‹ Dictionnaire de médecine [electronic resource]Chapitre 7 sur 56 · H ABC · texte numérisé non relu

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si dures et si résistantes du crâne, comme cela a lieu et plus souvent et plus facilement à l'abdomen ou à la poitrine, poulies abcès formés dans le péritoine ou dans l'une des plèvres. Une différence essentielle à remarquer entre les abcès ou épanchemens partiels du péritoine et ceux de l'une des plèvres, et qui tient à la contexture différente des parois de ces deux cavités, c'est que les abcès du péritoine ont une tendance remarquable à se prononcer et à s'ouvrir à l'extérieur, tandis que dans les épanchemens des plèvres, le pus se fraye une route au dehors, aussi souvent et plus souvent même du côté des bronches, à travers la substance du poumon, que vers la surface du corps à travers les parois de la poitrine, qui ne sont molles que dans les intervalles des côtes.

Parmi les membranes séreuses, il en est une dans laquelle un épanchement purulent, aussi considérable qu'il puisse être, ne constitue qu'une sorte d'abcès , parce que cette membrane n'a que des dimensions bornées; je veux parler de la membrane séreuse du testicule , autrement appelée tunique vaginale. C'est un abcès qui s'y développe lorsque, après l'injection d'un fluide irritant pour la cure radicale de l'hydrocèle, une tumeur nouvelle se développe très-promptement, presque aussi volumineuse qi;e celle qui existait naguère : mais cette tumeur nouvelle n'est que . momentanée; elle doit disparaître et disparaît en effet. La matière de l'épanchement ou de l'abcès est résorbée, en même temps que les deux parties naturellement contiguës de la membrane vaginale se rapprochent et contractent une union intime. Cette membrane éprouve, ce me semble, quelquefois spontanément toutes les transformations qui succèdent à l'opération de l'hydrocèle; je crois avoir observé ce phénomène : de plus, il m'a semblé que l'épanchement de pus dont la tunique vaginale devient alors le siège , était moins susceptible de résolution, plus disposé à se propager jusque dans le tissu cellulaire du scrotum , que l'épanchement consécutif à l'inflammation provoquée par Tfnè excitation mécanique ou chimique.

• a° Dans les cavités muqueuses. Quelle variété dans l'étendue, la configuration, et l'importance des nombreuses cavités sur lesquelles se déploient les membranes muqueuses! Mais la plupart de ces cavités sont trop largement ouvertes pour retenir le produit de leurs sécrétions morbides : quelques-unes seulement peuvent devenir le siège d'épanchemens purulcns; ce sont celles

ABC i5 qui ne communiquent au dehors que par des ouvertures ou des canaux étroits susceptibles de s'obstruer, et même de s'oblitérer complètement : tels sont les sinus maxillaires, les sinus frontaux, la caisse du tympan, les cellules ethmoïdales et le sac lacrymal; du moins ces cavités présentent d'une manière remarquable la condition de structure nécessaire pour la formation d'un amas de mucosité puriforme. Pour quelques-unes, la possibilité de tels épanchemens , qu'on peut qualifier d'abcès, est étabbe au delà de toute espèce de doute. Ne connaît-on pas très-bien l'ozène ou l'abcès du sinus maxillaire, l'abcès de la caisse du tympan consécutif à l'otite profonde ? Ne sait-on pas que le sac lacrymal peut être le siège d'un amas de matières purulentes tout autre que la tumeur lacrymale ou simple rétention des larmes ? Sans que son existence soit aussi bien démontrée que celle des affections précédentes, j'admets volontiers, avec J. Hunter, Callisen et Richter, l'ozène ou abcès des sinus frontaux : je ne suis point éloigné de penser que quelques abcès de la région mastoïdienne , à l'ouverture desquels on trouve l'apophyse mastoïde détruite en partie par la carie, soient consécutifs à un abcès primitivement formé dans les cellules dont cette apophyse est creusée, cellules qui communiquent avec la caisse du tympan , et sur lesquelles se déploie un prolongement de la membrane muqueuse intérieure de l'oreille.

3° Dans les cavités articulaires et dans les gaines des tendons. Les membranes synoviales, tant celles des articulations que celles des tendons, étant toutes fort peu étendues, les amas de pus qui s'y forment assez souvent appartiennent aux abcès. Je crois ne devoir rien dire ici particulièrement de ces abcès; nous reviendrons sur eux à l'article de ceux des meml^es, en renvoyant pour de plus amples détails aux mots arthritis , ou inflammation articulaire, et panaris. Observons seulement d'avance que les abcès des articulations se montrent , le plus ordinairement , avec un appareil formidable de symptômes dont il n'est pas facile de donner la raison physiologique: quant aux accidens., assez graves aussi, mais dont les conséquences sont pourtant moins funestes, qu'entraînent les épanchemens de pus dans les synoviales tendineuses, ils s'expliquent par la distension qu'éprouve la gaîne fibreuse sur laquelle se déploie le feuillet synovial, siège primitif de l'inflammation et de la suppuration.

4° Bans la cavité médullaire des os longs. Peut- il se former

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primitivement, c'est-à-dire sans altération antécédente de l'os lui-même, un amas de pus, un abcès dans la cavité médullaire d'un os long? Un tel abcès, s'il avait lieu, ne différerait plus bientôt de celui qui se forme dans la même partie en conséquence d'une nécrose profonde ou invaginée. Telle est, en effet, l'influence de la membrane médullaire sur la nutrition des os qu'il ne se pourrait pas que cette membrane s'enflammât, ni moins encore qu'elle devînt le siège d'un abcès, sans que les couches intérieures du cylindre osseux perdissent leur vitalité; il y aurait donc secondairement nécrose invaginée, soit d'une portion seulement, soit de toute l'épaisseur des parois du canal médullaire. C'est peut-être ainsi que les choses se passent dans toute nécrose invaginée du centre des os longs : du moins est-il à peu près démontré que cette affection reconnaît toujours pour cause immédiate une altération quelconque de l'organe médullaire, sinon un véritable abcès, lequel se forme consécutivement quand il n'a pas préexisté à la mort de l'os.

Primitifs ou secondaires , les abcès de la cavité médullaire des os longs, qui sont au nombre des abcès le plus profondément placés qu'il y ait, et de toutes les collections purulentes les plus obscures dans les premiers temps de leur existence , ces abcès, dis-je, sont remarquables par la tendance du pus à se porter au dehors de la cavité qui le recèle, malgré la dureté, malgré l'épaisseur des parois de cette cavité. Des ouvertures s'établissent sur différens points de la périphérie de l'os : des abcès symptomatiques se forment dans le tissu cellulaire voisin qui déjà était tuméfié et enflammé sourdement. On ouvre ces abcès extérieurs, ou bien ils s'ouvrent d'eux-mêmes, et des fistules s'établissent, qui se continuent avec les ouvertures dont sont percées les parois de la cavité osseuse, ouvertures à la faveur desquelles on peut explorer l'intérieur de cette cavité, ou tout au moins sentir la portion d'os nécrosée qu'elle contient. Sans tout cela, sans cette succession de phénomènes, pourrait-on jamais soupçonner pendant la vie l'existence d'un amas de pus dans la cavité médullaire d'un os long ?

5° Dans les cavités de l'œil. — A l'exception de l'hypopion de la cornée, les divers abcès de l'œil sont moins dès abcès proprement dits que des épanchemens purulens. Et combien souvent ne succèdent-ils pas à l'inflammation de cet organe! Tantôt bornés à la chambre antérieure, tantôt occupant toute la cavité de

ABC 17 l'œil, ils ont cela qui les distingue des autres épanchemens purulens que nous avons indiques jusqu'ici , qu'ils se forment dans une cavité naturellement close de toutes parts et que remplissent plusieurs fluides assez différent les uns des autres : le pus se mêle à ces fluides. Je ne parle pas des désordres que ces abcès ou ces épanchemens purulens introduisent dans l'œil, pour peu qu'ils soient considérables, et de la perte de cet organe qui en est un résultat si ordinaire.

6° Dans l'intérieur des veines. — On trouve bien quelquefois un enduit purulent à la surface interne d'une artère dont les parois ont été enflammés ; mais on n'a jamais vu une portion quelconque d'un tube artériel convertie en un foyer purulent. Il n'est pas rare, au contraire, que des épanchemens de pus, ou, si l'on veut , des abcès , se forment dans l'intérieur des veines. On a signalé dans ces derniers temps la disposition des veines à s'enflammer et à suppurer; mais ce qu'on n'a point fait assez remarquer, c'est que cette inflammation d'une ou de plusieurs veines ne doit pas nécessairement se terminer par suppuration; c'est en outre qu'elle se communique, avec une extrême facilité, au tissu cellulaire environnant, lequel devient alors le siège d'abcès, soit qu'il s'en forme, ou qu'il ne s'en forme pas en même temps dans les vienes elles-mêmes. Un phénomène semblable succède ordinairement à l'inflammation des vaisseaux absorbans.

