‹ Dictionnaire de médecine [electronic resource]Chapitre 37 sur 56 · ROUX · texte numérisé non relu

ROUX

AIGREMOINE , agrimonia , eupatorium , Lin. ; rosacées , Juss. ; dodécandrie digynie. Lin. Cette plante, très-commune le long des chemins et sur la lisière des bois, est vivace; sa tige, haute d'un pied à deux, est velue , et porte à sa moitié supérieure des fleurs jaunes disposées en épi. Ce sont les feuilles et la racine que l'on emploie.

Propriétés et usages. Les feuilles et même les racines de l'aigremoine sont légèrement astringentes et employées comme détersives : en décoction dans l'eau, on en forme des lotions, et surtout des gargarismes. On peut également faire des cataplasmes avec son herbe fraîche. Nous ne parlerons point ici des propriétés merveilleuses que quelques auteurs ont attribuées à cette plante pour la guérison des maladies du foie et de la rate , et même des calculs urinaires. L'expérienee n'a point confirmé ces vertus exagérées, et aujourd'hui l'aigremoine n'est plus guère employée que comme détersive. ( a. richard. )

AIGREURS , s. f. pl. On nomme ainsi la régurgitation de liquides aigres qui remontent de l'estomac dans le pharynx et dans la bouche , où ils causent une sensation très-désagréable. Ce phé-

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nomène, qui se reproduit chez beaucoup d'individus à des intervalles fort courts, peut dépendre de causes très -variées. Quelquefois il est dû à l'usage d'alimens acides ou âcres , de boissons acerbes, incomplètement fermentées; mais dans le plus grand nombre des cas, il est lié à l'existence de quelque maladie, soit de l'estomac , soit d'un autre viscère ou même de toute 1 économie. On l'observe particulièrement dans quelques variétés de l'embarras gastrique, dans le cancer de l'estomac, dans quelques inflammations du péritoine, dans l'hypochondrie , la chlorose. On emploie communément pour les combattre les substances terreuses, et surtout la magnésie pure, qui rend en général les aigreurs moins fréquentes , qui peut même les suspendre pour quelques heures , mais qui n'agit pas contre la cause de ce phénomène et n'en prévient par conséquent pas le retour. ( Voyez

ABSORBANS. ) ( CHOMEL. ]

AIGU, adj. Cet adjectif est employé dans le langage médical avec les mots douleur et maladie. On nomme douleur aiguë, celle qui est vive et comparable à la sensation que produirait un instrument aigu, enfoncé dans la partie affectée. Sous le nom de maladies aiguës , on désigne communément toutes les affections dont la durée ne s'étend pas au delà du quarantième jour. On les avait subdivisées autrefois en très- aiguës (morbi acutissimi) qui duraient au plus trois à quatre jours; sub-très-aigues (morbi subacutissimi) qui en duraient sept; aiguës proprement dites (morbi acuti) dont la durée était de quatorze à vingt jours; sub - aiguës , (morbi sub-acuti) qui se prolongeaient depuis vingt jusqu'à quarante. Ces divisions scolastiques sont tombées en désuétude. Les maladies qui se prolongent au delà du quarantième jour, entrent dans la classe des affections chroniques. ( Forez chroniques. )

C'est surtout d'après la durée que les maladies ont été distinguées en chroniques et en aiguës. Toutefois nous pensons qu'il en est un certain nombre qui sont aiguës par leur marche, bien qu'elles appartiennent par leur durée aux maladies chroniques, comme il en est d'autres qui ont une marche chronique lors même que par leur durée elles appartiendraient aux maladies aiguës. Une maladie doit être considérée comme aiguë, lorsque le développement de la succession et l'intensité des symptômes qui la caractérisent , annoncent qu'elle se terminera dans un court espace de temps : lorsqu'au contraire ses symptômes se dévelop-

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peut , s'accroissent , se succèdent avec lenteur , sa marche est essentiellement chronique. Une fièvre intermittente tierce est encore, au bout de vingt-cinq accès, une maladie aiguë; une paralysie idiopathique est, dès son début même, une maladie chronique, bien qu'il arrive quelquefois qu'elle se termine avant le quarantième jour, (chomel.)

