ARTIFICIELLE.) . (J. CLOQUET
ALBUM GRjECUM, ou album caxis. On désignait anciennement par ces mots latins les excrémens du chien , auxquels on était parvenu à donner une teinte blanche, et dont on faisait usage en thérapeutique. Pour les obtenir avec toutes les qualités requises, on avait soin de ne nourrir les chiens qn\i\cc des
ALB Soi os, et de choisir pour cela l'époque des grandes chaleurs de la canicule, comme Libavius en donne le précepte. Pour peu que l'on veuille se donner la peine de réfléchir, on reconnaîtra bientôt , avec Fourcroy, que les excrémens blancs du chien ne sont que le phosphate de chaux des os, dépouillés de toute matière organique par l'acte de la digestion. Il serait donc absurde de les prescrire, ainsi qu'on le faisait autrefois, comme dessiccatifs, abstergens, apéritifs, maturatifs, résolutifs, etc. Nous ne concevons point d'après quels principes on a pu en conseiller l'usage dans l'hydropisie. N'est-il pas également ridicule de les voir administrer dans les cas de dysenteries chroniques, dans l'intention de mondifier les ulcères que cette maladie fait naître dans les intestins ? Il n'était guère plus rationnel, comme on l'a fait depuis, de les appliquer sur les verrues pour les dessécher, sur les tumeurs pour les fondre et les ramollir, sur les ulcères malins pour les déterger, ou de les donner à l'intérieur dans les endurcissemens des tonsilles et dans l'esquinancie. Ce médicament dégoûtant est entièrement banni des officines; le nom seul en est encore connu et rappelle les erreurs qid ont signalé l'enfance de l'art.
( hipp. cloquet. )
ALBUMINE, s. f. , albumen, de albus , blanc; nom donné à un des principes immédiats des animaux les plus répandus , et qui fait la majeure partie du blanc d'œuf ( albumen des Latins ) ; il existe aussi dans certains végétaux, ce qui a donné lieu à distinguer l 'albumine animale et Y albumine végétale.
Albumine animale. — Elle est formée, suivant MM. Gay-Lussac et Thénard, de 52,883 parties de carbone, de 23,872 d'oxygène, de 7,540 d'hydrogène et de i5,7o5 d'azote; et d'après Bérard, de 1000 parties de vapeur de carbone, de 127 de gaz azote, de 810 de gaz hydrogène et de 170 de gaz oxygène : elle contiènt en outre du soufre. Le blanc d'œuf n'est pas la seule substance animale clans laquelle on trouve ce principe immédiat; il existe aussi dans le sérum du sang, le chyle, la synovie, les liquides sécrétés par les membranes séreuses dans l'état sain ou dans les divers cas d'hydropisie,-dans la chair musculaire, dans les fluides contenus dans le corps des hydatides , dans les phlyetènes, les humeurs de l'œil, la bile des oiseaux, le pus, etc.
