il est probable que, dans un grand nombre de cas au moins , un état d'obliquité de la matrice aura disposé la tète dans une direction telle, que le vertex portant sur un des points de la circonférence du bassin, les contractions utérines forceront le front et la face à s'engager dans le détroit au vide duquel ils répondent. Ce que l'on voit se passer dans certains cas dans lesquels le sommet de la téte se présente d'abord à l'orifice de l'utérus, et le front s'abaisse ensuite de manière que bientôt toute la face se développe, vient à l'appui de cette explication. On a aussi demandé si une abondance excessive de l'eau de l'amnios ne pourrait pas produire cette disposition de la tête. Mais on manque d'observations précises pour apprécier l'influence de cette cause.
On admet quatre positions de la face. Dans la première, ou mento-sacrale , le sommet de la tête est au-dessus des os pubis, le menton est placé en arrière; le corps de l'enfant, appuyant sur la paroi postérieure de l'utérus, doit être porté à droite ou à
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gauche, sur les parties latérales de la colonne vertébrale, et par consécpient la direction de la tête doit être un peu oblique. La deuxième, mcnto-pubienne , est l'opposée de la première; le sommet de la tête est en arrière, et le menton au-dessus de la symphyse des pubis. Ces deux positions s'observent très-rarement. L'accouchement, dans la seconde, se termine par un mécanisme analogue à celui suivant lequel se terminent les deux dernières. Mais, pour la première, ce ne serait que dans le cas où le fœtus serait très-petit et le bassin très-vaste, que les contractions utérines pourraient produire l'expulsion du fœtus, comme je l'ai vu arriver une fois; encore la région occipitale était-elle déprimée par l'effet de la forte pression qu'elle avait éprouvée contre les épaules. Il n'y a pas de doute qu'à moins de circonstances aussi favorables on ne devrait jamais abandonner un semblable accouchement aux seules forces de la nature; et même il vaudrait mieux ne pas le faire , si l'on était appelé assez tôt pour pouvoir changer la position du fœtus avant que la tête soit engagée dans le petit bassin.
Dans les deux dernières positions , l'enfant est situé transversalement. Ce> sont celles que l'on rencontre le plus ordinairement, et dans lesquelles l'accouchement se termine avec le plus de facilité par les seules forces de la nature. Dans la troisième, le vertex répond à la fosse iliaque gauche , le menton regarde le bas de la fosse iliaque droite, qui est occupée par le corps de l'enfant. Cette position, mento-iliaque droite, peut être considérée comme l'effet de la déviation de la tête placée originairement dans la première ou la cinquième position du sommet, ou dans une position intermédiaire. La quatrième position, mento-iliaque gauche plus rare que la précédente, peut être considérée de même comme l'effet de la déviation de la deuxième ou de la quatrième position du sommet; elle nous présente le fœtus placé de manière tjttfi son front appuie sur le bord de la fosse iliaque droite, que son menton est situé vers le bas de la fosse iliaque gauche, et que son corps est logé dans cette fosse.
La tête, en descendant dans l'excavation à travers le détroit supérieur, conserve sa situation; seulement elle se renverse de plus en plus en arrière. Le vertex glisse au-devant de la symphyse sacro-iliaque à laquelle il répond , vient se placer vis-à-vis l'échancrurc sacro-iscliiatique; et dès que l'occiput a totalement dépassé le cercle du détroit supérieur, la tète exécute un mou-
ACC ao3 vement de rotation qui ramène Je vertex dans la courbure du sacrum, et le menton dans l'arcade des pubis; le devant du cou est placé derrière la symphyse de ces os. La face appuie sur le plancher du bassin, et le distend. Le menton proémine à travers la vulve, qui se dilate peu à peu, et laisse enfin à découvert toute la face; bientôt il se relève au devant de la symphyse, pendant que le vertex glisse sur la face antérieure du sacrum et la face interne du coccyx et du périnée, et se dégage insensiblement au devant du bord de cette cloison. La tète , de l'état d'extension forcée où elle était, est revenue à son état de rectitude sur le cou, et même à un certain degré de flexion; elle reprend la situation transversale qu'elle avait au détroit supérieur, et le reste de l'accouchement se termine comme l'accouchement analogue dans lequel le sommet de la tète se serait présenté au détroit supérieur.
3° L'enfant présentant les pieds. — Il a été reconnu de tout temps que dans ces cas l'accouchement peut se terminer sans le secours de l'art. Les pieds sont, après le sommet de la tête et les fesses, la région que l'on rencontre le plus souvent à l'orifice de la matrice. Sur les 20,517 enfans nés à l'hospice de la Maternité en 14 ans, 23/f présentaient cette région :• i35 dans la première position, 86 dans la deuxième, 7 dans la troisième, et 6 dans la quatrième. Ces quatre positions principales dans lesquelles les pieds se présentent, sont, comme celles des autres régions, distinguées selon les points du détroit supérieur auxquels répondent les deux extrémités de leur grand diamètre, dans l'ordre suivant : ir«, les talons à gauche et un peu en devant, les orteils à droite et un peu en arrière, presque vis-à-vis la symphyse sacro-iliaque droite; 2e, les talons à droite et un peu en devant, les orteils à gauche presque vis-à-vis la symphyse sacroiliaque gauche; 3e, les talons vers les pubis, les orteils vers le sacrum; 4 e, les orteils derrière les pubis, les talons au devant du sacrum.
La posture de l'enfant dans l'utérus est telle , que lés fesses se trouvent au voisinage de l'orifice immédiatement après les pieds , et que, selon que les pieds, portés vers un des points du cercle de l'orifice ou du détroit supérieur, s'y trouveront arrêtés lorsque la matrice commencera à Agir sur le fœtus, on verra se développer à la place de cette région les genoux ou les fesses. Il est cependant à remarquer que dans beaucoup de cas, avant
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l'ouverture des membranes, on sent immédiatement les fesses au-dessus de l'orifice de l'utérus, soit que les pieds se soient arrêtés trop haut pour être accessibles au doigt, soit que par une cause que l'on ne peut déterminer les membres inférieurs se soient déjà développés au-devant de l'abdomen. Il est également impossible de donner une explication satisfaisante de la cause pour laquelle le fœtus se trouve ainsi placé de manière que l'extrémité inférieure de son corps pose sur le col de l'utérus. Pendant long-temps on a cru que telle était sa situation pendant la plus grande partie du cours de la grossesse , et que la tête ne se portait en bas qu'à une certaine époque, par un mouvement de culbute : alors tout ce qui pouvait s'opposer à cette culbute était regardé comme cause d'accouchement par les pieds ; mais il est à présent bien reconnu que ces idées ne sont nullement fondées.
Première position. — Lorsque l'orifice est suffisamment dilaté, que les membranes sont rompues ou qu'elles forment une poche très-prolongée dans le vagin, les pieds n'étant plus retenus, la moindre impulsion qui leur est communiquée par les fesses, ou même la seule action des muscles extenseurs des cuisses et des jambes, suffit pour les faire descendre à travers l'orifice de l'utérus, le vagin et la vulve, en conservant leur position oblique. La contraction utérine, transmettant son effort de la tête à l'extrémité inférieure du tronc , a pour effet d'abord d'augmenter la flexion de la tête -sur le thorax , et en même temps d'appliquer plus exactement les membres supérieurs contre les parois de cette cavité, et ensuite de faire franchir aux hanches l'ouverture du détroit supérieur. La hanche gauche descend derrière la cavité cotyloïde droite, la hanche droite devant la symphyse sacro-iliaque gauche. Lorsqu'elles sont arrivées au détroit inférieur, si elles ne sont pas fort volumineuses relativement aux dimensions de ce détroit, elles le traversent en suivant la même direction, la hanche gauche passant sous la branche droite de l'arcade des pubis, et la hanche droite au-devant du ligament sacro-isebiatique gauche. Mais, quand elles éprouvent une résistance considérable, celle qui regarde en avant se porte directement sous la symphyse des pubis, sort la première, et remonte au-devant de la symphyse; l'autre passe dans la courbure du sacrum et du coccyx, le tronc subissant dans sa portion lombaire une torsion correspondante à ce mouvement. A me-
ACC ao5 sure que le corps avance, il se courbe pour s'accommoder à la forme du canal qu'il traverse, et la partie qui est au dehors, soutenue par le bord du périnée, se dirige vers le plan antérieur delà mère. Les épaules, qui se sont avancées au détroit supérieur, y sont placées comme les hanches selon le diamètre oblique, qui de la cavité cotyloïde droite se porte à la symphyse sacro-iliaque gauche. Déjà les bras, placés comme ils le sont dans l'utérus sur les parties latérales du tronc, sont descendus dans l'excavation, et les coudes commencent à se présenter à la vulve. La tète présente son ovale inférieur au plan du détroit, de sorte que, le menton plongeant bien avant l'occiput, le diamètre occipitomentonnier suit à peu près la direction de l'axe de ce détroit ; et comme dans la première position du vertex, c'est encore la petite circonférence delà tête qui répond à son ouverture, le diamètre' occipito-bregmatique étant dans la direction du diamètre du détroit qui de la cavité cotyloïde gauche se rend à la symphyse sacro-iliaque droite, et le diamètre bipariétal dans la direction de l'autre diamètre oblique. Les épaules, arrivées au détroit inférieur, viennent se placer, la gauche sous l'arcade des pubis, et la droite vers le périnée. A mesure que les épaules descendaient dans l'excavation , les bras , pressés par les parties environnantes et maintenus sur les côtés de la poitrine, se dégageaient peu à peu au dehors. Les épaules franchissent aussi bientôt le détroit inférieur et la vulve : celle qui est en arrière se dégage la première; et le bord du périnée, se retirant sxir le col, ne soutient plus le corps, qui, entraîné par son poids, s'abaisse en arrière, et laisse plus de liberté à l'épaule gauche pour se dégager du bord inférieur de la symphyse. Weidman est le premier qui ait bien saisi et décrit cette disposition des bras; et dans tous les accouchemens par les pieds auxquels j'ai assisté, j'ai vu se vérifier la justesse de ses observations. Avant lui on croyait que les bras, arrêtés par le bord du détroit supérieur, s'étendaient sur les parties latérales de la tête à mesure que le corps descend : c'est en effet ce qui a lieu lorsque la sortie du fœtus est due aux tractions opérées sur lui, parce qu'alors la matrice se trouve vidée avant de s'être contractée sur le corps du fœtus. Comme l'on attendait rarement que son expidsion fût le résultat des seules contractions utérines, on observait inexactement, et on raisonnait d'après les cas où l'art vient suppléer la nature. La tête se trouve alors dans l'excavation et dans la cavité du vagin. La ma-
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trice ne peut plus agir sur elle par ses contractions; mais, poussée par les contractions des muscles abdominaux, elle presse sur elle, et la chasse vers l'extérieur. La tête roule dans l'excavation; le front passe dans la courbure du sacrum , l'occiput se porte de gauche à droite jusque derrière la symphyse des pubis; la petite circonférence se trouve en rapport avec le plan du détroit inférieur, ses grands diamètres répondant l'un au diamètre coccypubien, l'autre au diamètre bis-ischiatique; le diamètre occipitomentonnier suit la direction de l'axe de ce détroit. Les épaules, qui sont libres au dehors , suivent ce mouvement de rotation; le dos vient regarder le pénil. L'occiput reste arrêté derrière les pubis; le menton paraît à la vulve, et, s'appliquant avec force contre la partie antérieure du thorax, d soulève le corps en avant. On voit se dégager successivement, sur le bord antérieur du périnée, le nez , les yeux et les bosses frontales. Un dernier effort a bientôt procuré l'expulsion du reste de la tète.
On doit remarquer que "dans cet accouchement , comme dans ceux où le sommet de la tête se présente, les parties les plus volumineuses du fœtus sont disposées aux deux détroits du bassin et à la vulve de la manière la plus favorable pour qu'elles puissent franchir ces ouvertures avec facilité. Les mouvemens de rotation sont aussi déterminés par le même mécanisme.
Deuxième et troisième positions. — Dans ces deux cas, comme dans le précédent, la surface postérieure du fœtus répond obliquement ou directement à la partie antérieure de la mère, et l'accouchement se termine par un mécanisme semblable à celui que .je viens de décrire, sauf la direction différente suivant laquelle s'opère le mouvement de rotation dans l'excavation.
Quatrième position. — La surface antérieure du fœtus est tournée en avant. Cette différence dans la situation en produit une telle dans le mécanisme de l'accouchement , que l'expulsion du fœtus, toujours difficile, devient souvent impossible par les seules forces de la nature, à moins qu'il ne soit peu volumineux relativement à la capacité du bassin. On a attribué la cause de cette difficulté au frottement des inégalités de la face contre la face postérieure des pubis, ou à ce que le menton s'accrochait au-dessus de ces os. Mais la flexion très -grande de la tète, produite par l'effet des contractions utérines qui ont fait avancer le corps, empêche que ces deux choses ne puissent avoir lien, lînudelocque pense avec raison qu'elle r .'suite de ce que & fiitè
ACC ';.o7 ne trouve pas au-dessous du pubis, dans le dernier temps du travail, autant d'espace pour se dégager qu'elle en rencontre vers le sacrum dans les autres cas. Il peut bien arriver que, le front restant appuyé au-dessus des pubis, l'occiput s'arrête vers l'angle sacro-vertébral, et que la tête se.trouve ainsi retenue; mais cette espèce d'enclavement est une cause d'accoucliement difficile , et ce n'est pas ici le lieu d'en traiter. Dans cette position, les hanches traversent les détroits supérieur et inférieur dans une situation presque transversale, le dos et l'occiput se détournant nécessairement sur les parties latérales de la colonne vertébrale. Le tronc est courbé en devant. Les épaules se présentent au détroit supérieur dans la même direction que les hanches, et à mesure qu'elles descendent dans l'excavation elles deviennent de plus en plus obliques; direction que prend aussi la tète en s'engageant au détroit, parce que l'angle sacrovertébral force l'occiput à se porter de ce côté. Elles arrivent au détroit inférieur , et s'y disposent dans la direction du diamètre antéro-postérieur. Dès qu'elles sont dégagées, elles reprennent leur position transversale, et se contournent sur le bord du périnée pour se porter en arrière, tandis que la face se développe à la vulve, offrant son diamètre occipito-frontal dans la direction du diamètre coccy-pubien. En effet la tête, descendue dans l'excavation, y a repris la situation directe qu'elle avait primitivement. La longueur de l'espace que les épaules doivent parcourir pour parvenir du détroit supérieur à l'inférieur en suivant la paroi postérieure de l'excavation, la présence du sommet de la tête sous l'arcade des pubis, dont il ne peut occuper la partie la plus relevée , sont encore des causes qui rendent plus ^difficile la terminaison de l'accouchement dans ce cas.
4° L'enfant présentant les genoux. — Ce que j'ai dit précédemment suffit pour expliquer la cause qui détermine cette région à se présenter à l'orifice de l'utérus, et la rareté des cas où on l'observe. Il est évident qu'elle n'offre pas un volume assez considérable pour influer sur le mécanisme de l'accouchement. Aussi, soit que les deux genoux se présentent de front, soit qu'un seul des deux descende, tandis que l'autre reste retenu au-dessus du détroit ou dans l'excavation, ce mécanisme est absolument le même que dans les situations des pieds. On admet aussi quatre positions de cette région dans lesquelles la position de l'enfant esE la même que dans chacune des positions des pieds.
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5° L'enfant présentant le siège ou les fesses. — Dans le nombre de 20,5 17 enfans, nés à l'hospice de la Maternité, dont j'ai déjà parlé, 373 étaient dans celte situation ; et 3a de ces cas seulement ont exigé l'intervention de l'art. Les quatre positions de cette partie sont en tout analogues à celles des genoux et des pieds, et le mécanisme de l'accouchement est le même que dans ces positions à partir du moment où, les pieds étant descendus, les hanches, ou la région pelvienne du fœtus, viennent traverser le détroit supérieur. La seule différence est la difficulté plus grande que cette région rencontre à traverser les ouvertures du bassin et la vulve, à raison de l'augmentation de volume que produit la présence des cuisses fléchies au-devant du bassin. En effet, les fesses présentent alors un volume qu'on peut comparer à celui de la tête; et si, étant composées en grande partie de parties molles, elles sont susceptibles de se laisser déprimer, cet avantage est plus que compensé par l'inconvénient de ne point offrir une surface uniformément arrondie et résistante , qui facilite la dilation des parties qu'elle traverse.
De quelques variétés qui se remarquent dans le travail de l'enfantement.— Ces variétés sont relatives aux phénomènes, à la durée du travail et au mécanisme de l'accouchement.
i° Le développement des douleurs n'est pas toujours aussi régulier que je l'ai décrit. Quelquefois elles acquièrent très-promptement un grand degré de vivacité; elles se succèdent rapidement, et l'accouchement se termine en peu de temps. D'autres fois elles sont lentes, éloignées, faibles et presque sans action pour opérer la dilatation de l'orifice et l'expulsion du fœtus. Le travail de 1 enfantement, se prolonge alors pendant un temps considérable. Ces différences sont en général en rapport avec le tempérament de la femme, l'énergie plrik ou moins grande avec laquelle les fonctions s'exécutent chez elle, la vivacité et la vigueur des mouvemens musculaires. Mais d'autres causes y influent aussi, telles sont les passions de l'âme, la constitution atmosphérique. Ainsi on remarque généralement que des contrariétés vives, la présence d'une personne dont la vue gène ou déplaît, l'abattement d'esprit, rendent les contractions utérines lentes et irrégulièrcs, et que le courage, la confiance et une certaine alacrité produisent un effet contraire. Fort souvent l'arrivée de l'accoucheur, en faisant cesser, l'inquiétude de la patiente, amène un calme plus ou moins prolongé et une diminution notable des douleurs, qtii
pourraient en imposer, si on ne savait que bientôt elles reprendront une nouvelle énergie. Une observation, que j'ai eu plusieurs fois occasion de faire, et qui n'aura sûrement pas échappé aux accoucheurs attentifs, c'est qu'il est des temps où la plupart des accouchemens se terminent avec une promptitude remarquable, et d'autres où le contraire a lieu. Un effet aussi général ne peut dépendre que d'une cause générale; et on ne peut guère trouver cette cause que dans l'influence de la constitution atmosphérique. Les auteurs qui ont traité de la fièvre puerpérale ont aussi remarqué que, lors de certaines épidémies de cette maladie, les accouchemens étaient plus prompts et plus faciles, et que cette facilité était, chez les femmes qui la présentaient, une annonce de l'invasion de la maladie. Dans certains cas les douleurs, après avoir suivi une progression régulière, se ralentissent, s'affaiblissent et conservent ce caractère plus ou moins long-temps, et même jusqu'à la fin du travail. Quelquefois aussi elles s'interrompent, se suspendent pendant un temps plus ou moins considérable, et se réveillent ensuite sans que le plus souvent on puisse déterminer la cause de ce phénomène. Quelquefois cependant on peut l'attribuer à la fatigue et au besoin d'un repos qui répare les forces épuisées. J'ai vu une semblable interruption se répéter deux fois dans le cours d'un travail qui se termina naturellement, et dont les suites furent heureuses pour la mère et pour l'enfant qui était un garçon. Je fais cette dernière remarque pour qu'elle puisse concourir avec une foule d'autres observations à montrer l'absurdité d'un préjugé qui attribue au sexe de l'enfant une grande influence sur la promptitude et la régularité du travail. J'ai dit qu'en général le sentiment de la douleur est en rapport avec l'intensité de la contraction utérine , mais que la sensibilité plus ou moins exquise de la femme modifie singulièrement ce rapport. Outre cette cause générale , deux états différens produisent le même effet et d'une manière encore plus remarquable : l'un est la pléthore générale, ou une pléthore locale dans les vaisseaux utérins et pelviens, qui rend les contractions utérines fort douloureuses et peu efficaces pour l'accouchement. Les signes généraux de pléthore, une sorte de lenteur et d'embarras dans le développement de la contraction utérine, un sentiment de plénitude et de pesanteur dans la région hypogastrique caractérisent cet état, qui demande 1 emploi de la saignée, après laquelle les contractions ulérines i- 1/,
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deviennent plus franches et plus énergiques. L'autre état est une disposition spasmodique de l'utérus qui a lieu surtout chez les femmes d'un tempérament éminemment nerveux, et se reconnaît à la raideur particulière des bords de l'orifice, à la tension extrême du corps de l'organe, et à l'agacement nerveux général qui a lieu pendant des contractions qui sont presque sans résultat, et déterminent les douleurs les plus vives. Les bains, les antispasmodiques , et principalement l'opium, sont alors spécialement indiqués, et -réussissent très-bien à régulariser et à abréger le travail de l'enfantement.
a° La durée de ce travail et la facilité -avec laquelle il se termine ne présentent pas moins de variété; elles diffèrent nonseulement chez les divers individus , mais encore chez la même femme à ses différens accouchemens, quoique en général, dans ce dernier cas, les variations soient moins fréquentes et moins inarquées. On voit souvent l'accouchement se terminer presque instantanément et en une seule douleur; d'autres fois ce n'est qu'après plusieurs jours de souffrances que la femme est délivrée; et cette longueur du travail n'est pas toujours due au peu d'Vnergie des contractions. La longueur et la difficulté de l'accouchement dépendent le plus souvent du volume du fœtus et de la résistance qu'il éprouve en traversant le bassin et les parties génitales. Ainsi le premier accouchement est ordinairement plus long et plus difficile que ceux qui suivent , et d'autant plus que La femme est plus avancée en âge. Une certaine mollesse des tissus, qui n'exclut pas totalement l'énergie des contractions musculaires, rend l'accouchement plus facile chez des femmes d'une constitution faible que chez celles qui, plus robustes, ont les solides plus consistans. C'est peut-être cette même cause qui fait que les femmes qui habitent des climats chauds accouchent avec plus de facilité que celles qui habitent les climats froids.
3° Outre les variétés dont j'ai parlé, en faisant la description générale du mécanisme de l'accouchement, il en est une autre que je n'ai fait qu'indiquer, et une autre que j'ai omise cntièromonl pour éviter des longueurs qui eussent jeté de la confusion danle tableau que j'avais à tracer. La première a pour objet l'apparition de la tète à la vulve dont elle écarte les lèvres pondant la contraction utérine, et sa rentrée dans le vagin dès que la contraction a cessé : mouvement, alternatif qui se renouvelle quelquefois pendant un certain temps, et même pendant des
ACC 211 heures entières lorsque la tète est volumineuse, la vulve étroite, et ses bords raides et résistans. La brièveté du cordon ombilical, soit naturelle, soit produite par son entortillement autour du col, sa tension lors de la contraction utérine, et sa rétraction ensuite, ont été regardées comme les causes de ce phénomène. Il est bien vrai que, dans les cas où cette brièveté existe, on observe quelque chose d'analogue; mais bien plus souvent ce mouvement a lieu sans que cette cause se rencontre. La disposition respective des parties donne une explication bien plus satisfaisante de ce phénomène. Pendant la contraction, la tète, poussée à travers la vulve , distend les bords de cette ouverture , déprime le périnée, et subit elle-même une compression notable de la part de ces parties. La contraction cesse-t-elle ? les bords delà vulve et le périnée reviennent sur eux-mêmes, la tête reprend son volume, et éprouve une réaction qui la reporte en arrière, avec d'autant plus de facilité qu'elle offre une forme conoïde, dont la base, formée par les bosses pariétales, est tournée de ce côté. Cela se répète jusqu'à ce qu'enfin la résistance des parties génitales ait été surmontée, et que les bosses pariétales aient franchi le détroit inférieur. La seconde de ces variétés est une anomalie dans le mouvement de rotation que la tête exécute après s'être dégagée hors de la vulve, et qui a lieu dans les positions obliques de l'ovale supérieur. Ainsi, par exemple, dans la première position, l'occiput, au lieu de se porter vers l'aine gauche de la mère, se dirige, comme dans la seconde-position, de manière à regarder d'abord l'aine droite, et ensuite la partie interne de la cuisse du même côté. Les premières fois que j'observai ce mouvement, je crus m'ètre trompé sur la détermination de la position de la tête au détroit supérieur, n'ayant pas alors présentes à la mémoire les observations de Baudelocque, dont l'autorité était bien propre à dissiper mes doutes; mais dans la suite j'eus occasion de vérifier plusieurs fois ces observations , et il n'est pas d'accoucheur qui n'en ait pu faire de semblables. Cet habile praticien donne pour cause de ce mouvement, que le tronc traversant rapidement l'excavation, suit l'impulsion qui a été imprimée à la tête lorsqu'elle s'est présentée au détroit inférieur. Je ne saurais admettre cette explication, car j'ai vu plusieurs fois ce phénomène avoir lieu dans des cas où la descente du tronc dans l'excavation et à travers le détroit inférieur se faisait avec lenteur; mais je ne saurais en proposer une autre.
Dans quelques cas j'ai vu la tête commencer à prendre cette direction anomale, et reprendre ensuite celle qui était en rapport avec la situation qu'elle avait au détroit supérieur*
Soins que réclame f état de la femme pendant le travail de l'enfantement. — J'ai déjà dit les principales raisons qui nécessitent la présence d'nn accoucheur auprès d'une femme en travail, quoique l'accouchement soit une fonction naturelle, et que souvent il se termine de la manière la plus heureuse , sans aucune intervention de l'art, non-seulement chez les femmes rohustes et endurcies par le travail, qui hahitent les campagnes ou suivent les armées, mais encore chez les femmes habituées à la vie la plus molle au milieu de nos grandes villes. Sauf quelques soins très-simples que l'accoucheur doit administrer, son rôle doit se borner à celui d'un spectateur, dont la présence inspire la confiance et le courage, et éloigne toute idée de crainte sur l'avenir; mais il faut qu'il sache prévoir les accidens qui peuvent survenir, les reconnaître quand ils arrivent, et y porter le remède convenable. Il sortira d'autant moins de son rôle de spectateur qu'il aura plus de connaissances et d'expérience, car alors il sera meilleur appréciateur des efforts et des ressources de la nature.
La première chose qu'il doit faire en arrivant auprès de la femme est d'établir son diagnostic , de reconnaître premièrement si la femme est réellement en travail , et quand le travail n'est pas encore commencé , s'il tardera ou ne tardera pas à se déclarer; secondement, si les conditions nécessaires pour la terminaison de l'accouchement se rencontrent dans le cas présent. Les signes qui annoncent un accouchement prochain se tirent de l'existence des phénomènes que j'ai dit se manifester un peu avant le commencement du travail, et surtout de l'état du col de la matrice. En effet, à moins de causes' qui puissent déterminer un accouchement prématuré, le travail ne commencera que lorsque le col sera entièrement effacé , quoique souvent l\ rifice ait déjà un certain degré de dilatation : j'entends parler du col proprement dit, et non des.lèvres du museau de tanche, de nt l'épaisseur peut rester fort considérable pendant presque torte la durée du travail. Il est encore à remarquer que, même dans le cas d'accouchement prématuré, le col s'efface complètement avant que le travail ne commence, quoique l'achèvement Je sa dilatation s'opère alors plus vite et moins régulièrement que dans les cas naturels. Les signes qui font reconnaître quo le travail est
déclaré sont la série des douleurs qui s'accroissent dans une succession régulière, la dilatation progressive de l'orifice de l'utérus, la tension des membranes pendant la douleur, l'écoulement des glaires, et les autres phénomènes que j'ai décrits plus haut. On doit principalement faire attention à la nature des douleurs. Sous ce rapport, on les a distinguées en vraies ét fausses. On appelle vraies douleurs celles qui dépendent de la contraction utérine; ce que j'en ai dit, en parlant des phénomènes de l'accouchement , me dispense de traiter ici de leur caractère spécial. Sous le nom de fausses douleurs , on désigne des douleurs étrangères au travail de l'enfantement, qui ont ordinairement leur siège dans un organe voisin de l'utérus, et que les femmes confondent avec celles qui reconnaissent pour cause la contraction utérine. L'accoucheur, averti par l'irrégularité des retours et de la progression de ces douleurs , quand elles sont périodiques, et par l'impression douloureuse qu'elles laissent toujours pendant leur intermission, ou par leur continuité, fera des recherches au moyen desquelles il parviendra, avec un peu d'attention, à déterminer leur siège et leur nature. Souvent ce sont des coliques intestinales, soit inflammatoires, soit spasmodiques. Il est aussi des douleurs qui ont leur siège dans l'utérus, affectent une certaine régularité , et simulent le travail de l'enfantement; mais l'absence des autres phénomènes du travail, et spécialement l'état du col de l'utérus, serviront à lever lès doutes que l'on pourrait avoir. Un état de pléthore locale est la plupart du temps la cause de ces douleurs, que l'on calme par le repos, la diète et la saignée. J'ai vu plusieurs fois des femmes se croire sur le point d'accoucher, s'y disposer, faire des efforts pour pousser l'enfant, comme elles disent, et n'accoucher que cinq ou six semaines après. Leur erreur était même quelquefois partagée par les personnes appelées pour leur donner des soins. Ce qui est plus singulier, c'est que la même chose est arrivée à des femmes qui n'étaient pas enceintes, et à qui on prédisait un accouchement prochain.
Il serait superflu de revenir sur les conditions de l'accouchement naturel; il suffira d'établir les signes des positions du fœtus qui forment une de ces conditions. L'ovale supérieur se reconnaît «à sa convexité uniforme, et à la présence des fontanelles antérieure et postérieure, et des sutures ou commissures membraneuses qui s'y remarquent. La disposition des deux fonta-
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nelles, bien distinctes par leur grandeur et leur forme différentes ? à l'égard des divers points de la circonférence du bassin , et la direction de la suture sagittale relativement à celle des diamètres , fournissent des signes évidens de ces diverses positions. La moindre réflexion fera facilement l'application de cette donnée générale à chacune de ces positions en particulier. Les caractères qui distinguent la face sont faciles à saisir, quand cette partie est dans son état naturel; mais il s'en faut bien qu'il en soit de même quand elle est tuméfiée, ce qui arrive infailliblement lorsque les membranes sont percées et les eaux écoulées depuis quelque temps. Alors la forme et la mobilité de la mâchoire inférieure, la disposition du bord alvéolaire à l'égard des lèvres, celle du bord des orbites , et ensuite les lèvres , le nez et les paupières , quoique déformés par la tuméfaction , feront éviter toute erreur quand on apportera à l'examen l'attention suffisante, et . serviront aussi à établir le diagnostic des quatre' positions dans lesquelles elle peut se présenter. Il est inutile de parler des signes qui font reconnaître la présence et les diverses positions des pieds à l'orifice de l'utérus. La seule partie avec laquelle on pourrait les confondre est la main ; mais il faudrait être bien inattentif pour commettre cette erreur. La forme arrondie des genoux, celle des cuisses et des jambes, la présence des parties génitales un peu plus haut dans l'utérus , et leur situation à l'égard des divers points du bassin , caractérisent cette région et ses positions à l'orifice. Les fesses se font reconnaître par leur proéminence arrondie et molle, au centre de laquelle on sent la tubérosité de l'ischion , et par l'intervalle qui les sépare, et qui aboutit en arrière au sacrum, en devant aux organes sexuels, offrant dans son milieu l'anus qui devient saillant et laisse échapper le méconium pour peu que l'abdomen soit comprimé par l'effet des contractions utérines. Ces caractères semblent ne devoir laisser aucun doute; cependant, lorsque les fesses sont tuméfiées , on pourrait , si l'on n'apportait pas assez de soin, les confondre avec la face également tuméfiée, et même avec l'ovale supérieur, l'intervalle qui sépare les tubérosités de l'ischion simulant la suture sagittale quand l'ossification imparfaite de la tète lui laisse beaucoup de largeur. La direction du sacrum et des organes sexuels établit la distinction des diverses positions.
Le diagnostic étant éclairci autant qu'il peut l'être, il faut
A. CC a>5 porter son pronostic sur lu durée probable du travail et la facilité plus ou moins grande avec laquelle il se terminera. Ce pronostic n pour hase des données que je ne ferai qu'énoncer ici, parce que toutes ces choses ont été suffisamment développées précédemment, ou le seront en parlant du bassin. Les élémens de ces données sont la constitution de la femme, l'état de ses forces, la grandeur et la forme particulière du bassin, l'état de l'orifice qui est mou ou dur, miuce ou épais , plus ou moins dilaté ou dilatable, celui des membranes qui sont entières ou rompues, celui d'humidité ou de sécheresse, de flexibilité ou de raideur des parties génitales, le volume présumé de l'enfant, la position dans laquelle il se présente, l'intensité, la distance des contractions utérines, et leur effet soit sur la dilatation de l'orifice, soit sur la progression du fœtus , enfin le nombre et le mode des accouchemens précédens. Avec de l'habitude, on établit sur la considération de tous ces points des données assez positives. On ne doit cependant pas perdre de vue les sages avertisseméns de Delamotte, relativement à l'issue favorable de certains accouchement qui s'annonçaient sous les plus fâcheux auspices, et à la terminaison pénible et même funeste d'autres accouchemens dont les coramencemens présageaient la fin la plus heureuse. En général il convient d'être très-réservé dans le pronostic que l'on porte et les promesses que l'on fait à la patiente et aux assistans , car l'espérance déçue amène facilement l'impatience et le découragement; mais il faut aussi faire en sorte de ne pas faire naître l'effroi par un pronostic peu rassurant que la femme est toujours disposée à interpréter en mal. C'est au moyen du toucher que l'on acquiert le plus grand nombre et les plus importans de ces signes diagnostiques et pronostiques. On doit le pratiquer dès que par l'examen des phénomènes extérieurs du travail on a pris une première connaissance de l'état de la femme. Il faut ensuite le réitérer plus ou moins souvent, pour être constamment au courant de la progression du travail et de la marche du fœtus , et surtout quand on veut s'en faire un moyen d'étude et d'instruction. Cela n'a aucun inconvénient quand les parties génitales sont suffisamment humectées par des glaires; mais, quand elles sont sèches, et que l'entrée du vagin est étroite, la réitération du toucher détermine une irritation nuisible : c'est surtout ce que l'on observe dans les salles d'accouchement, où un grand nombre d'élèves touchent successivement la même femme. A
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1 iusta&t de'la rupture des membranes, il est toujours utile de pratiques le toucher pour reconnaître exactement quelle est la position du fœtus.
Les indications à remplir sont : i° de mettre la femme dans des conditions hygiéniques propres à diminuer la fatigue et les incommodités qui résultent des phénomènes du travail, et à prévenir l'influence fâcheuse que pourrait avoir sur elle l'action des agens extérieurs dans l'état particulier où elle se trouve; i° de surveiller les efforts de la nature pour les maintenir ou les ramener au degré convenable; 3° d'éloigner toutes les causes qui pourraient déranger sa marche.
i° L'air que la femme respire doit être pur et d'une température modérée; s'il était vicié ou chargé d'odeurs bonnes ou mauvaises , outre les inconvéniens généraux d'un tel air, il en aurait ici de particuliers; il rendrait plus pénible l'état de malaise où elle se trouve, et agirait plus que dans toute autre circonstance sur sa sensibilité déjà très-exaltée. Une température trop élevée augmenterait l'agitation, la chaleur, la sueur, la vélocité de la circulation, la disposition aux congestions cérébrales, qui sont le résultat de la contraction utérine; elle pourrait aussi faire naître diverses hémorrhagies. L'impression du froid, lorsque la femme, après l'excitation produite par la douleur, tombe dans une sorte de collapsus qui la laisse sans défense contre l'action des agens extérieurs, peut avoir les suites les plus fâcheuses, produire diverses inflammations ou donner lieu à ces engorgemens qu'on a désignés sous le nom de laiteux, à ces douleurs rhumatismales qu'on a attribuées au lait répandu. On doit chercher à obtenir ces qualités de l'air par tous les moyens connus; le principal de ces moyens est de placer la femme dans une chambre suffisamment vaste.
