LAITUE
LAITUE VIRETJSE.
J'ai opéré selon ce procédé deux personnes placées dans des circonstances fort différentes : l'une était un jeune homme qui portait un kyste hydatidiqiie très-volumineux à Tépigastre et dépendant du foie; l'autre était un dragon qui , à la suite d'un coup de sabre reçu plusieurs mois auparavant dans l'hypochondre droit , avait une collection volumineuse et circonscrite à la partie supérieure du ventre. Chez tous deux , je pénétrai dans la cavité abdominale , je découvris la paroi antérieure du kyste , je laissai les adhérences s'établir, et j'ouvris ensuite dans leurs limites la poche anormale. La guérison la plus complète suivit ces deux opérations (voyez pour de plus amples détails , le Journal unweisel et hebdomadaire de médecine pratique, tom. l^r , p. 417, ann. 1830.)
Ce procédé me semble applicable aux cas d'hydropisie enkystée de l'ovaire , et devoir remplacer avec avantage , soit l'injection de liquides irritans dans la cavité de ces tumeurs, soit l'incision de leurs parois, opérée d'un seul trait, soit enfin l'extirpation complète de l'organe lui-même. (L.-J. BÉcis.)
LACTATION. I^ojez, Accocchemekt et les mots Allaitemekt , Agala- CTiE , Ablactation et Nourrice.
LAIT. Voyez Aliment et Régime.
LAITUE. Lactuca , plante de la famille des chicoracées et dont deux variétés principales : la laitue cultivée et la laitue vireuse, figurent surtout dans la matière médicale. La première dont la culture atténue les propriétés médicinales est plus active dans les pays chauds que dans les pays froids. C'est surtout comme plante alimentaire qu'elle est employée ; et sa nature aqueuse et mucilagineuse rcntl bien compte des vertus calmantes et un peu somnifères que Galien , tant de fois copié depuis , lui avait attribuées. Il est facile en effet de concevoir qu'un homme qui mange à son souper de la laitue cuite, aliment léger et digestible s'il en fut jamais, ait joui du sommeil le plus tranquille. Lorsqu'elle a acquis son entier développement , et lorsqu'elle pousse dans un sol qui lui est favorable , elle acquiert une amertume plus ou moins prononcée , et elle exsude par les fissures ou les incisions qui se font dans ses diverses parties un suc blanc, amer, un peu visqueux, qui se concrète et s'épaissit en prenant une couleur brune , et qui exhale une odeur vireuse approchant un peu de celle de l'opium, d'après les observateurs. Je n'ai |)as été. pour ma part, suffisamment frappé de l'analogie. En multipliant les incisions on peut obtenir une plus grande quantité de ce produit qu'on a nommé thridace ilu nom grec de la plante. On obtient aussi un extrait qui n'est pas sans vertus , en pilant la laitue dont on exprime le suc, qu'on filtre et qu'on fait ensuite évaporer lentement et sans l'intermédiaire de la chaleur, ou dumoins d'une chaleur active. Cette préparation est celle qu'on trouve désignée par les auteurs dans le nom de lactucarium. Lorsqu'elle est bien faite, elle est de nature à rassembler toutes les propriétés de la piaille. Le luclucarium est complètement dégagé de la gomme, du mucilage et autres substances peu actives ; aussi est-il soluble en tolalité dans l'éther. Il attire néanmoins l'humidité de l'atmosphère.
