‹ Dictionnaire de médecine [electronic resource]Chapitre 38 sur 56 · AIN · texte numérisé non relu

AIN

aimantées, que l'on renouvelle tous les deux ou trois mois lorsqu'elles son oxydées. (orfila.)

AINE, i/iguen; pli qui sépare en devant la cuisse de l'abdomen. C'est une ligne oblique, étendue depuis l'épine antérieure et supérieure de l'ilium jusqu'à la saillie que forme l'épine du pubis. Placé dans le sens de la flexion de la cuisse, ce pli devient plus profond quand cette flexion s'opère , et s'efface au contraire dans l'extension. Il est le résultat du premier de ces mouvemens d'une part, et de la disposition des muscles abdominaux et de l'arcade crurale de l'autre. La saillie du ventre dans l'obésité, l'bydropisie, la grossesse, etc. , le rend plus prononcé. Son étendue est en rapport avec celle du bord antérieur de l'os coxal, dont il suit assez bien la direction. On remarque dans le pli de l'aine et de dehors en dedans les objets suivans : i° une saillie plus ou moins marquée qui se continue avec l'épine de l'ilium , et que forme l'insertion du muscle couturier; 2° une surface à peu près plane, au niveau de.laquelle l'aponévrose cru^|lese confond avec l'arcade de ce nom , et dont le fond correspond au muscle droit antérieur de la cuisse ; 3° un creux rempli par les glandes lymphatiques, et dans lequel on sent les battemens de l'artère crurale immédiatement au-dessous du ligament de Fallope; 4° un autre enfoncement confondu en partie avec le précédent, borné en haut par le bord aigu de l'arcade, et en dedans par le pubis et le muscle premier adducteur. C'est dans ce dernier point que se forment les hernies crurales- Voyez crural (anneau.) C'est au-dessus de la partie interne du pli de l'aine que se trouve l'anneau inguinal. Voyez inguinal (anneau.)

Pris dans un sens plus étendu , le mot aine désigne aussi tout l'espace triangulaire compris entre le bord inférieur de l'aponévrose abdominale et les muscles couturier et premier adducteur; c'est la région inguinale , l'espace inguinal proprement dit. Cet espace, légèrement concave, peut être en tout comparé au creux de l'aisselle, auquel il ressemble par sa situation, sa forme, les parties qui le remplissent, etc. S'il est moins profond que ce dernier, cela tient à la disposition différente de l'articulation de la cuisse et de ses muscles, comparée à celle du bras. Sa profondeur varie au reste suivant le degré de l'embonpoint. Très-marquée sur les sujets maigres, sa concavité ne devient apparente, chez les individus très-gras, que pendant la contraction des muscles qui le bornent latéralement. La base de l'espèce de triangle qu'il re-

AIR 4*7 présente, tournée en haut, n'est autre chose que le pli de l'aine ou l'arcade crurale. L'espace inguinal se rétrécit en bas, et se termine à la partie antérieure et interne de la cuisse par la rencontre des muscles couturier et premier abducteur.

La peau de l'aine est fine et molle, et garnie à sa partie interne et supérieure par une partie des poils du pubis. Le tissu cellulaire sous-cutané contient des follicules sébacés qui renferment une humeur odorante; la graisse est plus ou moins abondante; le fascia superficiel s'étend dans cette région; au-dessous de lui et dans son épaisseur, on trouve des veines sous-cutanées, plusieurs petites artères et les ganglions lymphatiques superficiels dans lesquels aboutissent les vaisseaux lymphatiques sous-cutanés du membre inférieur, de la moitié sous - ombilicale des parois de l'abdomen, et ceux de l'anus et des organes de la copulation : plus profondément, on trouve le premier feuillet du fascia-lata et l'ouverture par laquelle pénètrent sous ce feuillet la veine saphène interne et les vaisseaux lymphatiques efférens des glandes superficielles. Au-dessous de ce feuillet aponévrotique on trouve d'abord l'artère, puis la veine crurale, le nerf crural, et plusieurs de leurs divisions, ainsi que les ganglions et les vaisseaux lymphatiques profonds; tous ces vaisseaux se constituant dans l'abdomen par-dessous l'arcade crurale, et les derniers en particulier par l'anneau crural. Toutes ces parties sont appliquées sur le feuillet profond ou pectinéal de l'aponévrose. Enfin , plus profondément on trouve le muscle pectinée , la fin des psoas , iliaque , preimer adducteur et le commencement du troisième, et ces muscles recouvrant le pubis, le côté antérieur de l'articulation,coxo-fémorale et le col du fémur. Les affections les plus importantes du pli et. du creux de l'aine sont : les contusions de cette région, les bubons, les abcès, et particulièrement les abcès par congestion, les plaies dans lesquelles le nerf, l'artère, la veine crurale, la veine saphène, leurs branches, sont intéressés , les hernies inguinales et crurales, f.anévrysme inguinal et les varices du même nom. (a. béclard. )