L'habillement de la femme sera disposé d'après les mêmes principes, et de manière à lui éviter toute gêne qui lui serait désagréable, et pourrait nuire à la liberté de la respiration et du cours du sang.
Lorsque la durée du travail est courte, il ne faut pas donner de nourriture; mais, s'il se prolonge, la femme doit soutenir ses forces par des alimens de facile digestion pris en petite quantité. Dans leur prescription on aura égard à l'état de l'estomac et à cette disposition aux vomissemens, qui accompagne souvent le travail, et dont l'influence est telle qur, lorsqu'il commence pou
ACC 2I7 après un repas, la digestion est troublée. La femme alors se trompe presque toujours sur ce qu'elle éprouve, et l'attribue a une simple indigestion. Le eboix des boissons est aussi de quelque importance : celles qui sont sucrées ou chaudes déplaisent généralement et n'apaisent pas la soif; le vin étendu d'eau s'aigrit facilement dans l'estomac et augmente les vomissemens. Le vin pur, les boissons excitantes ou la glace auraient tous les inconvéniens que j'ai reprochés aux excès de température de l'air. L'eau pure et l'eau sucrée légèrement aromatisée sont les boissons dont j'ai vu les femmes s'accommoder le mieux. Il est superflu, d'après ce que je viens de dire, d'exposer les raisons qui doivent faire rejeter ces teintures spiritueuses, ces mélanges de vin chaud et d'aromates dont le peuple fait encore usage dans quelques pays. Si l'état de langueur et de faiblesse de la femme exige l'usage de quelques moyens restaurans, de bons bouillons, des consommés, un peu de vin vieux, de vin de liqueur, sont les meilleurs analeptiques qu'on puisse employer.
Les excrétions qu'il importe surtout de surveiller sont celles des matières fécales et des urines. La constipation est une incommodité assez ordinaire chez les femmes enceintes : aussi arrivet-il souvent qu'à l'instant de l'accouchement l'intestin rectum est rempli de matières fécales endurcies. La présence de ces matières gène la marche de la tète à travers l'excavation ; et leur expulsion, dans le dernier temps de l'accouchement, est douloureuse , et irrite l'extrémité inférieure du rectum. C'est une des causes du développement des tumeurs héinorrhoïdales qu'on observe si souvent chez les nouvelles accouchées. Un cl y stère simple suffit pour procurer l'évacuation de ces matières, et on ne doit pas. négliger d'en faire administrer un au commencement du travail, si la femme n'a pas évacué naturellement. De graves accidens peuvent être la suite de l'accumulation des urines dans la vessie portée à l'extrême , soit que la compression exercée par la tête de l'enfant sur le méat urinaire s'oppose à leur émission, soit que la femme, dont l'attention est toute absorbée par les douleurs qu'elle ressent, oublie de les rendre. Le moindre est que la sensation douloureuse produite par la distension de la vessie, augmentée lorsque les muscles abdominaux entrent en contraction , engage la femme à suspendre autant qu'elle le peut ces contractions, et que l'accouchement en soit relardé. En outre, l'action de ces muscles ne se transmettant alors au fœtus que par l'intermédiaire de cette masse
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de liquide, en est diminuée et a inoins d'efficacité. La paralysie de la vessie peut aussi être la suite de la rétention trop prolongée des urines; mais l'accident le plus redoutable est la rupture des parois de ce réservoir à l'instant où la femme se livre aux efforts les plus violens. Le cathétérisme peut quelquefois devenir utile dans ce cae; le plus souvent il suffit d'engager la femme à rendre ses urines avant que leur accumulation ne soit parvenue à un point considérable.
L'influence manifeste que les passions de l'âme exercent sur le travail de l'enfantement , et l'exaltation de la sensibilité produite par les phénomènes de ce travail, qui dispose singulièrement les femmes aux diverses névroses et rend leurs perceptions plus fines et plus faciles, montrent assez quelle attention l'accoucheur doit mettre à écarter tout ce qui peut affecter désagréablement le moral ou les sens. J'ai déjà parlé des odeurs; il serait superflu de dire, plus que je ne l'ai fait ailleurs, tout ce que la contenance et les discours de l'accoucheur doivent avoir d'affectueux , de prévenant, de rassurant ; combien il doit chercher à entretenir le courage de la patiente , à la distraire du sentiment de ses maux. Il me reste à parler des assistans. L'accoucheur, la garde et une ou deux personnes sincèrement attachées à la femme , suffisent. Un plus grand nombre peut êli-e nuisible , soit en augmentant la chaleur ou en viciant l'air de l'appartement, soit par leurs mouvemens, leur bavardage, qui fatiguent, soit par leurs discours indiscrets, soit par l'expresssion de leur physionomie, qui réfléchît la tristesse et l'inquiétude qu'ils ressentent réellement, ou qu'ils feignent pour preuve de leur amitié. Toute personne qui déplaît à la femme ou dont la présence peut être pour elle un sujet de contrainte, toutes celles qui ne se sentiront pas la force de conserver un front calme et serein à l'aspect des souffrances qu'elle ressent et des dangers qu'elle peut courir, ne doivent pas être admises auprès d'elle. II faut aussi éloigner celles qui se font de ses douleurs un spectacle de curiosité, une occasion de causerie.
Dans un accouchement naturel et régulier, la situation que la femme garde pendant le travail ne peut avoir aucune influence sur la marche et l'issue du travail. Les Françaises accouchent en général sur un lit préparé exprès , que l'on appelle petit Ut , lit de misère, de travail, lit de secours, et elles sont couchées sur le dos. Les Anglaises se placent sur le bord de leur lit ordinaire, et sont couchées sur le côté, les cuisses fléchies et les genoux
ACC 219 écartés par un coussin. Dans une grande partie de l'Allemagne on se sert encore de chaises ou sièges plus ou moins perfectionnés et modifiés, et ressemblans à ceux dont on se servait autrefois chez toutes les nations. Autrefois aussi on plaçait souvent la femme sur les genoux d'une personne vigoureuse , dans la posture que Celsè veut que l'on donne aux personnes qui doivent subir l'opération de la litliotomie. Dans quelques provinces les femmes accouchent debout, le corps penché en avant et les coudes appuyés sur un corps solide. J'ai assisté à l'accouchement d'une dame tellement contrefaite, qu'elle ne pouvait prendre une autre situation que celle-là sans être menacée de suffocation. Cette situation verticale a l'inconvénient que, pour la garder, la femme est obligée de maintenir tous les muscles en contraction , ce qui augmente la fatigue , suite inséparable des efforts de la parturition. Outre cela, l'accoucheur est placé mal commodément; et s'il n'apporte pas la plus grande attention, lors du passage de l'enfant au détroit inférieur, celui-ci peut échapper , et par son poids déchirer le cordon ombilical , ou entraîner le placenta et même le fond de la matrice. Les femmes ne conservent , pour la plupart cette situation, que par l'idée que la pesanteur du foetus facilitera sa sortie; idée absolument dénuée de fondement. Le lit sur lequel. la femme doit accoucher sera d'une hauteur telle, qu'elle puisse s'y placer facilement, et d'une largeur peu considérable, pour que l'on puisse lui donner tous les soins dont elle a besoin sans éprouver de gêne. Il faut qu'il soit placé de manière qu'on puisse librement circuler autour. On se sert ordinairement d'un lit de sangle , sur lequel on étend des matelas qu'on dispose diversement. Quelques accoucheurs recommandent d'en placer deux, dont l'un est étendu dans toute sa longueur; le second, qui pesé sur celui-là , est plié en double, de sorte à former une élévation sur laquelle repose le corps de la femme, et à laisser au milieu du lit un ressaut sur le bord duquel appuie le sacrum. Par ce moyen les parties génitales sont totalement à découvert, et le coccyx peut facilement s,e porter en arrière. Mais si le travail est long, que la femme veuille étendre les membres inférieurs, se placer sur le côté pour se ^élasser de la fatigue que cause une attitude long-temps gardée, ou se livrer au sommeil pendant quelque temps, elle est couchée bien mal commodément. Je préfère faire disposer ce lit comme ceux^dont on se sert communément, en ayant soin d'y employer des njatelas un peu durs,
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et môme de faire placer à l'endroit du siège un coussin un p< u ferme ]>our empêcher que la région pelvienne ne s'enfonce dans l'épaisseur des matelas, et que Le rebord de la cavité qui se formerait ne soit un obstacle à la rétropulsion du coccyx et à la sortie de la tête. Ce lit n'offre aucun inconvénient et présente tous les avantages qu'on peut désirer. La femme y est à l'aise , elle peut y prendre les altitudes qui lui semblent les plus commodes et y goûter les charmes d'un sommeil réparateur dans les intervalles de calme que lui laissent les douleurs; après l'accouchement elle peut s'y reposer pendant quelque temps avant qu'on ne la transporte dans un autre lit. On attache souvent vers la partie inférieure du lit une barre solide contre laquelle la patiente areboute ses pieds dans les efforts auxquels elle se livre. Cette précaution est bonne, mais elle peut être fort avantageusement suppléée par les mains d'aides, qui maintiendraient, suivant le besoin, les pieds et les genoux, et leur prêteraient un point d'appui plus convenable. Ce lit doit être suffisamment garni de linges pour recevoir le sang et les autres liqueurs qui sortent de la vulve, et muni de couvertures proportionnées à la rigueur de la saison. Ce n'est que lorsque l'orifice de l'utérus est complètement dilat é qu'il faut faire placer la femme sur ce lit : encore, lorsque l'accouchement marche avec lenteur et difficulté, peut-on attendre jusqu'à ce que la tête soit arrivée au détroit inférieur et près de franchir la vulve. Jusque-là on doit lui permettre de garder telle attitude qui lui convient, et d'en changer à son gré. En effet, chacun sait par expérience combien il est pénible de demeurer immobile quand on souffre, et quelle sorte de soulagement on éprouve en changeant de place. Quand bien même cela se réduirait à l'espoir, incessamment déçu, de trouver une position où l'on souffrît moins, on devrait permettre à la femme ce légwr adoucissement. Mais lorsqu'une fois les douleurs expultrices sont bien déclarées, il faut que la femme se place sur son lit, et que pendant la douleur elle y soit en supination, les épaules et la tèle suffisamment élevées par des coussins, les cuisses fléchies sur le bassin et les jambes sur les cuisses, les genoux médiocrement écartés. L'élévation des épaules a pour objet la commodité de la femme, et sert à faciliter la respiration; la disposition des membres inférieurs laisse la vulve à découvert pour la libre sortie de l'enfant, et met dans le relâchement les muscles psous et iliaques, qui, sans cela, tendus comme deux cordes sur les côtés du dé-
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troit supérieur, feraient obstacle au passage de la tète et des épaules.
L'accoucheur se place sur un siège d'une hauteur convenable, au côté droit du lit et au niveau du bassin de la femme. Dans cette situation, passant la main sous les couvertures du lit, et la portant dans l'espace que laissent la cuisse et la jambe droites, il peut facilement pratiquer le toucher et administrer à la femme les soins dont elle a besoin , sans la découvrir. Ces soins se bornent en général à soutenir le périnée, lorsque, poussé par la tête du fœtus , il se dilate, s'amincit excessivement et menace de se rompre. Pour cela on appuie également , et avec un degré de force modéré, sur toute sa surface avec la face palmaire delà main, disposée de sorte que le bord radial du doigt indicateur couvre le bord du périnée, que l'extrémité des doigts réponde au côté gauche et le talon de la main au côté droit de cette cloison, le pouce écarté de la grande lèvre de ce côté. La pression que l'on exerce doit être plus forte vers l'anus , pour diriger, en avant la tête du fœtus et faciliter le mouvement, qui, de la courbure du sacrum , la fait passer à travers la vulve , en se contournant sur le bord inférieur de la symphyse des pubis. Quelques personnes recommandent de presser avec l'extrémité des doigts et le talon de la main sur les deux côtés du périnée, pour, en fléchissant les doigts, rapprocher ces deux .côtés, relâcher le centre de cette cloison, faciliter la dilatation et obvier à sa déchirure. Je ne crois pas cette manœuvre possible dans les cas où le périnée et la vulve sont excessivement distendus; et je suis persuadé que, si dans ce cas. on voulait la tenter, la pression inégale que l'on exercerait sur des parties si distendues ne pourrait que faciliter leur déchirure. Dans quelques cas il e^t nécessaire de rompre les membranes, dont l'intégrité trop prolongée retarderait la terminaison de l'accouchement et pourrait entraîner d'autres inconvéniens. J'examinerai tout ce qui a rapport à ce point de doctrine à l'article membranes. Quelques personnes font aussi des préparations aux parties génitales , pour les dilater et faciliter le passage du fœtus, ce qu'elles appellent encore faire leur travail. Ces préparations consistent dans l'introduction des doigts dans la partie înféi'ieure du vagin pour en faire la diduction, repousser en arriére le périnée et le coccyx. L'effet le plus ordinaire de ces manœuvres très-douloureuses , et que j'ai eu quelquefois beaucoup de peine à faire cesser, est de contondre les parties de la généra-
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tion et d'y déterminer des ecchymoses considérables, ot souvent nne inflammation suivie de suppuration et d'escarres gangréneuses. 11 est cependant des préparations qui peuvent être utiles. Ainsi, quand les parties génitales présentent beaucoup de rigidité, de chaleur, de sécheresse , des injections émollientcs, des onctions avec des corps gras, sont fort avantageuses. Des fumigations de vapeur aqueuse, émolliente, dirigées vers la vulve, employées avec ménagement et à un degré de chaleur modéré, sont aussi fort convenables. Des bains entiers d'eau tiède sont encore d'une utilité marquée dans ce cas et dans ceux où l'abdomen est tendu et douloureux, où la femme est menacée de convulsions par excès de sensibilité, où elle est d'une constitution sèche, où ses solides sont d'une texture très- ferme et consistante. Dans les mêmes circonstances, et lorsque la femme est menacée de quelques congestions sanguines ou d'hémorrhagie par une voie quelconque, on retire beaucoup d'avantages de l'emploi de la saignée; mais, lorsqu'on met ces moyens en usage indistinctement dans tous les accouchemens longs et pénibles, la plus grande utilité qu'on en retire dans la plupart des cas est d'amuser la femme et de faire passer le temps , en attendant que la nature ait préparé et achevé son œuvre. Si la lenteur avec laquelle l'accouchement s'avance est due à la faiblesse de la femme et à la langueur de ses mouvemens, ces moyens sont évidemment nuisibles. C'est en faire un abus encore plus étrange de vouloir saigner ou plonger dans le bain toutes les femmes qui accouchent. 11 est vrai que c'est moins une erreur médicale qu'une ruse de charlatanisme. On espère capter la confiance des femmes en se donnant pour un homme à procédés particuliers.
2° Les efforts auxquels la femme se livre sont ordinaircmenl proportionnés à ses forces et à la résistance que le fœtus éprouve. Elle y est excitée naturellement par le sentiment de (enesme qu'occasione la pression de la tête sur le cercle de l'orifice de l'utérus, et surtout sur l'orifice du vagin et l'extrémité inférieure du rectum. Les avis de l'accoucheur seraient alors superflus; la femme pousse (c'est l'expression vulgaire) sans avoir besoin d'instructions, et comme malgré soi. Les efforts qu'on lui ferait faire avant cette époque de l'accouchement non-seulement seraient inutiles, mais encore ils la fatigueraient, épuiseraient ses forces dont l'emploi peut dans la suite devenir nécessaire, et pourraient, en poussant la matrice dans l'excavation, produire
ACC 223 un prolapsus de cet organe. C'est parce qu'elles ne connaissent pas la marche de la nature dans l'accouchcmeut qu'on voir tant de personnes engager la femme à pousser, à faire des efforts dès les premières douleurs.
Les efforts sont quelquefois excessifs dans les derniers temps du travail; ils peuvent alors déterminer de graves accidens. Ainsi on voit souvent survenir dans ces cas un gonflement subit du corps thyroïde. Vanhelmont et d'autres observateurs rapportent des exemples de hernies du poumon produits par cette cause. Il n'est pas très-rare qu'elle donne lieu à un emphysème plus oumoins considérable. Des hémorrhagiesrla rupture de l'utérus et d'autres désordres peuvent encore en être la suite. A l'instant où la tête de l'enfant distend excessivement la vulve et les parties environnantes, si le périnée est fort résistant et les efforts de la femme immodérés, il n'est pas toujours au pouvoir de l'accoucheur d'empêcher la rupture de cette cloison, même par les soins les mieux entendus. Tout ce qu'il peut faire alors est d'employer les exhortations les plus pressantes, les menaces même, pour obtenir de la femme de modérer autant qu'elle le peut ses efforts.
D'autres fois, au contraire, les contractions utérines sont lentes et faibles, se sont ralenties ou sont suspendues. On a recommandé et mis en usage divers moyens pour les aiguillonner ou les réveiller. Dans les cas les plus simples, on se borne à faire promener la femme dans son appartement. On remarque en effet que le mouvement semble souvent donner plus d'activité aux contractions de l'utérus. Cependant j'ai vu quelquefois celte espèce d'exercice les assoupir, tandis qu'elles se réveillaient avec une nouvelle force quand la femme était couchée; mais ces cas sont des exceptions. Ces promenades, qu'elle fait en s'appuyant sur le bras de quelque assistant , peuvent être employées sans inc'onvéniens et souvent avec avantage; mais il ne faut pas, comme le font quelques personnes , forcer toutes les femmes à marcher continuellement dans la vue d'accélérer la terminaison de leur accouchement, et sans avoir égard à l'état de leurs forces, à la fatigue qu'elles ressentent, et à celle qui sera la suite et du travail de l'accouchement et de cet exercice immodéré. Il faut aussi tenir dans le repos et dans une situation horizontale les femmes qui sont affectées de hernies, ou menacées de prolapsus, de renversement, d'hémorrhagie de l'utérus. L'usage des clystères purgatifs est assez généralement répandu, dans l'espérance que les
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contractions excitées dans les intestins se communiqueront synipathiquement à l'utérus. Les mêmes vues ont aussi porté à mettre en usage les purgatifs administrés par la bouche; Mauriceau employait une potion purgative ordinaire , à laquelle il mêlait Je jus d'une orange aigre. Ces remèdes sont le plus souvent inutiles ; cependant on peut, sans y attacher une grande confiance, et pour ne pas paraître rester inactif, employer quelque clystère légèrement excitant. Mais il faudrait bien s'en garder, de même que de tout autre remède irritant, si le ventre était douloureux, s'il régnait des péritonites épidémiques, s'il y avait quelque disposition à la diarrhée ou à une hémorrhagie utérine. On a aussi recom mandé les sternutaloires d'après un aphorisme d'Hippocrate; Harvée rapporte une observation qu'il croit concluante en leur faveur, mais qui est absolument sans valeur à cet égard. Presque tous les accoucheurs pensent actuellement avec raison comme L. Mercado , qu'il faut s'abstenir avec beaucoup de soin de ces moyens violens. En effet, des hémorrhagies utérines, le prolapsus et même la rupture de l'utérus peuvent être le résultat des secousses trop fortes qu'ils produisent. J'en dirai autant des vomitifs , quels qu'ils soient, doux ou énergiques : leur action violente et convulsive ne peut être comparée aux secousses des vomissemens qui surviennent spontanément dans le travail, et j'ai déjà fait voir ce qu'on doit penser de l'utilité du vomissement dans l'accouchement. Ce quia été dit du danger des boissons excitantes s'applique aux médicamens aromatiques et acres, connus sous le nom d'aristolochiques , dont l'usage était si fréquent autrefois, niais est tombé en désuétude à mesure que l'on a mieux étudié la marche de la nature, les causes qui l'entravent, et les moyens de remédier à ces causes. Au nombre de ces médicamens était le borax , dont l'emploi a été renouvelé à plusieurs époques , et que M. le professeur Lobstein vient de recommander de nouveau. L'autorité d'un nom si avantageusement connu doit engager à faire des expériences pour fixer ce qu'on doit penser de ce moyen. Le docteur Prescop , des Etats-Unis, a publié, il y a quelques années, des observations qui tendent à établir l'action énergique du seigle ergoté sur l'utérus, et son utilité pour déterminer les contractions de cet organe. Depuis qu'elles ont été connues en France, on a fait des recherches et des expériences. Il est résulté des recherches que depuis long temps cette substance est emploi > e dans quelques provinces pour faciliter et abréger le part des va-
ACC 11$ ches, et que môme on l'employait quelquefois chez les femmes. Le résultat des expériences a été varié; et, quoique en général il ne soit pas favorable, il ne faut pas se hâter de prononcer. L'opinion est également incertaine sur un moyen mécanique qui a été proposé vers le milieu du dernier siècle : c'est un toucher particulier qui consiste dans la titillation des bords de l'orifice et de la partie inférieure du col de l'utérus , faite avec l'extrémité du doigt dans la vue d'exciter la matrice à se contracter. J'ai essayé quelquefois ce moyen, mais sans aucun effet ni en bien ni en mal. Je crois pourtant qu'il ne faudrait pas le tenter, si les bords de l'orifice étaient durs, épais et peu humectés. En général je pense que dans ce cas le plus sûr et le mieux est de laisser à la nature le temps d'agir selon ses forces et sa disposition, en se bornant à donner à la femme une nourriture suffisante ; et à calmer son impatience et son inquiétude par tous les moyens possibles. Si elle peut goûter quelques instans de sommeil, on doit le respecter avec soin, car souvent on voit les contractions se renouveler avec énergie lorsqu'il a cessé, et l'accouchement se terminer avec promptitude.
Il serait inutile de faire la moindre mention de la pierre d'aigle attachée aux cuisses ou aux jambes, de l'aimant tenu dans la main droite, du corail, de l'émeraude, du jaspe, suspendus au cou, des pennes d'aigle mises sous les pieds, du safran appliqué aux hanches , de la peau de serpent ou de lièvre placée chaude sur le ventre, des onctions sur l'ombilic avec l'axonge de serpent et le fiel d'anguille, etc., si quelques femmes n'attachaient encore de l'importance à quelques-unes de ces niaiseries , et si par respect humain nous n'étions parfois obligés de répondre à des gens qui les tiennent pour de grands secrets. Dans certains cas même, il est bon d'avoir, à l'exemple de Van-Swieten, quelque condescendance pour les faiblesses des femmes à cet égard.
3° La troisième indication ayant pour objet des déviations de l'utérus, de la tête ou des membres, qui à un degré modéré peuvent être corrigées par des moyens simples, mais qui portées à un plus haut degré peuvent devenir des causes d'accouchement difficile ou laborieux , je renvoie son examen à l'article Dystocie, où j'exposerai ces causes et leurs effets divers , et où j'indiquerai les moyens d'y remédier. (desormeaux.)
accouchement (Mcd. Irg.) — Quoique dans le langage vuli. i5
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gaire le mot accouchement ne s'applique qu'à l'expulsion d'un fœtus à terme, on peut en médecine légale lui accorder une acception plus étendue, et le considérer comme exprimant la sortie d'un fœtus, quel que soit d'ailleurs L'état de la grossesse. Dans ce sens, toutes les questions relatives à la suppression et à la supposition de part, y compris Yavortement réel ou simulé , ne sauraient être décidées sans qu'on établisse si la femme a présenté ou non des traces d'un accouchement plus ou moins récent. Une pareille recherche devient d'autant plus difficile et exige d'autant plus de réserve, que la grossesse était moins avancée, et que l'instant de l'examen est plus éloigné de l'époque présumée de l'accouchement. Voici une énumération succincte des signes d'un accouchement, et des restrictions auxquelles il faut les soumettre.
i° Les parois du bas- ventre sont plus flasques et plus aplaties que dans l'état ordinaire; elles sont ridées, sillonnées, surtout à la région hypo^astrique, par des lignes livides, qui deviennent ensuite blanchâtres, et qui ressemblent à de petites cicatrices; la ligne blanche présente un écartement plus ou moins distinct.
Ces signes toutefois peuvent ne pas se rencontrer lorsqu'une femme est jeune et robuste, que le fœtus était peu volumineux, ou qu'il n'a pas été porté, à terme; ils peuvent d'ailleurs être également le résultat d'une distension des parois abdominales produite à une époque plus ou moins éloignée par une intumescence pathologique quelconque et tout- à -fait indépendante d'une grossesse. Enfin ces mêmes signes peuvent encore dépendre d'accouchemens antérieurs, sans, être la suite d'un accouchement récent.
2° En plaçant la main sur l'hypogastre, et en soutenant, en repoussant la matrice à l'aide du doigt indicateur de l'autre main porté au fond du vagin, on sent pendant quelques jours encore après l'accouchement le corps de l'utérus au-dessus du pubis.
Ce signe n'est de quelque valeur que lorsqu'on est appelé assez tôt pour pouvoir l'apprécier d une manière certaine. 11 est d'ailleurs beaucoup moins distinct chez les personnes grasses que chez les personnes maigres, et devient d'autant moins perceptible que la grossesse était moins avancée.
3° Les organes externes de la génération présentent des changemens d'autant plus appréciiiblcs que l'accouchement est pins récent. Ainsi immédiatement nprès il y a quelquefois rougeur et
gonflement des grandes lèvres et des nymphes, surtout chez les primipares, ou lorsque la sortie du fœtus a été laborieuse. Le plus souvent les grandes lèvres et les nymphes sont flasques, alongécs, le vagin est dilaté, et le frein de la vulve déchiré.
Ces signes peuvent varier d'intensité selon les difficultés qu'a offertes l'accouchement. Ils sont dans la règle plus prononcés s.ous le l'apport de l'état de gonflement inflammatoire chez les primipares que chez les femmes qui ont déjà enfanté. Le relâchement des grandes lèvres et des nymphes, ainsi que la dilatation du vagin, peuvent se rencontrer sans qu'il y ait eu grossesse ni accouchement, chez des personnes dont la fibre est peu stricte, qui sont sujettes aux fleurs blanches ou au relâchement de la matrice. Quant à la déchirure du frein de la vulve, elle ne peut pas non plus être tonsidérée comme appartenant exclusivement aux suites de l'accouchement, puisqu'on a des exemples de femmes devenues mères sans avoir éprouvé cette déchirure , qui d'ailleurs peut aussi être le résultat d'une violence étrangère à l'acte de l'enfantement.
4° L'écoulement des lochies. — Il faut bien se garder de confondre ce signe avec le flux menstruel, qui chez certaines femmes peut d'ailleurs se prolonger au delà de sa durée ordinaire. Les lochies ont une odeur spécifique que, selon la remarque de Lodcr, on ne peut mieux comparer qu'à celle de l'huile de poisson.
5° 'La tuméfaction , la souplesse et Couverture irrégulière du col de V utérus. — Bien que ce signe soit un des plus importans, surtout lorsqu'on le constate peu de temps après l'accouchement , il peut néanmoins être aussi la conséquence d'autres causes que de l'expulsion d'un fœtus. Il est possible, par exemple, de le rencontrer comme suite d'une accumulation de sang menstruel ou de la présence dans la matrice de tout autre corps étranger.
6° Le gonflement des mamelles et l'existence de la sécrétion laiteuse. — Ce signe peut se rencontrer chez des femmes qui n'ont jamais enfanté, puisqu'il a même été observé dans quelques cas, très-rares à la vérité, chez des individus du sexe mâle.
7° La pâleur de la face , l'abattement des jeux, la diminution des foires. — Ces signes peuvent ne pas exister après l'accouchement chez des femmes robustes, et se rencontrer chez celles qui seraient dans un état habituel de faiblesse ou de maladie , quoiqu'elles n'aient jamais procréé.
De cet exposé résulte : i° que pour constater la réalité d'un
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accouchement, il ne faut pas considérer isolément chacun des signes de cet acte, mais qu'il est nécessaire d'interroger leur ensemble et les rapports qui les lient entre eux ; 2° qu'on ne peut constater un accouchement avec quelque certitude que lorsque l'enfant est venu à terme ou presque à terme; 3° qu'il est plus "aisé de constater l'accouchement chez une primipare que chez une femme qui a déjà procréé; 4° que l'on constatera l'accouchement avec d'autant plus de certitude qu'il est plus récent. Les meilleurs accoucheurs et médecins légistes s'accordent à dire que les signes dont il vient d'être parlé s'affaiblissent et disparaissent en très - peu de temps , de sorte qu'après dix à quinze jours il devient impossible de statuer sur la réalité et l'époque d'un accouchement.
Cependant le cas peut se présenter où le médecin légiste sera consulté sur la question de savoir si une femme n'est jamais accouchée, et alors il peut du consentement de la femme procéder à une visite, quelle que puisse être d'ailleurs l'époque présumée de l'accouchement imputé ; car dans cette circonstance l'opinion négative peut être établie par l'absence des signes d'un accouchement récent ou ancien. Tel est entre autres l'exemple nouvellement rapporté par M. le docteur Capuron [Médecine légale relative à l'art des accouchemens , page in). Une jeune personne simule la grossesse et l'accouchement dans l'intention d'obtenir de son amant l'exécution d'une promesse de mariage. Celui-ci réclame l'enfant, qui comme de raison ne peut être présenté ; d'où une accusation d'infanticide, et nécessité de la part de la prétendue mère de prouver qu'elle n'est jamais accouchée. Cette preuve fut en effet établie par le rapport des gens de l'art
Une femme peut-elle accoucher sans douleur? Il suffit de se rappeler les causes et le mécanisme de l'accouchement pour répondre négativement à cette question. Une femme peut-elle accoucher sans le savoir? Cette question ne peut être résolue affirmativement que pour les cas où la femme serait pendant l'enfantement dans une situation qui exclurait la sensibilité de perception, au point d'abolir la conscience du moi. Ainsi une profonde ivresse, un état d'apoplexie, de délire, d'idiotisme, n'empêcheraient pas la possibilité de l'expulsion d'un fœtus, sans que la mère revenue à elle en conservât le souvenir. Ces conditions exceptées, la question ne peut être résolue que négativement. [Voyez INFANTICIDE, SUPPRESSION DE PART et SUBSTITUTION
ACC aag dil part. Voyez aussi, pour les autres considérations médicolégales relatives à l'accouchement, ayortement; pour YJccouchantent simulé , le mot déception ). ( marc. )
ACCOUCHER, v. a. et v. n.;mot dérivé de ad et deci/bare, coucher auprès, a dû d'abord exprimer l'action de la personne qui assiste la femme dans le travail de l'enfantement; et c'est pour rendre cette idée que les anciens Latins ont appelé les sagesfemmes obstetrices , d'obstare , qui, à cette époque, était employé pour adstare , adsistere, assister. Ensuite on aura appliqué le mot accoucher à l'état lui-même qui réclame les soins de la personne assistante, et il est devenu un synoyme du mot enfanter, et plus en usage que ce dernier mot lui-même. Dans quelques provinces on dit encore s'accoucher.
ACCOUCHEUR , s. m. On appelle ainsi le médecin qui se destine spécialement à donner des soins aux femmes pendant la fonction pénible de l'enfantement. L'usage d'admettre habituellement les hommes à exercer ce ministère ne remonte pas plus loin que le dix-septième siècle. 11 s'est d'abord introduit en France , puis en Angleterre, et s'est ensuite établi plus ou moins généralement dans les autres pays. Astruc attribue l'origine de cet usage à ce qui se passa aux premières couches de mademoiselle de La Val- Jière en i663; mais il aurait douté avec raison de la vérité de ce fait, s'il se fût rappelé que Mauriceau, Viardel et Peu, qui pratiquaient à cette époque l'art des accouchemens à Paris , parlent, dans leurs observations, comme des gens qui étaient fréquemment appelés dans les cas les plus ordinaires, et qu'on ne trouve dans leurs ouvrages rien qui puisse faire croire que cet usage et le nom de chirurgien - accoucheur fussent bien nouveaux. Avant cette époque on n'avait recours aux chirurgiens que dans les cas les plus difficiles; l'exercice ordinaire de i'art était confié à des femmes connues sous le nom de sages-femmes , de matrones, à' accoucheuses. Ces deux derniers mots étaient tombés en désuétude; mais depuis plusieurs années quelques personnes semblent vouloir les faire revivre, comme pour établir des catégories de sages-femmes, se réservant le titre d'accoucheuses, qui désignerait la classe la plus relevée, et donnant avec une sorte de dédain le nom de matrones à la classe la plus infirme èt la plus ignorante.
