‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 10 sur 311 · EXCROISSANCE · texte numérisé non relu

EXCROISSANCE

si ces productions morbides , étant seules , constituent un syaiplôme positif de la syphilis. Le témoignage des auteurs, même de ceux qui se monUent les plus zélés partisans de la spécificité de la maladie vénérienne et de son traitement , est unanime à ae sujet ; et l'expérience nous range au même avis , savoir que, si les phlegmasies des membranes muqueuses de l'anus, du vagin et du prépuce, sont la cause très-fréquente , la plus fréquente peut-être de toutes, de la production morbide qui nous occupe , elles n'en sont pas la cause unique. D ailleurs , quand même elles se présentent liées à des affections évidemment syphilitiques, les excroissances ne sont qu'un épipliénomène de la maladie principale : on pourrait en quelque sorte à volonté en empêcher ou en (avoriser l'apparition; elles n'ajoutent rien aux chant es ultérieures de la syphilis , bien que pour le moment elles accroissent les douleurs des malades , et qu'elles nécessitent un traitement local. Jamais les excroissances ne se montrent comme symptômes primitifs de la syphilis; elles sont ( onstarament précédées par une inflammation avec sécrétion morbide ou ulcération occupant une membrane muqueuse.

Voici à peu près la marche que suivent les excroissances dans leur évolution. Dans les circonstances que nous avons précédemment indiquées, c'est-à-dire lorsque la peau ou les membranes muqueuses sont médiocrement enflammées ou ulcérées , que les produits de sécrétion morbide séjournent à leur surlaccs qu'en outre la marche, 1 équitation ou tel autre exercice viennent ajouter a l'excitation, les replis membrano-cutanés s'enflamment, s'engorgent et s'étendent en différeiis sens, le tissu cellulaire qui les double s'engorge de même, s'épaissit et devient dur : alors leur volume augmente ; ils s'avancent au dehors, et, plus ou moins gênés dans leur saillie, tantôt ils s'aplatissent, tantôt ils s'allongent, ou conservent une forme globuleuse, mais qui n'a jamais rien de régulier, et conséquemment rien de caractéristique. Quelquefois , ainsi que nous l'avons dit. des végétations vasculaires s'élèvent de leurs surfaces ou de leurs bords s^illans, et contribuent ainsi à produire ces formes diverses que les auteurs ont désignées par de bizarres dénominations. Ce n'est pas tout: l'inflammation qui leur a donné naissance persiste dans leur tissu , une sécrétion morbide s'établit à leur superficie, des ulcérations surviennent sur les portions qui sont le plus soumises aux fi oissemens , aux tiraillemens , aux déchirures , et l'on conçoit facilement à quel degré de désordre et de délabrement les chosi s peuvent aller lorsqu'à toutes les causes c{ue nous venons d'indiquer se joignent, ainsi que nous avons chaque jour l'occasion de le voir , des applications irritantes, caustiques même. C'est dans cet état de douleur d inflammation et presque de désorganisation , que se présentent souvent les malades à l'hôpital des vénériens. Quelquefois aus?i , l'irritation ayant été plus continue que vive, ritiflammalion a pris une forme chronique, et les parties m.ilades ont pris un développement assez considérable , et même une dureté pres(|ue cartilagineuse. C'est ce que nous avons observé chez une femme dont le vagin présentait des rugosités saillantes et dures , telles qu'on ne pouvait pas mieux comparer ses parois qu'à du palais de bœuf. Nous avons vu une autre femme cliez laquelle des excroissances de ce genre étaient si nombreuses dans le vagin, que le méat urinaire était comme perdu au milieu d'elles, et que le jet de l'urine se divisait en traversant leurs interstices de manière à former une sorte de cascade. Dans cette circonstance , il n'y a point de sécrétions , et les malades peuvent porter cette infirmité sans ressentir d'incommodité bien pénible, sicen'est dans le coit, comme chez les femmes dont nous venons de parler. Il n'est pas sans exemple que ces excroissances aient subi la dégénération cancéreuse, mais ce fait ne s e.'-t présenté à nous que fort rarement. Cependant nous avons actuellement à l'hôpital un malade dont l'anus est garni d'excroissances cancéreuses. Cette afléction , qui date de quinze ans, est attribuée par le malade à une communication anti-physique qui eut lieu à cette époque. Ce malheureux a subi sans aucun avantage plusieurs traitemens mercuriels, et parait destiné à succomber à sa maladie.