Quel que soit celui de ces deux produits, de la thridace ou tlu Lnciucarium auquel on donne la préférence, il est certain qu'ils présentent plus de chances de succès que la plante entière dans laquelle les principes actifs sont enveloppés et masqués par des substances inertes. Nous n'irons donc plus , comme les anciens le faisaient, employer la laitue cuite dans la vue de produire une médication bien efficace, puisqu'elle est déji peu énergique lors même que j l'action de la chaleur n'a pas modifié sa composition , et soustrait une partie de jj ses élémens. Si Galien se procurait du sommeil en mangeant à son souper des I laitues cuites, ainsi que l'ont fidèlement raconté tous ceux qui ont écrit sur ce sujet, doit-on attribuer ce résultat, d'après les observations qui précèdent, à l'action véritablement sédative de la plante? ou bien, n'est-ce pas plutôt qu'un souper moins substantiel et moins difficile .î digérer assurait son repos ?Uiie explication analogue ne s'appliquerait-elle pas bien à la guérison d'Auguste , devenu hypochondriaque , laquelle valut à Musa une belle slatue qu'il avait probablement méritée d'ailleurs? Aussi , la laitue employée de celle façon était elle tombée dans un oubli presque absolu , lorsque, à la fin du siècle dernier , on commença à s'occuper du suc laiteux qu'elle fournit. Plusieurs praticiens distingués, tant en Amérique qu'en Angleterre et en France , lui reconnurent des propriétés calmantes analogues à celle de l'opium. Mais le nouveau médicament, c'est en effet l'usage constant , possédait toutes les vertus de l'ancien et n'avait aucun de ses iuconvéuiens. D'.iilleurs, l'examen chimique de cette substance , fait par les hommes les plus familiers avec ce genre de recherches , n'y a fait découvrir ni morphine ni aucun autre alcaloïde.
Dire qu'un médicament est calmant et anodin, qu'il jouit de la double propriété de calmer les douleurs , en provoquant le sommeil par suite de la séda- ! tion qu'il opère sur les systèmes nerveux et vasculaire , est une assertion qui n'entraîne après elle qu'une médiocre confiance ; et les hommes d'un esprit I juste et éclairé demandent quelque chose de plus. Il faudrait une série d'obj servations bien faites pour prouver qu'en effet la thridace n'agit pas de la même I manière que l'opium, qu'elle réussit dans les cas où il échoue ; parce qu'elle n a pas d'effet narcotique , parce qu'elle n'accélère pas comme lui la circulation, qu'elle ne cause pas d'engorgement capillaire et qu elle n'irrite pas l'estomac j comme si les phénomènes qui viennent d'être signalés étaient, en effet, la ' conséquence très ordinaire de l'administration de l'opium dans les cas où l'on
DiCT. DE MÉPECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
a coutume d'administrer ce médicament. Ne faudrait-il pas encore examiner si, dans les cas où l'opium ayant été administré sans succès , la thridace lui a été substituée avec avantage , le succès n'a pas dépendu de ce que l'opium avait été donné dans des circonstances peu convenables? Quoiqu'on ait longuement cherché à prouver , et même par des observations , que la thridace est un médicament fort précieux , elle est cependant assez peu employée , si ce n'est par les médecins qui ont pris à cœur de lui faire une réputation. D'ailleurs , il est à remarquer qu'elle est conseillée précisément contre les affections les plus variables de leur nature; savoir : les affections nerveuses , rhumatismales , contre la toux, les coliques , les douleurs, etc. Plusieurs fois des spermatorrhées rebelles ont été , dit-on, guéries par son emploi.
Un fait assez remarquable , et que nous aimons à croire bien constaté , quoique nous ne l'ayons observé ni dans les expériences que nous a\oi!s faites, ni dans celles auxquelles nous avons assisté , c'est que la thridace produit une diminution notable dans la fréquence du pouls et dans la température du corps.
Une autre observation de thérapeutique générale, qui n'est pas sans intérêt, c'est que ce médicament agit d'autant mieux c[u il est administré sans être étendu dans aucun liquide : aussi recomniande-t-on de l'administrer en pilules, et de ne laisser prendre au malade aucune boisson qu'il n'ait produit son effet.
De l exaraen attentif de ce qui a été publié sur la thridace , et de 1 expérimentation que nous en avons pu faire nous-même ou voir faire par d'autres , il résulte pour nous que cette substance, bien que n'étant pas absolument dépourvue de propriétés sédatives, est cependant infiniment inférieure à l'opium, pourvu que cette dernière substance soit habilement maniée. On peut cependant l'employer, ne fût-ce que pour avoir à sa disposition un médicament de plus dans les cas où il faut , comme on dit , soutenir la confiance du malade.
