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sensible à l'hygromètre , et c'est son influence sur les corps hygrométriques qui caractérise l'humidité de l'air. L'évaporalion est plus facile lorsque l'air est en mouvement.
Leroi avait reconnu que la direction et la force du vent faisaient varier très-sensiblement le degré de saturation, qu'il était plus bas par le vent du nord que par celui de nord-ouest, et que, dans tous les cas, la force du vent contribuait encore à l'abaisser. L'air dissout une quantité d'eau d'autant plus grande, qu'il est en contact avec des surfaces plus étendues de ce fluide.
La chaleur augmente la faculté dissolvante de l'air, c'est-à-dire la faculté de contenir de l'eau à l'état de vapeur. D'après ces principes, il est facile de se rendre compte d'une foule de phénomènes journaliers. On verra pourquoi l'eau dissoute par l'atmosphère, par un temps très-chaud , se précipite la nuit en rosée, lorsque le degré de température n'est plus en rapport avec celui de saturation ; pourquoi l'eau, suspendue en vapeur, se condense et retombe en pluie, en grêle, en neige, etc.
L'eau, réduite à l'état de fluide élastique, augmente l'élasticité de l'air , au point qu'il faut une plus grande pression pour le contenir dans le même espace. Nous avons déjà cité les travaux de MM. Gay-Lussac et Dalton; on pourra les consulter pour savoir dans quelle proportion les fluides élastiques augmentent l'élasticité de l'air. L'eati en vapeur augmente le volume de l'air, d'après les calculs de Saussure, de jj; et, comme la vapeur est moius dense que l'air de 10 à 14 , le volume augmente dans un rapport plus grand que la masse ; donc la pesanteur spécifique de l'air diminue en raison de la quantité d'eau qu'il tient en dissolution.
La glace est susceptible d'évaporation , et fournit ainsi à l'air une c*ertaine quantité d'humidité. On a cherché à déterminer par un instrument particulier cette qualité de l'air atmosphérique.
( Voyez HYGROMÈTRE.)
Lorsque le temps est chaud, l'air, dissolvant une grande quantité d'eau , peut être cependant sec à l'hygromètre, serein , et peser sur le baromètre. Il peut devenir humide à l'hygromètre, léger au baromètre , sans cesser d'être serein , si la température diminue graduellement. Il perd souvent sa transparence en se chargeant d'une plus grande quantité de vapeurs visibles à l'œil, sans que le baromètre baisse davantage , et que l'hygromètre marque un degré de plus d'humidité, ce qui est dû à la saturation complète que l'air a atteinte. L'air froid et humide contient moins
AIR 467 d'eau, que l'air chaud et humide, qui est de tous celui qui en contient le plus, et même que l'air chaud et sec à l'hygromètre; elle est seulement plus sensible. L'air froid et sec est celui de tous qui contient le moins d'humidité , qui est le plus pesant et le plus dense, le froid ne permettant pas à l'eau de rester en vapeur.
Ces divers états de l'air peuvent se rencontrer en même temps à différentes hauteurs, ce qui rend raison d'une foule de phénomènes météorologiques. Ce serait sans doute ici le lieu d'examiner les divers météores aqueux et les causes qui leur donnent lieu ; mais ces connaissances doivent se déduire de ce que nous avons dit. La pluie, la grêle, la neige, trouvent leur explication dans l'évaporation et la condensation plus ou moins forte, plus ou moins rapide de la vapeur.
Quant à la théorie des divers mouvemens dont l'air est agité , nous sommes forcés d'avouer qu'elle est loin d'être satisfaisante ; et nous avons beaucoup de peine à admettre même celle qu'on a donnée sur le vent d'est. {Voyez vent.) Il est encore une espèce de météores et de phénomènes atmosphériques qui sont dus à l'électricité, qui sont de la plus haute importance à connaître, lorsqu'on veut en déduire les effets sur l'économie animale. Pour ne pas faire de double emploi, nous en renverrons l'exposition à l'article électricité. La lumière, presque constamment combinée avec l'air, modifie singulièrement son action. Cependant nous n'en parlerons pas en ce moment. (rostan. ) *
air atmosphérique (Chimie). — L'air atmosphérique est composé de 79 parties de gaz azote, de 21 parties de gaz oxygène , d'un atome de gaz acide carbonique, et d'une quantité de vapeur d'eau variable. Indépendamment de ces substances , l'air contient encore du calorique, de la lumière et du fluide électrique. — Analyse de l'air atmosphérique. On détermine le poids de l'eau en faisant passer une quantité quelconque d'air à travers du chlorure de calcium (muriate de chaux) parfaitement sec, qui jouit de la propriété de s'emparer de la vapeur aqueuse. On note exactementîe poids de chlorure avant et après l'expérience; la différence indique la quantité d'eau contenue dans l'air. — Pour déterminer le poids du gaz acide carbonique , on remplit d'air atmosphérique un ballon dont la capacité est connue; on y introduit de l'eau de baryte , que l'on agite avec l'air ; il se précipite du sous-carbonate de baryte blanc; on fait le vide dans le ballon lorsqu'il ne se forme plus de sous-carbonate, puis on le remplit
de nouveau d'air pour l'agiter encore avec la même liqueur alcaline ; on répèle 3o ou 4o fois cette opération, afin de combiner avec la baryte une assez grande quantité de gaz acide carbonique, et d'obtenir assez de sous-carbonate de baryte pour en prendre le poids. On sait que 44^,83 parties de ce sel sont composées de 100 d'acide carbonique et de 3/(5,83 de baryte; d'où il suit qu'il est aisé de connaître le poids de l'acide qui fait partie de l'air. — On a proposé plusieurs moyens pour déterminer la quantité de gaz oxygène et de grfz azote qui entre dans la composition de l'air : nous allons faire connaître celui que l'on suit le plus ordinairement, nous réservant d'indiquer les aulres au mot Eadioinctrie. On fait arriver une étincelle électrique dans le corps de l'eudiomètre, dit de Voila ou de Gay-Lussac , dans lequel on a préalablement introduit ioo parties de gaz bydrogène pur et autant d'air atmospbérique privé de gaz acide carbonique f Voyez eudiomètre , pour la description de l'instrument). Aussitôt que l'étincelle toucliele mélange, une partie de l'hydrogène s'enflamme et se combine avec tout l'oxygène de l'air, pour former de l'eau, en sorte qu'il ne reste que. l'azote et l'excès d'hydrogène employé ; on recueille ce résidu dans un tube gradué ouvert par une de ses extrémités, rempli d'eau, renversé et placé dans le bassin qui termine supérieurement l'eudiomètre. Supposons qu'après l'expérience ce résidu soit de i37 parties, on conclura qu'il y a eu 63 parties de gaz employées à former de l'eau, puisqu'on a agi sur 200 parties. Or, l'expérience prouve que l'eau est composée de deux parties d'hydrogène et d'une partie d'oxygène en volume ; donc, sur les 63 parties il doit y avoir 21 d'oxygène et 42 d'hydrogène; donc les 100 parties d'air analysé renferment seulement 21 d'oxygène, et les 79 autres doivent être de l'azote. Pour acquérir un plus grand degré de certitude , on recommence l'expérience en employant 100 parties d'air atmosphérique et 42 de gaz hydrogène pur, et l'on voit que le résidu est de 79 parties , et qu'il jouit de toutes les propriétés du gaz azote pur. Avant de terminer l'exposition de ce procédé nous dirons qu'il est indispensable de noter la température et la pression de l'atmosphère , puisqu'on mesure les gaz en ayant égard à leur volume , et que celui-ci varie considérablement suivant sa température et le degré de pression auquel il est soumis. L'hydrogène dont on se sert doit être très-pur, et surtout exempt de carbone, sans cela il se produirait, outre l'eau, une certaine
AIR 4G9 quantité d'acide carbonique qui rendrait les résultats inexacts.