A. abcès proprement dits. — II. Dans les tissus ou systèmes d'organes. — La disposition des tissus à devenir le siège d'abcès paraît être en raison inverse de leur densité. Le tissu cellulaire, le plus mou , le plus lâche et le plus extensible de tous , en est incomparablement plus susceptible qu'un autre , à tel point même qu'on s'est demandé s'il ne serait pas le siège immédiat et exclusif de la suppuration ; on serait tenté de soutenir l'affirmative, lorsqu'on se rappelle que, s'il a en grand un existence isolée, il entre aussi dans la structure de tous les organes et de tous les autres tissus; mais n'attachons pas d'importance à une supposition stérile et peut-être erronée. Les cartilages et les fibro-cartilages, bien que susceptibles de l'inflammation suppurative, sont entièrement réfractaires à la formation d'abcès , il en est de même des os, des parties fibreuses; une de ces dernières, cependant, plus vasculaire que les autres, plus vivace, si l'on peut ainsi dire, paraît très-susceptible de s'enflammer sous l'influence de causes générales; je veux parler du périoste : je ne fais aucun doute 1. a

que ce ne soit de l'inflammation de ce tissu que dépendent cer~ tains abcès profonds des membres , à l'ouverture desquels on trouve les os dénudes dans une étendue plus ou moins considérable. Ce n'est pas au reste dans le tissu même du périoste que se développent ces abcès, mais bien dans le tissu cellulaire qui l'entoure; ce sont de véritables abcès symptomatiques. Il est enfin plusieurs tissus d'une texture molle et assez délicate , qui sont très-susceptibles d'inflammation, et qui ne deviennent cependant jamais le siège d'abcès. Le pus ne se dépose point, par exemple, dans l'épaisseur même des membranes muqueuses, séreuses, etc., dans l'interstice des feuillets membraneux qui constituent les tubes vasculaires;-on ne trouve pas d'abcès dans les nerfs, dans les ganglions nerveux, etc. Les abcès des tissus ou systèmes généraux d'organes se réduisent, en dernier résultat, à ceux de la peau, du tissu cellulaire, des ganglions lymphatiques et peut-être des muscles.

i° De la peau. — N'est-ce pas par de véritables abcès que se terminent les boutons inflammatoires de la peau qui constituent une foule de maladies éruptives ? Ne peut - on pajs considérer comme des abcès multiples, infiniment petits, toutes ces. vésicules qui se montrent dans une variété de l'érysipèle? N'est-ce pas un abcès véritable que la.phlyctène purulente qui termine l'espèce de panaris désignée sous le nom vulgaire de tourniole? C'est un abcès sous-épidermique. Le furoncle n'est-il pas encore une sorte particulière d'abcès de la peau? Mais bornons-nous à ces rapprochemens, et ne séparons pas davantage les abcès du derme des maladies dont ils dépendent.

i° Du tissu cellulaire. — Le tissu cellulaire est véritablement le siège de prédilection des abcès ; ils se forment plus fréquemment dans ce tissu seul que dans tous les autres réunis ; on y rencontre tous les genres, et toutes les espèces. Il n'y a pas jusqu'aux simples variétés dans l'étendue, dans le nombre, dans la position, qui n'appartiennent bien plus aux abcès du tisiu cellulaire qu'à ceux des autres systèmes d'organes, ou des organes proprement dits. Voyez seulement combien ils diffèrent entre eux sous le rapport de leur situation. Tantôt sous-cutanés, ils s'élèvent sur la surface extérieure du corps; tantôt sous-jacens aux membranes muqueuses, il proéminent intérieurement dans les voies digestives, dans le larynx, la trachée-artère, les bronches, dans les voies urinaires, d'autres fois ils se développent sous des aponévroses, sous des muscles plus ou moins épais; quelquefois aussi

ABC ï*> sous des plans osseux , tels les abcès du raédiastin antérieur placés derrière le sternum, les abcès formés entre l'omoplate- et les parois de la poitrine : et pourtant il s'en faut que toutes les parties du tissu cellulaire soient également susceptibles d'inflammation suppurative; plus le tissu cellulaire est éloigné de la surface du corps, moins est grande sa disposition à suppurer et à devenir le siège d'abcès : c'est ce qu'a très -bien fait observer Hunter. Et qu'on ne croie pas que , si les abcès sont plus rares dans les couches profondes que dans les couches superficielles du tissu cellulaire, cela tienne uniquement à ce que les premières sont, par le fait même de leur position, moins exposées à l'influence des causes capables de produire l'inflammation suppurative; non, sous l'empire de la même cause, la suppuration s'établit moins facilement dans le tissu cellulaire profond que dans le tissu cellulaire superficiel. On voit cela d'une manière bien remarquable lors de la migration des corps étrangers; un tel corps parcourt quelquefois un long trajet dans les interstices des muscles sans laisser aucune trace de son passage; puis, arrivé vers quelque point non éloigné de la surface du corps , il excite une violente inflammation ; un abcès se forme, à la faveur duquel le corps étranger est expulsé. Ajoutons qu'en général tout travail de suppuration, une fois établi, se propage au dehors plutôt qu'au dedans, vers la périphérie du corps plutôt que du côté des cavités : autre effet non moins remarquable d'une heureuse prévoyance de la nature.

3° Des ganglions lymphatiques. — Il n'est pas de ganglion lymphatique qui ne puisse dégénérer en tubercule, se ramollir et se transformer en un kyste purulent : ces abcès tuberculeux ou précédés de dégénération tuberculeuse se rencontrent également dans les ganglions profonds des cavités splanchniques et dans les ganglions superficiels des membres et du cou ; mais ces derniers sont presque les seuls susceptibles d'une inflammation franche, d'un travail de suppuration comparable à celui qui se fait si communément dans le tissu cellulaire : ce sont presque les seuls dans lesquels on observe des abcès phiegmoneux. Ces abcès sont presque toujours de l'espèce de ceux que nous nommerons plus bas abcès par sympathie de continuité. L'inflammation à la laquelle ils succèdent n'est ordinairement, en effet, que le résultat d'une irritation plus ou moins éloignée qui s'est transmise le long des vaisseaux absorbans ; quelquefois aussi elle

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dépend de l'absorption d'un principe délétère ou spécifique. Les abcès des ganglions lymphatiques sont plus que tous les autres susceptibles de se terminer par résolution, sans doute à cause du grand nombre de vaisseaux absorbans qui avoisinent le foyer. Dans les bubons vénériens, par exemple, n'arrive-t-il pas quelquefois que la tumeur s'affaisse et disparaît par degrés lorsqu'on croyait devoir en faire très- prochainement l'ouverture? Il faut ajouter, comme un trait assez particulier aux abcès des ganglions lymphatiques, que, sans qu'ils soient jamais très-considérables, il est assez ordinaire qu'ils présentent deux on plusieurs foyers distincts, parce que plusieurs ganglions très-voisins les uns des autres ont été affectés simultanément. Je ne partage point l'opinion de quelques modernes, qui pensent que beaucoup d'abcès, qu'on croit développés dans les ganglions lymphatiques, ont leur siège immédiat non dans ces ganglions eux-mêmes, maïs dans le tissu cellulaire qui les enveloppe immédiatement. Cela peut se dire, au contraire, pour les vraies parotides critiques, c'est-à-dire pour les abcès critiques dans la région parotidienne, lesquels, en effet, affectent bien plus souvent le tissu cellulaire qui recouvre les glandes parotides et qui environne les ganglions lymphatiques voisins de l'oreille, que ces glandes et ces ganglions eux-mêmes.

4° De la partie charnue des muscles. — Quelques bons esprits doutent que des abcès puissent se former dans la substance même des muscles , c'est-à-dire dans les interstices de leurs fibres , et que leur existence y ait été constatée par des observations anatomiques positives : j'oserais cependant affirmer avoir ouvert de tels abcès chez des sujets travaillés depuis long-temps par des douleurs rhumatismales. Je conviens, au reste, qu'ils sont rares. Ils le sont encore bien plus consécutivement au rhumatisme aigu : ce qu'on voit assez souvent dans le cours ou à la suite de cette dernière affection , ce sont des abcès dans le tissu cellulaire voisin des muscles qui ont été, ou sont encore le siège des rhumatismes. Il y a trois ans, ces abcès furent pour ainsi dire, épidémiques à Paris; j'eus alors occasion d'en voir un assez grand nombre, et j'ai peine à croire que cela ait été un pur effet du hasard : une chose qui me frappa singulièrement, c'est que plusieurs s'étaient développés sous le grand pectoral; quelques-uns, très- vastes, s'étendaient jusqu'à l'aisclle.

