‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 110 sur 311 · LANCETTE · texte numérisé non relu

LANCETTE

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(l'accitlens , non plus que de modification dans les maladies dont ils étaient atteints, qu'on pût logiquement attribuer au médicament employé. Les efTets immédiats généralement peu marqués et notablement inférieurs à ceux qu'on obtenait dans le même temps , et cliez les mêmes sujets de la jusquiame et de la belladone , par exemple , consistaient en quelques étourdissemens , de l'empâtement à la boucbe , et un dérangement plus ou moins marqué des fonctions digeîlivcs, lorsque la dose était un peu considérable.

On ne possède pas d'analyse de cette plante aussi complète que celles de l'opium , de hi jusquiame, etc. On y a signalé un principe amer, qui lui-même pourrait probablement être encore décomposé , un acide analogue à l'acide oxalique , de la résine de caoutchouc , et ces principes communs à la plupart des végétaux tels que la gomme , la cire , etc. , qui n'ajoutent rien à leurs vertus.

La laitue vireuse , considérée comme médicament , est au rang des plus i faibles parmi les narcotiques auprès desquels elle est rangée ; les médecins qui ont constaté ce l'ait l'ont totalement abandonnée , surtout lorsqu'ils ont en outre reconnu qu'elle ne rachetait cette faiblesse par aucune action particulière sur un organe , et moins encore sur une maladie. Aussi accorde-t-on assez peu de confiance aux promesses pompeuses de quelques médecins qui l'ont conseillée comme spécifique contre diverses maladies , qui , à raison de leur obscurité et de leur opiniâtreté ont été le point de mire de tous les expérimentateurs. D'ailleurs toutes les observations méritent la réprobation qui les frappe , parce qu'elles ne présentent que des résultais , sans les élémens au moyen desquels ils ont été obtenus. Tel en effet prétend qu'elle réussit contre la morsure des serpens, contre la colique hépatique, les fièvres intermittentes, les fièvres bilieuses ; tel autre assure qu'elle guérit l'hydropisie en général, l'hydropisie de poitrine en particulier ; l'angine de poitrine , les obstructions , l'ictère , les inflammations catarrhales ; un autre la considérait comme anli-aphrodisiaque; un autre encore comme emménagogue. Celui-ci remploie seule et la regarde comme plus efficace que le camphre , le musc et l'opium ; celui-là au contraire pense que l'addition de la digitale la rend plus efficace. Enfin, d'autres assurent n'en avoir obtenu aucun bon effet.

Le tableau de ces contradictions qu'on pourrait croire fait à plaisir, résulte pourtant de l'examen impartial des faits ; il doit conduire à une sage défiance des médicamens mal observés et mal connus dans leurs effets primitifs. Il doit surtout engager à n'expérimenter que sur des affections bien constatées et bien connues dans leur marche , de manière à n'attribuer à l'action des médicamens ni moins ni plus que ce qui leur appartient en effet.

On ne voit pas clairement dans les auteurs , si l'on a employé l'extrait préparé artificiellement, ou le suc découlant naturellement de la plante et analogue à la thridace. Il semble assez raisonnable de lui accorder la préférence comme présentant des propriétés réelles, dans le cas où Ton voudrait se livrer à de nouvelles recherches sur cette plante. Nous avons trouvé fort actit autrefois un extrait préparé avec l'alcool faible qu'on faisait digérer sur la laitue cireuse, en le renouvelant , de manière à s'emparer de tous les principes actils- On rassemblait ensuite ces divers li([uides que l'on faisait évaporer doucement , afin que la chaleur n'altérât pas les qualités du médicament.

On peut d'ailleurs procéder sans crainte dans l'administration de cette substance , soit qu'on se serve de l'extrait dont il vient d'être question , soit qu'on ait recours au suc épaissi. Deux, quatre et même six grains , sont une dose de laquelle on ne peut guère attendre ni effet curatif bien tranché , ni même action immédiate suffisamment distincte et constante. Maintenant on a reconnu qu'i] n'y avait pas d'avantage réel à multiplier les formes sous lesquelles on peut présenter les médicamens; néanmoins nous dirons pour ceux qui ne sont pas encore convaincus de celte vérité que l'on peut préparer un sirop , un extrait aqueux, un extrait alcoolique , une teinture spiritucuse. (F. Ratier.)

LANCETTE^ s. f. irtHcco/a ^ petite lance; instrument de chirurgie , ainsi nommé à raison de sa forme allongée , tranchant sur ses deux bords , et fort aigu à sa pointe, qui sert presque exclusivement à la pratique de la saignée veineuse ou phlébolomie.

Deu.v parties, la lame et la chasse , composent la lancette. La lame est aplatie , longue d'un pouce et demi à deux pouces , tranchante sur ses deux côtés , à partir du milieu environ de sa longueur jusqu'à sa pointe. Celle-ci doit être parfaitement acérée. La partie mousse qui correspond à l'articulation de la châsse porte le nom de talon. La châsse elle-même est formée de deux plaques ou lames en corne, en écaille ou en nacre , réunies à leur basej)ar un clou rivé, et comprenant la lame entre elles. Ces plaques doivent être de plusieurs lignes plus longues et plus larges que la lame , afin de la protéger convenablement.

Il résulte de ces dispositions que , pour ouvrir la lancette , il suffit , en prenant le talon de l'instrument dans la main dioite , et l'extrémité opposée entre le pouce et l'indicateur de la main gauche , de faire glisser l'un sur l'autre les bouts libres de la châsse , de les écarter, puis de les réunir eu laissant à découvert la lame, qui doit faire avec elles un angle un peu moins ouvert que l'angle droit. Pour nettoyer, au contraire, la lame de la lancette, il faut l'appliquer alternativement contre l'une et l'autre des plaques de la châsse, et passer sur elle un linge doux et fin. Celte lame , dont la pointe et le tranchant doivent être l'objet d'un soin spécial , se trouve ainsi protégée par les plaques et ne saurait éprouver de dommage.

Selon la forme des lancettes , ou plutôt selon la manière dont se termine l'exlrémité tranchante de leur lame , on leur donne des noms diflérens. Cette extrémité est-elle fort allongée, étroite et aiguë ? elle constitue la lancette en

langue de serpent : ses bords se réunissent-ils à la pointe par un angle moins prolongé, l'instrument est nommé lancette à d/'aco/ne ; enfin , lorsque

les bords tranchans s'arrondissent pour se réunir et former une pointe peu saillante , la lancette est dite à graine d'orge.

Il est évident que la lancette en langue de serpent pourra pénétrer profondément sans faire une grande ouverture à la peau , et que, pour donner une étendue suffisante à l'incision de celle-ci dans l'opération de la saignée, il faudra élever beaucoup le poignet pendant le second temps de l'opération. A raison de la disposition opposée, la lancette à grain d'orge, au contraire, s'élargissant brusquement de la pointe vers le milieu de la lame, ne saurait dépasser un peu l'e'paisseur de la peau sans y produire une section considérable ; d'où il résulte qu'il suffit presque toujours de l'enfoncer perpendiculairement, et qu'il est à peine besoin , en la retirant , d'élever la main , afin d'ajouter à l'ou- I verture qu'elle a faite en entrant. La lancette à grain d'avoine tient le milieu , sous ce rapport, entre les deux formes extrêmes dont il vient d'être question.

Une lancette est en bon état, lorsque , abandonnée à son propre poids , sa pointe pénètre sans craquement , sans secousse , dans une lame tendue de canepin sur laquelle on la pose, et qu'elle l'incise doucement et régulièrement. ' Le soin de la lancette est un de ceux qui doivent le plus exciter l'attention du chirurgien. Sans porter le scrupule jusqu'au point de briser ou de rendre à l'ouvrier toute lancette qui a une fois servi , il ne faut cependant jamais employer celles qui présentent à leur pointe le plus faible défaut, qui sont le plus légèrement tachées de rouille , ou que l'on suppose le moins du monde imprégnées de matières putrides ou vénéneuses. Il serait imprudent de saigner avec des instrumens semblables ; et , si les inflammations des veines dépendent souvent de dispositions morbides existant chez les malades soumis à la phlébotomie , il est également incontestable que , dans beaucoup de cas , ces affections , toujours graves et fréquemment mortelles , sont le résultat de l'usage de lancettes, ou mal acérées, ou imprégnées de matières irritantes , virulentes ou autres.

On se servait autrefois , pour l'ouverture des collections purulentes, superficielles et peu considérables , de lancettes semblables à celles qui sont destinées à la phlébotomie, mais exagérées dans toutes leurs dimensions, et portant quelquefois une échancrure allongée sur un de leurs bords , près de la pointe. Ces lancettes , dites lancettes à abcès , ont généralement disparu des étuis des chirurgiens , et on leur substitue avec avantage des bistouris , dont la pointe ainsi que le tranchant offrent plus de solidité , et qui, par conséquent , ne se détériorent pas avec autant de facilité. (L.-J. ëégin.)

LANGUE j s. f. Lingua , yXcuo-ra, y^or-ru, organe spécial du goût. La langue peut fournir matière à d'importans détails sous le rapport anatomique et sous celui de la pathologie ; malheureusement la nature de ce dictionnaire ne nous permet de la considérer que du second point de vue. Toutefois, comme il ne convient pas d'isoler trop complètement la pathologie de l'anatomie pratique, nous donnerons , en commençant cet article, un aperçu de l'organisation et du développement de la langue; ces notions nous sont, du reste, indispensables , pour apprécier les causes d'un certain nombre d'états pathologiques de cet organe.

La langue occupe à-la-fois la bouche et le pharynx , constituant la plus grande partie du plancher de la première, et une portion de la paroi antérieure du second. Elle est aplatie de haut en bas, forme cependant qui subit de nombreux et fréquens changemens, sous l'influence de la contraction des muscles de cet organe. La langue est naturellement rose, mais l'enduit muqueux qui la recouvre , lui imprime de nombreuses modifications sous ce rapport. Enfin elle est dirigée perpendiculairement en arrière , du côté du pharynx , tandis qu'elle est horizontale en avant.

La langue est détachée du plancher de la bouche en avant et sur les côtés ; partout ailleurs elle adhère à ce plancher et fait corps avec lui. Elle tient par sa laase à l'os hyoïde à l'aide de plusieurs de ses élémens. Sa pointe plus ou moins effilée reste placée dans l'état de repos derrière les dents de la mâchoire inférieure ; cette pointe est bien libre, bien isolée de toutes parts dans l'état normal; mais nous verrons bientôt qu'il n'en est pas de même dans certain état pathologique. Latéralement , la langue est libre encore dans la moitié antérieure , mais en arrière , elle est intimement unie au pharynx qui l'embrasse. La face supérieure de la langue , buccale en avant, et pharyngienne en arrière , offre plusieurs circonstances de forme extérieure (ju'il est fort utile de signaler ici : 1° le raphé , très prononcé et souvent déprimé en une gouttière longitudinale ; 2" le foramen cœcum , trou borgne de Morgagni , grande lacune folliculaire, placée sur le trajet du raphé , à l'union des deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur de la langue ; S» le V de la langue , sinus ouvert en avant et formé par deux séries de saillies papillaires qui procèdent du foramen cœcum, et qui se portent de là en dehors et en avant; 4» les papilles, éminences de forme et de structure variables , qui se rencontrent également , quoique moins nomlireuses , sur les bords et sur la pointe de la langue.

Nous distinguerons quatre espèces de papilles linguales; les auteurs n'en admettent que trois: 1° les papilles coniques qui occupent les trois quarts antérieurs de la langue , au-devant du V et du foramen cœcum ; 2" les papilles fongiformes qui ont la figure de clous ou de champignons; 3° les papilles lenticulaires, qui occupent la base de la langue , derrière le Y et le foramen cœcum; 4" enfin \cs papilles folliculaires , véritables papilles fongiformes , qui naissent au fond d'un follicule. Ces dernières forment le 'V de la langue ; une papille de ce genre s'élève souvent du fond du foramen cœcum.

La face inférieure de la langue, libre seulement en ayant, est lisse et dé-

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pourvue d'ctninences papillaires ; le rapbé y est très-raarqué et c'est sur le trajet de celui-ci que la langue reçoit riiïserlion du frein. Le frein de la langue est un repli muqucux triangulaire , adhérent à la langue par un de ses bords, et au plancher de la bouche par l'autre ; sa base est dirigée en avant ; elle est libre ; son sommet est reçu dans l'angle rentrant qui résulte de la jonction de la face inférieure de la langue et du plancher buccal. Le frein est sujet à des excès de longueur dont il sera question plus loin. Sur les côtés du frein, la face inférieure de la langue présente, en outre , deux replis frangés , à la base desquels apparaissent de grosses veines ; ces replis renferment les conduits excréteurs de deux glandes particulières que nous indiquerons également plus tard.

La structure de la langue étudiée à plusieurs reprises par Malpighi , Stenon, Bidloo, Leuvenoek, Haller et une foule d'autres anatomistes, était si peu connue dans ces derniers temps , que l'on se bornait généralement à voiler son ignorance à cet égard, en affirmant que le tissu lino^ual est inextricable ; mais aujourd'hui, après les travaux de MM. Bauer, Gerdy et les nôtres, nous croyons pouvoir déclarer hardiment que rien , au contraire , n'est plus extncàble, si l'on pouvait ainsi dire, que la langue; voici du reste, en peu de mots , et d'après les recherches qui nous sont propres , quelles sont les parties qui se réunissent dans cet organe : d'abord des élémens plus denses que les autres concourent h former la base , le fondement , nous allions presque dire le squelette de la langue , et donnent insertion aux fibres charnues; en outre, on y trouve des fibres charnues, intrinsèques ou extrinsèques, longitudinales, perpendiculaires et transversales, des glandes, des vaisseaux, des nerfs, de la graisse et du tissu cellulaire.