La profession d'accoucheur demande des connaissances et des qualités particulières. Comme il faut qu'il sache non-seulement
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donner à la femme tous les secours dont elle a besoin dans les cas où les forces de la nature suffisent pour la terminaison de l'accouchement, et dans ceux où ces forces sont insuffisantes, mais encore soigner sa santé pendant le cours de la gestation, et éloigner d'elle les causes qui pourraient nuire au développement du fruit qu'elle porte dans son sein., ou produire son expulsion anticipée; il doit, à l'étude approfondie du bassin et des organes génitaux de la femme, joindre celle du fœtus et des lois de son développement, des phénomènes delà grossesse , des phénomènes et du mécanisme de l'accouchement, des causes qui peuvent troubler le cours de la grossesse, rendre l'accouchement difficile ou s'opposer à son accomplissement, et des moyens que l'art enseigne pour combattre ces causes ou remédier aux fâcheux effets qu'elles ont produits. Ce n'est pas seulement dans les bons ouvrages et dans les leçons des professeurs habiles qu'il faut puiser ces connaissances, l'étude de la nature et la pratique y sont encore plus absolument nécessaires que dans les autres parties de la médecine. La réunion de ces connaissances en un système régulier forme ce qu'on appelle la science des accouclteniens , et l'ensemble des règles de leur application à la pratique constitue Y art d'accoucher, s
Parmi les qualités qui distinguent le vrai médecin, il en est quelques-unes que l'accoucheur doit posséder au plus haut degré. L'impoi'tance des secrets dont il est souvent le dépositaire, la condition des personnes confiées à ses soins, la nature même de ses fonctions, exigent qu'il ait une discrétion à toute épreuve, beaucoup de gravité dans les mœurs, de circonspection et de prudence dans la conduite, de décence et en même temps d'aménité dans les manières. Il faut qu'd soit doué de cette sensibilité affectueuse qui sait compatir aux maux de nos semblables , écouter avec intérêt leurs plaintes, et alléger au inoins de cette manière des souffances que le plus souvent il n'est pas en notre pouvoir de diminuer ou d'abréger; qu'il ait une patience sans autres bornes que celles que le savoir et l'expérience lui imposent, car la précipitation entraîne souvent les suites les plus funestes , tandis que la temporisation est couronnée des plus heureux succès. Il lui faut aussi une fermeté inébranlable dans certaines occasions, pour résister aux prières, aux larmes, aux promesses , aux obsessions, aux séductions de toute espèce dont on cherche à l'entourer, aux pièges qu'on lui tend pour obtenir de lui des
A CC i choses que le devoir et l'honneur lui défendent d'accorder; en d'autres occasions, pour conserver tout son sang-froid et le calme nécessaire à l'aspect des douleurs excessives qui accablent un être faible et si digne de compassion, du péril qui vient assaillir inopinément une mère de famille et l'enfant qu'elle porte en son sein, delà désolation et de l'effroi qui se sont emparés des assistais, et des difficultés qu'il doit éprouver pour remédiera ces maux , difficultés que souvent il n'a pu prévoir, et qu'il ne surmontera que par l'application la plus habile des procédés les plus savans de son art. ( désoumeaux. )
ACCROISSEMENT, s. m. Incrcmentum , accretio. L'accroissement s'entend dans les corps organisés vivans de l'augmentation successive et nécessaire de masse et de volume qu'ils présentent depuis le moment de leur conception jusqu'à une époque assez avancée de leur vie. L'accroissement partage en effet celleci en trois coupes bien distinctes : dans la première l'être vivant continue à croître; dans la seconde il conserve sans augmentation ses dimensions acquises; et dans la troisième enfin, il dépérit ou semble décroître d'une manière marquée. Nous exposerons au mot âge quelle est pour l'homme en particulier la durée de ces trois phases de l'accroissement, et au mot nutrition comment il est permis de concevoir ces diverses modifications de l'état de la crue. ( V oyez âge et nutrition. )
§ I. Considérations générales sur l'accroissement: — Si l'on envisage comparativement l'accroissement dans les corps organisés vivans et dans les corps bruts , on observe bientôt que plusieurs caractères servent à les différencier.
i° La nécessité de l'accroissement chez les premiers peut-être opposée à son indifférence, si l'on peut s'exprimer ainsi, chez les autres. N'est-ce pas l'accroissement en effet qui, constituant par le développement successif de leurs parties les corps organisés ce qu'ils sont, parvient à les rendre capables de remplir leur destination ? Us sortent si petits des mains de la nature, qu'en l'état de graine d'oeuf ou d'embryon , première ébauche de l'organisation, faibles jouets des élémens ou de l'influence des corps ambians, ils ne seraient rien à jamais sans le principe de développement ou d'expansion qui les pénètre. Toute leur importance naît donc réellement de l'accroissement qu'il leur est- donne d'atteindre. Les corps inorganiques, petits ou grands, sont au con-^ traire identiquement les mêmes : quelle que soit l'étendue que
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leur ait donnée l'accroissement, on les trouve pénétrés des mêmes forces, doués des mêmes propriétés, et capables des mêmes résultats.
a° Le mode. — Les corps bruts , dont des circonstances fortuites ou éventuelles accroissent le volume ou la masse, doivent cette augmentation à une simple agrégation de matière homogène : les parties intégrantes de celle-ci, sans autre liaison entre elles que l'attraction , sont superposées les unes aux autres sous forme de couches concentriques ou de cristaux plus ou moins réguliers. Ce mode d'accroisseinent, qui se fait constamment du dehors au dedans, est celui que les naturalistes ont nommé, par cette raison, accroissement par juxta-position. Mais les corps vivans, en s'appliquant les corps ambians, les altèrent ou les modifient constamment dans leur composition intime ; et ce n'est qu'après les avoir assimilés [voyez assimilation) qu'ils les admettent dans les mailles de leurs tissus pour accroître leur masse. Ces élémens nouveaux, portés d'ailleurs vers ceux-ci par des vaisseaux, ou bien de proche en proche à l'aide d'une sorte d'imbibition immédiate, y parviennent constamment, dans les deux cas, par ce mouvement nommé àUntus-susception. Ainsi l'accroissement des corps vivans diffère de celui des corps bruts et par l'altération préliminaire de la matière composante et par le sens du mouvement par lequel celle-ci y parvient et s'y incorpore.
3° Les limites. — Le hasard seul borne l'accroissement des corps inorganiques, et ce dernier, qui fait varier leur étendue ' depuis le grain de sable jusqu'à l'énormité d'une montagne, n'a point de limites préciges. L'étendue de l'accroissement est au contraire fixe et déterminée d'une manière plus ou moins précise dans chaque espèce du règne organisé. L'homme , l'insecte et le cèdre du Liban acquièrent partout , en effet , à peu près le même degré de développement respectif; et dans chaque espèce les plus grands extrêmes forment les nains et les géans, entre lesquels la différence disparaît en comparaison de celle qui sépare, par exemple, tel bloc de marbre de la carrière qui l'a produit. Dans les corps vivans le temps borne la crue, dans les corps bruts elle se montre continuelle, aucun calcul n'en saurait fixer la durée.
4° La direction. — L'accroissement développe les corps organisés dans le double sens de la longueur et de l'épaisseur, laissant généralement entre ceux-ci une proportion donnée, dans laquelle
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l'étendue en hauteur dépasse eelle en épaisseur. Le plus grand nombre s'alougent constamment d'ailleurs dans une direction verticale, comme on le voit, par exemple, dans la classe entière des végétaux. L'accroissement des corps bruts ne présente, au contraire, aucun sens déterminé; des circonstances purement accidentelles les développent indifféremment vers tel ou tel point de leur surface; de là l'extrême variété de ligures ou de formes qu'ils peuvent affecter, et sous lesquelles ils se montrent en effet.
Différence de l'accroissement entre les animaux et les végétaux. — L'accroissement par intus-susception , qui offre le caractère commun de tout ce- qui a vie, envisagé particulièrement entre les animaux et les végétaux, présente entre eux quelques nuances différentielles. C'est ainsi que dans les premiers l'étendue que prend le corps s'y montre plus fixe, le volume des individus de chaque espèce y présente plus de constance. L'éducation, le climat, les soins apportés dans le régime de vie, et plus spécialement ceux qui concernent l'alimentation , ne font guère en effet varier dans l'animal les dimensions auxquelles le corps est destiné à parvenir, tandis cpie l'on sait, au contraire, à l'égard des végétaux, que les conditions extérieures de chaleur, d'humidité, de masse et de renouvellement d'air, qui les entourent , ainsi que les soins de la culture, ont sur leur développement une influence comparativement beaucoup plus étendue : celle-ci est telle, qu'elle se montre capable de transformer un faible arbrisseau en un arbre robuste. Dans l'animal, l'accroissement, parvenu à son terme, produit une forme et une étendue données, invariables pendant le reste de la vie; de nouvelles pousses, au contraire, changent périodiquement, presque jusqu'à la mort, la forme et le nombre des parties du végétal. La taille et la culture exercent sur la forme une telle influence, qu'elles peuvent augmenter indifféremment la hauteur du végétal aux dépens de son épaisseur^ et vice versa, disposition que jamais les soins de l'éducation ne sont capables de produire dans l'acccroissement des animaux aucune circonstance extérieure ne peut en effet les étaler en espalier ou les alonger en quenouille. Rappelons encore que l'usage peu fixe d'un grand nombre d'organes des végétaux rend l'accroissement artificiel qu'on y suscite capable de transformer la plupart de ceux-ci les uns dans les autres : or rien de semblable n'existe dans l'organisation des animaux un peu élevé* dans l'échelle.
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§ II. Phénomènes généraux de l'accroissement. — Après la génération qui féconde et crée, l'accroissement, qui développe et qui constitue l'être vivant, a paru avec raison un des faits les plus remarquables de l'organisation : aussi les physiologistes et les naturalistes ont-ils mis le plus grand soin à en étudier le mode, à en marquer les phases ou les périodes, à en indiquer les directions, ainsi qu'à observer les variétés de ce phénomène sous les différens rapports de sa vitesse, de sa durée et de sa latitude.
Sans vouloir envisager ici l'histoire de l'accroissement dans les végétaux, nous noterons toutefois que le mode de leur développement différencie particulièrement les végétaux ordinaires, des plantes monocotylédones : on sait en effet que dans les premiers la plumule, sortie de l'embryon de la graine, produit successivement toute la parlie des végétaux située hors du sol. On voit celle-ci, s'élevant verticalement, s'accroître en tous sens par une succession de couches coniques , concentriques , emboîtées les unes dans les autres. Examinées dans le tronc d'un arbre, par exemple, on observe que la dernière formée est la plus tendre et la plus extérieure, et que celles qui la suivent, se concentrant de plus en plus, montrent successivement le liber remplaçant la partie intei-ne de l'écorce, l'aubier, le liber et le bois enfin, ou le tissu ligneux , le liber lui-même. C'est par les couches du bois, qui ne varient plus , et dont la formation est annuelle, qu'on peut juger de l'âge des végétaux ordinaires. Quant aux plantes monocotylédones leur accroissement s'opère en sens inverse , leurs troncs cylindi-iques acquièrent chaque année plus de longueur par leur seule tête exclusivement, et leur épaisseur augmente par l'addition successive de couches déposées à l'intérieur, de manière à ce que les dernières formées sont les plus éloignées de la circonférence.
Pour ce qui est des animaux, et de l'homme que nous devons envisager plus particulièrement dans cet ouvrage, dès que le germe est fécondé, les progrès de son accroissement sont trèsmarqués. Malpighi, de Graaf, Haller , Sœmmering , et plus récemment d'autres encore, appelés à rectifier les données de ces premiers observateurs , ont fait connaître la forme, la figure, les dimensions de l'embryon et du fœtus , ainsi que l'ordre de succession de leurs diverses parties. ( Voyez, pour les détails, embryon et foetus. ) Nous nous contenterons d'indiquer ici que durant l'incubation , l'accroissement général du corps, 1res rapide
ACC u35 dans le premier mois de l'existence, l'est un peu moins dans le second, et qu'il prend une grande activité à trois mois et demi; qu'il se ralentit au quatrième mois pour s'accélérer de nouveau les cinquième et sixième mois jusqu'au septième; et qu'enfin, arrivé à cette époque, i] se montre presque nul, ou seulement borné à augmenter la consistance du fœtus jusqu'à la naissance. Remarquons en passant que ces divers états de la-crue coïncident d'ailleurs avec ce que l'on observe de la fréquence des avortemens aux diverses époques de son accélération. ( Voyez avortement et grossesse. )
A sa naissance, l'enfant a acquis la taille de seize à vingt-deux pouces ; depuis lors son accroissement lent se montre et uniforme jusqu'à sept mois, époque marquée par le développement des cavités de la face , l'activité de l'ossification , et surtout par le travail de la première dentition, qui, commençant alors, dure presque sans interruption jusqu'à deux ans environ. ( Voyez uentition. )
L'accroissement augmente insensiblement, mais d'une manière continue, dans les âges suivans; égal alors entre les diverses parties, il cesse de prédominer vers la tête et les membres supérieurs; ce qui diminue de plus en plus la petitesse relative du bassin et des membres inférieurs encore très- prononcée , comme on sait, au moment de la naissance,
A sept ans la pousse des secondes dents, la consistance plus marquée qu'acquiert le système osseux , et l'élancement ordinaire de la taille décèlent une nouvelle activité de l'accroissement.
Aux approches du deuxième septennaire de la vie, on voit communément encore la crue générale revêtir une nouvelle activité , et cette époque est assez souvent marquée, comme on sait, par cet accroissement énorme et subit qui se fait exclusivement dans le sens de la hauteur, au préjudice du développement suivant l'épaisseur, et qu'on a par cette raison nommé élongntion , état sur les dangers duquel nous reviendrons bientôt.
L'accroissement général dont l'activité coïncide alors avec l'époque de la puberté, et auquel celle-ci imprime des directions toutes spéciales vers les agens de la reproduction, ceux de la respiration et de la voie (voyez âge et puberté), se continue graduellement et d'une manière uniforme jusqu'à l'âge de vingt et un ans à vingt-cinq ans. Alors la crue est terminée, et la hauteur de la taille, désormais invariable, se balance communément, comme terme moyen, entre cinq pieds et cinq pieds et demi.
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Quant à l'accroissement en épaisseur, il se continue, chez la plupart des hommes, presque jusqu'à la décrépitude. Si l'on envisage les rapports ordinaires dans lesquels se trouvent entre eux l'accroissement en hauteur et l'accroissement en épaisseur, on voit qu'il est rare que l'un et l'autre jouissent ensemble de la même étendue chez les mêmes individus. On sait en effet que les trèsgrands hommes- sont presque toujours minces, tandis que les petits hommes ou ceux d'une taille moyenne ont le plus ordinairement une stature épaisse et carrée; d'où il résulte que, compensation faite, les différences réelles d'accroissement qui existent entre les hommes sont assez rares, puisqu'en effet ceux-ci ont souvent, avec une stature inégale , la même masse ou la même somme de parties matérielles ou pondérables : celle-ci s'élève, comme terme moyen entre les différens hommes, à cent quarante livres environ.
Remarquons encore que les limites de l'accroissement en hauteur sont bien plus fixes que celles de l'accroissement en épaisseur; ce qui paraît tenir à la part différente que le squelette prend au développement dans l'un et dans l'autre sens. La longueur de l'assemblage des os est tout en effet dans l'élévation de la taille , tandis que les dimensions transversales du squelette ne forment que l'un seulement des divers élémens qui concourent à produire l'épaisseur du corps. Plusieurs circonstances, notamment le sexe, le tempérament, le régime de vie, modifient singulièrement, comme on sait, l'accroissement en épaisseur, tandis qu'elles- n'ont le plus communément aucune influence appréciable sur la hauteur de la taille.
Quel que soit le sens dans lequel on envisage l'accroissement, ce phénomène, arrivé à un certain terme, s'arrête enfin. Cette période coïncide avec la maturité de l'âge. C'est alors en effet que les organes, doués d'une moindre activité , ne font plus que se nourrir, et cela dans la mesure même de leurs pertes journalières. L'état stationnaire de l'accroissement embrasse, dans l'homme bien organisé, la virilité confirmée, et même la première partie delà virilité décroissante. ( Voyez ace. )
Cependant la période stationnaire de l'accroissement finit ellemême après une durée assez peu prolongée. Le corps se rapetisse alors, se courbe de plus en plus, la plupart des tissus se condensent ou se flétrissent, et le décroissement sensible de masse et de volume qui s'empare d'une organisation languissante et sur le
A CC a:*7 point de s'éteindre, se prolonge jusqu'à ce que le corps émacié atteigne enfin au dernier degré de la décrépitude. On observe en effet que les hommes qui parviennent à une vieillesse très-avancée offrent la pénible image d'une véritable atrophie universelle. (Voyez ATROPHIE.)
D'après ce que nous venons d'exposer des phénomènes sensibles de l'accroissement, on voit i° sa première phase qui correspond à l'intervalle qui sépare la fécondation de l'âge viril, et dans laquelle les individus s'accroissant en tous sens, parviennent aux bornes de leur crue en hauteur et de leurs dimensions en épaisseur; 2° celle dans laquelle tout accroissement cessant, le corps conserve ses dimensions acquises par suite du rapport exact qui s'établit entre le mouvement de composition et celui de décomposition nutritive; 3° enfin la période de décroissance ou de dépérissement qui marque l'âge extrême de la vie, et qui résulte de la prédominance du mouvement de décomposition sur celui d'assimilation. {Voyez nutrition.)
Les variétés de l'accroissement qui nous restent à examiner pour compléter l'étude de ses phénomènes se rapportent à sa vitesse, à sa durée et à ses limites.
i° La vitesse ou la rapidité de la crue devient surtout sensible dans les premiers temps de la formation des êtres vivans , et cette remarque est commune aux anunaux et aux végétaux. Les herbes s'accroissent en quelque sorte à vue d'œil , et les arbres adultes ne se développent plus qu'avec lenteur. Il en est encore ainsi, dans les animaux, de l'embryon, du fœtus et des petits, comparés aux mêmes individus dans un âge plus avancé ; de sorte que l'on peut généralement dire à cet égard que la rapidité de l'accroissement est dans le cours de celui-ci en raison inverse de l'âge acquis.
L'organisation particulière des êtres vivans influe beaucoup encore sur la vitesse de leur accroissement. On connaît à cet égard, dans les végétaux, l'extrême différence qui existe entre les bois tendres, comme le peuplier d'Italie, par exemple, qui croissent si vite, et les bois durs, tels que l'orme et le chêne, qui grandissent si lentement. Dans les animaux, et dans l'homme en particulier, la mollesse de la texture y coïncide souvent encore avec la rapidité de l'accroissement : c'est ainsi que les femmes, les personnes lymphatiques, les babitans des pays humides, à tempérament mou et lâche , parviennent d'ordinaire fort vite à
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un accroissement plus ou moins grand. Les climats chauds hâtent encore singulièrement la crue, et paraissent produire l'étonnante précocité du développement observée parmi leurs habitans. Quelques maladies, parmi lesquelles on a cru devoir noter celles qui portent une atteinte plus ou moins profonde dans l'ensemble du système nerveux, donnent encore une grande activité à l'accroissement; ce sont celles que le peuple, auquel les phénomènes de cette nature n'ont point échappé, nomme si souvent dans son langage fièvre ou maladie de croissance. Il n'est pas rare en effet que dans le cours de celle-ci la taille augmente de plusieurs pouces en quelques semaines seulement. Van-Swieten dit avoir observé, dans les cas de cette espèce, que la quantité de l'accroissement qui survient pendant une maladie aiguë dépasse celle que le corps acquiert d'ordinaire durant toute une année. Cet auteur étend particulièrement cette remarque à l'état de convalescence de la petite véi'ole. Buchner, auquel nous renvoyons , offre encore une foule d'exemples analogues dans le traité ex professa qu'il a, publié sur la rapidité de l'accroissement à la suite des fièvres. On sait enfin que quelques circonstances difficiles à apprécier, mais réelles, donnent à l'accroissement une si grande accélération que le corps a achevé sa crue dans le court intervalle de l'enfance. Buffon a réuni plusieurs exemples de cette espèce, et les bulletins de la société de l'Ecole offrent encore différens faits très-curieux sur l'extrême rapidité que peut offrir dans quelques cas l'entier développement du corps.
2° La durée de l'accroissement ou le temps pendant lcqurl ii s'achève répond en général dans chaque espèce à la durée même de la vie. On voit en effet , pour tous les végétaux sans exception , que plus ils vieillissent, plus leur accroissement se prolonge, et vice versa. C'est en effet, ainsi que la moisissure qui croit comme instantanément, dure quelques heures seulement, que le peuplier sitôt venu meurt vite, que l'orme qui met tant d'années à s'accroître vit si long-temps, et que ces énormes baobabs observés par Adanson, qui s'accroissent pendant tant de siècles, semblent avoir une durée qui effraye l'imagination , et que d'ingénieux calculs évaluent jusqu'à six mille ans.
Le même rapport que nous signalons s'étend à la classe des animaux mammifères et au genre humain en particulier; de sorte qu'il est à leur égard généralement vrai de dire que la connaissance de la durée de leur accroissement fait préjuger la dune
ACC s3g même de leur vie. Les naturalistes ont remarqué que la première était généralement à la seconde comme i est à 6 ou à 7.
D'autres animaux confirment encore le principe que la durée de leur crue est dans un rapport direct avec le temps qu'ils ont à vivre; c'est ainsi que l'agneau atteint beaucoup plus jeune le terme de son développement, que le petit de la vache et de la jument; que le poulet n'a que trois semaines d'incubation, quand le cygne, qui vit beaucoup plus long-temps, ne naît pas à beaucoup près aussitôt, et que le ver à soie enfin, qui grossit à la vue, ne comptant qu'un mois depuis qu'il sort de l'œuf jusqu'à sa première métamorphose, ne vit d'ailleurs que quelques jours dans l'état de papillon. Mais il convient de remarquer que la règle confirmée par tous ces exemples n'est vraie qu'autant qu'on l'applique aux animaux d'une même classe. Entre des animaux de classes différentes la vie peut être plus longue, quoique l'accroissement soit plus rapide : rappelons à cet égard que les oiseaux , par exemple, qui produisent plus tôt et qui croissent plus vite que les quadrupèdes, vivent cependant proportionnellement plus longtemps. On ne pourrait pas non plus leur appliquer sans erreur la proportion établie plus haut pour les mammifères, attendu que le coq et le perroquet, par exemple, qui cessent de croître à un an, vivent cependant bien plus de six ou sept ans. On a vu en effet des coqs de vingt ans et des perroquets de plus de trente.
3° Pour ce qui est de la latitude de l'accroissement ou de V étendue qu'il lui est donné d'atteindre, nous avons déjà dit à l'égard des végétaux combien les différences de température eî la culture la peuvent modifier. Mais on ne voit pas , à l'égard des animaux et de l'homme en particulier, que l'éducation, les habitudes, et les divers climats augmentent ou diminuent l'étendue de son développement. Les peuples méridionaux ne l'emportent pas en effet sur ceux du nord, comme quelques-uns l'ont avancé, par la grandeur de leur taille. Les Suédois, les Russes et les Patagons du cap de Horn deviennent également très-grands dans les régions très-froides des deux hémisphères ; et ce que l'on connaît de la petitesse des hommes de la race hyperboréenne ou laponene saurait à la rigueur être attribué à l'influence du froid qu'ils endurent. La petitesse des Lapons est un caractère propre de leur race, comme l'alongement en avant des cavités de la face et la petitesse relative de la cavité du crâne sont un attribut constant de la race nègre. L'un et l'autre de ces faits sont inexpli-
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cables, ils tiennent à la disposition originelle et primordiale que chaque race a reçue de la nature. C'est au reste dans les climats modérés que l'homme parvient généralement au plus grand développement de son espèce.
Les tempéramens font varier encore l'étendue de l'accroissement, ou plutôt du volume et de la masse générale du corps: ils ont plus d'influence en effet sur ses dimensions transversales que sur sa hauteur. Les différences si tranchées qui séparent, sous le point de vue qui nous occupe, les personnes délicates, sèches et nerveuses de celles dont la constitution est molle, lymphatique ou bien encore éminemment musculaire, tiennent bien plus en effet aux inégalités de leurs poids et de leurs dimensions en épaisseur qu'à celles qu'on observe dans l'élévation de leur taille. Aussi cette influence qui agit moins sur la crue proprement dite que sur les dimensions de l'accroissement en épaisseur, ne se manifeste-t-elle le plus sensiblement que chez les hommes d'un âge fait, et plus ou moins de temps après qu'ils ont cessé de grandir.
C'est à l'idiosyncrasie qu'il faut rapporter la cause inconnue de ces tailles extraordinaires si remarquables par leurs extrêmes de grandeur et de petitesse, et qui constituent les gëans et les nains. ( Projez ces deux mots.) On tenterait vainement de pénétrer dans les causes immédiates de ce phénomène. C'est une sorte d'écart ou d'aberration des lois ordinaires de la nature : celle-ci borne en effet l'accroissement d'une manière presque invariable pour tous les individus d'une même espèce : aussi les nains et les géans sont-ils assez rares pour devenir partout un objet de curiosité publique.
L'action et le mouvement, le repos ou l'inaction exercent une influence non moins marquée que la plupart des causes précédentes sur l'accroissement : on se rappelle, à l'occasion des organes en particulier, que , si le repos prolongé les conduit à l'atrophie, leur exercice fréquent et soutenu en accroît les dimensions. Il suffit à cet égard , pour se convaincre de cette vérité, de remarquer quelle est la grandeur des dimensions acquises par les bras des boulangers, par les jambes des danseurs, l'estomac des gourmands, les poumons et les larynx des chantres et des orateurs, le cerveau des profonds penseurs, les organes reproducteurs des hommes fortement livrés aux plaisirs vénériens , etc. etc. Or, ce que peuvent ici l'activité et l'inaction sur chacun de ces organes s'étend manifestement encore à l'état général de forer
ACC a4i et d'accroissement que le corps entier reçoit des mêmes influences. Ne sait-on pas en effet qu'une vie oisive et molle le maigrit et le rapetisse, tandis que la marche, la course, les jeux et tous les exercices de la gymnastique, en activent et en étendent l'accroissement naturel? Combien ne voit- on pas de jeunes gens petits et trapus acquérir avec rapidité une grandeur inespérée par le fait d'un voyage long ou d'exercices soutenus et prolongés! Remarquons toutefois que, si l'action et le mouvement favorisent l'accroissement du corps , ces moyens , pour être efficaces , doivent être pris dans la mesure naturelle des forces de l'économie. Qui ne sait, à ce sujet, que le travail excessif ou forcé qu'on peut exiger de l'enfant ou du jeune homme , avant le complément de la crue , l'énervé , et qu'il nuit et s'oppose à son entier développement?
De l'exposition des phénomènes et de la marche suivie par l'accroissement, on peut déduire comme une conséquence rigoureuse et comme une sorte de loi de cet ordre de mouvement , qu'il est inégal; qu'accéléré ou retardé, il ne l'est jamais d'une manière uniforme , et qu'enfin il est comme assujéti à des alternatives de repos et d'action qui sont mesurées par des intervalles de temps sensiblement inégaux.
De ces remarques on peut déjà conclure, suivant Grimaud, qu'ainsi que Sthal l'avance, cet ordre de, "mouvement qui n'a rien de semblable avec les mouvemens physiques , et qui est coordonné avec l'ensemble des. phénomènes organiques est par là même un mouvement vital, et qu'il échappe ainsi à toutes les explications mécaniques auxquelles on a pu le croire assujéti. Essayons donc de soulever le voile encore répandu sur sa théorie.
§ III. Théorie de l'accroissement. — Arrivés dans l'histoire de l'accroissement, à la question de savoir comment s'opère cet important phénomène ou quelle est sa cause1 immédiate, nous remarquerons d'abord que ce fait qui suppose la nutrition , fonction bornée à l'entretien et à la réparation des organes , exi^e ou nécessite quelque chose de plus que cette dernière; savoir, le premier développement des organes, puis la continuation successive de leur extension en tout sens , jusqu'à ce que le corps ait acquis sa grandeur naturelle.
Le premier développement de l'organisation résulte de l'acte même de la fécondation. La vivification du germe suffit pour animer les instrumens essentiels de l'existence. Mais quels sont-ils? t. 16
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quel est alors précisément leur nombre primitif? existent ils simultanément, ou procèdent-ils les uns des autres? Quelle place occupent-ils dans l'embryon, premier résultat obsérvable de la fécondation? Toutes ces questions, que l'intuition ne peut éclairer, sont insolubles. Nous n'essayerons donc pas de les résoudre : nous regardons toutefois comme une conjecture très-probable que la fécondation ne développe dans l'origine que les agens les plus essentiels de la vie, ceux7ci ne devant former que d'une manière successive l'entier complément de l'organisation.
Mais quoi qu'il puisse être de la vérité d'une pareille hypothèse, toujours est-il vrai que certaines parties, regardées comme génératrices, sont primitivement formées; que l'on suit les artères et les veines pullulant du cœur, les nerfs poussant du cerveau, les membres entiers, du tronc qui les précède.
Quelques-uns, et notamment Bichat, étendant et particularisant plus ou moins une idée analogue à celle que nous émettons, çnt créé l'hypothèse d'un parenchyme de nutrition, à l'aide duquel ils trouvent la raison non-seulement de la nutrition, mais encore.de l'accroissement. Ce parenchyme, formé des systèmes générateurs ou communs de l'organisation, c'est-à-dire celluleux, exhalant, absorbant, artériel , veineux et nerveux, offrirait la trame commune de tous les organes indistinctement, et ceux-ci seraient ainsi simultanément constitués dans leur première ébauche dès le moment de la conception : doué pour chaque partie d'une forme particulière due aux différens modes de contexture et d'enlacement de ses élémens, il jouirait d'ailleurs de forces organiques spéciales. Ainsi conçu, ce canevas puiserait dans le torrent de la circulation, à la manière d'un organe particulier de sécrétion, par exemple, la matière propre gélatineuse, albumineuse, calcaire, fibrineuse, etc., qui le constitue spécialement ce qu'il est, puis ii se l'appliquerait en la retenant dans les mailles de >on tissu : voilà pour la nutrition. Quant à l'accroissement, celui-ci exigerait une activité plus grande dans le travail assimila tcur ordinaire, et, de plus, l'extension successive et l'alongement en tous sens-de ce même parenchyme, dont les interstices, de plus en plus larges, deviendraient dès lors propres à admettre une plus grande masse de molécules constituantes.
Afin d'éviter des répétitions, nous renverrons à l'article nutrition les diverses objections qu'on peut faire contre l'idée d'un parenchyme nutritif qu'on suppose simultanément tout venu,
sans chercher à expliquer comment il s'est lui-même formé. Nous ne l'envisagerons donc ici que sous le seul rapport de la part qu'il pourrait prendre à l'accroissement. Or il est évident que ce parenchyme , pour la trame piopre duquel on n'admet aucun moyen de réparation , ne saurait s'accroître qu'autant qu'on le revêtirait tout exprès d'une force particulière d'expansion : aussi Bichat et Grimaud, d'accord sur ce point, ne balancent-ils pas à avancer l'existence de celle-ci. Mais, indépendamment de l'incon vénient d'augmenter sans mesure le nombre de ces causes premières, auxquelles la théorie rattache en physiologie, comme dans les autres sciences, les faits secondaires, et de recourir à une pareille ressource pour l'explication d'un seul phénomène, on se convainc, par une seule réflexion, que cette prétendue force ne saurait exister; car toute force organique ne cesse qu'avec la vie même , dont elle est un attribut inséparable et caractéristique : et lorsque l'accroissement est arrivé à son dernier terme, cette force inutile, perdant ce caractère, deviendrait sans objet; et l'on serait alors sans doute fort embarrassé d'imaginer quel rôle on pourrait vouloir lui faire jouer.
On objecterait d'ailleurs, conlre l'admission de l'expansion spontanée du* parenchyme de nutrition des organes pendant l'accroissement, que cette trame, en doublant, triplant, quadruplant, et ainsi de suite, ses dimensions primitives, arriverait nécessairement de la sorte au plus haut degré de faiblesse , d'amincissement et de ténuité; mais on se convainc bientôt, quelle que soit la partie que l'on prenne pour exemple, que les systèmes regardés comme générateurs, qui entrent dans sa composition, ont acquis non-seulement une grandeur plus considérable, mais encore une augmentation proportionnelle de force et de consistance. Ils auraient donc en eux-mêmes, indépendamment de leur force d'extension, quelque moyen particulier et de se nourrir et d'accroître leur masse; de là dès lors la nécessité d'admettre un parenchyme nutritif secondaire pour l'accroissement ultérieur duquel la même difficulté se reproduirait encore : or ce progrès infini , impossible à concevoir, renverse à la fois , à notre avis , et l'hypothèse de la trame nutritive des organes et celle de la force propre d'expansibilité qui l'animerait pour produire le phénomène général de l'accroissement.
L'idée que nous combattons suppose d'ailleurs que dès les premiers momens de la conception toutes les parties de l'économie
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vivante seraient simultanément constituées, et qu'elles n'auraient plus dès lors, dans la suite, qu'à s'accroître ou à se développer par l'interposition de nouvelles molécules dans les mailles de leur tissu. Mais, en réfléchissant conibien il est difficile de concevoir que toutes les fibres constituantes d'un homme de six pieds , par exemple, se puissent retrouver dans un fœtus de six pouces, et à plus forte raison encore dans un embryon de six lignes, nous sommes portés à penser avec quelques-uns que l'accroissement ne suppose point une simple dilatation des fibres ou des lames qui entrent dans la structure des organes, mais qu'd consiste dans une véritable formation successive de ces dernières, c'est-à-dire dans un développement de nouvelles parties graduellement surajoutées ou réunies à celles qui dans l'origine ont constitué les premiers linéamens de chaque organe.
Cette manière d'envisager l'accroissement est d'ailleurs conforme avec ce qu'on sait du mode de développement suivi par les os en particulier. Les faits d'ostéogénie connus (voyez ostéogiène et périoste) montrent en effet que ces organes s'accroissent successivement par des couches de nouvelle formation, ainsi que Duhamel l'avait déjà vu pour les os longs, et comme M. Dutrochet vient de le prouver récemment dans un Mémoire adressé à l'Institut, à l'égard des autres os, et spécialement des vertèbres. La manière dont se développent d'ailleurs ces os particuliers recouverts de peau, connus dans les cerfs, les daims, etc., sous le nom de bois, qui s'accroissent par des couches successives dont les dernières emboîtent successivement les premières formées, et la constance de la reproduction de ces mêmes organes qui surgent chaque année, suivant le même mode, de la cicatrice de l'os frontal qui suit leur chute; les faits qui constatent dans certains animaux, tels que le homar, la salamandre, le lézard, etc., l'entier rétablissement par une nouvelle pousse de la totalité d'un membre , de la queue tout entière et des parties d'une structure plus ou moins complexe; tous ces faits, disons -nous, offrent autant d'analogies qui semblent propres à confirmer que dans l'accroissement du corps de l'homme et des animaux supérieurs chaque partie se développe par degrés, en s'assimilant et en s'appliquanl successivement par couches, par lames ou par fibres des parties de formation nouvelle qui en viennent étendre et augmenter la masse.
Si en se reportant aux exemples particuliers de reproduction
ACC a/,5 que nous venons d'indiquer, et qui se font très-probablement à l'égard de chaque partie reproduite de la même manière que dans l'accroissement primitif ordinaire , on réfléchit qu'il serait impossible, ainsi que le remarque M. Virey, d'assigner quel serait alors le moule capable de donner la forme à la queue du lézard à la pince de l'écrevisse , à la nageoire du poisson , à toutes ces parties enfin capables de repulluler de la base même de la cicatrice causée parleur ablation, on se convainc davantage encore qu'elles ne sont point une extension, un alongement d'autres organes , mais bien une génération nouvelle et successive en tout semblable à celle qui existait déjà; c'est donc sans doute aussi de la même manière que s'accroissent les membres supérieurs et inférieurs du fœtus humain qu'on voit poindre à l'origine de leur développement des parties du tronc auquel elles sont hnplantées. Les artères, les veines progressivement issues du cœur, les nerfs émanant du cerveau, les os et les muscles, etc., poussent encore ou s'alongent en augmentant d'épaisseur à mesure que les nouvelles parties qui leur sont sur-ajoutées s'éloignent de plus en plus de leurs centres respectifs.
Plusieurs questions dignes d'intérêt se rapportent naturellement à la théorie de l'accroissement. Parmi celles-ci on s'est demandé comment on pouvait se rendre raison des inégalités de ce phénomène tour à tour dominant dans telle ou telle région, et recevant vers certains organes une activité supérieure et marquée de l'action, du mouvement, et généralement de toutes les causes locales et persévérantes d'excitation auxquelles ils sont soumis. Haller, qui, dans le développement des parties, voulait tout accorder à l'influence de la force impulsive du cœur, avoue que ces sortes d'accroissemens lui paraissent fort difficiles à expliquer : difficiliùs forte fuerit incrementum explicare quod fit à perpetuo alicujus partis motu , dit-il en effet de l'augmentation d'accroissement spécialement produite par le mouvement : aussi Haller admet-il, mais comme une simple hypothèse qui s'accommoderait avec les faits, une force de dérivation du sang et des humeurs qui produirait une plus grande affluence des sucs nutritifs vers tel ou tel lieu donné. Mais il nous semble qu'indépendamment d'une pareille force, le seul principe de l'inégalité de répartition de la sensibilité et de l'irritabilité entre les divers organes, suffit pour y rendre raison de l'énergie plus ou moins grande apportée dans le double phénomène de leur nutrition et de leur accroisse-
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sèment : placés en effet alors, par des causes diverses, telles que l'âge, le mouvement, etc., sous l'influence d'un sorte d'irritation qu'on peut appeler nutritive, et qui devient comparable» par exemple, à l'irritation sécrétoire des appareils glanduleux, ils s'accroissent avec une nouvelle énergie pendant toute la durée de celle-ci. Vient elle à cesser, l'accroissement diminue et se nivelle aussitôt. C'est ainsi que les organes des trois cavités splanchniques, tour à tour le siège de cette prédominance d'excitabilité et d'énergie d'action, y jouissent aussi successivement de l'activité nutritive et de la domiuance d'accroissement qu'on leur connaît Ut fit stimulus , ibi fit affluxus.