Propriétés de l'albumine liquide on du blanc d'œuf délayé dans l'eau distillée, et filtré. [Voyez blanc d'oeuf; celui-ci contient, outre l'albumine et l'eau, un peu de gélatine, di; sous -carbonate
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de soude, et quelques autres sels.) Elle est incolore, transparente, légèrement sapide, inodore et susceptible de verdir le sirop de violettes, à raison d'une certaine quantité de sous-carbonate de soude qu'elle renferme; elle mousse lorsqu'on l'agile, surtout si elle a été mêlée avec de l'eau. Chauffée , elle se toagule à la température de 740, tb. c. , à moins qu'elle n'ait été étendue d'une très-grande quantité d'eau; cette propriété, qui distingue l'albumine des autres liqueurs animales, se manifeste dans le vide, et parait tenir à la cohésion des molécules albumineuses qui s'éloignent des molécules aqueuses , se réunissent et se précipitent [voyez albumine solide ) : c'est à tort que Fourcroy la faisait dépendre de l'action de l'oxygène. Exposée au soleil, la liqueur dont nous parlons perd 0,80 de son poids, se dessèche sans se coaguler, et fournit une masse jaunâtre, demi-transparente, vitreuse, soluble dans l'eau, et dont on peut tirer parti dans les navigations de long cours. L'albumine liquide est subitement coagulée par la pile de Volta; il suffit même qu'une liqueur contienne quelques atomes d'albumine en dissolution pour que celle-ci se rassemble en flocons autour du pôle résineux ou négatif. La plupart des acides forts et le chlore s'emparent de l'albumine, avec laquelle ils forment des composés blancs insolubles. L'alcohol la coagule surle-champ en s'unissant à l'eau dans laquelle elle était dissoute. Les dissolutions de potasse, de soude, d'ammoniaque, de baryte, de strontiane et de chaux, loin de précipiter l'albumine, la rendent plus fluide. La plupart des seTs métalliques dissous dans l'eau sont décomposés par l'albumine qui les précipite. Le produit de cette décomposition varie : tantôt il est composé d'albumine et de l'oxyde métallique qui fait partie du sel , tantôt il est formé d'albumine et de l'excès d'acide du sel, tantôt enfin l'acide et l'oxyde métallique sont décomposés, et alors le précipité renferme, outre l'albumine, un des élémens de l'acide et de l'oxyde; c'est ce que l'on observe principalement lorsqu'on verse la liqueur animale dont nous parlons dans une dissolution de sublimé corrosif (hydrochlorate de deutoxyde de mercure), puisque le précipité contient alors de l'albumine et du protochlorure de mercure. Suivant Bostock, la dissolution du sublimé corrosif est un des réactifs les plus sensibles pour découvrir la présence de l'albumine. Le tannin fait naître dans l'eau albumineuse un précipité jaune trèsabondant. L'albumine peut dissoudre o,o5 d'oxyde de fer. Comme toutes les substances animales, elle se pourrit lorsqu'on l'a ban -
ALB 5o3 donne à elle-même, et donne naissance, entre autres produits, à du gaz acide hydro-sulfurique. ( Voyez putréfaction.) Elle noircit les vases d'argent dans lesquels ou la fait chauffer; il se produit dans ce cas du sulfure d'argent noir, formé d'argent et du soufre qui entre dans la composition de l'albumine.
On emploie cette liqueur animale pour clarifier les sucs d'herbes, les vins, la bière, le cidre, etc.; cette opération se fait à chaud ou à froid : dans premier cas, l'albumine se coagule tandis qu'elle précipite le tannin contenu dans les matières que I on veut clarifier, si on agit à froid : toujours est-il vrai que le précipité qui se forme entraîne avec lui les particules qui rendent ce liquide trouble. On prépare avec l'albumine et la chaux vive un lut très- siccatif. On doit préférer cette substance à toutes les autres , dans la première période du traitement de l'empoisonnement par les dissolutions de mercure et de cuivreen effet, elle décompose sur-le-champ les sels dont nous parlons, et y fait naître un précipité qui n'exerce aucune action nuisible sur l'économie animale ; d'où il suit que l'albumine est le véritable contre-poison des préparations solubles de mercure et de cuivre. ( Voyez empoisonnement. ) Les médecins la rangent parmi les substances émollientes. Délayée dans beaucoup d'eau, on l'a administrée avec succès à l'intérieur, dans certains cas de fièvre jaune. Mêlée avec l'huile, elle sert à calmer les douleurs dans les parties qui ont été brûlées. On a encore employé l'albumine ou le blanc d'œuf pour enduire de petites bandeleltes.de linge dont on entoure les membres des enfans nouveau-nés dans les cas de fracture; en se desséchant, cette substance donne à l'appareilla solidité nécessaire pour maintenir les fragmens en rapport jusqu'à leur parfaite consolidation. On sait que Moscati trempait dans de l'albumine les différentes pièces de l'appareil qu'il employait pour les fractures du col de l'humérus, et qu'on connaît sous le nom ù'étoupade de Moscati. On s'est également servi, dans le pansement des excoriations légères, de la solution aqueuse d'albumine aiguisée d'une petite quantité d'alcohol. On l'employait autrefois dans les maladies des yeux , sous forme de collyre. Seule ou unie à d'autres principes immédiats des animaux, elle doit être regardée comme un aliment très-nutritif; ce qui fait que l'on ne doit s'en servir en médecine à titre d'adouoissant , qu'après l'avoir étendue •de beaucoup d'eau, surtout lorsque le malade est à la diète la plus sévère.