Les parties fondamentales ou solides de la langue sont le cartilage médian, la membrane glosso-hyoïdienne et la membrane muqueuse. Le cartilage médian, que nous croyons avoir décrit le premier, est étendu de l'hyoïde a la pointe de la langue ; il est plus développé en arrière qu'en avant; il est aplati de dehors en dedans , et sert à l'insertion d'un certain nombre de fibres charnues, surtout de celles qui sont transversalement dirigées. La membrane glosso-hyoïdienne fixe la langue , et spécialement le cartilage précédent , au corps de l'os hyoïde.

La membrane muqueuse revêt toutes les parties libres de la langue ; c'est elle qui forme infcrieurement le frein et les franges que nous avons décrites ; c'est elle aussi qui constitue vers la base de la langue le frein glosso-épiglottique. Cette membrane remplit réellement une double fonction : à l'aide de son derme qui est remarquable par sa densité et par sa consistance demi-carlilagiiieuse ^ elle sert à l'insertion d'un grand nombre de fibres charnues ; à l'aide de ses papilles et de son épiderme , elle peut, suivant les cas, devenir organe de gustation, et jusqu'à un certain point, un moyen de trituration d'alimens mous et peu résistans. Du reste rien n'est curieux comme d'étudier les minutieuses précautions que la nature a apportées dans la disposition relative de l'épiderme et des papilles de la langue, pour permettre les deux actions précédentes ; nous regrettons de ne pouvoir entrer ici dans ces détails ; qu'il nous suffise de dire 1" que l'épiderme lingual est très épais ; 2° qu'il entoure d'un étui chaque papille ; 3" que cet étui épidermique est ouvert à son extrémité ; 4° et qu à la faveur de cette disposition, les papilles peuvent, tuméfiées par l'érection gustative, sortir de leur enveloppe pour aller, en quelque sorte , h la rencontre des molécules sapides des corps , ou bien , au contraire , rentrer dans leur étui t protecteur, pour se dérober aux pressions qui auraient altéré leur tissu délicat , I lorsque la langue doit servir comme organe de trituration alimentaire. Au || reste , il est à peine nécessaire de noter ici , que les éminences appelées papilles l lenticulaires , ne sont pas des papilles , dans l'acception rigoureuse de ce mot , I c'est-à-dire des parties dans lesquelles l'élément nerveux est plus développé ique l'élément vasculaire ; mais que ce sont des organes sécréteurs, des glandules; tandis qu'il en est tout autrement des papilles coniques , fongiformes ^ let folliculaires ; celles-ci , toutefois , forment plus particulièrement la transition entre les papilles lenticulaires d'une part , et les papilles coniques et fongiformes , de l'autre.

Les fibres musculaires de la langue, comme nous l'avons dit, sont extrijisèques Ij ou intrinsèques ; les premières appartiennent aux muscles génio-glosses , slj'lof glosses, hypo-glosses , constricteurs supérieurs du pharynx et glosso-slaphylins ;

les secondes constituent dans la langue des muscles à pai t. Certaines fibres sont

longitudinales , les autres sont transversales ou perpendiculaires ; bien entendu I que ces directions n'offrent pas une parfaite régularité, et que dans plusieurs

endroits les fibres longitudinales , etc. , sont plus ou moins obliques- Les fibres I longitudinales sont placées à la périphérie de la langue sous la membrane muiqueuse; tandis que les fibres transversales et perpendiculaires occupent le i centre. Cette double disposition apparaît dans tout son jour , sur une coupe

transversale et perpendiculaire de l'organe qui nous occupe.

Les glandes linguales sont placées dans la langue, à la hauteur des replis j frangés qui ont été précédemment indiqués ; elles sont appuyées immédiateji ment au-dessous du plan des fibres transversales, et au-dessus du faisceau com- (mun des muscles hylo-glosse et lingual. Son volume et sa forme rappellent icelui d'une amande; son tissu est celui des glandes salivaires ; ses conduits j excréteurs viennent s'ouvrir sur le sommet des franges indiquées ; elles concou.

rent bien certainement à la formation du fluide buccal ou salivaire.

Les artères de la langue émanent exclusivement de la linguale branche de la

carotide externe. Ses veines se rendent par un ou par deux troncs, dans la veine 1 jugulaire interne. Ses vaisseaux lymphatiques se portent dans les ganglions

latéraux et sous-maxillaires du col.

Les nerfs de la langue sont trcs-remarquables par leur distribution , le nerf lingual se répand dans la membrane muqueuse et dans les papilles qui appartiennent à la face supérieure de la langue , au-devant du 'V et du forameii cœcum , aux bords et à la pointe de cet organe; le nerf grand hypo-glosse se distribue dans les libres charnues ; et le nerf glosso-pharyngien est réservé, en particulier , à la membrane muqueuse et aux papilles de la base de la langue. En un mot le nerf lingual est le nerf sensitif de la langue, le grand hypo-glosse est le nerf moteur, et le glosso-pharyngien celui qui préside aux sécrétions diverses qui s'accomplissent vers la base de cet organe , près de l isthme du gosier.'

Le tissu cellulaire de la langue est très-fin, et en quelque sorte muqueux; la graisse y est plus abondante en bas et eu arrière , qu'en haut et en avant; cependant celle qu'on rencontre dans l'épaisseur même de cet organe est remarquable par sa finesse.

On ilit que dans les premiers temps de la vie intra-utérine la langue manc(ue; mais que bientôt, cependant , elle semble se détacher du plancher de la bouche. Il est positif que vers l'époque de trois mois de la vie intra-utérine , cet organe est très-court; que sa pointe est un peu fendue, et que le frein se prolonge jusqu'à son extrémité , de façon à borner singulièrement le champ de sa mobilité. La langue exécute une foule de mouvemens qu'elle fait succéder avec une grande célérité , et dont l'intelligence se déduit très-facilement des notions précédemment établies ; elle est aussi l'organe spécial de la gustation ; mais elle sert encore à Certaine préhension des alimens, dans l'action de lécher ou de sucer ; elle agit dans la mastication , dans la déglutition ; enfin dans les tortues et les grenouilles, elle est même un agent très-important de l'introduc- . tion de l'air tlans les poumons.

Les états pathologiques de la langue sont nombreux ; quelques-uns mettent les jours des malades dans un danger plus ou moins immédiat , et réclament une médication active, quelquefois des opérations chirurgicales ; passons les toutes en revue successivement :

lo 'Absence de la langue. Ce vice de conformation peut être congéuial , mais , le plus ordinairement, il est la conséquence de plaies avec perte de substance, d'opérations chirurgicales, ou de maladies gangreneuses; au reste, jamais cette absence n'est complète , et à cet égard , il faut bien savoir qu'il n'a jamais été question que de la perte de la portion antérieure de l'organe , de celle qui est libre d'adhérence avec le plancher de la bouche-

L'absence congéniale de la langue doit être considérée comme le produit d'un arrêt dans l'évolution de cet organe ; car , ainsi qu'il a été dit plus haut , la langue , lors de son apparition , parait végéter , en quelque sorte , de sa base vers sa partie libre.

Lorsqu'on examine l'intérieur de la bouche des individus affectés de ce vice de conformation , quelle que soit d'ailleurs la cause de sa production , voici ce que l'on observe : le plancher de la bouche est plus déprimé que de coutume , dans l'espace circonscrit par l'arcade dentaire inférieure; vers la partie moyenne de ce plancher on aperçoit deux corps, oblongs, peu saillans, que quelques chirurgiens ont comparés à deux cuisses de grenouilles, et qui présentent une mobilité assez grande. Les dents delà mâchoire intérieure sont légèrement inclinées en dedans ; on dit même que quelquefois la voûte palatine a été trouvée plus abaissée , et moins concave que de coutume.

L'absence de la langue gêne notablement la prononciation , la déglutition, etc. Mais à la longue cependant^ les malades finissent par accomplir ces fonctions d'une manière passable, à la faveur des deux mamelons, vestiges incomplets de la langue, qui occupent le plancher de la bouche : les auteurs citent une foule de faits qui témoignent en faveur de cette opinion. Toutefois, on peut quelquefois à l'aide de moyens artificiels rendre la prononciation , dans ces cas , plus parfaite ; on connaît l'observation rapportée ]iar Ambroise Paré , d'un villageois qui avait perdu la langue accidentellement, et qui buvant avec une écuelle de bois assez déliée, proféra quelques paroles distinctes, pendant qu'il avait encore le bord de ce vase dans sa bouche ; il y avait trois ans qu'il était muet , depuis il conserva son écuelle , et il la mettait entre ses dents chaque fois qu'il voulait se faire entendre. On conçoit qu'il serait possible de faire fabriquer quelque chose de plus parfait, et de plus propre que cette écuelle à atteindre le but particulier dont il s'agit.

2o Adhérence de la langue an plancher de la bouche. Ce vice de conformation est toujours congénial; on comprend néanmoins qu'il pourrait également résulter d'une cicatrice vicieuse , qui succéderait à une opération pratiquée à- la-fois sur la langue , et sur le plancher de la bouche. Ces adhérences , au reste , présentent plusieurs degrés: tantôt c'est la langue entière qui est collée au plancher buccal , là où normalement elle devrait en être entièrement détachée; antôt l'adhérence consiste uniquement dans un excès de longueur du frein, ou filet de la langue, qui se prolonge jusqu'à l'extrémité terminale de cet organe, ou dans une brièveté remarquable de la même partie. Dans tous les cas, on conçoit toute la gcnc qui en résulte pour les fonctions de la langue. Cette gêne se manisfeste le plus souvent immédiatement après l'époque de la naissance; l'enfant ne peut pas exercer convenablement la succion du mamelon , et il dépérit faute de pouvoir prendre une nourriture sufiisante. Quelquefois l'adhérence de la langue au plancher de la bouche n'est pas assez considérable, pour empêcher la succion du mamelon et la nutrition de l'enfant, mais elle apporte des obstacles à la prononciation ; elle peut même déterminer une variété du bégaiement. Un homme qui avait été reçu à l'hôpital Beaujon pour y être traité d une plaie , bégayait d'une manière tellement forte, que notre attention fut éveillée sur ce point; je l'interrogeai sur ce sujet , il nous apprit qu'il avait

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toujours parlé ainsi ; nous examinâmes sa langue ; elle était retenue au plancher lie la bouche par un filet extrêmement court, qui tiraillait et retournait même en bas la pointe (le cet organe. Nous lui proposâmes la section de ce repli muqueux, il l'accepla ; elle tut pratiquée immédiatement; et ce ne fut pas chose peu curieuse, que d'entendre ce malade, aussitôt que les instrumens furent sortis de sa bouche , prononcer des phrases entières sans le moindre bégaiement , lui qui un instant auparavant ne pouvait articuler deux mots de suite sans une longue hésitation ; toutefois , ce malade ne voulut pas s'astreindre à l'emploi des moyens propres à empêcher la cicatrice du filet de se faire vicieusement, et il sortit de 1 hôpital dans un état à-peu-près semblable à celui dans lequel il élait à son entrée ; il perdait chaque jour quelque chose des avanta<'es de l'opération , à mesure que la cicatrice de la plaie s'opérait dans une ))lus grande étendue. ( Journal hebdomadaire. )

La brièveté du frein de la langue produit, sur le plancher de la bouche et sur la langue elle-même, un phénomène qu'il importe d'autant plus de signaler , qu'il a été considéré comme la maladie elle-même. Lorsque fou élève fortement la langue , on tiraille le plancher de la bouche et on lui fait former tumeur, la langue éprouve une traction semblable , et sa face inférieure se déprime un peu en bas et en avant. C'est là ce qui a abusé Faure , et qui lui a fait croire que le vice de conformation qui nous occupe était produit par le développement de tumeurs sublinguales. {Mémoires de l'Jcadémic de chirurgie.)

Au reste , rien n'est simple comme l'opération qui consiste à faire disparallie ces adhérences, quand elles portent sur le frein seulement; il n'en est pas de même dans le cas où la langue tout entière est collée au plancher de la bouclie. Dans le premier cas , une sonde cannelée à p laque fendue , et des ciseaux sont les seuls instrumens nécessaires. Le chirurgien se place au-devant du malade; si celui-ci est un enfant, un aide lui pin ce le nez, pour le forcer à respirer par la bouche et à l'ouvrir; puis le ch irujgien , lui-même , tenant la sonde de la main gauche , la porte sous la langue , introduit le Jilet dans la fciite de la plaque de la sonde, et il soulève à-la-fois l'instrument et l'organe ; dans cet état des choses , le frein de la langue est tendu , les artères et les veines ra*nines sont efficacement protégées par l'instrument, et d'un coup de ciseaux le chirurgien achève l'opération. Pour être sufiisante , la section doit comprendre toute la longueur du frein, parce que le travail de cicatrisation en fait toujours disparaître une grande partie, quelque effort que fasse le chirurgien pour y porter obstacle.

Les cas sont heureusement rares , dans lesquels toute l'extrémité antérieure de la langue est unie contre nature , à la partie inférieure de la bouche; cependant s'ils se rencontraient, il faudrait imiter la conduite de Sernin de Narbonne , qui porta habilement le bistouri sous la langue , et fit disj)araître tous les liens qui la retenaient fixée inférieurement.

Dans quelques circonstances les malades sont plus heureux, l'adhérence est bornée à quelques points seulement ; à l'un des côtés , par exemple, de la face inférieure de la langue : alors aussi, comme on le conçoit, l'opération est beaucoup plus simple.

Il est extrêmement important, après la section du fdet ou des autres adhérences vicieuses delà langue à la bouche, d'empêcher la cicatrice de s'établir trop étroite. L'état premier reparaîtrait infailliblement, si le chirurgien ne prenait des précautions , sous ce rapport. La nourrice de l'enfant , si c'est un enfant qu'on a opéré, ou le malade lui-même, si c'est un adulte, doivent fréquemment passer le doigt ou un anneau sous la langue, pour détruire la cicatrice à mesure qu'elle se forme , ou mieux, pour faire cicatriser séparément les deux lèvres de la plaie.