Propriétés chimiques de l'air atmosphérique. — L'air est dilaté par le calorique; son volume augmente de o,375 lorsqu'on le chauffe depuis o° jusqu'à ioo° thermomètre centigr. La lumière \e traverse et se réfracte. Il n'est point conducteur du fluide électrique à moins qu'il ne soit humide; soumis pendant long- temps à l'action de l'étincelle électrique , il se change en acide nitrique ( azotique ) , si toutefois il est en contact avec l'eau ou avec un autre corps avec lequel l'acide puisse se combiner. L'hydrogène , le bore, le soufre, l'oxygène, l'iode, le chlore et l'azote sont les seuls corps simples non métalliques qui n'agissent point sur l'air à la température ordinaire; les trois premiers le décomposent à chaud, s'emparent de son oxygène et forment de l'eau , de l'acide borique ou du gaz acide sulfureux. Le charbon et le phosphore se combinent avec l'oxygène de l'air à toutes les températures , mais surtout à chaud; le charbon passe à l'état de gaz acide carbonique si on agit à froid, et fournit du gaz 'acide carbonique et du gaz oxyde de carbone si la température a été élevée. Le phosphore se transforme en acide phosphatique lorsqu'on agit à froid; il passe au contraire à l'état d'acide phosphorique quand il a été fondu. Parmi les corps simples métalliques il en est qui n'agissent point sur l'air : tels sont l'or, le platine, etc.; d'autres, comme le potassium, le calcium , etc., le décomposent à toutes les températures, et s'emparent de l'oxygène pour se changer en oxydes : cette décomposition de Lair est indépendante de l'humidité qu'il peut contenir. Il en est qui n'agissent point sur l'air sec otf humide à la température ordinaire et qui le décompdsent chaud, tel est le mercure; enfin plusieurs d'entre eux s'emparent de l'oxygène qu'il contient si la température est élevée , et n'agissent sur lui à froid qu'autant qu'il est humide ; tels sont l'arsenic, l'étain , le fer , etc.
Cent mesures d'eau peuvent dissoudre cinq mesures d'air à la température ordinaire : cet air est formé de 3a parties de gaz oxygène et de 68 de gaz azote ; ce qui tient à ce que l'eau dissout plus facilement le gaz oxygène que l'azote. Parmi les oxydes métalliques, ceux qui sont saturés d'oxygène n'agissent point sur l'air atmosphérique , comme l'oxyde rouge de mercure. Ceux qui sont susceptibles d'absorber une plus grande quantité d'oxygène décomposent l'air, et s'emparent de son oxygène ; tel estleprotoxyde de potassium. Quelques-uns d'entre eux se combinent
avec l'eau et avec l'acide carbonique, et passent à letat de carbonate; tels sont les oxydes de calcium ( chaux ) , de baryum (baryte), etc.
Parmi les acides tires du règne minéral, les uns sont inaltérables à l'air, les autres éprouvent .des changemens plus ou moins remarquables : parmi ces derniers, il en est qui sont susceptibles d'absorber une plus grande quantité d'oxygène, el décomposent l'air atmosphérique; tel est l'acide sulfureux. D'autres attirent l'humidité, tombent en déliquium, ou répandent des vapeurs ; enfin quelques-uns s'y effleurissent. Les sels éprouvent de la part de l'air une action variable : il en est qui sont inaltérables ; d'autres absorbent l'oxygène , qui se combine tantôt avec l'acide, tantôt avec l'oxyde, et tantôt avec l'un et l'autre. Indépendamment de cette action, que l'on peut appeler chimique, l'air agit hygrométriquement sur certains sels : iL cède de l'eau à quelques-uns , il en enlève à d'autres ; les premiers sont appelés déliquescens, les autres portent le nom ftcfflcresccns. ( Voyez sel.)
Les végétaux herbacés absorbent pendant la nuit une certaine quantité de gaz oxygène, qu'ils transforment en partie en acide carbonique. Dans le jour, lorsque leurs parties vertes sont eu contact avec les rayons solaires , le gaz oxygène absorbé pendant la nuit se dégage en grande partie. L'acide carbonique qui se trouve dans l'atmosphère est décomposé;- son oxygène est mis à nu , et le carbone est absorbé par le végétal , en sorte que celui-ci s'accroît par cette seule raison. Il résulte évidemment de çette décomposition que l'atmosphère, privée pendant la nuit de tout le gaz oxygèae absorbé par les végétaux, et contenant d'ailleurs l'acide carbonique expiré par les divers animaux, doit se purifier par l'action des rayons solaires sur les parties vertes , et devenir plus riche en oxygène.
Parmi les principes immédiats des végétaux, il en est qui ne sont pas susceptibles d'éprouver la fermentation putride, et sur lesquels l'air atmosphérique agit à peine ou n'agit point du tout. Il cède au contraire son oxygène au carbone de plusieurs autres pour former de l'acide carbonique, et contribue nécessairement à hâter leur décomposition.