AIGUILLE, s. f. , ficus. Instrument long, grêle, et le plus ordinairement pointu, affecté à plusieurs opérations différentes. Cette première explication du mot indique assez que nous n'entendons parler ici ni de l'aiguille ou des aiguilles de toutes sortes, considérées comme corps étrangers susceptibles de pénétrer accidentellement dans nos parties, d'y séjourner même , et d'occasioner des accidens plus ou moins graves (voyez corps étrangers j, ni de l'aiguille ordinaire ou commune qu'on fait servir à la confection des appareils. Il s'agit exclusivement de l'aiguille chirurgicale, instrument emprunté aux arts, et très-probablement introduit dans la pratique des opérations après avoir été d'un usage vulgaire. C'est une tige ou verge métallique qu'on fait pénétrer plus ou moins profondément dans les parties molles, soit qu'on doive l'en retirer après peu d'instans sans la remplacer par aucun autre corps, soit qu'elle doive, au contraire, y faire elle-même un séjour plus ou moins long ; soit enfin qu'un corps quelconque et le plus ordinairement une ligature, qu'elle entraine après elle , et dont elle a préparé le passage, doive lui être substitué.

On ferait bien, je crois, de ne pas appliquer le nom d'aiguille à tant dinstrumens divers. Ceux -là seulement sont de véritables aiguilles qui traînent après eux un fil ou une mèche auxquels ils ont préparé la voie : pour cela, ils ont une pointe plus ou moins acérée, et sont perces , soit près de cette pointe , soit, et plus ordinairement, non loin de l'extrémité opposée , d'un chas destiné à recevoir le corps qu'ils servent à conduire dans l'épaisseur de nos parties. Les verges métalliques qu'on emploie pour la suture entortillée, et qu'on nomme aiguilles à bcc-rle-lièvre, scraienï.mieux nommées épingles a bec-cle-lièvre ou à suture : en effet, terminées ou non en fer de lance, elles ont une pointe acérée, mais n'ont point de chas ou d'ouverture; on peut même les remplacer par des épingles ordinaires. Pareillement, je serais fort disposé à ne ranger parmi les aiguilles ni l'instrument qui sert à l'opération de la cataracte par abaissement, ni les stylets grêles et pointus avec lesquels on peut pratiquer l'acupuncture, ni l'instru-

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ment qu'on substitue quelquefois à la lancette pour l'insertion de différens virus, et particulièrement pour la vaccination : ces mstrumens divers manquent d'un des traits principaux de construction des véritables aiguilles : ils sont grêles et pointus, mais ils sont dépourvus de chas ou d'ouverture, la plaie faite par chacun d'eux ne devant recevoir aucun autre corps. C'est une disposition toute contraire qu'on remarque dans quelques autres instrumens d'un usage assez fréquent en chirurgie , qu'on considère aussi comme des aiguilles d'une sorte particulière, et qu'il serait mieux de nommer simplement stylets conducteurs : ces instrumens ne sont pas piquans, ils se terminent par une extrémité mousse ou olivaire; mais un chas est pratiqué près de leur autre extrémité, ou bien ils présentent là quelque autre disposition qui en tient lieu, tel qu'est le tarau dont est creusé la tête du stylet de Foubert pour l'opération delafistuleà l'anus par la ligature, tarau destiné à recevoir l'un des bouts d'un fil de plomb. «

Puisque l'usage s'est introduit d'assimiler aux aiguilles proprement dites des instrumens divers qui n'offrent qu'à demi les caractères de ceux-là , il faut alors reconnaître trois sortes principales d'aiguilles : i° des aiguilles à pointe plus ou moins acérée, et percées d'une ouverture qui peut être ou ronde, ou carrée, ou déforme alongée, laquelle ouverture est désignée sous le nom à'œil ou de chas indistinctement ; 2° des aiguilles également pointues , mais dépourvues de chas ; 3° enfin , des aiguilles à chas , mais non piquantes. Ces différences entre les aiguilles sont en rapport avec la destination très-variée de cet instrument. Il en est de même des variétés que présentent les aiguilles relativement à la matière avec laquelle elles ont été construites , à leur forme, à leurs dimensions, etc.; variétés nombreuses, pour ne pas dire infinies , et qu'il faut que nous indiquions d'une manière générale avant de considérer les aiguilles sous le rapport des circonstances diverses dans lesquelles on en fait usage.

Quelques aiguilles sont en or, en argent, d'autres en cuivre étamé ; mais la plupart sont en acier : on pourrait en faire en platine. En conséquence, il en est qui sont flexibles, tandis que les autres, et celles-ci forment le plus grand nombre , sont raides et inflexibles. Il y a des aiguilles droites; d'autres, au contraire, sont courbes dans une partie ou dans la totalité de leur longueur. Presque toules les aiguilles droites sont ou coniques ou cylindriques : les aiguilles courbes sont presque tontes aplaties; elles lo