L'accident le plus redoutable , le seul mêm.e redoutable après l'opération qui vient d être décrite, c'est l'hémorrhagie ; chez les enfans surtout, l'alteution doit être éveillée sur ce point. Chez eux, en effet , d'une part, le mouvement de succion auquel ils se livrent continuellement, facilite cet accident et le rend plus grave; et d'autre part, il peut s'écouler, presque à l'insu ilu chirurgien, une très-grande quantité de sang , parce que le petit malade l'avale à mesure qu'il sort des vaisseaux. La ligature , si la chose parait possible dans ce cas particulier , serait le moyen le plus sûr; elle a été proposée par Guillemeau , et quoique Riolan assure que ce moyen a déterminé les convulsions et la gangrène , c'est bien certainement le parti le plus sûr, le moins douloureux, et le moins sujet à déterminer des acciJens. Mauraiu a employé avec succès la cautérisation ; et Petit a exercé la compression sur le vaisseau ouvert au moyen d'une petite fourche de bouleau , avec laquelle il embrassa celui-ci , et dont il arcbouta , d'autre part , l'extrémité contre la partie postérieure des dents incisives inférieures ; au reste pour mieux assurer l'immobilité de ce petit instrument d'un genre nouveau , il appliqua une bande de linge fin en travers sur lu langue ; il eu faisait sortir les deux chefs de chaque côté de la bouche , les p.issait sous la mâchoire , et les croisait en cet endroit, pour les diriger ensuite en arrière et les fixer au bonnet du malade.

3°. J'iaies de la langue. Les plaies delà langue peuvent être le résultat d'un accident, ou d'une opération chirui gicalc ; elles ont qiselquelois été produites par la pression des dents pendant des accès épileptiques , ou au milieu de convulsions d'un autre genre. Ces blessures sont généralement remarquables par la facilité avec laquelle elles disparaissent ; leur contact continuel avec le fluide salivaii e, loin d'être un obstacle à leur cicatrisation, paraît hâter, au contraire, ce travail , en modérant les phénomènes inflammatoires. Au reste la thérapeutique des plaies de la langue ne réclame rien de particulier. Si des artères avaient été ouvertes dans ce cas , et qu'une hémorrhagie eût lieu , la ligature ou la cautérisation devrait être mise en usage, s'il existait des lambeaux,

quelques points de suture entrecoupée seraient nécessaires, mais aucun appareil ne doit être appliqué. Rien d'ailleurs ne pourrait remplacer, pour la plaie, l'action bienfaisante de la salive sur ses bords.

4». Procidence de la langue , lingua propendula , macro glossia.

La procidence de la langue est une affection rare , qui consiste dans une chute de cet organe hors de la bouche sans rjue son tissu soit altéré. Cet état de la langue , pour peu qu'il soit porté un peu loin, amène I hypertrophie de la langue, qui a été décrite comme maladie spéciale, mais qui n'est évidemment que l'expression et la conséquence d'une autre maladie.

La procidence de la langue peut être congéniale ou acquise ; celle-ci est rare , elle a paru dans quelques circonstances à la suite de la paralysie des muscles qui retienneftt ordinairement cet organe dans la bouche. Il est évident, d u reste , qu'il ne s'agit pas ici de la procidence qui suit la glossite ; il en a été question dans son lieu.

Lorsque la maladie existe depuis long-temps , la langue se tuméfie et s'hypertro])hie véritablement, par suite sans doute de l'irritation que cause le contact de l'air, et aussi bien , certainement , parce que la langue n'est plus soumise à la pression qu'elle supportait de la part des arcades dentaires dans l intérieur de la bouche; la lèvre intérieure se déprime et se retourne; les dents de la mâchoire inférieure s'altèrent : si la procidence est congéniale elles sont projetées ajitérieurement et deviennent horizontales ; elles se carient et tombent, si la maladie de la langue est survenue après l'éruption de ces ostéïdes ; les os maxillaires eux-mêmes se recourbent en bas , la salive coule habituellement hors de la bouche , au grand détriment de la digestion sloma- ! \ cale; le larynx entraîné en haut ne forme plus sous la peau la saillie particu- ' I lière que l'on connaît ; la déglutition et la prononciation soiif très-gênées , le malade est tourmenté par une soif et une aridité de la bouche et de la gorge t que les liquides ne font disparaître que pour un instant ; des ulcérations et des y. végétations se développent quelquefois sur l'organe exubérant.

Gallien, Scaliger, Marcellus Donalus^ Trioen , Th. Bartholin , Paul de Sor- ' 1 bait, Percy, Mirault d'Angers, ont rapporté des exemples de la procidence de ! la langue , et tous s'accordent sous le rapport des caractères de cette maladiei I caractères qui viennent d'être indiques.

La procidence de la langue est une maladie peu grave par elle-mê[ne , et ;^ contre laquelle l'on possède des moyens curatifs efficaces ; on conçoit du reste i s qu'il ne s'agit pas ici de la procidence inflammatoire ou carcinomateuse de la \ langue.

5". Déviiition de la langue à L'intérieur de la bouche. La procidence de la ^ langue au dehors n'est pas le seul déplacement que peut subir cet organe; des t tumeurs développées dans son voisinage peuvent le refouler plus ou moins loin de sa position normale, et opérer le déplacement que nous voulons indiquer ici. Les engorgemens des ganglions sous-maxillaires, la tumeur de la grenouillette surtout, ont souvent eu ce résultat. Les mouvemens de la langue, surtout ceux qui président à la déglutition buccale et à la prononciation , sont considérablement altérés dans cette circonstance.

Nous ne parlerons pas ici de cette prétendue déviation, par suite de laquelle la langue serait portée en arrière vers le pharynx , poussée par une sorte dei mouvement de déglutition exercé sur sa pointe ; ce qui a été dit à cet égard appartient uniquement au roman de la science; et si les esclaves dont on a attribué la mort prématurée à l'emploi de ce moyen, n'en avaient pas euii il'autres à leur disposition , on peut assurer qu'ils auraient encore long-temps rendu des services à leurs maîtres. Il existe des animaux, les tortues et les grenouilles , qui jouissent de la faculté da porter leur langue en arrière ; mais ils l'ont bien plus détachée que 1 homme ; chez eux d'ailleurs ce mouvement de rétropulsion de la langue , loin d'être nuisible, était nécessaire pour la respiration ; en effet, les tortues ont des côtes soudées entre elles, et les grenouilles n'en ont pas du tout; en outre, elles n'ont de diaphragme ni les unes ni les autres , conséquemment la partie mécani((ue de la respiration ne pouvait i se faire comme chez nous ; aussi l'air pénètre-t-il dans leurs poumons par utti véritable mouvement de déglutition; et c'est précisément pour faciliter cej mouvement et pour empêcher, lorsqu'il a lieu, l'air de sortir par les fosses i nasales , que la langue se retourne eu arrière et va s'appliquer sur l'ouverture: postérieure de ces fosses.

Il n'existe qu'une circonstance dans laquelle le renversement de la langue i en arrière paraît possible, c'est celle de l'amputation de la partie antérieure dei ^ l'os maxillaire intérieur ; alors eu effet, l'attache des muscles génio-glosses est- \ emportée, et la langue acquiert duns le sens antéro-postérieur une mobililt | I insolite. Cet accident a été signalé par tous les auteurs ; mais il ne saurait cou- ' ( stituer une sérieuse objection à l'amputation maxillaire , car il est facile de Ij l'empêcher pendant l'opération en retenant la langue au moyen d'un crocliel , 5 et après l'opération, en passant à travers les chairs divisées de la partie infé-! : rieure de la langue , les aiguilles qui servent h réunir les parties molles di i ^ menton. ' \

Lorsque la procidence de la langue est toute récente , il faut essayer de Is j faire disparaître en excitant l'organe malade avec du poivre, du sel , ou d'au- j très substances semblables. Oa conseille encore de donner à l'enfant une nour- i rice dont le mamelon soit long et gros , ou de le nourrir au biberon , de façoi i enfin à ne pas nécessiter des mouveuiens de prépulsion de la langue. Mais lors ' ' que la maladie est ancienne, et que la langue est fortement hypertrophiée i j iiiie opération est absolument nécessaire. Celte opération consiste à circon- ' '• scrire, à f aide de deux incisions qui se réunissent en W en arrière, toute la por- ' |

LARYNGITE

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fion exubérante de la langue, et à réunir ensuite la plaie avec la suture entrecoupée; c'est à peu près ainsi que procéda Percj, sur un jeune homme de seize ans qu'il opéra à Strasbourg en 1785 ; tandis que M. Mirault d'Angers a l'éussi en suivant un procédé plus compliqué ; avec un cordonnet de soie passé aussi avant que possible à l'aide d'une grosse aiguille courbe , il fit trois ligaitures qui partagèrent en trois parlies égales la largeur de la langue ; de la sorte, Ja partie saillante de la langue tomba frappée de gangrène , et le malade guérit parfaitement. Mirault essaya vainement de redresser les dents incisives inférieures et il en pratiqua l'extraction. Cet habile opérateur ne borna même pas là sa sollicitude envers son malade; la lèvre de cet individu s'était étendue largement en travers et renversée en bas , il lui rendit sa tension transversale en en retranchant un lambeau triangulaire , .«emblable à celui dans lequel on comiprend une tumeur cancéreuse des lèvres que l'on extirpe , et il réunit la plaie pu moyen de la suture entortillée ; ainsi ce malade fut guéri de l'affreuse diffor- [nité qui en faisait un objet d'horreur et de dégoût. } 6". Iii/lammalion et abcès de la langue. Voyez l'art. Glossite. I /°. Ulcères de la langue. Des dents irrégulières, l'usage du mercure, les vices [syphilitique, cancéreux et scorbutique, des aphtes dégénérés, peuvent causer lies ulcères de la langue ; il en est question ailleurs. Voyez les articles saliva-

iflON, syphilis , SCORBDT, CtC.

Parfois ces ulcères, quelle que soit leur nature , détruisent une petite portion de la pointe de la langue, tandis que le reste de celte partie disparaît mo- (tnentanéraent caché par des fongosités développées dans le voisinage ; ensuite ^orsque les fongosités s'affaissent, l'extrémité de la langue devient apparente ,

semble renaître ; mais il est évident que ce n'est là qu'une pure apparence , :iue l'on doit se garder de donner pour la réalité. 11 est superflu d'insister pour létourner les esprits de tonte idée de régénération de la langue détruite. Aujourd'hui les observations de Horstius et de Riolan , à cet égard, ne trouvent jIus de crédules.

8». Pustule maligne sur la langue. La langue n'est pas le siège ordinaire de cette maladie ; cependant on rapporte qu'un garçon boucher en fut affecté dans pe point du corps, pour avoir tenu quelques instans son couteau entre ses dents, jendant qu'il dépouillait un bœuf affecté du charbon.

9°. Kystes de la langue. Nous avons enlevé tout récemment à un malade une juraeur enkystée qui s'était formé sur les cotés du frein de cet organe. Ce ïysle , gros comme une aveline, renfermait une matière filante, tout-à-fait iemblable à celle delà grenouillette. Cette production était -elle un follicule mgual oblitéré à son gouleau et dilaté ? ou bien, ne serait-ce pas une gre- :iouillette spéciale , une tumeur formée parla dilatation de l'un des canaux îxcréteurs de la glande linguale que nous avons décrite plus haut? Nous ne ■aurions décider celte question complètement ; toutefois la seconde supposition lous paraît probable.

I lOo. Tubercules de la langue. On trouve quelquefois la langue remplie de ubercules durs, tantôt indolens , et tantôt très-douloureux, tubercules, qui iont le plus souvent syphilitiques ou cancéreux. C'est à bien reconnaître la nature propre de celte maladie qu'on doit s'appliquer dans ces cas. [Fojez à cet igard l'art. Cahcer de la langue.)

11°. Cancer de la langue. A l'article Cakcer on trouvera exposé tous les détails relatifs au cancer particulier de la langue; nous devons , par conséquent , i renvoyer complètement. Toutefois les notions anatomiques que nous avons posées, nous donnerons quelque facilité pour résoudre celte importante question, relative à l'ablation de la parlie afléctée dans celte cruelle maladie : jus- 'juaquel point de la langue les racines du mal doivent-elles être parvenues, (pour qu'il devienne inattaquable par les moyens chirurgicaux? Il est inutile de répéter que le cancer qui a envahi la langue jusqu'à sa base, est essentiellement incurable, tandis que celui qui n'affecte que la parlie libre de l'organe est Facilement opérable; mais si la langue était malade jusqu'au foramen cœcum , jpar exemple , devrait-on agir encore? Nous n'hésitons pas h décider affirmativement celte question , pour les cas où de simples tubercules peu nombreux, luraient envahi le tissu lingual ; mais si , au contraire , le cancer parvenu à ce lieu était déjà ulcéré et surtout, si, au lieu d'être borné à quelques points de la langue, il avait étendu ses ravages transversalement et de haut en bas à toute l'épaisseur de cet organe, il devrait être abandonné. Béclard , on doit le dire ici , avait proposé un moyen propre à favoriser l'extirpation d'un cancer très-reculé de la langue ; la ligature préalable de l'artère linguale , le long de la grande corne de l'os hyoïde. Là , en etfet, ce vaisseau est facile à trouver ; il est couvert seulement par la peau , le muscle peaucier, le fascia cervicalis et ie muscle hyo-glosse. ( Ph. Fréd. Blaindik.)

Ï'A.RYEE (fièvre). Voyez Fièvres et Névralgies.