L'air exerce une action chimique remarquable sur les animaux vivans et morts. Pendant la vie, il entre continuellement dans les poumons; il est même 4e seul fluide qui puisse servir à la respiration : l'expérience prouve que , par son contact avec le sang
AIR 471 veineux qui circule dans les poumons , il est décomposé. 11 résulte des travaux les plus récens que l'air expiré est composé d'autant d'azote que l'air atmqsphérique ; qu'il ne contient que 0,18 ou 0,19 de gaz oxygène, mais qu'il renferme 3 ou 4 centièmes de gaz acide carbonique, c'est-à-dire un peu plus qu'il n'y a eu d'oxygène vabsorbé : l'air qui sort des poumons renferme en outre une assez grande quantité de vapeur (perspiration pulmonaire), dans laquelle on trouve une matière animale qui lui donne une-odeur particulière, et qui la rend putrescible. ( V oyez respiration. )
L'action de l'air sur les animaux privés de vie a été pendant long-temps un sujet de controverse; mais il est avéré aujourd'hui que ce fluide, très-sec et souvent renouvelé, s'empare de l'humidité des cadavres, et par conséquent retarde leur putréfaction : si au contraire il est humide et stagnant, il leur cède de l'eau et une certaine quantité d'oxygène, et favorise' leur décompostion. En effet, Hildebrant a prouvé que de la viande mise en contact av^p l'air atmosphérique sec était encore fraîche au dix-neuviè me jour, et n'était entièrement pourrie qu'au cinquante et unième jour, tandis que sa décomposition était complète vers le onzième jour, lorsqu'on substituait l'air humide à l'air sec. D'une autre part, les gaz^qui ne contiennent point d'oxygène, et ceux qui en renferment sans pouvoir le céder, conservent les matières animales pendant un temps beaucoup plus long. Quoi qu'il en soit, la putréfaction peut 5e développer sans contact de l'atmosphère , puisqu'elle se manifeste dans les matières animales plongées dans l'eau qui a bouilli, ou dans l'intérieur de la terre.
(oEFirA.)
air (hygiène). Maintenant, quelles sont les influences que ces diverses propriétés de l'air exercent sur les organes de l'économie animale. Pour rendre un compte fidèle des modifications qu'elles impriment, il est delà plus haute importance de connaître quelle est l'action de l'air lorsqu'il se trouve dans un terme moyen de pesanteur, de température et d'humidité; ce qui constitue l'état tempéré de l'atmosphère , celui du printemps et d'une partie de l'automne de nos climats. Or, c'est à 14 degrés du thermomètre de Réaumur, sous une pression de 28 pouces, et environ vers le 3oe ou 40e degré de l'hygromètre de Saussure, que nous plaçons cette température moyenne : ces limites ne sont cependant pas tellement rigoureuses , qu'on ne puisse supposer quelques de-
grés au-dessus et au-dessous sans un grand inconvénient. Cette précaution d'examiner d'abord l'état moyen de l'air nous paraît d'autant plus nécessaire, qu'elle a été négligée par les divers auteurs qui ont écrit sur ce sujet; au moins ne s'en sont-ils occupés que d'une manière secondaire. Ces considérations terminées, il sera bien plus facile de saisir les effets que produisent sur nous les autres états de l'atmosphère.
Nous devons, avant tout, prévenir le lecteur (pour lui éviter de chercher péniblement l'ordre que nous nous sommes iinp'osé) que nous nous proposons d'examiner d'une manière isolée, autant que possible, l'influence sur l'économie animale de l'état de l'atmosphère donné, i° par le baromètre, i° par le thermomètre , 3° par l'hygromètre. Ainsi nous examinerons successivement les effets produits par la pesanteur, la pression de l'air, sa densité, sa rareté, etc. ; par la chaleur, par le froid; par la sécheresse, par l'humidité, selon que l'une ou l'autre sera chaude ou froide. Nous examinerons , autant que cela sera nécessaire , l'influence de chacune de ces températures, persistantes ou passagères, sur lesfl&ictions, selon l'âge, les habitudes, les tempéramens, les sexes, etc. ; nous les regarderons comme causes de maladies , et nous chercherons les moyens de les modifier ; enfin , nous les considérerons comme agens de guérison, et nous chercherons les moyens de les produire.
A. Effets de la température moyenne de l'atmosphère sur T économie animale. — Les limites que nous avons assignées à cet état moyen de l'air ne doivent s'entendre que pour les habitans des régions tempérées, en particulier pour ceux de la France. L'habitant du Sénégal la trouverait un hiver fort rigoureux, et le Lapon ou le Samoïède y mourrait de chaleur; ce que les faits ont souvent prouvé. Le Français même trouverait cette température fort chaude, s'il y remontait subitement du 8e ou ioe degré au-dessous de zéro ; il pourrait la trouver froide, s'il y descendait du i5e degré au-dessus du même terme. Il faut donc supposer ce qui a lieu ordinairement, c'est-à-dire qu'il y est arrivé d'une manière insensible, encore l'effet ne sera-t-il pas tout-à-fait le même s'il y passe d'une température inférieure ou d'une température plus élevée. Quoi qu'il en soit , dans cette température douce , objet de tous nos désirs, rêve continuel des poètes de tous les âges, la digestion est facile et régulière ; elle fournit à tout le système les élémens convenables pour une nutrition très-active
AIR 473 Les contractions du cœur sont vives et fréquentes, l'impulsion artérielle est forte, le cours du sang rapide, les capillaires sont doués d'énergie, leur tonicité, leur conlractilité sont prononcées. La respiration participe à cette activité; ses mouvemens s'exécutent avec aisance, une quantité considérable d'oxygène se trouve absorbée, le sang se dépouille d'une grande proportion de carbone, l'absorption s'exerce avec plus de régularité, les exhalations sont abondantes sans l'être trop, les sécrétions fécondes en résultats : aussi cette température est-elle très-propice à l'amour; c'est sous son empire que presque tous les êtres de la nature cherchent à se reproduire. La nutrition , dont il faut bien se garder de juger l'activité d'après l'embonpoint des individus, la nutrition est. alors très-développée , la force assimilatrice est active , le sang est riche en matériaux nutritifs; il est épais, vermeil, écumeux, concrescible; les sensations sont vives, les impressions profondes et pourtant variées, les idées de plaisir et de gaieté dominent l'homme; il vit alors d'espérance et d'amour. Venus, co têtnpore , tutissima est, a dit Cçlse. La conlractilité musculaire est énergique; on se sent agile et fort. Sous le règne de cette température délicieuse, la vie semble doubler d'activité; toutes les fonctions s'exécutent avec une grande vigueur; elle nous paraît favoriser le tempérament sanguin, et prédisposer" par conséquent aux maladies qui lui sont propres , telles que les phlegmasies, les hémorrhagies actives, les congestions sanguines, etc.; du moins tel sera son effet, si elle persiste pendant un certain temps, et surtout si elle succède à une température plus basse. Qu'arriverait - il si cette température était continuelle? Qu'on nous permette un instant la supposition d'un printemps perpétuel. La nature a besoin de repos, l'hiver est le repos de la nature ; il est donc nécessaire. Si la température modérée durait toujours, les êtres vivans s'épuiseraient promptement et cesseraient bientôt d'exister. Cela est évident pour les végétaux; ils ne peuvent être éternellement en' fleurs. Les chaleurs de l'été ne viendraient plus mûrir les fruits et les graines, et l'on verrait bientôt la terre dépouillée de sa plus belle parure. Ce n'est pas seulement à voir disparaître cet ornement que nous serions exposés, mais nous serions bientôt nous-mêmes condamnés à périr. Les animaux se nourissent ou de végétaux ou d'autres animaux, qui en font leur seule nourriture. Les végétaux détruits, que deviendraient les animaux? Indépendamment de ces effets;
une température uniforme abrégerait les jours, en usant proraptement la vie. Les alternatives sont nécessaires, et, si l'homme se plaît dans les changemens, c'est que les changemens lui sont indispensables; l'ennui, la mélancolie, s'empareraient de lui, et une foule d'autres affections imprévues viendraient l'assaillir. Le désir d'un printemps éternel est donc non-seulement une chimère, mais encore une absurdité.