AIG 445 sont le plus ordinairement dans le sens de leur courbure; on ne connaît même d'aplaties d'un côté à l'autre que les aiguilles dont Meynard et Bienaise avaient proposé l'usage pour la suture des tendons. Les aiguilles courbes , et l'on désigne communément ainsi celles qui le sont dans la totalité ou du moins dans la plus grande partie de leur longueur, sont particulièrement destinées à la ligature ou médiate ou immédiate des vaisseaux, et à quelques espèces de suture. Ensuite, quelle variété entre les aiguilles sous le double rapport de leur grosseur et de leur longueur, même parmi les aiguilles du même genre! Veut-on faire la suture entortillée de l'une des paupières, il faut employer de très-petites épingles qu'on nomme camions : de grosses épingles ou des aiguilles à pointes en fer de lance, longues d'un pouce et demi, ne le sont pas trop pour pratiquer la même suture dans quelques opérations de bec-de-lièvre, de même qu'après l'amputation de quelques tumeurs cancéreuses à la lèvre inférieure. Les aiguilles courbes doivent bien toutes représenter la moitié d'un cercle ou à peu près; mais selon la disposition des parties sur lesquelles on doit les faire agir, il en faut de petites, de moyennes ou de grandes. Les plus grandes qu'on emploie, ou plutôt qu'on ait employées, font partie d'un cercle dont le diamètre a deux pouces ou deux pouces et demi; les plus petites dont on se soit servi jusqu'à présent font la moitié d'un cercle qui n'est pas plus étendu que le diamètre des précédentes : j'en ai fait construire de plus petites encore, et j'ai trouvé quelque avantage à m'en servir pour la suture du voile du palais, opération nouvelle que je propose de nommer staphyloraphie , et qui sera décrite ailleurs. ( V oyez ce mot. ) Presque toutes les aiguilles représentent un instrument simple , sous ce rapport qu'aucune partie accessoire n'y est ajoutée , et qu'ainsi on le fait agir avec la main immédiatement : dans quelques cas, cependant, on ne peut s'en servir qu'avec l'aide d'un autre instrument qu'on nomme porte- aiguille [voyez ce mot) : et même, pour quelques aiguilles, cet autre instrument est fixe, c'est-à-dire que l'aiguille elle-même tient à une tige plus ou moins longue, et montée sur un manche; telle est, parmi les aiguilles droites, l'aiguille pour l'abaissement de la cataracte; et parmi les aiguilles convexes, telle est celle de Gérard pour la ligature de l'artère intercostale, ou encore celle de Casa-Major ou de M. Descbamps pour la ligature de toute artère, et surtout d'une artère un peu profondément située. Quelques auteurs disent qu'il y a des aiguilles à gaîne : mais

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raisonnablement on ne peut pas ranger le pliaryngotome, le troisquarts, la sonde à dard parmi les aiguilles; ce sont des intrumcns d'une autre sorte, qui ont même chacun un caractère particulier.

Nous venons de considérer les aiguilles sous le rapport des variétés générales qu'elles présentent : ce qu'il y aurait à faire maintenant, si nous devions en donner ici une description complète, ce serait de décrire celles de chaque sorte en particulier, d'indiquer les variétés qui leur sont propres, leur meilleur mode de construction, et la manière d'en faire usage. Mais les différentes sortes d'aiguilles sont destinées presque toutes pour des opérations fort différentes les unes des autres : ces opérations seront décrites chacune en particulier sous leur titre respectif; et c'est à l'histoire de chacune d'elles que, pour plus de régularité dans le plan général de cet ouvrage, doit être renvoyée la description des aiguilles de chaque sorte. Cependant nous devons indiquer les cas si divers dans lesquels les aiguilles sont mises en usage, ne serait-ce que pour énumérer d'une manière plus complète que nous ne l'avons fait jusqu'ici, les instrumens de ce genre, et pour indiquer ici dans quel article de cet ouvrage doit se trouver la description de chacun d'eux. Peut-être ne sera-t-il pas sans quelque intérêt de faire ce dénombrement des diverses aiguilles employées dans les opérations chirurgicales, en les rapportant à quelques sortes principales d'après leur destination; et cette division des aiguilles sera celle que nous avions fait pressentir, plutôt que nous ne l'avions indiquée positivement dans les premières lignes de cet article.

