‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 112 sur 311 · LAVEMENT · texte numérisé non relu

LAVEMENT

par vingt-cinq à trente gouttes , et n'augmenter la dose qu'avec précaution et en raison des eifets obtenus. L'huile volatile s'étend de dix à douze fois son poids d'huile d'olive et se donne par gouttes dans un véhicule approprié.

Quant à ce qui concerne l'usage économique des feuilles de laurier-cerise pour aromatiser ditTérens mets , il faut y mettre de la prudence , parce qu'on a quelquefois observé des empoisonnemens occasione's par des doses trop considérables. (F. Ratieu.)

LAVANDE. Lavandula. Genre de plantes , appartenant à lu famille des labiées si riches en végétaux pourvus d huile volatile , et qui en renferme un assez grand nombre, abondamment fournies de ce principe immédiat. Ses espèces sont assez nombreuses , et bien qu'autrefois on les distinguât soigneusement pour l'usage médical et que même on attribuât à chacune d'elles des propriétés toutes tlifférentes , le L. Stcechas , dont on faisait jadis un sirop, le L. Spic , et le L. Fera qui est l'espèce la plus commune , chez nous , sont si analogues pour leurs propriétés et pour leur action sur l'économie animale , qu'il serait difficile de motiver une préférence raisonnable.

Les caractères botaniques de la lavande sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de les rappeler ici. Son odeur fortement aromatique et pourtant agréable , sa saveur chaude et amère sont également familières à tout le monde. On sait aussi que l'huile volatile à laquelle se rapportent toutes ces propriétés, se trouve non-seulement dans les sommités fleuries, mais aussi dans toutes les autres parties de la plante, d'où on l'extrait avec facilité tant pour les besoins des arts que pour ceux de la médecine.

Une expérience vulgaire a montré de quelle manière cette plante pouvait agir sur l'économie animale et l'a fait placer au nombre des excitans diffusibles, dont l'action superficielle et vive est aussi peu durable. C'est cette stimulation qui , dirigée vers différens organes , a motivé les dénominations de cèphalique , stomachique, nervine , etc. Aussi cette plante a-t-elle été vantée à juste titre, comme efficace dans une foule de maladies ayant pour caractère commun , une débilité plus ou moins grande, soit générale, soit locale, comme certaines lésions gastro-intestinales, certains flux sanguins ou muqueux. Son action est bien moins évidente dans les affections du système nerveu.i., telles que le tremblement , les vertiges, la paralysie , contre lesquelles elle a été recommandée d'une manière toute particulière , et dans lesquelles les observateurs judicieux l'ont vue échouer aussi souvent que tout autre médicament.

Néanmoins la lavande est d'un usage très-étendue. Outre l'emploi hygiénique qu'on en fait pour mas([uer par son odeur pénétrante les émanations désagréables, on en prépare une eau-de-vie et un vinaigre qui forment des cosmétiques agréables et utiles. Son huile volatile peut être administrée par gouttes dans des potions stimulantes, qu'elle aromatise, et aux vei tus desquelles elle peut aussi ajouter. La plante entière sert à préparer des infusions légères qu'on prend en boisson , ou des infusions plus chargées, dans lesquelles on plonge le corps entier ou seulement les parties malades , et qui peuvent encore être injectées dans diverses cavités, ou vaporisées pour être administrées en fumigation. Quant à la poudre, on peut l'administrer, à la dose d'un ou deux gros h I intérieur, ou bien encore en faire des cataplasmes excitans. On voit parce qui précède que cette plante est susceptible d'applications nombreuses, et la facilité avec laquelle on se la procure doit lui assurer une préférence qu'elle mérite |)ar son activité réelle. (F. Ratier )

LAVEMENT. Enema, clyster, cljsmn. Les lavemens que le père Letellier et la dévote Maintenon voulurent faire appeler remèdes sont des injections de diverse nature qu'on fait dans le gros inteslin dans des vues thérapeutiques, dift'érentes suivant les circonstances. On se sert pour les administrer des appareils qui ont été décrits à l'article Injection, et ce qui a été dit alors leur est presque totalement applicable. Cependant l'usage, qui en fait , en quelque sorte, une classe de médicamens et une méthode de médication, nous oblige à entrer dans quelques détails.