D'autres circonstances de l'accroissement permettent de se demander encore quelle cause peut invariablement déterminer le sens ou la direction dans lequel se produit ce phénomène. Comment, dans les végétaux en particulier, la crue se fait-elle constamment dans une ligne verticale , supérieure pour la tige, inférieure pour la racine ? Quel motif vient arrêter dans tous les êtres organisés les progrès de l'accroissement à un terme fixe et qui assigne à chaque individu les dimensions ordinaires et presque invariables de son espèce ? Quelle circonstance de l'organisation peut faire que l'accroissement, qui a lieu d'abord en tous sens, cesse à une époque donnée de se faire en longueur pour se continuer isolément encore dans le sens de l'épaisseur pendant un temps plus ou moins long. Mais on sent d'avance que toutes ces questions, et quelques autres encore de la même nature, sont évidemment insolubles. Elles se rattachent toutes, comme celles qui tiennent à la durée de l'existence, à la longueur variable du part dans chaque espèce, etc. etc., aux lois primordiales de l'économie des êtres vivans. Nous avons rapporté, dans un autre dictionnaire, au mot économie , un grand nombre de phénomènes du même ordre, dont l'essence nous échappe, et qu'il faut se contenter de signakr, sans prétendre soulever le voile qui les dérobe à nos moyens d'investigation.
Les différences tranchées de stature qu'on observe entre les hommes ont paru à quelques-uns se pouvoir expliquer, soit par l'hérédité ou l'analogie de ressemblance avec les parens, soit par l'influence du climat. On voit fréquemment, en effet, sous le premier point de vue, que les enfans tiennent souvent de leurs pères pour la taille ou le degré de développement auquel ils parviennent, et plusieurs familles semblent en effet se maintenir héré-
ACC a47 ditairement, parmi nous, grandes et petites; mais les exemples contraires sont trop communs, et l'on rencontre trop souvent de grands enfans 'issus de petits hommes, et vice versa, les enfans des mêmes pères alternativement grands où petits, pour que l'on doive regarder comme un principe déduit d'une observation constante et tant soit peu rigoureuse , que l'hérédité puisse expliquer l'étendue du développement ou la grandeur de la taille. On voit toutefois certains peuples remarquables entre leurs voisins par la petitesse ou l'élévation de leur taille; et il paraît assez évident alors que c'est la génération qui leur transmet cette disposition.
Quant à l'influence attribuée au climat et aux diverses latitudes sous lesquelles l'homme se développe, nous avons déjà dit plus haut qu'il nous paraissait qu'on ne pouvait admettre comme un fait avéré que la petitesse et la grandeur de la taille dussent être respectivement regardées comme un résultat opposé de la chaleur et du froid. Nous ajouterons seulement ici que, si les végétaux parviennent, en effet, dans les régions chaudes et humides, à un développement beaucoup plus grand que dans les climats froids, l'homme et les animaux ne suivent pas la même loi. Le seul exemple de l'extrême petitesse de la race hyperboréenne, nous le répétons encore, ne suffit pas du tout pour prouver que le froid puisse rendre les hommes petits. En Europe , les Russes sont généralement beaucoup plus grands que les Portugais et les Italiens ; et dans l'Amérique on voit, par exemple, encore que les Indiens de la Nouvelle-Ecosse, ou de la partie la plus septentrionale du Canada , qui vivent sous un climat extrêmement froid, sont cependant très-grands, tandis que ceux de la Louisiane, qui s'accroissent sous l'influence d'un ciel dont la température est à la fois très-chaude et très-humide, sont d'une stature sensiblement moins grande et moins forte.
§ IV. Accroissement particulier des parties inorganiques. — L'accroissement envisagé jusqu'ici a pour but d'augmenter la masse et le volume des parties vivantes auxquelles il donne ainsi le complément de leur organisation, ou l'état qu'elles doivent conserver jusqu'à la mort; il a des limites fixes; il se fait dans tous les sens, et il partage le caractère variable des phénomènes de l'économie. Mais celui dont il nous reste à parler forme des paiiies d'un usage varié, réellement étrangères à l'organisation, adhérentes seulement aux organes vivans d'une manière fixe ou
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temporaire, s'en détachant par une chute naturelle ou par des lésions physiques qui ne causent jamais aucun tort à la santé de l'animal , et le plus souvent alors capables de reproduction. Ces divers produits, dont les uns, tels que l'épiderme, les ongles, les cheveux, les poils et les dents, sont communs aux hommes et aux animaux, tandis que d'autres, comme les cornes, les défenses, les plumes, les coquilles, le test, les écailles, etc., sont particuliers aux animaux, ont tous encore pour caractère général de se développer à la surface du corps seulement, et de ne tenir aux organesvivans auxquels ils sont annexés , que par une de leurs faces ou de leurs extrémités seulement.
Simples productions de l'organisation, toutes ces parties étrangères à la vie trouvent leur source dans la solidification ou la concrétion de fluides séparés par une sorte de sécrétion particulière & chacune des différentes parties dont ils procèdent : aussi leur accroissement est-il subordonné en tout point à la vie et aux périodes d'activité de ces dernières : il a lieu, du reste, par une succession de molécules nouvelles graduellement ajoutées à leur base ou à leur racine, et qui est telle, que les dernières formées , seules adhérentes au corps , poussent en avant celles qui les précèdent immédiatement. Ces parties s'accroissent d'ailleurs encore continuellement pendant tout le temps qu'elles existent, mais sans subir aucun renouvellement dans leur matière composante : l'usure mécanique par les frottemens, la coupe qu'on en fait, des circonstances éventuelles variées , mettent seules enfin des bornes à la grandeur qu'elles paraissent destinées à recevoir d'une crue sans aucune limite.
Tels sont en effet tous les caractères communs qui distinguent chez l'homme l'accroissement de l'épiderme, des ongles, des cheveux, de la barbe, des poils. et des dents, parties diverses qui ne participent point en effet à la vie commune , et qui ne sont que de véritables sécrétions excrémentitielles, diversement solidifiées et configurées , du lascis vasculaire de la surface du derme, des bulbes des cheveux et des poils, et des follicules des dents. ( Voyez épiderme, CHEVEUX, DENT, ONCLE Ct POIL.)
Nous ferons toutefois remarquer ici que parmi ces parties les unes persévèrent et continuent de s'accroître jusqu'à la mort; tels .sont l'épiderme, les ongles et les poils, tandis que les dents et les cheveux tombent d'ordinaire avant le terme de la vie générale. Une circonstance mécanique qui tient chez l'homme et les
ACC 249 carnivores à l'oblitération dos conduits qui portent au follicule dentaire les élémens de sa sécrétion et de sa sensibilité arrêtent, à une époque donnée , tout accroissement ultérieur de la dent , et en déterminent bientôt la chute, en frappant de mort, dans le follicule, sa partie génératrice. Remarquerons-nous encore, touchant la pousse des dents, qu'il n'est pas rare que leur cbute accidentelle ou maladive survenue chez les jeunes sujets, même après l'époque de la première dentition, soit suivie d'un développement d'une nouvelle dent; mais ce fait n'est pas constant; et l'on voit, non-seulement chez d'autres sujets du même âge, mais encore chez une même personne , que la dent une fois tombée est à jamais perdue ; or, n'est-il pas présumable que la cause de cette différence, dans des circonstances d'apparence analogue, tient à ce que , dans le premier cas , le follicule dentaire qui ne serait qu'imparfaitement altéré recommencerait son action sécrétoire, tandis que dans le second ce même organe lui-même aurait été dès le principe entièrement détruit?
Des considérations d'anatomie comparée fort curieuses , sans doute, mais dans lesquelles il n'est pas dans l'esprit de cet ouvrage que nous puissions entrer, s'étendent encore aux phénomènes de l'accroissement des cornes de plusieurs mammifères, du sabot des ruminans et des solipèdes, des plumes, du bec et de l'ergot des oiseaux, des écailles des poissons, des défenses de quelques animaux particuliers, des dents composées des herbivores, des coquilles des mollusques, du test des crustacées, de l'enveloppe cornée des insectes; et parmi les lithophytes enfin, du développement des coraux et des madrépores. Tous ces faits si dignes de l'attention des naturalistes, prouvent tous également le caractère inorganique de ces productions, et le mode particulier suivi par la nature dans leur développement, qui se fait toujours en effet à la manière de celui des corps étrangers à la vie.
§ V. Considérations pathologiques et thérapeutiques sur Caccroissement. — L'observation des phénomènes de l'accroissement d'accord avec la théorie de cet état montre qu'eu rapport nécessaire et constant avec les autres actes de la vie, il présente, comme ces derniers , des prédominances vicieuses , des retardemens et des défauts fâcheux, des directions irrégulières et contraires à l'harmonie de l'ensemble.
C'est ainsi que l'accroissement en hauteur plus ou moins subit
55o ACC
et comme instantané , -que prend le corps des jeunes gens à l'époque de l'adolescence, dans des circonstances difficiles à apprécier, mais malheureusement trop fréquentes, jette en eux, suivant la remarque de Grimaud, les fondemens d'une faiblesse radicale, dont l'influence fâcheuse s'étend d'ordinaire sur le reste de leur vie. Cette crue rapide, nommée élongation , qui, comme nous l'avons dit précédemment, signale assez souvent la convalescence et le cours de quelques maladies aiguës, développant le corps en hauteur aux dépens de son épaisseur, laisse les membres grêles, le bassin et la poitrine extrêmement étroits, et le rachis sans consistance. La faiblesse de ce dernier produit la courbure du corps en avant et l'inclinaison de la tête dans le même sens ou de côté. On sait que la phthisie pulmonaire complique oomme une de ses coïncidences les plus fréquentes l'accroissement extraordinaire que nous signalons. Quelques-uns ont cru trouver la cause du développement de celte maladie dans la gêne que les poumons éprouvent à s'étendre dans la cavité resserrée que leur offre alors la poitrine, ainsi que dans la diminution de la quantité de respiration due à l'inclinaison vicieuse du tronc et du cou; mais cette idée , fondée sur une raison toute mécanique, ne nous semble pas la véritable, car. les poumons gagnent, sous le rapport du volume, en hauteur ce qu'ils perdent en épaisseur : aussi la prédisposition à cette maladie nous parait- elle se rencontrer plus naturellement alors, soit dans la coïncidence de Y élongation avec l'époque marquée pour l'évolution particulière des poumons qu'appelle la puberté, soit dans la part que prennent ces organes à l'état général d'excitation qu'un pareil développement jette indistinctement dans l'ensemble de l'économie.- Quoi qu'il puisse être, au reste, de cette étiologie, cette sorte de crue extraordinaire et insolite réclame impérieusement, tant par l'extrême faiblesse, la grande irritabilité générale qui lui sont inhérentes, que parles diverses maladies auxquelles elle expose, qu'on entoure les personnes qui en sont affectées et des soins assidus du régime, et de tous ceux qu'on peut spécialement regarder comme les plus propres à prévenir la phthisie pulmonaire, {forez
nÉOlME et PHTHISIE.
L'état opposé à la grandeur et- à la précocité du développe ment consiste dans h lenteur et l'imperfection de la crue, phénomène regardé comme plus rare que le précédent, mais qu'on voit cependant survenir assez souvent. K appelons à ce sujet que
ACC a5i les rachitiques demeurent fort petits et comme rabougris ; que les crétins, soumis à certaines influences locales connues, ne s'accroissent qu'imparfaitement, avec lenteur et d'une manière inégale', que les scrofules, la cachexie vénérienne native, la débilité générale qui provient de la conception par les vieillards, l'exercice trop hâtif de l'acte reproducteur,' l'habitude funeste de la masturbation, sont encore autant de causes qui tiennent, comme on sait, le premier rang parmi celles qui sont le plus propres à nuire à l'accroissement et à l'arrêter dans son cours. Suivant M. Virey, la forte et la grande activité de l'esprit sont contraires à l'accroissement, tandis que sa faiblesse lui paraît le favoriser; il avance à cet égard, comme un fait d'observation, que les animaux les plus stupides sont ceux qui pour l'ordinaire s'accroissent le plus promptement.
On voit, par la connaissance de ces diverses causes, qu'ici comme précédemment les meilleurs moyens de régulariser le phénomène de l'accroissement consistent dans la sévère application des règles de l'hygiène auxquelles il peut devenir utile d'ajouter, comme auxiliaire, l'emploi des médicamens particuliers que peuvent indiquer la syphilis , les scrofules , le crétin isme , etc.
On observe, au milieu de l'accroissement général du corps , combien l'augmentation de volume'et de masse que prend irrégulièrement un organe ou un appareil particulier de fonction nuit à la fois à la santé et au développement de l'ensemble. Un cerveau, un système nerveux trop volumineux, un cœur trop gros et trop fort, des membres exagérément développés, un appareil génital énorme, un foie prédominant, etc. etc., sont en effet plus bu moius incompatibles avec le développement convenable et ordinaire de la crue : or, il suit naturellement de cette remarque qu'il importe beaucoup que d'éducation physique des organes, l'appel qu'on fait à leurs fonctions les dispose le moins possible à cette prédominance vicieuse. Aussi convient-il de ne les exercer qu'à temps opportun, èt suivant le but de la nature dans l'ordre naturel de leur développement. Ils ne sauraient l'être exclusivement et d'une manière soutenue, sans produire bientôt l'inconvénient que nous indiquons. L'enfant qui s'accroît a-t-il en effet l'esprit continuellement tendu? Ses sens sont-ils incessamment appliqués à des objets nouveaux, et ses sentimens sans cesse exaltés, en même temps que ses membres et son corps languissent dans un repos plus ou moins absolu? L'adolescent
25a ACC
adonné à ses plaisirs fatiguc-t-il prématurément et sans mesure les organes de la reproduction? Cet autre consomme-t-il sa vie . dans le seul travail de ses bras , les mouvemens de ses jambes , etc. ? Dans tous ces exemples l'accroissement général du corps sera vicié, l'équilibre sera rompu par la prédominance respective d'étendue acquise alors aux dépens de l'ensemble, soit par le système nerveux, soit par l'appareil locomoteur, soit enfin par les organes génitaux.
Si l'on se rappelle ce que nous avons dit précédemment des progrès particuliers de l'accroissement- des organes renfermés dans les diverses cavités splancbniques aux trois principales époques de la vie, progrès qui montrent que ebacun de ces principaux centres d'action jouit à son tour d'une véritable irritation nutritive qui, en faisant prédominer la masse et l'étendue, étend encore le domaine de ses fonctions spéciales en. même temps qu'il rend ses connexions sympathiques avec le reste de l'économie plus constantes et plus énergiques; si l'on se rappelle, disonsnous, ces prédominances physiologiques, on y trouvera la source de la disposition la plus marquée à éprouver en même temps les fâcheux effets de toutes les causes capables de produire les maladies : c'est en effet ainsi que durant le premier âge et l'enfance plus ou moins avancée, l'accroissement hâtif et prédominant du cerveau et de la tête en général , montre cette époque si féconde en maladies de ces parties, telles que l'hydrocéphale aigu et chronique, la céphalite, la fièvre cérébrale, les convulsions, les orages de la dentition, les éruptions du cuir chevelu, les oreillons, les engorgemens glandulaires du cou, le corysa, l'épistaxis, les aphthes, etc.; que dans la jeunesse et la force de l'âge l'activité du cœur et de la circulation, l'amplitude marquée de la poitrine et des poumons coïncident avec la fréquence des maladies de ces parties, comme l'hémoptysie, la péripneumonie, la pleurésie, la péricardite et Ja phthisie pulmonaire, et qu'on voit enfin dans l'âge mûr l'énergie nutritive dés viscères abdominaux , en rendant l'estomac robuste, les intestins larges, le système veineux capace, le mésentère plus épais, devenir comme le signal des affections spéciales qui s'en emparent, ainsi que le constate la fréquence des affections gastriques, de l'hépatite, du flux hémorrhoïdal , et des engorgemens chroniques de la plupart des viscères abdominaux, qui affligent si communément l'homme dans l'âge avancé.
ACC a53 L'accroissement, envisage sons le rapport pathologique, s'étend encore au développement plus ou moins lent ou rapide, soit des diverses tumeurs, comme les loupes, les sarcomes, les polypes, les corps fibreux,*osscux, graisseux, soit des dégénérations organiques tuberculeuse , squirrèuse et carcinomatcuse. On sait que tous les soins de la médecine tendent le plus souvent alors à prévenir cet accroissement ou à en borner les progrès , attendu que ce dernier devient, dans les tumeurs de bonne nature, une source de dérivation plus ou moins fâcheuse de la part des fluides nourriciers , et que dans les dégénérescences il est comme le signal de l'explosion funeste d'un mal auquel il n'est plus de remède.
[Forez ANATOMIE PATHOLOGIQUE.)
Nous pensons devoir borner à ces considérations tout-à-fait générales l'histoire de l'accroissement , attendu que c'est à l'exposition anatomique de chaque tissu et de chaque organe en particulier qu'il convient d'indiquer pour celui-ci quels sont les divers états sous lesquels ils se montre suivant les phases de son développement. (rullier.)
accroissement, s. m., incrementum , augmentum. On désigne par ce mot la première période des maladies durant laquelle les symptômes vont ordinairement en augmentant. Il y a cependant des maladies dans lesquelles on n'observe pas la même marche, et qui se manifestent tout de suite avec la plus grande violence, telles sont la plupart des apoplexies, des épilepsies, des hémorrhagies, etc. Il est d'autres maladies dans lesquelles les symptômes, après avoir duré long-temps avec une médiocre intensité, n'augmentent beaucoup que vers leurs terminaisons, et dont l'accroissement, après avoir été fort lent, ne devient rapide que dans la dernière période , et lorsqu'une terminaison fâcheuse se prépare.
Quoiqu'on puisse faire remonter l'accroissement au temps où se sont formés les premiers élémens ou principes des maladies, il ne commence réellement qu'à l'instant de l'invasion. C'est lorsqu'une maladie se marque par des caractères sensibles qu'elle commence à exister pour le médecin; avant qu'ils paraissent, il n'y a aucune base sur Inquelle il puisse établir son jugement. L'invasion des maladies est plus ou moins marquée : souvent il y a un frisson suivi de chaleur; c'est ce qu'on observe dans les phlegmasies, les hémorrhagies actives; d'autrefois l'invasion est lente et presque insensible ; peu à peu les symptômes prennent de
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l'intensité, et la maladie se déclare; telle est la marche dos affections muqueuses* de la plupart des maladies chroniques.
Le durée de l'accroissement varie selon les maladies. Dans les affections très-aiguës, telles que le choléra morhus, les hémorrhagies, l'apoplexie , l'accroissement est quelquefois à peine marqué; il est assez court dans les inflammations essentielles qui attaquent les sujets jeunes et robustes. L'accroissement des maladies chroniques peut souvent être observé pendant plusieurs mois; il n'est même pas rare qu'on ne s'occupe d'une maladie chronique que lorsqu'elle a fait beaucoup de progrès. La période d'accroissement comprend ordinairement la plus grande partie de la durée des maladies aiguës dont la terminaison est fâcheuse. 11 en est de même de beaucoup de maladies chroniques mortelles.
Durant l'accroissement des maladies, les fonctions se dérangent de plus en plus, les matières des sécrétions se dépravent et acquièrent de nouvelles qualités; les symptômes augmentent eh nombre et en intensité; le pouls devient fréquent, dur et fort dans les affections inflammatoires; il se déprime lorsque l'advnamie survient; il est souvent faible et variable dans les maladies ataxiques. La respiration est fréquente, chaude et halitueuse dans les inflammations; les fonctions digestives sont presque toujours troublées pendant l'accroissement des maladies; la soif est très-vive dans les phlegraasies ; quelquefois elle e^-t nulle" dans les ataxies avec fièvre.
C'est particulièrement durant la période d'accroissement des maladies que l'on peut observer la progression graduelle et successive d'action qui s'étend des parties supérieures aux parties inférieures. Les maladies éruptives paraissent d'abord sur la face et les membres supérieurs; elles se portent ensuite sur lé tronc et les membres inférieurs. Dans l'accroissement de quelques .autres maladies, ce s'ont également Jcs parties supérieures qui sont attaquées. Ainsi dans les affections muqueuses on voit quelquefois le nez, la langue, la gorge, les bronches , attaqués dans le commencement; à une. époque plus avancée, c'est la membrane muqueuse des intestins et celle des voies urinaires qui est particulièrement le siège de la maladie. Une circonstance bien remarquable dans l'histoire de la jaunisse, c'est qu'elle commence d'abord par les parties supérieures, comme le blanc <des yeux, le visage, le cou, et se répand successivement sur les autres parties.
ACÉ a55 L'accroissement, ou première période des maladies, répond à ce qu'on a appelé temps d'irritation ou de cruditr.
( LANUHÉ IIEAUVA1S. )
ACÉPHALE, adj. pris subst. , m. aeeplialus , ùx.t(pciXoç, de <* privatif, et x.t<pet^, caput. Monstrum sine capite vel capite carens. — On donne ce nom aux embryons et aux fœtus mal conformés, et chez lesquels il manque la tète et quelquefois le cou, le thorax et même la partie supérieure de l'abdomen. Pendant long-temps on n'a désigné par ce mot que les conformations congéniales vicieuses de l'extrémité céphalique du tronc , soit pour les os , soit pour l'encéphale lui-même. Nous appellerpns , avec MM. Chaussier, Béclard, Tiedemann etMeckel, encéphalic la conformation défectueuse de l'encéphale et du crâne , et acéphalie la privation entière de la tète, et souvent même des parties situées au-dessous. ( Voyez ces mots. ) ' (g. breschet. )
ACÉPHALIE, s. f. , de a. privatif et de xapccXq, caput. — Je désigne par ce nom l'état des embryons ou des fœtus privés de tête et souvent aussi de quelques autres parties du corps. C'e>t le sens rigoureux que MM. Chaussier, Béclard , F. Meckel et Tiedemann ont attaché à ce mot, et c'est à leurs travaux que nous devons ce que nous savons de .plus exact et de plus positif sur ce vice de conformation congéniale. C'est dans les ouvrages de ces médecins que nous puiserons, et principalement dans ceux de MM. Meckel, Tiedemann et Béclard.
Si l'on examine les faits publiés sur l'acéphalie, on remarque que presque toujours les acéphales sont nés avec des fœtus bien conformés. Ils étaient ou jumeaux , tels que les cas rapporte s par Aldrovande, Mappus, Éverbard, Lankisch , Schellammer, Poujol, Lecat, Dumonceau, Gourraigne, Méry, Vogli, Katzhy, Kundmann, Winslow, Henkel, Butiner, Cooper, Odhclius, Clarke, Klein, Monro, Isenflamm , Busch, Treviranus, Atkinson, et ceux de la deuxième et de la quatrième observation de Tiedemann ; ou trijumeaux , tels que ceux de Supperville de Kundmann; ou- quadiijumeaux , comme celui de la quatrième observation de Tiedemann.
Les cas de Sulsmann, Doneaud et Vallisneri sont les seuls bien avérés. où le fœtus acéphale appartint à une grossesse simple; encore dit-on que les femmes rendirent beaucoup d'hydatides. Si les autres observateurs n'ont pas parlé de cette circonstance, c'est qu'il;, n'ont fait que disséquer des individus conservés dans des liqueurs.
a5G ACC
MM. Éverhard ilome et Meckcl disent que non-seulement les acéphales , mais que presque tous les fœtus monstrueux sont des jumeaux. Un jumeau n'est pas monstrueux parce que le germe était défectueux, mais parce que la coexistence d'un autre fœtus l'a empêché de se développer régulièrement.
Les mères des acéphales ont presque toujours été des femmes très-fécondes, et souvent elles avaient eu plusieurs fois des jumeaux, ainsi que le prouvent les faits rapportés per Lankisch, Kundmann, Lecat, Doneaud, Dumonceau et Busch.
On doit encore remarquer que les femmes qui portent dans leur sein des acéphales, accouchent ordinairement avant le neuvième mois. Tiedemann ne cite que quatorze exemples de naissance à terme. Dans plusieurs cas de naissance de jumeaux, le fœtus bien conformé était parvenu à sa maturité, tandis que l'acéphale avait été arrêté dans son développement , et souvent ces embryons n'ont offert que quelques pouces de longueur. Toutes ces circonstances tendent à prouver que les acéphales doivent être considérés comme des fœtus dont la formation des organes a été arrêtée sous le rapport du nombre et de la masse.
L'enfant bien conformé naît ordinairement le premier, et le fœtus monstrueux quelque temps après. Cependant, dans les observations de Lankisch et de Dumonceau, l'acéphale sortit de l'utérus avec l'enfant bien conformé ; mais le plus souvent ils naissent à quelque intervalle l'un de l'autre. Dans le cas de trijumeaux rapporté par Katzky, l'acéphale vint au monde le second. L'accouchement est ordinairement facile; les cas de Gourraigne et d'Odhelius sont les seuls qui fassent exception. Dans l'observation de Lecat, l'enfant bien conformé expira dans le travail par les obstacles dépendans de la présence du fœtus monstrueux.
Les acéphales n'existent plus lorsqu'ils paraissent à la lumière, du moins, si ce n'est le fœtus* monstrueux dont Vogli nous a transmis l'histoire, et chez lequel on crut apercevoir quelques mouvemens ; tous les autres fœtus n'ont donné aucun signe de vie.
On a vu fréquemment, dans les grossesses doubles, un seul placenta et des enveloppes communes pour les deux fœtus, Dans la cinquième observation de M. Tiedemann, l'acéphale avait un placenta qu'il partageait avec trois fœtus bien .conformés, mais dans un cas publié par Henkel, l'acéphale sortit dans une niera-
A CF. a£7 brane propre avec le placenta et les enveloppes du fœtus bien conformé. L'embryon monstrueux n'avait que deux pouces de long, et son cordon s'insérait au placenta de son jumeau; ce qui démontre que cet acéphale avait été arrêté dans son accroissement, et qu'il n'appartenait point à une superfétation, comme l'a prétendu Hcnkel.
Si nous ajoutons à ces réflexions que les acéphales naissent avec d'autres enfans d'une bonne conformation, nous rendrons inadmissible l'opinion des personnes qui attribuent l'aeéphalie à l'influence de l'imagination maternelle. Des embryons unis au même placenta , le plus souvent placés sous les mêmes enveloppes, ne devraient-ils pas être exposés d'une manière égale à l'influence des mêmes causes, et en être simultanément affectés ?
Le cordon ombilical a fréquemmeulrété trouvé très-court et très -grêle. Les observations de Cooper et de Dumonceau indiquent un cordon de deux pouces. Dans plusieurs autres cas il n'avait guère plus de longueur, et il se faisait remarquer par sa ténuité. De ces circonstances on peut encore inférer que les embryons avaient été arrêtés dans leur accroissement, et que cette cessation de développement arrivait bien plus tôt encore dans le cordon ombilical, la longueur de cet organe étant en raison directe de l'âge du fœtus. .
§ Ier. Fœtus acéphale. — Quoique chez beaucoup d'acéphales la tête manque entièrement ; cependant dans un grand nombre de ces fœtus on reconnaissait le lieu où la tête devait être placée , et souvent même il en restait des vestiges. Dans le deuxième et le troisième cas examinés par Tiedemann, on remarquait à la partie supérieure et antérieure du corps une éminence recouverte par des cheveux ressemblans à ceux d'un enfant ûouveau-né , et sous la peau se trouvait une masse cellulaire où la colonne rachidienne venait se terminer en pointe.
L'auteur pense que cette extrémité durachis était tin rudiment de la tête qui ne s'était pas développé. Voujol vit, à l'extrémité supérieure du monstre qu'il décrit, une masse de chair arrondie où il ne lui fut permis de rien distinguer; seulement, sur la partie antérieure de cette masse, on apercevait un corps rond de la grosseur et de la forme d'une cerise. Cette tumeur charnue était couverte par une peau très-épaisse; sa substance avait peu de consistance, et beaucoup de vaisseaux la parcouraient. Sous le tubercule en forme de cerise on trouva une poche remplie d'un i. i7
a08 ACÉ
liquide limpide; on vit aussi d'autres kystes renfermant une liqueur aqueuse. Gouraigne parle d'une masse de chair couverte de cheveux et percée d'une ouverture conduisant dans un culde-sac. Kundman remarqua ail -dessus de l'ombilic une éminence ressemblant à un nombril , et "Winslow fait mention d'un lubercule analogue garni de cheveux blanchâtres; l'ouverture de cette tumeur fit reconnaître beaucoup de cellules membraneuses remplies d'un fluide lymphatique. Bultner signale dans son observation une petite masse charnue pourvue de cheveux très-fins, et sur laquelle il ne put apercevoir ni la bouche ni les autres organes des sens. Doneaud vit, à la place de la tête et du cou qui manquaient, une masse charnue située entre les épaules, du volume d'une noix et sans ouverture. Dans le cas donné par Treviranus on distinguait, au lieu de tète, sur la face antérieure du thorax, une éminence semi-sphérique, et entre les épaules quelques cheveux. Le sommet du fœtus monstrueux de Busch portait quelques cheveux. Les histoires publiées par Prochaska et Hévermann contiennent des circonstances semblables. Lecat parle d'une masse osseuse enveloppée par un tissu cellulaire œdémateux. Isenflamm dit que sur son fœtus le rachis finissait en pointe; mais on pouvait y distinguer des pièces anguleuses , cartilagineuses ou osseuses qui paraissent être des os du crâne avortés.
M. Meckël signale pareillement un agrégat informe de petites pièces osseuses qui semblaient être des vertèbres cervicales et des os de la tête ébauchés. Tous ces' faits me font dire , avec MM. Meckel et Tiedemann, qu'il est probable que la tète ne s'est pas formée chez les acéphales, mais qu'elle s'est arrêtée dans son premier développement, tandis que celui de beaucoup d antres organes a pu continuer à se faire.
Ces rudimens de la tête sont au tronc des acéphales ce qu'à une époque antérieure de la formation du fœtus le commencement de la tête est au tronc lui-même. Que l'on considère, pour s'en convaincre, l'œuf humain dans les premiers jours de la formation, on verra que dans les embryons de deux lignes la tète n'est pas perceptible, et dans ceux de trois lignes elle n'est séparée du tronc que par une petite écliancrure. M. F. Meckel dit, en parlant des acéphales, que la tête ne se détache du tronc que quelque temps après la formation de l'embryon, et que les diverses espèces d'acéphalies appartiennent à la période durant
ACÉ 5.5y laquelle la tête n'est pas distincte du tronc, ou, lorsqu'elle est encore avec lui , d'une petitesse très-disproportionnée. En examinant les embryons dans leurs premiers temps de formation, on reconnaît, avec tous les anatomisles qui se sont occupes du développement du fœtus, tels que "VYrisberg, Sœmmerring, .Authenrieth, etc., que la tète ne se sépare ou ne se dislingue pas du tronc; elle formé avec lui une même masse jusqu'à Ja huitième semaine.
Pour faire mieux comprendre le mode de formation de l'acéphalie , supposons que l'éminence représentant la tète d'un embrvon de la troisième ou quatrième semaine, et dont la longueur est d'une ligne ( Voyez Sœmmerring, icônes cmbryonum), ou la tête des embryons dessinés par Meckel, sur laquelle on n'aperçoit ni bouche, ni yeux, ni oreilles, ni nez, soit restée stationnaire à ce degré de formation , pendant que le tronc continue à se développer et que les membres commencent à pousser, on aura des acéphales pareils à ceux que Poujol , Gouraigne, Winslow, Çuttner, Cooper, Prochaska, etc. ont décrits.
On a trouvé ces éminencfe ou appendices membraneux remplis de sérosités, et ces poches paraissent être des organes qui n'ont pas atteint leur entière formation. Le premier état des organes est d'être globuleux et vésiculaire. C'est ainsi que s'offrent à notre observation le cœur, l'encéphale, et même les vertèbres. Les recherches microscopiques les plus estimées ont démontré cette disposition globuleuse. Harvey avait depuis long-temps signalé cette forme vésiculaire, et Haller, AVolff, Sœmmerring, Oken, Bojanus, Tiedemann, Dollinger et Pander l'ont constatée sur le fœtus de l'homme et des animaux.
La présence des cheveux sur les appendices, l'existence de l'extrémité de la moelle épinière, les rudimens des os du crâne trouvés dans ces tubercules, prouvent que ce sont des têtes incomplètement formées.
§ II. Fœtus accplialostomc. — Il est très-rare qu'on ait trouvé à la partie supérieure des acéphales une ouverture semblable à la bouche. Gouraigne parle d'une ouverture sur la petite masse de chair couverte de cheveux, mais elle se terminait en cul-désac. Monro dit qu'au-dessus du nombril de son fœtus monstrueux était une ouverture communiquant avec une poche. Busch cite un fait analogue. Quoique Kundmann ait vu sur une petite
*Go ACÉ
cminenee située nu-dessus de l'insertion du cordon ombilical une ouverture conduisant dans l'intestin, nous pouvons dire comme règle générale qu'il n'existe point d'ouverture analogue à celle de la bouche et communiquant avec le canal digestif dans la partie supérieure des acéphales. Cette circonstance doit être regardée comme un argument majeur contre l'opinion des physiologistes qui prétendent que les eaux de l'amnios s'introduisent dans les voies digestives et servenj^à la nutrition du fœtus. Déjà du temps d'Empédocle, de Démocrite et d'Épicure, on était de l'opinion que le fœtus recevait sa nourriture par la bouche, et cette idée a été reproduite et défendue par des anatomistes et des physiologistes célèbres, tels que Harvey, R. de Graaf, Vereheyen, Stalpart Vander wiel, Diemerbroek, Boerhaave, Heister, Bohn, Trew, Haller, et plus récemment par Hoogoveen, Vos, Caldani, Darwin, Osiander, Scheel, Herholdt, M. Béclard. Cependant il est notoire, par plusieurs faits, que les eaux de l'amnios, des poils, des matières grasses, etc., peuvent passer dans l'estomac.
Le fœtus, pour être nourri et formé , a-t-il absolument besoin d'absorber les eaux de l'amnios? P?bn , car les acéphales sont parvenus à un certain degré de formation , sans qu'il y ait eu de bouche ni d'autre ouverture pour établir une communication avec le canal intestinal. Les acéphales des animaux, ainsi que les fœtus humains nés sans bouche, démontrent cette vérité. Thémel décrit un fœtus de brebis astome, et Alix a fait connaître un fœtus humain macroccphale , privé de bouche, de nez et d'yeux; ce qui réfute l'opinion de Scheel sur la pénétration des' eaux de l'amnios dans le larynx pour aller servir à l'oxydation du sang.