Lorsqu'on a l'occasion de disséquer ces tumeurs après leur ablation, ou ce f|ui est plus lare, après la mort des malades , on trouve la meaibrane muqueuse ou la peau épaisse et dense, et adhérant fortement au tissu cellulaire soiisjaccnt dont les lames sont appliquées et pressées les unes contre les autres , de telle sorte qu'il est difficile de reconnaître la structure des parties, et que l'excroissance présente une apparence tle couenne de lard , ou plutôt encore celle de la crête des oiseaux gallinacés, lorsqu'elle est privée de sang par le lavage et la pression. Les ulcérations qui se montrent souvent à leur surface ])araissent bien évidemment commencer par des inflammations et des suppuralions partielles des follicules sébacés; elles s'étendent successivement sous l'influence des causes qui les ont produites.

La marche de la maladie qui nous occupe est subordonnée à l'intensité et au mode d'action des causes qui la produisent : il en est de même de leur durée. Agissent-elles d'une manière énergique , les excroissances se développent rapidement , deviennent le siège d'une abondante exhalation morbide, s'ulcèrent, et occasionnent aux malades des douleurs violentes qui obligent à recourir promptemeiit aux secours de la médecine j alors la durée de rafTeclion est généralement assez courte. Supposez, au contraire, une inflammation lente et un développement graduel des tumeurs; que le malade emploie quelques moyens de propreté et quelques précautions pour rendre les pressions et les tiraillemens moins fréquens et moins douloureux: les parties hypertrophiées perdront leur sensibilité morbide , elles augmenteront peu ou resteront slalionnaires ; les malades s'accoutumeront à leur présence, et n'en seront incommodés que dans les cas où une irritation accidentelle y développera une iiiflamuiation aigué. Cet état de choses est assez commun.

Reiiitivement à la terminaison, voici ce qu'on observe le plus communément. La douleur qui résulte de la présence des excroissances, surtout lorsqu'elles sont enflammées et ulcérées, force bientôt les malades h se soigner. Quand la maladie est récente, le repos, les soins de propreté, suffisent pour la dissiper en cfuelques jours. On est obligé , quand elle est ou plus ancienne ou plus intense , de recourir aux moyens divers dont nous parlerons plus bas. On voit, et surtout on a vu souvent, cette afFeclion se montrer rebelle ; mais cela lient en ce qu'en général on s'est mépris sur la nature de la maladie , et conséquemment sur le choix du traitement à employer. C'est sur ce point qu'il convient d'insister.

Le diagnostic, en tant qu'il porte sur la question de savoir si une excroissance est ou non vénérienne, est extrêmement diflicile, ainsi qu'on peut le reconnaître d'après les considérations suivantes. Et d'abord il est bon de dire que les excroissances de l'anus sont loin de dénoter toujours des habitudes anti-physiques, et moins encore une infection vénérienne. Sans doute on en a vu qui reconnaissaient cette cause , mais ce n'est pas la plus fréquente. L'aspect infundibuliforme de l'orifice anal peut fournir quelques lumières sur ce sujet, mais le praticien doit prononcer sur ce point avec une entière réserve , lorsqu'il sait que cette disposition s'observe très-fréquemment chez les sujets amaigris, et dont les tubérosités ischiatiques sont très-saillantes. D'ailleurs il faut observer qu'à la suite de ce commerce impur, ce ne sont pas les excroissances qui sont le phénomène primitif le plus commun , mais bien l'inflammation sécrétoire ou l'ulcération.

Lorsque la grossesse est très-ava ncée , et qu'une compression considérable s'exerce sur les vaisseaux iliaques , les caroncules myrtiformes , les nymphes , les replis du vagin , les espèces de tubercules qui environnent le méat urinaire , peuvent se développer au point de constituer de véritables excroissances. Ces jirolongemens , qui se manifestent surtout chez les femmes dont les parties génitales sont habituellement baignées de mucosités , et qui sont soumises à la marche, ou à quelque exercice entraînant des frottemens , ont souvent donne lieu à des méprises fâcheuses pour les malades et pour les médecins, auxquels l'insuccès de leur traitement n'a pas toujours fait ouvrir les yeux. Combien de troubles, de soupçons , de pareilles erreurs n'ont-elles pas provoqués! Combien de femmes enceintes ont été forcées de faire des traitemens mercuriels , nonseulement superflus , mais encore nuisibles pour elles et pour l'enfant qu'elles portaient dans leur sein , et n'ont-elles pas vu ensuite ces excroissances se dissiper après l'accouchement, après avoir été rebelles à tous les moyens employés! Combien de fois l'excision et la cautérisation n'ont-elles pas été pratiquées non-seulement sans nécessité, mais encore tout-à-fait à contre-temps, et n'ont-clles pas eu pour résultat des rétrécisseraens fâcheux de l'anus et du vagin !