Les lavemens sont administrés , soit dans la vue de dtbarrasser le gros intestin des matières fécales qu il contient, soit il'exercer sur lui une action médicamenteuse locale et directe ; soit enfin , et c'est un des points les plus importans de leur histoire , pour introduire dans l'économie des substances , que , pour un motif quelconque, on ne veut pas administrer par la partie supérieure <lu canal digestif- Dans le premier cas on se sert de liquides simples ou composés , à diverses températures , et sous un volume généralement assez considérable. Les lavemens ordinaires sont d'une livre ; lorsqu'ils ne produisent pas d'effet on les renouvelle, et quelquefois on cherche à distenrlre 1 inteslin , en les poussant avec vivacité. Le plus ordinairement c est l'eau pure et tiède qu'on emploie pour cet usage , tout vulgaire ; et beaucoup de personnes ont coutume de prendre des lavemens chaque jour, et de n'aller à la selle que de cette manière. C'est une habitude fâcheuse en ce que les intestins accoutumés à ne plus fonctionner eux-mêmes pour l'expulsion des fèces, liuissent par tomber à la longue dans une inertie, dont il est ensuite très-difficile et même absolument impossible de les faire revenir. Aussi voit-on les personnes qui en sont arrivées à ce point, ne pouvoir plus aller à la selle qu'en prenant plusieurs lavemens de suite; ou bien en y ajoutant des substances propres à stimuler plus vivement l'intestin. 11 est facile de concevoir comment agissent les lavemens simples : d'abord en distendant le tube intestinal ils sollicitent son mouvement péristaltique , ce qu'ils font plus activement lorsqu'ils sont froids que quand ils sont tiédes; ensuite ils détrempent et drlaient les matières stercorales dont ils facilitent le cours progressif vers l'extérieur. Leur a pplication thérapeutique est fréquente ; ils constituent le moyeu le plus simple de remédier .i la consiipalion , qui est quelquefois à elle seule la maladie , et qui constitue un épiphé-

nomène dont il est toujours bon de se débarrasser. Souvent le liquide introduit j par l'anus n'est pas expulsé par la même voie et passe par les urines : c'est un i fait d'observation journalière , mais qui n'autorise pas à considérer les lave- \ mens comme diurétiques ; pas plus que l'apparition des règles, après leur emploi j ne peut les faire regarder comme de véritables emménagogues.

Pour assurer l'effet des lavemens expulsifs , on y ajoute souvent, soit des substances émoUientes et relâchantes, telles que les huiles, les graisses, les ! mucilages , etc. Mais plus sûrement encore des sels , des acides faibles et certaines matières végétales , dont l'action stimulante s'exerce principaleuient sur |( le canal digestif. On conçoit sans peine qu'on peut tirer de ces lavemens un ■ parti fort utile pour établir des révulsions, dans les maladies de divers organes. ;

{FojeZ PUBGATIFS.)

Le second cas où l'on emploie les lavemens est celui où le gros intestin étant lui-même malade, on veut porter sur les parties affectées les substances pro- i près k les modifier. Alors le lavement n'est autre chose qu'une fomentation, i qui peut être , suivant les circonstances, émoUienle, narcotique, astringente , i etc- , et nous devons renvoyer pour plus de détails aux mots Colite et Fomek- TATioN : ou les donne alors sous un petit volume.