Pour le mode d'administration, il est simple et rationnel ; deux à trois grains de cet extrait donné trois ou quatre fois par jour, sont la manière la plus convenable ; on en fait un sirop , qu'on peut prescrire dans les mêmes proportions, et qu'on doit faire prendre pur, d'après les considérations exprimées plus haut , et d'après lesquelles il faut éviter de donner la thridace dans un looch ou une potion. Enfin on l'incorpore avec du cérat pour panser les plaies douloureuses, les ulcères cancéreux ou autres , lesquels , il ne faut pas l'oublier , sont souvent améliorés par des applications de nature très-diverse. Mais quelle que soit la manière dont on emploie la thridace, on peut sans crainte en élever la dose , car elle n'est pas dangereuse et elle présente celte inappréciable sécurité , que si elle n'est pas très-puissante pour faire du bien , elle est au moins incapable de nuire , et pour ma part je ne craindrais pas d'en prendre trente grains en une seule dose.
On fait un grand usage dans la pratique, depuis quelques années, de la décoction de laitue, médicament bien faible si l'on considère l'infiniment petite quantité de thridace que peut fournir une laitue bouillie dans l'eau ; lorsqu'on prend pour cet usage la jilante avant son entier développement ; cette mode, car c'en est une, a cela de bon , au moins , qu'elle est parfaitement innocente. Quant à l'eau distillée de laitue , quoiqu'on puisse la supposer plus active lorsqu'elle est convenablement préparée, c'est-à-dire quand on a pris soin de faire passer la même eau sur une grande quantité de laitue , elle ne peut encore présenter qu'une action bien faible ; et j'ai peine à croire qu'elle ail pu jamais , à elle seule, produire des accidens réels. Trois ou quatre onces de cette eau distillée que beaucoup de pharmaciens , à ce qu'on prétend, remplacent par de l'eau fraîche , constituent la base de la plupart des potions dites calmantes et antispasmodiques destinées à servir de maintien au praticien dans l'embarras. En supposant l'eau distillée parfaite, il en faudrait prendre au moins autant en une seule dose pour obtenir quelque résultat; il est vrai que les principes actifs perdent de leur vertu, lorsqu'ils sont étendus dans un véhicule liquide , comme l'ont observé les médecins qui se sont le plus occupés de la laitue et de ses produits. (F. Ratier.)
LAITUE VIREUSE. Lactuca virosn. Quoique appartenant à la même classe que la précédente, cette plante s'en distingue par des propriétés toxicologiques beaucoup plus réelles, en conséquence desquelles elle a été depuis long-temps introduite dans l'usage médic.d , quoiqu'elle n'ait jamais été d'un emploi très-répandu. Elle est abondante dans les climats tempérés , et croit sans culture dans les lieux abandonnés, sur les terrains pierreux et au bord des champs. Elle fournit un suc abondant d'une odeur vireuse, qui se concrète à l'air libre , et qui, au rapport de Dioscoride, servait à sophistiquer l'opium ; car l'art de tromper est bien ancien.
Les anciens qui lui avaient reconnu ou attribué des propriétés narcotiques l'employaient dans des vues très-différentes; car non-seulement , ils s'en servaient tians les cas où les caïmans sont iniliqués par la nature des phénomènes morbides, mais encore dans une foule de cas qui ne présentent pas entre eux la moindre analogie, et dans lesquels le succès même , lorsqu'il a été obtenu, ne justifie pas la pratique , et ne peut servir de base et de garantie à de nouvelles tentatives.
Si à ces expériences imparfaites nous comparons les recherches plus rationnelles et plus éclairées, entreprises par les modernes, nous trouvons qu'en effet , cette plante peut être placée au rang des narcotiques. Les animaux auxquels elle a été administrée de diverses manières en ont presque tous éprouve des accidens , qui même ont été mortels chez la plupart d'entre eux. Cependant on ne cite pas d'empoisonnement observé chez 1 homme. L'extrait de laitue vireuse a été administré sous mes yeu.\ à des malades atteints de diverses affections chroniques jusqu'à la dose de deux cents grains par jour, dose à laquelle on n'arrivait, il est vrai, que graduellement. Chez aucun d'eux on n'a observé