Dans les mêmes circonstances , les plis de l'anus , d'anciennes hémorrho'ides se sont quelquefois accrus au point de devenir pour les praticiens un sujet d embarras et de dissidence. Chez l'homme, une constipation opiniâtre, la malpropreté, un eczéma chronique , de longues marches, l'équitation sur un cheval dur , entraînent la production de semblables tumeurs.

Comment donc reconnaître les excroissances liées à l'existence de la syphilis , el les distinguer de celles qui en sont indépendantes? Sera-ce la préexistence ou la coexistence de symptômes vénériens primitifs ? C'est la règle généralement suivie, et qui cependant présente de très-nombreuses exceptions. Pour nous, accoutumes à voir ces affections survenir à la suite ou pendant la durée des chauci'es et de la blennorrhagie , surtout de cette dernière, mais constamment sous l'influence des causes déterminantes que nous avons signalées , nous ne pouvons considérer les excroissances comme un signe caractérisque de syphilis, mais bien comme un accident qui peut se rencontrer dans diverses formes de cette maladie, comme elle se manifeste dans d'autres circonstances. Lors donc que nous avons affaire à ce phénomène morbide, il n'obtient de nous qu'une importance secondaire , et ne nous paraît pas suflisaut pour décider de la nature vénérienne de la maladie, et moins encore pour motiver un traitement général , et à plus forte raison un traitement spécifique.

Quant à la distinction à établir entre les excroissances et les végétations , elle est aussi facile qu'elle est peu importante: car ni l'une ni l'autre de ces deux affections ne présentent jamais beaucoup de gravité, à moins qu'elles n'aient acquis un volume très-considérable: encore ne sont-elles jamais trèsdangereuses. D'ailleurs on les voit coexister dans une foule de cas. 11 est également facile d'isoler les excroissances de l'anus des tumeurs hémorrhoïdales qui se manifestent souvent à cette partie. Ces tumeurs , eu effet , sont arrontlies , pédiculées, spongieuses, et dune coulpur violette. Elles laissent frécpiemraent exsuder du sang; ce qui n'arrive pas aux excroissances, à moins (|u'elles ne soient ulcérées.

Le pronostic des excroissances est relatif à leur nombre, à leur volume , à la partie qu'elles occupent, et à leur ancienneté. Récentes et peu considérables , elles sont presque insignifiantes ; anciennes , volumineuses , ulcérées , elles peuvent constituer une affection qui, loin de tendre d'ellermême vers la guérison , s'aggrave de jour en jour, et peut devenir sinon incurable , au moins de difl:icile guérison. Nous n'avons pas observé que les excroissances considérées comme vénériennes , à raison de l'existence actuelle ou antérieure d'autres symptômes vénériens , fusseiit plus graves ou plus opiniâtres que celles qui se manifestent dans des circontances ditVérentes. ' Lorsque l'on considérait toute affection vénérienne comme exigeant un traij leiiient spécifique , dans lequel on n'avait que peu ou point égard à la forme I étala n;iture des symptômes locaux, on n'adressait aux excroissances aucim

ÉXCROISS ANC E.

EXOSTOSE.

moyen topique , parce qu'on les voyait en général guérir Jelles-mcmes , quand les malades étaient soumis au repos et au régime qu'on imposait autrefois sévèrement à ceux qui subissaient le traitement mercuriel ou sudorifique. On attribuait trop alors à l'action des médicamens l'amélioration qu'on observait, et Ion insistait fortement sur leur emploi, lorsque les symptômes locaux persistaient. Ce ne fut qu'assez tard qu'on s'aperçut que le traitement local , non-seulement était un accessoire indispensable , mais encore qu'il pouvait suffire à la guérisou. Ce fait a surtout été constaté dans les dernières années ; et c'est un des services rendus par les médecins qui ont porté le flambeau de l'examen sur la doctrine incohérente des maladies vénériennes.

Considérant donc les excroissances comme une affection locale, nous allons exposer le traitement qui nous parait le plus avantageux , et qui a réussi entre les mains de tous ceux qui ont voulu l'essayer , renvoyant à l'article Syphilis pour tout ce qui concerne le traitement général. La connaissance des causes sous l'influence desquelles se développent les excroissances, semblait devoir en indiquer suflisamment le remède. Repos et propreté sont les moyens d'en prévenir l'apparition et d en arrêter le développement. C'est ce que nous avons l'occasion d'observer chaque jour chez les malades qui présentent des excroissances unies à d'autres phénomènes morbides qui réclament un traitement plus direct. Les excroissances se dissipent par les moyens curalils adressés aux alTectious avec lesquelles elles coïncident. Lorsqu'elles existent seules , les mêmes moyens en amènent la guérison ; ce sont le séjour au lit , les bains généraux et locaux, les applications émollientes et narcotiques, le régime tempérant. Ils suHisent ordinairement, et guérissent même dans un assez court délai les excroissances récentes peu volumineuses , et que l'inflammation aiguë n'a pas encore envahies. Dans les conditions opposées, un traitement plus actit devient indispensable , et I on est obligé de recourir , assez rarement il est vrai, aux saignées générales; mais fréquemment aux saignées locales : soit que l'on pratique avec une lancette quelques mouchetures sur les excroissances , soit que l'on applique à leur base quelques sangsues. Il est peu avantageux , ainsi que l'expérience l'a démontré , d'appliquer des sangsues sur les parties hypertrophiées elles-mêmes. Les piqûres s'enflamment , et donnent lieu à des ulcérations qui retident la guérison plus difficile.