AIR, s. m., acr, en grec dyp, de x'/pa, j'emporte, pu de u.a>, je souffle (physique ). L'air est un fluide pesant, parfaitement élastique, invisible lorsqu'il est en petites masses, insipide et inodore. Il consthue l'atmosphère, dont la hauteur est d'environ quinze à seize lieues, et qui contient, outre les élémens de l'air > de l'eau en vapeur, du calorique, du fluide électrique, et une foule de matières qui se volatilisent incessamment. Destiné acn?-

(retenir la vie en fournissant à la respiration les principes nécessaires et en exerçant sur l'économie animale diverses influences l'air est doué de différentes propriétés qui deviennent la source d'une foule de phénomènes. Pour bien apprécier ces phénomènes, il est donc indispensable d'étudier les diverses propriétés de l'air qui les produit.

Pesanteur 'de Pair, son ressort, sa température , son humidité, etc. — i° Aristote avait déjà cherché à prouver la pesanteur de l'air; cependant cette qualité lui était généralement refusée lorsque Galilée entreprit de la démontrer d'une manière incontestable. Il injecta de l'air dans un vaisseau de verre, de manière à ce qu'il y restât comprimé; il vit que ce vase était alors plus pesant que lorsqu'il ne contenait que de l'air ordinaire. Il voulut même connaître la pesanteur spécifique de ce fluide, comparée à celle de l'eau; mais ses expériences insuffisantes n'aboutirent pour lors qu'à un résultat erroné. C'était beaucoup cependant d'avoir éveillé l'attention. Les premières découvertes du génie sont souvent imparfaites. L'invention de la machine pneumatique devait porter sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, un faisceau de lumière. Otto de Guéricke, bourgmestre de Magdebourg, en fut l'inventeur. A l'aide de cette précieuse machine, on enleva l'air renfermé dans un ballon de verre, qu'on avait pesé préalablement; on reconnut qu'il était sensiblement plus léger qu'avant l'opération. Il résulte d'expériences précises que les rapports entre les poids de Pair et de l'eau distillée à o° (R.), pressions de 28 p., est comme 1 à 176; lorsqu'on prend la température à io° -+- o , la proportion est de 1 à 81 1 ; que le pouce cube d'air pèse environ un demi-grain, et le pied cube une once 3 gros 3 grains, ou que o,mitr i pèse i^i-xS.

La pesanteur de l'air une fois constatée, il semblait naturel d'en déduire les effets de la pression sur les corps de la nature, et particulièrement l'ascension de l'eau dans les pompes. Cependant jusqu'en -i6/,3, on pensait généralement que ce phénomène n'avait lieu qu'en vei'tu de l'horreur que la nature avait du vide. Tout le monde connaît l'histoire de ces fontainiers italiens qui, ayant construit des pompes aspirantes qui avaient plus de 32 pieds de hauteur, et ayant vu avec étonnement que l'eau ne pouvait dépasser cette limite, en demandèrent la cause à Galilée, qui, dit-on, se contenta de répondre que la nature n'avait horreur du vide que jusqu'à 32 pieds; réponse peu digne

AIR 459 de ce grand homme, si toutefois elle est vraie. Il était réservé à ïorricelli , digne élève d'un tel maître , de trouver la véritable explication de ce phénomène. Il pensa donc que' la pression de l'air extérieur était cause de l'ascension de l'eau, et que cette pression égalait celle de 3a pieds d'eau. 11 vit , en outre, que dans un tube fermé à l'une de ses extrémités, le mercure ne s'élevait qu'à 28 pouces, et que cette hauteur était à celle de l'eau en raison inverse des densités ; et sa conjecture fut ainsi convertie en certitude. D'après les données précédentes, la pression de l'atmosphère sur une surface connue étant égale à celle que 3a pieds d'eau ou 28 pouces de mercure exerceraient sur cette même surface , il résulte que la pression de l'atmosphère , sur un homme de moyenne stature, égale 16,000 kilogrammes ou 33, 600 livres.