Cette condition de l'air, telle que nous la voyons souvent, sera favorable aux enfans et aux vieillards , aux femmes, et en général aux personnes faibles et douées d'un tempérament lymphatique : les individus affectés de maladies chroniques, de scrophules, de •rachitisme, de scorbut, etc. , en recevront une salutaire influence. Cette heureuse température , la plus désirable de toutes, est aussi la plus saine , la moins nuisible. Dans aucune circonstance il ne faut chercher à la modifier, et c'est à la produire qu'il faut diriger tous ses efforts. L'art a dans son pouvoir divers moyens pour y parvenir. Les anciens, qui employaient dans le traitement des maladies beaucoup moins de médicamens que les modernes, avaient porté sur les puissances hygiéniques l'attention la plus soutenue. Leur imagination féconde leur avait fait découvrir une foule de moyens ingénieux de tempérer les rigueurs des saisons. Une confiance trop aveugle dans nos moyens thérapeutiques nous a fait abandonner ces véritables richesses de l'art, aussi efficaces et bien moins meurtrières que les nôtres. Nous exposerons ces divers moyens lorsqu'il s'agira de modifier les températures extrêmes.
B. Effets de la pesanteur, de la densité et de la rareté de l'air sur l'économie animale. — Les effets qui résultent de l'augmentation de densité de l'air sont encore peu connus, et sont jusqu'ici mal appréciés. On conçoit cependant que, si la pesanteur de l'air faisait remonter le baromètre à une très-grande hauteur, effet qui ne pourrait être produit que dans des lieux situes à une très-grande' profondeur au-dessous du niveau de la mer, et .qu'occasionent très-rarement les vicissitudes naturelles de 1 atmosphère, la respiration serait plus lenlc, pour deux raisons; d'abord sous un moindre volume, on inspirerait une plus grande quantité de ce fluide , et partant une plus grande proportion d'oxygène; en second lieu, l'augmentation de la pression atmosphérique rendrait vraisemblablement les mouvemens inspiratoires plus lents. Au reste, quand on réfléchit que nous sommes habi-
tuellement pressés par un poids de 33,6oo livres, on conçoit facilement qu'on puisse soutenir une assez grande augmentation de poids sans en être modifié. Tout porte à croire que la pesanteur de l'atmosphère augmentée n'entraîne avec elle aucun danger, et qu'elle doit même être favorable. On objectera peutêtre que dans la profondeur des mines, les ouvriers, au lieu d'éprouver l'effet dont nous parlons, paraissent au contraire en être affectés d'une manière fâcheuse; mais qu'on se donne la peine de réfléchir que, dans ce cas, l'action favorable de la pression est plus que compensée par les exhalaisons minérales qui régnent dans ces antres profonds, par l'absence de la lumière, par les travaux pénibles, par l'immobilité de l'air, etc., et l'on trouvera des raisons plus que suffisantes pour expliquer qjourquoi les misérables qui s'ensevelissent vivans dans ces abîmes traînent une vie languissante et succombent prématurément.
Par quel moyen supportons-nous le poids énorme de 33,6ooliv.? Comment se fait-il que nous ne soyons pas écrasés par cette force incroyable ? Voici l'explication qu'en donnent les physiciens-, nous empruntons celle du savant M. Biot.
«On trouvera peut-être, dit -il, ce résultat bien incroyable, et l'on pensera qu'une pression si considérable devrait gêner beaucoup ou même empêcher tout-à-fait nos mouvemens. Voici un autre exemple bien plus fort. Il y a dans la mer des poissons qui vivent à une très-grande profondeur, à 3,ooo pieds au-dessous de la surface de l'eau. Ces poissons se trouvent donc chargés du poids d'une colonne d'eau de 2 ou 3,ooo pieds, c'est-à-dire 78 fois plus lourde que le poids de l'atmosphère. Ils y vivent et s'y meuvent avec la plus grande agilité ; cela est bien plus extraordinaire que de nous voir supporter la pression de l'air. Mais tout le merveilleux disparaît si l'on fait attention que. les poissons dont nous venons de parler sont intérieurement remplis et pénétrés de liquides qui résistent à la pression de l'eau extérieure, en vertu de leur impénétrabilité; de sorte que les membranes de l'animal n'en sont pas plus altérées que n'en serait la pellicule la plus mince que l'on descendrait à une pareille profondeur. Quant à la facilité des mouvemens , elle tient à ce que le corps du poisson est également pressé par-dessus et par-dessous, à droite et à gauche, en sorte que la pression se contrebalance d'elle-même, et ainsi, il lui est aussi aisé de se déplacer, que s'il nageait à la surface de l'eau même. Semblableraent pour
nous, l'intérieur de noire corps et de nos os mêmes sont remplis ou de liquides incompressibles , capables de supporter toutes les pressions, ou d'air aussi élastique que l'air du dehors, et qui contre-balance son poids. Voilà pourquoi nous n'en sommes pas incommodés. » Cette explication est aussi celle de MM. Halle et Haûy. Des autorités si respectables suffisent pour en établir la -valeur.