Quand l'inflammation est apaisée, et que les excroissances commencent à s'affaisser et à se résoudre, on peut accélérer cette terminaison favorable par quelques applications existantes : ainsi les lotions avec une dissolution de sulfate de zinc , de sous-acétate de plomb, ou même une solution tres étcndue de nitrate d'argent , sont utilement employées en pareil cas. Une compression méthodique au moyen de mèches ou de tampons de charpie sont encore une médication utile.

Mais on éprouve plus de difficultés lorsqu'on a à combattre des excroissances qui, développées lentement et sous l'influence d'excitations faibles et réitérées, sont arrivées à un haut degré d'accroissement, d'induration et d'insensibilité. Il faudrait un temps trop long pour ramener les parties à l'état normal, et souvent encore on n'y parviendrait pas parce que le tissu cellulaire a subi une désorganisation trop profonde. C'est alors qu'on est contraint de recourir à l'ablation ou à la destruction des tissus altérés. Ces deux moyens , auxquels s'empressent trop de recourir des piaticiens peu habitués au traitement de ces affections , ne doivent être employés qu'avec beaucoup de réserve , et seulement quand il est bien constaté qu'il n'y a pas d'autre espoir de guérison. L'application des caustiques est tellement entourée de diflicultés et d'inconvéniens que nous croyons devoir la proscrire absolument. La forme souvent irrégulière des parties empêche qu'on puisse diriger l'action des subtances cautérisantes, et qu'il n'en résulte des plaies difficiles à guérir et des cicatrices difformes. Tout au plus pourrait-on s'en servir pour les excroissances peu volumineuses , et celles-là, ainsi que nous l'avons dit, mettent rarement dans le cas de recourir à des moyens extrêmes.

L'ablalion se pratique au moyen de la ligature ou de l'instrument tranchant. La première n'est applicable qu'aux excroissances pédiculées qui sont les plus rares de toutes , et qui n'ont presque jamais un volume considérable. Cependant, quand on a affaire à des excroissances dont la base est large, on peut traverser cette base avec un double fil ciré dont on lie séparément les quatre chefs. Celte ligature peut être faite également avec un fil de plomb que l'on tord sucessivement. Ce procédé a l'avantage d'épargner aux malades des plaies longues et diflîciles h cicatriser. La seconde s'exécute . suivant les circonstances, avec le bistouri ou bien avec des ciseaux. Ce dernier moyen est le plus généralement employé : nous le préférons, et nous nous servons de ciseaux courbes qui sont pins faciles à manier. Une légère effusion de sang succède à l'opération , et favorise le dégorgement des parties. Les plaies qui en sont le résultat se cicatrisent assez promptement , si ce n'est da,ns le cas où les excroissances occupaient l'anus et dans lesquels l'excrétion des matières fécales tiraille chaque jour les bords , les écarte et les empêche de se réunir. Au vagin et à la vulve , les plaies se réunissent facilement ; mais souvent les cicatrices plus ou moins dures s'opposent à la libres ampliation des parties, et peuvent dans quelques circonstances produire des déchirures plus ou moins graves. On pare, an moins en partie, à cet inconvénient, en ayant soin de diriger la section dans le sens des plis qui constituent l'excroissance. Le pansement d'ailleurs doit se faire avec des tentes et des mèches enduites d'un médicament convenable , afin de conserver aux cavités leur calibre naturel , et de produire des cicatrices plus molles et plus régulières.

Quand les excroissances, sans avoir disparu entièrement, ont perdu beaucoup de leur volume, de leur consistance , qu'elles sont devenues indolentes, et

DiCT. DE MÉDECINE ET DE ChIRORGIE PilATIÇUES.

I que les malades répugnent d'ailleurs à les laisser enlever, on peut , sans inconvénient, les abandonner à elles-mêmes; elles finissent par se résoudre à la longue, ou subsistent sans incommoder ceux qui les portent.