Dans quelques cas, ai-je dit, une aiguille est l'instrument direct d'une opération : elle y sert immédiatement ; c'est avec elle principalement, ou plutôt exclusivement, qu'on pratique cette opération; à quoi il faut ajouter que dans ces cas l'aiguille ne transperce pas les parties sur lesquelles on l'a fait agir, que seulement elle y pénètre plus ou moins profondément, qu'elle n'y séjourne que le temps nécessaire pour l'exécution même de l'opération, et qu'enfin elle ne traîne après elle aucun au're corps L'acupuncture, l'abaissement ou le broiement de la cataracte} soit par la méthode ancienne et ordinaire, soit par In méthode qu'on nomme hcratonyxia , l'inoculation de certains virus, et surtout la vaccination, enfin quelques ponctions faites pour donner issue à un liquide, notamment celle de l'œil dans le cas d'hydrophthalmie, sont les principales opérations dans lesquelles un

AIG /(/i7 instrument connu sous le nom à'aiguille soit employé seul. Presque toutes les aiguilles affectées à ces diverses opérations sont droites : à part cela , elles diffèrent assez les unes des autres, notamment celles qui servent à l'abaissement de la cataracte et à l'acupuncture , sans compter que l'aiguille à cataracte est un des instrumens de chirurgie auxquels on a fait subir le plus de modifications. Pour les aiguilles de cette première sorte générale, voyez les mots acupuncture, cataracte, inoculation, vaccination, PAR ACENTHESE , HYDROPHTHAEMIE.

D'autres aiguilles ne traînent non plus à leur suite aucun corps, elles ne sont pas plus que les précédentes des instrumens conducteurs : mais au lieu de n'avoir que la destination du moment, au lieu de servir à une simple perforation, elles doivent rester engagées dans les parties qu'elles ont traversées ; on les y laisse quelques jonrs au moins : c'est ce qu'on fait dans l'espèce de suture qu'on nomme entortillée. Les aiguilles affectées à cette suture sont droites : c'est ce qui sera dit plus particulièrement aux articles bec-de-lièvre , suture, en même temps qu'il y sera parlé du choix à faire entre les divers instrumens de ce genre qui ont été imaginés , et de la manière de les employer. (Voyez ces mots. )

D'autres aiguilles, enfin, beaucoup plus variées dans leur forme que celles des deux sortes précédentes réunies, et bien autrement remarquables encore par la diversité des circonstances auxquelles leur usage se rapporte, sont destinées à traverser rapidement une partie, en même temps qu'à y faire pénétrer un fil, une ligature, une mèche, un séton, ou même quelque autre corps un peu moins souple ou moins flexible , comme un fil de plomb; et ce corps quelconque, auquel chacune des aiguilles dont il s'agit sert de guide, et qui la remplace, doit séjourner plus ou moins long-temps dans la partie où il a été engagé. De sa destination variée résulte la principale différence entre les cas dans lesquels on fait usage des aiguilles de cette dernière sorte générale. Il y a cependant, relativement aux aiguilles elles-mêmes, une distinction à faire : ou bien elles doivent suivre une route déjà frayée, soit naturellement, soit accidentellement; ce sont les stylets conducteurs que nous avons dit se terminer ou commencer par une extrémité mousse ou boutonnée, et qu'on emploie ou qu'on peut employer dans l'opération de la fistule lacrymale, dans celle de la fistule à l'anus, même dans l'opération

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du séton, etc. (voyez les articles consacrés à ces diverses opérations) : ou bien, au contraire, les aiguilles frayent elles-mêmes la ■voie que doit parcourir le corps à l'introduction duquel elles sont destinées; c'est avec elles qu'on pratique soit la simple ouverture, soit l'espèce de canal dans lequel ce corps doit pénétrer : ce sont les aiguilles proprement dites. Trois opérations principales réclament l'usage de ces dernières, savoir : le seton, au moins pour l'un des deux procédés par lesquels on pratique cette opération; toutes les sortes de suture autre que la suture entortillée; et la ligature des vaisseaux dans un assez grand nombre de cas. L'aiguille à séton est moins une aiguille proprement dite qu'une lame à deux tranchans dans la moitié environ de sa longueur, tant soit peu courbée, et percée près du talon d'un chas quadrilatère. ( Voyez séton. ) Pour les sutures, on se sert ou d'aiguilles droites ou d'aiguilles courbes : c'est avec desaiguilles droites, qui peuvent être des aiguilles communes, qu'on pratique les différentes sortes de suture qu'on a proposées pour les plaies de l'estomac ou d'une partie quelconque du conduit intestinal; c'est avec des aiguilles courbes , au contraire, qu'on fait la suture simple ou entrecoupée, et la suture enchevillée. (Voyez plaies ex géxéral, plaies de l'abdomen, gastroraphie , suture. j La ligature des vaisseaux , quand il faut y faire servir des aiguilles, nécessite absolument l'usage d'aiguilles courbes, soit qu'on ait à faire la ligature médiate d'une ou plusieurs artères coupées transversalement et dont les orifices sont béans à la surface d'une plaie, soit qu'on ait à placer une, deux ou plusieurs ligatures sous une artère mise à découvert. Parmi les aiguilles dont on s'est servi, et même dont on peut se servir encore pour la ligatui'e des vaisseaux, les unes sont à peu près ou tout- à-fait semblables à celles qu'on emploie pour la suture simple et pour la suture enchevillée; les mêmes instrumens servent aux deux opérations : d'autres, au contraire, sont affectées exclusivement à la première; il serait presque impossible d'en faire usage pour transpercer les bords d'une plaie : telles sont les aiguilles coudées et à manche; telle est même la grande aiguille de Desault pour la ligature de l'artère poplitéo. Puisque certaines aiguilles courbes servent à la fois à la ligature des vaisseaux et à quelques espèces de suture, nous pourrions, à la rigueur, faire ici quelques remarques sur les instrumens de cette sorte : nous préférons cependant renvoyer ces remarques aux mots anevrysme , plaie , suture , soit parce que l'aiguille courbe

