EUPHORBES
EUP H ORBES.
serve dans les plaies d'armes à feu, lorsque les parties sous-aponévrotiques s enflamnient et se tuméfient ; c'est ce qui a lieu dans les furoncles , par le gonflement et rinjeclioii vasculaire des paquets celluleux sous-cutanes , et dans plusieurs circonstances analogues. Lorsque des viscères abdominaux sortent a travers les ouvertures fibreuses du bas-ventre, en les élargissant un instant, et que celles-ci revenant sur elles-mêmes les compriment, il en résulte en étranglement analogue à celui qui serait produit par un lieu étroit et inerte place autour de l'intestin ou de l'épiploon.
L'étranglement est toujours une complication redoutable dans les inflammations en apparence les moins importantes. 11 en accroît singulièrement les symptômes et multiplie les accidens qui les accompagnent. La douleur , la tension, sont portés à un très-haut degré; l agitaliou devient extrême , et lorsque la mort n'a pas lieu , l'orage ne s'apaise que par la gangrène totale ou partielle des organes comprimés et des organes comprimans. Les uns et les autres souffrent en effet également : les premiers par l'affaissement de leurs tissus , les seconds par l'extension forcée qu'ils éprouvent ; et presque toujours la mortification survient , elle les envahit simultanément et s'étend au loin.
La première, la fondamentale indication qui se présente dans tous les cas d'étranglement consiste à lever celui-ci , soit en dilatant les ouvertures aponévrotiques resserrées, à l'aide de bistouris boutonnés glissés au dessous, soit à l'aide de larges incisions pratiquées aux aponévroses dont l'inextensibililé s'oppose au développement des parties sous-jacentes. Le chirurgien ne doit jamais perdre de temps à pratiquer ces opérations; ni les saignées locales, ni les bains, ni les applications émollientes ne peuvent ordinairement les remplacer ; la moindre temporisation peut compromettre l'intégrité des parties affectées et la vie elle-même; tandis que l'action du bistouri, lorsqu'on y a prompfement recours, en ramenant la maladie à des conditions salutaires de simplicité, procurera une guérison à peu près certaine , et ne peut en aucun cas entraîner le moindre danger. ( L.-J. Bégin. )
ÉTUVE. Foyez Bains.
EUPHORBES, euphorbia. Nom d'une grande famille de vége'taux, remarquable par le nombre des genres qu'elle contient, et qui fournit à la médecine plusieurs médicamens , ou plutôt dont plusieurs espèces figurent , dans la matière médicale , à raison d'un principe acre et irritant qu'elles renferment. Pour le botaniste la connaissance détaillée des diverses espèces d'euphorbes doit présenter de l'importance ; elle peut n'être pas même sans intérêt pour le pharmacologiste ; mais ce qu'il convient surtout au praticien de savoir , c'est que toutes contiennent un suc blanc laiteux qui découle de toutes les parties des plantes, soit spontanément , soit à la suite d'incisions , et qui se concrète eu masses solides connues sous le nom d'euphorbe ( euphoi-bium des anciens).
L'euphorbe, qui paraît offrir les mêmes propriétés , quelle que soit l'espèce qui l'ait fourni, est recueilli dans les pays chauds, où il est plus abondant, avec les précautions que nécessite sa prodigieuse activité , et se présente , dans le commerce , en masses de forme irrégulière ou en larmes , friables, d'un jaune plus ou moins foncé , ayant une cassure vitreuse , une odeur faible , une saveur acre et amère et un peu chaude. Elle est peu soluble dans l'eau , mais se dissout très bien dans l'alcohol.
On n'avait pas besoin de l'analyse chimique pour constater ses propriétés on avait vu qu'elle agissait comme un irritant très-puissant sur la peau et sur les membranes chez les personnes chargées de la recueillir et de la pulvériser. M. Pelletier, qui s'est occupée de l'euphorbe, y a trouvé résine 60,80; cire 14,40 ; malale de potasse 1 ,80 ; matière ligneuse et bassorine 2 ; eau et huile volatile 8 ; perte 0,80. La résine qui est évidemment la partie active de cette substance, dans laquelle elle se trouve en proportion très-considérable, est rougeâtre , d'une âcreté très-grande , se dissout bien dans les acides , et ne se dissout point dans les alcalis; et cette circonstance, à laquelle on semble n'avoir pas fait attention, paraîtrait indiquer, dans cette matière, la nature alcaline, ce que des recherches ultérieures pourront peut-être démontrer.