On a inventé un instrument très-ingénieux pour mesurer la pesanteur de l'air : c'est à Torricelli qu'on en doit la découverte, qui, quatre ans après, fut confirmée par l'expérience que Périer fit sur le Puy-de-Dôme, à l'invitation de Pascal. On a appliqué cet instrument à mesurer les diverses hauteurs par rapport au niveau de la mer; mais ces observations sont très-délicates et entraînent de grandes difficultés. Deluc , Laplace, Ramondj Saussure, Pictet, Schuchburg, etc., ne sont arrivés qu'à des approximations. ( Voyez baromètre. ) La pesanteur de l'air diminue graduellement à mesure qu'on s'élève au - dessus du niveau de la mer; elle augmente lorsqu'on descend au-dessous , ce qui est dû à la force qui le comprime. Mais la pesauteur de l'air ne varie pas seulement par rapport aux diverses hauteurs; elle varie encore par plusieurs circonstances. Les vapeurs qu'il contient souvent diminuent beaucoup sa pression. Le calorique , bien qu'il ne diminue pas son poids absolu, diminue sa pesanteur spécifique et sa densité. 11 faut tenir compte aussi du mouvement qui agite ce fluide.

20 L'air n'est pas seulement pesant , il est aussi élastique et compressible à un point extrême; ce que l'on prouve par une foule d'expériences fort curieuses. La fontaine de compression est la plus ordinaire. On prend pour cela un vase de métal de forme arrondie, dont le sommet est percé d'une ouverture au moyen de laquelle on le remplit d'eau jusqu'à moitié ou plus. Cela fait, on visse à celte ouverture un tube dont l'extrémité inférieure descend à peu de distance du fond du vase ; la partie supérieure de ce tube, hors du vase, est garnie d'un robinet; on y adapte une

4<3o AIR

pompe foulante, au moyen de laquelle on injecte dans l'intérieur une grande quantité d'air. On ferme alors le robinet, on dévisse la pompe et on lui substitue un cône creux percé à son sommet. Alors on ouvre le robinet; l'air condensé par la pression, et par cela même d'un ressort beaucoup plus fort que dans l'état naturel, presse sur la surface de l'eau, fait remonter ce liquide avec violence par le tube, et le fait jaillir jusqu'à une bauteur de plus de trente pieds. Le même effet aurait lieu si, sans comprimer l'air intérieur, on se bornait à diminuer l'air extérieur , au moyen de la machine pneumatique. Dans ce dernier cas, la pression intérieure n'est plus balancée par la pression extérieure , et le même effet est produit. Nous ne décrirons pas ici le mécanisme du fusil à vent. On sait qu'une pompe foulante accumule dans une crosse de métal une grande quantité d'air ; on dévisse la pompe , on lui substitue un tube auquel est adaptée une batterie destinée à refouler un bouchon élastique qui sert à maintenir l'air comprimé. Ce bouchon, étant refoulé par le choc de la batterie , permet à une portion d'air contenu dans la crosse de s'échapper par le tube, et de chasser ainsi les corps qu'on y a introduits.

Mais l'expérience suivante de Boyle et de Mariotte prouve en même temps que l'air se resserre en raison des poids dont il est chargé. On prend un tube de verre recourbé, dont la branche la plus courte est de douze pouces de hauteur et scellée hermétiquement à son extrémité; l'autre branche, ouverte, a environ huit pieds de hauteur. On y verse uu peu de mercure, qui occupe la courbure et sert de niveau , de point de départ. Il y a alors équilibre, la pression égale alors vingt-huit pouces de mercure , ou la pression atmosphérique. Mais, si l'on ajoute du mercure en excès, par exemple, vingt-huit pouces parla longue extrémité , on trouve que la colonne d'air comprimée dans le petit tube est réduite à la moitié de la hauteur qu'elle avait auparavant. Or cette colonne est chargée d'un poids double du premier; donc l'espace occupé par l'air comprimé est en raison inverse des pressions. L'air reprend ensuite son état primitif dans la même proportion, à mesure qu'on diminue les pressions; ce qui démontre sa parfaite élasticité. Pour que ces expériences soient exactes, il faut que l'air soit sec et d'une température donnée. Le ressort de l'air est donc susceptible de varier par plusieurs causes. 11 augmente par la pression, d'où vient qu'U est plus fort au niveau de la mer que sur les hautes montagnes ; il augmente par la force expansive