Quant aux lavemens qui sont destiriés à être absorbés , ils méritent qu'on 1 s y arrête davantage. L'expérience a montré que les substances médicamen- | teuses , et certaines substances alimentaires introduites dans l'intestin avec ; , les précautions convenables, allaient agir par voie d'absorption clans le reste il do l'économie. Ainsi , chez des sujets chez lesquels une affection de la partie supérieure du canal digestif rendait impossible l'introduction des i( alimens, ou a pu par des lavemens de lait ou de bouillon, suppléer pour \\ quelque temps au moins, au défaut de digestion; mais il est évident que i! ce mode d'alimentation ne remplace l'autre que d'une manière très-imparfaite, ; i et ne saurait suffire long-temps. On y a cependant recours dans l'occasion, |j au moins comme à un moyen palliatif. Cette voie est bien plus suivie lors- j r[u'il s'agit d introiUiire les substances médicamenteuses ; car la sui face du <i\ gios intestin est bien plus absorbante que ne l'est la peau même dénudée j I elle est bien plus sûre et commode que le système veineux- On sait d'ailleurs i i cjue les médicamens n'y subissent que peu d'altération et passent dans le sang [ i avec toutes les qualités qui leur appartiennent. |

Mais , pour obtenir de bons résultats de ce mode d'administration , il faut j se mettre dans les conditions nécessaires. Il n'y a pas de succès à espérer si le i médicament ne reste pas en contact pendant un certain temps avec l'intestin , . ' s'il se trouve mêlé à des matières étrangères , et s'il est étendu dans un véhicule i , trop abondant. C'est d'ailleurs la même chose pour l'estomac ; et c'est un prin- i eipe général de thérapeutique de donner les médicamens assez loin des repas, ;ï pour c[u'ils ne se mélangent pas avec les alimens , et de ne pas les faire dissou- ' i dre dans une trop grande quantité de liquide. Il faut donc, toutes les fois qu'on i veut donner un lavement médicamenteux , commencer par administrer d'abord ■ un ou deux lavemens d'eau pure ou d'eau de guimauve , afin de bien vider l'intestin , et attendre même que le liquide soit complètement évacué ou absorbé, i Ainsi il sera bon d'attendre environ une heure ; alors on donnera le médicament i dans quatre ou six onces ou plus de véhicule , évitant d'employer les licjuides' I visqueux ou mucilagineux qui se prêtent difficilement à l'absorption, comme ' aussi de leur donner une température trop élevée ou trop basse. Il est égale- I ment nécessaire de se tenir en repos, surtout si l'on a pris quelque substance i un peu stimulante, parce que le mouvement, en multipliant les points de i contact, ne peut que solliciter les contractions de l'intestin et un besoin insur- I montable de défécation , qui annuité complètement l'effet qu'on veut produire, i

Moyennant ces précautions on peut compter que le médicament produira les I effets qui lui sont propres tout aussi sûrement et "a. des doses aussi faibles que si ' on le donnait par la bouche ; et si l'on a dit qu'il fallait doubler la dose des mé- dicaraens administrés par cette voie , c'est que n'ayant pas tenu compte de ces ' diverses circonstances , les observateurs ont eu affaire à des sujets chez lesquels i la moitié seulement de la dose avait été absorbée et avait agi.

Le procédé opératoire, si l'on peut s'exprimer ainsi, n'est. pas sans quelque ' importance, puisqu'on voit souvent les personnes ((ui donnent des lavemens '< faire éprouver de la douleur, et que même des déchirures ont été la suite de ' manœuvres maladroites. On se servira de canules mousses et bien polies, et . préférablement encore de celles qui sont flexibles ; et après les avoir enduites ' d'un corps gras , on les portera dans l'intestin, dont la direction n'est pas parai- j ' jcle à l'axe du corps , mais qui se dirige obliquement vers la gauche. Cette at- ! . lention est surtout indispensable chez les enfans , qui se prêtant mal à l'emploi ! ' (les médicamens par la bouche ont plus souvent besoin qu'on ait recours aux ' I lavemens , et qui ne sont guère moins rebelles à l'administration de ce dernier ! moyen. En effet, dès qu'ils sentent la canule s'introduire, ils se livrent à des cris qui font contracter les muscles abdominaux et s'opposent complètement à l'en- ' trée du liquide : il faut donc tâcher de les calmer d'abord, et pousser ensuite J le lavement peu-à-peu , et par intervalles , afin de laisser au liquide le temps de ( ])éuétrcr et de se placer sans produire de distension. Même quand le lave- ' ment est destiné à évacuer, il est bon ((u'il pénètre le plus avant possible, pour ? aller déplacer les masses de matières lécales logées dans la partie supérieure de i l'intestin colon ; cela est plus nécessaire encore lorsque c'est un lavement mé- » tlicamenteux , afin qu'il puisse agir sur une surface plus étendue et être plus j |)romptemcnt absorbé. '