Nous ferons observer de nouveau que nous avons isolé , dans cet article , les excroissances des végétations, dont il sera tiaité dans un article à part , de même que nous renvoyons à l'article Syphilis tout ce qui est relatif au traitement général de la maladie. ( Cu'.lerier et Ratier. )

EXERCICE, yoycz Gï-MMASTIQDE.

EXOSTOSE. On conuait sous le nom dexostoscs des tumeurs dures, immobiles, développées à la surface des os; et qu'on croit formées par un gonflement, et une véritable hypertrophie de leur tissu.

Les maladies des os étant moins fréquentes que celles des autres tissus , s'accompagnent de moins de douleur, et étant moins accessibles à nos moyens d'investigation , sont restées à cause de cela entourées de beaucoup d'incertitude et d'obscurité; et l'on n'a presque pas appliqué à leur étude les lois générales de la jihysiologie et de la |)athologie. Cela est surtout sensible relativement aux exostoses , sur lesquelles les auteurs ne préseulent rien de précis ai de satisfaisant. Cependant, si l'on réfléehit que les os sont composés des mêmes élémens que les parties molles , qu'ils peuvent par conséquent comme elles s'enflammer, suppurer, se réunir quand ils sont divisés; subir les désorganisations tuberculeuse , squirrheuse , etc. , etc. , il sera facile de comprendre que les maladies de ces organes ne présentent rien qui ne trouve son analogue , dans celles des autres organes ; et que , par cette même raison, la dénomination d'exostose est fausse, puisqu'elle indique seulement une tumeur des os, sans rien préciser sur sa nature. On ajoute quelquefois à ce mot une épithète qui en signale la cause réelle ou supposée; ainsi 1 on dit exostose scorbutique , vénérienne, etc.; mais , dans le langage médical ordiuaii e , le mol exostose , employé seul , se rattache presque toujours à l'existence de la syphilis; parce qu'on a considéré cette maladie des os comme une conséquence presque exclusive de l'affection vénérienne. Il n'en est cependant pas ainsi , et tons les jours on voit ce préjugé fâcheux tourner au grand détriment des malades. Mais il n'est pas étonnant que les praticiens tombent fréquemment dans cette erreur: car, dans tous les livres où il est question de l'exostose, les auteurs disent d'abord, par une sorte d'acquit de consciene , qu'il y a des exostoses éirangères à la syphilis ; puis ensuite, traitent longuement des exostoses vénériennes , sans rL'piuler des au ■ très Bien plus, qu'on ouvre tous les traités des maladies syphilitiques, et l'on verra mentionner les exostoses comme un symptôme caractéristique de la syphilis, et comme exigeant un traitement spécifique.

Pour nous conformer à l'usage reçu, et ne pas introduire de modification précoce dans la nomenclature des maladies, nous tr.iiterons ici des exostoses; mais nous sommes persuadés que cet ordre est vicieux, et qu'il conviendrait I de rapprocher les maladies des os d'après leur analogie, ainsi qu'on le fait pour les maladies des parties molles. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs , de la théorie , l'expérience et l'observation nous montrent que , dans certaines circonstances , souvent à la suite de violences extérieures, il se développe sur les os , principalement dans les parties où ils sont situés plus immédiatement sous la peau , des tumeurs dures , irrégulières , et faisant partie de l'os lui-même , ne se laissant pas déplacer, et plus ou moins douloureuses à la piession. Il se développe aussi, clans les parties qui sont inaccesibles à nos regards, et dans les cavités intérieures des os , des exostoses dont l'examen anatomique seul révèle l'existence , et dont les malades eux-mêmes n'ont été avertis que par quelques douleurs peu cousi.lérables , et d'une courte durée.

Cette maladie est plus commune chez les adultes que chez les enfans et les vieillards , bien qu'on l'observe à toutes les époques de la vie. Aucun fait positif ne prouve que l'un des deux sexes y soit plus sujet que l'autre , ni que telle ou telle constitution y prédispose d une manière spéciale.