B. Dans les organes, — Pour procéder ici avec plus d'ordre,

ABC *i rapportons à trois classes tous les organes^ Ce sont ou des organes glanduleux sécrétoires, ou des organes parenchymateux, ou enfin des organes creux revêtus intérieurement par une membrane muqueuse.

Il n'y a rien ou presque rien à dire de général sur les abcès des organes creux. Ce n'est pas qu'il ne puisse s'en former, et qu'il ne s'en développe assez souvent dans l'épaisseur des parois du pharynx, de l'œsophage, de l'estomac, ou de quelques autres parties du conduit intestinal , et encore dans l'épaisseur des parois de la vessie : mais ces abcès appartiennent au tissu cellulaire qui unit les différentes couches membraneuses dont chacun de ces organes est composé ; ce sont des abcès du tissu cellulaire plutôt que des abcès d'organes proprement dits : ils affectent plus particulièrement le tissu cellulaire sous-jacent à la membrane muqueuse; c'est pour cela qu'ils ont une si grande tendance à proéminer et' à s'ouvrir à l'intérieur de la cavité que représente l'organe qui en est le siège. Quelquefois cependant ils se développent dans le sens opposé. Ne voit-on pas , dans certaines angines, des abcès, formés dans l'épaisseur des parois du pharynx, se prononcer au dehors sur l'un des côtés du cou ? à moins que le tissu cellulaire circonvoisin du pharynx ne soit le siège immédiat de ces abcès, et qu'eux-mêmes n'appartiennent aux abcès symptomatiques, à l'espèce de ceux que nous dirons se former dans le tissu cellulaire consécutivement à l'inflammation d'un organe voisin. Un cas qui ne donne pas prise à deux explications, c'est celui d'abcès développés, dans l'épaisseur des parois de l'estomac ou de quelque partie des intestins , lesquels, à la faveur d'une adhérence établie entre l'organe malade et les parois de l'abdomen , se sont ouverts à l'extérieur de cette cavité : ainsi se sont formées à l'estomac des ouvertures fistuleuses , cjui n'étaient point la suite d'une affection cancéreuse. Voilà pour les abcès des organes creux.

Nous avons à considérer sous le même rapport les organes glanduleux sécrétoires, savoir : la glande lacrymale, les glailtles salivaires, les amygdales , la glande mammaire , le foie, le pancréas, les reins, les testicules, la prostate.

Il est douteux que des abcès puissent se former dans la glande lacrymale, dans le pancréas : on conteste même l'existence de ceux du foie. Voyez hépatite.

Les glandes salivaires au contraire; la glande mammaire,

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les reins, les testicules, la prostate, en sont fréquemment le siège, sans doute parce que l'inflammation y est plus commune. L'inflammation de plusieurs de ces organes est souvent due à l'activité même de leurs fonctions, momentanément augmentée, ou à la rétention du produit de leur sécrétion. On voit bien des abcès au sein chez les femmes hors le temps de la lactation; j'en ai vu chez les jeunes filles et même chez les jeunes garçons à l'époque de la puberté ; mais c'est surtout pendant le temps que la sécrétion du lait est en grande activité qu'on les observe. Qu'on examine les principales circonstances dans lesquelles l'inflammation du testicule survient chez les sujets adultes, qu'il y ait ou non formation d'abcès , et l'on verra que la stagnation du sperme dans les conduits séminifères doit contribuer au développement ou du premier de ces deux états seulement, ou de tous les deux quand ils se succèdent. J'ai quelque raison de penser que c'est, dans la plupart des cas , à une rétention accidentelle de la salive que sont dus les abcès de la glande parotide , abcès après l'ouverture desquels on ne peut guère éviter la formation de fistules salivaires. Il y a pour les abcès du rein une cause presque particulière à cet organe, et qui les y produit plus souvent que toute autre; ce sont les concrétions urina ires retenues dans les calices ou dans le bassinet : aucune autre inflammation du rein ne se termine plus souvent par suppuration que la néphrite calculeuse. Quant aux abcès de la prostate, lesquels ont une très -grande tendance à s'ouvrir dans l'urètre, ils arrivent surtout chez les jeunes gens à la suite d'excès dans la masturbation, ou bien chez les jeunes gens encore et chez les sujets adultes, dans lecours de violentes blennorrhagies. Pour terminer ce coup d'œil général sur les abcès des organes glanduleux sécrétoires , remarquons que plusieurs de ces organes étant très-superficiellement situés , leurs abcès se montrent à peu de chose près sous l'apparence de ceux du tissu cellulaire sous cutané; tels sont les abcès des mamelles; de la glande parotide, du testicule : ceux du rein, au contraire; remarquables par leur siège profond , ne se décèlent qu'autant que le pus se fraye une issue au dehors dans la région lombaire : enfin ceux de la prostate se forment assez-loin aussi de la surface extérieure du corps; mais la possibilité d'explorer cet organe avec le doigt porté dans le rectum, fait que , pour la facilité du diagnostic, ces abcès ne diffèrent pas autant des abcès superficiels qu'on pourrait le penser au premier abord.

ABC a* Plusieurs des observations générales que nous venons de présenter sur les abcès des glandes sécrétoires peuvent êlre appliquées aux abcès dans les organes parenchymateux , tels que sont les différentes parties de l'organe encéphalique, le corps thyroïde, le poumon , la rate, le corps caverneux de la verge chez l'homme, et le gland y compris le tissu spongieux de l'urètre dont le gland n'est que la continuation, ou avec lequel il a du moins une grande analogie de structure, et chez la femme enfin, l'utérus et les ovaires. Parcourons successivement ces organes, et nous verrons en quoi ils diffèrent, en quoi ils se rapprochent soit les uns des autres, soit des divers organes vraiment glanduleux , sous le rapport des abcès dont ils peuvent être le siège.

Incontestablement , il se forme des abcès dans la substance même du cerveau. Ces abcès sont le plus ordinairement chroniques, et reconnaissent pour cause une ancienne commotion ou contusion du cerveau. La céphalite aiguë , surtout la céphalite essentielle , ne produit dans le plus grand nombre des cas qu'un simple ramollissement dans la partie du cerveau qui a été le siège de l'inflammation, état sur lequel des faits multipliés, et de nature à fixer l'attention, ont été recueillis nouvellement. Entre tous les abcès, ceux du cerveau sont remarquables par l'incertitude des signes propres à en faire soupçonner l'existence pendant la vie, et par l'insuffisance des efforts de la nature pour en opérer une terminaison favorable : à peine quelques-uns sont-ils accessibles aux moyen de l'art; à peine peut-on espérer d'être assez heureux pour tomber sur le siège d'un de ces abcès, en pratiquant l'opération du trépan.

Je ne sais si l'on a jamais observé l'inflammation aiguë du corps thyroïde, et, si l'on a jamais vu cette inflammation devenir cause d'abcès : mais des goitres anciens peuvent éprouver une fonte purulente, se convertir en abcès, et de cette manière disparaître entièrement. Parmi les observateurs dignes de foi, J.-L. Petit, rapporte des faits de ce genre : moi-même j'en ai recueilli un trèsremarquable, à l'hôpital de la Charité , il y a deux ans.

Autant les collections de pus provenant de la foute des tubercules sont fréquentes dans la substance du poumon, autant il est rare qu'un véritable abcès, un abcès phlegmoneux, succède a l'inflammation de cet organe, à la pneumonie. Voilà du moins ce que prétendent les médecins de nos jours qui ont apporté le meilleur esprit dans les recherches d'anatomie pathologique. Ce

«fr. ABC

ji'est pas, dit-on, qu'une pneumonie partielle ou générale ne puisse se terminer par suppuration : mais le pus ne s'agglomère pas dans la substance du poumon ; il reste infiltré dans les cellules de l'organe; il n'y a point de vomique, si par ce mot on veut entendre un abcès formé dans le parenchyme pulmonaire consécutivement à son inflammation aiguë ou chronique. Toutes les fois qu'on a cru avoir observé pendant la vie, et reconnu après la mort une vomique, il s'agissait seulement d'un empyème ou partiel ou général ; le foyer existait dans la plèvre même : faute d'une attention assez grande, il a été d'autant plus facile de se méprendre sur le véritable siège de la suppuration, que d'une part, tout épanchement de pus dans la plèvre a pour effet nécessaire l'affaissement du poumon,' et que, d'un autre côté, si un tel épanchement ne cause pas promptement la mort, il est ordinaire que le pus se fraye une issue du côté des bronches. Toutefois 5 j'observerai que les doutes qu'on a élevés dans ces derniers temps sur les abcès du poumon, sur ceux du foie, comme ceux qu'on pourrait élever sur les abcès de quelques autres organes, ou glanduleux, ou parenchymateux , n'ont de force réelle qu'à l'égard des abcès qu'on avait cru pouvoir succéder dans ces organes à une inflammation développée spontanément, ou du moins sans cause matérielle. Il y a des causes d'inflammation suppurative et d'abcès si puissantes, qu'aucune partie de l'organisation n'y est réfractaire : telle est la présence d'un corps étranger ou la dégénérescence tuberculeuse.