air m

du calorique lorsqu'il est coè'rcé, de même que par lo mélangé des fluides élastiques, ainsi que l'ont démontré Dalton et Gay-Lussac. La pression et le ressort de l'air donnent lieu à une foule de phénomènes qile nous ne pouvons décrire ici, mais qui sont du plus haut intérêt. C'est à cette pression qu'est dû l'état d'agrégation de presque tous les corps de la nature. Sans elle les fluides deviendraient des gaz élastiques, etc. Si l'on fait le vltle sous un vase renversé, on aura d'autant plus de peine à le déranger, que le vide sera plus parfait. S'il était complet, il faudrait, pour déranger ce vase, une force égale à celle qui serait nécessaire pour mouvoir une colonne de trente-deux pieds d'eau qui pèserait sur tous les points du vase; d'où l'on doit conclure que, dans l'état ordinaire, l'air contenu sous le vase égale par 1.1 pression l'air extérieur. La fontaine intermittente ^ la théorie des pompes, découlent des lois de la pesanteur et de l'élasticité de l'air : celle du syphon appartient aux mêmes lois, etc.

3° Mais il est de la plus haute importance d'examiner lés effets du calorique sur l'air. Il le dilate, il augmente son ressort. Lorsque le calorique pénètre l'air, le volume de celui-ci augmente; il s'étend, il se déplace; s'il est renfermé dans tin certain espace , il fait alors Contre les parois de cet espace d'autant plus d'efforts pour s'échapper, qu'il est plus pénétré dé calorique. Amdntons ayant cherché à mesurer l'augmentation d'élasticité que l'air éprouvait entre certaines limités de chaleur, a trouvé que, depuis la température modérée qui règne pendant le printemps ou l'automne jusqu'au degré de l'eau bouillante, le ressort de l'air, tendu d'abord par la pression môyenne de l'atmosphère , augmente d'environ un tiers. D'après les expériences de Mariotte et d'AmontonSj l'augmentation d'élasticité suit le rapport des condensations, c'est-à-dire qu'elle est proportionnelle aux forces comprimantes (Haiiy, page a45)- MM. Gay-Lussac, en France, et Dalton , en Angleterre , ont sigulièrement perfectionné ce point de physique par des expériences et des calculs du plus haut intérêt. Ces expériences ne se bornent pas à déterminer le degré de dilatabilité et d'élasticité de l'air par le calorique, mais encore celui dés autres fluides élastiques. C'est ici que devrait trouver sa place la description d'un instrument qu'on a inventé pour mesurer le calorique qui pénétré l'air; mais ce sera le sujet d'un autre article [Voyez thermomètre). Nous sommes obligés d'en supposer la connaissance au lecteur, pour nos observations ultérieures.

46a AIR

La chaleur, dont, la principale cause est le soleil, est, comme personne ne l'ignore, différente dans les1 divers climats; mais ce qu'on ne sait pas aussi communément, c'est que la différence des plus fortes chaleurs entre les climats les plus septentrionaux et les régions équatoriales, n'est que de très-peu de degrés. Les pays les plus froids qu'on ait parcourus sont le voisinage de la baie d'Iludson, le Groenland, le Spitzberg, qui s'étend depuis le 78e degré de latitude nord jusqu'au 80e. Cependant un phénomène singulier dans des pays voisins, en Laponie et en Suède , c'est qu'on y éprouve des chaleurs aussi fortes qu'entre les tropiques. On y a vu, ce qui est peu croyable, le soleil embraser les mousses. Les académiciens qui allèrent y faire leurs observations rapportent que, le 19 août 1736, les chaleurs furent si violentes, que le feu prit dans les forêts d'Horilakero , et v causa un terrible incendie; mais ce fait est peu digne de foi, et si l'embrasement eut lieu, on doit lui chercher une autre cause. L'Asie et l'Afrique doivent être considérées comme les pays les plus chauds. M. le professeur Desfontaines nous a dit , et son rapport est conforme avec celui des autres voyageurs, que les plus fortes chaleurs des côtes de l'Afrique ne dépassent cependant pas le 3o° ou 32° R. Dans le temps où il se trouvait dans ces régions . le thermomètre ne marquait que 240; il est vrai que c'était pendant l'hiver. La différence de l'été à l'hiver n'est donc que de 10 degrés environ, et c'est à cette continuité qu'est due la violence de la chaleur, plutôt qu'à son intensité réelle.