C'est donc à la présence de cette résine que toutes les euphorbes doivent leurs propriétés, et à la proportion différente que chacune d'elles en contient, que doit être rapportée leur énergie plus ou moins marquée. Bailleurs , quelle que soit l'espèce, les effets sont toujours du même genre, et les applications diverses qu'on en a faites en dérivent d'une manière plus ou moins raisonnable.
Peu de substances présentent une activité vénéneuse plus remarquable , et les exemples d'empoisonnement ne sont pas rares. C'est par des événemens funestes qu'on a souvent été à même de constater sa manière d'agir sur l'économie animale , manière d'agir qui, d'ailleurs se rapproche tellement de celle de la plupart des substances acres et caustiques, qu'il serait impossible , en voyant les lésions qu'elle produit, de distinguer à quel agent elles sont dues. Aussi doit-on avoir égard à cette circonstance , dans l'appréciation des faits que nous ont transmis les auteurs , relativement aux effets thérapeutiques de l'euphorbe.
Outre les observations que les accidens ont misa même de faire, on a fait aussi des recherches expérimentales sur les propriétés de l'euphorbe, et des unes et des autres il est résulté que cette substance, mise en contact avec la peau, même pendant un temps assez court, y détermine la rubéfaction et la vésication ; et même, en prolongeant le contact et en portant assez haut la dose du médicament, on peut obtenir une cautérisation plus ou moins profonde. L'absorption , dans ce cas, introduit peu de principe irritant dans les voies circulatoires. Il en est tout autrement lorsqu'on l'applique sur la peau dénudée , dans le tissu cellulaire, ou à la surface d'une plaie: alors les effets locaux sont les moins considérables, et les phénomènes principaux se passent dans des parties éloignées de celles où Ion a déposé le médicament; ils sont analogues à ceux qu'on observe
quand on l a introduit direclemfent dans les voies digestives. Dans ce cas, même à faible dose, on voit survenir l'inflammation de toutes les parties que touche le poison , car on peut l'appeler ainsi. La bouche, le pharynx, les voies digestives, sont plus ou moins irrités et telle est même l'activité extrême de l'euphorbe que sa poudre , lorsqu'on la pulvérise , enflamme assez fortement la membrane muqueuse du nez et celle de l'œil, lorsqu'on n'a pas soin de se garantir de son contact. Ses effets se propagent même par absorption. A plus forte raison sont-ils encore plus énergiques lorsque la résine reste en contact prolongé avec l'estomac et les intestins. Alors se manifestent des vomissemens douloureux , des évacuations alvines accompagnées de coliques, d'épreintes et même d une émission de sang plus ou moins abondante. Pour peu que la dose du poison soit plus considérable, les symptômes inflammatoires s'accroissent rapidement , la gangrène se déclare dans les parties phlogosées , et la mort survient assez rapidement, comme cela s'observe dans les empoisonneniens par les substances irritantes. Lorsqu'au lieu d'administrer l'euphorbe à des doses suffisantes pour amener ces grands désordres , on a dessein de la donner comme médicament, on peut, en proportionnant la quantité qu'on en fait prendre aux forces des malades et à la disposition des organes digestifs, obtenir tous les effets qu'on a le droit d'attendre et des vomitifs et des purgatifs; et quant à sonusage externe on peut parson moyen provoquer à divers degrés l'inflammation de la peau et des membranes muqueuses extérieures.
Comme l'euphorbe produit des effets remarquables par leur énergie, il n'est pas étonnant qu'à des époques très-anciennes il ait été régardé comme un médicament très-estimable. Aussi les applications qu'on en a faites sont-elles extrêmement nombreuses plutôt en apparence qu'en re'alité ; car , en définitive , les diverses espèces d'euphorbes ayant un principe commun dont les effets sont semblabes , ce faits rentrent les uns dans les autres, et s'expliquent facilement par les lois de la thérapeutique. D'ailleurs même il n'est pas certain que tous les faits favorables jouissent de toute l'anthenlicité désirable.