L'effet de la diminution de densité de l'air ou de sa rareté est plus connu et plus facile à apprécier. Si l'on place un annnal vivant dans le vide, l'air intérieur, n'ayant plus rien qui lui résiste, se dilate, l'animal se gonfle et périt. Cela arrive, dit encore M. Biot, à un grand nombre de poissons, quand on les retire du fond des abîmes des mers, ou même seulement d'une profondeur de vingt à trente mètres. La plupart d'entre eux ont, dans l'intérieur de leur corps, une vessie remplie d'une espèce de gaz. Tant que ces animaux restent à la profondeur où ils vivent d'ordinaire, l'air contenu dans cette vessie a le degré de compression 'et d'élasticité nécessaire pour supporter le poids de l'eau qui pèse sur eux; mais, si tout à coup on les tire hors de l'eau, il arrive que cette vessie se gonfle, se crève; et l'air qu'elle contenait, occupant un volume quatre-vingts ou cent fois plus considérable, remplit leur corps, renverse en dehors leur estomac, le force à sortir par la bouche, et ils périssent. Alors leur corps flotte sur la surface de l'eau '
C'est la pression de l'air qui retient les fluides dans les vaisseaux des aiiimaux, et les empêche de s'échapper. Lorsque cette pression est considérablement diminuée, ainsi qu'il arrive sur les hautes montagnes, on éprouve des hémorrhagies , surtout par les organes de la respiration. Néanmoins l'homme peut vivre dans un air très-rare. Celui-ci est encore propre à la végétation à une hauteur de 1600 toises, et, la vie se soutient à une plus grande élévation : Cuença et Quito, qui sont à 1600 toises, soiit habités et fertiles. Cependant les arbres sont moins grands sur les hautes montagnes, et il n'en croît point à aooo toises-; seulement on y voit un gason fort clair, grand comme les mousses; à 2^00 toises il n'existe plus aucune trace de végétation. Cassini a prétendu qu'aucun animal ne •pouvait vivre au delà de i!\h6 toises. L'atmosphère y est une fois plus rare qu'au niveau de la mer; or à cette dilatation, tout animal succombe sous la machine pneumatique. Cependant les Espagnols sont montés, au Pérou , jusqu'au
sommet d'une montagne élevée de 20,35 toises. Des observateurs ont vécu long-temps sur la. crête du Picliincha, qui a 2/,7i toises et demie au-dessus du niveau de la mer, et ces observateurs voyaient souvent voler des vautours à 20d toises au-dessus d'eux. 11 faut remarquer que les effets sur lesquels Cassini a calculé étaient produits subitement; il n'en est pas ainsi, comme l'observe fort bien M. le professeur Hallé, lorsque cette rareté de l'air arrive graduellement. En général, quand on s'élève à une grande bauteur, on éprouve un malaise général; la respiration devient pressée et haletante, la circulation s'accélère. M. Gay-Lussac éprouva ces effets dans une ascension aérostatique, à la hauteur de 36oo toises. On conçoit aisément qu'on ne pourrait long-temps vivre dans un milieu si insolite. Il est inutile d'expliquer pourquoi la respiration est plus accélérée ; on sent assez que l'air nécessaire à l'entretien de la vie étant extrêmement rare, il faut multiplier les actes respiratoires pour obtenir les mêmes résultats. Il est encore plus inutile d'ajouter que l'air devenant plus rare, l'animal pourrait périr par asphyxie. Dans un air très-raréfîé doivent se manifester les inflammations thoraciques , la phthisie, les anévrysmes du cœur et de fréquentes hémorrhagies : c'est en effet ce qu'on observe. Un air un peu dense, c'est-à-dire dont la pression élève le mercure au-dessus de vingt- huit pouces, est donc le plus'favorable à l'entretien de la vie. L'art ne possède malheureusement aucun moyen de produire cette pression dans l'atmosphère. Si le médecin la trouvait indiquée, il se bornerait à changer le malade de lieu, à le faire habiter un pays où celte pression fût habituelle. S'il s'agissait d'obtenir un air rare, indication qui doit être peu fréquente , il pourrait conseiller une habitation dans un lieu élevé. Il pourrait même, à l'aide du calorique et de sa vapeur, malgré la tendance de l'air pour l'équilibre, diminuer la pression de l'air renfermé dans un appartement. C'est ce qu'on peut obtenir dans l'hiver, à l'aide de grands feux, et en faisant vaporiser une certaine quantité d'eau.