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Albumine solide. — L'albumine obtenue en coagulant le blanc d'œuf par la chaleur, est solide, d'un blanc de perle, opaque, translucide sur les bords, susceptible de se dessécher et de prendre l'aspect de la corne lorsqu'on l'expose à une douce chaleur. Distillée, elle se décompose, et fournit, comme toutes les matières organiques azotées, de l'eau, du sous-carbonate, de l'acétate, et de l'hydrocyanate d'ammoniaque, une huile épaisse, fétide et noire, du gaz hydrogène carboné, du gaz oxyde de carbone, du gaz azote et du charbon volumineux, brillant, et difficile à incinérer. Elle est insoluble dans l'eau, peu soluble dans l'acide acétique et dans l'ammoniaque ; la potasse et la soude la dissolvent au contraire très-bien à froid; laissée pendant quelque temps dans l'eau, dans l'alcohol et dans l'éther, elle se décompose, même à la température ordinaire. Les acides hydrochlorique et sulfurique affaiblis la décomposent et la transforment en une masse gélatineuse composée d'acide et de matière animale altérée.
Albumine végétale , nom donné par les chimistes à l'albumine que l'on trouve dans certains végétaux, et notamment dans le suc de papayer. Fourcroy avait annoncé depuis 1 790 l'existence de ce principe immédiat dans une grande variété de plantes; mais il a été reconnu depuis par Proust que la matière indiquée par Fourcroy ne jouissait pas des propriétés qui caractérisent l'albumine. L'albumine dite végétale se comportant avec les réactifs comme celle que l'on retire des animaux, nous renverrons à ce qui a été dit à l'article Jlbumine. (orfila.)
ALCAEST ou alcahest. Nom donné par les alchimistes à une liqueur merveilleuse qui pouvait guérir toutes les maladies, dissoudre tous les corps, les réduire en leurs élémens primitifs, perfectionner leur être, etc. Nous croirions abuser de la permission d'écrire, si, sans chercher à réfuter ces absurdités, nous nous permettions même de consacrer quelques lignes à les exposer. L'alcahest, considéré chimiquement et médicalement, doit être placé à côté de la pierre philosophale ; et, lorsque l'on voit Van Hclmont traiter sérieusement ce sujet, on ne peut que s'étonner de voir l'influence que, même dans les sciences physiques, les préjugés peuvent exercer sur les meilleurs esprits. ( pf.llf.tikr. )
ALCALESCENCE, s. f . , alcalcsccntia. État des substances végétales ou animales dans lesquelles il s'est formé, par un mouvement spontané , une certaine quantité d'ammoniaque. On dé-
ALC 5o5 signe aussi par ce mot la simplé disposition dos corps à éprouver la fermentation alcaline ou putride. Tous les corps qui contiennent du gaz azote, l'un des principes de l'ammoniaque, peuvent devenir alcalescens. Toutes les substances animales sont par conséquent dans ce cas; quelques végétaux, particulièrement ceux de la famille des crucifères, sont susceptibles de la même décomposition. ( Voyez alimens et fermentation. ) Quant à l'alcalescence des humeurs qui forme une des espèces d'acrimonie, ce qui a. été dit de l'acidité s'applique entièrement à cette dégénérescence. ( Voyez acidité, acrimonie, humorisme , et les articles de séméiotique relatifs aux matières, des sécrétions. )