LARYNGITE ( Ang ine laryngée ). ha laryngite appartient à cette grande division des angines sans tumeur extérieure ni intérieure parfaitement observée parles anciens, Hippocrate , Celse , Arétée, et dans le dernier siècle par Sylidenham , Bocrhaave, Swiélen , etc. , et dont ils signalent tous l'excessive grai|Vite. Celerrimè intcreunt synaiiche laborantes , dit Arétée ; nonnunquani et an- \tequam medicum accersiverint.

I On entend par Laryngite l'inflammation de la membrane muqueuse du la- |'"y*'^ 5 j'ajouterai et celle du tissu cellulaire sous-muqueux de cet organe ; de |tlà deux espèces anatomiques bien distinctes, la laryngite muqueuse ou laryngite Iproprement dite , et la laryngite sous-muqueuse. A ces différences anatomiques répondent des différences symptomatologiques qui me paraissent nécessiter une description particulière pour chacune d'elles. premier genre. Laryngite muqueuse. La laryngite muqueuse se divise en DicT, DE Médecine et de Chirurgie pratiques.

laryngite aiguë et en laryngite chronique dont le dernier terme est la laryngite ulcéreuse ou phlltisie laryngée. Il est, en outre , une laryngite spécifique qui est produite par le virus vénérien. Il importe de remarquer que, dans la laryngite, l'inflammation est rarement bornée à la muqueuse laryngienne ; tantôt , et le plus souvent, elle s'étend à la trachée et même aux bronches, d'où le nom de laryngo - trachéite qu'on a donné à celle inflammation ; tantôt elle occupe en même temps le pharynx, laryngo - pharyngite : enfin dans quelques cas l'inflammation occupe à la fois et les voies aériennes et les voies digeslives ; dans ce dernier cas , elle est souvent épidéniique.

Première espèce. — Laryngite aigué. Nous la subdiviserons en calarrhale et en croupale ou spcudo-membraneuse.

Premà-re -uariété. — Ija laryngite catarrhule , catarrhe laryngien , est cette inflammation de la muqueuse laryngienne qui , comme tous les catarrhes, a pour résultat ordinaire une sécrétion abondante de mucosités ; elle présente une foule de variétés, depuis cet enrouement léger qui fixe à peine l'altentioa du praticien , jusqu'à cette inflammation très-intense, qui compromet plus ou moins immédiatement la vie du malade. Le danger de la laryngite catharrale comme d'ailleurs celui de toutes les laryngites est dû , non à l inflammation-en elle-même, mais à son siège : le larynx servant de tuyau pourie passage de l'air et ce tuyau étant considérablement rétréci pour le placement d'un appareil particulier, qu'on appelle glotte ou appareil vocal , il en résulte que le moindre épaississement de la muqueuse, la plus petite couche de mucosités ou de concrétions pseudo - membraneuses ,peut, en rendant l'accès de l'air très - difficile , amènerions les symptômes de l'asphyxie. La même inflammation ou même une inflammation plus intense et plus étendue, placée de manière à ne pas gêner l'entrée de l'air serait exempte de toute gravité. L'inflammation de la trachée et des grosses bronches, fournit la preuve directe de cette proposition. Et n'est-ce pas uniquement à raison des différences de dimensions que présentent , d'une part la glotte de l'enfant, et d'une autre part, la glolle de l'adulte qu'une inflammation aa même degré a des résultats si divers à ces deux âges de la vie.

Caractères généraux. Le caractère commun de toutes les laryngites , c'est l'altération de la voix qui devient rauque , voilée, grave, lorsque l'inflammation a peu diminué les dimensions de la glotte, aiguë, éteinte même, lorsque le rétrécissement est plus considérable. A ce symptôme qui est pathogomonique se joignent les phénomènes suivans : sentiment de gêne, d'embarras et de douleur au larynx ; douleur excitée on augmentée par une pression latérale exercée sur le cartilage thyroïde : toux laryngée, incommode, douloureuse, quelquefois convulsive , offrant le timbre exagéré de la voix : d'abord sèche et sans matière, elle est bientôt accompagnée d'une expectoration muqueuse, transparente, puis opaque, nnicoso - purulente. La respiration est plus ou moins gênée, surtout dans le temps de l'inspiration qui est sifflante. La déglutition est plus ou moins douloureuse, indépendamment de toute inflammation du pharynx. Pour peu que l'inflammation soit intense, surviennent des accès de suffocation qui paraissent le résultat du spasme du larynx. Pendant ces accès, la respiration, la voix et la toux prennent le caractère croupal.

MIarche de la maladie. La laryngite catarrhale aiguë débute quelquefois par un accès de suffocation, tellement intense , que la vie du malade semble menacée. Dans d'autres cas, elle est précédée pendant plusieurs jours de raucité dans la voix , d'aphonie, d'une toux laryngée, auxquelles le malade ne fait aucune attention. J'ai coutiune de recommander aux parens de faire appeler de suite leur médecin , lorsque les enfans ont la voix enrouée , une toux rauque ; il est fréquent de voir, à cet âge de la vie , la raucité de la voix précéder de quelques jours soit la laryngite catarrhale , soit la laryngite croupale ; une observation constante démontre que les laryngites avec prodrômes sont généralement beaucoup plus graves que les laryngites sans prodrômes. Du reste, cette maladie se termine presque toujours spontanément , par l'expectoration d'une grande quantité de mucosités. Négligée ou mal traitée , elle peut passer à l'état chronique; il n'est pas rare de la voir se transformer en laryngite croupale ou en laryngite sous-muqueuse.

Diagnostic différentiel. 'L'asÛime aigu de Millar, sur lequel on a tant écrit sans s'entendre, parce que cette maladie est mal définie, n'est probablement rien autre chose qu'un accès de suffocation de la laryngite. Le pseudo-croup de M . Guersent n'est le plus souvent qu'une laryngite catarrhale aiguë des enfans. Les accès de suffocation sont la conséquence du spasme qui s'empare des muscles du larynx. L'étroitesse de la glotte chez les enfans, explique pourquoi l'inflammation la plus légère de la muqueuse-laryngienne peut être suivie des symptômes du croup, sans qu'il y ait croup , proprement dit. Quelques réflexions sur le faux-croup ne seront pas ici déplacées.

Sans doute la toux et la voix peuvent être croupales, sans qu'il y ait croup , c'est-à-dire présence de pseudo-membrane dans les voies aériennes, et la preuve c'est que ces toux et voix croupales se dissipent spontanément , ou par l'effet des moyens les plus simples, tandis que les véritables croups résistent si souvent au traitement le plus énergique et mieux dirigé. En opposition avec Albers qui dit avoir vu neuf lois le croup chez le même individu, nous voyons M. Guersent, dont l'autorité est si imposante en pareille matière , assurer n'avoir jamais observé le véritable croup deux fois chez le même enfant. Sans doute il est incontestable que certains praticiens abusent étrangement du traitement si éminemment perturbateur adopté contre le croup ; mais jusqu'à ce qu'on nous ait donné des signes certains , à l'aide desquels nous puissions distinguer le vrai du faux croup , je crois qu'il y a moins d'inconvéniens à traiter trop activement un certain nombre de faux croups qu'à s'endormir dans une sécurité funeste en présence d'un seul vrai croup. Dira-t-on que l'invasion du croup est plus violente

LARYNGITE

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sa marche plus rapide, plus continue , je répondrai par l'observation d'un grand nombre de cas, dans lesquels le croup débute par un accès croupal suivi d'un calme parfait pendant lequel l'enfant joue comme dans Télat de santé le plus florissant. A ce calme succède un nouvel accès , bientôt suivi de calme ; et ainsi de suite jusqu'à ce que les symptômes deviennent continus : quant à la présence d'une pseudo-membrane dans l'arrièrc-bouche , sur les amygdales , le voile du palais , les piliers que Ton donne comme caractère palhognomonique du croup , je dirai que dans un très grand nombre de cas , dans le plus grand nombre de ceux que j"ai observes , l'inflammation ))seudo-membraneuse était limitée au larynx, que 1 isthme du gosier et Tarrière-bouche y étaient complètement étrangers.

Je me rappellerai toujours avec douleur qu'appelé auprès d'un enfant de cniq ans , qui présentait tous les symptômes du croup , je ne fus pas médiocrement étonné de voir les parens accueillir mes alarmes avec le sourire de Tincrédulifé. « Oh ! monsieur , me dirent-ils ; c'est la quatrième fois depuis deux ans que nous voyons notre enfant dans cet état, et il s'en est toujours tiré sans remède « . Vainement je les conjurai d'emplo^'er dans le doute le parti le plus sûr , ils déclarèrentqu'ils assumaient sur leur tête toute la responsabilité de l'événement. Je me retirai , toutefois après avoir motivé mon avis par écrit et indiqué les moyens qui me paraissaient convenables : le lendemain matin , je fus mandé h la hâte ; mais il n'était plus temps ; le malheurcu.K enfant avait un visage couleur de cire et se débattait contre l'agonie.

Anatomie pathologique. Il n'est pas rare de voir succomber les enfans à la laryngite catarrhale. Chez un certain nombre de ceux qui ont été considérés comme morts jiar suite du croup , on a trouvé dans le larynx et la trachée une quantité plus ou moins considérable de mucosité puriforme ; la membrane muqueuse était d'un rouge plus ou moins vif. Lorsque la maladie avait eu une certaine durée, la rougeur de la muqueuse avait disparu. Il est peut être sans exemple que les adultes aient succombé à la laryngite aiguè , à moins qu elle ne soit devenue croupale ou que l'inflammation ne se soit propagée au tissu cellulaire sous-muqueux. Un adulte afi'ecté d'angine laryngée légère , ayant succombé à une pneumonie , a présenté une rougeur très vive de la muqueuse du larynx avec infiltration légère des replis rauqueux aryténo épiglottiques. — Un jeune homme de dix-huit ans affecté de rougeole, présenta , dans le cours de l'éruption, de rajjhonie, de la gêne dans la respiration, une douleur au larynx , une toux rauque et convu'sive , une déglutition difficile. Survinrent des symptômes cérébraux qui l'emportèrent le huitième jour de l'invasion de la laryngite; à l'ouverture, je trouvai la muqueuse laryngée rouge et épaissie; le bord supérieur de l'épigiotte éraiilé comme s'il avait été coupé d'une manière irrégulière par un instrument tranchant ; l'inflammation de la muqueuse s'était propagée au tissu cellulaire sous-muqueux : la base du cartilage aryténoïde était à découvert au fond d'une petite perte de substance. — Un jeune homme de vin^t ans environ , convalescent d'une entérite folliculeuse aiguë ( forme typhoïde ) , est pris tout à-coup de raucité dans la voix sans gène aucune dans la respiralion : il meurt sans accès de suffocations et comme par engouement des voies aériennes, huit jours après l'invasion de l'angine; à l'ouverture , je trouve une rougeur vive du larynx avec tuméfaction de la muqueuse et un abcès dans l'épaisseur du repli épiglotli-aryténoïdicn droit Le cartilage aryténoïde , dépouillé de son périchondre nageait pour ainsi dire dans le pus ; il était comme érodé à sa surface : n est-il pas évident que l'inflammation de la muqueuse s'est étendue au tissu cellulaire sous-muqueux. Dans un autre cas , j'ai trouvé tous les follicules du larynx enflammés et de telle sorte que la surface intérieure de cet organe présentait une multitude de petites ulcérations superficielles.

L'dtiologie de la laryngite est la même que celle de toutes les angines ( voj-. Akgike); mais il est des causes qui agissent directement sur le larynx; ainsi l'inspiration de vapeurs irritantes , une course faite contre le veut, l'impression du froid sur la région cervicale, pendant que le corps est en sueur ; des efforts de voix ou l'action de parler en plein air , le vent adverse; l'inflammation des parties voisines , du pharynx , des amygdales , du voile du palais : à ce sujet il importe de remarquer que la laryngite se déclare le plus souvent indépendamment de toute pharyngite, amygdalite, de même que la pharyngite, l'amygdalite ont lieu indépendamment de la laryngite. Enfin , je ne dois pas omettre ici, parmi les causes de la laryngite, ces constitutions atmosphériques inconnues dans leur essence , manifestes seulement par leurs effets qui impriment à toutes les maladies de la saison un caractère particulier au point de simuler la contagion que je n'admets pour aucune forme de laryngite.

Traitement. Le traitement est essentiellement antiphlogistique , une saignée au bras chez l'adulte; des sangsues aulour du larynx chez les enfans; un vomitif un éméto-cathartique, si la maladie est assez grave pour exiger un traitement dérivatif et perturbateur ( un sachet de cendres chaudes , des fourrures aulour du col ; point de chaleur humide extérieure ) , le silence , des boissons adoucissantes , des gargarismes adoucissans; la respiration d'un air rendu humide et chaud par la vapeur d'eau et maintenu à une température uniforme , la respiration de vapeurs émoUienles reçues sur toute la face , afin qu'elles pénètrent à-la-fois par les narines et par la bouche ; des purgatifs employés comme dérivatifs ; tels sont les moyens les plus propres à remédier à cette inflammation. Je me suis bien trouvé quelquefois d'un sinapisme autour du col : il peutarriver que les mucosités purilormcs contenues dans le larynx soient tellement abondantes qu elles obstruent les voies aériennes et menacent de suffocation. Sous ce rapport , le fait suivant mérite d'être conservé.