Les causes immédiates sont quelquefois évidentes: ce sont des coups, des chutes, des pressions. Le plus souvent ces causes échappent à nos yeux , et le développement parait spontané. 11 en est de même des causes prédisposantes, à moins que l'un ne ne retombe dans les explications , qui n'expliquent rien en effet ; et qu'on ne dise que les vices goutteux, dartreux , rhumatismal, scrophuleux , scorbutique et vénérien , produisent les exostoses ; ce qui n'apprend rien , puisque les causes son! si nombieuses, qu'il devient impossible d'apprécier la part et le mode d'action de chacune d'elles. En effet, ce serait s'écaiier étrangement de la vérité, de prétendre que l'exostose se présente comme uue conséquence inévitable, ou même propoitionnelleinent très-commune, du scorbut, des scrophules, du rhumatisme, de la goutte et de la syphilis. Relativement à cette dernière affection, nous devons insister, surtout puisqu'on a pris l'habitude d'y rattacher tout gonflement des os qui se manifeste, non-seulement d.ins son cours, mais encore long-temps après qu'elle a cessé d'exister, et même souvent sur des sujets issus de ceux qui eu ont été primitivement atteints. Sans doute il est vrai que des exostoses se développent, dans diverses parties du corps , chez les personnes qui ont été , à une époque plus ou moins éloignée , aft'ectées de maladies vénériennes , qu'elles se manifestent plus fréquemment chez ces personnes que chez celles qui se sont conservées intactes; mais il n'est pas exact de dire qu'elles se montrent moins fréquemment chez les sujets qui ont pris du mercure : il paraît démontré, au contraire , qu'elles sont plus fréquentes chez celles qui ont usé trop abondamment de ce médicament. Des praticiens dignes de foi vont même jusqu'à affirmer, que les affections graves des os sont très-nombreuses depuis qu'on a limité l'emploi de ce spécifique II y a des exostoses bien indépendantes de foute infection syphilitique, et même de toute autre affection appréciable Nous avons vu récemment une femme dans ce cas. Elle portait aux deux ' 234

EXOSTOSE.

EXOSTOSE.

jambes des exostoses volumineuses. Il fut impossible de découvrir chez elle aucune trace de maladie vénérienne, ni d'obtenir aucun renseignement qui s'y rapportât. Elle guérit sous l'influence de frictions mercurielles.

Les journaux de médecine ont rapporté récemment l'histoire d'une jeune fille qui fut reçue à l'Hôtel-Dieu pour des exostoses très-multipliées. Bien qu'on ne piit découvrir chez elle aucune trace de syphilis qui lui fût personnelle , on la mit à l'usage des préparations mercurielles, et absolument sans sucés. Elle est morte au bout de peu de temps.

D'ailleurs, et c'est un fait remarquable, rien dans la forme , dans la structure , dans le mode de développement , ne distingue l'exostose syphilitique de celle qui dépend d'autres causes: et ce n'est pas une des moindres difficultés qui se présentent dans le diagnostic des maladies vénériennes , pour les praticiens qui ne veulent pas se laisser aller à une aveugle routine. Pour nous , les exostoses nous paraissent un des syaiptômes les moins positifs de la syphilis , et nous nous abstiendrions de prononcer s'il se présentait seul et sans antécédens. Nous pensons que, dans un Irès-grand nombre de cas, la cause des exostoses est inconnue , et nous considérons comme forcé le rapport qu'on veut établir entre cette affection et une infection syphilitique remontant à plusieurs années. On ne doit pas même considérer la guérison obtenue par l'usage du mercure , comme une preuve de la nature vénérienne de la maladie, car on commence à ne plus oser se servir de celte phrase banale et si commode, le mercure est la pierre de touche de la syphilis. D'ailleurs, cette question sera développée avec plus de détails à l'article Syphilis, où nous examinerons la liaison qui unit les divers symptômes syphilitiques entre eux : et la succession d'après laquelle ils se développent le plus communément.

Quelles que soient d'ailleurs les causes tant éloignées que prochaines des exostoses, voici de quelle manière elles se développent et se manifestent : une douleur souvent très-vive, et qui augmente parla pression, se fait sentir dans un système osseux et appelle l'attention du malade d'une manière variable , suivant son degré de sensibilité. En même temps que la douleur , le gonflement commence à se faire apercevoir , il augmente par degrés , et d'une manière plus ou moins rapide : mais il est assez rare que l'os malade prenne un grand développement, dans l'exostose proprement dite. Les tumeurs très-considérables appartiennent à des all'ections du système osseux d'une tout autre nature. Lorsque la douleur et la tuméfaction ont atteint un certain degré , la première diminue; et finit par disparaître tout-h-fait, et ne plus se montrer que sous 1 influence de certaines excitations, telles que la chaleur, la fatigue, l'usage interne des stimuians. Quant au gonflement, ou il continue à augmenter insensiblement, ou bien il décroit dans un temps plus long que celui pendant lequel il s'est établi; ou bien enfin il persiste, sans causer aucun trouble dans l'économie, et en occasionant seulement une difformité, suivant la place qu'il occupe. C'est la maladie a l'état aigu, lequel cependant est assez long, en comparaison de ce qui a lieu dans les parties molles; mais cela ne présente rien de surprenant lorsqu'on se rappelle que les actes organiques qui se passent dans les os ne marchent qu'avec lenteur ; ainsi qu'on peut s'en assurer, dans les fractures , par exemple. Mais , dans le plus grand nombre des cas , la maladie procède d une manière plus lente encore et plus obscure. La douleur est nulle ou peu sensible , et souvent même les malades ne sont avertis de leur affection que par hasard, ou quand la tumeur a pris assez de développement pour se faire apercevoir à l'oeil, ce qui n'arrive qu'au bout d'un temps assez long. Alors aussi la résolution s'opère très-difficilement, la nature fait peu d'efl'orts pour ramener les parties à l'étal normal , et l'art, qui n'est pas moins impuissant , est réduit à employer des agens mécaniques pour emporter l'excroissance osseuse, devenu solide et inerte comme un corps étranger. Il est rare que l'exostose s'accompagne d'un travail inflammatoire assez aigu pour amener l'engorgement phlegmoneux du tissu cellulaire environnant, et quand des abcès se manifestent, c'est qu'on a affaire à une carie , a un ostéosarcome , etc., ou bien l'inflammation a été provoquée par des excitans intempestifs ou des violences extérieures.