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ordinaire est susceptible de quelques modifications utiles, selon qu'on doit en faire usage pour l'une ou pour l'autre de ces deux opérations principales, soit aussi parce que la manière de la faire agir n'est pas la même dans les deux cas. ( roux. )

AIGUILLETTE, s. f. (nouer 1'). Dans les vêtemens de nos ancêtres, les aiguillettes servaient au même usage que les boutons aujourd'hui. Ainsi l'on peut expliquer aisément l'élymologic de l'expression nouer l' aiguillette , qui signifie priver par des maléfices un homme de la faculté d'exercer le coït. Il n'y a pas longtemps encore que l'on croyait généralement à la possibilité de produire un semblable effet ; et de célèbres médecins légistes , parmi lesquels il suffira de citer Teiclimeyer , l'ont même consignée dans leurs traités.

Le médecin légiste n'a pins à s'occuper aujourd'hui de pareilles absurdités; il sait quêtons les cas d'impuissance, attribués autrefois à des moyens surnaturels, résultent très-naturellement de causes physiques, et surtout de l'influence de certaines affections morales, parmi lesquelles la timidité , et plus encore la crainte d'échouer, occupent un premier rang. [Voyez impuissance.) Aussi nous bornerons-nous à ce peu de lignes sur un sujet qu'il a fallu néanmoins mentionner, afin de n'être pas incomplets. (marc.)

AIL, s. m., allium sativum, Lin.; asphodèles, Juss. ; hexandriè monogyuie, Lin. Cette plante est originaire des contrées chaudes de l'Europe. Ses bulbes , que l'on désigne communément sous le nom de gousses d'ail, ont une saveur acre et chaude, une odeur piquante et sUi gerieris , appelée odeur alliacée. Us renferment une assez grande quantité d'albumine, du soufre, une matière sucrée, un peu de fécule, et une huile volatile très- odorante, de couleur citrine, à laquelle l'ail doit sa vertu éminemment stimulante.

Propriétés et usages. — L'ail a été recommandé dans les différens cas d'hydropisie, où son administration a souvent été suivie de succès. Son analogie naturelle avec la scille avait dû servir d'induction aux praticiens pour l'employer comme diurétique.

Mais c'est surtout comme vermifuge que l'ail est le plus fréquemment mis en usage. On l'administre tantôt à l'intérieur, tantôt on l'applique à la surface du corps. Dans le premier cas, ou bien on le mélange avec les alimens , après l'avoir fait cuire préalablement, ou bien on le fait bouillir dans du lait, opération qui diminue singulièrement son activité , puisqu'elle dégage toute

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son huile volatile. D'autres l'ois on administre quelques gouttes de son suc sur un morceau de sucre. Dans le second cas, on prépare avec quelques gousses d'ail écrasées dans de l'huile , un linimcnt dont on frotte l'abdomen ou les autres parties sur lesquelles on on désire l'appliquer.

L'ail , qui, en général, est fort désagréable pour les personnes qui n'y sont point accoutumées , surtout lorsqu'il est cru , est recherché comme un mets fort délicat par les habitans de plusieurs provinces méridionales de l'Europe. Par exemple, il est peu d'alimens , chez les Provençaux, où il n'entre comme assaisonnement et comme condiment. Il convient en général à ceux qui ont l'estomac fort, peu susceptible; mais il doit être sévèrement interdit aux personnes nerveuses , sèches , dont l'estomac est faible et délicat.

Par sa propriété éminemment stimulante, l'ail produit, chez les personnes qui en font habituellement usage, une excitation générale qui les rend propres à résister à l'action des miasmes délétères. Aussi le vulgaire regarde-t-il l'ail comme un remède essentiellement efficace pour s'opposer à la contagion.

On emploie aussi l'ail à l'extérieur. L'âcreté extrême de son huile essentielle agit avec force sur la peau, dont elle détermine la rubéfaction, et souvent même le soulèvement de l'épidémie. On peut s'en servir pour former des vésicatoires ou des cataplasmes rubéfians, etc. (a. richard.)