Les abcès de la rate n'ont été observés que fort rarement. On a parlé d'abcès de l'ovaire chez les femmes , à la suite des couches particulièrement; mais peut-être ces abcès avaient-ils moins leur siège dans l'ovaire même que dans le tissu cellulaire du ligament large de la matrice. Il est fort douteux pareillement que l'inflammation de l'utérus , à quelque époque de la vie des femmes qu'elle se manifeste, peu de temps comme long temps après l'accotichement, puisse se terminer par suppuration, et qu'on ait jamais observé pendant la vie, ni trouvé après la mort, des abcès dans l'épaisseur même de ses parois. Des diverses parties constituantes de la verge chez l'homme, le gland et l'urètre dans sa portion spongieuse, sont les seules dans lesquelles il puisse y avoir suppuration et abcès sans crevasse , sans érosion à la surface interne du canal; assez souvent une inflammation Mippurativc s'établit, et un abcès plus ou moins considérable se forme dans

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une portion de l'urètre depuis le bulbe jusqu'au gland , pend;. nî •e cours d'une blennorrhagie, ou chez les individus assujétis à l'usage habituel d'une sonde dégomme élastique, etc. Ajoutons que beaucoup d'abcès urineux sont bornés , dans le principe , à une portion de l'urètre.

§ III. — Des abcès considérés en générai sous le rapport du caractère qu'ils empruntent des circonstances qui les produisent. — La plupart des palhplogistes n'attachent qu'une importance secondaire aux différences que présentent les abcès sous le rapport de leurs causes : il n'en est pas cependant de plus essentielles. Elles sont constantes; elles servent de base aux indications curatives autant et plus même peut-être que les différences dans la marche , le siège de la maladie , lesquelles sont variables et pour ainsi dire accidentelles. Partant de cette idée, je rapporte tous les abcès à cinq genres ou cinq sortes principales que j'ai déjà désignés dans les considérations préliminaires, et que nous avons maintenant à examiner particulièrement.

Ier genre. — Abcès idiopathiques. — Un abcès est idiopathique lorsque la cause dont il dépend, n'ayant eu qu'une influence passagère, n'existe plus ni dans le point où l'inflammation suppurative s'est établie, ni ailleurs: l'abcès est en conséquence la seule maladie présente ; à lui seul se rapportent toutes les indications curatives. Les abcès idiopathiques n'ont pas exclusivement leur siège dans le tissu cellulaire; mais on ne peut nier qu'ils n'y soient et plus fréquens et surtout beaucoup mieux caractérisés que dans toutes les autres parties. On pourrait les distinguer en accidentels et spontanés ; mais cette distinction est moins utile que la suivante. Parmi les abcès vraiment essentiels ou idiopathiques j les uns succèdent à une inflammation vive et franche, à cette inflammation qu'on nomme phlegmoneuse parce qu'elle a pour type le phlegmon proprement dit : ils sont remarquables par la succession rapide de leurs périodes, et sont du nombre des abcès chauds, aigus ou phlegmoneux. D'autres, au contraire, succèdent à un engorgement chronique, à un état d'induration de nos tissus que la plupart des auteurs décrivent sous le nom de tumeur ou d'engorgement lymphatique : ils se développent avec une extrême lenteur; on en voit qui durent des mois et des années : ce sont des abcès froids ou chroniques.

A becs chauds } aigus ou pldegmoncux. On emploie quelquefois

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comme synonyme d'abcès plilegmoneux, l'expression de phlegmon abccdc : c'est une erreur. La seconde dénomination ne convient qu'aux abcès chauds du tissu cellulaire : ce «tissu est seul le siège du véritable phlegmon; c'est dans ce tissu seulement qu'il peut y avoir un phlegmon abcédé. D'autres tissus, au contraire, et une foule d'organes particuliers, peuvent être le siège d'abcès plilegmoneux, c'est-à-dire d'abcès comparables au phlegmon abcédé.

Les abcès idiopathiques chauds sont pour ainsi dire le type de tous les abcès chauds : du moins parmi tous ceux-ci, il n'en est pas dont les périodes soient mieux marquées, dont la marche soit ordinairement plus rapide. Qu'ils soient spontanés, ou accidentels ,■ leurs causes sont celles du phlegmon pour ceux qui se développent dans le tissu cellulaire, et pour tous les autres, celles des diverses inflammations aiguës auxquelles ils succèdent. Je ne les ferai pas connaître avec détail, pour ne- point anticiper sur l'histoire d'une foule d'affections étrangères à la matière de cet article. Quelques abcès idiopathiques chauds sont spontanés , disons-nous, c'est-à-dire qu'ils terminent une inflammation dont la cause est inconnue : mais cette cause a existé; l'abcès n'est pas spontané, dans toute la rigueur du terme. Il y a plus : tel abcès semble idiopathique , qui porte réellement un autre caractère, et devrait être spécifié autrement si l'on pouvait mieux remonter à son origine. Peut- être aussi beaucoup d'abcès idiopathiques accidentels ne dépendent-ils pas seulement de la circonstance éventuelle à laquelle on les voit succéder : il faut bien admettre au moins un état antérieur qui favorise leur développement dans certains cas; à moins que l'on ne conçoive que , dans dos circonstances parfaitement semblables, les mêmes causes puissent produire des effets tout différens : ne voit-on pas une contusion, un froissement quelconque, une brûlure, une plaie, surtout une plaie faite par un instrument piquant , causes ordinaires des abcès, ne produire souvent qu'une inflammation légère qui se termine par résolution? Il faut rapporter aux abcès produits par la contusion, les abcès .par contre-coup, tels que ceux qui se forment entre les os du crâne et la dure-mère, ou dans la substance même du cerveau, sur un point plus ou moins diamétralement opposé à celui où le crâne a été frappé pat un corps contondant : malgré cette circonstance, et quoiqu'ils se montrent a une distance plus OU moins grande de la partie où la cause extérieure a agi, ce sont toujours des abcès idiopatiques.

ABC a7 Abcès froids ou chroniques. Ceux-ci appartiennent presque exclusivement au tissu cellulaire. C'est d'eux surtout qu'il convient de dire que des abcès qu'on croit idiopathiques ne le sont peut-être point, et mériteraient qu'on leur assignât un autre caractère si l'on pouvait apprécier les circonstances dont ils dépendent , mieux qu'il n'est donné de le faire. En effet, quoiqu'on admette généralement des abcès idiopathiques froids , et ce sont ceux que nous voulons indiquer maintenant, on convient qu'ils sont presque toujours liés à un vice quelconque passager ou durable de la constitution. On les observe particulièrement chez des sujets débiles, chez d'anciens rhuniatisans, chez des individus qui ont été scrofuleux dans leur enfance. Quelques régions du corps semblent en être exemptes ; on les voit rarement au visage, au cou : la plupart se développent dans le tissu cellulaire souscutané, particulièrement sur la poitrine, autour du bassin, aux lombes, aux membres inférieurs, surtout à leur partie la plus élevée. Dans ce dernier cas, ils peuvent ressembler beaucoup aux abcès par congestion , avec lesquels il est souvent facile de les confondre. Les abcès froids sont ordinairement précédés d'un engorgement chronique, d'un état d'induration dont ils semblent être l'heureuse terminaison, terminaison qui s'opère quelquefois avec une extrême lenteur, et dont il est presque toujours indiqué de hâter les progrès. On sait que les qualités du pus sont, en général, d'autant meilleures, que l'inflammation a été plus vive, qu'elle a parcouru pluslrapidement ses périodes ; or ces conditions n'appartiennent point à celle qui précède le développement des abcès froids : aussi le pus de ces sortes d'abcès est-il bien différent de celui des abcès phlegmoneux ; il est mal élaboré, peu consistant, séreux, d'un jaune verdâtre, semblable à du petit lait trouble qui contient encore des flocons de matière caséeuse; il prend ordinairement une odeur fétide dès qu'il est exposé au contact de l'air. Mais, parce que ce pus contient ordinairement de^ flocons albumineux, doit-on conclure avec M. Delpech , que la maladie ne soit autre chese dans le principe qu'une dégénérescence tuberculeuse ? Les abcès froids sont du nombre de ceux qu'il faut ouvrir nécessairement, mais non pas par incision ; ° eSt à eux surtout que se rapportent deux moyens d'ouverture que nous décrirons plus bas, savoir, les caustiques , pour les cas W de tels abcès sont peu considérables, et des ponctions successives, seconde méthode applicable surtout aux grands abcès,

pour en diminuer progressivement le volume, et les amener à un état qui permette l'emploi du caustique ou de l'instrument tranchant.