C. Effets de l'air chaud sur l'économie animale. — Ce n'est point une action purement physique que le calorique exerce sur nos organes; car, s'il en était ainsi, il s'ensuit que d'après la tendance à l'équilibre, la chaleur du corps humain , évaluée à 1% degrés + o R, abandonnerait le corps toutes les fois que l'air se trouverait au-dessous de ce degré, et que nous devrions en conséquence éprouver la sensation du froid; il s'ensuivrait en-
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core que le degré où le froid cesserait de se faire sentir sur nous serait le 3ste degré, et cependant il s'en faut que les choses se passent ainsi. On sait en effet que l'air fait sur nos organes l'impression d'un corps chaud dès qu'il atteint le 20e degré -f- o, et que la plus grande chaleur du globe n'excède pas le 32e ou 34e degré. Il faut donc admettre une force qui lutte sans cesse contre ces lois physiques; et celte force c'est la vie, c'est-à-dire l'organisme dans un état particulier. L'air est donc réputé chaud lorsqu'il parvient au 20e degré et au-delà. Ce n'est point par sa combinaison avec nos parties constituantes qu'il agit alors , mais bien par l'impression qu'il détermine sur nous; cette impression est un véritable stimulus qui modifie l'organisme par les mouv'emens qu'elle établit, les changemens qu'elle sollicite et qu'elle amène. Lorsque l'air est chaud , il peut être en même temps humide à l'hygromètre, nous parlerons de cet état de l'atmosphère: mais il tient en général beaucoup d'eau en dissolution, et s'approche cependant de zéro de l'hygromètre; c'est la chaleur dans un état intermédiaire dont il est ici question. C'est surtout en passant en revue l'état de nos fonctions, que nous pouvons apprécier avec justesse toute l'influence des températures; or, l'effet de la chaleur est incontestablement l'expansion des fluides et le relâchement, la dilatation des solides.* La perspiration cutanée est tellement abondante, que le plus léger mouvement provoque une sueur générale : une faiblesse extrême, la tendance au repos, la paresse, en sont le résultat immédiat. La respiration est plus fréquenté que dans les autres températures; l'air, étant plus dilaté, contient, relativement à son volume, moins d'oxygène; les actes respiratoires doivent donc se succéder plus fréquemment, ainsi que dans l'air raréfié : la perspiration pulmonaire doit aussi être plus abondante. MM. Allen et Pepys prétendent qu'il y a une absorption plus considérable d'oxygène, et une exhalation plus grande de carbone. La digestion est lente et pénible, la soif est vive, et cela se conçoit aisément : les absorbans intestinaux paraissent doués de la plus grande énergie ; ils ne semblent occupi s qu'à réparer les pertes occasionées par l'exhalation cutanée ; le ventre est resserré, ahus densa r, cutis rara ; les urines sont peu abondantes et fortement colorées, sans doute à cause de l'absorption des pari ies les plus ténues. Cette activité des absorbans intestinaux doit-elle rendre raison de la fréquence des ma ladies gastriques que l'on observe sous la température dont nous
AIR 479 parlons? La circulation est plus active, plus fréquente; mais les pulsations des artères offrent de la mollesse; le sang est écumeux, vermeil ; le tissu capillaire est épanoui. Cependant la nutrition ne parait pas alors jouir d'une grande énergie; les sensations sont faibles , les hommes lâches et paresseux, les idées peu lumineuses, les conceptions lentes; une espèce de congestion cérébrale , jointe à l'état habituel de lassitude, sollicite au î-epos; le sommeil est le seul désir des habitans des pays chauds : aussi sont-ils lâches, faibles, paresseux, ignorans et cruels, et conséquemment tyrans ou esclaves : c'est en effet le sort des Turcs, des Asiatiques et des Africains.
D'après ce que nous venons de dire, il est facile de conclure que cette constitution de l'atmosphère prédispose aux congestions cérébrales, aux inflammations de l'encéphale et de ses dépendances, aux maladies aiguës du canal intestinal, enfin aux éruptions cutanées. Le cerveau, la peau et l'appareil digestif sont en effet des centres de fluxion sous une atmosphère chaude, et doivent être, par cette. raison, exposés à de nombreuses maladies, ce qui est démontré par l'expérience. Cette température est extrêmement favorable aux contagions en facilitant l'expansion de leurs principes; aux épidémies, car, si elle est long-temps continuée, l'air ne manque pas de se vicier par une foule d'exhalaisons, de miasmes produits par la décomposition des matières organiques qu'accélère cette température. Nous ne dirons pas, avec des auteurs du plus grand mérite, que c'est à cette propriété de l'air que les maladies doivent le prétendu caractère de putridité qu'elles présentent; mais nous ne pouvons disconvenir que les affections ne revêtent dans ces circonstances une apparence particulière.
Cette température sera avantageuse aux scrofuleux, atfx rachitiques, aux scorbutiques, aux rhumatisans; elle nuira essentiellement aux bilieux et aux mélancoliques, aux maniaques , aux habitans des climats froids, etc. On peut dévelo'pper-celte disposition atmosphérique dans des appartemen* clos, par la combustion; mais il n'est pas aussi aisé de la tempérer lorsqu'elle existe naturellement. Les anciens faisaient porter les malades dans un lieu obscur, souterrain et frais, dont ils arrosaient le sol avec de l'eaù froide , et qu'ils tapissaient avec des branches d'arbres* fréquemment trempées dans le même liquide. C'est encore ce qu'on pratique en partie dans nos climats méridionaux.
Effets du froid sur l'économie animale. — Lorsque la tem-
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pérature est à 5° + o , on commence a /prouver une sensation de froid, surtout lorsqu'on y arrive d'une température plus élevée. Dans nos climats, le thermomètre marque ordinairement de G à 8 degrés; dans les plus grands froids, on l'a vu descendre jusqu'à 12 et même i5 degrés — o. L'effet du froid est loin d'être le même lorsqu'il est modéré ou lorsqu'il est excessif. Dans le premier cas, il peut être encore mêlé d'une certaine quantité de vapeurs, ce qui modifie beaucoup son action; dans le second, il est entièrement dépouillé d'humidité. La vapeur se condense; il ne lui est plus permis de rester suspendue dans l'atmosphère. Lorsque le froid est modéré et' dans un état plus voisin de la sécheresse que de l'humidité, il resserre les solides et empêche l'évaporation des liquides.; il modère et même suspend la perspiration cutanée. Le réseau capillaire se laisse moins facilement traverser par le sang qui s'accumule dans les viscères intérieurs, et surtout dans les poumons, de tous les organes le plus perméable à ce fluide. Aussi les phlegmasies thoraciques et les dyspnées sont- elles .très-fréquentes sous celte condition de l'a tmosphère. On conçoit facilement que les difficultés de respirer seront d'autant plus grandes que les individus auront quelque obstacle à la circulation générale : ainsi, chez les vieillards, où se rencontrent ordinairement des ossifications dans le trajet des vaisseaux, ce phénomène s'observe-t-il très-fréquemment. Aussi, quand le thermomètre descend au-dessous de zéro, et que la température persiste à ce degré pendant quelques jours , presque tous les vieillards éprouvent-ils des accès d'astlimc. 11 faut que la température persiste quelques jours , parce que la réaction peut durer quelque temps, la circulation extérieure continuer; mais au bout de trois ou quatre jours il n'en est plus ainsi, et les vieillards, surtout ceux qui sont mal couverts et mal chauffés, étouffent presque tous. Bientôt ils sont frappés d'inflammations thoraciques. Le froid n'agit pas seulement à l'extérieur, mais il irrite encore le tissu pulmonaire et par sa qualité froide et par la plus grande quantité d'oxygène qu'il contient sous le môme volume. Les personnes les mieux organisées, les mieux portantes, éprouvent un goût de sang à la bouche et une titillation douloureuse dans la poitrine lorsqu'elles ont marché quelque temps par un air froid. Ces causes sont suffisantes pour expliquer alors la fréquence des maladies dont nous parlons. Le froid, qui a d'abord resserré la peau, excite chez les sujets forts, bien nourris et bien
AIR 481 vêtus, une réaction salutaire : cette constriction cesse, une chaleur agréable se manifeste par l'exercice ou par un effort spontané de la nature , et son action fortifiante se fait alors sentir. La digestion est plus énergique ; l'appétit est vif, la soif peu prononcée. On mange plus, on digère mieux. Les évacuations alvines sont plus compactes et moins abondantes. Hœ quoticlianœ constitutiones alvos siccant, aphorisme qui semble en contradiction avec cet autre : Cutis densa, alvus rara. Hippocrate explique ce surcroit d'activité intestinale par l'accumulation de la chaleur vers le ventre. Quand l'air est froid, les contractions du cœur sont énergiques ; le pouls est dur, mais il est peu fréquent. L'absorption intérieure doit être aussi très-énergique dans cette constitution de l'atmosphère, à en juger du moins par la promptitude des digestions et la séçheresse des matières alvines. Les urines sont cependant abondantes, sans doute dans un rapport inverse à la perspiration cutanée.