Lorsque les lavemens sont destinée aux adultes, soit qu'ils puissent se les ad- « niinistrer eux-mêmes , soit qu'ils tloivcnt avoir recours .i une m.iiu étrangère ■ j les mêmes précautions sont ajiplicables , savoir ; de mettre les muscles abdonii- \ \

LÈPRE

naus dans le plus grand relâchement possible et de faire pénétrer rinjection avec lenteur.

Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer les applications innombrables qu'on peut faire de ce moyen dans les maladies; il suffit de dire qu'il en est peu qui soient plus usités, et aussi utiles. Quant aux contre-indications qui peuvent se présenter, outre qu'elles sont en réalité peu nombreuses , il est extrêmement facile de lesapprécier. (F. Ratier. )

LA.XATIFS. Voyez Pdhgatifs.

LAZARET, s. m. Etablissement placé sous l'invocation de saint Lazare; vestige des préjugés du moyen âge ; enceinte isolée , située sur la frontière d'un pays , et soi-disant destinée h observer les hommes, à ventiler, désinfecter I les choses venant de pays où existent des maladies graves, supposées contagieuji ses; lieu prétendu de précaution servant d'intermédiaire aux personnes saines \ qui , venant de pays infectés , vont entrer dans des pays sains. L'exposition et l'appréciation des ])ratiques mises encore aujourd'hui en usage dans les lazarets sera^trailée au mot Quarantaine. { Ch. Londe. )

LEPRE y s. f. hizpx , dérive de squama , écaille. Le mot lèpre , qu'on

a appliqué à presque toutes les maladies chroniques de la peau parvenues à un haut degré d'intensité , est employé ici dans un sens plus restreint et mieux déterminé , pour désigner une inflammation chronique des tégumens , caractérisée par des plaques écailleuses de difi'érentes dimensions, presque toujours circulaires ou orbiculées , d'un cercle rougeàtre et proéminent , déprimées à leur centre , éparses à la surface des tégumens , ou réunies en une ou plusieurs larges plaques irrégulières et continues.

§. \. Symptômes. La lèpre est quelquefois bornée aux coudes et aux genoux. Ordinairement ses plaques orbiculées se montrent d'abord sur les membres et le plus souvent au-dessous du coude et du genou. Dans le plus grand nombre des cas, elle se déclare à-la-fois sur les deux jambes et les deux bras. Elle peut s'étendre successsivement par la formation de nouvelles plaques écailleuses , le long des bras et des cuisses, sur la poitrine, les épaules, les lombes, et les parties latérales de l'abdomeu. Les plaques sont quelquefois plus nombreuses et plus proéminentes à la partie inférieure du ventre. Elles se déclarent rarement sur les mains, sur la tête et sur le cuir chevelu. Celles de la tête sont ordinairement d'une petite dimension. Il en apparaît parfois autour des angles externes des orbites , et qui s'étendent sur les sourcils , sur le front , et sur les tempes. Enfin plusieurs plaques confluentes et pour ainsi dire agglomérées , peuventise confondre ou se réunir par leurs bords correspondans ; mais alors la forme orbiculéc de chacune d'elles est encore indiquée par des arcs de cercle iqu'on distingue à leur circonférence.

'La lèpre ( /eyW7'a vulgaris, Willan ; dartre Jiirfuvacée arrondie , Alibert ) s'annonce par de petites élevures solides , autour desquelles se dessinent de pétales taches d'une ligne de diamètre , unies , rougeâtres , luisantes, circulaires ;.et qui proéminent à la surface de la peau. Lorsqu'on promène la pulpe du doigt sur ces élevures , elles paraissent fermes et solides. Elles simulent quelquefois alors une papule dure et volumineuse, et c'est pour cela , sans doute , que 'Willan avait pensé que la lèpre pouvait être produite par l'induration des papilles de la peau.