L'emploi qu'on a fait de l'euphorbe peut être encore continué, sauf la réserve qu'impose la connaissance plus exacte que nous avons de la structure ,de l'irritabilité et des sympathies des divers organes auxquels on l'applique. A l'extérieur, on s'en servait pour détruire les poireaux et les verrues; et ce remède est encore usité dans les campagnes où son application maladroite a souvent produit des accidens graves: on peut l'utiliser dans ce sens, taute d'autre moyen ; mais les caustiques minéraux dont l'action se mesure et se borne facilement, lui sont de beaucoup préférables. Nous lisons dans beaucoup d'auteurs que diverses espèces d'euphorbes jouissaient d'une vertu salutaire contre la morsure des serpens et d'autres animaux venimeux, et ce fait, qu'on présente comme établissant une propriété spécifique , s'explique très-bien eu regardant son action comme une cautérisation plus ou moins énergique, et dont le succès est en raison de l'opportunité et de l'exactitude avec lesquelles on la pratique. Cette cautérisation peut être appliquée utilement dans diverses autres circonstances : tant il est vrai que le même médicament peut remplir à lui seul plusieurs indications. En irritant la peau à différens degrés, l'euphorbe offre des secours dans des cas variés ; la rubéfaction et la vésication sont des médications d'une application fréquente ; et il n'est pas étonnant que des frictions faites avec diverses préparations de cette substance aient gue'ri la gale , des dartres , et aient procuré la résolution de tumeurs dans lesquelles l'absorption languissait. Dans divers cas de maladies des yeux , l'euphorbe a été employée locale^ ment mais on conçoit qu'elle n'a pu agir que comme un topique irritant , et son usage empirique et irréfléchi a plus souvent peut-être aggravé les maux contre lesquels on l'employait qu'il n'y a remédié efficacement. On en a fait également des onguens épispastiques et des liuimeiis employés contre la paralysie , les douleurs nerveuses ou rhumatismales; en un mot , dans tous les cas où une stimulation plus ou moins active de la peau peut être salutaire.
A l'intérieur, le suc épaissi d'euphorbe se donnait tantôt de manière à produire des effets immédiats plus ou moins sensibles , tantôt de manière à agir comme altérant. Comme vomitif et comme purgatif, il est d'un usage extrêmement commun. Les habitans des campagnes s'en servent très-fréquemment; et nonseulement ils prennent le suc épaissi, mais encore ils emploient la plante entière et malheureusement sans mesure, ce qui donne souvent lieu à des inflammations dangereuses de l'estomac et des intestins. Quelquefois on a observé à la suite de son emploi des sueurs qui n'ont rien d'ailleurs de surprenant, puisque les secousses du vomissement ont assez habituellement ce résultat. Sa propriété vermifuge est une conséquence naturelle de la vertu j)urgative très-prononcée de l'euphorbe; et, assurément, sauf l'irritation qu'il produit et qui peut être nuisible quand le canal intestinal est malade , c'est un vermifuge qui peut être mis de niveau avec les plus estimés. Relativement à son emploi comme altérant , c'est principalement contre la syphilis que l'on a conseillé diverses plantes de la famille des euphorbes : mais les observations ne sont ni assez nombreuses ,ni assez complètes , pour rien établir à ce sujet. D'ailleurs la guérison des affections vénériennes aiguës ou chroniques, est un sujet qui doit être examiné' avec soin ; en effet , tant de substances et de médications diverses ont été employées avec de grands succès d'après les auteurs , qu'il existe une confusion dans laquelle il est difficile de discerner le vrai du faux. ( Voyez Syphilis. )
Pour l'usage médical et rationel on doit employer de préférence l'euphorbe- (suc épaissi), et même le purifier afin d'avoir un médicament sur lequel on puisse établir les doses avec quelque régularité. Il peut y avoir du danger à se j servir des plantes entières, d'autant mieux qu'il en existe de nombreuses varié-' tés contenant une proportion du principe actif qui n'a rien de fixe : c'est cepen-l dant ce que font les empiriques et les habitans des campagnes. Deux ou trois !
EXCROISSAN CÊ.