1 ie genre. — Abcès sympathiques. — Ceux-ci viennent d'autant plus naturellement après les abcès idiopathiques, que fort souvent ils diffèrent très-peu de ces derniers quant à la nature même de la cause occasionelle; seulement l'abcès sympathique se montre dans une partie plus ou moins éloignée de celle où cette cause a agi : et dès qu'il commence à se développer, c'est encore avec l'abcès essentiel qu'il a le plus de rapport; il en a la marche rapide et régulière. Par ces derniers mots j'indique assez qu'on ne peut comparer les abcès sympathiques qu'aux abcès idiopathiques chauds : en effet , il est fort peu , peut-être même n'est-il pas d'abcès sympathiques froids; l'inflammation qui les précède immédiatement est presque toujours aiguë. Mais, d'après le caractère ou le mode de l'influence sympathique qui a fait naître cette inflammation, eux-mêmes sont de deux sortes bien distinctes l'une de l'autre: il faut reconnaître des abcès par sympathie de continuité, et des abcès par sympathie proprement dite ou sympathie éloignée; ceux-ci sont les abcès sympathiques par excellence. Par exemple, un cause irritante quelconque a agi sur une partie; une inflammation en résulte et se termine par un abcès : mais au lieu de se montrer là même où l'irritation a été produite immédiatement , l'inflammation et l'abcès se manifestent dans un endroit un peu éloigné ou même fort éloigné de cette partie; l'irritation y a été transmise de proche en proche, tantôt dans la direction des vaisseaux lymphatiques , et en quelque sorte par ces vaisseaux eux-mêmes qui sont alors gonflés et douloureux, tantôt par le tissu cellulaire seulement, à ce qu'il parait, ou par les vaisseaux sanguins, ou peut-être enfin par les nerfs : or, comment bien désigner les abcès qui se forment de cette manière, dans lesquels on observe cet enchaînement , cette succession de phénomènes, si ce n'est en leur donnant le nom d'abcès par sympathie de. continuité? Ils sont fort communs; on les voit particulièrement dans le tissu cellulaire, et dans les ganglions lymphatiques , ou même ces deux systi mes d'organes sont les seuls dans lesquels ils se développent. Dès long - temps on a signalé ceux des glandes lymphatiques : ceux du tissus cellulaire sont peut-être moins connus. Quelques cas assez remarquables parmi ces derniers se sont offerts à moi tout récemment. Une femme,

ABC 29 qui est encore à l'hôpital de la Charité au moment où j'écris cet article, s'était blessée au pouce de la main gauche; il n'y eut pas d'inflammation à cette partie, mais un abcès considérable survint à la partie inférieure de l'avant-bras, sous les muscles superficiels. Il n'y a pas long-temps non plus, un étudiant en médecine s'était piqué à un doigt de la main gauche en disséquant : à peine y eut-il une légère fluxion à ce doigt et à la main; mais ce jeune homme éprouva une inflammation des plus violentes au pli du bras; il se fit un abcès considérable sous l'aponévrose et le corps charnu du muscle biceps. Des abcès par sympathie de continuité se forment, ai-je dit, dans les ganglions lymphatiques : très-certainement on voit se changer en abcès Finflammation de ces glandes, effet d'une irritation simplement physique ou mécanique qui leur a été transmise de proche en proche par les vaisseaux absorbans; pourtant il est vrai de dire que la fluxion se termine bien plus souvent encore par suppuration dans les cas où l'on peut croire qu'il y a eu absorption d'un principe délétère ou putride : alors l'abcès n'est pas seulement un abcès par sympathie de continuité; il y a complication de la présence d'un agent délétère; c'est même quelquefois un virus, comme dans le bubon vénérien.

Les abcès sympathiques proprement dits sont peut-être plus communs qu'on ne- le pense généralement ; peut-être beaucoup d'abcès ne paraissent-ils essentiels que parce que l'influence sympathique dont ils dépendent, trop fugitive ou trop peu prononcée, se dérobe à l'observation. Il n'est pas d'abcès plus évidemment sympathiques, et sur le caractère desquels il y ait moins d'incertitude, que ceux qui se forment si souvent à l'anus chez les sujets phthisiques; tels sont encore quelques abcès du foie à la suite des plaies de tête. Quand une inflammation du testicule, développée dans le cours d'une blennorrhagie , ou chez un individu qui porte une sonde élastique à demeure dans l'urètre, vient à se terminer par suppuration , l'abcès qui en résulte est quelquefois sympathique : je dis quelquefois seulement, et non pas toujours, parce que je crois que dans le plus grand nombre des cas, surtout quand elle succède à la gonorrhée, l'inflammation du testicule ne dépend pas d'une sympathie proprement dite : c'est une sympathie de continuité qui est mise en jeu; l'irritation primitivement fixée sur l'urètre s'est propagée le long des conduits excréteurs de la semence jusqu'au testicule.

3o ABC

me genre. — //becs sjrrkptoMatiqu.es ou critiques, dans les maladies aiguës. — C'est une chose bien connue que des abcès se montrent assez souvent, sur divers points de la surface du corps, dans le cours ou dès le début même de quelques maladies aiguës, générales ou locales, surtout de quelque fièvre d'un mauvais caractère, ou seulement au déclin de ces maladies. On les considère comme critiques dans ce dernier cas; ils sont simplement symptomatiques dans le premier. Peut-être faudrait-il dire que quelques abcès de ce genre sont métastatiques , en ce sens ou à cause de cela seulement qu'ils se développent à la suite de quelques maladies éruptives, comme la petite vérole, la rougeole, maladies plus que d'autres, en effet, susceptibles d'une terminaison incomplète et de métastase. Les abcès symptomatiques ajoutent toujours plus ou moins au caractère grave de la maladie dans le cours de laquelle ils se développent; ce sont des épiphénomènes fâcheux, de véritables accidens. Les abcès critiques, au contraire, sont salutaires dans le plus grand nombre des cas, à moins qu'ils n'affectent un organe important : ils annoncent une terminaison heureuse ; leur apparition est du moins toujours marquée par une rémission sensible dans les symptômes. On en voit même qui préviennent ou plutôt qui remplacent des maladies générales du plus fâcheux caractère : ne sait-on pas que la peste ne se manifeste sur ceriains individus que par de simples bubons, véritables abcès critiques qui semblent élaborer, et pour ainsi dire enchaîner le virus pestilentiel? Les abcès symptomatiques ou critiques dans les maladies aiguës se manifestent bien plus souvent au cou , près de l'oreille, que dans toute autre partie de l'extérieur du corps ; ils portent -alors le nom de parotides. Dans les abcès de ce genre, l'inflam-

1 ' mation qui précède est rarement bien franche; la marche en est assez irrégulière : tous ces abcès néanmoins rentrent dans la catégorie des abcès chauds; c'est' de ceux-ci qu'ils se rapprochent le plus, surtout quant aux indications curatives : on doit favoriser leurs progrès et hâter leur terminaison; ils sont du nombre des abcès qu'il faut ouvrir de bonne heure et pour ainsi dire

. prématurément.

ive genre. — Abcès symptomatiques d'une affection locale. — Que d'affections diverses peuvent être accompagnées ou suivies d'une inflammation locale qui se termine par suppuration, et de combien de variétés ne sont pas susceptibles les abcès de ce genre! Jls n'ont d'autre trait commun que d'être consécutifs à une ma-

ladie locale qui précède l'inflammation; maladie qui présente presque toujours des indications curatives différentes de celles qui se rapportent à l'abcès lui-même. Ces abcès ont leur siège dans le tissu cellulaire bien plus souvent que dans aucune autre partie. Leurs différences les plus remarquables se tirent du caractère de la maladie première dont ils dépendent, et des rapports plus ou moins immédiats, ou plus ou moins éloignés, au contraire, qu'ils ont avec la partie primitivement affectée. En considérant sous ce double point de vue tous les abcès de ce genre, on peut en former cinq espèces distinctes :

i° Les uns sont consécutifs à l'inflammation d'un tissu ou d'un organe voisin : ils surviennent sans qu'il soit besoin que cette inflammation se termine par suppuration. Un tissu ou un organe quelconque est enflammé ; l'irritation se propage au tissu cellulaire environnant, qui bientôt s'enflamme; et telle est la facilité avec laquelle la suppuration s'établit dans le tissu cellulaire, qu'une partie qui n'a été affectée que secondairement et par continuité, devient le siège d'un abcès alors même que l'inflammation primitive se termine par résolution. N'est-ce pas ainsi que des abcès se forment dans l'épaisseur des parois de l'abdomen consécutivement à une péritonite; dans le médiastin, ou, ce qui est plus ordinaire encore, dans les parois de la poitrine consécutivement à la pleurésie ? Il faut placer dans la même série les abcès phlegmoneux dans le voisinage des muscles affectés de rhumatisme, dans l'épaisseur des joues chez les individus tourmentés par une odpntalgie violente, dans le tissu cellulaire souscutané à la suite de l'érysipèle simple; ceux qui se développent autour des veines, des vaisseaux lymphatiques enflammés; tels aussi ces abcès profonds des membres, sur lesquels je voudrais pouvoir appeler l'attention des observateurs, qui peut-être existent aussi dans d'autres parties du corps, et qui me paraissent succéder à l'inflammation du périoste. Citerai-je encore un cas assez commun parmi les abcès consécutifs à l'inflammation d'un tissu ou d'un organe voisin de celui dans lequel ils se développent? •Qui ne sait qu'une blennorrhagie violente en fait naître quelquefois dans la prostate, dans le tissu spongieux de l'urètre, ou même dans le tissu cellulaire de la verge ou du périnée? Ces abcès divers sont presque tous chauds ou phlegmoneux : ils se rapprochent beaucoup des abcès essentiels, et plus encore de ceux qui sont produits par une sympathie de continuité ; à bien prendre même.