§ III. Fœtus acéphalothore. — La tête n'est pas la seule partie dont l'absence totale ou l'existence rudimentaire constitue l'acéphalie. Des observations de fœtus monstrueux, publiées par Éverhard , Lankisch , Kundmann, Dumonceau, Gouraigne, Supperville, Vogli, Winslow, Sue, Clarke, Busch, l'un de ceux de Prochaska, les deuxième, troisième, quatrième cas rapportés par M. Tiedemann, plusieurs de ceux qu'a décrits M. Béclard, élaient dépourvus de poitrine, et nous nommons cette variété fœtus accplialothore. Dans tous les autres exemples connus, les fœtus avaient un thorax plus ou moins formé. Chez, les uns, on voyait dans la formation des vertèbres de la poitrine, dans celles des côtes et du sternum , ainsi que dans celle de la cavité thoracique,
kCÈ 261 une véritable gradation de l'état feu développé à un degré plus avancé , et successivement jusqu'à l'état normal, Malacarne trouva dans deux fœtus monstrueux seulement quelques rudimens de côtes; Meckel parle d'une disposition analogue, mais pour les., côtes inférieures sans sternum. Supperville aperçut, au lieu des côtes, des masses cartilagineuses et osseuses peu distinctes. Poujol trouva cinq à six petites côtes articulées avec le rachis, et dont deux seulement atteignaient une petite portion du sternum. Le monstre dont parle Monro avait six paires de côtes ; celui de Lecat offrait sept côtes à gauche et huit à droite; un de ceux de Meckel présentait précisément le contraire. Quelques-uns de ces os se confondaient ensemble comme dans les oiseaux.
Tantôt ces côtes sont isolées et ne communiquent point avec celles du côté opposé, soit par des cartilages , soit par des portions de sternum. C'est le cas des fœtus décrits par Malacarne et par Mérji
Dans l'observation d'Isenflamm , il y avait onze côtes à gauche et douze à droite. L'inverse se faisait observer sur le monstre de Klein , mais des cartilages s'inséraient à un sternum difforme et circulaire. Le monstre de Schelhammer avait des côtes distinctes , mais point de sternum. Même état se montrait dans un fœtus de Meckel et dans un de ceux de Prochaska ; les cartilages et le sternum étaient entièrement absens. Dans le cas décrit par M. Moreau , le sternum ne se trouvait lié qu'avec les deux premières côtes. Mappus trouva deux petites fentes sur le sternum. Katzky dit que la poitrine du monstre qu'il a observé présentait deux mamelons, entre lesquels on apercevait un petit trou qui donnait passage à une vessie flasque et transparente. Le sternum ir3anquait et la cavité de la poitrine était formée par des masses cartilagineuses et osseuses. Dans le monstre d'Hévermann on voyait les douze paires de côtes ainsi que le sternum.
Les fœtus monstrueux que nous nommons acéphalothores doivent être considérés comme ayant été arrêtés dans leur développement, et la cavité de la poitrine, ainsi que ses parois, sont restées stationnaires après être arrivées, à un certain degré de formation. En effet il y a Tine période de l'évolution du fœtus pendant laquelle il n'existe pas encore de cavité thoracique. Elle commence à se former sur les côtés du rachis, reste encore ouverte en avant et ne se complète que plus tard par l'apparition du sternum. C'est un fait qui a été reconnu par Harvey et Wolff. Il
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y a certainement une période dans la formation du fœtus humain où l'on ne voit pas encore de cavité thoracique complète. Le cœur n'est pas recouvert par les côtes et par le sternum, et il se montre presque à nu dans une cavité manquant de. paroi antérieure. On peut quelquefois, quoique à travers une membrane mince, distinguer la partie inférieure des deux chambres du cœur, ainsi que l'oreillette droite. Des observations d'une grande importance spnt l'existence de sillons sur les fœtus dont parle Meckcl; sillons qui ont été observés sur les deux acéphales de Malacarne. Sur l'un de ces acéphales, il y avait à la face antérieure du thorax un sillon profond dans la partie supérieure du tronc et qui le séparait presque en deux parties égales. Chez l'autre acéphale , c'était la poitrine et la partie supérieure de l'abdomen qui étaient distinctes l'une de l'autre par une rainure puofonde. N'est-ce pas encore ici un état stationnaire des acéphales à un des premiers degrés de la formation normale? Il est reconnu que le développement des côtes précède celui du sternum. Les côtes commencent à paraître vprs la colonne vertébrale; l'ossification s'en opère à la fin du deuxième mois, et après la onzième semaine elles sont toutes pénétrées de substance osseuse. Le sternum ne commence à se montrer qu'au troisième mois; alors il est distinct, mais son ossification ne se fait pas avant le cinquième ou le sixième mois. Wolff appelle le sternum une cicatrice de l'ouverture du thorax. C'est sans doute pour cette cause que la plupart des acéphales étaient sans sternum, même lorsque les côtes étaient entièrement formées sous le rapport du nombre et de la figure, parce que le sternum n'existait pas encore, les embryons monstrueux s'étant ai'rètés dans leur formation à un degré inférieur.
Le développement des acéphales et de leurs organes procède rigoureusement d'après les lois générales de la création des organes, lois d'après lesquelles il y a succession dans l'apparition des organes, ou une véritable gradation d'une structure simple à une structure composée , et où l'on voit l'existence des premiers organes déterminer l'apparition des subséquens. C'est ainsi que dans les acéphales on ne trouve, dans aucun appareil des fonctions , un organe rentrant dans les périodes suivantes de formation , si ceux des périodes antérieures viennent à manquer. Par exemple, nous ne rencontrons jamais de sternum sur les acéphales dépourvus de côtes, et nous ne voyons jamais de côtes où man-
ACÉ >aGI quent les vertèbres du dos. Cela tient évidemment à ce que la formation des vertèbres de la poitrine précède; celle des côtes, et que celle des côtes précède la manifestation du sternum. Sur aucun acéphale on n'a remarqué les yeux, les oreilles, le nez ou la bouche, et cela par la raison que ces organes ne se développent qu'à la tête, et que celle-ci a été arrêtée dans sa formation. De la formation tardive du sternum résultent quelquefois les déplacemens du cœur, les hernies de cet organe; et la fente antérieure du thorax s'étend parfois sur l'abdomen et les os pubis pour constituer plusieurs espèces de conformations vicieuses. {Voyez ex.trovehsiox et extrophie.) L'union des deux parties qui forment le sternum se fait de haut en bas. Quelquefois cette réunionne se fait pas, et cet os reste divisé ainsi qu'il en existe un exemple sur une infirmière de l'hôpital des vénériens à Paris. Un degré moins grand d'imperfection du sternum est celui où cet os offre des trous sur sa ligne médiane et surtout dans son apophyse ensiforme, où on les rencontre le plus souvent et le plus tard. Nous savons tous que cette partie est encore cartilagineuse lorsque depuis long-temps les parties supérieures ou claviculaires sont ossifiées.
§ IV. Fœtus acéphalngastrc. — L'abdomen est la partie qui manque le moins aux acéphales sans tête et sans poitrine. Le ventre, dans le sens le plus étendu du mot, est la région du corps dont les monstres ne peuvent pas être entièrement privés , parce que c'est la partie de l'embryon la première formée ; c'est le point par lequel l'embryon sort des vaisseaux ombilicaux. Le ventre est donc la première partie de l'animal et celle qu'il faut considérer comme la principale, puisqu'elle correspondà l'insertion du cordon ombilical, lequel préexiste à l'embryon, sort du vitellus, étend ses racines vasculaires, les réunit pour former le ' tronc veineux de l'extrémité duquel l'animal doit être sécrété et se détacher lorsque le fruit sera parvenu à sa maturité.
Il existe donc une gradation dans la formation des organes de l'embryon d'après laquelle les premiers produisent les suivans, et d'après ce principe l'abdomen ne peut jamais manquer. Le même principe existe dans l'organisation des animaux des classes inférieures, tels que les polypes, les méduses, les hérissons de nier, les holothuries, et enfin dans la .plupart:des mollusques, qui doivent être considérés comme n'offrant qu'un ventre, mais duquel, dans les classes plus élevées, on voit sortir la poitrine,
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la tête et les membres. L'abdomen est la partie fondamentale de l'économie animale; il ne doit ni ne peut manquer en totalité, et c'est dans l'abdomen qu'on découvre le moins de vices principaux de conformation chez les acéphales. On ne connaît qu'un petit nombre d'exemples où celte partie du corps se soit arrêtée à un degré inférieur de sa formation.
Dans les organes abdominaux il faut faire* une division en ceux qui sont diaphragmatiques ou gastriques, en ceux qui sont pelviens et en ceux qui sont placés entre ces deux régions. Les premiers manquent plus souvent que les seconds, dont le développement ne se fait qu'après celui des organes de la région ombilicale. Cette division, qui paraît d'abord arbitraire, est réelle, puisque dans les premiers temps le canal intestinal présente plusieurs portions séparées et distinctes.
ftous ne connaissons qu'un très- petit nombre de cas où le ventre s'est arrêté à un degré inférieur de formation. Sur un des monstres de Mappus il y avait une portion intestinale à circonvolutions , sortant du ventre et attachée à un mésentère. Le monstre d'Atkinson offrait dans la région ombilicale une espèce de poche contenant quelques circonvolutions de. l'intestin grêle avec le commencement du colon, un appendice vermiforme. Un des acéphales de Meckel avait une portion d'intestin incarcérée dans le cordon ombilical. Sur trois des fœtus monstrueux de Tiedemann, on voyait le cordon ombilical former, à l'endroit où il s'insère à l'abdomen, une tumeur longitudinale dans laquelle se trouvait le bout supérieur de l'intestin avec le cœcum et son appendice vermiforme. Il paraissait aussi exister ce qu'on nomme improprement une exomphale congéniale sur le quatrième monstre décrit par Tiedemann.
C'est un fait constaté par tous les anatomistes modernes, que la plus grande partie des intestins est renfermée dans le cordon ombilical depuis les premiers temps de l'existence du fœtus jusqu'à la dixième ou onzième semaine après la conception. Plusieurs anatomistes ont décrit et dessiné de ces fœtus des premières périodes, chez lesquels une partie des intestins se trouvait dans le cordon, et qui avaient ce qu'on nomme, mais fort improprement, une hernie ombilicale. Albinus, Wrisberg, Sandifort, G. Hunter, Prochaska , Authenrieth, F. Mechel, Oken, Scarpa, Tiedemann, ont décrit ou fait représenter des fœtus appartenans aux premiers mois de la grossesse, et chez lesquels une partie des intestins se
ACÉ a65 trouvait dans le cordon ombilical. Il faut donc regarder comme ayant été arrêtés dans leur formation les acéphales dont nous venons de parler et les enfans qui naissent avec des hernies ombilicales. Le plus fréquemment ces derniers ont d'autres vices d'organisation, et chez eux plusieurs organes sont restés à un degré inférieur de développement.
Le canal intestinal des acéphales démontre la réalité et l'exactititude des découvertes faites par Wolff, Okeil et F. Meckel, sur la formation du canal intestinal. Nous avons déjà fait remarquer que ce conduit ne manque jamais dans les acéphales, et que, même dans les moins formés , il en existe toujours une portion. C'est une preuve en faveur de l'importance de ses fonctions et de sa prompte formation dans le fœtus. Le canal intestinal est un organe constant dans les monstruosités des animaux les plus composés, de même qu'il existe dans toutes les espèces depuis le polype.
On ne trouve, le plus communément, chez les acéphales que la portion inférieure du canal intestinal, portion qu'Oken aj^pelle Yintestin anal. Dans tous les fœtus monstrueux possédant un ventre, un bassin et des membres pelviens, cette portion intestinale existait. Sur ces mêmes monstres on n'a jamais rencontré d'estomac 'ni la portion supérieure du tube digestif qu'Oken nomme Yintestin stomacal.
Ce dernier organe et la partie supérieure du canal alimentaire existaient dans les acéphales qui possédaient une poitrine , tels que ceux dont Schellammer, Valisneri, Vogli, Katzky et Klein nous ont transmis l'histoire.
La formation du rectum se fait un peu avant celle de la portion supérieure; et, d'après cette loi de l'organisation, il est clair que la portion pelvienne des intestins doit toujours exister plus ou moins complètement développée , puisque le bassin ne manque dans aucun acéphale, tandis que la portion gastrique de l'intestin manque toujours chez les acéphalothorcs , et parait même exiger pour son existence une poitrine formée à un haut degré.
La disposition du canal intestinal observée par Aubery sur un fœtus monstrueux et nouveau-né confirme l'opinion de Wolff sur le mode de formation du canal alimentaire. Aubery trouva le canal intestinal divisé en deux portions qui venaient s'unir au pancréas; mais , sans offrir aucune ouverture de communication , le bout supérieur se rétrécissait insensiblement, et se terminait en cul-de-
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sac. La même observation a été faite par Sulsmann , Winslow, Clarke, Monro, Malacarne, sur trois sujets disséqués par Meckel, et dans ceux qui forment la première, la quatrième et la cinquième observation de Tiedemann.
Dans un monstre décrit par Malacarne, elle finissait par un renflement ou vessie. Dans le cas de Supperville, et dans la troisième observation de Tiedemann, le bout supérieur de l'intestin était oblitéré, et se terminait dans le cordon ombilical. La portion intestinale existante était composée par le gros intestin et par une petite portion de l'intestin grêle, comme dans les monstres de Lecat, Supperville, Monro;Tsenflamm,Busck, Atkinson, Meckel, et dans la première, troisième, quatrième et cinquième des observations de Tiedemann. Cependant, dans quelques cas, on ne trouve que le gros intestin. Tels sont les exemples rapportés par Cooper, Méry, Gouraigne et Sue. Dans quelques circonstances, on ne pouvrait apercevoir sur la portion intestinale aucune différence 'entre le gros intestin et la pnrtie grêle du canal digestif. C'est ce que démontrent les faits publiés par Buttner , Hévermann, Prochaska, Clarke, un de ceux de Malacarne et un de Meckel.
L'appendice vermiforme existe dans quelques cas, et il manque dans beaucoup d'autres. Mery, Supperville, Lecat, Monro, Isenflamm, Busch, Atkinson, Meckel, l'ont trouvé sur les fœtus qu'ils ont examinés, et Tiedemann l'a vu sur les embryons dont il donne l'histoire dans ses troisième , quatrième et cinquième observations; mais il manquait sur ceux de Buttner, Everhard, Hévermann, Cooper, Mecker, Malacarne, Procliaska, et dans celui qui fait le sujet de la première observation de Tiedemann. L'absence de cet appendice ne doit pas étonner ; car Fr. Mekel a reconnu qu'il n'apparaissait que vers la neuvième bu dixième semaine après la conception, et sous la forme d'un petit tubercule.
L'intestin de plusieurs fœtus acéphales a montré les appendices extraordinaires nommés fliecrticulcs. Sur le fœtus monstrueux examiné par Fr. Meckel, et dont la longueur était de six pouces et demi, le canal digestif avait: onze pouces de longueur, dont trois appartenaient à l'intestin gi-êle et huit et demi au gros intestin. Le premier était oblitéré par en haut et se terminait en se bifurquant. L'une de ces extrémités , plus grosse que l'autre, était manifestement le bout de l'intestin, tandis que la seconde doit être considérée comme un diverticule distinct de
ACÉ 1G7 l'appendice vermiforme qui existait au cœcum. M. Fr. Meckel considère.ces diverticules intestinaux comme dépendans du séjour trop prolongé de l'intestin hors de la cavité abdominale.
M. Tiedeinann paraît incliner en faveur de cette opinion, et il s'appuie sur ce que, dans les sujets de ses troisième et cinquième observations, la portion intestinale existante se trouvait, dans le cordon ombilical , sous la forme d'un diverticule allant en pointe- Suivant MM. Meckel et Tiedemann, les diverticules pourraient prendre leur source dans la liaison qui existe, dans l'origine > entre la vésicule ombilicale et le canal intestinal, et seraient les suites ou les restes de leur union. Les anatomistes que je viens de nommer regardent comme des organes plus qu'analogues la vésicule ombilicale de l'homme et des mammifères, la poche du vitellus des oiseaux et des amphibies, du moins du crocodile, et du lézard, et la poche des poissons. Ils sont en communication avec l'intestin grêle du fœtus, et ils reçoivent des rameaux de l'artère du mésentère. Il est probable que le fluide contenu dans ces poches, chez l'homme et les ' mammifères , pénètre, comme chez les oiseaux, dans le canal intestinal, où il sert à la nutrition du fœtus. Chez tous ces animaux, la poche disparait, tantôt plus tôt, tantôt plus tard, et laisse ces diverticules du canal intestinal , dont Tiedemann a reconnu l'existence dans les oiseaux aquatiques.
Le rectum a été trouvé oblitéré dans beaucoup d'acéphales; c'est ainsi qu'Everhard, Lecat, Monro , Lankisch et Prochaska l'ont observé. Sur le fœtus monstrueux de Monro , le rectum s'ouvrait dans la vessie urinaire ; et dans la première observation de M. Tiedemann , le vagin et le rectum avaient une terminaison commune dans une espèce de cloaque. Uatrcsic du rectum doit être considérée comme un état stationnaire d'une des premières périodes de la formation, car on n'aperçoit sur l'embryon, jusqu'à la sixième ou septième semaine , aucun orifice constituant l'anus , et cette ouverture se forme plus tard. Les cas d'imperforations de l'anus sont trop communs pour qu'il soit nécessaire d'en citer; mais je pense que ce vice de conformation dépend de la cause que je viens d'indiquer.
Quelquefois le rectum, au lieu d'être oblitéré, communique avec le vagin, ainsi qu'il est démontré par les observations de Daubanton, Rirsten , Bousquet, Alix. Ces communications du rectum avec la vessie ou le vagin n'ont rien d'étonnant, puisque
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nous savons que les trois organes forment dans l'origine une cavité commune, un véritable cloaque. /
Le canal intestinal est le plus communément retenu par un mésentère. Ce n'est que dans les observations de Gouraigne, de Supperville, dans la première de Prochaska , que cette duplicature du péritoine n'existait point. On a vu des vaisseaux et des glandes entre les deux lames du mésentère. Dans les observations de Méry, Katzky , Gouraigne , Hévermann, Winslow, Monro, Isenflamm , Malacarne, Prochaska et Tiedemann, Yépiploon manquait. Le foie n'a été observé que dans un très-petit nombre d'acépbales. Il n'existait pas chez tous ceux qui étaient privés de l'estomac et de la partie supérieure du canal intestinal; il n'a été vu que chez ceux où ces deux portions des voies digestives étaient conformées ;'ce qui porte à penser que le foie parait en même temps que la partie supérieure du canal intestinal. Le foie était extrêmement petit dans l'acéphale de Katzky, et la vésicule biliaire manquait dans le cas d'Everhard; la vésicule n'existait pas non plus. Atkinson parle d'un foie divisé en deux lobes renfermé dans une poche, mais sans vésicule biliaire. Fr. Meckel a vu le foie situé sur le nombril ; il était petit, plat, triangulaire et sans vésicule.
Il paraît aussi que le développement du foie a été arrêté chez les acéphales, et le fait d'Atkinson, où l'on a trouvé le foie disposé comme une glande conglomérée et formée de plusieurs .lobules, ainsi que cet organe existe dans les fœtus des premières périodes, vient étayer cette opinion. Cette disposition d'un grand, nombre de lobes appartient au fœtus de l'homme et des animaux. Fr. Meckel a vu le foie dans les embryons de onze semaines. Il est lobùlé comme celui de beaucoup de mollusques. Cette structure lobuleuse a été rencontrée par ce même anatomiste sur un enfant de sept mois, et elle existe quelquefois chez des adultes. Quant à l'absence de la vésicule biliaire , elle donne encore plus de force à l'opinion , que cette difformité appartient à une formation incomplète, parce que ce réservoir ne se développe que vers le quatrème mois de la grossesse.
L'observation de Schellliammer est la seule qui indique la présence de la rate dans l'encéphalie. Le développement de cet organe est très-tardif dans l'homme et dans les animaux. Nous en dirons autant pour le pancréas ; Klein est le seul qui ait vu le duodénum adhérer à une masse qu'il a regardée comme le pancréas.
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De la mucosité est tout ce qu'on trouve dans les voies digestives. Klein parle cependant d'une substance caillée. Jamais on n'a vu de méconium coloré; et le canal étant presque toujours oblitéré à ces deux extrémités^ ces liquides muqueux ne pouvaient pas provenir de la déglutition de l'eau de l'amnios; il faut les attribuer à une sécrétion produite par l'intestin.
Si nous examinons l'état des membres chez les acéphales, nous voyons que les supérieurs manquent bien plus fréquemment que les inférieurs. Ces membres- n'existaient pas , même à l'état rudimentaire, sur tous les acéphales sans thorax. Ensuite ou les voit à tous leurs degrés de formation, depuis un simple tubercule ÂKqu'à leur développement complet. Sur le monstre de Cooper on distinguait sur- les côtés du thorax un petit mamelon de la grosseur et de la forme d'un tuyau de plume. Lecat ne vit à droite que le rudiment d'un pouce, et à gauche que des traces fort imparfaites de l'omoplate et de la clavicule. Henkel ne put en distinguer sur son acéphale que l'ébauche d'une main composée seulement du pouce et d'un autre doigt. Sur le monstre décrit par Klein , le bras droit était difforme et situé à la partie inférieure du tronc. Il offrait une courbure dans l'articulation du coude , et se terminait en pointe obtuse , portant deux petits mamelons en forme de doigts. Sur la face antérieure du corps on voyait un petit mamelon qu'on regarda comme le rudiment du membre supérieur gauche. De chaque côté, l'omoplate très-difforme était unie au sternum par un rudiment de clavicule.
Le cinquième monstre de Tiedemann n'avait pas de bras droit, mais une éminence membraneuse de dix lignes de long. .Le membre gauche parut assez régulier, quoique la peau ne présentât que trois doigts. Le pouce manquait. Le deuxième et le troisième doigt s'étaient réunis et confondus, le quatrième manquait, mais le plus petit doigt existait. Dans les membres thoraciques de l'acéphale de Katzkyj on ne put distinguer aucun os. Ces parties ne paraissaient être formées que de muscles et de tendons. Schellhammer trouva sur son acéphale des membres pectoraux trèscourts. Le bras droit avait deux appendices digitiformes, et celui du côté gauche en portait trois. Sulsmann a décrit pour son acéphale des bras très-courts qu'il compare aux pâtes antérieures d'une taupe. Une main avait quatre doigts et l'autre trois.
L'on concevra le mode de production de ces difformités des membres pectoraux, si l'on étudie le développement du fœtus.
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Dans les premières périodes de l'embryon, chez tous les animaux le tronc existe avant les membres : c'est un fait constaté par Swammerdam pour les insectes , et par Cavollini pour les écrevisses. Chez les poissons, et d'après le même principe, le tronc et la tète se forment avant les nageoires; la même loi est établie pour les reptiles. Ainsi, ne savons-nous pas que dans les batraciens, et particulièrement dans les larves des grenouilles, il n'y a pas de membres tant qu'elles conservent la forme vermiculaire? Telles sont les observations de Swammerdam, de Rœsel et de Spallanzani.
Emmert et Hachstoetter n'ont aperçu aucun membre dans les premières périodes de l'embryon chez les lézards. Des observations semblables ont été faites sur les oiseaux par Corter, Vesling, Harvey, Malpighi, Schrader, Langley, Hallcr, Wolff, Vicq-d'Azvr, Pander, etc. Il en est de même pour l'embryon des mammifères , comme l'affirment Harvey pour le daim, R. Degraaf pour 1 lapin, Haller et Kuhlemann pour la brebis, etc. Enfin, dans 1 fœtus humain, il y a une période où le tronc existe, tandis qu les membres ne paraissent pas encore. C'est un fait qui ne laisse plus de doute depuis les travaux de Harvey, Ruisch, Wrisberg, Sœmmerring, Authenrieth, Fr. Mechel.
Les membres ne se montrent dans le fœtus humain que ver? la cinquième ou la sixième semaine après la conception. On voit alors sur les parties latérales et supérieures du thorax de petits mamelons. Vers la huitième semaine les mamelons s'étant alongés , on peut déjà reconnaître le bras et la main; mais celle-ci est sans doigt et n'est pas séparée de Tavant-bras. J'ai observé dans les larves de plusieurs batraciens et dans les cordyles de la salamandre aquatique, que dans les premiers temps de leur formation les membres n'étaient pas brisés, et les ai-ticulalions, n'existaient point, toutes les pièces se continuant de la partie supérieure jusqu'à l'extrémité qui doit être digitée,' mais qui ne l'est pas encore. A cette époque les parties solides sont encore à l'état cartilagineux : Harvey, Authenriclh, Sœmmerring et Fr. Meckel ont fait des observations analogues sur l'embryon humain ; ils disent que les parties solides sont tellement cachées sous la peau , qu'on ne peut pas connaître d'articulation. Peu a peu le bord antérieur de la main, qui est large et qui a la forme d'une pelle, devient cannelée et les doigts se dessinent sous la forme <le petits mamelons. Mais entre ces doigts il existe des raem-
ACÉ 171 branes comme dans les animaux palmipèdes. Il est très remarquable que tous les fœtus des mammifères, ainsi que ceux des lézards, ont les pâtes palmées: ce qui porte à penser que les animaux nageurs doivent occuper une place assez basse dans l'échelle animale.
L'examen attentif des fœtus acvphalomes , acéphhlobrachcs , acéphalèncs etacép/ialoc/iires , nous fait voir que ces vices de confôrmation dépendent d'une cause qui a arrêté le développement de ces organes à une des premières époques de leur formation.
Les acéphales ont très-souvent les membres pelviens et toute la partie inférieure du tronc mieux formés que les membres supérieurs. Le fœtus monstrueux de Valisneri est le seul qu'on ait vu sans extrémités inférieures. Celui de Sue n'en avait qu'une, et l'acéphale qui fait le sujet de la deuxième observation de M. Tiedèmann ne présentait que des moignons terminés en pointe, et l'on ne pouvait pas distinguer la cuisse de la jambe.
Les membres pelviens paraissent offrir plus de variétés dans leurs difformités que les membres thoraciques, sous le rapport de leur longueur, de leur grosseur, du nombre des pièces, de leur direction , etc. ; et toutes ces déviations des parties inférieures expriment pour la plupart un état stationnaire survenu à un degré inférieur de la formation du fœtus. Cette opinion , qui est celle de plusieurs anatomistes allemands , et particulièrement de M. Tiëdemann, trouve des preuves dans le mode de développement des extrémités inférieures du fœtus aux premières époques.
Dans le principe , le fœtus n'a pas de membres abdominaux, et ils ne se montrent, suivant les observations de Sœmmerring et Fr. Meckel, que vers la cinquième semaine. Ces membres paraissent même un peu plus tard que les membres thoraciques.
Au commencement de la sixième semaine on trouve des mamelons sur les côtés de l'extrémité inférieure du tronc. Les cuisses se distinguent vers la septième semaine ; elles sont courtes et dirigées sur le bassin. Bientôt après se montrent les jambes et les pieds. Le bord antérieur des pieds n'est pas entaillé pour former les orteils. A cette époque les pieds sont très-étendus, et leur face inférieure est dirigée en dedans et le dos des pieds.cn dehors; d'où il résulte que le bord interne est externe, et vice versd.
Lorsqu'on compare ce mode de développement avec la disposition des membres pelviens des acéphales, on trouvé une similitude vraiment surprenante. Les extrémités inférieures des acé-
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phales ne paraissent que vers les septième, huitième ou neuvième semaines. Ce vice de conformation ne s'observe pas seulement chez les acéphales, il existe avec d'autres monstruosités.
Le système vasculaire a présenté dans les acéphales diverses déviations de l'état normal. Le cœur n'existait que dans le fœtus décrit par Vallisneri et dans celui de Katsky ; il manquait chez tous les autres. Dans le second fœtus monstrueux de Proebaska, on apercevait dans le médiastin un appendice mollasse duquel sortait un vaisseau qui se dirigeait d'abord en haut, puis descendait, mais qu'on ne put poursuivre bien loin, parce qu'il fut impossible de l'injecter. Vallisneri ne dit pas si le cœur de son acéphale avait une structure normale; mais Katzky dit que le cœur du sien était musculeux, et qu'il avait deux oreillettes placées l'une sur l'autre. L'aorte et la veine eave existaient. Dans le monstre de Poujol, la veine ombilicale s'ouvrait dans la veine cave, un peu au-dessous des reins, et la veine cave montait le long de la colonne vertébrale jusqu'à la poitrine, où elle se divisait en deux grandes branches qui pénétraient des deux côtés dans la masse de chair ronde, et se divisait ensuite en un grand nombre de petits rameaux. Poujol assure n'avoir vu aucune trace d'aorte, et il est porté à croire que cet acéphale se nourrissait à la manière des plantes, puisqu'il n'y avait pas d'artères et pas même d'artères ombilicales. Mery n'a trouvé aucun indice de cœur; mais seulement deux canaux sur le côté du corps des vertèbres, l'un situé à droite, paraissait être l'aorte, et l'autre, placé à gauche, représentait la veine cave. La veine ombilicale fournissait des rameaux aux intestins. Gouraigne découvrit dans le cordon ombilical la veine et les deux artères. La veine, après avoir pénétré à un demi-pouce dans la cavité abdominale, et après avoir fourni quelques petits vaisseaux , se partageait en deux branches principales, dont l'une allait à droite et l'autre à gauche. Dans la région lombaire elles se subdivisaient en plusieurs branches , dont quelques-unes se rendaient dans la partie supérieure du corps, et les autres dans la partie. moyenne j dans le bassin ou vers la vessie : ces dernières donnaient des rameaux dans la cavité pelvienne, dont trois sortaient de l'abdomen, placés à la partie antérieure de la cuisse, et ne se laissaient pas poursuivre au-delà du genou. D'autres rameaux, plus gros, niais postérieurs, accompagnaient le nerf sciatique et s'étendaient dans les muscles de la cuisse, de la jambe et du pied. Les artères
ombilicales se distribuaient à peu près comme la veine ombilicale, et en accompagnaient les branches et les rameaux. La circulation n'était donc faite dans cet acéphale privé du cœur, de l'artère aorte et de la veine cave , que par les vaisseaux ombilicaux.
Dans le fœtus acéphale de Cooper une grande artère descendait lé long de la colonne vertébrale; elle était analogue à l'aorte, fournissait beaucoup de rameaux; elle donnait surtout les deux artères ombilicales ainsi que celles des membres pelviens.
La veine ombilicale se partageait à son entrée dans le ventre en deux grandes branches , dont l'une montait et l'autre descendait. Clarke découvrit dans le cordon ombilical de son fœtus acéphale une seule artère et une seule veine. Ces vaisseaux se dirigeaient vers l'os coxal, et donnaient des rameaux aux parties voisines et principalement à la portion intestinale existante. Le cordon ombilical de l'enfant bien confoi'mé fut injecté avec une matière rouge, et l'injection parvint facilement dans les deux placentas; ce qui démontre qu'il y avait communication entre le système circulatoire du fœtus bien conformé et celui de l'acéphale. Dans deux acéphales décrits par Fr. Meckel , il n'y avait aucune trace de cœur. Dans l'un d'eux , la, veiné ombilicale trèslarge se ramifiait dans les reins , dans le canal intestinal et dans les membres pelviens. Il n'y avait aucune trace de l'existence de la veine porte. Le quatrième monstre acéphale, observé par M. Tiedemann, n'avait pour tout système vasculaire qu'une artère et qu'une veine ombilicales qui se ramifiaient dans la cavité abdominale et dans les divers organes.
Le système vasculaire des acéphales, et surtout la privation du cœur, démontrent, contre le sentiment de Haller, que les vaisseaux peuvent se former sans la préexistence de l'organe central de la circulation ; que le cours du sang peut s'opérer sans cœur et parla seule action des artères et des veines , et que la circulation du sang.est indépendante de l'action du cœur, et peut s'exécuter sans cet organe. D'ailleurs n'est -il pas suffisamment reconnu que la circulation peuts'opérer dans beaucoup d'animaux privés ducœur ? Tels sontles annélidesâ les sangsues, les néréides, les aphi'odites, plusieurs radiaires, les holothuries, etc.
L'acéphale de Brera' manquait aussi du cœur , et l'absence de cet organe, dont nous pourrions citer un bien plus grand nombre d'observations , me fait dire , avec Tiedemann et Brera , que la i. 18
théorie de l'évolution, défendue avec tant de chaleur par Bonnet et Haller, se trouve complètement renversée, et que conséquemment on ne peut plus admettre les propositions par lesquelles Haller prétendait que toute l'évolution du fœtus dépendait des pulsations du cœur. Selon ce grand physiologiste , avant l'évolution, le cœur recevait les sucs nourriciers dans toutes les parties du germe. Il effectue la séparation de l'œuf de l'ovaire et le porte dans les trompes utérines. Dans l'évolution, suivant Haller, la partie la plus subtile du sperme , Y aura seminalis , vient exciter le cœur du germe et le faire mouvoir. D'après cette théorie, le cœur se formerait entièrement avant toutes les autres parties de l'embryon , et aucun organe ne vivrait avant lui : Cor in ruclinif/itis ex primis perjïcitur , ante cor) pars nulla vivit (Opéra min. , t. u, p. i55). La vie ne commencerait que lorsque le cœur viendrait à battre , et tous les vaisseaux seraient produits et développés par les pulsations du cœur. L'épigénèse serait conséquemment impossible, l'animal ne pouvant jamais être sans cœur, puisque cet organe est le fondement de la vie et la cause de tous lesmouvemens organiques. Suivant Haller, le cœur doit toujours exister et avec lui tous les vaisseaux, parce qu'il se fait par eux une circulation de sucs nourriciers. S'il est un temps où le cœur ne paraisse pas exister, c'est une erreur d'optique qui tient à la transparence de cet organe, mais son existence est réelle. Cependant Haller cite quelques exemples d'embryons dépourvus de cœur, et il explique cette défectuosité en disant que cette absence du cœur a été primitive, et qu'alors ils ont reçu du sang par les vaisseaux de l'utérus. Haller parait ici avoir lui-même oublié sa théorie de l'évolution ; car ces fœtus, comment ont-ils pu, d'après cette théorie, être produits et formés sans cœur? ou comment pouvaient- ils effectuer leur évolution, puisque d'après les idées de Haller, le cœur est. un organe indispensable pour la formation et l'évolution du fœtus. D'après cette explication , les embryons ont dû pénétrer dans l'utérus avant de pouvoir s'unir au système vasculairc de. cet organe, ce qui, selon la théorie de l'évolution admise par Haller, n'a pu s'effectuer.