Je suis appelé auprès d'une jeune fille de neuf'ans , frêle et humorale : elle me paraît à la dernière période du croup ; respiration peu fréquente et comme

par effort ; sifflement aigu pendant l'inspiration et l'^kpiration ; tuméfaction considérable du col pendant l'expiration ; pouls inégal mais peu fréquent ; voix éteinte ; la toux n'existait plus depuis plusieurs heures , bien qu'on sentit que les voies aériennes étaient remplies de mucosités ; la malade toussait depuis huit à neuf jours : depuis trois jours seulement elle avait présenté les symptômes du croup qui disparaissaient par intervalles. Je pense à l'opération de la trachéotomie ; mais persuadé que les voies aériennes sont obsiruées par des mucosilés , j'introduis jusqu'à l'entrée du gosier la barbe d'une plume, angoisses , efforts impuissans de toux , bien rju'elle soit étouffée et incomplète ; après un moment de repos, je répète l'introduction , l'angoisse est encore plus grande que la première fois , enfin la toux peut s'établir et amène une niasse de mucosités purulentes au milieu de lacjuelle je reconnais une mucosité concrète semblable au mucus desséché qui se rencontre si souvent dans les fosses nasales ; à peine l'expulsion de cette masse a-t-elle eu lieu que la petite malade se met h sourire ; elle s'écrie qu'elle est guérie : la face se colore ; la raucité de la voix persiste encore pendantquinze jours; la guérison futcomplèteauboutd'un mois.

Deuxième variété. — Laryngite pseudo-membraneuse ou croupale. Dans certains cas , l'inflammation de la muqueuse a pour résultat la sécrétion d'une fausse membrane, plus ou moins cohérente , et plus ou moins adhérente au larynx; c'est le croup dans lequel on ne saurait admettre plus de spéciBcité, que dans la formation de la couenne pseudo-membraneuse sur un vésicatoire , jiar l'effet d'une pommade épipastique trop irritante. Il est plus que probable qu'entre l'inflammation |)seudo-membraneuse et l'inflammation ordinaire, iln'ya de différence que dans le degré d'inflammation, et nullement dans la nature delà maladie. Quant au défaut de coloration de la muqueuse invoqué par ceux qui repoussent la nature iuflammatoire , ce défaut de coloration n'établit pas davantage l'absence de l'inflammation muqueuse que le défaut de coloration delà lèvre n'établit l'absence de l'inflammation dans cette membrane. ( Voy. Croup.)

A côté de la laryngite croupale , nous pourrons placer celle qui résulte de l'extension du muguet dans les voies aériennes; j'ai eu occasion d'observer ce cas qui est excesssivement grave. (Voy. /Jnat. yuaiAo^. , quinzième livraison )

Deuxième espèce. — Lary ngite chronique : subdivisée en lary ngite proprement dite eten laryngite ulcéreuseoii plithisie laryngée. La laryngite chronique, peut être consécutive à une laryngite aiguë. Plus souvent elle débute à l'état chronique à la suite de fatigue extrême et long-temps continuée dans l'organe de la voix, et se perpétue par l'exercice répété de cet organe. Dans un certain nombre de cas , elle est primitive et parait tout-à-fait indépendante de la phlhisie pulmonaire , cjui ne se développe que long-temps après , phihisie la' rjngée primitive ; d'autres fois, elle est consécutive à une affection pulmonaire, phtiiisie laryngée consécutive. D'autres fois, enfin, son apparition semble coïncider avec celle de la phthisie dont elle n'est qu'un symptôme , c'est la phlltisie laryngée symplomalique .

Les deux grandes questions auxquelles donne lieu la laryngite chronique, sont celles-ci ; lo la phthisie laryngée ii est-elle autre chose qu'une laryngite chronique ? ou bien, au contraire, la laryngite n'est-elle que la cause occasionelle du développement de la phthisie laryngée , et celle-ci ne peut-elle s'établir sans une prédisposition particulière ? Y a-t-il , en un mot, entre la laryngite chronique et la phlhisie laryngée , la même différence , qu'entre la pneumonie chronique et la phthisie pulmonaire ? 2° la phthisie laryngée peut-elle exister par elle-même, indépendamment de foute affection pulmonaire, ou bien est-elle toujours symptomatique de tubercules pulmonaires , ou consécutive au développement de ces tubercules ?

Ces deux questions ne me paraissent pas résolues d'une manière positive dans l'état actuel de la science. Les réflexions suivantes pourront jeter quelque jour sur leur solution.

1" Toute larj'ugite chronique négligée ou mal traitée peut devenir ulcéreuse; j'ai vu les individus les plus vigoureux et les moins prédisposés succomber victimes de celte maladie. Toutefois nous devons dire que, chez les individus disposés aux tubercules pulmonaires, la maladie marche avec bien plus de rapiliité. Les laryngites folliculeuses , c'est-à-dire les laryngites qui portent plus particulièrement sur les follicules doivent passer avec la plus grande tacilité à l'état ulcéreux. Il en est de même des laryngites aphteuses et ulcéreuses. Chez un individu mort de je ne sais quelle maladie, îles ulcérations très-multipliées , aphteuses , superficielles , occupèrent la face postérieure de l'épigiotte , l'intérieur du larynx et de la trachée. La muqueuse qui revêt les cordes vocales avait été épargnée , mais non pas celle qui tapisse les ventricules, sans doute à raison des follicules qu'on trouve constamiueut dans les cavités. La marche d'un grand nombre de laryngites chroniques m'a montré une diminution notable dans les symptômes, obtenue à plusieurs reprises par l effet d'une médication convenable, des rechutes à la suite d'imprudences, de telle sorte que la phlhisie laryngée a été évidemment le dernier terme de la laryngite chronique aggravée par plusieurs recrudescences.

2° La phthisie laryngée peut exister par elle-même , indépendamment de toute affection pulmonaire. La preuve , c'est qu'on parvient à en guérir un certain nombre. Les symptômes du côté des poumons ne se manifestent , quelquefois , qu un an ou deux après l'invasion de la phthisie laryngée : et dans |)lusieurs cas , h l'autopsie, j'ai trouvé à côté de phlhisies laryngées très-avancees . des tubercules pulmonaires dits dans l'état de crudité, qui n'avaient pu influer en rieu sur la marche de la maladie. La phlhisie laryngée n'est nullement héréditaire comme l'affection tuberculeuse du poumon ; enfin la phthisie laryngée syphilitique suffirait à elle seule pour établir que le larynx peut êlre affecté in- ' dépeiulamment des poumons.

LARYNGITE

LARYNGITE

Sfrnplômes et marche Je la maladie. — La laryngite chrouique se manifeste par les syraplômes siiivans : voix voilée ou aphonie : sentiment tle gène au larynx; toux laryngée sèche ou avee expectoration de Qiucositi'-s pharyngiennes, parmi lesquelles se rencontrent presque toujours, de petites concrétions provenant de l'amygdale ; gêne extrême, douleur du larynx à la suite de 1 articulation des sons. Cet état peut persister long-temps sans être accompagné de symptômes généraux. La plupart des malades , fatigués par les petits soins que nécessite celle afl'ection , ayant d'ailleurs la conscience d'un bien-être général , négligent le traitement , et éprouvent de fréquentes recrudescences à la suite desquelles ils tombent dans un état presque désespéré.

Cet état doit être soigneusement distingué de Vaplionie simple qui peut succéder à une laryngite aiguë , ou même à une laryngite chronique , et qui peut également être primitive , de l aphonie alkoolique , aphonie nerveuse, inlermit- ^ lente on continue ; aphonie par compression extérieure, mais qui ne s'iiccomi pagne d'aucun autre symptôme morbide et se concilie avec l'étal de saiité le \ plus satisfaisant.

I La laryngite ulcéreuse, ou phlhisie laryngée, peut survenir iuimédiatement I et, pour ainsi dire, d'emblée : elle est plus souvent la suite d'une laryngite chro- [nique , et elle s'accompagne de symptômes locaux qui dénotent une atfection locale très-grave, et de symptômes généraux qui dénotent la jjhlhisie jiulmojnaire. Les symptômes locaux sont : une toux sèche avec altération du timbre delà voix , toux souvent convulsive, douloureuse, accompagnée d'efforts de |vomissemens , au milieu desquels est rendue une matière purilorme, et (même purulente; celte toux revient surtout pendant la nuit : quelquefois le I malade est réveillé par des accès de suflTocation. L'haleine est fétide , la dégl ulition se fait quelquefois librement, [)lus souvent elle est gênée, douloureuse , et suivie de quintes de toux. La déglutition des liquides et mcine des solides devient parfois impossible : les uns et les autres pénètrent dans le larynx : j'ai donné mes soins à un malheureux qui ne pouvait se nourrir que de bouillies ; encore fallait-il qu'il exerçât la déglutition avec d'extrêmes précautions. On a même vu des individus qu'il fallait nourrir pendant quelque temps à l'aide jd'une sonde œsophagienne.

1 Les symptômes généraux sont la 6èvre hectique , l'œdcme des extrémités intérieures , les sueurs nocturnes , le dévoiement colliqualif , et lous les symptômes de la phlhisie pulmonaire.

La terminaison a heu le plus souvent par la mort, qui peut être accélérée , par l'inflammation aiguë du tissu cellulaire sous-muqueux (laryngite oedémateuse) ; un grand nombre de ces malades meurent au moment où on s'y attend le moins. Mais si cette terminaison funeste est presque inévitable dans la péiriode avancée de la laryngite chronique, il ii en est pas de même lorsque la Imaladie est prise dans son principe. Il est même rare que la phlhisie ne soit ;la conséquence de rechutes répétées dues à la négligence apportée au traitement.

Anatomie pathologique. A l'ouverture du cadavre , on trouve des altérations variées. Tantôt ce sont de petites ulcérations ou érosions disséminées qui, supportées par un fond dense , occupent quelquefois toute la cavilé du larynx , lia partie supérieure de la trachée, la muqueuse qui revêt la face postérieure du jlarynx , la lace antérieure de l'épiglotte et les piliers du voile du palais (tel est Ile cas représenté, Jnat. palhol. pl. 2 , cinquième livraison) ; en outre , toute lia surface ulcérée était recouverte de caroncules.

[ Quelquefois , au lieu de petites ulcérations , c'est un ulcère considérable ocjcupant les ventricules ou bien l'une des deux cordes vocales ou les deux cordes vocales à-la-fois : l'ulcération semble quelquefois consécutive à un abcès sousmuqueux . au milieu duquel se voient les cartilages dénudés. Ces cartilages sont rais à nu , ulcérés , érodés , détruits; dans uu cas, le caitilage cricoidc iavait été érodé dans ses couches les plus profondes. La couche superficielle Iseule avait élé respectée; les cartilages aryténoidiens avaient en partie disparu. 11 ne restait de l'un d'eux que le sommet. La muqueuse était comme gangrenée : la moitié postérieure des cordes vocales était détruite : on conçoit d'après cela, comment les cartilages ou des portions de cartilage du larynx ont pu être rejetés par l'expectoration. Hunier montrait à ses cours une partie de car- Itilage cricoide qui avait été expectorée par un homme soupçonné phthisique et qui guérit parfaitement après cette expulsion.

Le poumon se présente sous divers états. Tantôt la phlhisie pulmonaire est très-avancée, tantôt, au contraire , on trouve des tubercules crus ou des granulations railiaires au milieu du tissu pulmonaire parfaitement sain.

Diagnostic différentiel. La phlhisie trachéale , si bien décrite par M. Cayoi (Dissertation inaugurale , 1810) ne saurait être confondue avec la phlhisie laj ryngée. L'absence de douleur dans la déglutition et surtout l'abseuce de lésion dans le timbre de la voix et de la toux me paraissent plus caractéristiques que le sifflement de la respiration, l'abondance et la nature purulente des crachats, symptômes sur lesquels s'appesantit beaucoup l'observateur distingué que je viens de citer.

3'allache une très-grande importance à l'exploration de l'isihme du gosier et surtout à celle de l'épiglotte dans le diagnostic de la phlhisie laryngée.

Le diagnostic de la phlhisie laryngée se compose encore de l'appréciation de l'état des poumons. Or, dans le plus grand nombre de cas , les symptômes du côté du poumon coïncident avec les symptômes du côté du larynx , et alors tantôt les symptômes qui proviennent des poumons ont précédé ; tantôt ce sont ceux du larynx ; tantôt enfin , les uns et les autres ont paru naître et marcher simultanément. Ce qui jette une grande obscurité sur la question de préexisllence ou de coïncidence dans ce cas, c'est l'incertitude qui règne sur lii phlhi-

sie pulmonaire tuberculeuse dans ses premières périodes et l'impuissance de l'auscullation et de la percussion tout le temps que n'existent pas de foyers tuberculeux.

L'exploration directe de l'épiglotle des piliers du voile du palais et de la base de la langue , à 1 aide de la vue, et au besoin rex[)loration de l'orifice supérieur du larynx, avec le doigt, peuvent servira compléter le diagnostic.

Traitement. La phlhisie laryngée syphilitique cède comme par enchantement au traitement anti-vénérien. J'ai vu des individus réduits au dernier degré de marasme avec fièvre hectique , sueurs nocturnes et sur lesquels on ne soupçonnait pas la cause vénérienne ramenés des portes du tombeau par le mercure, et dans d'autres cas, où une cause syphilitique ancienne était bien établie , le mercure aggravant lous les accidens , la tisane de Felz a obtenu une cicatrisation rapide.

Chez un individu guéri depuis long-temps d'une phlhisie laryngée syphilitique qui n'avait laissé d autre trace qu'une aphonie complète , j'ai trouvé l'épiglotte en partie détruite; si bien c]u'elle ne pouvait en aucune façon obturer l'orifice supérieur du larynx , et pourtant il n'y avait pas eu de gêne dans la déglutition. La muqueuse de la basé de la langue avait été détruite et remplacée par une membrane fibreuse très-lisse, le petit ligament glosso-épigiottique médian formait une bride très-dense détachée de la langue. Le ventricule droit avait disparu. Les deux cordes vocales du même côté étaient confondues.

Le traitement de la laiyngite chronique non ulcéreuse , de même que celui de la laryngite chronique ulcéreuse ou phlhisie laryngée n'est pas encore fixé d'une manière positive : en attendant il me suffira d'indiquer ici les principales indications et les moyens de les remplir.