3a ABC

ils sont l'effet d'une telle sympathie s'exerçant entre des parties immédiatement liées les unes aux autres.

2° D'autres abcès symptoniatiques sont consécutifs à un cpanchemcnt purulent. En effet, presque tous les amas de pus ou de mucosités purulentes que nous avons dit pouvoir se faire dans quelques-unes des cavités qui revêtent les membranes muqueuses, plusieurs de ceux qui se forment dans les cavités séreuses amènent à leur suite des abcès à l'extérieur de ces cavités. Ces abcès, quand ils se forment, constituent une maladie vraiment distincte de l'épancbement qui a précédé; car, si dans quelques cas ces deux états succèdent promptement et presque immédiatement l'un à l'autre, il en est d'autres dans lesquels un laps de temps plus ou moins long s'écoule avant qu'un épancheraent intérieur se convertisse en un abcès extérieur. D'ailleurs, c'est peu que la nature ait fait un premier effort pour porter à la périphérie du corps du pus ou une matière purulente épanchée dans une cavité naturelle; il faut encore qu'elle travaille au resserrement ou même à l'oblitération complète de cette cavité, œuvre à laquelle l'art doit presque toujours concourir en dilatant, en agrandissant même, et tout au moins en entretenant la première ouverture de l'abcès : ainsi, des indications relatives à l'épancbement luimême viennent se joindre à celles que l'abcès avait pu présenter. Selon que les abcès de cette espèce se forment peu de temps ou long-temps après que l'épancbement intérieur a eu lieu , ce sont en général , des abcès chauds ou des abcès froids.

3° Dans quelques affections organiques, le tissu même delà partie malade peut devenir le siège d'une inflammation suppurative, et conséquemment d'abcès qui, selon les cas, envahissent toute cette partie ou bien se bornent à quelques points. Ces abcès sont encore symptomatiques sous ce rapport qu'ils succèdent à un autre état pathologique. Tantôt simples épiphénomènes, ils n'apportent aucun changement à la maladie dont ils dépendent, ou plutôt ils en annoncent les progrès; tels sont les abcès qui se développent au centre ou à la surface d'une tumeur cancéreuse : tantôt, au contraire, ils remplacent cette maladie; l'affection première change de nature, se convertit en un abcès, et cette sorte de métamorphose est ou favorable ou nuisible, non pas selon le caractère de l'altération organique qui a précédé l'abcès, mais bien plutôt selon la partie du corps, ou l'organe qui en était le siège. Ce peut être aussi une chose indifférente. Pour citer

ABC 35 quelques exemples, rien déplus heureux que la conversion d'un goîlre en un abcès, que la formation du pus au milieu d'une tumeur qui jusqu'alors s'était montrée sons les apparences d'une tumeur squirrheusc : la fonte d'un engorgement tuberculeux dans les parties voisines de la surface du corps est presque toujours une circonstance favorable , tandis que dans les poumons elle cause la mort presque infailliblement.

4° 11 est encore d'autres abcès symptomatiques d'une affection locale ; mais ceux-ci ne sont que concomitans de cette affection sur laquelle ils n'ont et ne peuvent avoir aucune influence. D'ailleurs ce n'est pas au centre ni dans l'épaisseur même des parties affectées qu'ils se développent, c'est dansles parties environnantes, dans le tissu cellulaire particulièrement; parmi les maladies qui les produisent le plus ordinairement, celles qui en sont suivies le plus constamment sont certaines altérations organiques des os, comme la nécrose, la carie, et principalement celte dernière. Toute carie, si peu étendue qu'elle soit, détermine une inflammation suppurative dans les parties molles circonvoisines de l'os qui en est le siège. La même chose a lieu dans toute nécrose superficielle ou profonde, invaginée ou non invaginée. C'est parmi les abcès de celte sorte que se trouvent les abcès froids par congestion.

5° Viennent enfin, comme abcès symptomatiques d'une dernière sorte, ceux qui résultent de la présence d'un corps étranger dans le tissu ou dans les interstices de nos organes. Que de variétés ne remarque -t- on pas dans les abcès de celte sorte, eu égard à la nature de la cause déterminante de l'inflammation à laquelle ils succèdent, et jusqu'à un certain point aussi au caractère de l'inflammation elle-même, tantôt assez lente, tantôt au contraire très-aiguë, quelquefois plus aiguë encore, et se terminant en partie par gangrène, comme on le voit lors d'une infiltration d'urine ou de matières stercorales dans le tissu cellulaire! Certes, ils méritent bien la qualification d'abcès symptomatiques : ne sont-ils pas, en effet, toujours secondaires à un autre état pathologique? et une indication particulière ne se joint -elle pas toujours à celle de donner issue à la matière de l'abcès lui-même ? C'est un corps étranger solide qu'il faut extraire; c'est un fluide ou quelque autre matière qui existe naturellement en nous, et dont il fout ou rétablir le cours naturel, au tout ou moins prévenir l'extravasation nouvelle.

En effet deux classes de corps étrangers déterminent par leur présence les abcès dont nous parlons: les uns sont solides; d'autres sont liquides ou presque liquides. Cette différence ne doit pas être perdue de vue; car les liquides peuvent s'inGltrer ou s'/îpancher au loin dans le tissu de nos organes, et d'autant plus facilement qu'il est plus lâche; les corps solides, au contraire, ne peuvent que cheminer ou changer de place : c'est pour cela qu'indépendamment de ce qui peut résulter de leurs qualités plus ou moins irritantes pour des parties qui ne sont point habituées à en recevoir l'impression , les liquides produisent généralement de plus grands désordres que les corps solides. Le nombre des liquides qui peuvent être une cause matérielle d'abcès est à peu près borné à celui des substances qui existent naturellement en nous : celui des corps solides est presque infini, ou du moins beaucoup plus considérable. De ceux-ci, les uns sont venus du dehors : tel est tout corps étranger de la présence duquel une plaie a été compliquée, et dont l'extraction n'a pas été faite dans le principe : tels sont aussi ces corps qui pénètrent accidentellement dans les cavités naturelles par les voies ouvertes à la surface du corps, et dont quelques-uns percent les parois ou le parenchyme des organes , et parcourent même quelquefois un trajet fort étendu dans le tissu cellulaire avant de donner lieu à l'inflammation suppurative et de causer un abcès. D'un autre côté, combien de corps formés en nous, ou combien de parties de nos propres organes peuvent exciter cette même inflammation suppurative, et se montrent à l'ouverture d'abcès, moyen dont la nature s'est servie pour en opérer l'expulsion! Les abcès causés par des esquilles dans les fractures comminutives , par une portion d'os nécrosée, ne sont que les plus communs parmi ceux que nous signalons en ce moment. Comme plus remarquables, il faut indiquer ceux qu'ont déterminés quelquefois des concrétions biliaires, des calculs urinaires sortis par une voie contre nature des cavités ou des canaux dans lesquels ils s'étaient développés, et encore ces abcès à la faveur desquels ont été expulsés soit de la matrice même , soit de quelque autre lieu voisin , les débris d'un fœtus mort depuis long-temps.