Quoique la maladie qui nous occupe ne se termine pas par la mort, quelques circonstances ont permis d'étudier l anatomie pathologique des exostoses; et, en comparant entre eux les faits observés, d'une part, et de l'autre les phénomènes naturels de 1 ossification et de la formation du cal , on est parvenu à saisir, en quelque sorte , la manière dont la nature procédait dans la formation des productions morbides. A la suite d'un travail inflammatoire, une substance gélatineuse est exhalée entre le périoste et la surface externe de l'os , absolument comme un liquide alburaineux se dépose dans la cavité des membranes séreuses , s'y organise en fausse membrane, ou cartilage, et peut même, dans quelques cas, se convertir en plarue osseuse. Par suite d'un mouvement de formation, dont on ne ])eut bien saisir que les effets , cette matière épanchée se solidifie par la résorption de ses parties les plus tenues, prend la consistance du cartilage , puis bientôt l'ossification s'y établit , qui , avec le temps , peut donner à la plaque osseuse qui est appliquée sur l'os une consistance éburnée. Ce n'est pas , ainsi qu'on peut s'en convaincre facilement, l'os lui-même qui végète, c'est un tissu additionnel qu'on ne peut séparer ; de même que , pour revenir à notre première comparaison , l'épaississement des membanes séreuses , admis par les anciens, a été reconu , dans ces derniers temps , n'être qu'une application successive de lames membraniformes , plus ou moins complètement organisées , sur la membrane naturelle. La connaissance de ces faits tend i< porter beaucoup de lumière dans l'histoire des maladies des os , en faisant voir que des aff-ections décrites comme d.lk reutcs , ne sont que des degrés divers de la même maladie, qui peuvent se présenter reunis sur le même sujet, et dans les mêmes parties. On sait en efl-et qu il se trouve des tumeurs développées sur les os , et qui ne son t

formées que par une substance gélatineuse molle , et qu'on a nommée pour cela tumeur gommeuse , gomme , périosiose ; que les os peuvent être recouverts de cartilages , et même de lames osseuses ; enfin que l'on observe quelquefois des tumeurs dans lesquelles les élémens gélatineux et osseux se trouvent rassemblés dans des situations et des proportions variables ; mais dont les gisemens , qu'on nous passe cette expression , signaleraient à l'observateur attentif les diverses époques de leur formation. Le traitement doit gagner nécessairement à une manière plus exacte et plus physiologique d'envisager la maladie. Ainsi, sans doute, on concevra la possibilité d'obtenir la résolution de la matière gélatineuse épanchée entre l'os et le périoste , soit lorsqu'elle y est récemment versée, soit même lorsqu'elle est déjà convertie en cartilage morbide. Mais les chances de résolution diminuent à mesure que l'ossification fait des progrès; et lorsqu'elle est complète, il n'y a plus lieu d'espérer raisonnablement que la tumeur disparaisse spontanément, ou par les moyens curatifs autres que les opérations chirurgicales.

De ce qui vient dêtre exposé résultent les renseignemens relatifs à la marche, à la durée, à la terminaison, au diagnostic et au pronostic de l'exostose. On a vu que la marche était le plus souvent chornique ; cependant , quelques observations portent à penser qu'une exostose très-solide peut se former en un mois, tandis que, dans d'autres circonstances, l'ossification peut n'avoir pas commencé au bout d'un temps beaucoup plus long. La durée de la maladie est donc fort difiicile à fixer ; d'ailleurs, il est bon de dire que le traitement vicieux, qui est généralement employé , contribue pour beaucoup à la rendre très-longue , et pour ainsi dire interminable.