Le sommet de ces élevures dont l'éruption est le plus ordinairement successive , uni dans les premiers temps de leur formation , présente, quelques jours après leur apparition, une petite écaille épidermique blanche semi-transparente, lisse et yjolie. Bientôt cette petite écaille , semblable à une pailleite , se sépare , et sa chute est annoncée par un sentiment de picotement ou de démangeaison. La petite surface de la peau qu'elle recouvrait paraît à peine altérée , mais elle est inégale au toucher. Au centre de la face interne de la petite écaille dont je viens de parler , on observe une légère éminence , moins consistante que ses autres parties ; cette éminence , colorée en rouge par du sang , lorsque l'écaillé a été détachée avec effort, parait être logée dans une légère dépression de la peau.

La surface de ces petits points écailleux, après s'être ainsi dépouillée une première fois, s'élargit ensuite progressivement d'une manière assez rapide jusqu'à ce qu'elle ait atteint un pouce de diamètre et même plus, mais toujours en conservant une forme circulaire. Elle se couvre de nouvelles écailles ; ces dernières sont sèches, nacrées, résistantes, luisantes, d'un gris de perle ou ijuancées de jaune; elles sont cernées par un bord rosQ ou pourpré, légèrement élevé; de sorte que le centre de ces plaques écailleuses pavait un peu déprimé. Ces écailles , presque toujours très-adhérentes à la peau, ne sont pas uniformément étendues sur la surface des plaques lépreuses , qui n'est jamais recouverte d'une écaille unique. Les squames se superposent surtout à la circonférence des plaques, et deviennent de plus en plus épaisses de manière à former des couches proéminentes. La face externe des squames prend souvent une teinte blanchâtre. Ellessedétachentpartiellement et d'une manière irrégulière. Après leur chute, les petites surfaces orbiculées de la peau qu'elles recouvraient, paraissent rouges , luisantes et dépassent un peu le niveau de la peau saine qui les entoure. Si les plaques lépreuses sont récentes , le derme ne présente pas de lignes correspondantes à celles de l'épiderme ; mais ces empreintes existent sur les plaques anciennes. Dans ce dernier cas elles offrent même quelquefois des espèces de rides ou de sillons qui sont en rapport avec de légères saillies correspondantes situées sur la face profonde des écailles.

Après s'être ainsi détachées de la surface des plaques lépreuses, ou après en avoir été arrachées avec effort, les écailles ne tardent pas à se reproduire ; et les parties affectées peuvent offrir, dans l'espace de quelques mois ou de plusieurs années, uu nombre plus ou moins considérable de desquamations successives. DicT. DE Médecine et de Chirurgie pratiques.

LÈPRE

La guérison spontanée ou procurée par l'art des plaques orbiculées, commence par leur cenirc et s'étend vers leur circonférence. Après la chute des écailles, de nouvelles ne les remplacent plus ; au centre des taches la peau offre bientôt une teinte grise, légèrementjaunâtre; plus tard l'anneau qui cerne les taches s'efface progressivement de dedans en dehors; enfin le cercle se rompt en un ou plusieurs points , et la plaque disparaît ensuite complètement.

Sur quelques régions et chez quelques individus, les dimensions des plaques squameuses sont peu considérables; elles s'accroissent avec lenteur et sont peu proéminentes ( Lepra alphoïdcs , Willan); leur diamètre ne s'étend pas audelà de quelques lignes : elles sont rarement rapprochées, se développent presque exclusivement sur les membres et diffèrent des plaques de la lèpre vulgaire par la blancheur et la petite dimension des écailles. Cette variété de la lèpre , plus commune chez les cnfans que chez les adultes elles vieillards , peut être difficilement distinguée du \>sor\As\s gutlata.

Enfin les plaques écailleuses et orbiculées de la lèpre peuvent présenter un aspect particulier produit par la confluence des élevures ou des placjues qui occupent quelquefois de très-larges surfaces disposées d'une manière symétrique sur les deux côtés du corps.