On a cherché à se rendre raison des diverses variations de la température, et on a cru les trouver dans les suivantes : Comme nous venons de le dire , la présence plus ou moins longue <lu soleil sur l'horizon : telle est la raison pour laquelle les hivers des climats situés près le cercle polaire antarctique sont plus rigoureux que les nôtres. Le soleil reste huit jours de moins dans le tropique du Capricorne. L'action plus ou moins perpendiculaire du soleil : durant l'été, cet astre reste plus long-temps sur l'horizon , et y darde ses rayons plus perpendiculairement que dans les autres saisons. En hiver, il est plus près de la terre; mais ses rayons sont obliques et sa présence moins prolongée. La nature du sol : les terrains mauvais conducteurs du calorique , et ceux qui réfléchissent fortement la lumière, sont ausssi les plus chauds. Les pays sablonneux , les pays calcaires , qui réunissent ces deux qualités, sont ceux qui offrent le plus de chaleur. L'É-

AIR /,G3 gypte, l'Arabie et surtout le Sénégal, doivent en grande partie à cette cause la chaleur dont ils sont brûlés. Les pays au contraire couverts de terre végétale, et surtout d'eau, de rivières, de lacs, etc., ne présentent jamais une température aussi élevée. C'est peut-être moins parce que l'eau ne se pénètre jamais d'une aussi grande quantité de calorique que la terre, comme on l'a cru, que parce que se réduisant en vapeur, comme nous le verrons plus bas, elle absorbe une partie du calorique ambiant. La position des lieux. Cette cause influe singulièrement sur la température : il y a une différence considérable entre un lieu qui incline vers l'équateur et un autre qui incline vers le pôle; mais cette cause rentre dans l'action que nous avons attribuée à la direction plus ou moins perpendiculaire des rayons du soleil. L' élévation des lieux est encore une cause puissante de différence dans les températures'. C'est une observation invariable qu'à deux mille toises au1 dessus du niveau de la mer on trouve constamment des neiges et des glaces. La température décroît donc à mesure qu'on l'élève; l'on a même cherché à déterminer les proportions de ce décroissement. M. de Humbolt a établi un tahleau comparatif des hauteurs et des températures , qu'on pourra consulter avec avantage. Il faut donc conclure que les pays de plaines sont plus' chauds que les pays de montagnes; que les pays plats sont plus chauds dans l'intérieur des continens que sur le bord des mers, où l'action de la vapeur et des vents se fait sentir; que les pays élevés et montagneux sont d'autant plus froids qu'ils sont plus élevés au-dessus du niveau des mers. Cette règle est d'une application générale. La figure des montagnes , plus ou moins propre à recevoir et à réfléchir le soleil, celle des nuages, contribuent beaucoup à faire varier la température. Les mouvernens dont l'ai?- est agité exercent sur lui une grande influence. Dans nos climats , ceux du sud sont chauds , et ceux d'est sont frais. Ils échauffent ou refroidissent l'atmosphère, selon les pays qu'ils traversent, selon qu'ils se chargent de calorique, ou qu'ils en cèdent en passant sur les neiges, les glaces, etc. L'air ne prend pas ordinairement la température de la surface de la terre : celle-ci conserve sa chaleur durant la nuit, tandis qu'à une petite hauteur au-dessus de cette surface la chaleur diminue beaucoup plus. On a cru trouver encore dans la présence des volcans une cause d'élévation dans la température; mais, en examinant avec attention, on voit qu'aux mêmes degrés de latitude des pays

/iG.'i AIR

volcaniques sont très-f rouis, tandis que d'autres qui ne le sont pas sont d'une température plus élevée. La véritable cause de ces phénomènes nons échappe. La sérénité du ciel, les vapeurs suspendues dans l'air, l'heure de la journée, la nuit, impriment aussi des différences à la température. Les plus grandes chaleurs, ainsi que les froids les plus vifs, ne se manifestent pas aux solstices, mais environ vingt-sept jours après. D'après les expériences de Deluc, la plus grande chaleur a lieu à peu près aux trois quarts de la journée, et le plus grand froid se fait sentir vers le lever du soleil. D'après le même physicien , la température moyenne a lieu aux deux cinquièmes de la journée.