L'infiltration dans le tissu cellulaire du scrotum , et par une circonstance quelconque, d'une partie du vin qu'on pousse dans la tunique virginale en pratiquant l'injection pour la cure radicale de l'hydrocèle, est le seul cas, je crois, où la cause matérielle

ABC 35 d'un abcès soit un corps étranger liquide venu du dehors; car il faut savoir que cet accident a pour effet ordinaire une violente inflammation, suivie d'un ou de plusieurs abcès, et quelquefois même de la gangrène du tissu cellulaire dans lequel l'infiltration du vin s'est faite, et d'une partie des tégumens du scrotum. On voit très-souvent, au contraire, des abcès consécutifs à la sortie hors de ses voies naturelles de quelqu'une dès matières liquides ou molles qui existent en nous, telles que les larmes, la salive, le lait, l'urine, les excrémens ou seulement le chyme. Que ces matières , qui ne font sur les organes qu'elles parcourent qu'une impression légère, viennent à s'épancher dans le tissu cellulaire, elles y produisent une vive irritation; quelques-unes même, comme l'urine et les matières stercorales, quand elles sont épanchées ou infiltrées en quantité un peu considérable, font sur les parties qu'elles touchent une impression comme délétère , et l'inflammation que leur présence occasione se termine à la fois par suppuration et par gangrène. Aussi combien sont graves, dans certains cas au moins, les abcès urineux , soit qu'ils se montrent au périnée, au scrotum ou sous la verge, ou quils paraissent àl'hypogastre! Ce sont les plus communs de tous ceux que nous réunissons ici sous tin même point de vue. Viennent ensuite, sous l'un comme sous l'autre rapport, les abcès stercoraux , qu'on observe tantôt au voisinage de l'anus par suite d'une crevasse aux parois du rectum, tantôt sur tel ou tel autre point de l'abdomen , consécutivement à des lésions diverses du conduit intestinal. Quelques maladies des voies urinaires sont, à ce qu'il me semble, compliquées de crevasse ou d'ulcération aux vésicules séminales; je crois avoir observé , sinon de véritables abcès spermatiques , au moins des accidens d'une nature particulière, qui semblaient dépendre de l'extraVasion de la liqueur spermatique. Pour être fort rares en comparaison des abcès urineux et stercoraux, les abcès biliaires et salivaires n'en existent pas moins. Ce sont les larmes, infiltrées dans le tissu cellulaire des paupières après qu'une petite crevasse s'est faite/au sac lacrymal , qui sont la cause ordinaire du petit phlegmon qu'on voit se former si souvent au grand angle de l'œil chez les personnes affectées d'une tumeur lacrymale, phlegmon qui se renouvelle un plus ou moins grand nombre de fois chez le même individu, jusqu'à ce qu'enfin une vraie fistule lacrymale s'établisse. Le lait n'est jamais porté dans des parties éloignées de sa source pour devenir une cause

matérielle d'abcès; mais on ne peut douter de l'existence $ abcès laiteux aux mamelles ou dans le voisinage de ces organes. 11 n'y a pas jusqu'au sang sorti de ses vaisseaux, et formant la matière d'une infiltration ou d'un épancliemont , qui, s'il n'est pas résorbé, ne puisse irriter les parties avec lesquelles il est en contact, et devenir la cause déterminante d'un abcès: ce n'est presque jamais, à la vérité , qu'après qu'il est resté assez long-temps bors des voies de la circulation, et qu'il a éprouvé une sorte de décomposition. Ne sait-on pas qu'une tumeur anévrysmale peut se convertir en un dépôt sanguin, soit consécutivement à l'oblitération spontanée de l'artère à laquelle elle appartenait, soit après l'opération pratiquée par la méthode de Hunter? Ne voit-on pas plus souvent encore des abcès, qui méritent bien aussi le nom de depôts sanguins , puisque la matière qui les forme est du sang décomposé auquel du pus se trouve mêlé en quantité plus ou moins considérable : ne voit-on pas, dis-je , de tels abcès succéder à un épanchement de sang soit dans une cavité naturelle, comme l'abdomen ou la poitrine, soit au milieu du tissu cellulaire dans un membre ou dans quelqu'autre partie du corps à la suite d'une contusion violente? ( Voyez contusion.) Ces dépôts sont quelquefois assez considérables pour que leur ouverture soit l'occasion d'accidens graves ou même mortels: de là s'est élevée la question de savoir si l'on doit temporiser le plus possible , si, dans la crainte d'ouvrir prématurément un vaste foyer sanguin, on doit insister sur l'emploi des résolutifs jusqu'à ce que des symptômes inflammatoires annoncent la conversion de ces épanchemens de sang e:i un véritable dépôt; ou si l'on ne doit pas, au contraire, prévenir le développement de l'inflammation et de la suppuration, et donner issue au sang épanché au moment où l'on a la certitude que la nature ne travaille pas ou ne travaille plus à la résolution de l'épanchement, sans attendre que l'inflammation existe à un haut degré, ni moins encore qu'une suppuration abondante se soit élablie dans l'intérieur du foyer. Les meilleurs praticiens sont divisés de sentiment à cet égard, .l'ai pris le dernier parti: ouvrir de bonne heure les épanchemens sanguins qui menacent de se convertir en dépôts sanguins est la règle de conduite que je me suis imposée.

ve genrk. — Abcès généraux ou constitutionnels. — .T'ai cru devoir donner ce nom aux abcès qui se développent sous l'influence d'un vice général de la constitution, d'une disposition

ABC 37 morbifique quelconque de toute l'économie. 11 s'en faut qu'ils soient tous aussi bien connus que le sont les abcès des genres précédens, et qu'on sache parfaitement combien de sortes différentes il peut y en avoir. On a parlé de quelques abcès qui appartiendraient à ce genre, mais sur l'existence desquels on peut raisonnablement élever des doutes. A-t-on réellement observé, par exemple, des abcès dartreux , des abcès psoriques , c'est-à-dire des abcès occasionés par un vice herpétique, par un vice psorique errant dans l'économie, ou même simplement dus à la métastase récente de la gale ou d'une affection dartreuse ? Y a-t-il des abcès dépandans d'un vice rhumatismal, des abcès qu'il faudrait nommer rhumatismaux , autres que ceux que nous avons, dit pouvoir se former dans le tissu cellulaire circonvoisin de muscles affectés de rhumatisme aigu, autres pareillement que les abcès que j'ai dit avoir vus dans l'épaisseur même des muscles consécutivement au rhumatisme chronique?

Les abcès généraux ouconstitutionnels dont l'existence est avérée sont de deux sortes : les uns dépendent d'un vice spécifique , les autres d'un état morbide non spécifique. Nommons ceux-ci constitutionnels simplement, en réservant la dénomination de spécifiques pour les autres. Les premiers sont peut-être dépuratoiresv N'est-ce pas ainsi qu'il faut considérer les furoncles qui se multiplient avec tant d'opiniâtreté chez certains individus, dans certains temps ou à certaines époques de l'année ? A moins qu'on ne veuille les attribuer seulement à un mauvais état passager des. premières voies : il n'est pas possible non plus qu'ils dépendent d'une cause extérieure éventuelle qui aurait agi sur toute l'habitude du corps; tel est peut-être le caractère de ceux auxquels sont exposées, dit-on, les personnes qui font un premier voyage sur mer. Ils sont aussi constitutionnels les abcès qu'on voit paraître en plus ou moins grand nombre, simultanément ou successivement dans plusieurs régions du corps, quelquefois d'une manière soudaine et presque sans inflammation , tantôt à la suite d'une autre maladie grave, sans qu'on puisse dire cependant qu'ils sont critiques, tantôt chez des sujets seulement appauvris par un mauvais régime, par des excès dans le travail et dans les plaisirs.

Parmi les abcès constitutionnels se remarquent ceux qui dépendent d'un vice scrofuleux. Ils affectent particulièrement le fissu cellulaire et les ganglions lymphatiques,; ils s'y montrent, généralement? l'état d'abcès froids, et ne présentent tant soit.