J'ai vu aussi de larges plaques lépreuses être réduites à un cercle rouge, saillant, proéminent, dépourvu de squames , de cinq h six pouces de diamètre et dans le centre duquel la peau était tout à-fait saine.

Lorsque la lèpre a été long-temps abandonnée à elle-même ou lorsque les plaques lépreuses envahissent les doigts, le mal peut se propager jusqu'au derme situé sous les ongles. Ils deviennent alors épais , rugueux , opaques , d'un jaune sale et se courbent à leur extrémité libre. Leur surface est inégale et irrégulière, et leur racine épaissie paraît formée par des couches distinctes superposées. { Voyez Onyxis. )

Toutes les fois que le nombre des plaques écailleuses n'est pas très-considérable et qu'elles sont peu enflammées , la lèpre n'est accompagnée d'aucune sensation morbide , à l'exception d'une légère démangeaison lorsque la température de la peau est augmentée par l'exercice du corps ou parla chaleur du lit. Cette sensation est occasionée, suivant M. S. Plumbe, par le soulèvement de la circonférence des écailles , que détermine la tuméfiction de l'auréole qui ceriie les plaques. Il est certain que, lorsque les plaques de la lèpre guérissent et que de nouvelles écailles ne se forment pas au-dessous de celles qui existent, ce sentiment de picotement ou de démangeaison n'est plus perçu par les malades.

Les plaques lépreuses sont-elles nombreuses, enflammées et répandues sur presque toute la surface du corps , elles peuvent être accompagnées de douleur et de tension dans la peau des membres. On a vu cette inflammation portée à un lel degré qu'elle rendait les mouvemens des articulations difficiles et obligeait les malades à garder le lit; chaque mouvement du corps et desjointures singulièrement gêné par la raideur des écailles épidermiques produisait des gerçures et une sorte de craquement très-remarquable.

Au reste la lèpre n'étend pas son influence au-delà des parties de la peau qu'elle attaque ; cette affection paraît essentiellement locale. Si plusieurs auteurs font mention , dans la description symptomatique de cette maladie , d'autres phénomènes morbides et en particulier de l'altération de la voix, c'est qu'ils ont confondu la lèpre avec l'éléphantiasis des Grecs et qu'ils ont regardé deu.^ maladies aussi distinctes , comme des variétés d'une même affection.

^. IL Remarques anatomiques. Tous les tissus élémentaires qui entrent dans l'organisation de la peau ne paraissent pas être également affectés dans la lèpre. TM. S. Plumbe pense que les vaisseaux qui sécrètent l'épiderme sont atteints d'une irritation chronique qui rend la production de cette matière plus abondante et provoque la chute des écailles. Cette hypothèse ne rendant pas raison de la forme orbiculée qu'affectent constamment les plaques lépreuses , quelques pathologistes ont supposé que les vaisseaux superficiels de la peau étaient disposés en petits cercles concentriques ; d'autres ont pensé que celte disposition des plaques était la conséquence naturelle de leur début sous la forme d'une élevure solide autour de laquelle l'inflammation s'irradiait nécessairement.

J'ai constaté que les papilles étaient plus développées sur les plaques lépreuses que sur la peau saine.

§ III. Causes. La lèpre est commune aux deux sexes et à tous les âges; je ne l'ai jamais observée sur les enfans à la mamelle, mais j'ai eu plusieurs occasions de l'étudier après la seconde dentition. M. J. "Wilson assure qu'on la voit plus souvent aujourd'hui en Angleterre qu'autrefois; mais il est possible qu'elle y ait été long-temps méconnue ou incomplètement décrite sous une autre dénomination. Heberden , en particulier, a pu se tromper lorsqu'il a dit que la lèpre était très rare en Angleterre : « De vero scorbuto et Icprâ nihil habeo quod dicam , nam aller rarissimus est in urbibus , altéra in Angliâ penè ignota. n Ce soupçon est d'autant plus fondé, que plusieurs médecins français, se faisant de la lèpre une idée confuse et différente de ce qu'elle est réellement , ont aussi avancé qu'on n'observait cette maladie que dans quelques-uns de nos départemens méridionaux , tandis qu'il est constant que chaque année on voit à l'hôpital de la Charité, à l'hôpital Saint-Louis et à l'hôpital des Enfans malades un assez grand nombre d'individus atteints de cette inflammation squameuse , que j'ai observée dans toutes les classes de la société. Presque tout ce que l'on a écrit en France dans ces derniers temps, sur l'origine, la propagation et la disparition delà lèpre dans les diverses parties du monde, a été établi d'après (le faux renseigneraens , empruntés à des auteurs qui ont con-