Il ne faut pas croire que les contrées situées sous l'équateur soient les plus chaudes du globe : on éprouve, à quelque dislance de la zone torride, de plus fortes chaleurs que sous la ligne ; ce qui est dû à la grande quantité de vapeurs que l'air contient.

Au-dessous du niveau de la mer, à une profondeur de cent pieds, et plus bas , le thermomètre marque io° +0. L'eau est, en été et sous les tropiques , plus chaude à sa surface que vers le fond ; dans l'hiver et vers les pôles, c'est le contraire.

Le degré de froid le plus grand qu'on ait observé sur le globe est le 70e degré de l'échelle de Réaumur. On voit que, sous ce rapport, la différence entre les climats est bien plus considérable que sous celui de l'élévation de la plus grande température. Le mercure se congèle; les animaux s'engourdissent et meurent, comme nous aurons occasion de le dire; à cette température l'air est le plus dense et le plus pesant qu'il puisse être.

On a cru remarquer que le globe allait en se refroidissant. Toaldo , Legentil et Rosier ont pensé que la température baissait d'année en année; mais, si l'on remarque d'abord que leurs expériences ne sont fondées que sur une série de cinquante années , on sera porté à leur accorder peu de confiance. En second lieu, si l'on pense à ce que dit César, par exemple, du climat des Gaules, dont le froid excessif de son temps ne permettait pas d'y cultiver plusieurs végétaux qui y sont aujourd'hui naturalisés, on devra conclure que bien loin de se refroidir, notre atmosphère s'échauffe réellement, au moins dans certains points, ce qui est dû au défrichement des terres, au dessèchement des marais, à la destruction des forets, aux habitations, etc. C'est aussi à ces causes qu'on doit attribuer l'augmentation de chaleur qui se fait sentir dans l'Amérique septentrionale, depuis sa civilisation;

AIR 4Ç5 d'ailleurs, comme l'a fort bien prouvé M. de La place, si le globe se refroidissait, il se contracterait, il serait plus petit; sa révolution sur son axe serait plus prompte , les jours seraient plus courts. Or, d'après les calculs les plus exacts, les jours, depuis quelques milliers d'années, ne peuvent être raccourcis que d'une fraction infiniment petite.

L'air sec n'est pas bon conducteur du calorique ; il n'enlève aux corps sur lesquels il s'applique le calorique qu'ils contiennent , ou ne leur transmet le sien, que par la grande faculté qu'il a de se mouvoir et d'appliquer successivement ses molécules sur ces différens corps. Lorsqu'il est dans un état d'immobilité, il transmet très - difficilement le calorique. Les expériences de M. de Rumford prouvent ce fait d'une manière incontestable. Lorsque l'air contient de l'eau en vapeur, il devient très-bon conducteur du calorique ; dans cet état , bien que sa température réelle ne soit pas très-basse, on éprouve ordinairement une sensation de froid, que n'imprime pas un air d'une température inférieure lorsqu'il est sec.

4° Nous voici parvenus à l'une des propriétés de l'air dont on s'est le plus tard rendu compte , la faculté qu'il a de dissoudre l'eau. Dans tous les climats, à toutes les températures (mais avec une activité différente, en raison de la chaleur) les eaux diminuent insensiblement de volume. Ce phénomène, qu'on nomme évaporation , entretient l'humidité de l'air. On a long-temps cherebé la cause de l'évaporation , mais on n'était encore arrivé qu'à des hypothèses. On supposait que le. feu, en divisant les molécules d'eau, les rendait d'une pesanteur spécifique plus légère que l'air, etc. Muschenbroeck , Bouillet et Barberet, vers le milieu du siècle dernier, pensèrent que l'air avait la faculté de dissoudre l'eau, comme celle-ci dissout les sels. Ce n'était là cependant qu'un nouveau moyen d'explication. Leroi appuya et développa cette proposition par des expériences si nombreuses et si bien faites , qu'il en a été regardé comme le véritable auteur. Elles sont consignées dans un mémoire sur l'élévation et la suspension de l'eau dans l'air et sur la rosé*, publié vers le même temps. Néanmoins on peut se dispenser d'admettre cette faculté chimique de l'air, que quelques physiciens adoptent encore. Tous les phé»nomènes de l'évaporalion s'expliquent très -bien par la force expansive du calorique. L'évaporation est toujours relative au degré de température. Cependant la vapeur est plus ou moins i. 3o

Page 1