La nutrition, dont on doit apprécier l'activité par l'énergie des divers mouvemens organiques, est alors dans un état de force digne de remarque. La vigueur du corps que l'on sent, et qui est durable, ne peut provenir que de la réparation prompte et facile que fournit la nutrition. L'hématose s'exécute d'une manière trèsactive.Le sang est riche en principes réparateurs. Quoique les sensations paraissent légèrement obscures dans cette température, cependant les passions sont fortement prononcées, la réflexion plus profonde, l'attention plus soutenue : c'est la saison de l'étude. On est aussi généralement plus gai et plus dispos. Lé ton des muscles augmente, la contractilité se prononce davantage : on sent le besoin de se mouvoir. Un accroissement manifeste dans la vigueur générale est donc l'effet de cette température. La pléthore, les phlegmasies des viscères,, les hémorrhagies actives, etc., et toutes les maladies qu'elle occasione, en seront donc le résultat.
L'air médiocrement froid sera très-convenable aux personnes lymphatiques , dont la fibre est molle , la peau blafarde ; aux scrofuleux , et en général à ceux dont les fonctions sont frappées d'atonie et de langueur. Elle nuira, au contraire, dans les maladies que nous avons signalées comme produites par elle ; aux convalescens , aux enfans trop jeunes, aux vieillards, aux personnes dont la faiblesse extrême ou le dénuement les prive des moyens de réaction; aux habitans des climats chauds, etc On corrigera efficacement cette disposition de l'atmosphère par la 1. 3i
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combustion, et on pourra y suppléer, dans Quelques cas, par les bains froids, les lotions, les aspersions froides, l'application de la glace, etc. ( Voyez Giannini. De la nature des fièvres.)
Lorsque l'air est excessivement froid, son effet est loin detre le même; il cesse alors d'avoir une vertu fortifiante; il peut causer la mort partielle, et même la mort générale.
Il parait que l'action affaiblissante de l'air froid dépend, en grande partie, de ce que, lorsque le frisson saisit le corps, et que la réaction ne peut s'opérer, l'absorption de l'oxygène est extrêmement faible, et la déperdition de carbone infiniment moindre que dans l'air modérément froid ; c'est ce que les expériences d'Allen et de Pépys démontrent irrévocablement. Les oiseaux tombent engourdis par le froid , et une foule d'animaux succombent à la suite d'un sommeil perfide. Le froid excessif empêcbe le développement des individus qui sont soumis à son action constante. ( Voyez pour le développement de ces idées les articles asphyxies par le froid, Congélation , Gangrène, Climats, Races humaines. )
Effets de la sécheresse sur l'économie animale. — L'air sec agit sur nous diversement selon qu'il est chaud ou froid , ou même d'une température moyenne. L'air sec à l'hygromètre est généralement pesant au baromètre. L'air sec et chaud contient cependant une grande quantité d'eau , mais dans un tel état . qu'elle n'est plus sensible , surtout pour le premier de ces instrumens. L'air sec tend à dépouiller les surfaces vivantes de leur humidité; il cause une sorte d'astriction , de resserrement à la peau , détermine une espèce d'irritation d'abord locale , et qui se propage ensuite à tout le système. Ce resserrement est trèsprononcé lorsque l'air est en même temps sec et froid ; mais lorsqu'il est chaud , cet effet est balancé par la propriété expansive du Calorique, qui, comme nous l'avons vu, appelle les fluides vers la périphérie du corps : aussi l'air sec et chaud est-il infiniment moins tonique que l'air soc et froid. Sous son influence la digestion est facile, mais non pas active ; elle finit même par languir si cet état continue. L'action du cœur et des artères augihente au moins pour la vitesse, le sang pénètre facilement les capillaires. La respiration s'exerce librement ; l'oxygénation du sang est active, et le dégagement de carbone considérable. On a cru constatet' que l'absorption cutanée était beaucoup plus active sous cette condition de l'atmosphère que dans toute autre; mais
cette faculté de la peau étant au moins douteuse , il faut nous en rapporter à des expériences ultérieures. Ce qu'il y a de certain, c'est que la transpiration est alors très-abondante. L'absorption intérieure est du moins extrêmement puissante ; le passage rapide des boissons dans la circulation , et surtout l'amaigrissement général , ne semblent-ils pas le démontrer ? L'hématose et la nutrition ne paraissent pas alors dans un haut degré d'énergie. Est-ce, comme le pense M. Barbier, la rapidité de la circulation qui gêne alors l'assimilation des principes alibiles ? Quoi qu'il en soit, le sang est rouge , vermeil, mais peu abondant, peu compacte ; et si nous en jugeons par ses effets , la nutrition, qui d'ailleurs dépend immédiatement des qualités de ce fluide , est peu développée. Quant aux facultés de l'intelligence, elles peuvent être assez vives lorsque l'air est sec et chaud ; mais il ne faut pas que cette constitution continue; car on ne tarderait pas à observer les phénomènes que nous avons signalés pour appartenir à l'air chaud. Les maladies auxquelles prédispose l'air chaud et sec , celles qu'il peut contribuer à guérir ; les circonstances où il peut être nuisible , et celles où il peut être avantageux le moyen de le produire ou de le corriger, sont à peu près les mêmes*que celles que nous avons exposées à l'article C. Nous n'y reviendrons pas. Pour ce qui est de l'air sec et froid , ce que nous avons dit à l'article D lui est entièrement applicable.