Il serait maintenant très-important de connaître comment ou dans quelle direction la circulation s'opère chez les acéphales ; les opinions varient sur .ce point. Méry et Lecat ont admis que la circulation des acéphales était produite par l'action du cœur de la mère-, l'absence du cœur, chez ces fœtus monstrueux, pa-
r.ùt, suivant Méry, confirmer son sentiment par la communication vosculaire entre le fœtus et la mère. Il faudrait, pour corroborer cette opinion, pouvoir démontrer une communication directe ou l'anastomose entre les vaisseaux du placenta et ceux de l'utérus, et c'est ce qui n'a pas encore été fait. Beaucoup d'essais etvde recherches ont eu lieu; mais jusqu'ici nous ne possédons aucune pièce qui fasse voir ces anastomoses. J'ai moimême plusieurs fois cherché à découvrir ces communications, soit en injectant par les veines, soit en injectant par les artères de l'utérus ou du placenta, et toujours inutilement. Cette opinion a contre elle la simple inspection des vaisseaux dans les fœtus des animaux ovipares , et qui n'ont aucune communication avec la mère : tels sont les fœtus des oiseaux, des chéloniens , des sauriens, de beaucoup d'ophidiens, des batraciens, des poissons, et qui pourtant ont une circulation sanguine. Ne sait-on pas d'ailleurs que les pulsations dans le cordon ombilical ne correspondent pas avec le pouls de la mère. Poujol, qui assure n'avoir trouvé que des veines sans aucune artère , et seulement une veine ombilicale sans artère dans le cordon, croit qu'il n'existait pas de véritable circulation dans son acéphale , mais que les sucs nourriciers avaient été amenés au fœtus par la veine ombilicale, et que ce fœtus s'était nourri à la manière des plantes. Si les observations de Poujol sont exactes , il n'y a rien à opposer contre ce mode de nutrition. Alors cette fonction s'exécute comme chez les méduses et les rhisostomes , chez lesquels tous les vaisseaux qui conduisent les sucs nourriciers sortent de l'estomac sans y l'entrer , et le suc nourricier est employé à la nutrition et aux diverses sécrétions des organes. La source de la nutrition est alors, dans cette espèce d'acéphale dans le placenta, où les radicules les plus déliées de la veine ombilicale puisent le sang que ce vaisseau va, d'autre part, distribuer dans toutes les parties du corps du fœtus monstrueux. Winslow , qui prétend n'avoir trouvé que des artères sans veines , et encore ne contenaient-elles point de sang, à proprement parler, mais un fluide lymphatique , explique la circulation de la manière suivante : au défaut du cœur, le cours des liqueurs nutritives doit être très -lent, et leur progression doit dépendre de l'élasticité des vaisseaux. Le sang parvient dans l'aorte par la veine ombilicale, et de là il parcourt les branchejs et les ra- * meaux jusqu'aux vaisseaux capillaires; là, cette humeur lym-
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pratique est versée, à défaut de veines, dans la trame celluleuse des organes dont elle distend et gonfle le tissu cellulaire; peut-être aussi une partie du fluide sort-elle par les pores de la peau.
Comme on a découvert et reconnu la présence des artères et des veines dans un très-grand nombre des acéphales disséqués par les observateurs que nous avons très-fréquemment cités , il n'y a pas de doute que ces vaisseaux n'aient été en communications dans les rameaux les plus fins et dans le système des vaisseaux capillaires , d'où résulte une véritable circulation. Les artères et la veine ombilicales communiquent fréquemment errjxe elles dans le système capillaire du placenta , et les veines et les artères capillaires ont de nombreuses anastomoses dans le corps du foetus. H reste un problème à résoudre : le sang' a-t-il été porté aux acéphales par la veine ou par les artères ombilicales? Monro admet que le sang, venant du placenta, entre dans le corps du fœtus par la veine ombilicale , et que les rameaux de celte veine remplacent les artères , puisqu'ils distribuent le sang dans toutes les parties du fœtus; enfin que les veines capillaires communiquent avec les rameaux artériels , et que le sang revient au placenta parles artères ombilicales. D'après celte explication, la veine ombilicale aurait fait dans le placenta les fonctions d'une veine, et dans le corps du fœtus les fonctions d'une artère, puisqu'elle se divisait en rameaux et distribuait le sang dans tous les points de l'économie. Les artères auraient rempli dans le corps les fonctions des veines, *et dans le cordon elles auraient conduit le sang à la manière des artères. L'existence des valvules dans les veines devant s'opposer au passage du sang circulant des troncs dans les branches et les rameaux ,, est une objection très-forte contre l'opinion de Monro , et suffit pour la rendre inadmissible.
M. Tiedemann explique la circulation sanguine dans les acéphales d'une manière différente de celle de Monro ; il prétend que le sang, après avoir été oxyde dans le placenta, est conduit au fœtus par les artères ombilicales, et parvient dans l'aorte par les artères pelviennes , qui, chez les acéphales, sont les vaisseaux les plus gros. De l'aorte, le sang est dislribué dans les branches et les rameaux. Les vaisseaux capillaires des artères, communiquant avec ceux des veines, celles-ci ont pour tronc principal la veine cave inférieure ou une veine du bassin, et de là il est versé clans
ACrL 177 la veine ombilicale qui le ramène au placenta, où les radicules capillaires des artères et de la veine ont de nombreuses anastomoses.
Les artères ombilicales se comportent donc, jusqu'à leur embouchure dans un tronc vasculaire, à l'égard du placenta, comme des vaisseaux veineux, et la veine ombilicale fait pour le placenta les fonctions d'une artère ou vaisseau amenant du sang que des rameaux distribuent dans le placenta , comme le font ordinairement les artères dans le parenchyme des organes. D'après ce mode de distribution, les artères ombilicales, étant des vaisseaux veineux à l'égard du placenta, communiquent avec les troncs artériels du corps qui se distribuent comme le font les artères. Le tronc des veines du corps du fœtus acéphale se termine, en se recourbant, dans la veine ombilicale, et celle-ci devient artère et se ramifie dans le placenta à la manière des artères. Le passage du tronc des veines dans la veine ombilicale représente en quelque sorte le cœur droit, le cœur artériel des poumons, parce que c'était de lui que partait le sang pour aller au placenta , qui devient alors un véritable organe de la respiration.
Cette explication simple et ingénieuse donnée par M. Tiède mann peut être d'autant plus facilement admise que l'anatomie comparée nous fournit de nombreux exemples d'un pareil mode circulatoire. Il est assez fréquent devoir chez les animaux le tronc d'une veine s'anastomoser avec un tronc artériel qui continue à se diviser en rameaux à la manière des artères. On voit de même des ramifications veineuses se réunir dans un tronc commun. Chez les mollusques gastéropodes, par exemple, chez les doris, chez les tritons, les aplisi.es," les escargots, les limaces, etc., toutes les veines du corps se réunissent en deux veines caves, qui vont à l'organe de la respiration.
Dans les poissons qui n'ont que la poche des veines caves et l'oreillette droite du cœur, l'artère qui sort de l'oreillette du cœur et qui soutient le sang veineux, se partage en plusieurs branches qui vont se distribuer dans les feuillets des ouïes en réseaux vasculaires .très-fins. Le sang oxygéné qui se trouve dans ces réseaux est ramené des rameaux aux branches qui forment enfin le corps principal de l'aorte , dont les divisions et subdiv isions se répandent dans tous les organes.
Les veines des ouïes passent évidemment dans l'aorte sans • u'une oreillette du cœur, ni aucune poche ou cavité veineuse.
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vienne se placer entre les troncs vasculaires. Une semblable transition d'un tronc veineux dans un tronc artériel a lieu dans le foie de l'homme, des mammifères et des oiseaux. Les rameaux veineux de l'estomac, du canal intestinal, de la rate et du pancréas, se rendent à un tronc (la veine porte), qui va' se ramifier dans le foie à. la manière des artères, et y remplit les fonctions de ces vaisseaux, puisqu'elle sert à la sécrétion d'un liquide. Chez quelques oiseaux, et particulièrement dans l'autruche, il y a, selon Perrault, une grande et une petite veine cave. Dans la tortue scorpioïde se trouvent, d'après les observations de Munich, plusieurs branches auxquelles aboutissent les veines pour se ramifier dans le foie comme plusieurs veines portes. C'est à peu près de même dans les poissons, d'après les recherches de Hoelein.
Tous ces faits démontrent suffisamment qu'un tronc veineux peut passer dans un tronc artériel sans qu'il se forme de cœur au confluent. L'anatomie du fœtus dépose encore en faveur de cette opinion. Dans l'embryon des oiseaux, il se forme d'abord des veines ; d'après les recherches de Harvey , de Wolff et de Pander, les premières veines et les premières traces de sang rouge se découvrent le deuxième jour de l'incubation, sur le bord de l'enveloppe du jaune. Au commencement il n'y a que deux points qui peu à peu confluent, quoique disposés en sillons ou gouttières, qui se forment ensuite en véritables veines , se réunissent en un tronc principal, qui est la veine ombilicale. Vers la fin du deuxième jour, ou le commencement du troisième, paraît le cœur; selon Haller ; il ressemble à un canal long , un peu flexueux, et se continue avec la veine ombilicale. Ce canal en se gonflant devient l'oreillette antérieure ou le bulbe de l'aorte , duquel sortent les branches et les rameaux artériels. Il résulte de là que le tronc veineux, qui se recourbe en quelque sorte pour former un tronc artériel, est disposé comme nous l'avons vu dans les acéphales.
De toutes ces considérations, on doit conclure que la formation du système vasculaire chez les acéphales a été arrêtée dans son développement, cl que la circulation a été produite seulement par dés vaisseaux, d'après le mode indiqué par M. Tiedemann.
Les poumons, qui se forment très-tard dans le fœtus , manquent dans les acéphales, et nous ne citerons contre cette loi générale que les faits rapportés par Vallisncri, SuUmann, Isenflamm et
A CE 279 Prochaska; encore n'est-il pas tien certain que la masse que ces anatouiistes ont indiquée pour être le poumon fût véritablement cet organe. Sulsmann vit à la place du poumon une substance transparente vésiculaire , contenant un peu de fluide limpide. Cette masse adhérait aux côtes.
La plupart des observateurs signalent l'absence du thymus chez les acéphales. Malacarne dit en avoir trouvé dans la cavité du thorax, et Fr. Mcckcl rapporte que cette même cavité splanchnique était remplie d'une masse cellulaire.
L'absence du -diaphragme est bien plus commune encore, car il n'y a que Schelihammer , Isenflamm et Sulsmann qui l'aient trouvé. Dans le fœtus d' Isenflamm , ce septum n'offrait aucune trace du passage de l'aorte ou de la veine cave inférieure.
Après cette nombreuse énumération d'organes manquant aux acéphales, il est curieux de dire qu'il est un appareil dont les fonctions paraissent moins importantes que celles du cœur, du foie, et qui cependant existe le plus souvent chez les acéphales. A la vérité il présente très - fréquemment une déviation de l'état normal. C'est l'appareil urinairc. Everhard, Lecat, Hévermann, Butiner, Clarke, Prochaska et M. Moreau de la Sarthe sont les seuls qui parlent de l'absence des reins. Assez souvent on a trouvé la réunion des deux reins, et M. Tiedemann pense que cette disposition indique que l'organe s'était arrêté à l'une de ses premières périodes de formation, puisque l'on sait que Wolff a vu sur le poulet dans l'œuf, les deux reins confondus en une masse qui devenait insensiblement plus mince vers le milieu, et finissait par se séparer en deux parties. Chez les acéphales de Lankisch et de Monro, les uretères n'atteignaient pas ta vessie. Ce dernier organe manquait dans les acéphales décrits par Everhard, Clarke et Prochaska, et ces fœtus monstrueux n'avaient pas non plus de reins.
Les observations de Lecat, Hévermann, Butiner, etc. indiquent la présence de la vessie et l'absence des reins. Enfin celte poche membraneuse n'a pas été aperçue'dans les fœtus acéphales pourvus de glandes rénales. La vessie a offert communément la forme d'un simple canal, petit, longitudinal,- étroit, se dirigeant vers l'ouruque et qu'on pouvait poursuivre jusqu'au nombril, ou même jusque dans le eprdon ombilical. Tout ce que nous rapportons ici est déduit des faits publiés par Buttner, Gouraigne , A Vin slow, Lecat, Cooper, Klein ; Malacarne, Busch, MM. Meckel
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et Ticdemann (observations première, troisième et quatrième). Ces faits divers tendent à montrer qu'il en est de la vessie urinaire des acéphales comme de la plupart de leurs autres organes; ces conformations vicieuses ou l'absence de ces organes doivent être" regardées comme dépendant d'une formation qui est restée sans faire de. progrès après avoir parcouru ses premières périodes. Nous savons que chez les embryons des premiers temps, la vessie a la forme d'un canal, et qu'elle ressemble à une dilatation de l'ouraque qui, dans l'origine, doit communiquer avec l'allantoïde. C'est ainsi que la vit Waltcr dans un embryon de vingt-deux jours. Meckel la trouva disposée de même sur un fœtus long d'un pouce et présumé avoir deux mois. Dans un autre fœtus, long de quinze lignes, la vessie urinaire était presque entièrement contenue dans le cordon. Sur le fœtus de Monro, et sur un autre de F. Meckel, elle commnniquait avec le Rectum.
Les capsules sus-rénales n'ont point été rencontrées dans la plupart des acéphales. Poujol, Méry, Cooper, Isenflamm, les ont vues, ainsi que Malacarne et F. Meckel , une seule fois. Elles consistaient en un petit kyste. Les acéphales confirment en général la loi établie par Hewson, que les capsules sus- rénales manquent bien souvent chez les anencéphales , ou qu'elles sont d'une petitesse extrême.
Les organes de la génération sont indiqués dans la plupart des acéphales; cependant les monstres que Clarke, MM. Moreau de la Sarthe et Meckel nous ont fait connaître, n'avaient pas de parties génitales assez formées pour qu'on pût déterminer le sexe. Prochaska a décrit un acéphale dépourvu d'organes sexuels ainsi que d'anus. Dans le fœtus de Clarke on voyait un petit appendice à la partie inférieure de l'abdomen , percé d'une ouverture étroite conduisant dans un cul-de-sac. Dans le fœtus occphalothorc dont parle M. Meckel, on distinguait à la place des organes de la génération une éminence d'un demi-pouce, suspendue à un pédicule, et une cavité sans issue, profonde de quelques lignes. Cet appendice, de nature spongieuse, paraissait être le prépuce prolongé du clitoris ou du pénis. On ne trouva aucune trace d'existence des organes internes de la génération.
D'après tous les acéphales dont on a pu déterminer le sexe, on peut admettre la proposition établie par Morgagni, que la plupart des monstres sans tête sont du sexe féminin. Des dix acéphales décrits par Sœmmerring, il y en avait huit du sexe fé-
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minin; des quatre monstres sans cerveau dont Olto nous a conservé l'histoire, trois appartenaient au sexe féminin; et le même Otto rapporte en outre que de dix-neuf monstres sans cerveau, conservés dans le cabinet anatomique de Berlin, et dont le sexe est distinct, il n'y en a que sept chez lesquels on trouve les organes qui constituent le mâle. Tiedemann assure que des quarante-six monstres qui sont dans le muséum de Berlin, quinze seulement sont du sexe masculin; et dans un autre muséum, sur cinq monstres acéphales, quatre appartiennent au sexe féminin.
C'est un fait connu depuis bien long-temps et que Sœmmerring a confirmé par de nouvelles, observations , que dans la plupart, des avortemens, lors des premières périodes, les embryons sont du sexe féminin. Les embryons décrits et représentés par Ruisch étaient de ce même sexe; des quinze embryons des premiers mois de la gestation dont Autenricth nous a fourni l'histoire, neuf appartiennent au sexe féminin.
La cause de ce phénomène tient-elle à ce que tous les embryons de l'espèce humaine, examinés dans les premiers mois, n'ont que des parties génitales féminines? Quelle que paradoxale que puisse paraître cette opinion , on peut l'appuyer sur une infinité de faits tirés de l'anntomie du foetus, de celle des monstres et enfin de l'anatomie comparée. M. Tiedemann croit cette proposition admissible, Ackermann et Autenrieth s'accordent pour dire que les embryons, dans leur premier temps, ont des organes générateurs ni masculins ni féminins, et qu'ils se trouvent en quelque sorte dans un état intermédiaire. M. Tiedemann soutient que les parties génitales appartiennent au sexe féminin lorsqu'elles apparaissent, et que plus tard elles passent, par leur développement, à l'état où. elles sont , pour caractériser l'autre sexe. Il cherche à donner à son opinion la force d'tane démonstration en décrivant une série d'embryons depuis la cinquième semaine de la grossesse jusqu'à la vingtième. D'après ces faits, il paraît s'ensuivre que depuis sa formation jusqu'à la cinquième semaine, l'embryon n'a point de parties génitales extérieures, et que même, loi'squ'il commence à les avoir, il est encore dépourvu d'orifice à l'intestin rectum , d'ouverture pour la bouche et les oreilles. Vers la fin de la cinquième semaine, ou au commencement de la sixième, il se forme une ouverture commune pour l'anus et les par Lies génitales , et il s'élève une petite tumeur au - devant de cet orifice. Vers la septième ou la huitième semaine, cette tumeur
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prend la forme du clitoris sur la face inférieure duquel existe un sillon venant de l'anus. A la neuvième semaine, le clitoris est mieux formé, il est pourvu d'un gland auquel se termine l'ouverture des parties génitales; les grosses lèvres commencent à se • dessiner, et vers la dixième ou onzième semaine l'anus se sépare
de la vulve par la naissance d'une bride transversale. Alors les grosses lèvres sont beaucoup plus développées, elles recouvrent le clitoris comme le font les nymphes. Pendant la quatorzième semaine la fente des parties génitales, représentant une vulve, se transforme en une ligne saillante qui forme le raphé, et les grosses lèvres par leur réunion produisent le scrotum dans lequel le testicule ne se trouve pas encore renfermé. A cette époque on aperçoit une fente à la face inférieure du clitoris , laquelle s'étend jusqu'au gland. De la quinzième semaine à la fin de la seizième, le raphé, dans les embryons mâles, ne réunit pas seulement les grosses lèvres, mais les bords gonflés de la fente qui est à la face inférieure du clitoris jusqu'au gland se rapproçhent et adhèrent entre elles pour se confondre ensuite, et c'est ainsi que les petites lèvres ou nymphes forment l'urètre; c'est pourquoi l'on voit le raphé arriver jusqu'au bout du clitoris transformé en pénis. A cette époque ce pénis perforé est pourvu d'un prépuce, et vers le huitième mois, tous ces organes se développant et se perfectionnant de plus en plus, les testicules parviennent dans le scrotum.
Pour le sexe féminin, les parties génitales restent à une de leui's premières périodes, et leurs changemens portent bien plus sur leur masse que sur leur forme. Si toutes ces observations sont bien exactes, il s'ensuit que les parties génitales paraissent primitivement appartenir toutes au sexe féminin , et que l'accroissement les change ensuite en organes mâles. On pourrait peut-être dire, si l'on ne craignait pas de paraître paradoxal, que les organes génitaux de la femelle sont les mêmes que ceux du mâle, qui ne sront pas parvenus au même degré de développement. Sous beaucoup d'autres rapports les sexes sont confondus, et les organes ne se perfectionnent, soit dans leur organisation , soit dans leurs actions, qu'à mesure qu'ils approchent du moment où ils doivent servir à multiplier l'espèce. Les androgynes, les épispades, les hypospades, les hermaphrodites et les aphrodites sont des monstres dépendans d'un arrêt ou d'un état stationnaire dans leur formation. Cet état des organes de la génération dans les acéphales est,un phénomène semblable à l'acéphalie elle-même.
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Il est très-problable que les parties intérieures île la génération appartiennent toures au sexe féminin, dans le principe de leur formation. En effet, dans ces premières périodes de l'embryon, les testicules ressemblent tellement aux ovaires, qu'on peut à peine distinguer ces organes les uns des autres. Les testicules, comme les ovaires, sont renfermés dans l'abdomen et dans une direction presque perpendiculaire. Les testicules sont, comme les ovaires, attachés à une duplicature du péritoine, ainsi que l'a démontré M. le professeur Lobstein ; et ce repli membraneux ressemble aux liçamens larges de l'utérus. Par ce lien les testicules tiennent à la prostate , comme les ovaires à la matrice. Le gubefnacuhun de Hunter ressemble au cordon sus- pubien, et, comme lui, sort du ventre par l'anneau inguinal. Les canaux déférens sont semblables aux trompes, et celles-ci paraissent même être liées primitivement à l'ovaire, comme le sont les canaux déférens au testicule. Cette analogie des canaux déférens avec les trompes utérines se trouve encore dans les embryons , jusqu'au troisième ou quatrième mois; l'utérus est bicorne, comme celui de la plupart des mammifères. Cette observation, déjà faite par Harvey, l'a été de nouveau par M. F. Meckel. Les deux cornes de l'utérus se réunissent , dans les embryons de la huitième ou neuvième semaine, vers le fond du vagin, sans former de renflement semblable à l'utérus. C'est ainsi que se terminent dans l'urètre les canaux déférens. Les cornes et les trompes de l'utérus ressemblant donc aux canaux déférens, et l'urètre, dans le mâle, peut être comparé au vagin.
L'anatomie comparée nous donne aussi des moyens de défense pour cette proposition, que les embryons, dans les premières p riodes de leur formation, sont des femelles.
Dans les animaux des classes inférieures, chez lesquels on aperçoit les premiers organes de la génération , ceux-ci sont toujours féminins. Dans les étoiles et les hérissons de mer, on trouve des ovaires et l'on ne rencontre pas d'organes pouvant constituer le mâle. Les mollusques acéphales n'ont que des organes génitaux féminins, lesquels sont des ovaires.
Le cerveau, avec tous ses nerfs, manque sur les acéphales. Clarke n'a rencontré ni cordon rachidien, ni nerfs naissant, de ce cordon, dans un fœtus monstrueux privé de colonne vertébrale. Poujoln'a vu, dans le canal rachidien, qu'une très-petite portion cylindrique de substance médullaire. Vogli dit que son fœtus acéphale
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avait un prolongement rachidien renferme dans des membranes, et produisant des nerfs comme d'ordinaire. Dans le fœtus observé par Winslow, il sortait des nerfs par les trous de conjugaisons des vertèbres dans les lombes et le sacrum, mais ils se. perdaient à une petite distance dans un tissu cellulaire œdémateux. La moelle épinière de l'acéphale disséqué par Monro avait la forme d'un cone qui se terminait en queue de cheval. Ce cordon produisait dix-sept paires de nerfs d'un volume presque égal à celui qu'ils ont dans un fœtus à terme. Le fœtus accphalothore disséqué par Sue possédait un cordon médullaire contenu dans le canal des vertèbres des lombes et du sacrum; et dans le fœtus d'Isenflamm, la moelle épinière existait, ainsi que les nerfs cruraux et sciatiques. E. Meckel trouva les nerfs d'un acéphale dans l'état normal . dans les membres abdominaux et sur un membre thoraciqne, tandis que sur l'autre, qui était difforme, il ne vit point de nerfs. II n'aperçut pas de nerfs dans la poitrine, dont la cavité était remplie de tissu cellulaire. Le nerf trisplanchnique n'avait point de portion thoracique , mais la portion abdominale existait sur les côtés durachis. On apercevait aussi des nerfs dans le mésentère. Sur un autre fœtus monstrueux, il put découvrir seulement les nerfs cruraux, sciatiques et sous-pubiens. Dans le monstre dont parle Hévermann , la moelle épinière renfermée dans le canal des vertèbres commençait par une éminence à l'extrémité supérieure du tronc. Ce renflement est regardé par Hévermann comme un rudiment de la tète. Cette moelle de l'épine fournissait- plusieurs nerfs. Dans l'un des monstres de Prochaska , le prolongement rachidien existait, ainsi que sa partie lombaire et ses nerfs. L'extrémité supérieure de ce cordon se partageait en deux branches. Dans le premier des acéphales examinés par M. Tiedemann. le système nerveux consistait dans la portion inférieure du cordon rachidien et dans les nerfs qui en sortaient. Le nerf trisplanchnique existait dans sa portion inférieure, et formait des plexus sur les vaisseaux des reins; il y avait aussi dans le bassin une espèce de plexus hypogastrique; ce qui porte à croire que le système vasculaire est lié à un système nerveux particulier, et dont l'existence tient à celle des vaisseaux. Dans cet acéphale de M. Tiedemann, la portion inférieure du système nerveux ganglionnaire était, comme à l'ordinaire, en communication par des rameaux nerveux avec les nerfs lombaires et sacrés. Dans le fœtus acéphale qui fait le sujet de la quatrième observation de M. Tiedemann, l'extré-
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mité supérieure de la moelle épinière formait une ampoule conique, contenant un liquide blanchâtre semblable à de la substance médullaire diffluente. Dans la troisième et la quatrième observation du même auteur, la portion gastrique du nerf grand sympathique existait, et ses rameaux suivaient les branches du vaisseau.
D'après ces différens faits, on peut voir que le système nerveux cérébral des acéphales ne consiste que dans le cordon rachidien et ses nerfs, et que ces parties ne se développent qu'autant que la colonne rachidienne existe; ce qui démontre que la moelle épinière, ainsi que ses nerfs, peuvent se former indépendamment de l'encéphale, et que leur formation est distincte de celle du cerveau. Cette disposition des nerfs dans les acéphales parle en faveur de l'opinion du docteur Gall, qui croit que le cordon rachidien n'est pas une continuation du cerveau, que le cerveau serait plutôt une production de la moelle épinière. L'on n'a jamais observé de monstres qui eussent un encéphale et point de moelle épinière.
Il ne faut pas appliquer aux acéphales ce qu'on a dit des anencéphales , et ce qui a été soutenu, à diverses époques, par des hommes d'un très-grand mérite, tels que Morgagni, Haller, Sandifort et Ackermann, que le cerveau a été dissous et détruit par une hydropisie crânienne ou hydrocéphale, que l'eau a déchiré les tégumens du crâne et a filtré au dehors dans les eaux de l'amnios.
Lorsque les acéphales sont totalement dépourvus de la tête, du cou, du dos, de la poitrine et de presque toute la moelle épinière, il est impossible que les parties aient pu être détruites par une hydropisie, qui d'ailleurs laisserait après elle les membranes de l'encéphale ou du cordon rachidien, et l'on n'en a jamais trouvé.
Dans presque tous les cas, le rachis était oblitéré à sa partie supérieure et enveloppé par des tégumens qui ne laissaient voir ni ouverture ni cicatrice d'ouverture par laquelle aurait pu s'écouler la substance encéphalique ou rachidienne.
L'état de la moelle épinière et du système nerveux des acéphales parait tenir, comme tous les- autres organes dans le même vice de conformation, à un état stationnaire dans l'organisation du fœtus. Nous citerons ù l'appui de cette opinion quelques faits empruntés à l'histoire de la formation du cerveau dans lés embryons : Harvey, Malpighi, Haller, etc., parlent de vésicules
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cérébrales naissant seulement après la formation du cœur, du bulbe de l'aorte et de celle des vaisseaux de la tête. Ces vésicules , dans les gallinacées, commencent à paraître vers la cinquanteneuvième ou soixantième heure de l'incubation; elles sont transparentes et contiennent un fluide acpieux et limpide qui peu à peu, dans ces vésicules cérébrales pourvues de vaisseaux, devient plus consistant et ressemble à de la mucosité. Ce n'est que vers le buitième jour de l'incubation que ce fluide commence à ressembler à de la substance cérébrale diffiuente? Le cerveau des mammifères parait se former de la même manière : ici paraissent également des vésicules remplies d'abord par un fluide. Harvey vit la tête d'un daim formée de trois vésicules qui, dans un fœtus plus âgé, avaient la grosseur d'une fève, et l'encéphale avait la consistance de l'albumen de l'œuf. R. de Graaf vit, sur le fœtus d'un lapin qu'il avait extrait de l'utérus quatorze jours après l'accouplement, que la tête .était grosse et transparente; et Haller a vu également la tête transparente sur un fœtus de lapin,
Dans le fœtus humain, le cerveau présente, lors des premières périodes de sa formation, la figure d'une vessie. M. Fr. Meckel a vu, sur un fœtus humain long d'un demi-pouce, une vessie ronde représentant le cerveau; elle communiquait ave la moelle épinière" par un pédicule qui descendait derrière le canal digestif. •
Tous ces faits anatomiques et pathologiques démontrent que ces vésicules ne se forment que lorsque le système vasculairc existe, et. que le fluide contenu dans ces vésicules, fluide d';: bord transparent et aqueux,, peut être considéré comme le produit de la sécrétion des vaisseaux. Ce fluide se transforme donc en cerveau dans lequel les rameaux vasculaires viennent sétendre et se répandre. Tous les faits qui nous portent à embrasser cette opinion sont aussi très-favorables à l'idée de quelques analomistes modernes qui regardent la substance grise du cerveau comme essentiellement formée de vaisseaux et comme sécrétant la substance médullaire.
Ackcrmann prétend que le cerveau est produit par les nerfs; et, d'après cette idée, nous pourrions encore expliquer la présence des nerfs et de la moelle épinière, sans qu'il existât dr cerveau. Celle explication pourrait paraître admissible si l'on trouvait des acéphales avec des nerfs et point de vaisseaux, et
ACÉ 287 si l'on ne voyait pas toujours les vaisseaux apparaître les premiers et se- développer avant les nerfs cérébraux, rachidicns, l'encéphale et le rachis. 11 paraît plus simple et plus naturel de penser que l'absence de cerveau chez les acéphales dépend d'une inactivité et d'une irrégularité du mouvement progressif de la végétation animale; circonstance qui se manifeste d'abord parla formation et l'accroissement des vaisseaux et des organes qui en dépendent.
Il paraît que le système nerveux cérébral des acéphales est sans influence sur la formation de ces fœtus. L'absence entière de ce système dans le fœtus de Clarke, et cependant un certain développement qui s'est opéré chez ce fœtus, semblent être favorables à cette idée.
Le fœtus acéphale décrit par M. Brera manquait de membres thoraciques et d'un tiers environ de la région pectorale ; il n'avait non plus ni diaphragme, ni poumon, ni cœur, ni foie, ni estomac, ni rate, ni capsules rénales. Tous les viscères de l'abdomen se réduisaient à Une portion du tube intestinal et à deux reins communiquant avec la vessie. La colonne dorsale avait treize vertèbres qui allaient en diminuant de bas en haut; elle contenait un cordon médullaire envoyant ou recevant des bz-anches nerveuses par les trous intervertébraux. Le cerveau , le cervelet, la moelle alongée et la portion cervicale du cordon rachidien n'existaient pas. L'absence du cœur fait dire avec raison à M. Brera que Haller s'est trompé lorsqu'il a considéré cet organe comme le premier qui paraisse dans l'œuf fécondé, et que de lui dérive successivement la formation et le développement des autres systèmes organiques. Mais M. Brera va peut-être trop loin, lorsqu'il croit que le système nerveux est la première partie à s'organiser dans l'embryon, et qu'il règle la disposition et la texture des autres systèmes. Les objections tirées de son observation et de beaucoup d'autres semblables que nous avons signalées, sont très-fortes contre la doctrine de Haller sur le punctum salicns et son mode d'évolution des organes; mais ces preuves ne peuvent pas servir pour démontrer que les nerfs sont les premières parties à se développer dans le germe.
Les physiologistes modernes (Jacopi, Elem. di Jïsiolog.) ont justement opposé aux idées de Haller, lorsqu'il regarde le cœur comme le principal moteur du sang dans les artères, l'absence
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de cet organe dans les acéphales. Les grandes artères en font l'office, ainsi que nous le voyons dans plusieurs animaux. L'absence du cerveau, du cervelet, de la moelle alongée et d'une partie du cordon racludien , prouve aussi que l'existence de l'animal et son accroissement peuve avoir lieu, sans ces organes, et démontrent la justesse des idées de Legallois, qui considère les ganglions vertébraux et la moelle rachidienne comme remplissant leurs fonctions indépendamment du cerveau.
Nous pouvons maintenant opposer au sentiment de M. Brera , qui croit que les nerfe sont les premiers organes qui se développent et qui conséquemment doivent être les plus constans ou disparaître' les derniers, soit dans ce qu'on appelle les monstruosités, 9oit dans les animaux dont l'organisation est la plus simple, qu'il existe des exemples bien constatés d'absence totale de système nerveux de cerveau et de moelle épinière, et que nous n'en avons aucun d'absence de vaisseaux. Ceux-ci doivent donc être considérés comme l'élément organisateur; et parmi eux, les plus importans et les premiers à paraître sont certainement les veines. C'est un fait que j'ai reconnu sur l'œuf des mammifères, des oiseaux et des reptiles.
Il est cependant un système nerveux lié intimement aux vaisseaux, se développant un .peu après les veines, dont l'apparition ne précède pas celle des artères, mais dont l'existence est aussi constante que celle de ces dernières : c'est le système nerveux ganglionnaire ou nerf trisplanclmique.
Il existe des exemples de foetus acéphales sans nerfs cérébraux et rachidiens, et conséquemment sans encéphale et sans rachis, tandis qu'on n'en connaît pas de bien avérés d'absence du nerf grand sympathique.
Je dirai avec M. Tiedemann qu'une loi physiologique bien réelle, bien constante, est que les nerfs et leur manifestation vitale ont une grande influence sur la marche progressive de la végétation animale et la déterminent. II s'agit maintenant de savoir quels nerfs dans les acéphales ont pu déterminer la marche progressive de ce que j'appelle la végétation animale. M. Tiedemann répond à celte question de la manière suivante : Les nerfs des ganglions, ou la portion existante du nerf grandsympalhique, ont probablement de l'influence sur cette végétation progressive; far les ganglions et leurs nerfs existaient manifestement daDs les
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monstres acéphales disséqués par Busch, Fr. Meckel cl Tiedemann; il n'y a que Isenflamm et Prochaska qui prétendent que ce nerf manquait : ce qui parait plus que douteux aux observateurs rigoureux. Le nerf grand sympathique existe avec, le système vasculaire; il en est le compagnon fidèle et lui appartient en propre : on voit tous les rameaux de ces nerfs ganglionnaires suivre les troncs, les branches, les rameaux artériels, et entrer avec ces vaisseaux dans les divers organes dont ils aident à former le parenchyme. Les seuls vaisseaux qui doivent manquer de rameaux du grand nerf sympathique, sont les artères purement conductrices du sang et qui ne portent point aux organes des matériaux pour leur alimentation ou leur sécrétion : ces artères sont celles du cordon ombilical ou, pour parler avec plus de rigueur , les artères ombilicales; cax des filets du trisplanchnique peuvent suivre les vaisseaux omphalo-mésentériques. En vain j'ai cherché à découvrir des nerfs sur les artères ombilicales, jamais je n'ai pu en trouver au delà de l'ombilic; d'autres anatomistes, tels que MM. Durt et Riecke , ont fait les mêmes recherches et n'ont pas été plus heureux que moi. L'observation est donc venue démontrer ce que le raisonnement avait fait présumer. On peut admettre avec Reil , que le nerf grand sympathique forme le système nerveux de la végétation animale, qu'il donne à cette végétation sa vitalité, qu'il est le moyen par lequel les organes isolés de l'appareil de cette végétation se forment et finissent par se réunir pour former un tout. Il est évident que le système nerveux ganglionnaire n'a pas été chez les acéphales une production du cerveau, mais bien un système existant par lui et pour lui-même , d'une manière entièrement indépendante de l'encéphale. Le système des nerfs des ganglions peut être considéré comme le seul lien qui unisse les divers organes des acéphales en un tout formant un organisme jouissant d'une simple vie végétale.
Tous les organes de la vie animale qu'on a trouvés chez les acéphales, la portion de moelle épinière avec ses nerfs, les membres difformes , l'ébauche d'un squelette , etc. , doivent être considérés comme de simples fragmens et comme des produits de la végétation progressive qui n'a pas atteint sa perfectiou. Il est donc probable que le système 'nerveux des ganglions se forme avec les vaisseaux et ne sort pas du cœur, comme Ackenhann l'a pensé, puisque cet organe n'est pas la première partie du ï. r9
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système vasculaire qui se forme dans l'embryon, et qu'il n'est pas indispensablement nécessaire à la vie du fœtus.