AILE , s. f. , ala , partie du corps des oiseaux , de quelques mammifères, de quelques poissons et de beaucoup d'insectes, qui leur sert à voler et à se soutenir en l'air. On donne aussi ce nom , en botanique, à une partie de la corolle des papillonacées, et aux expansions membraniformes qui garnissent les tiges, les rameaux, les pétioles et les fruits de quelques plantes. En anatomie, on a donné ce nom à certaines parties paires situées sur les côtés d'un oreane impair. C'est ainsi que l'on dit les ailes du nez, du sphénoïde ; que l'on disait autrefois les ailes de chauve-souris ou de l'utérus, les ailes de la vulve, alœ mulicbrcs , etc. On a aussi donné ce nom (ala) à l'aisselle, à l'omoplate, à l'oreille externe ou à quelqu'une de ses parties. (a. béclard.)

AILERON, s. m., ala extrema, l'extrémité de l'aile d'un oiseau. En anatomie , on a donné ce nom aux replis que présente le bord libre des ligamens larges (ailes) de l'utérus. On a aussi donné le nom d'aileron du bassin à la partie supérieure de l'iiium.

AIM &t AIMANT (fcdyvtis petym*is des Grecs, magnes des Latins ). On appelle aimant ou pierre d'aimant, en histoire naturelle, le fer oxydulé amorphe, de Haiiy. D'autres minéraux, tels qu'une variété de fer sulfuré et quelques minerais de nickel et de cobalt possèdent cependant aussi les propriétés magnétiques. La texture de la pierre d'aimant est compacte, quelquefois granuleuse, écailleuse; sa couleur varie du noir au blanchâtre. La propriété qu'elle a d'attirer le fer, et la poussière noire qu'elle produit, quand on la pulvérise , la font facilement reconnaître. On trouve le fer oxydulé amorphe, en masses plus ou moins considérables, en Suède , en Norwége , à l'île d'Elbe , en Chine , à Siam , aux îles Philippines.

La pierre d'aimant est dite magnétique quand elle attire seulement le fer airaantaire, quand elle possède la polarité (nous donnerons plus loin l'explication de ce mot). L'aimant peut communiquer ces deux propriétés à des fragmens de fer ou d'acier.

Le mot aimant a en physique une signification plus étendue : on applique en général ce nom à tous les corps qui possèdent, soit naturellement, soit artificiellement , les propriétés magnétiques. Les savans attribuent ces propriétés à un fluide particulier rangé parmi les corps impondérables , et qui peut devenir manifeste dans le fer, le cobalt, le nickel. Il paraît même que, dans certains cas , il peut se développer momentanément dans d'autres métaux. Un corps , dans l'état magnétique , attire donc le fer, et possède en même temps la polarité. On entend par polarité le phénomène que présente un aimant naturel ou artificiel lorsqu'il tourne une de ses extrémités ou pôles vers le nord et l'autre vers le midi. Ces deux pôles, comme ceux de la terre , portent le nom de boréal et d'austral ; dans deux aimans , les pôles analogues se repoussent, les pôles opposés s'attirent; c'est sur cette singulière propriété qu'est fondée la théorie de la boussole. La direction dé l'aiguille aimantée vers le nord n'es.t cependant point constante. On remarque dans certains points du globe des déviations vers l'orient ou l'occident : on leur a donné le nom de déclinaisons. Les parages dans lesquels on n'observe pas cette vacillation forment les équateurs magnétiques. Outre les phénomènes de la déclinaison, l'aiguille aimantée pi'ésente aussi celui de Y inclinaison ; elle n'est jamais parfaitement parallèle à l'horizon; dans l'hémisphère boréal, son pôle nord est au-dessous du niveau naturel, et vice versa; elle est de plus sujette, dans

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certains cas, à des variations qui sont d'autant plus irrégulières , que le temps est plus orageux, ou qu'il paraît une aurore boréale. Des détails plus étendus rentreraient dans le domaine de la physique ; il est cependant nécessaire de dire un mot du travail que M. OErsted, et après lui M. Ampère , viennent de faire paraître sur l'aimant , ou du moins d'en indiquer les résultats. On avait depuis long-temps trouvé une grande analogie entre le fluide électrique et le fluide magnétique; mais les expériences de ces deux savans, répétées par M. Arago, ont donné lieu à établir, en principe, que les phénomènes de l'aimant sont uniquement produits par l'électricité. [Ann. de c/iimie, tome xv , page 76.) M. Arago est parvenu à aimanter complètement une aiguille d'acier au moyen du courant voltaïque. Les expériences tentées par M. Fresnel, pour décomposer l'eau à l'aide de l'aimant, n'ont point fourni de résultats satisfaisans.