1° Le repos de. l'organe malade sera obtenu par le silence le plus absolu. Il est malheureux que , dans le même but , on ne puisse pas supprimer la loux comme la voix ; on invitera le malade à résister, autant que possible, au besoin tle tousser. 11 exprimera ses besoins et ses idées à l'aide des signes ou de l'écriture.

2° Le régime sera adoucissant, et se composera de lait, de bouillon gélatineux, de fécules. Si la déglutition était douloureuse, on la rendrait inoins pénible en donnant au malade pour nourriture des alimens ayant la consistance de bouillie. Ce n'est que dans les périodes très avancées de la maladie qu'on a vu la déglutition presque impossible , et par l'effet de la destruction plus ou moins complète de l'épiglotte, et par l'effet du défaut de jeu dans les organes de la déglutition: l'usage des sondes œsophagiennes pour porter les boissons dans l'eslomac â travers le pharynx et l œsophage est devenu nécessaire dans un certain nombre de cas.

3o De petites saignées générales, des saignées locales sur les côtés et au niveau du larynx , des ventouses scarifiées à la nuque et sur les côtés du col rempliront le double but antiphlogistique et dérivatif.

4o Encore on aura recours au.-i vésicatoires volans répétés , appliqués successivement sur les côtés du larynx , à de très petits moxas, ou bien de petits cautères , sur les côtés du larynx, au séion à la nuque, un vésicatoire placé de chaque côté du col.

5» La possibilité d'arriver directement au siège du mal à l'aide des fumigations n'a point été suffisamment utilisée ; cepenilant on a beaucoup vanté l'inspiration des vapeurs de goudron et des vapeurs élhérées. J'ai dans le temps fait construire une espèce de masque semblable à celui dont on se sert pour faire des armes ; ce masque est destiné , et à la phlhisie laryngée et à la phlhisie pulmonaire. Le but que je me suis proposé est , 1° de tamiser l'air et de prévenir l'introduction dans les voies aériennes des corpuscules qui y voltigent et qui peuvent devenir des causes d'irritation, 2t> de maintenir l'air inspiré à une température uniforme, et par conséquent de prévenir les effets si funestes des transitions atmosphériques. Celle lempcraiure est loujours élevée , en sorte que par ce moyen on supplée peul-êlre avec avantage , à raison du défaut de transition , à l'habitation d'un climat chaud. Ce masque qui est recouvert d'une toile écrue est percé d'une ouverture au niveau de la bouche ; à cette ouverture s'adapte un tube destiné à conduire des vapeurs appropriées à l'état du malade ; dans l'intérieur du masque est une petite case où l'on peut placer diverses substances , le baume du Pérou liquide, du coton imbibé de différentes essences , de solutions de sulfure de soude.

6o Peut-on porter directement dans le larynx des substances médicamenteuses pour obtenir la cicatrisation des ulcères laryngés ? Les tentatives hardies de M. Trousseau qui, dans certains cas d'aphonie, a caulérisé le larynx à l'aided'une éponge imbibée de solution de nitrate d'argent, sembleraient devoir conduire à l'emploi du même moyen dans la phlhisie. Je n oserais ni le conseiller ni l'employer ; car , sous l'influence d'un pareil remède , une laryngite pseudo-membraneuse ou sous -muqueuse peuvent se développer si rapidement et devenir si immédiatement funestes que la gravité du cas ne me paraît pas justifier une semblable pratique.

7o Un autre moyen chirurgical a été proposé : il consisterait à diviser le larynx en avant sur la ligne médiane, et à porter directement les substances médicamenteuses sur les points malades, à cautériser les cartilages cariés. Je ne sache pas que celte opération soit encore autre chose qu'un projet.

8» Enfin la laryngotomie est souvent indiquée pour prévenir la suffocation imminente qui peut tenir, soit au spasme , soit au l'infiltration du tissu cellulaire sous-muqueux , soit à l'épaississemenl de la muqueuse , soit enfin à quelques fragemens de cartilage qui se seraient détachés.

Laryngite sous-muqueuse. L'inflammation, au lieu d'envahir, soit la surface libre, soit le tissu même de la membrane muqueuse, peut affecler le lissu cel-

LARYNGITE

LARYNGITE

lulaire siibjacent; alors les produits de l'inflammation n'étant point évacués an dehors , mais déposés dans les mailles de ce tissu, peuvent déterminer des phénomènes de suffocation non moins graves, non moins immédiatement funestes que le croup le plus aigu. Or , la laryngite sous-muqueuse peut affecter , l" la région sus-glottique , 2» la région sous-glottique du larynx : de là deux variétés bien distinctes qui entraînent des différences bien prononcées etdans les symptômes et même dans le traitement.

Première espèce. — Laryngite sus-glottique. La laryngite sus-glottique a ete signalée et parfaitement décrite en 1808 par Bayle sous le titre d'œdème de la glotte, locution vicieuse, car la glotte proprement dite, c'est-à-dire la fente triangulaire qui sépare les cordes vocales droites des cordes vocales gauches , n'est point le siège essentiel de celte maladie , mais bien les replis muqueux qui vont de l'épiglotte aux cartilages aryténoïdes. Suivant Bayle, cette maladie n'est autre chose que l infillralion séreuse de la membrane qui tapisse le larynx, définition qui ne s'applique qu'à la première période de la laryngite sous-muqueuse. Car si le malade résiste aux premiers accidens, à la sérosité succède le pus, plus tard des escarres se forment. Il faudrait donc admettre comme maladies distinctes autant d'espèces qu'il y a de degrés dans la maladie, savoir: une laryngite œdémateuse , une laryngite purulente , une laryngite avec escarres ou gaugréneuse.

La laryngite sus-glottique peut être primitii'e on consécutive ; dans l'un et l'autre cas, elle peut être aiguë ou chronique. La laryngite consécutive s'ob serve assez souvent dans la phthisie laryngée et dans l'angine pharyngienne ou tonsillaire. La laryngite sus-glottique chronique succède quelquefois aux ulcères syphilitiques de l'arrière-bouche et même h ceux du larynx ; dans tous les cas, elle s'annonce par les symptômes suivans :

Caractères généraux. \° Raucité de la voix qui s'éteint par tlegrés et devient aiguë , sifflante , croupale ; 2° sentiment de gène , de douleur, de constriclion , de strangulation , de la présence d'un corps étranger volumineux , à la partie supérieure du larynx; 3" respiration gênée , douloureuse et bruyante pendant l'inspiration , libre et facile pendant l'expiration ; 4o toux rauque , sifflante , convulsive; S» accès de suffocation plus ou moins rapprochés et tellement intenses, que le malade saule h bas de son lit comme pour échapper à une asphyxie imminente. Pendant l'accès , la face se décompose avec une incroyable rapidité , elle devient pâle ou violacée ; elle exprime l'effroi. Toutes les puissances inspiratrices sont mises en jeu pour appeler l'air dans le poumon. Le malade prend instinctivement l'attitude la plus favorable à la respiration ; il se lient sur son séant, renverse la tète en arrière et évite le plus léger mouvement. Etranger à tout ce qui se passe autour de lui, il ne veut que de l'air; toute question l'importune. Ses réponses sont brèves ou nulles. L'inspiration est extrêmement difficile, anxieuse, plus ou moins analogue à celle du croup et contraste avec la facilité des mouvemens d'expiration. Sueur froide , visqueuse ; pouls petit, serré , fréquent. Le malade peut périr pendant l'accès , qui dure <le deux à cinq minutes. Quelques inslans après , la respiration redevient ce qu'elle était auparavant, quelquefois plus libre qu'avant l'accès , d autres fois plus gênée. Le malade parle du danger qu'il vient de courir, assure qu'il ne résistera pas à un accès semblable; presque toujours , en effet, il meurt asphyxié pendant un accès. D'ailleurs , point de mouvement fébrile; le pouls ne s'altère que dans les momens de suffocation. La déglutition est toujours plus ou moins gcnée , plus ou moins douloureuse, et quelquefois même impossible; les boissons remontent par les fosses nasales.

Marche de la maladie. A ces traits , il est impossible de méconnaître la laryngite sous-muqueuse; mais telle est la gravité de cette maladie, qu'il importe de la reconnaître dès les premiers momens de son apparition , pour pouvoir la combattre et la faire avorter immédiatement; car il est peut-être sans exemple que cette maladie , parvenue à son summum, se soit terminée d'une manière favorable. Or , sa marche est variable : souvent elle débute par un accès de suffocation tellement violent , que quelques heures seulement séparent l'invasion de la mort. Tel était sans doute le cas dont parle Boerhaave. Un homme , assis à un festin , sentit sa voix devenir aiguë et sifflante ; les convives s'imaginent que c'est un jeu. Détrompés trop tard, ils ont la douleur de voir ce malheureux périr sans secours. NJiil non molitum , dit Tulpius dans un cas semblable , sed urgentior fuit nécessitas et vehementior ab incluso spirilu strangulatio, quam ut juferint illum vel sanguis maturè ex utroque brachio delractus, vel incisa ranula , vel cucurhilulœ aliquœ salis celeriter adldbitœ.

Le plus souvent , il existe dans cette maladie une première période dans laquelle les symptômes sont si peu intenses , que les malades et les gens de l'art eux-mêmes n'y donnent aucune attention : il n'y a qu'un peu de malaise, de gêne dans le larynx , gêne, malaise , qui amènent des efforts presque toujours vains d'expectoration. La voix est plus ou moins rauque. Cet état peut durer plusieurs jours, et ce qui rend l'illusion plus inévitable, c'est qu'on voit souvent ces symptômes, effet d'une laryngite légère, se terminer soit spontanément, soit par le traitement le plus simple. Le danger de la maladie tenant , non à sa nature , mais à son siège, on conçoit que tout le temps que le gonflement qui résulte de la laryngite ne gêne pas mécaniquement le passage de l'air , il ne doit se manifester aucun symptôme inquiétant , pas même le plus léger mouvement fébrile. Mais aussitôt que la luméfaction commence à intercepter le passage de l'air, la respiration devient bruyante, d'abord par instans , puis d'une manière permanente : les accès de suffocation se déclarent , ils se rapprochent; le malade meurt , soit pendant un accès , soit dans l'intervalle des accès. La durée moyenne de la maladie est de deux à"c'ihq jours.

Diagnostic différentiel. La présence d'un corps étranger dans les voies aé-

riennes et le croup , donnent lieu à des symptômes à-peu-près semblables à la laryngite sous-muqueuse, mais la présence d'un corps étranger se détermine d'après les commémoratifs. Le croup présente , dans la respiration , dans la toux et dans la voix un ensemble de symptômes qui ne permet pas de le méconnaître. Le croup appartient à la première enfance, la laryngite sous-muqueuse à l'.Tge adulte; l'erreur serait d'ailleurs peu grave dans ses conséquences , les mêmes moyens devant être opposés à l'un et à l'autre.

L'exploration du thorax- permettra toujours de distinguer l'asthme dans lequel il y a dyspnée bronchique de la laryngite dans laquelle il y a dyspnée laryngienne. Dans le premier cas, l'air passant difficilement h travers les tuyaux bronchiques spasmodiquement resserrés , fait entendre des sons variés analogues au roucoulement de la tourterelle : dans le deuxième cas , l'air dilate h peine la cellule pulmonaire, malgré la contraction énergique de toutes les puissances inspiratrices. Joignez à cela l'exploration du larynx par le sthétoscope appliqué sur cet organe elles caractères de la voix et de la toux , naturelles dans l'asthme , très-altérées dans la laryngite.

L'erreur la plus grave et en même temps la plus facile est celle qui ferait rapporter à la laryngite sous muqueuse, les effets delà compression de la trachée par un anévrisme de la crosse de l'aorte. Rien ne ressemble davantage à un accès de suffocation produit par la laryngite que la dyspnée trachéale produite par la compression qu'exerce sur la trachée l'aorte anévrismatique. J'ai été sur le point de commettre cette erreur, d'autant plus facilement que , chez l'individu soumis à mon observation, il y avait en même temps raucité de la voix. J'ai vu un chirurgien distingué se refuser à pratiquer l'opération de la laryngotomie dans un cas de suffocation qu'on supposait produit par la laryngite sousmuqueuse ; il n'avait pas , disait-il , la certitude que la cause de la dyspnée fût dans le larynx. Le malade ayant succombé , on trouva un anévrisme de la crosse aortique qui avait comprimé la partie inférieure de la trachée. La marche de la maladie , les commémoratifs , la durée plus considérable de la suffocation dans l'anévrisme , l'absence complète de symptômes du côté du larynx , la présence de symptômes du côté du cœur et des gros vaisseaux, ne tarderoati pas à lever toute espèce de doute pour un observateur attentif.

Anatomie pathologique. Tous les symptômes de la laryngite sous-muqueuse sont ici comme dans le croup , la conséquence nécessaire de l'obstacle que la tuméfaction des parties enflammées apporte à l'entrée de l'air dans le larynx. L'étude des altérations cadavériques complétera le tableau de la maladie oii plutôt en fournira l'explication toute naturelle.

Les replis muqueux épiglolti-arythénoidiens qui forment les parties latérales de la région sus-glottique du lai-ynx, se présentent sous la formede deuxbourrelets volumineux contigus l'un à l'autre, obstruant plus ou moins, mais jamais complètement , le larynx. Le plus souvent la maladie affecte également ces deux replis ; dans quelques cas , elle les affecte inégalement et même peut être bornée à l'un d'eux. Le volume considérable qu'acquièrent ces bourrelets s'explique aisément et par la grande quantité de tissu cellulaire interposé aux deux feuillets muqueux et par la nature de ce tissu qui est essentiellement séreux. Assez souvent la base de la langue , le voile du palais , ses piliers et le pharynx participent d'une manière plus ou moins grave à la lésion qui , dans le plus grand nombre des cas , est circonscrite aux replis muqueux épigloiti-aryténo'idiens , au pourtour de l'épiglotte, à la corde vocale supérieure et au tissu cellulaire sous -muqueux qui occupe la face postérieure du cartilage crico'ide.