Dans les cas favorables , c'est- à dire dans ceux où , la maladie ayant une forme franchement inflammatoire, l'acuité des douleurs force les malades à garder le repos et à employer un traitement aniiphlogistique général et local , lorsqu'ils sont assez heureux pour trouver des médecins qui , en dépit d indications bien évidentes, ne s'obstinent pas à leuradmisnistrer le mercure, les sudorifiques, etc., sans avoir égard à la partie palpable , évidente de la maladie , la résolution i s'opère, la tumeur s'afi'aisse et disparait, sans laisser de traces de son existence. Elle se résout aussi dans les conditions que nous venons d'indiquer, lors même qu'il y aurait un commencement d'organisation cartilagineuse ou même osseuse; mais alors la surface de l'os reste raboteuse et inégale , dans les parties où sont depjeurées quelques portions de l'os morbide. Enfin quand la tumeur est tout ossifiée, non-seulement elle ne se résout pas plus que l'os auquel elle est soudée, mais encore, par suite d'irritations nouvelles produites par les moyens thérapeutiques ou autrement, le périoste exhale de nouveau de la matière gélatineuse, et jette ainsi les fondemens d'une nouvelle exostose, qui parcourra les mêmes périodes que la première, ou bien encore , si l'inflammation est poussée à un certain degré, un abcès , se forme sous le périoste , s'ouvre ou est ouvert après avoir donné lieu à de cruelles douleurs , et laisse à nu l'exostose primitive. Celle-ci, exposée au contact de l'air , se comporte comme ferait tout autre os: elle se nécrose superficiellement, s'exfolie, et l'os naturel peut se trouver ainsi débarrassé de son parasite. Mais ce résultat est rare: fréquemment la nécrose ne fait pas de distinction, et s'étend à l'os lui-même, et tout le monde conçoit les conséquences de cette nouvelle maladie. D'ailleurs , quand même on serait à peu près sûr que la nécrose attaquera seulement l'exostose et l'enlèvera, ne serait-il pas cent fois préférable de recourir à l'ablation méthodique?

11 est une autre espèce d'exostose plus rare que la précédente : c'est celle qui attaque l'os lui-même , et qui consiste dans une véritable hypertrophie de son tissu ; et à laquelle conséquemir.ent la dénomination d'exostose convient moins encore : c'est celle qui attaque l'épaisseur des os longs. Voici comment elles se développent. Un travail morbide provoque la résorption du phosphate de chaux, et la dilatation , l'expansion du tissu cellulaire dans lequel il est déposé; ce tissu cellulaire, en végétant, remplit la cavité médullaire, ét fait aussi au dehors une saillie plus ou moins considérable: plus lard , l'ossification s'y établit d'une manière partielle ou générale et solide. Dans cjuelques circonstances on voit réunir chez le même sujet les deux espèces d'exostoses , dont la différence n'empêche pas qu'elles ne se guérissent de la même manière.

L'anatomie pathologique confirme la théorie par laquelle nous avons expliqué la formation des exostoses. En effet, lorsqu'on scie horizontalement un os long exostosé , on y trouve des couches superposées qui attestent la manière dont le tissu accidentel s'est'formé. L'examen d'une exostose récente, et non encore solidifiée, ferait voir une masse plus ou moins avancée vers l'état de cartilage , et dans laquelle se forment des points d'ossification partielle convergeant les uns vers les autres comme cela s'observe dans l'ossification normale. Et qu'on ne dise pas que ce n'est pas l'expression des faits, parce que la dissection après la mort ne nous a pas mis à même de constater cette évolution. L'observation exacte de ce qui se passe pendant la vie et la comparaison de ces phénomènes avec ceux de l'ostéose , fournissent des données qui ne sont pas à dédaigner. Dans un assez grand nombre de ces exostoses qui se sont présentées à nous , voici ce que nous avons jui observer ou recueillir. Au commencement de la maladie, il y a tuméfaction douleureuse , et une mollesse notable indiquant la présence d'un liquide sous le périoste. Plus tard , moins de douleur , mais duretés partielles (pointe d'ossification). Enfin , à l'extrême de la maladie, tumeur assez lisse et complètement exempte de douleur. Dans le premier état; la résolution s'opère entièrement, et il ne reste aucune trace de la maladie; dans la seconde résolulion de la tumeur, moins les points d'ossification , qui restent à toujours et rendent la surface de l'os inégale; enfin, dans la, troisième période on n'a plus à espérer de résolution.

Peu de tumeurs peuvent être confondues avec les exostoses , parce qu'elles

EXOSTOSE.

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