Il nous reste, pour achever l'histoire anatomique des fœtus acéphales, à donner quelques détails sur la colonne rachidienne , sur lé bassin et sur les systèmes musculaire et fibreux. L'observation de Clarke -est la seule où la colonne vertébrale ait manqué entièrement; chez tous les autres acéphales, cette tige osseuse existait plus ou moins bien formée. On trouvait le plus communément à sa partie supérieure des pièces osseuses qu'on doit regarder comme l'ébauche des os du crâne ou de quelques autres vertèbres. Il existe une échelle graduelle du nombre des vertèbres existantes. Dans le monstre décrit par Gouraigne , on vit les quatre vertèbres inférieures et une portion de la première vertèbre lombaire. Cinq vertèbres lombaires et un sacrum formaient toute la tige rachidienne des acéphales de Sue et deBucsh; dans le premier de ceux de M. Tiedemann, il y avait cinq vertèbres lombaires et des vestiges de la dernière dorsale. F. Meckel a compté dans un de ses acéphales cinq vertèbres des lombes , deux du dos et deux pièces osseuses très-irrégulières placées l'une sur l'autre. Sur un autre fœtus, il rencontra treize vertèbres, huit appartenant au dos et cinq aux lombes. Dans un troisième cas , il vit quinze vertèbres, dont dix formaient la région du dos. M. Brera parle de treize vertèbres pour son fœtus. Mo nro énuméra seize pièces vertébrales; Isenflamm en découvrit dix-huit, séparées ou confondues en partie. Klein en a reconnu dix-neuf, et Buttner parle de vingt portions osseuses placées les unes sur les autres. Dans tous ces acéphales pourvus d'une tige rachidienne plus ou moins imparfaite, on a remarqué une courbure en avant de cette colonne; cette disposition a surtout été signalée dans les observations de Sulsmann, Malacarne, de MM. Prochaska , Tiedemann, Beclard, etc. C'est manifestement un signe d'un état stationnaire du développement de ces parties dans les premières périodes de l'organisation, puisque le rachis est courbé dans tous les fœtus jusqu'au cinquième ou sixième mois de la grossesse. .
Le bassin a présenté moins de déviations du type normal , que la colonne vertébrale. Cependant, comme celle-ci, il a été vu ouvert en arrière dans le .canal de l'os sacrum, la symphyse des os pubis ne pas être formée, et quelquefois il manquait plusieurs pièces. Clarke dit n'avoir vu qu'un seul os coxal , l'autre manquant
ACÉ igi ainsi que le sacrum; Mappus parle d'un os ischion bien conformé, tandis que l'autre ainsi que le sacrum étaient difformes.
De grandes irrégularités, et souvent une absence entière, ont été remarquées pour le système musculaire. Dans l'acéphale de Poujol, dans l'un de ceux de M. Meckel et de Prochaska , les muscles correspondans aux 05 existans étaient formés. Dans tous les autres cas observés, les muscles n'existaient nullement, ou n'offraient que de faibles traces de leur présence. Schellhamnier dit que les muscles de son acéphale ne ressmblaient point à de la chair musculaire, mais qu'il n'a pu apercevoir qu'une masse graisseuse infiltrée et fondant sous le doigt. Gouraigne indique , à la place d'un tissu musculaire , une masse de graisse aqueuse. Dans l'acéphale de Winslow , il n'y avait aucun muscle aux membres pelviens; le fœtus monstrueux de Clarke n'offrait qu'une masse homogène parcourue par quelques vaisseaux , mais sans fibres charnues prononcées. F. Meckel n'a rencontré que de faibles portions musculaires, soit aux membres pectoraux, soit aux membres pelviens. Odhélius et M. Tiedemann citent des exemples d'absence totale de chair musculaire. Ces derniers faits viennent corroborer l'opinion déjà précédemment émise que les acéphales sont des embryons ou des fœtus restés à un degré inférieur de leur formation. On sait en effet qu'on ne peut pas distinguer de fibre musculaire dans les embryons des trois premiers mois, et que les muscles ne sont encore qu'une gélatine transparente.
Le tissu cellulaire et le tissu fibreux ont été trouvés constamment, et en assez grande quantité, mais pénétrés d'une graisse diffluente ou formant une masse spongieuse et infiltrée de sérosité. Souvent la plupart des tissus offraient un œdème qui ne permettait de reconnaître ni la forme ni la nature des organes. Everhard, Lankisch, Méry, Kundmann , Winslow, Hévermann , Isenflamm , Prochaska , signalent ces divers états du tissu cellulaire.
De tous les détails tirés des diverses observations que nous possédons sur l'existence et la structure des acéphales, on peut en déduire les conséquences suivantes:
Le système vasculaire, sans y comprendre,, le cœur, les nerfs ganglionnaires, une portion du canal intestinal, la peau, le tissu cellulaire fibreux et séreux infiltrés, doivent être considérés comme les organes les plus eonstans et les plus essentiels des acéphales. Tous les autres organes ,' tels que le cervau ; la moelle
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épinière, les nerfs de la vie animale; les organes des sens, le cœur, les muscles , le poumon , le foie, la rate , le pancréas, l'estomac, l'appareil urinaire et celui de la génération, sont des parties moins essentielles à la vie des acéphales, qui parait être simplement végétative et produite par l'activité du système vasculaire et des nerfs ganglionnaires, tes molécules nutritives sont probablement prises dans le placenta, par les radicules vasculaires, et transportées au fœtus. C'est aussi dans le placenta que doit se faire une sorte de respiration , puisque le sang doit y être modifié et élaboré. Nous avons dit qu'on n'a point aperçu de mouvement à la naissance des acéphales; car les fœtus n'ont pu continuer à vivre du moment qu'ils ont été séparés du placenta, leur seul organe de respiration et de nutrition ; leur vie ne pouvait s'entretenir que dans les eaux de l'amnios et par les communications du placenta avec l'utérus. Dépourvus d'organes pour un autre genre de vie , ils ont dû cesser d'être du moment qu'ils ont changé de milieu. Nous démontrerons ailleurs que les fonctions des animaux changent suivant le milieu où ils se trouvent; que souvent des organes cessent d'agir lorsque d'autres entrent en action, ou que les fonctions , la respiration, par exemple , sont exécutées par des appareils différens, suivant l'époque différente de la vie animale, et suivant le milieu où cette vie est en exercice. Nous renvoyons aux ouvrages de Prochaska, Otto, Malacarne , et à ceux de MM. Meck.el, Tiedemann et Eéclard, les personnes qui voudraient de plus grands détails sur les acéphales; et nous déclarons cependant avoir emprunté beaucoup à ces auteurs, et principalement à M. Tiedemann. Aux articles anencéphale et monstres, nous rapporterons et discuterons toutes les théories et explications qui ont été données sur la production de ces vices de conformation. ( Voyez ces mots. ) (g. breschet. )
ACÉPHALOCYSTE , s. f. , acephalocystis. Ce mot, tiré du grec cinttpxXij et kuçiç , signifie vessie sans tête. M. Laennec, le premier, s'en est servi pour désigner des vers vésiculaires assez communs chez l'homme, et qui paraissent dépourvus de corps et de tète, ce qui a fait que quelques auteurs, Gôè'ze en particulier ' les ont pris pour dqs animaux imparfaits ou même pour des êtres inanimés.
Les acéplialocystes se présentent sous la forme de vésicules arrondies ou ovoïdes, dont le volume varie depuis celui d'un grain de chènevis jusqu'à celui de la tète d'un fœtus à terme. Les pa-
ACÉ a$8 rois de ces vésicules sont minces, homogènes, fragiles et sans fibres; elles sont le plus fréquemment incolores, parfois légèrement grises, verdàtres ou d'une teinte laiteuse. L.eur cavité est remplie par un liquide parfaitement limpide , ayant toutes les propriétés de l'eau chargée d'un peu d'albumine. Assez souvent les acéphalocystes offrent, dans leurs parois, des épaississemens de diverses natures. Les uns sont blancs, irréguliers, plus ou moins étendus; d'autres sont de petits corps sphériques, blancs et opaques , et dont le volume varie depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'un petit pois. On pense assez généralement aujourd'hui que ces petites masses oviformes sont des acéphalocystes naissantes, qui, après avoir atteint un degré suffisant de développement, se détachent de leur mère, tombent dans sa cavité intérieure, et y prennent ensuite de l'accroissement.
Il n'est point rare de rencontrer des acéphaolcystes qui en contiennent d'autres très volumineuses, lesquelles en. renferment elles-mêmes de nouvelles déjà assez grosses aussi. Il est présumable qu'à la longue les nouveaux vers, en acquérant de plus fortes dimensions, doivent finir par faire éclater leur mère, en la distendant outre mesure, Presque toujours, en effet, on trouve les plus grosses acéphalocystes rompues. Quelques acéphalocystes sont parsemées intérieurement de granulations transparentes de la grosseur d'un grain de millet; d'autres présentent à leur surface extérieure , ou à l'intérieur, de petits bourgeons d'une forme très-irrégulière et très-variée, alongés, cuboïdes, aplatis, pleins ou creux, à peine visibles, ou du volume d'un grain de chènevis. C'est en conséquence de ces considérations que les helminthologistes modernes admettent, avec le docteur Laennec, trois, espèces différentes d'acéphalocystes , savoir : Y aceplialocystis ovoï-. dea , X aceplialocystis granulosa, et Y aceplialocystis surculigcra.. Chacune d'elles est caractérisée par la présence des corps oviformes, des granulations ou des bourgeons dont nous avons parlé.
Ce ne sont pourtant peut-être pas là les seuls vers vésiculaires acéphales qui se rencontrent dans le corps de l'homme. Au mois de février 18 12, j'ai présenté à la Société de la Faculté de médecine de Paris, des corps hydatidiformes, lenticulaires, transparens, d'un diamètre variant d'une à trois lignes, recueillis nu, nombre de plus de cent cinquante dans la capsule inuqueusequi sert au glissement du tendon du muscle grand fessier sur le
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grand trochanter. Ces corps flottaient dans la synovie. Depuis lors j'ai retrouvé la même disposition dans un kyste qui s'était développé accidentellement vers l'insertion cubitale du muscle triceps- brachial, et, sur un autre sujet, dans la gaine synoviale du tendon du muscle grand palmaire. Quelques personnes, entre autres MM. Dubois et Laennec , ont eu occasion de faire des observations analogues : malheureusement c'a toujours été sur des cadavres; aucun sign e n'a pu montrer la présence de la vie chez ceux de ces êtres qu'on a découverts dans leur intérieur; et quoique je sois assez porté à, penser que ce sont des vers vésiculaires, rien cependant ne me prouve d'une manière positive que mon opinion soit fondée. M. Laennec, au reste, propose, pour désigner cette espèce de corps, le nom à'acephalocystis plana, si un jour on le reconnaît véritablement pour être animé.
L'organisation des acéphalocystes est si simple , que l'on pourrait douter qu'elles sont de véritables animaux, sans leur analogie avec les cysticerques. ( Voyez ce mot. ) Il ne paraît point non plus que jusqu'à présent on ait observé chez elles des mouvemens spontanés. Les kystes dans lesquels sont logées les acéphalocystes sont ordinairement composés de plusieurs tissus élémentaires ; leur base paraît cependant de nature fibreuse ; mais on remarque souvent aussi dans leurs parois des points fibrocartilagineux et même osseux. L'intérieur de ces poches n'est jamais lisse, comme celui des kystes séreux; quelquefois il est tapissé d'une sorte de fausse membrane disposée en couche informe. Lorsque les kystes des acéphalocystes se sont développés dans une partie où le tissu cellulaire est abondant, ils sont enveloppés dans une couche plus ou moins épaisse de ce tissu, dont ils reçoivent des vaisseaux sanguins assez nombreux. Quand > au contraire, ils sont logés dans une partie d'un tissu ferme et serré, comme le foie ou le rein, ils n'ont point de gaine cellulaire et adhèrent intimement aux parties voisines. Le plus communément, il y a beaucoup d'acéphalocystes réunies dans un même kyste, et elles présentent alors toutes les variétés de taille qui ont été indiquées ci-dessus. Toutes nagent dans un liquide parfois absolument semblable à de l'eau pure, mais souvent aussi jaunâtre, bourbeux et plus ou moins épais, ou bien chargé de bile , lorsque leur siège est dans le foie. Mais , quelle que soit la nature du liquide contenu dans le kyste, celui de la cavité des acéphalocystes est presque toujours transparent et semblable à
ACÉ 295 de l'eau. A mesure que ces animaux se reproduisent , le kyste qui les renferme augmente de volume. On a vu une de ces poches acquérir d'assez grandes dimensions pour recevoir dix pintes de liquide.
Jamais, selon quelques auteurs, ces productions singulières n'ont paru se développer dans les cavités naturelles du corps ; le kyste où elles naissent est toujours plongé dans le tissu même des organes, et il est probable que, lorsqu'on en a vu sortir des cavités, ce n'était que par suite de la rupture du kyste. Cependant M. le docteur Fréteau, ayant pratiqué l'opération de l'empyème sur un jeune homme, a retiré, par l'incision, une quantité considérable d'acéphalocystes. Dans un voyage que je fis à Nantes, il y a quelques années déjà, j'ai eu occasion de voir, presque guéri, ce malade, dont l'histoire est consignée dans le Journal de médecine , chirurgie et pharmacie. M. Béclard a trouvé aussi des acéphalocystes dans la vessie , et M. Rostan dans la cavité de l'arachnoïde.'
On a rencontré des acéphalocystes dans presque toutes les parties du corps humain, mais plus spécialement dans le foie, dans l'utérus, les reins, le tissu cellulaire. Il est rare pourtant qu'on observe, dans l'exercice des fonctions, des lésions correspondantes à celles- des tissus qui logent ces vers vésiculaires. Quelquefois seulement il en résulte une sorte de leucophlegmatie universelle, surtout quand elles occupent le foiè. Il est néanmoins vrai de dire que les kystes des acéphalocystes doivent assez fréquemment gêner des fonctions assez importantes, ne serait-ce, et c'est, à ce qu'il paraît, le plus ordinaire, qu'en agissant à la manière des corps étrangers. Ont-ils en effet leàr siège dans les poumons, ils déterminent de la dyspnée; est-ce dans le tissu cellulaire extérieur au péritoine ou dans celui qui unit entre elles les tuniques de l'estomac ou des intestins, ils occasionent du trouble dans l'accomplissement de la digestion. Les acéphalocystes qui vivent dans le foie donnent naissance à divers accidens morbides qui sont communément d'autant plus marqués , que le volume du kyste est plus considérable. Ainsi , on peut observer un sentiment de pesanteur ou une douleur aiguë dans l'hypochondre droit; quelquefois il y a tumeur visible, circonscrite ou diffuse, avec fluctuation, dyspnée et anxiété ; enfin , il peut survenir un ictère , des vomissemens , une epistaxis, une diarrhée ou une constipation opiniâtre. Parfois
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l'affection simule parfaitement une hernie de l'estomac, si l'on s'en rapporte à une observation publiée par M. le docteur Devilliers.
Il arrive assez souvent cfue les hydatides s'échappent au dehors par une ouverture des parois de l'abdomen ou par les selles et les vomissemens, lorsqu'elles se sont développées dans le foie. La malade dont M. Devilliers a donné l'histoire en rendit une quantité innombrable par une ouverture faite à l'épigastre , et fut entièrement guérie, quoiqu'âgée de soixante-treize ans. Plater et Guattani fournissent chacun un exemple semblable. Balme, Musgrave, Berthelot, Pascal, Frédéric Lossius, Lind et plusieurs autres, ont vu les acépbalocystcs du foie être évacuées par l'anus ou par le vomissement. Les journaux de médecine nous ont conservé aussi plusieurs observations de ce genre. On a aussi vu des acéphalocystes nageant librement dans la cavité de la vessie; mais elles y étaient descendues du rein après la rupture de leur kyste. Assez fréquemment, en pareille occurrence , elles déterminent des accidens analogues à ceux que produisent des calculs en traversant l'urètre. M. Béclard, ainsi que nous l'avons dit déjà, en a cependant vu qui s'étaient développées dans le réservoir de l'urine. Un phénomène plus remarquable encore est celui du développement des hydatides dans la cavité de l'utérus, et de leur expulsion par un mécanisme semblable à celui de l'accouchement. M. Percy, parmi le grand nombre d'auteurs qui nous ont transmis des observations à ce sujet, est celui qui a donné les détails les plus circonstanciés et les plus curieux sur le part d'hydatides.
Les^maladies causées par les acéphalocystes peuvent se terminer heureusement de deux manières différentes : par l'expulsion des vers hors du corps; par leur mort et le resserrement consécutif du kyste qui les renferme. La première indication peut être aidée par l'art; plusieurs fois des incisions ont été pratiquées avec succès sur des kystes, hydatifères, quoiqu'il paraisse que, dans certains cas cités par Lassus, l'incision ait hâté l'époque de la mort. Quant à la seconde, elle ne peut être remplie artificiellement que par l'emploi de quelque médicament qui, appliqué à la surface du corps par le moyen des frictions ou des bains, ou administré à l'intérieur, puisse faire périr les acéphalocystes. Ce médicament n'est point encore connu : néanmoins, M. Baumes, de Montpellier, croit que le mercure doux
ACE . 297 (hydro-chlorate de mercure) possède la propriété de tuer les vers vésiculaires, ou au moins celle de favoriser leur expulsion. Peut-être aussi le sel commun est-il dans le même cas. M. Percy a fait rendre, en effet, au moyen de lavemens salés, des vers vésiculaires contenus dans l'utérus. [Voyez vers vésiculaires.) (hipp. CLOQUET.)
ACERBE , acerbus , adj. dérivé de accr, acre. On se sert de cette expression pour désigner les substances qui déterminent sur l'organe du goût une astriction très- forte, mêlée d'un léger degré, d'amertume et d'acidité. Tous les fruits qui sont pourvus d'un sarcocarpe épais et succulent , sont toujours plus ou moins acerbes avant la maturation, époque à laquelle se développent les matériaux gommeux, acides, gélatineux, sucrés, qui sont le complément du travail de la végétation.
Toutes les substances végétales qui contiennent beaucoup de tannin et d'acide gallique, sont acres, plus ou moins acerbes, tels que le cachou, la noix de galle, la gomme kino, les feuilles et les écorces de beaucoup de végétaux. Les propriétés immédiates de toutes ces substances sont comme celle du tannin et dé l'acide gallique, et la médication qu'on provoque par leur usage est la médication astringente. [Voyez pour les fruits acerbes l'article aliment.) (guersent.)
ACERINÉES ou érables, Juss. Famille de plantes dicotylédones polypétales dont les étamines sont insérées sous l'ovaire : elle est principalement formée de deux groupes, celui des érables, et celui des hippocastanes ou marronniers d'Inde.
Le premier de ces groupes renferme en général des arbres dont la sève, douce ét agréable, contient une assez grande quantité de sucre pour qu'on l'en extraie dans certains pays, principalement dans l'Amérique du nord. Le second n'intéresse la médecine qu'à cause de l'amertume et de l'astringence de l'écorce du marronnier d'Inde , que l'on place au rang des succé'dannées du quinquina. (a. richard.)
ACERVULUS, acervulus cereber; nom latin que l'on a donné à l'amas de concrétions saburriforme, que l'on trouve à peu près constamment dans la glande pinéale et quelquefois dans la glande pituitaire. ( V oyez cerveau.)
ACESCENCE, s.f., acescentia, de acesccrc, devenir acide. Etat des substances végétales et animales qui commencent à éprouver la fermentation acide. (Voyez fermentation.) (r. del.)
afiffl ACÉ
ACESCENT, adj. , ncesccns. Nom donné aux substances végétales ou animales qui passent à l'aigre. Les liquides qui ont éprouvé ce genre d'altération, comme la bière et les décoctions végétales qu'on emploie souvent pour tisane, jouissent de propriétés toutes différentes de celles qu'elles avaient avant leur décomposition. Elles déterminent, en général, une espèce de gastrodynie, des aigreurs et des coliques. Elles doivent être soigneusement écartées comme très-nuisibles. Elles produisent principalement ces effets sut les estomacs faibles, et surtout chez les femmes et les enfans. [Voyez l'article aliment.) (gcersent.)
ACETABULE, s. m., acetabulum , mot latin. [Voyez coty-
LOÏnE.)
acétabule de l'humérus , acetabulum humcri. [ Voyez glénoïde.)
ACÉTATES, s. m., sels résultans de la; combinaison de l'acide acétique avec les bases salifiables. Les acétates réunissent aux propriétés dont ils doivent jouir comme sels végétaux, les caractères suivans qui leur sont propres. Ils sont généralement trèssolubles , plusieurs même sont déliquescens. Les seuls acétates d'argent et de mercure font exception par leur peu de solubilité. Exposés au feu, ils se décomposent, les uns en fournissant une grande quantité d'acide acétique, comme les acétates d'argent, de cuivre ; les autres , en n'en donnant qu'une très-petite quantité , qui dans ce cas est toujours empyreumatique, c'est-à-dire trèscbargée d'huile pyrogénée. Les premiers' sont ën général ceux dont les bases tiennent peu à l'acide , ou consistent en un oxyde facilement réductible. Il se, forme aussi par la distillation des acétates de l'esprit pyro-acétique, de l'eau, de l'huile, des gaz acide carbonique et hydrogène carboné. Ces produits, se formant aux dépens de l'acide acétique, sont d'autant plus abondans qu'il y a plus d'acide décomposé; l'acétate d'ammoniaque seul se volatilise sans décomposition. Tous les acétates sont décomposés par les acides sulfurique, nitrique, hydrochlorique , oxalique, etc. Cette décomposition est accompagnée du dégagement de l'acide acétique, qui se manifeste par son odeur. Les acétates ne forment de précipités dans aucune dissolution métallique, si l'on excepte celles de mercure et d'argent un peu concentrées.
La constitution chimique des acétates est bien connue, et le nombre équivalent de l'acide acétique dans ces sels est 6,41, d'après M. Berzélius, qui le déduit de l'analyse de plusieurs acé-
ACÉ 299 tates. Il est probable que les sels analysés retenaient un peu d'eau, et que sans cela ce nombre serait 6,38, poids de la molécule d'acide acétique, selon l'analyse élémentaire de ce corps. Ii sera donc toujours très-facile d'avoir les proportions d'un acétate neutre, puisque l'oxygène de la base est à l'acide comme 1 : 6,41.
On prépare généralement les acétates par union directe des bases avec l'acide acétique. Il est cependant des procédés particuliers pour quelques-uns de ces sels.
Les acétates employés en médecine seront décrits à l'article qui traitera de leurs bases. (pelletier.)
ACÉTEUX (acide). {Voyez acétiqùè.)
ACÉTIQUE (acide). L'acide acétique peut être classé et parmi les acides que l'on rencontre tout formés dans le règne organique, et parmi ceux qui sont le produit de l'art. C'est un des acides les plus répandus dans la nature, on le rencontre dans un grand nombre de fruits. Libre ou combiné, il existe dans la sève des végétaux. Il se "trouve dans la plupart des humeurs animales, dans le sang, le lait, l'urine. Par leur dé-, composition spontanée, les substances végétales et animales en fournissent; le vinaigre lui doit son acidité; c'est même dans cette liqueur qu'on a entrevu d'abord l'acide acétique, et c'est du nom latin du vinaigre qu'est dérivé celui de cet acide. Enfin presque toutes les fois qu'on trouble l'harmonie des élémens de la nature organique, on donne lieu à la formation d'une certaine quantité de cet acide.
L'acide acétique pur et concentré' est un liquide d'une odeur forte et piquante; sa saveur est acre et brûlante, mais devient aigrelette et agréable , lorsqu'on étend l'acide avec de l'eau. L'acide acétique pur n'est cependant liquide qu'à une température supérieure à celle qu'indique le i3e degré du thermomètre centigrade. Au-dessous de ce degré il se prend en masse cristalline. Il est du petit nombre des acides organiques susceptibles de se volatiliser sans éprouver d'altération. Son point d'ébullition est de quelques degrés supérieur à celui de l'eau, et varie suivant la concentration de l'acide , c'est-à-dire suivant la quantité d'eau qu'il peut contenir. Sa vapeur prend feu par le contact de la flamme. L'acide acétique exposé à l'air se volatilise en s'affaiblissant , parce que la partie encore liquide attire l'humidité de l'air; concentré, il pèse 1,062 à la température de 16 degrés centigrades; il s'unit à l'eau en toute proportion
3oo ACÉ
et en produisant une chaleur sensible; dans cette union il y h pénétration des molécules. Mais, puisque dans certains rapports seulement la pesanteur spécifique de l'acide n'est pas changée, il faut admettre que, si le mélange se fait en toute proportion, la combinaison de ces deux liquides n'a lieu qu'en proportions fixes. L'acide acétique uni avec l'eau est moins susceptible de se solidifier par l'abaissement de température, et peut rester liquide à quelques degrés sous o. On peut même se servir de la gelée pour augmenter son degré de concentration , parce que les parties aqueuses' se congèlent les premières.
L'acide acétique se combine à la plupart des bases salifiables, et forme des sels dont nous traiterons en particulier. Il s'unit aussi à l'alcohol, et par certains procédés se combine avec ce corps en formant un éther. ( Voyez étheb. acétique.)
L'acide acétique concentré dissout beaucoup de substances végétales et animales ; nous aurons par la suite occasion de cher plusieurs exemples de ces sortes de dissolutions. Etendu d'eau, il perd dans bien des cas cette propriété dissolvante; cependant il ne cesse pas d'avoir une certaine action sur ces matières, dont il empêche ou retarde la décomposition spontanée.
La composition de l'acide acétique est maintenant bien connue. On sait qu'il est formé d'hydrogène, de carbone et d'oxygène; mais on connaît encore le rapport de ses élémens. Suivant les analyses de MM. Gay-Lussac et Thenard et de M. Berzélius , analyses qui diffèrent très-peu entre elles , il est formé
{Suivant Gay- Lussac et Thenard.) [Suivant Berzélius.)
Carbone 5o,224 Carbonne 46,83o
, Oxygène 44, i4" Oxygène 46,820
Hydrogène ^,620, Hydrogène.... 6,35o
ou
Carbone 5o,224 ou en volumes ,
Oxygène et hydro- 3 volumes d'oxygène.
gène,danslerapportoù 4 volumes de vapeurs de Car-
ils existent dans l'eau. 46,911 bone.
Oxygène en excès. 2,865 6 volumes d'hydrogène.
De cette dernière analyse on conclut aisément le poids de la molécule d'acide acétique, qui doit être égal à la somme des poids
ACÈ lot des molécules composantes , et par conséquent être de 638,6769. : la molécule d'oxygène pesant 100, celle de l'hydrogène 6,2177, et celle du carbone 75,33. ( Voyez Berzélius. Essai sur les proportions chimiques. )
Il est divers moyens de se procurer l'acide acétique; l'un des plus- simples consiste à distiller le vinaigre ordinaire; distillation qu'on doit l'aire dans des alambics étamés, ou mieux encore dans des cornues de verre, d'argent ou de platine. L'acide qu'on obtient par ce procédé est très-étendu d'eau; lorsqu'on veut se procurer de l'acide concentré, comme il est difficile de dépouiller de la partie aqueuse l'acide saturé , quoique ce ne soit pas impossible, il vaut mieux avoir recours à la distillation de l'acétate de cuivre. A cet effet on introduit l'acétate de cuivre dans une cornue de grès, lutée et placée au centre d'un fourneau à réverbère ; au col de la cornue est adaptée une alonge à laquelle sont joints deux ou trois ballons de verre; on élève graduellement et lentement la température jusqu'au rouge obscur ; l'acide acétique ne tarde pas à paraître sous forme de vapeurs blanches qui se condensent dans les ballons, qu'on a d'ailleurs soin de rafraîchir. Dans cette opération, une partie de l'acide acétique de l'acétate de cuivre est décomposée , et sert , au moyen de ses élémens combustibles, l'hydrogène et le carbone, à réduire le cuivre à L'état métallique. Mais, comme toute la quantité de l'acide acétique contenue dans l'acétate n'est pas nécessaire à la réduction de l'oxyde de cuivre, l'excès, et c'est la plus grande ;viitie, se dégage combiné à la vapeur d'eau qui se forme; il se produit aussi de l'acide carbonique, de l'hydrogène carboné, et une matière particulière nommée esprit pyro 'acétique. Le cuivre réduit, mêlé à une certaine quantité de charbon très-divisé, reste dans la cornue : ce mélange est pyrophorique. L'acide acétique ainsi obtenu, entraînant toujours une certaine quantité d'oxyde de cuivre, a besoin d'être purifié; à cet effet oh le distille dans une cornue de verre à la chaleur du bain de sable. Si on fractionne les. produits , on obtient sur la fin l'acide le plus fort et le plus concentré.: le premier qui passe à la distillation est au contraire le plus aqueux; il ne faut cependant pas pousser la distillation jusqu'à siccité lorsqu'on veut avoir un acide d'une odeur suave et exempte d'empyreume. L'acide acétique obtenu par ce procédé est connu depuis long-temps sous le nom de vinaigre radical. Les derniers produits de la distillation, qui eu
3oa ACÉ
raison de leur degré de concentration devraient avoir une pesanteur spécifique plus forte, sont au contraire les plus légers; la présence d'une certaine quantité d'esprit pyro-acétique rend raison de cette espèce d'anomalie. On peut obtenir de l'acide acétique concentré exempt d'esprit pyro-acétique, en distillant de l'acétate de cuivre ou de plomb avec de l'acide sulfurique; mais le vinaigre radical qu'on obtient par ce moyen est moins suave, même après qu'il a été dépouillé de l'acide sulfureux qu'il contient presque toujours par ce procédé; acide dont on peut le priver en le distillant sur du per-oxide de manganèse. On peut aussi retirer un acide acétique très-concentré du vinaigre distillé, en employant l'ingénieux procédé indiqué par Lowetz. Après avoir fait une pâte avec du charbon bien brûlé et du vinaigre distillé, il expose ce mélange à une température qui ne dépasse pas le 100e degré du thermomètre centigrade. La partie aqueuse se volatilise, et le charbon retient J'acide. En élevant ensuite la température, on obtient de l'acide acétique très-concentré. Darracq a proposé d'employer, pour enlever l'eau au vinaigre distillé, la rectification sur le chlorure de calcium.
J*ar la distillation des matières végétales on obtient, comme nous l'avons déjà dit, une grande quantité d'acide acétique. Cet acide, très-aqueux et souillé d'une grande quantité d'huile pyrogénée, fut long-temps rejeté comme un produit inutile. On le désignait sous le nom à' acide pyroligneiix , jusqu'à l'époque où Fourcroy et M. Vauquelin firent connaître sa nature; depuis ce moment on s'est appliqué à le purifier et à le concentrer. On est enfin parvenu , par une suite d'opérations qui sont maintenant bien connues, à l'obtenir incolore et dépouillé de toute odeur empyreumatique, soit concentré comme le vinaigre radical, soit étendu au point de pouvoir remplacer avantageusement le vinaigre de table, ou être employé comme cosmétique. Voici en peu de mots la suite des opérations qu'on lui fait subir : On commence par le saturer avec de la craie (chaux carbonatée. ) On forme ainsi un acétate de chaux soluble, et la plus grande partie de l'huile empyreumatique se sépare sous forme de goudron et vient nager à la surface du liquide. On l'enlève. On décompose ensuite l'acétate de chaux par du sulfate de soude; il se fait du sulfate de chaux insoluble, qui entraine encore du goudron. On fait alors cristalliser l'acétate de soude , qui se trouve néanmoins très-coloré. On prend ce sel, on le place dans des
ACÉ 3o3 'chaudières de fonte, et on lui fait subir une calcination qui a pour but de détruire l'huile empyreumatique, dont une partie se volatilise et l'autre se carbonne. C'est ici le moment critique de l'opération; une chaleur trop faible ne détruirait pas complètement la matière empyreumatique; une chaleur trop forte ou trop longtemps continuée décomposerait l'acide acétique , et au lieu d'acétate on n'aurait que du sous-carbonate de soude, Après sa calcination , l'acétate de soude, redissous dans l'eau , donne des cristaux très-blancs. C'est de ces cristaux qu'on peut retirer à volonté de l'acide acétique faible ou concentré. Dans le premier cas , on décompose l'acétate par de l'acide sulfurique étendu d'eau et en quantité suffisante pour s'emparer de la soude et mettre à nu l'acide acétique; on sépare le sulfate de soude par cristallisation; on doit ensuite distiller l'acide acétique pour l'avoir pur, mais aqueux. Si l'on veut au contraire de l'acide acétique concentré , on dessèche l'acétate de soude, on l'introduit dans une cornue de verre ou dans une tourille , et on le décompose par l'acide sulfurique concentré , en favorisant par la chaleur le dégagement de l'acide acétique. Lorsqu'on fait usage du vinaigre de bois, on doit s'assurer qu'il ne retient ni acide sulfurique ni sulfate de soude. Il ne doit donc pas donner de précipité avec l'acétate de baryte. (j. pelletier).
Propriétés médicales et usages de l'acide acétique concentré. — L'acide acétique pur et concentré, ou vinaigre radical, est trop irritant pour pouvoir être employé à l'intérieur. Son administration, à une dose un peu considérable , peut même causer la mort, en déterminant une inflammation violente de l'estomac et des intestins. Ce n'est donc qu'appliqué à l'extérieur qu'il peut être de quelque usage en médecine. Comme il est très-volatil, on en fait respirer la vapeur aux personnes tombées en défaillance , en syncope, etc. Appliqué sur la peau, il en détermine la rubéfaction et produit même le soulèvement de l'épiderme ; on profite quelquefois de cette propriété pour l'employer à la formation de vésicatoires, M. le docteur Bonvoisin conseille, pour produire cet effet , d'appliquer sur la peau un morceau de taffetas d'Angleterre de la grandeur de l'ampoule q\té l'on veut former, après avoir humecté sa surface gommée avec de l'acide acétique concentré. Ce vésicatoire réussit principalement sur les femmes et les enfans, et en général sur les individus qui ont la peau mince et fine.
Le vinaigre radical pur ou étendu d'eau sert à la confection des
M ACÉ
acétates. On l'emploie également pour fortifier les vinaigres médicamenteux, et particulièrement le vinaigre antiseptique.
(a. richard. )
ACÉTITES , s. f. Nom donné par quelques chimistes aux acétates. Il y a dix-huit ou vingt ans que l'on désignait ainsi un genre de sels formés d'une base et d'acide acéteux, acide que l'on regardait comme différent de l'acide acétique, parce qu'il contenait , disait-on, une plus forte proportion de carbone : mais il est parfaitement démontré aujourd'hui que ces acides ne diffèrent que par la quantité d'eau qu'ils renferment. Aussi devrait-on bannir du langage chimique les mots acéteux et acétitc , auxquels on substituerait acétique et acétate. (j. pelletier. )
ACHE, s. f. (apium graveolens sylvestre); ombellifères , Jcss., pentandrie digynie, Lin.; plante bisannuelle indigène, dont toutes les parties ont une odeur aromatique, une saveur acre, chaude et légèrement amère. On employait autrefois la racine , les feuilles et les fruits ou semences ; la première seule est encore usitée de nos jours.