Tel est le siège de la maladie- Les altérations varient suivant que le malade a résisté plus ou moins long-temps.

La mort a-t-elle été très-rapide, les bourrelets épiglotti aryténoïdiens sont mous, tremblotans, demi-transparens ; ils sont formés par une sérosité limpide, infiltrée dans le tissu cellulaire sous muqueux : la muqueuse est décolorée sans la moindre trace d'inflammation. Il y a œdème dans toute la rigueur de l'acception .

La mort a-t-elle été moins prompte , le liquide infiltré est scro-purulent : d'autres fois c'est une sérosité plastique, une pseudo membrane infiltrée qu'on ne saurait exprimer du tissu cellulaire: la dénomiualion d'angi'/ie /ar/«^e« œdémateuse peut encore convenir à cette lésion.

Si le malade a succombé moins rapidement encore, ce n'est plus de la sérosité ou un liquide séro-purulent , mais bien du pus infiltré , il y a alors angine laryngée purulente.

Si , moins rapidement encore , par exemple , lorsque le malade a vécu cinq à six jours, on trouve le pus rassemblé en petits foyers dans un ou plusieurs points , les cartilages arylhénoides privés de leur périoste ; la membrane muqueuse présente des escarres blanches , plus ou moins irrégulières et circonscrites par un cercle de vaisseaux. La formation de ces escarres est consécutive, et le résultat du décollement qu'a subie la muqueuse par suite de l'infiltration dupus:ilya laryngite grangréneuse (Voyez Anat. pathol.., 5= liv. , pl. II, fi. 1 . )

L'inflammation n'est jamais bornée au tissu cellulaii-e sous-muqueux, presque toujours elle envahit la totalité du tissu cellulaire du larynx. Ainsi , on trouve les muscles thyro-arythénoïdiens , arythénoïdiens , crico-arythénoïdiens latéraux infiltrés de sérosité et de pus , quelquefois même détruits au milieu des foyers purulens ; dans un certain nombre de cas, j'ai trouvé les cartilages arylhénoides entièrement nécrosés au milieu des foyers purulens et même séparés des ligamens qui les unissaient aux cartilages cricoides.

Les ganglions lymphatiques qui longent la veine jugulaire interne sont souvent volumineux , infiltrés de sérosité , desang, de pus lie de vin : celte altéra' lion est limitée aux ganglions situés au nivegu du larynx.

LARYNGITE

LARÏWGITE.

Enfin, dans quelques cas, les divers plans du tissu cellulaire qui occupent a région cervicale antérieure sont infiltrés soit de sérosité , soit de pus.

Du reste la laryngite sous-muqueuse peut être accompagnée d'inflammation alus ou moins intense du voile du palais , des tonsilles , du pharynx, et même [le la trachée et des bronches. Les poumons m'ont toujours paru dans l'état le plus parfait d'iutégi ilé.

! Physiologie pathologique. Il suit de ce qui précède que la maladie décrite par Bayle sous le titre d' œdème de la glotte, par d'autres, sous celui d'angine aryngée œdémateuse, consiste essentiellement dans une inflammation du tissu :eliulaire sous-muqueux , que l'état œdémateux n'est autre chose que le premier jlegré de la laryngite sous-muqueuse, qu'il n'y a rien de spécial dans cette Inaladie dont la gravité tient uniquement à des circonstances de localité. Un îxemple mettra cette vérité dans tout son jour. Qu'une fluxion érysipélateuse [lit lieu à la face , un œdème sous-cutané la précède et l'accompagne. La fluxion l'étend-elle aux deux paupières , la laxité du tissu cellulaire séreux de ces jroiles membraneux les fait se tuméfier beaucoup plus que les autres parties de fa face. L'une et l'autre paupières forment un gros bourrelet interposé enli e l'œil et les objets extérieurs; la vision est inleiceptée : mais si l'inflammation ■'étend de la peau au tissu cellulaire subjacent, la sérosité est bientôt rempla- ;ée par du pus ; de même si l'inflammation s'empare des replis muqueux qui l'oranie deux lèvres latérales bordent l'ouverture supérieure du larynx, telle est la laxité du tissu cellulaire de ces replis qu'ils se tuméfient sous la forme de jleux bourrelets qui interceptent le passage de l'air. Du reste tous les symptôtnes trouvent une explication facile dans la lésion organique. Ici comme dans ie croup , les accès de suffocation s'expliquent par le spasme qui s'empare des |Duscles de la glotte; l'interraillence des symptômes, par la cessation du ppasme : la moindre constriction surajoutée au rétrécissement mécanique proluit par la tuméfaction des bourrelets épiglotti-arytbénoidiens a pour résultat line dyspnée extrême. La toux, l'action de parler, une émotion morale suflisent quelquefois pour provoquer un accès de suffocation. La gêne et la douleur que l'ausent la déglutition s'expliquent parles mouvemens de l épiglottc , qui ne peu- 'ent s'effectuer convenablement : du reste on conçoit que l'inspiration doive ftre laborieuse , tandis que l'expiration est libre et facile, car le vide qui s'opère Jans le thorax pendant l'inspiration a pour résultat le rapprochement des deux Ijourrelets , qui comme une soupape s'opposent à l'entrée de l'air, tandis qu'au ;ontraire l'air expiré soulève ces bourrelets qui s'écartent pour lui ouvrir un ibre passage. Cette circonstance, c'est-à-dire l'occlusion de l'ouverture supé- [ieure, du' larynx parle fait de l'inspiration , explique pourquoi la mort par isphyxie arrive long-temps avant que l'obstacle soit assez considérable , pour ntercepler complètement le passage de l'air. Le spasme des muscles du larynx |st d'ailleurs une conséquence nécessaire de la difficulté de l'introduction de fuir \t ce spasme complète l'obturation du larynx. Bayle pense que la mort , dans 'angine laryngée œdémateuse, est souvent déterminée par la cessation des fonc- 'ions du poumon dont l'état spasmodique répété a tellement lésé l'exercice que ors même qu.? l'air y entre avec facilité, il ne peut plus y subir les changemens [[ue cet organe doit lui faire éprouver dans la respiration , de sorte que cette 'onction vitale ne s'exerce plus, quoique les mouvemews de^dilalalion et de coniraction persistent. Je ne saurais adopter celle manière de voir. Aucun sympjôme dans la maladie qui nous occupe , ne dénotant la lésion des fonctions des . Doumons, dans les intervalles des accès de suff'ocation, c'est-à-dire tout le temps ue le passage de l'air n'est pas intercepté , les poumons fonctionnent parfaitement.

Des données fournies par l'anatomie pathologique découlent encore deux lignes diagnostiques fort imporfans savoir : 1° ceux fournis par l'inspection Jirecte ; 2° ceux fournis par l'exploration avec le doigt.

! lo L'inspection directe est trop négligée. Par elle on se borne à constater l'état du voile du palais , des piliers , des amygdales , de la portion de la paroi postérieure du pharynx qui répond à l'isthme du gosier, toutes parties qui peut'ent être parfaitement intactes dans la laryngite sous-muqueuse ; mais la [nuqueuse qui revêt l'épiglotte, et surtout le repli muqueux qui l'entoure , parjicipant toujours â la maladie , et l'épiglotte pouvant toujours être vue par une Exploration convenable dans une grande partie de sa hauteur, cette lamelle inobile révèle par son infiltration , sa pâleur, sa rougeur, l'état de la région susjlottique du larynx.

2" L'exploration avec le doigt a été donnée par M. Thuillier, aujourd'hui nédecin distingué à Limoges (thèses de la faculté de Paris 1815) comme le signe pathognomonique de celte maladie. J'ai pu m'assurer avec lui de la possijjilité de l'acquérir sur une femme qui fait le sujet de la sixième observation de f>a thèse , et qui était couchée salle Saint 3- Jeanne où j'étais élève interne : mais |:hez cette femme , la maladie était subaiguë , les bourrelets étaient denses , et [a malade se prêtait parfaitement à l'exploration : chez d'autres malades affectés île laryngite sous-muqueuse chronique , j'ai pu également reconnaître avec le l'loigt les replis indurés et épaissis. Mais dans les cas de laryngite sous-mu- |ueuse aiguë que j'ai eu occasion d'observer, les malades supportent inipaliemnent cette exploration qui renouvelle leurs angoisses et provoque des accès de NfTocalion : le doi^'t de l'observateur introduit à la hâte apprécie d'ailleurs 'lifficilement les bourrelets mollasses qui cèdent sous son action, i Etiologie. Toutes les causes d'angine peuvent produire la laryngite sous- 'nuqueuse, sans qu'il soit possible de déterminer pourquoi dans telle circoni tance c'est la laryngite, dans une autre la pharyngite ou l'amygdalite. Elle a hié le plus souvent observée sur des individus affaiblis par des maladies anté- ;;.'ieures, dans la convalescence des fièvres graves , circonstance qui a pu faire

1 DiCT. DE MÉDECIKE ET DE ChIIIUUGIE PRATIQUES.

croire à l'œdème passif, mais on l'observe aussi chez les sujets les plus vigoureux. Je dois dire cependant qu'un affaiblissement antérieur donne à cette maladie une intensité plus grande et une résistance inaccoutumée. La laryngite sous-muqueuse peut être précédée de la pharyngite , et on aurait lieu de s'étonner de la rareté de cette extension , vu la continuité de la muqueuse laryngienne et de la muqueuse pharyngienne, si l'observation n'apprenait tous les jours que les différences de vitalité, établissent entre les organes des limites que les maladies franchissent rarement.

La phthisie laryngée est une des causes les plus fréquentes de la laryngite sous-muqueuse : cette laryngite consécutive se manifeste d'ailleurs par les mêmes symptômes que la lajyngite primitive.

Thérapeutique. La thérapeutique tout entière de cette maladie découle des données fournies par l'anatomie pathologique. Elle nous apprend en efl'et

10 que la maladie connue sous le nom d'œdème dè la glotte , angine laryngée œdémateuse, est une inflammation; 2° que la partie tuméfiée intercepte le passage de l'air au point d'amener l'asphyxie. Ainsi il suit de là, qu'il faut faire avorter l inflammalion dès le début ; que si cela n'est pas possible , il faut fournir à l'air une voie artificielle, en même temps qu'on insistera sur le traitement antiphlogistique.

Pour remplir la première indication , il faut avoir recours au traitement antiphlogistique le plus énergique ; ne jamais oublier que le succès du traitement gît entièrement dans son opportunité ; qu'ici comme dans le croup , cette opportunité consiste dans la promptitude de son emploi , dans la succession rapide des moyens appropriés. Large saignée poussée jusqu'à la syncope , immédiatement suivie d'un vomitif ou d'un éméto-catharlique , de lavemeus purgatifs ; application d'un grand nombre de sangsues autour de la gorge ; nouvelle saignée; nouveau vomitif au bout de quelques heures; sinapismes aux extrémités inférieures ; sinapisme en collier autour du col. Le malade devra être visité toutes les heures , ou toutes les deux heures. J'ai la certitude d'avoir fait avorter par ce traitement éminemment perturbateur, plusieurs laryngites sous-muqueuses. Chez un de ces malades , deux accès de suffocation avaient eu lieu.

Que si les symptômes persistent, soit à raison d'une médication tardive, soit à raison de l'intensité de la maladie, si les accès de suffocation se rapprochent et deviennent plus alarmans , il ne faut pas hésiter à ouvrir à l'air une voie artificielle. Pour cela deux moyens se présentent, l» L'introduction d'une sonde dans les voies aériennes. 2° La laryngotomie.

L'introduction d'une canule de gomme élastique dans les voies aériennes , à la manière de Desault , a été conseillée de préférence à la laryngotomie : un des argumens principaux qu'on a fait valoir eu sa faveur , a été puisé dans la nature non inflammatoire de la maladie, dans la passivité de l'œdème de la glotte et dans les bons effets de la compression exercée sur la partie œdématiée; mais la nature inflammatoire de la maladie une fois bien constatée, ce moyen doit évidemment être rejeté.

Il n'en est pas de même de la laryngotomie, opération que l'on réserve pour la dernière extrémité , et que tous les jours on compromet par son emploi tardif. Arrive , en effet, une époque dans cette maladie comme dans toutes celles qui réclament la laryngotomie , où le trouble des fonctions est tel , que le rétablissement des voies aériennes qui aurait ressuscité immédiatement la vie quelques heures auparavant , ue fait que prolonger l'existence de quelques heures , de quelques jours. Le malade après un soulagement plus ou moins prolongé , tombe dans la stupeur, dont il ne peut être retiré par aucun moyen.

11 semble que toute innervation , que toute réaction , aient été épuisées dans la lutte qui a précédé l'opération. On doit donc adopter comme une règle invariable, le précepte d'avoir recours à la laryngotomie, toutes les fois que les accès de suffocation deviennent considérables et rapprochés. La laryngotomie bornée à l'incision de la membrane crico-thyroïdienne et de la partie inférieure du cartilage thyroïde , ne saurait avoir le moindre danger par elle-même.

L'idée de diminuer par la compression exercée à l'aide du doigt le volume des bourrelets épiglotli-arylhénoïdiens , idée suggérée à M. Thuillier par In doctrine de l'œdème de la glotte considérée comme maladie passive , ne saurait être applicable à une maladie essentiellement inflammatoire. A supposer qu'on pût momentanément , par ce moyen , dilater l'orifice supérieur du larynx , l'irritation nouvelle qui en serait le résultat déterminerait bientôt un surcroit d'accidens. Enfin M. Lisfranc a proposé de pratiquer des mouchetures sur ces bourrelets. Je doute que cette petite opération ait jamais été pratiquée.