EXCROISSAN CE.
grains d'euphorbe siifEsent pour déterminer le vomissement et la purgation.
Mais, en somme, ce médicament est peu usité, bien qu'il méritât de l'être. A l'avantage d'être énergique et sur dans ses résultats, il joint celui d'être de peu de valeur et de se trouver à peu près partout. Nous possédons en France plusieurs euphorbes dont les vertus ne sont pas inférieures à celles des euphorbes exotiques. Outre qu'on peut l'employer en substance tant à l'intérieur qu a l'extérieur , on pourrait facilement en faire des préparations diverses , et lui faire revêtir des formes adaptées aux usages spéciaux auxquels il peut être destiné. On doit observer, cependant, qu'un médicament aussi énergique doit être donné seul ; il n'a pas besoin à'adjuvant ; les correctifs lut seraient peutêtre nécessaires, mais ce ne sera pas entre les mains d'un praticien qui saura lîe l'administrer qu'à propos. Les anciens , plus curieux que nous de ce qu'ils appelaient les richesses de la matière médicale , avaient fait entrer l'euphorbe dans un grand nombre de formules aujourd'hui justement oubliées , et dans lesquelles il était associé à des substances presque toujours moins énergiques, et dont il dominait l'action. Plus récemment il faisait partie principale des poudres d'Ailhaud, qui, comme toutes les drogues du même genre, ont fait tant de dupes et de victimes. (F. Ratier.)
EXACERBATION, s. f . , exaceibatio ; accroissement passager qui survient dans l'intensité des symptômes d'une maladie. Exacerbation , paroxisme , redoublement, ces trois mots sont assez généralement regardés comme synonymes. Cependant il existe quelque différence entre eux. Ij" exacerbation est une augmentation inattendue dans les symptômes , tout-à-fait étrangère à la marche de la maladie , et qu'une cause imprévue , telle qu'une affeclion morale , un écart de régime , a fait naître. Le paroxisme est un accroissement naturel de j)hénomènes morbides , que rien ne pouvait faire prévoir, mais qui ne surprend pas parce qu'il appartient en quelque sorte à la marche de la maladie. Le redoublement est le réveil de symptômes qui commençaient à s'assoupir , réveil sans cause étrangère à la maladie elle-même , tantôt avec , tantôt sans accroissement dans l'intensité des phénomènes morbides. Ïj' exacerbation est un accident dont il faut rechercher la cause ; le paroxisme et le redoublement sont deux faits d'ordre naturel que l'on se borne à observer. Terminons par un exemple qui fusse bien sentir ces différences. Un malade atteint d'entérite aiguë éprouve une exacerbation s'il boit du vin; tous les soirs , à la chute du jour , sans imprudence de sa part , par l'effet de la maixhe naturelle de la maladie , il a ordinairement un paroxisme ; souvent dans la journée , il a des redoublemens quand les symptômes diminuent d'intensité et se raniment tour à tour.
En général, dans le traitement des phlegmasies aiguës ou chroniques , il est tres-avantageux de saisir le moment d' exacerbation , de paroxisme ou de redoublement pour pratiquer les évacuations sanguines. On n'observe pas assez ce précepte , qui est cependant de la plus haute importance. (L. -Ch. -Roche.)