LEPRE

LEPRE

fondu la lèpre avec 1 eléphanliasis des Grecs , avec l'cléphantiasis des Arabes ou d'autres maladies non moins distinctes.

Les causes de la lèpre sont le plus souvent fort obscures, ou tout à fait inappréciables. Celte maladie n'est point contagieuse ; les malades qui en sont atteints ne sont astreints à aucun isolement dans nos hôpitaux, et le mari et la femme peuvent continuer d'iiabiler ensemble.

Comme plusieurs autres maladies de la peau , dont la durée est beaucoup plus courte (roséole, urticaire , etc.), la lèpre jiaiait quelquefois être produite par l'abus et même jiar le simple usage des alimens sliniulans et des boissons spiritueuses. Batenian a connu une personne cliez laquelle l'ingestion d'alimens épicés ou une petite quantité de liqueurs alcotdiques ne manquait jamais de la produire; de même, on l'a vue survenir peu tle temps après l'introduction dans les organes digestifs de quelques substances vénéneuses , des sels de cuivre , par exemple ou à la suite de l'abus des acides. Quelquefois elle a été occasionée par l'usage habituel du gibier, des viandes salées et épicées , du poisson , des coquillages , ou par l'iniluence de ciiagrins et de la pauvreté. Willan pense que le développement de la lèpre est dû principalement à l'impression du iroid et de l'humidité et à l'action de certaines substances sèches et pulvérulentes sur la peau ; mais Bateman a remarqué avec raison que les boulangers et les personnes qui travaillent dans les officines sont rarement affectés de cette maladie , tandis qu'on l'observe souvent chez déjeunes femmes et dans les classes de la société où la propreté est l'objet d'une attention toute particulière. Dans quelques cas , la lèpre s'est manifestée après un exercice violent et prolongé. On a recueilli plusieurs exemples de lèpres héréditaires. En résumé, on ne peut disconvenir qu'il ne reste beaucoup d'incertitude et d'obscurité sur le nombre et la nature des causes qui peuvent produire celte maladie.

g. IV . Diagnostic. Le diagnostic delà lèpie est encore aujourd'hui un des points les plus importans de son histoire , et cependant c'est .--ans contredit une des maladies de la peau dont les caraLlères sont le plus tranchés. Sous plusieurs rapports , elle diffère des autres inflauimations chroniques des tégumens et même de celles qui se développent , comme elle, sous forme s(/uameuse. Dans le psoriasis , l épiderme est bien comme dans la lèpre, plus ou moins rude, ])lus ou moins écailleux ; mais la forme des plaques S(juauieuse3 est moins régulière. Les bords des plaques ne sont ni élevés, ni enflammés, et leur contour n'est pas circulaire comme dans la lèpre ; enfin, la surface de la peau située sous les écailles, souvent divisée par des tissures profondes , est , en général, beaucoup [dus sensible et plus irritable que dans la lèpre. Cependant il existe une variété de psoriasis (psoriasis gutlata) , quia tant d'analogie avec la lèpre, qu'elle constitue, pour ainsi dire , une forme intermédiaire entre celte maladie et les autres espèces de psoriasis. En effet; les plaques écailleuses du psoriasis ghttata , sont distinctes et isolées comme celles de la lèpre, mais elles sont plus petites , ont rarement plus de deux à trois lignes de diamètre et leur circonlérence est moins régulière et moins proéminente.