Deuxième espèce. — Laryngite sous-glotiique. Celle variété de laryngite sur laquelle j'ai pu recueillir cinq observations me paraît mériter une place dans nos cadres nosologiques. Je suis fondé à croire qu'elle n'est pas beaucoup plus rare que la laryngite sus-gloltique : il suffit, en général , que l'attenlion des praticiens soit éveillée sur un point de palhologie pour que les faits qui y ont rapport, se multiplient en raison de son importance. Je ferai précéder quelques généralités sur cette malaladie, de l'exposés ommaire de plusieurs fiiits.

Première obsen^alion. Uu jeune Suisse entre à la maison royale de santé, dans le service de I\I. Dumcril , pour une pneumonie. A peine convalescent , il se plaint d une douleur très-vive à la région du larynx , avec gène de la respiration , sans que l'exploration de l'arrière-bouche et des régions sus et soushyoïdiennes puisse rien faire découvrir. Bientôt la difficulté de respirer augmente et s'accompagne d'aphonie : accès de sulfocation pendant lesquels la respiration, la voix et la toax sont croupales : dans l'inlervalle des accès, la respiration est plus ou moins libre : mort par asphyxie pendant un accès, le quinzième jour de 1 invasion des symptômes laryngiens. Owerlure du cudayre-

LARYNGITE

LARYNGITE

Le larynx, examiuL- à sa face j-oslérieure , présente une saillie au niveau du cartilage cricoïde. Les parties molles ayant été divisées au niveau de celte saillie, on trouve le cartih.ge cricoïde dénudé dans les deux tiers environ de sa circonférence , libre dans une gaine Irès-làche et remplie de pus du cartilage , gaîne formée par la muqueuse épaissie. Il est d'ailleurs comme corrodé , perforé, réduit dans quelques points a une lamL- très-mince. Plus de trace de perichondre, 1" les cartilages arytliénoïdes environnés d'un lissu cellulaire et d'une muqueuse un peu épaissis, ne s'articulaient plus avec le carlilige cncoide qui n'existait qu'en débris , et pouvaient se déplacer dans tous les seus. Les muscles arythénoïdicn , crico-ary théuoidiens et ihyvo-arythénoiaieiis étaient infilirés. Ce malade avait eu un goitie. Le corps thyroïde avait encore deux fois son volume ordinaire. Quelques lobules et quelques granulations étaient encore Irès-développées. ( Ces détails ont été représentés ^nat. pctlhoL. planche 2 , cinquième livr. )

J'avais inscrit cette observation sous le tilre de Nécrose du cartilage cricoïde, et je ne savais trop comment me rendre compte de sa production , lorsque le fait suivant se présenta à mon observation dans le même hôpital. Un jeune homme convalescent d'une entérite folliculeuse aiguë , est pris tout-a coup de raucité dans la voix sans gêne aucune dans la respiration. Il meurt sans accès de suffocation et comme par engouement des voies aériennes , huit jours après l'invasion des symptômes : à l'ouverture , je trouve un abcès dans l'épaisseur du repli muqueux droit, qui forme roriOce supérieur du larynx. Le cartilage arylhénoide dépouillé de son périchondre , nageait , pour ainsi dire , dans le pus. N'est-il pas évident que l'inflammation du tissu cellulaire sous-muqueux a entraîné le décollement du périchondre et que ce décollement a entraîné la mort du cartilage? L'usure rapide du cartilage arylliénoïde , devenu corps étranger par sa dénudation complète, ne doit pas plus nous étonner, que l'usure des cartilages articulaires dans 1 inflammation des synoviales terminés ])ar suppuration.

Deuxième observation. Un élève des hôpitaux m'apporte un beau cas , disaitil , de peiforation de l'œsophu^e. Quel n'est pas mon étonnement de retrouver Irait pour trait la nécrose du cartilage cricoide , telle que je viens de la décrire , mais moins avancée. Le pus s'était fait jour en ariière et à droite, et avait pénétré dans l'œsophage par une ouverture assez large. Pour tout renseignement , je recueillis que ce malade avait snccombé à un état de sufTocalion analogue au croup.

J'roisiènie observation. J'ai retrouvé par hasard cette même lésion dans une observation très circonstanciée publiée par M. Bouillaud (Jouin. complém. des se. méd. 1825, l- xix) , sous le titre iVJslhine mortel produit par la désorganisation des muscles dilatateurs de la glotte. Michel , vingt-deux ans , convalescent d une fièvre putride , éprouve un enrouement très-considérable que le malade dit exister depuis un mois : oppression telle que la sufl'ocation devient imminente au moindre ellbi t. Toux râpeuse avec violente douleur de gorge. Le lendemain, sur le soir, accès de sufl'ocalion pendant lequel les inspiratious sont profondes , prolongées et fréquentes , accompagnées d un sifflement particulier et d'un ronflement bruyant, sec, étoufl'c, ilur et âpre comme le son d'une corde de basse. Le pouls est presque insensible ; cet état se calme un peu pendant la nuit. Le troisième jour retour de rétouiTemcnt ; il semble au malade que quelque chose l'étrangle , il respire la tête haute et le col tendu. Son pouls est mince et (iliforme. Il arrache le vésicatoire qu'on avait appliqué sur le larynx ; le quatrième jour , nouvel accès de sufl'ocation ; mort jjar asphyxie la nuit suivante. A l'ouverture : » Abcès à la partie postérieure du larynx et sur .> ses cotés, qui , vidé du pus qu'il contient, forme de chaque côté une cavité » capable de loger une aveline; la surface externe de chaque cavité est lisse et » muqueuse aux points correspondans. Le cartilage cricoïde est dénudé cl pour » ainsi dire disiécjué. En examinant les parties avec le plus grand soin , nous » avons vu que l'abcès ne se bornait pas aux endroits indiqués , mais qu'il >i faisait en quelque sorte le tour du cartilage cricoide. Les muscles crico- >i arylhéiioidicns disséqués comme ce cartilage , avaient une couleur verdâtre. n Les muscles ainsi que le tissu cellulaire sous-iuuqueux et intcr-musculaire » étaient épaissis et lardacés , et je ne pus y découvrir aucune trace de nerfs. » Le muscle arylliénoidien et ses nerfs étaient , au contraire, bien conservés, ji Ces derniers s'épanouissaient dans le muscle thyro-arylhénoidien et les lèvres » de la glotte. Les articidations des cartilages arythénoidiens avec les cricoides » étaient entièrement détruites, o

M. Bouillaud considère celte maladie comme un asthme d'une nouvelle es- /lèce cl attribue la mort à la désorganisation complète des muscles dilatateurs de la glotte et de leurs nerj's , tandis que ies muscles constricteurs jouissaient , en apijarence , de toute leur intégrité. Suivant cet ingénieux observateur, l'individu se trouvait dans le mèaie cas que les animaux auxquels on a coupé les nerfs de la huitième paire , au - dessous du nerf laryngé supérieur. Il devait mourir asphyxié. 11 est bien évident, d'après ce qui précède, qne le malade a succombé .H une laryngite sous-uuiqueuse delà région sous-glotlique du larynx, et que le bourrelet circulaire formé par la muqueuse soulevée a été la cause de la sullocation et de la mort. Une quatrième observalion fort remarquable coiuinuni()ucc à la société aiiatomique par M. Rij)ault, interne de l'Hôlel-Dieu, complétera ce tableau.

Quatrième observation. Guy , àgè de vingt-trois ans , cordonnier , bien constitué, h la suite d'un prurigo , pour lequel il prit quelques bains , fut pris d'une toux fréquenle, suivie d ex pecloration as«ez abondante. Cette toux vint par accès violens el lut accompagnée de sympiùines de suffocation qui le forcèrent à enlrer àl Hôtel-Uieu (service de M. lially). Le lendemain de son cnlrée , pen-

dant un accès de sufTocalion , il est pris d'une toux aiguë sifflante , avec décomposition des traits de la face. Il se jette précipitamment hors de son ht , respire la tête haute , le col tendu , et paraît dans un état de suffocation imminente. Après quelques minutes , ces symptômes effrayans diminuent sans cesser complètement. M. Bally soupçonnant un œdème de la glotte, explore, mais sans résultat , l'orifice supérieur du larynx à l'aide de deux doigts introduits dans la bouche. Saignée générale ; émélique ; dérivatifs sur le canal intestinal j révulsifs cutanés ; aucun moyen ne peut atténuer la violence desaccès de sufTocalion qui se renouvellent pendant quatre jours avec une intensité désespérante. Le 23 mars, sixième jour de l'entrée du malade (les accès de suffocation avaient ]>récédé de deux ou trois jours son entrée à l'hôpital) , scarification sur la base tle la langue. Léger soulagement. Le jour même la sutTocation paraissant imminente, M. Breschet, chirurgien de l'Hôtel-Dieu, fut invité a taire l opéralion de la laryngotomie , ce qu'il tit en incisant la membrane crico-thyroïdienne et la j)artie inférieure du cartilage thyroïde. Une canule fut laissée à demeure dans l'ouverture. Après l'opération, la respiration devint plus facile, mais le pouls resta petit et fréquent. L'alTaissemeiit augmenta les jours suivans. Les alimens doux qu'il sollicite , crème de riz et autres , ne franchissent le pharynx et l'œsophage qu'avec beaucoup de difliculté. Le sixième jour de l'opération, douleur très vive à la partie latérale droite du thorax ; mort deux jours après. Ouverture du cadavre. Épanchemcnt pleurétique adroite. Abcès bien circonscrit à la base et à la superficie du poumon droit. Le larynx et l'œsophage ayant été enlevés avec précaution , on trouva la paroi antérieure de l'œsophage perforée. Un cartilage, que l'on prit dabonl pour l'une des cornes inférieures du cartilage thyroïde , s'était engagé dans l'ouvertuie ; c'était une portion du cartilage, cricoide, lequel était dénudé dans la plus grande partie de sa circonfcrenee, avec amincissement considérable el même solution de continuité dans un point.

Considérations générales. Des faits qui précèdent nous pouvons iulérer les propositions suivantes :

fo Le lissu cellulaire sous-muqueux de la région sous-glottique du laryns peut être le siège d'une inflammation aiguë.

2° Cette inflammation a pour résultat la nécrose du cartilage cricoïde , nécrose qui est généralement regardée, de même que celle des autres cartilages, du larynx , comme l'effet d'une inflammation chronique et plus particulièrement de la phthisie laryngée : le pus, accumulé autour du cartilage, soulève la muqueuse du larynx , laquelle forme un bourrelet circulaire qui , en rétrécissant la cavité du larynx, entraîne tous les accidens occasionés par les maladies qui s'opposent au passage libre de l'air.

3° Le pus peut se faire jour dans l'œsophage, de même que la portion du cartilage nécrosée. Les observations 2 et 4 établissent cette possibilité. On conçoit qu'alors le pus et le cartilage puissent cire rendus par le vomissement.

4" Le pus et le cartilage peuvent se faire jour tlaiis le larynx ; ii arriverait alors ce qu'on a observé dans certains cas de maladie chronique du larynx. N'est-ce pas à des exemples de ce genre qu'appartiennent ces faits d'expulsion de ceroeaux de la trachée , des cartilages ossifiés que Valsalva [de Sed. et causis , etc. , Ep. XV, 13) soupçonne venir du larynx, laits observés chez certains individus présumés phlliisiques et qui ont parfaiLement guéri après cette expulsion? L'observation de Hunter rapportée par Cruthshauk est bien évidemment du même genre ( Anat. des vaiss. absorbant, , p. 277). Un individu qui avait expectoré du pus et du sang penilant plusieurs mois et qu'on regardait comme phthisique , lut guéri après avoir rendu un corps solide qu'on reconnut pour être la base du cartilage cricoide ossifié.

5° Les symptômes de la laryngite sous-glottique sont d'ailleurs tous ceux de la sutTocation par rétrécissement du larynx; les seules différences résultent du siège, le tissu cellulaire sous-muqueux de la région sous-glottique étant moins lâche et par conséquent moins susceptible d'infiltration que celui de la région sus-glotlique. La marche de la maladie est donc m'oins rapidement mortelle ; elle peut moins se présenter sous le mode chronique , tandis que la laryngite sus-glottique est toujours entièrement aiguë. Le siège de la maladie explique encore et le siège de la douleur qui occupe la partie inférieure du larynx et la gêne dans la déglutition moindre que dans la laryngite sus-glottique. D'ailleurs une gêne constante dans la respiration, des accès de sufTocatiou dont la cause réside évidemment dans le larynx , des quintes de toux sifflante avec décomposition des traits , suffocation iuiniiueule , la mort pendant un accès ; voilà le tableau de la laryngite sous-glotlique aiguë.

Le traitement (.VMleurs est celui de la laryngite sus-glottique : cuinme pour cette dernière , dans le cas d'insuccès des premiers moyens , il importe d'avoir recours à la laryngotomie ou plutôt à la laryngo-trachéotoinie qui consiste dans l'incision du cartilage cricoide et des j)reiniers anneaux de la trachée.

Laryngite sous-niuc/ueucc chronique. L'observation suivante remplacera utilement la description générale que je pourrais donner de cette forme de maladie. Une femme de quarante ans éprouvait une extinction de voix avec respiralion sifflante qui me paraissait reconnaître pour cause une maladie vénérienne aucieuneinent éprouvée. Des tumeurs gommeuses avec ulcération situées audevant des tibias ne permettaient aucun doute sur l'existence de la maladie vénérienne. Le traitement anti-syphilitique parles frictions et les sudorifiques améliore l'état de la malade, la voix revient, la respiration est libre ; elle parait guérie pendant huit mois. Cependant de nouvelles tumeurs se forment , de nouvelles ulcérations apparaissent, la voix s'éteint de nouveau, la respiration devient sifflaule. Du 20 août au 21 octobre I!î21 , celle malade présente constamment la voix, la toux et la respiration croupales ; parfois accès de sufl'ocation

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