Nous avons dit plus haut que l'aimant naturel pouvait communiquer ses propriétés à un morceau de fer ou d'acier placé dans les conditions nécessaires , et que ce fragment métallique devenait un aimant artificiel. On peut le faire de différentes manières. Le procédé le plus simple consiste à frotter plusieurs fois une vèrge de fer ou d'acier avec un barreau aimanté dont on fait glisser un des pôles dans toute la longueur de la verge. La méthode du double contact est plus avantageuse. On peut aussi faire des aimans artificiels sans le secours de l'aimant naturel : il suffit de placer sur une enclume des lames d'acier, dans la direction d'un méridien, et de les frotter vivement et à plusieurs reprises avec nhe grossé barre de fer verticale. Le fer exposé à l'air acquiert quelquefois la vertu magnétique, et il n'est pas rare de la voir se développer dans les paratonnerres.

L'aimant était connu dans l'antiquité: il fut découvert, dit Pline, par un bouvier qui, en gardant les bestiaux, sentit les clous de. sa chaussure et le bout ferré de son bâton se fixer sur une certaine pierre. ( Plin. , Hist. nat., liv. xxxvi , ch. xvi.)

Les Grecs donnèrent à l'aimant plusieurs noms; mais la dénomination qui prévalut chez eux fut celle de (xclyvt;ç. Ce nom vient de l'endroit où ils trouvaient l'aimant. Il était assez commun dans les environs de Magnésie, ville de Lydie. Ce mot a passé dans la langue latine, et même dans la nôtre. L'aimant, se rencontrant fréquemment dans les Indes, fut appelé lapis indiens par quelques auteurs du moyen âge.

AIM 453 Les différens passages des ouvrages de l'antiquité dans lesquels il est parlé de l'aimant, nous prouvent que les auteurs de ce temps connaissaient les propriétés attractive et communicative de l'aimant; mais qu'ils n'avaient point observé le phénomène de la polarité : il paraît que ce ne fut guère que vers la fin du xne siècle après J -C. que cette découverte fut faite, ou du moins appliquée à la navigation.

Les propriétés remarquables de l'aimant durent nécessairement fixer l'attention des premiers observateurs; et, à cette époque où l'homme interrogeait toute la nature pour trouver des. remèdes à ses maux, l'aimant dut obtenir une place distinguée parmi les moyens curatifs : aussi voyons-nous dans les annales de la médecine que son usage médical remonte à la plus haute antiquité. 11 était employé comme médicament chez les Mages , les Chaldéens, les Égyptiens, les Hébreux. On croyait que pris à l'intérieur, il prolongeait la vie, et c'est dans cette intention qu'un roi des Indes fit préparer ses alimens dans des vases d'aimant. Galien et Dioscoride le rangeaient parmi les médicamens purgatifs : ces deux médecins lui reconnaissaient toutefois la même action qu'à la pierre hématite. Avicenne croyait son usage utile dans les affections de la rate ; il le recommandait comme contre-poison du fer, qui passa long-temps pour vénéneux. Les alchimistes travaillèrent l'aimant de toutes les manières. Parac.else prépara une manne d'aimant. Agricola en retira un sel , une huile et une quintessence. D'autres auteurs , au contraire, ont mis l'aimant au nombre des substances vénéneuses ; et il est à remarquer qu'un des antidotes recommandés dans les empoisonnemens par cette substance, était le suc d'ail.

L'aimant fut toutefois plus employé à l'extérieur qu'à l'intérieur : appliqué sur les plaies il passait pour vulnéraire; bien que certains médecins le regardassent comme un poison, d'autres en conseillaient l'application sur les blessures empoisonnées. Qui ne connaît l'histoire de ce paysan qui, dit Osvyald Crollius, ayant avalé une lame de couteau, la vit sortir, au bout de quelques semaines, par le point des tégumens du ventre sur lequel on avait appliqué un emplâtre magnétique ? On voit aussi dans Ambroise Paré la manière de réduire les hernies en faisant avaler au malade de la limaille de fer, et en plaçant sur la tumeur un emplâtre magnétique; on pouyait également réussir par l'administration à l'intérieur de l'aimant, et l'application à l'extérieur de la limaille

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de fer. Paracelse et Van Helniont allèrent plus loin : ils crurent que l'aimant pouvait attirer au dehors le principe morbifique; on alla même jusqu'à recommander, dans le cas où l'avortement se faisait craindre, l'application d'un emplâtre magnétique sur le nombril, pour faire remonter l'enfant. Si l'aimant exerçait une telle action sur le physique, il devait en exercer une semblable sur le moral : du moins telle fut l'opinion de ceux qui croyaient que tout homme qui avait une pierre d'aimant sur lui devait s'attirer l'estime et l'amour de ses concitoyens.