F. Effets de l'humidité sur l'économie animale. — L'air humide, celui qui approche le plus du 100e degré de l'hygromètre , c'est-à-dire de l'état de saturation, exerce sur les divers appareils organiques une influence considérable. Cette influence est loin d'être la même si la température est chaude ou bien si elle est froide. N'oublions pas que l'air chaud , chargé d'humidité, a perdu de sa pesanteur, et que les effets* qu'il exerce sur nous dépendent de l'action combinée de calorique , de la vapeur et de la rareté de l'air. De toutes les qualités de l'atmosphère, la plus débilitante, la plus relâchante, est celle dont nous parlons. Les organes dépourvus d'énergie exécutent avec peine, avec lenteur, les fonctions qui leur sont confiées. Tous les tissus sont frappés d'une mollesse remarquable; leur action doit être languissante. La surface du corps est dans -un état de gonflement dû à la force expansive du calorique et à l'action de la vapeur. Une sueur abondante, résultat de c'ette double cause, inonde la surface du corps. La matière de la transpiration panfit d'autant plus
copieuse, que l'air, saturé d'humidité, se charge difficilement du produit de l'exhalation cutanée qui se condense en gouttelettes sur les diverses régions du corps. Cette évacuation ajoute singulièrement à la faiblesse générale. L'action du système gastrique partage l'atonie universelle. L'élaboration des matières alimentaires qui y sont introduites est lente et imparfaite. L'appétit est faible; la soif presque nulle, non à cause de l'activité de l'absorption cutanée, comme on l'a pensé , mais à cause de l'absorption pulmonaire. Les matières alvines sont plus abondantes et plus humides; ce qui n'avait pas échappé au génie observateur d'Hippocrate, et ce qui semble indiquer aussi que l'absorption intestinale est peu prononcée. La circulation est loin de rester étrangère à cet état de langueur. La faiblesse du pouls décèle l'atonie du principal organe de la circulation. La respiration est lente et pénible ; une moindre quantité d'oxygène se trouve absorbée ; le sang n'est donc pas vivifié par ce principe; il doit être peu réparateur, peu stimulant : aussi la nutrition est-elle réellement moins active, bien que le volume du corps paraisse augmenté. Cette espèce de gonflement est pour ainsi dire mécanique; il est le résultat inévitable de la force expansive de la chaleur et de l'humidité, jointe peutêtre à une pression atmosphérique moindi'e. Quoi qu'il an soit, celte constitution est favorable à l'accumulation de la graisse dans le réseau qui lui sert de réservoir général ; mais nous avons déjà pressenti que ce phénomène était plus souvent dû à un relâchement des solides, à un défaut d'énergie dans tout l'organisme, qu'à l'activité de la nutrition, et cette vérité trouve ici sa confirmation. La faiblesse des mouvemens, le sentiment d'une débilité profonde viennent à l'appui de celte assertion. On a pensé que l'absorption cutanée était augmentée alors , et que le corps augmentait de poids lorsqu'il séjournait dans une atmosphère humide. Fontana dit qu'il pesait quelques onces de plus après s'être promené quelque temps dans une atmosphère humide ; et Keil cite l'exemple d'un jeune homme qui , après avoir dormi une nuit dans une atmosphère semblable, pesait quatorze onces de plus que la veille. Ces faits ne prouvent pas que les absorbans cutanés soient devenus plus actifs, et qu'ils aient puisé dans l'air cet accroissement de poids; ils ne prouveraient pas même l'existence de ces vaisseaux , puisque cette augmentation de poids trouve son explication dans l'absorption pulmonaire. Les fondions de l'encéphale sont comme engourdies. Cet organe n'est plus sollicité par
AIR 4Sj l'abord d'un sang vivifiant , les impressions sont obtuses, la sensibilité générale affaiblie. C'est principalement sur le système musculaire que cette action débilitante se fait sentir; la contractilité est presque anéantie, les mouvemens sont lents et pénibles, une fatigue prompte les suit. C'est sans doute à cause de cette faiblesse générale , que l'air paraît lourd dans ces circonstances , quoiqu'il soit réellement plus léger que dans les autres constitutions. Si cet état de l'atmosphère persiste pendant un certain temps, les individus prennent les attributs du tempérament lymphatique. Les chairs sont molles et comme boursouflées , la peau décolorée, une débilité générale s'empare d'eux. La végétation est très-active ; mais les êtres organisés privés de la vie se décomposent, se putréfient avec la plus grande rapidité. Cette disposition de l'air, bien plus encore que la chaleur , favorise les contagions et les épidémies. Elle imprime aux maladies régnantes un caractère particulier. Les phlegmasies des membranes muqueuses , celles de l'appareil digestif surtout, sont alors très -fréquentes. Les fièvres intermittentes , simples ou pernicieuses, semblent affectionner cette température; et toutes les maladies peuvent alors présenter des symptômes nerveux et cérébraux. La vapeur ne semble pas agir seule dans ces circonstances, les miasmes de toute espèce , dont elle favorise la transmission , paraissent en être la principale cause. Le scorbut se développe aussi sous cet état de l'air, et les hydropisies ,plus fréquentes par le temps humide et froid , se montrent aussi assez fréquemment pendant le temps humide et chaud. Cette disposition de l'air sera nuisible aux enfans, aux femmes, aux personnes lymphatiques, scrofuleuses, rachitiques, enfin à toutes celles dont les chairs sont flasques, la peau décolorée, les fonctions languissantes. Elle pourra être avantageuse , au contraire, à celles dont la fibre est sèche et dure, dont la peau est brune, la sensibilité exaltée, à celles dont les organes respiratoires sont dans un état habituel d'irritation. Elle pourra être avantageuse dans la plupart des maladies caractérisées par une sur-excitation , dans toutes les phlegmasies aiguës des voies aériennes, le coryza, l'angine, le catarrhe , la pleurésie, la pneumonie; les autres phlegmasies aiguës pourront aussi être avantageusement modifiées par elle. L'art peut facilement procurer dans ces circonstances l'espèce de température dont il est ici question. Il suffit pour cela de faire vaporiser dans la chambre du malade une grande quantité d'eau , de la convertir en une