Propriétés et usages. — La racine d'ache a une odeur un peu vireuse, qui l'a rendue long-temps suspecte; cependant elle ne paraît point avoir de qualités nuisibles. On l'administre surtout comme diurétique. Les anciens la comptaient au nombre de leurs cinq racines apéritives majeures.
Doses et préparations. — Demi-once à une once en infusion dans un litre d'eau.
La racine d'ache entre dans le sirop des cinq racines, dans le sirop de chicorée composé, etc. On en fait une conserve.
ache céleri ou céleri, s. m. [apium graveolens sativum, ou apium clulçc , miller.) C'est la même plante que la précédente, mais cultivée, égayant ainsi perdu la plus grande partie de son activité. Le céleri est employé comme aliment; il est légèrement stimulant. (a. richard.)
ACHILLE ( tendon d' ) , Achillis tendo. C'est le tendon commun des muscles jumeaux de la jambe et soléaire, qui s'attache inférieureraent au calcaneum. Son nom vient du célèbre récit d'Homère, qui raconte que, pour rendre Achille invulnérable, Thétis, sa mère, le plongea dans les eaux du Styx en le tenant par le talon, seule partie de son corps qui resta accessible aux coups dé Paris. D'autres prétendent que ce tendon a été ainsi appelé ;i cause de sa force. La saillie qu'il forme en soulevant la peau est
ACI 3o5 surtout un sujet d'études pour les peintres et les sculpteurs, ôe teudon si fort se rompt quclcpiefois. (iiéclard.)
ACHILLÉE, s. f. [Voyez mille-feuille.)
ACHLYS, s. m. UkXÛs, caligo, brouillard. Plusieurs auteurs ont donné ce nom à l'obscurcissement de la vue produit par un ulcère superficiel de la cornée transparente; d'autres ont appelé aehlys cet ulcère lui-même. (j. cloquet.)
ACHORES, s. f. pl., achores , de d%âf>, ulcère de la tête, formé lui-même de la particule privative «, et de lieu, parce que chaque ulcère n'occupe qu'un petit espace. Le mot achores a été consacré depuis Hippocrate jusqu'à nos jours, pour désigner une maladie de la peau dont le cuir chevelu et la face sont le siège le plus ordinaire ; mais il existe une sorte d'obscurité dans les anciens sur l'espèce qu'ils ont voulu indiquer sous ce nom. Selon quelques auteurs, Yù^apis des Grecs serait la même maladie que le faous des Latins. Alexandre de Tralles assure, au contraire, que ces deux affections diffèrent l'une de l'autre, et il s'attache à démontrer ces différences. Galien regarde cette distinction comme peu utile. Lorry semble adopter la même opinion, puisqu'il embrasse dans un seul article la description des achores et celle du favus. Toutefois cette question intéressante de pathologie cutanée a été parfaitement éclaircie, dans ces derniers temps, par M. Alibert, dans ses belles recherches sur les teignes. D'après ce pathologiste célèbre , la dénomination d'achores doit être spécialement réservée à la teigne muqueuse, tinea mucijlua; mais, comme il est important de ne point isoler, dans des articles séparés , des points de doctrine qui se lient et s'enchaînent si intimement, nous réunirons et uous traiterons au mot teigne, toutes les espèces qui se rattachent V ce genre. [Voyez teigne.)
(biett.)
ACIDE, adj. pris subst. , acidum , du grec ukiç, pointe. On donne le nom d'acide à tout corps composé, solide, liquide ou gazeux, doué d'une saveur aigre ou caustique, en général, soluble dans l'eau, rougissant Yinfusum bleu de tournesol, jaunissant ou rougissant Thématine, et se combinant avec la plupart des bases salifiables, et particulièrement avec les alcalis pour former des sels.
Tous les acides, disons-nous, sont des corps composés : les uns contiennent deux élémens , tels sont les acides sulfuriquc et sulfureux; les autres sont constamment formés d'oxygène, • • ao
3o6 ACI
d'hydrogène et de carbone; exemple : tous les acides tirés du règne végétal; il en est qui renferment, outre ces trois élémens, de l'azote, tel est l'acide urique. On a pensé, jusque dans ces derniers temps, que l'oxygène taisait partie constituante de tous les acides, ce qui a fait donner à ce corps le nom de principe acidifiant : dans cette manière de voir, l'acide était toujours formé du principe acidifiant et d'un radical qui pouvait être simple ou composé. Il est maintenant reconnu qu'il existe plusieurs acides sans oxygène. Engagé dans une fausse route par l'idée qu'il devait y avoir dans un acide un radical et un principe acidifiant, on n'a pas manqué de qualifier de ce dernier nom Y hydrogène qui entre dans la composition des acides privés d'oxygène , en sorte que l'on a rangé les acides en deux sections, dont le caractère essentiel était d'avoir l'oxygène ou l'hydrogène pour principe acidifiant. Il suffit de la plus légère attention pour sentir combien ces distinctions sont inexactes; car, lorsque deux, trois ou quatre corps simples se réunissent pour former un acide, celui-ci ne doit pas ses propriétés à un de ces élémens exclusivement; elles résultent de la réunion de tous et de la manière dont les molécules sont arrangées. La dénomination de principe acidifiant nous paraît donc devoir être bannie de la science.
Les acides peuvent être solides , comme les acides borique, tartarique et oxalique, ou liquides comme les acides suifurique et nitrique, ou gazeux comme les acides carbonique, sulfureux, etc. Leur saveur est, en général, aigre ou caustique, ce qui dépend de leur nature et surtout de leur degré de concentration; eu effet, l'acide dont la causticité est tellement forte qu'il est impossible de le supporter sur la langue acquiert une saveur aigre ayant, à la vérité , quelque chose d'acerbe lorsqu'on l'étend de beaucoup d'eau, tandis que les acides qui offrent une légère saveur aigre quand ils sont affaiblis acquièrent une saveur très-acide par la concentration. Les acides sont presque tous solubles dans l'eau, ce qui fait que l'on peut obtenir à l'état liquide tous ceux qui sont gazeux et la plupart de ceux qui sont solides. Ils rougissent tous Yinfusurn de tournesol, la plupart à la température ordinaire, quelques-uns à la température de l'ébullilion; ce changement de couleur tient à ce que le tournesol est composé d'une matière rouge et de sous -carbonate de potasse dans lequel il y a un excès d'alcali, comme son nom l'indique : or, l'acide s'empare de l'alcali et met la couleur rouge à nu. Le caractère
ACr 307 dont nous parlons est tellement constant , que le tournesol est regardé par les chimistes comme le réactif des acides. Enfin, les acides se combinent avec la plupart des bases salifiables pour former des sels : dans beaucoup de cas cette composition est de nature telle que les propriétés des acides et des bases sont réciproquement neutralisées; il est des cas, au contraire, où ce nouveau composé jouit de propriétés acides ou des propriétés de la base : les premiers composés constituent les sels neutres, les autres portent le nom de sels acides ou de sels avec excès de base.
Nomenclature des acides. — Acides composés d'oxygène et d'un autre corps, appelés vulgairement oxacides. — Lorque l'oxygène, en se combinant avec un corps simple ne forme qu'un acide, celui-ci est désigné par le nom du corps simple auquel on ajoute la terminaison en ique ; ainsi on donne le nom d'acide borique au seul acide que forment le bore et l'oxygène. Si le corps simple peut, en se combinant avec diverses proportions d'oxygène, donner naissance à plusieurs acides, le moins oxygéné porte le nom du corps simple auquel on ajoute la terminaison en eux et que l'on fait précéder du mot hypo; celui qui contient une plus grande quantité d'oxygène est désigné de la même manière, si ce n'est que le mot hypo est supprimé; enfin le plus oxygéné de tous porte le nom du corps simple, auquel on ajoute la terminaison en ique : ainsi on dit acides hypophosphoreux , phosphoreux et phosphorique. Les acides formés d'hydrogène et d'une autre substance simple sont généralement connus sous le nom & hydracides . Chacun d'eux en particulier est désigné par le mot hydro, auquel on ajoute le nom de la substance simple et la terminaison en ique: on donne, par exemple , le nom d'acide hydro-sulfurique à l'acide formé d'hydrogène et de soufre. Cette dénomination est extrêmement vicieuse, comme nous l'avons fait sentir page 78 de nos Élémens de Chimie ( ae édition). Les acides composés de deux corps simples autres que l'oxygène et l'hydrogène, sont désignés par les noms de ces deux corps, dont le dernier est terminé en ique : ainsi on donne le nom d'acide phtoro-borique à l'acide formé de phtore et de bore. Les acides composés de trois ou de quatre élémens reçoivent en général leurs noms des substances qui les fournissent ou avec lesquelles on les prépare : on dit, par exemple, acides formique, quinique, urique, etc., pour désigner les acides contenus dans les fourmis, le quinquina et l'urine. Quelquefois aussi leur dénomination se rapporte à une de leurs
:îo8 agi
qualités essentielles, telle que la couleur, comme pour les acides rosaciquè et purpurique. Enfin les acides composés de plus de deux élémens et qui sont le résultat de l'action du feu sur d'autres acides, portent le nom de ces derniers, précédé du mot pyro : c'est ainsi qu'on dit acides pyrotartarique, pyromalique, etc.
É numération des acides par ordre alphabétique. — Acides acétique, allantoïque, ambréique, antimonieux , antimonique, arsénieux , arsénique, benzoïque, bolétique, borique, butirique, camphorique, carbonique, caséique, cétique, chlonique, chloro-cyanique, cholestérique , chromique, chya/.ique, citrique, columbique, delphiniqiie, ellagique, formique, fungiqùe, gallique, honigstique, hydriodique , bydrochlorique , hydrocyanique , bydropbtorique , bydrosélénique , bydrosulf'urique , liydrotellurique , hypùnitreux, hypopbosphoreux , hyposulfureux , hyposulfurique , igasurique, iodique, jatrophique , kramérique , laccique, lactique, lampique, malique, margarique , méconique, ménispermique , molybdeux, molybdique, morique , mucique, nitreux, nitrique, oléique, oxalique, pbosphatique, phosphoreux, phosphorique , plitoroborique , pbtorosilicique, purpurique, pyromalique, pyromucique, pyrosébacique, pyrotartarique, pyro-urique, quinique, rheumique, rosaciquè, sébacique, sélénique, silicique , strychnique, subérique, succinique, sulfureux, sulfurique,- tartarique , tungstique, urique et zumique. [Voyez ces mots.)
Sources des acides. — Les acides se trouvent souvent , dans la nature, tantôt libres, tantôt combinés; quelques-uns de ces acides naturels peuvent être obtenus par l'art; tels sont les acides oxalique, arsénique, etc. Il en est qui sont constamment le produit de l'art, du moins ils n'ont pas encore été trouves dans la nature; tels sont les acides margarique, phospliatique , subérique, etc. Il en existe un certain nombre qu'il nous est impossible de préparer de toutes pièces, et qui ne paraissent se trouver dans la nature que dans certaines circonstances; tel est l'acide rosaciquè que l'on sépare de l'urine de certains malades, et qui ne fait point partie de l'urine de l'homme en état de santé.
Classification des acides. — On distinguait autrefois les acides en minéraux, végétaux et animaux, suivant qu'ils appartenaient à l'un ou l'autre de ces trois règnes : cette classification ne facilitant en aucune manière l'étude, nous préférons adopter la sui
AGI 3og \ auto, basée sur la composition intime des acides, i" Aeides formés d'oxygène et d'un corps simple: tels sont les acides antimonieux , antimonique, ar^énieux, arsénique, borique, carbonique, chlorique, chromique, columbique, byponitreux, bypopbosphoreux , bj'posulmreux, hyposulfurique, iodique, molybdeux , molybdique, niti-eux, nitrique, phosphatique, phospboreux , phosphorique, sélénique, sulfureux, sulfurique, tungstique. 2° Acides formés d'hydrogène et d'un corps simple : tels sont les acides hydiiodique, bydrocblorique , hydrosélénique , bydrosulfurique , hydrophtorique et hydrotellurique. 3° Acides composés de phtore cl d'un corps simple, comme les acides phtorb-borique, phtorosilicique. 4° Acides composés d'oxygène et de deux corps simples, f bydrogène et le carbone : tels sont les acides acétique, benzoïque , butirique, camphorique, cétique, cbolestérique , citrique, delpbinique, ellagique, formique , fungique, gallique, bonigstique, igasurique, jatropbique, de la lacque en bâton, lactique, ma- Hque, margarique, méconique, ménispermique , morique, mucique, oléique, oxalique, préparé avec l'éther et le platine, pyromal ique, pyromucique, pyrotartarique, quinique, rosacique, de la x-bubarbe, sébacique, strycbnique, subérique, succinique, tartarique et zumique. 5° Acides composés d'hydrogène , de carbone et d'azote : tels sont les acides chyazique.et hydrocia nique. 6° Acides formés de chlore, de carbone et d'azote, comme l'acide chlorocyanique. 70 Acides composés d'oxygène , d'hydrogène, de carbone et d'azote , comme les acides allantoïque, caséique, jaune, purpurique et urique.
Propriétés physiques et chimiques des acides. — Il est impossible d'exposer d'une manière générale les propriétés physiques et chimiques des acides , ces propriétés n'étant pas les mêmes pour chacun d'eux : nous avons indiqué au commencement de cet article le petit nombre de caractères généraux de cette classe de corps. ( V oyez leurs histoires particulières )
Usage des acides en médecine. — Considérés sous le rappopt médical, les acides sont loin de présenter tous le même intérêt; en effet, plusieurs d'entre eux n'ont pas encore été employés et ne font partie d'aucune substance médicamenteuse : aussi bornerons-nous leur histoire particulière à quelques mots seulement. Il en est d'autres dont on n'a pas encore fait usage en médecine , mais qui font partie constituante de certains médicamens plus ou moins actifs ou de quchpics matières animales ; tels
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sont les acides méconique, quinique, allantoique, urique, etc Enfin, les antres servent journellement dans le traitement des maladies. Ce serait ici le cas d'exposer d'une manière générale le mode d'action et les divers usages des acides rangés dans ce dernier groupe, si les effets qu'ils produisent sur nos organes étaient toujours semblables, et s'ils étaient constamment employés aux mêmes usages ; mais il n'en est pas ainsi. D'abord , quelques-uns d'entre eux , lorsqu'ils ont été convenablement concentrés , ne servent qu'à cautériser les parties du corps qu'ils touchent; il en est qui, après avoir été considérablement étendus d'eau, sont employés comme rafraîchissans et font la base des boissons acidulés : enfin , quelques-uns d'entre eux ne sont jamais employés aux usages dont nous venons de parler, et semblent propres à remplir des indications particulières; tels sont, par exemple, les acides borique, benzoïque, etc.
Acides concentrés. — Ces acides sont rangés parmi les poisons irritans les plus énergiques , susceptibles de déterminer la mort dans un très-court espace de temps, lorsqu'ils sont introduits dans l'estomac. ( Voyez poison. ) On ne les administre jamais à l'intérieur. Appliqués sur la surface du corps, ils irritent, enflamment et détruisent les tissus; ils agissent, en un mot, comme esebarotiques : néanmoins on les emploie souvent à l'extérieur, et avec succès, pour détruire les poireaux, les verrues, la pustule maligne, etc., comme nous le dirons plus particulièrement en parlant de chacun d'eux; ils entrent aussi dans la composition de certains onguens dont on se sert pour exciter la peau dans quelques maladies chroniques de cet organe. Acides trèsétendus d'eau. ( Voyez Acidulés. ) Acides qui ne sont jamais employés pour remplir les indications précédentes , et dont on fait cependant usage en médecine. ( Voyez leurs histoires particulières. )
ACIDITÉ , s. f. , aciditas ; mot par lequel on exprime la propriété que possèdent certains corps, de déterminer, par leur application sur les organes du goût ou de l'odorat, une sensation particulière plus ou moins vive et pénétrante, qu'on ne peut mieux caractériser que par l'expression qui la désigne. L'acidité n'appartient pas seulement aux acides simples, elle s'observe encore dans un grand nombre de substances composées qui contiennent un acide, à l'état de combinaison, comme dans cerlains sels, etc.; ou seulement mêle à d'autres principes, soit que l acide,
AGI 3xi dans ce dernier cas, existe naturellement, Ou qu'il se soit accidentellement développé par la fermentation. La thérapeutique , dans des indications diverses, s'est utilement servie des corps qui sont doués d'acidité. ( V oyez acide et acidulé. )
L'acidité des humeurs était jadis une des principales espèces d'acrimonie. Cette propriété était considérée, dans les humeurs en circulation, comme la cause prochaine d'une foule de maladies. [Voyez acrimonie.) Elle est entièrement rejetée de nos jours, ou du moins n'est plus admise qu'avec les plus grandes restrictions; mais les humeurs sorties des vaisseaux où elles circulent manifestent quelquefois évidemment une acidité très-prononcée et dans l'état de maladie et dans l'état de santé même; l'odorat et le goût la distinguent assez souvent dans la sueur , le lait , l'urine, etc. ( Voyez les articles de physiologie et de seméiotique qui ont trait aux sécrétions et à leurs produits. )
Enfin, soit parle défaut d'action assimilatrice des voies digestives, soit par la disposition acescente des substances ingérées, les liquides ou les gaz contenus dans l'estomac présentent quelquefois une acidité qui y détermine une irritation plus ou moins forte. î V oyez aigreurs , soda , pyrosis. ) (e. del.)
ACIDULE, adj. , acidulus. — Cette expression , qui n'est qu'un diminutif d'acide, s'applique à tous les acides très- affaiblis , à certains sels, comme le tartrate acidulé de potasse [voyez ce mot); mais particulièrement aux sucs acides des végétaux. La plupart des acides minéraux, même affaiblis, conservent presque toujours un certain degré d'âpreté, et ne deviennent des acidulés que lorsqu'ils sont dissous en petite quantité dans un très-grand volume d'eau; ils forment alors des espèces de limonades minérales. C'est ainsi qu'on emploie quelquefois comme acidulés quelques gouttes des acides sulfurique, nitrique, hydrochlorique, dans deux livres d'eau sucrée, et que les eaux chargées d'acide carbonique sont considérées comme acidulés; mais ce sont principalement les acides végétaux qui nous fournissent le plus grand nombre d'acidulés. Les acides citrique , malique, oxalique, tartarique, gallique, presque toujours mélangés et amalgamés entre eux, et associés à des gelées végétales, des gommes, des fécules, des matières sucrées et colorantes de différente nature, nous offrent beaucoup d'acidulés tous formés dans une foule de végétaux indigènes ou exotiques , qui sont répandus avec profusion dans tous les pays et presquo
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sous toutes les latitudes. Les sucs des citrons , des limons , des oranges, des grenades, des groseilles, des tomates, des cerises, des mûres, des framboises, des fraises, des airelles, des raisins, des pommes, des poires, des pêches, des abricots, des pulpes de casse, de tamarin; ceux qui sont conîenus dans les feuilles et les. tiges de plusieurs espèces d'oseille, dans celles du rheum-ribes, des vrilles de la vigne, etc., donnent à la thérapeutique un grand nombre d'acidulés différens, suivant la nature et la proportion des principes immédiats qui entrent dans leur composition. L'acide acétique, qui est le produit de la fermentation et de la distillation de plusieurs substances végétales, fournit aussi, lorsqu'il est adouci par l'eau, l'un des acidulés les plus recomrnandables et les plus généralement employés.
On obtient les sucs acidulés, soit en exprimant à froid les fruits acides dont le sarcocarpue est très-épais, soit en les faisant bouillir dans l'eau; mais il est à remarquer que la décoction des fruits acides altère un peu leurs principes immédiats, les prive de leur arôme, rend la gelée moins facile à concréter, affaiblit les acides et charge en outre la décoction de beaucoup plus de principes gélatineux, albumineux, féculens, etc., que n'en contiendraient les sucs recueillis par une simple expression. On emploie rarement les sucs acidulés purs : tantôt on les fait dissoudre dans l'eau pour en faire usage de suite, soit en lofions, soit en boissons; tantôt on les concentre sous forme de sirops , de gelées ou de confitures, en y ajoutant suffisante quantité de sucre pour les conserver.
Des propriétés immédiates des acidulés et des médication* qu'on peut obtenir par leur emploi. — Les sucs acidulés purs ou dissous en très-grande proportion dans une petite quantité d'eau, produisent, lorsqu'ils sont appliqués sur la peau et surtout sur les membranes muqueuses, une sensation assez vive et piquante et une sorte d'astriction qui d'abord refoule le sang des vaisseaux capillaires dans ceux qui leur donnent naissance. Les lotions fortement acidulées, surtout lorsqu'elles sont froides ou presque froides, arrêtent les hémorrhagies des vaisseaux capillaires et décolorent momentanément la peau, comme les gargarismes fortement acidulés blanchissent les membranes muqueuses de la bouche et du pharynx. Cet effet astringent, quelquefois douloureux, suivant le degré de sensibilité de la partie sur laquelle on applique les acidulés, est aussitôt accompagn: d'une sensation
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momentanée de fraîcheur, mais à laquelle suecède promptement une réaction caractérisée par un peu de chaleur et un afflux plus considérable de sang dans les parties dont il avait d'abord été "refoulé. Cette propriété est d'autant plus remarquable que la peau et les membranes muqueuses sont plus colorées et plus enflammées. Les acidulés affaiblis par l'eau produisent une impression moins vive que les acidulés purs, mais analogue; il en est de même pour les acidulés en vapeurs.
Employées à l'intérieur, les boissons acidulés, affaiblies et adoucies encore par l'addition du/-5iicre, déterminent, chez le plus grand nombre des individus , une sensation agréable de fraîcheur dans le pharynx et l'œsophage, qui se répand bientôt dans l'estomac et tout le canal intestinal, et est suivie d'une sorte de calme et de bien-être. Cet effet est d'autant plus remarquable que la soif est plus vive, la chaleur plus élevée et la peau plus sèche. On remarque souvent alors que ces boissons acidulés agissent à l'intérieur comme les affusions acidulés sur la peau , en diminuant la chaleur et l'accélération du pouls; ce qui a fait considérer les boissons acidulés comme tempérantes et rafraîchissantes. L'usage continué des boissons acidulés, en titillant légèrement l'appareil gastro-intestinal , réveille l'appétit , sollicite et accélère souvent le mouvement péristaltique et détermine, par cette raison, des évacuations intestinales plus fréquentes, en agissant à la manière de certains laxatifs. Cet effet laxatif est plus marqué chez certains individus, et dans quelques circonstances que dans d'autres; de sorte que les acidulés provoquent quelquefois la diarrhée.
Les effets immédiats des boissons acidulés ne sont pas toujours les mêmes. Elles causent souvent chez certains individus qui ont l'estomac faible, mais irritable, une douleur épigastrique légère , avec un sentiment d'astriction et de pesanteur qui souvent même se communique au système nerveux,, et excite une sorte d'agacement et d'irritation générale. Plus les boissons acidulés sont concentrées, plus cette espèce de gastrodynie est remarquable : aussi observe-t-on que ceux dont l'estomac supporte difficilement les sucs acidulés dissous dans l'eau s'accommodent quelquefois des limonades cuites , dans lesquelles la décoction des parenchymes affaiblit la force de l'acidulé. Les boissons acidulés provoquent aussi chez plusieurs individus de légères coliques, et agissent à la manière des lavemens acidulés, qui en général excitent des contractions douloureuses des gros intestins , et
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par suite l'évacuation des matières fécales qui y sont contenues.
Les boissons acidulés long-temps continuées cessent d'exciter l'appareil gastro-intestinal , et finissent même par l'affaiblir en altérant le mode de sensibilité de ces organes: aussi s'opposent-elles à la nutrition et déterminent-elles l'amaigrissement. On a même cru observer que, chez ceux qui avaient fait abus des boissons acidulés , les membranes de l'estomac étaient très-décolorées et très-minces; mais n'a-t-on pas attribué dans ce cas à l'usage des acides ce qui était plutôt l'effet de l'épuisement causé par la longueur de la maladie.
L'action immédiate des acidulés sur les organes de la respira tion est très-remarquable, surtout lorsque ces organes sont irritables ou déjà malades. Alors les acidulés ajoutent, à cette disposition primitive, de l'enrouement ou une extinction de voix, et augmentent les douleurs 'de poitrine et la toux chez ceux qui en sont déjà affectés. Cet effet a souvent lieu très-promp tement et au moment où les acidulés sont à peine introduits dans l'estomac , ce qui est sans doute alors le résultat ou d'une action sympathique ou d'une espèce d'absorption directe ; car on ne peut l'attribuer, comme l'ont pensé quelques physiologistes, à l'irritation produite par les molécules acides entraînées avec le sang dans le torrent de la circulation. En supposant que ces molécules acides non décomposées pmssent circuler dans nos vaisseaux avec le sang , ce qui est loin d'être prouvé, elles ne pourraient être absorbées au moment même où elles sont à peine ingérées dans l'estomac, et par conséquent circuler aussi promptement dans les poumons.
Quoi qu'il en soit, il résulte de l'ensemble des propriétés immédiates des acidulés, que l'on peut obtenir par leur emploi plusieurs médications locales ou générales , différentes selon l'idiosyncrasie , et surtout suivant l'état morbide dans lequel se trouvent les individus , et la manière dont on les administre. L'application des acidulés purs ou dissous dans l'eau sur la peau et les membranes muqueuses enflammées et ulcérées, détermine d'abord une répulsion plus ou moins forte du sang contenu dans les capillaires, et par conséquent une sorte d'astriction et de répercussion quelquefois accompagnée d'irritation et de douleur. Ces effets des acidulés rentrent alors dans la classe des médications locales astringentes, excitantes et même quelquefois irritantes, suivant l'état différent des organes. Lorsque la peau et les
ACI 3i5 membranes muqueuses sont presque dans leur état naturel, les acidulés agissent seulement comme de légers astringens. Quant aux boissons acidulés , si les organes gastro-intestinaux sont dans un état saburral ou surchargés de bile, elles produisent alors sur ces organes seulement une irritation salutaire et sont préférables à toutes les autres boissons. Si la soif est vive, que la chaleur de la peau soit élevée et accompagnée de beaucoup de fièvre, les boissons acidulés agissent dans ce cas comme tempérantes et rafraîchissantes, pourvu toutefois,quel'estomac, les intestins et les organes de la respiration ne soient pas dans un état d'irritation et d'inflammation trop considérable. C'est aussi dans ces mêmes circonstances qu'on obtient quelquefois un effet laxatif par l'usage des boissons acidulés continuées quelque temps. Les médications qu'on provoque à l'aide des acidulés peuvent donc , selon les circonstances différentes, se rapporter tantôt aux médications astringentes , excitantes et même irritantes , tantôt aux médications tempérantes, rafraîchissantes ou laxatives.
De l'emploi thérapeutique des acidulés. — Les acides minéraux hydrochlorique , sulfurique, nitrique, affaiblis par l'eau et associés avec le miel ou d'autres substances , sont employés comme excitans dans les inflammations aphteuses, couenneuses et gangréneuses des membranes muqueuses delà bouche, du pharynx, des fosses nasales et du vagin. Les solutions acétique , citrique , etc. , servent aux mêmes usages. Certains ulcères de mauvais caractère reçoivent une impression très-efficace de l'action de ces acides réduits en vapeur. L'acide oxalique, l'oxalate de chaux et le tartrate acidulé de potasse , appliqués en poudre sur la surface de certains ulcères atoniques , agissent à peu près de la même manière. Les tranches de citron et ce suc acidulé pur ont été avec raison très-recommandés dans la pourriture d'hôpital, et je les ai employés aussi avec un très-grand succès dans l'espèce de pourriture scorbutique qu'on observe fréquemment sur les ulcères scrofuleux. Les médications astringente et excitante qui résultent de l'action de ces sucs acidulés sur les ulcères sanieux en général, sont bien supérieures, dans beaucoup de cas, à celles que peuvent produire tous les autres excitans employés seuls ou même réunis aux toniques. Les feuilles d'oseille pilées peuvent remplacer les tranches de citron. On fait aux Antilles un usage banal des frictions avec les citrons , sur toute la surface du corps , dans la fièvre jaune.
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C'est à la médication astringente des acidulés qu'on doit attribuer l'effet répercussif de l'oxycrat et de toutes les solutions acidulés dans l'urticaire, l'érysipèle, plusieurs espèces de dartres furfuracées et dans l'inflammation qui succède à la piqûre de certains insectes : aussi ne doit-on appliquer qu'avec une extrême réserve les solutions acidulés à la surface de la peau enflammée, parce que la répercussion de ces inflammations est souvent dangereuse.
Les boissous acidulés sont très-utiles dans plusieurs affections gastro -intestinales, principalement dans toutes les affections saburrales et bilieuses , où il est nécessaire de ranimer légèrement l'activité de ces organes sans les irriter, et d'agir en même temps sur les liquides muqueux et biliaires, qui sont alors souvent surabondans et altérés dans leurs principes. L'usage des différentes limonades minérales, mais surtout végétales, les sirops acidulés dissous dans l'eau et l'oxymel remplissent parfaitement ces indications : aussi ces boissons sont-elles employées avec succès dans les fièvres bilieuses et gastro-intestinales simples et compliquées , dans les gastrites légères et les gastro-entérites , adynamiques et ataxiques. La médication légèrement excitante et rafraîchissante, produite par les boissons acidulés, est surtout très-recommandable dans tous ces cas, lorsque l'irritation gastro- intestinale n'est pas portée à un très -haut degré, et que la soif et la chaleur de la peau exigent impérieusement l'usage des boissons tempérantes et rafraîchissantes. Si la constipation est opiniâtre, le médecin doit choisir parmi les acidulés ceux qui sollicitent d'une manière plus prononcée l'action péristaltique intestinale , telles que les décoctions de pulpes de pruneaux acides , de tamarins ou de casse. Dans le cas contraire, où la diarrhée accompagne l'affection gastro-intestinale, les acidulés les plus doux ou associés avec la gomme et les mucilages sont ceux qui doivent être préférés. Si le canal intestinal est affecté d'hémorrhagies passives, on doit faire usage des acidulés minéraux, comme étant plus astringens; mais, si ces hémorrhagies ont lieu dans les poumons, et qu'il soit nécessaire de tenter les acidulés minéraux, il faut recourir aux acidulés mitigés avec des substances gommeuses ou sucrées; et, si on craint d'irriter le système nerveux, employer les acidulés élhérés sulfu- .rique f-t nitiuque , connus sous le nom d'eau de Babil et d \tsj>rit de nitre dulci/îé. L'eau chargée spontanément ou artificiel-
ACI Uj lement de gaz acide carbonique est un acidulé précieux dans beaucoup de maladies aiguës ou chroniques ; elle est surtout très-utile lorsqu'il est nécessaire de rétablir les organes digestifs fatigués par Une légère phlegmasic; elle agit alors comme excitante; et dans les vomissemens dépendans d'une très-légère irritation gastrique, elle parait au contraire tempérante et sédative. Les bons effets de la décomposition du carbonate de soude dans l'estomac, lorsqu'il est affecté de ces vomissemens qu'on appelle nerveux, dépendent principalement du dégagement de l'acide carbonique.
On a beaucoup recommandé les boissons acidulés, et surtout l'acide acétique dissout dans l'eau, dans l'empoisonnement par l'opium; mais M. Orfila a prouvé par l'expérience que l'eau vinaigrée ne doit être administrée qu'après l'expulsion de l'opium par le vomissement ; si on la donnait avant , elle favoriserait l'absorption en dissolvant la partie la plus active du poison, et donnerait lieu à des accidens graves.
On a souvent, dans les maladies aiguës et chroniques, combiné avec avantage les boissons acidulés avec les amers. On administre avec succès les décoctions acidulées de plantes chicoracées ou de quinquina dans certaines fièvres continues ou intermittentes , accompagnées d'évacuations intestinales très-fétides, putrides et vermineuses. Les acidulés ajoutent alors leur propriété à l'action tonique et astringente des amers.
De l'emploi hygiénique des fruits acidulés. Voyez aliment.
(cUERSENT. )
ACIER, s. m., chalybs , en grec ^â,Xu^. Nom donné à un composé de carbone et de fer, dans lequel on trouve depuis un jusqu'à vingt millièmes de carbone : le meilleur est celui qui en contient de sept à huit millièmes. L'acier existe dans la nature, comme l'a prouvé Mossier qui en a trouvé un marc pesant seize livres six onces, dans le département de l'Allier. Il est solide, brillant, ductile, malléable, insipide, inodore, plus léger que le fer, susceptible de prendre un beau poli, d'une structure granuleuse, et jouissant au plus haut degré de la propriété d'être attiré par l'aimant. L'acier peut être trempe , en le plongeant subitement dans des liquides froids, après avoir été fortement chauffé : ces liquides sont l'eau, le mercure, les acides, les huiles : il acquiert alors de nouvelles propriétés , il est plus élastique , plus dur, moins pesant, et fragile. Il suffit de le chauffer fortement et de le laisser refroi-
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dit lentement, pour lui rendre les propriétés qu'il possédait avant d'avoir été trempé. On distingue, dans les arts, X acier naturel ou de fonte ou d 'Allemagne , Y acier de cémentation , et Y acier fondu. On obtient le premier en chauffant fortement un mélange de charbon et de fonte grise. L'acier de cémentation se fait en plaçant alternativement, dans un fourneau carré , plusieurs couches de matières charbonneuses et des barres de fer de dix à quinze millimètres d'épaisseur, et en élevant la température jusqu'à 80 ou go degrés du pyromètre de Wedgwood. Enfin on prépare l'acier fondu , en chauffant dans un creuset l'acier de cémeirtation réduit en fragmens et recouvert d'un flux fait avec du verre de bouteille pilé ou de la poudre de charbon. L'acier a été connu des anciens. Aristote a donné une description incomplète du procédé qu'il fallait suivre pour l'obtenir. Pline et Justin en ont parlé sous le rapport de la trempe.
L'acier n'est guère employé en médecine : quelques praticien* prescrivent cependant la limaille d'acier dans les cas où la limaille de fer est indiquée. Ce dernier médicament contenant quelquefois des parcelles de cuivre, et pouvant ainsi devenir nuisible à l'économie animale , ce n'est que sous ce rapport qu'il peut être avantageux d'administrer la limaille d'acier, qui est ordinairement plus pure -que celle de fer, mais dont les propriétés médicales sont absolument les mêmes. Quelques pharmaciens préparent avec la limaille d'acier porphyrisée la boule de Nancy, ou tartrate de potasse et de fer. Enfin la pommade connue sous le nom de baume d'acier contient une certaine quantité de carbure. La chirurgie fait de l'acier un usage beaucoup plus étendu : la plupart des instrumens qu'elle emploie, tels que les rasoirs, les bistouris, les lancettes , les couteaux à amputation , etc. sont en acier fondu. Les deux autres espèces d'acier servent à confectionner les pinces et autres instrumens de ce genre. Les forceps se fabriquent avec un mélange de parties égales d'acier et de fer. (orfila.)
ACIÉSIE, s. f. , aciesis, de tt privatif et de xvu>, concevoir. Nom donné par Vogel à la stérilité de la femme. ( Voyez stérilité. )
ACINESIE, s. f., acinesia , de a. privatif et de xtyuv, mouvoir. Galien appelle ainsi l'instant de repos qui sépare la systole de la diastole des artères. ( Voyez pouls.)
ACINI, mot latin, ou arilli. Ce mot, qui désigne proprement des petits grains de fruits, a été introduit dans le langage anato-