peu d'inflammation que lorsque la fonte purulente touche à son terme. Car ces abcès sont presque toujours précédés d'un engorgement chronique du tissu cellulaire ou des ganglions qui doivent en être le siège, engorgement qui n'est lui-même trèsprobablement que le résultat d'une dégénérescence tuberculeuse. Comme ils se distinguent par quelques traits des autres abcès froids, nous en ferons plus tard une courte description particulière. Une autre sorte d'abcès constitutionnels occasionés par un vice spécifique, sont les abcès vénériens. Je ne veux parler ici ni du bubon primitif abeédé, ni des abcès qu'une blennorrhagie trèsviolente peut faire naître dans les parties voisines de l'urètre, ni de ceux que des chancres primitifs déterminent aussi quelquefois dans le tissu cellulaire du prépuce ou de la verge, tous effets immédiats et locaux de l'infection vénérienne. Il s'agit des abcès qui peuvent se montrer chez des individus infectés depuis long-temps du vice vénérien, et des-lors comme symptômes de la syphilis générale ou constitutionnelle. Or, de tels abcès existent et sont assezfréquens. Sans parler de ceux qui peuvent succéder à quelque autre affection locale produite par le vice vénérien , comme à la carie vénérienne, aux tumeurs gommeuses, etc., ne voit- on pas le bubon vénérien consécutif se convertir en abcès, bien moins souvent , à la vérité , que cela n'a lieu dans le bubon primitif? Mais une question se présente à résoudre : se peut-il que, sans affection de quelque partie voisine, sans carie aux os, par exemple, une inflammation aiguë ou chronique, se développe dans un ou plusieurs points du tissu cellulaire sous l'influence d'un vice vénérien qui affecte toute l'économie , et que cette inflammation devienne la cause imédiate d'abcès? En d'autres termes, y a-t-il des abcès vénériens consécutifs du tissu cellulaire, comme il y a des bubons vénériens consécutifs qui abcedent ? Je crois en avoir observé dans diverses régions du corps : ces abcès avaient plus de rapport avec les abcès froids qu'avec les abcès chauds, ou ne présentaient qu'à demi la manière d'être des abcès phlegmoneux , sans qu'ils m'aient offert d'ailleurs d'autres traits distinctifs que leur coïncidence avec plusieurs symptômes dont le caractère vénérien était moins équivoque. L'un de nos collaborateurs, pour qui les maladies vénériennes ont été un sujet tout particulier d'étude et d'observation, M. Lagncau, admet aussi des abcès dans le tissu cellulaire comme symptômes de la syphilis générale ou constitutionnelle. Peut-être les abcès dont il s'agit sont -ils plus fré-

ABC. 3y quens près do l'anus que dans toute autre région du corps; peutêtre précèdent-ils beaucoup de fistules à l'anus, lesquelles, dans cette supposition , auraient une origine vénérienne. Pour ne dire, au reste, que ce qui est de rigoureuse observation à cet égard, c'est une chose tri s-remarquable que la facilité avec laquelle , chez des sujets qu'on soupçonnait à peine entachés du vice vénérien, la plaie qui résulte de l'opéraiion de la fistule à l'anus se change en ulcère syphilitique : on observe ici fréquemment ce qu'on ne voit que fort rarement dans les plaies des autres régions du corps. Ne terminons pas ces courtes réflexions sur les abcès constitutionnels spécifiques sans dire qu'à l'abcès lui-même , soit qu'on l'ait ouvert, soit qu'on en ait attendu l'ouverture spontanée, succède presque toujours un ulcère entretenu par le même, vice général qui affecte toute l'économie; qu'ainsi les abcès spécifiques , comme les ulcères dont ils sont ordinairement suivis , réclament, outre le traitement local, un traitement général approprié à la nature du vice intérieur qui les a déterminés.

§ IV. Des abcès considérés en général relativement a leurs phénomènes et aux indications curatives qu'ils présentent. — Les abcès, déjà si différens les uns des autres sous le rapport de leur origine, et sous celui des parties qu'ils affectent immédiatement, ne le sont guère moins relativement à leurs phénomènes. Il s'en faut qu'ils aient la même marche : un abcès éminemment phlegînoneux et un abcès par congestion sont deux extrêmes entre lesquels se trouvent des nuances multipliées. Encore s'il existait un rapport constant entre ces nuances diverses et les différens genres ou les différentes espèces d'abcès , si un abcès se présentait toujours avec une manière d'être déterminée, parce qu'il a tel caractère, parce qu'il est de telle sorte, parce qu'il affecte telle partie, nous aurions dù compléter l'histoire des abcès, à mesure que nous les avons- considérés sous le double rapport de leur siège immédiat et de leur origine. Mais il n'en est point ainsi : des abcès d'un genre déterminé sont subordonnés dans leur développement, dans leurs progrès et dans la succession plus ou moins rapide de leurs périodes à des circonstances sans nombre, et peuvent être tantôt éminemment phlegmoneux, tantôt, au contraire, phlegmoneux à un degré beaucoup moins considérable, ou même revêtir jusqu'à un certain point le caractère d'abcès froid. Ne nous a-t il pas fallu distinguer des abcès idiopathiques aigus ou chauds , et des abcès idiopathiquei;

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froids ou chroniques? La inarche des ahcès symptomatiques , même de chaque sorte en particulier, n'est pas plus constante: voyez ceux qui dépendent de la carie d'un os; on est quelquefois surpris de leur apparition très-prompte , tandis que le plus ordinairement ces abcès sont froids, ou ne sont phlegmoneux qu'à un très- faible degré. Mais, quand bien même il y aurait un rapport constant entre la physionomie d'un abcès ( qu'on me passe cette expression) et son véritable caractère, des abcès fort différens les uns des autres, sous ce dernier rapport, ne se présentent-ils pas avec la même manière d'être, avec la même physionomie ? Cela seul justifierait, s'il en était besoin, le parti que nous avons pris de considérer les abcès en eux-mêmes, et abstraction faite, pour ainsi dire, des différences qu'ils peuvent présenter sous le double rapport de leur siège immédiat et des causes qui les produisent: c'est le dernier point de vue de leur histoire générale. Pour ne pas multiplier arbitrairement les divisions, je me bornerai à distinguer, comme on le fait ordinairement, les abcès sous le rapport de leur marche , et eu égard au caractère et au degré de l'inflammation qui les produit immédiatement en abcès chauds, aigus ou phlegmoneux, et en abcès froids ou chroniques. Cette distinction suffit. Il n'est pas d'abcès qu'on ne puisse rapporter à l'une de ces deux sortes principales : il n'en est pas , ou il n'en est guère, qui présentent des caractères tellement mixtes , qu'on ne puisse dire qu'ils se rapprochent plus des abcès chauds que des abcès froids, ou plus, au contraire, de ceux-ci que des premiers. J'en excepterai peut-être certains de ces abcès que nous avons dit se montrer d'une manière presque soudaine , presque toujours aussi en nombre plus ou moins considérable soit en même temps , soit successivement : il sont aigus si l'on ne voit que leur apparition presque instantanée; ils sont froids eu égard au peu d'inflammation qui existe dans la partie qui en est le siège. Avant de commencer la description tant des abcès chauds à différens degrés, que des abcès froids, et l'indication de ce qui a rapport à leur traitement, faisons observer que ce que nous allons dire devra s'entendre surtout des abcès qu'on pourrait nommer abcès généraux, de ceux qui, par la nature des parties qu'ils affectent, sont susceptibles de se montrer sous des traits communs dans toutes ou presque toutes les régions du corps. 11 s'agira donc plus spécialement des abcès proprement dits dans les tissus

ABC là ou systèmes d'organes. Nous l'enverrons à la seconde partie de cet article , à l'histoire des abcès en particulier , l'examen de quelques épanchemens puruleus qui ont le caractère d'abcès, et celui des abcès dont quelques organes peuvent être le siège. Rappelons-nous toutefois, pour ce qui concerne les épanchemens pnrulens, que quelques-uns, qui ont leur siège dans des cavités à parois formées de parties molles seulement, peuvent se montrer de prime abord avec la manière d'être d'abcès situés presque superficiellement : tel l'épanchement de pus dans une articulation , dans la tunique vaginale, dans une portion du péritoine ; et que dans ceux des cavités à parois formées d'os entièrement ou d'os et de parties molles, comme le sinus maxillaire, la poitrine, la cavité du centre des os longs, il est ordidinaire que le pus ou la matière de l'épanchement se fraye une route à travers les parois de la cavité qui en est remplie , et que plus tôt ou plus tard l'épanchement soit rendu manifeste par des abcès secondaires ou symptomatiques. On peut faire la même remarque pour les abcès de quelques organes particuliers : les uns, comme ceux de la mamelle, du testicule, de la glande parotide, du corps thyroïde, ne sont-ils pas dès le principe aussi superficiellement placés et aussi facilement reconnaissables que les abcès du tissu cellulaire ou des ganglions lymphatiques superficiels? Mais ceux des organes contenus dans les cavités restent fort obscurs pendant un temps plus ou moins long, et ne sont guère susceptibles de se prononcer au dehors qu'autant que des adhérences viennent à s'établir entre l'organe malade et les parois de la cavité qui le renferme.

A. Abcès chauds à difj'érens degrés. — De tels abcès , notamment ceux du tissu cellulaire, sont ou très superficiels, ou situés plus ou moins profondément, et cette circonstance influe trop sur les phénomènes de la maladie, pour qu'il soit possible de confondre tous ces abcès dans une même description.

Soit d'abord un abcès immédiatement sous-jacent à la peau ; c'est le véritable phlegmon suppuré. Naguère l'inflammation était à son plus haut degré d'intensité. Sans que les symptômes soient beaucoup plus modérés, la rougeur et la chaleur ont diminué; la douleur, qui était à la fois tensive et pulsative, est devenue gravative; le malade éprouve des frissons irréguliers; la tumeur s'amollit, et l'épiderme se détache du derme : c'est d'abord un simple empâtement; mais bientôt le centre de cette tumeur

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