On pourrait faire un volume de toutes les propriétés imaginaires que les médecins des différens corps se sont plu à concéder à l'aimant; mais le seul cas dans lequel on pourrait tirer parti de sa vertu attractive serait celui où, comme dans les observations rapportées par Fabrice deHilden, Morgagni et quelques autres, une parcelle de fer serait tellement fixée dans une partie délicate du corps, qu'il serait impossible de l'en extraire par des moyens mécaniques.

Aétius l'Amidéen fut le premier auteur qui parla de l'action de l'aimant sur les nerfs. Alexandre de Tralles en dit aussi quelque chose; des auteurs plus modernes ont recueilli quelques observations à ce sujet, et les Ephémérides d'Allemagne, année 1686, rapportent, entre autres faits, qu'une femme attaquée d'une goutte sereine en fut guérie par l'application à la nuque d'une pierre d'aimant , et sur les yeux , de petits sachets de limaille de fer. Les bons effets de l'aimant dans l'odontalgie étaient déjà bien connus, lorsqu'en 1765 Rlarus, médecin du roi d'Angleterre, confirma par ses essais ses propriétés antispasmodiques.

Depuis 1767 jusqu'en 1782, plusieurs praticiens français et étrangers, parmi lesquels on peut citer Mesmer, si fameux depuis par sa doctrine du magnétisme animal, Bolten , de Harsn , Descemet, firent un grand nombre d'expériences à ce sujet , et publièrent leurs observations; on sut, en tirant parti de la propriété communicative de la pierre magnétique, rendre plus facile l'application de l'aimant; on fabriqua des aimans artificiels de toutes les formes, et propres ainsi à être mis en rapport avec les différentes parties du corps. Dès l'année 1771, l'abbé Lenoble en établit un dépôt à Paris, et en 1775 il soumit à la société royale de Médecine un travail sur cette matière : cette illustre compagnie désigna, pour l'examiner et lui en faire un rapport, Mauduyt et Andry, et, à défaut du premier, Thouret.

AIM 455 Les commissaires tirent une série d'observations sur des malades « affectés de maux de dents , de douleurs nerveuses de la tête et des reins, de douleurs rhumatismales, de tic douloureux, de spasme de l'estomac, de hoquets convulsifs, de crampes nerveuses des extrémités , de convulsions , d'épilepsie. » Voici les consécpiences qu'ils déduisent :

« L'aimant appliqué en amulette a une action réelle et salutaire. Cette action paraît être une action immédiate et directe du fluide magnétique sur nos nerfs, sur lesquels il paraît avoir une influence non moins réelle que sur le fer. Il n'en a aucune directe et particulière sur les fibres, les humeurs et les viscères : il convient donc plus particulièrement dans les affections nerveuses , et surtout dans celles où l'action des nerfs est augmentée. Il doit donc être placé parmi les antispasmodiques. Son action n'a été jusqu'à présent que palliative ; mais rien n'annonce qu'elle ne puisse devenir curative. »

Nous bornerons là nos citations. On n'a point fait de nouvelles expériences sur les vertus médicatrices de l'aimant, et le mémoire de MM. Andry et Thouret est jusqu'à présent ce que la médecine possède de plus authentique et de plus complet sur ce sujet : il est inséré parmi ceux de la société royale de Médecine.

Nous venons.de faire connaître les diverses opinions qui ont régné sur l'action de l'aimant pris à l'intérieur, ou appliqué à l'extérieur; nous établirons, en résumé, les principes suivans : L'aimant n'est point vénéneux; comme il perd par la pulvérisation son pouvoir magnétique , il n'agit point dans ces cas autrement que l'oxyde de fer : l'application d'emplâtres ou autres topiques dans la composition desquels entrait la poudre d'aimant ne peut donc avoir les propriétés que lui ont prêtées les auteurs; son action sur les nerfs est réelle , mais elle doit être de même nature que celle des appareils électriques , si l'on adopte les conclusions de M. Ampère.

L'aimant est peu usité maintenant. Quand on veut l'employer, on l'applique, soit momentanément en présentant à la partie malade un barreau aimanté, droit ou courbé comme un fer à cheval, soit d'une manière permanente en y appliquant 4, 8 ou 12 pièces aimantées d'une forme convenable; tels seraient de petits barreaux isolés et larges , nus ou recouverts d'une étoffe quelconque. On peut également faire usage de plaques métalliques

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