EXANTHEME , s. m. ; exanthema , i ^u.-j5f,[j.x , dérivé de i^x-jBidi, ejjloresco , erumpo. Cette expression n'a point de sens précis et déterminé dans les œuvres d'Hippocrate ; elle est tour à tour employée pour designer le lichen, la lèpre , le leucé j elle est appliquée indistinctement à des vésicules miiiaires , à des taches cutanées, proéminentes et enflammées ; à des affections de la peau analogues à la brûlure , aux morsures de puces , de punaises, etc.; à des ulcérations superficielles , et même à des ulcères. La même confusion se fait remar- ^.^quer dans les auteurs qui ont écrit , depuis les médecins grecs jusqu'à Witlan. La variole , l'eczéma , la rougeole, la scarlatine, les pétéchies , le pourpre , les taches hépatiques , le lentigo , la peste , ont aussi reçu le nom à'exantlièmes ; on a même admis des dysenteries , des pleurésies, des peripneumonies , des Jièvres sjnoques exanlhématiques . Je n'accumulerai pas ici les citations pour démontrer les divergences des opinions des auteurs sur le mot ou sur le groupe exanthème; je rappellerai seulement que Sauvages indique, sous le nom de maladies éruptiues chaudes, la plupart des exanthèmes des autres pathologistcs, et que le groupe de maladies exanthématiques de son Synopsis classium œliologiarum est formé d'une hématurie exanthèniatique , d'une hémoptysie varioleuse , etc. ; qu'un des ordres de la nosologie de Cullen , intitulé Exanthème , comprend la petite-vérole , la rougeole , la scarlatine , la variole, la miliaire , l'urticaire , le pemphigus , les aphthes, l'érysipèle et la peste ; que Lorry n'a point formé de groupe exanthemata , et qu'il a appliqué indistinctement cette qualification à la plupart des maladies de la peau ; que Plenck n'admet que deux exanthèmes , et que ce sont deux maladies vésiculeuses , que P. Frank a divisé les exanthèmes en deux sous-ordres : les uns nus (crysipèle , scarlatine , urticaire, pétéchies) , et les autres scabreux (millet , variole , rougeole , pemphigus , aphthes), etc.; enfin, que Willan a appliqué cette dénomination à un groupe de maladies cutanées dont le caractère commun était : rougeur de lu peau sans vésicules , papules ou tubercules ; et que j'ai réuni sous ce nom l'eV^t/ièmcj Vérisipèle f V urticaire , la uugeole , la roséole et la scarlatine.
(P. Rayeii.)
EXCIPIENT. Forez Formule.
EXCROISSANCE. Dans la pratique , on a coutume de désigner par cette dénomination inexacte et peu scientifique une tumeur formée par un repli de peau ou de membrane muqueuse, entre les feuillets duquel se trouve un tissu cellulaire plus ou moins enflammé , endurci et désorganisé. Cette affection qui , appartient à Yhypertrophie , est rangée depuis long-temps au nombre des symptômes vénériens , parce qu'elle se présente souvent dans le cours ou à la suite de la syphilis ; et c'est pour cela que nous devons en traiter ici , sans examiner jusqu'à quel point elle était connue avant la découverte de l'Amérique, et sans soulever des questions générales qui seront plus convenablement trai-
tées à l'article Syphilis. Il est à peine nécessaire de dire que le mot d'excroissance a une signification plus étendue; qu'ainsi une earoiroje est une excroissance osseuse; de même nous devons isoler des excroissances les végétations , productions morbides qui ne sont pourtant que des excroissances du système capillaire , afin de nous conformer à l'usage reçu , et de ne pas changer une nomenclature adoptée, et dont il faudrait refaire l'ensemble suranné.
Les auteurs qui ont écrit sur la syphilis ont confondu les excroissances avec les végétations , les pustules et les tubercules ; d'autres ont multiplié sans nécessité les divisions et les subdivisions ; de là est née une obscurité qui rend cette étude pénible autant qu'elle est peu profitable. C'est ce qui nous porte à exposer simplement les résultats de nos études cliniques dans un hôpital où les sujets d'observation et de comparaison se présentent très-nombreux. Parmi les tumeurs qui se manifestent chez les malades atteints d'afi'ections syphilitiques, il en est qui se montrent sous une forme toute spéciale , et qui permet de les distinguer facilement. Ce sont celles qui onti cçu le nom d'excroissances , et qui consistent dans un développement morbide des replis que forment naturellement et la peau et les membranes muqueuses , à Vorijice des cavités naturelles , point où elles confinent et se confondent de manière à ce que la ligne de démarcation devient difficile à saisir. Ce caractéie les distinguerait des végétations qui se manifestent sur les membranes muqueuses , comme des pustules et des tubercules qui se développent sur diflérens points de la surface cutanée; lorsque d'ailleurs leur structure anatomique ne fournirait pas un autre moyen d'établir la différence. A notre avis, cette distinction n'est pas purement scolastique : elle a une utilité réelle pour la pratique , surtout relativement aux moyens thérapeutiques , ainsi qu'on pourra s'en assurer dans le cours de cet article, et en consultant l'article végétation; et l'on a droit de s'étonner que des auteurs d'une grande expérience ne l'aient pas établie , et aient constamment confondu ces <leux affections , auxquelles des observateurs moins attentifs en ont même rattaché encore d'autres qui leur sont plus étrangères.
C'est à tort, selon nous , qu'on a fait des excroissances en quelque sorte une maladie à part; on ne devrait les considérer que comme un phénomène accessoire de l'inflammation qui occupe l'entrée des cavités tapissées par les membranes muqueuses , et dont la négligence des soins de propreté, la fatigue et la compression , constituent les causes les plus ordinaires. C'est avec moins de raison encore que l'on a rangé ces hypertrophies au nombre des symptômes vénériens ; car s'il est vrai qu'elles se présentent assez fréquemment chez les sujets atteints de syphilis , il est également prouvé, jusqu'à l'évidence , qu'elles peuvent se montrer indépendamment de toute infection actuelle ou antérieure.
Quoi qu il en soit, les excroissances s'observent chez les deux sexes , mais principalement chez les femmes. Elles sont beaucoup plus communes chez les adultes que chez les jeunes sujets ; leur siège le plus ordinaire est l'orifice de l'anus, l'entrée de la vulve et du vagin, les petites lèvres , moins souvent le prépuce et le gland. Il est presque sans exemple qu'il s'en soit manifesté ailleurs , et il ne s'en développe pas surtout à l'intérieur des cavités tapissées par les membranes muqueuses.
La forme de ces tumeurs est déterminée par celle des replis qui leur donnent naissance , par leur situation , par l'inflammation ou l'ulcération qui s'en emparent accidentellement, par les végétations qui peuvent se manifester à leur surface. C'est ainsi que tantôt elles sont aplaties , comme lorsqu'elles siègent à la marge de l'anus, et qu'elles sont comprimées entre les fesses; tantôt elles sont pédiculées et arrondies, lorsque, nées près du sphincter de l'anus, elles se prolongent au dehors , ou qu'elles sont formées par les caroncules myrtiformes anormalement agrandies; enfin qu'elles sont plus ou moins découpées et frangées à leur bord libre ; soit primitivement , soit à la suite d'ulcérations qui s'y sont développées. C'est cette dernière disposition qui leur a valu le nom de crêtes de coq , auxquelles elles ressemblent effectivement , tandis que , dans les autres cas, on les désignait sous le nom de condylomes , de marisques , etc. Ces dénominations minutieuses , et qui tendent à faire autant d'affections des diverses formes d'une même maladie doivent être supprimées , et nous ne les indiquons ici que pour mémoire.
Leur volume est plus ou moins considérable, et le devient généralement d'autant plus que l'afTeclion s'est développée chez des malades peu éclairés et peu sensibles , qui ont négligé plus long-temps de recourir aux conseils des gens de l'art, en restant d'ailleurs soumis à l'influence des causes prédisposantes et déterminantes. Il n'-est pas rare , surtout chez les gens du peuple, de les voir acquérir d'assez grandes dimensions ; mais nous n'en avons jamais vu avoir le volume du poing et peser plusieurs livres, ainsi que le rapportent des auteurs, trop amis du merveilleux pour inspirer une confiance sans réserve.
Les causes qui dans certains cas restent inaperçues, sont l'inflammation développée dans des parties recouvertes d'une membrane muqueuse ou d'une peau extensible, et formant des replis destinés à permettre l'ampliation d'une cavité, comme cela se remarque à l'anus, à la vulve et au prépuce. L'inflammation , avec ou sans ulcération , mais à un degré moyen d'acuité, est la condition sine quâ non du développement des excroissances. Une phlegmasie intense et rapide dans sa marche lui est peu favorable, tandis qu'une irritation plus faible, mais soutenue, favorise l'hypertrophie des tissus. Il n'y a pas d'exemple authentique d'excroissances survenues dans des parties non enflammées ; mais l'inflammation ne suffit pas à elle seule pour les produire, il faut de plus des excitations locales continues ou fréquemment renouvelées , t'îlles que des frottemens, des pressions , des tiraillemens , etc.
Maintenant il s'agit de savoir si les inflammations de cause vénérienne sont seules capables de produire les excroissances , ou bien , en d'autres fermes ,