Dans quelques cas invétérés de lèpre et lorsque les plaques orhiculées sont confluentes el confondues par leurs bords correspondans , il est encore possible de la distinguer de certaine psoriasis; on peut reconnaître, avec un peu d'attention , des moitiés ou des quarts de cercle saillans à la circonférence ou au milieu des plaques agglomérées.

Certains lichens circonscrits qui guérissent du centre des groupes vers leur circonférence doivent être aussi soigneusement distingués de la lèpre. ( Voyez Lichen.)

Des tubercules syphilitiques aplatis , rangés exactement les uns à côté des autres de manière à former des cercles parfaits au centre desquels la peau est quelquefois saine , pourraient être pris , au premier aperçu, pour de larges anneaux de lèpre vulgaire en voie de guérison ; mais l'erreur devient impossible lorsqu'on remarque que les squames , lorsqu'il en existe sur les tubercules ne forment pas un cercle continu ; ce sont des lamelles minces et dures toujours plus petites que l'induration au sommet de laquelle elles sont fixées.

La sécheresse et la rudesse de la peau, si remarquables dans la lèpre, ne s'observent pas dans la syphilide squameuse dont les écailles sèches et grisâtres surmontent, lorsqu'elles sont anciennes, de petites élevures cuivrées et sont jnesque aussi douces au toucher et aussi souples que les autres parties de lu peau. Enfin les plaques syphilitiques survenues après une infection vénérienne, jiâliiscntet guérissent ordinairement sous l'influence des préparations mercurielles; leur disiiarition oifre , en outre , cette particularité que la guérison des plaques commence ordinairement par leur circonférence, tandis que celle des plaques orbiculées de la lèj-re procède en sens contraire et s'étend de leur centre vers leur bord.

Le psoriasis et le pityriasis du cuir chevelu oflreut des squames furfuracés disséminés et non des écailles à bords régulièrement circonscrits. Il parait difficile de confondre les icaiLLes de la lèpre avec les croules formées par la dessication des humeurs que fournissent les inflammations vésiculeu.^es et pustuleuses ; cependant Willan observe qu'on a quelquefois confondu la lèpre avec \\my^:x^^^ Jigurala ou plutOt avec L étal scjuumcux de la peau consécutif a ta cliule des croûtes, (yojez Impétigo.)

La lèpre a été confondue avec l'ichlhyose par Plenck et Chiarugi [Voyez IcTH.os.) ; enfin on a souvent donné le nom de icpre à deux maladies qui eu T.ZZr ' ' ' ''^'éP'-"^-- Grecs et à l'éléphantiasis

Le diagnostic des lopres dépourvues de squames par l'action des bains , des louons et ces onctions ou des corps gras, olTro un peu plus de didicult • e plus souvent il suflit d interroger les malades avec soin poir apprendre que 1 !

j plaques rouges circulaires , guéries ou non à leur centre , et que les anneaux elles demi-anneaux rouges dessinés sur la peau ont été primitivement couverts de squames ; d'ailleurs ils ne lardent pas à s'en recouvrir lorsqu'on Jes abandonne à eux-mêmes.

§. V. Pronostic. Chez les vieillards, la lèpre est presque toujours incurable ou d'une guérison radicale tellement difiicile qu'il convient souvent de ne point s'obstiner à vouloir l'obtenir. Abaiiilonnée .\ elle-même, elle guérit rarement d'une manière spontanée ; elle est presque toujours fort rebelle ; souvent des plaques lépreuses se développent successivement sur diverses régions pendant qu'elles disparaissent sur d'antres; quand elle occupe presque toute la surface du corps, la transpiration cutanée est diminuée.

Les lèpres héréditaires sont les plus rebelles. La lèpre ne dégénère jamais en cancer comme quelques auteurs l'ont affirmé.

§. VI. fraiiement. Une foule de moyens ont été recommandés pour obtenir la guérison de la lèpre. En général l'action salutaire de ces remètles est beaucoup plus marquée en été , que dans toute autre saison de l'année. J'ai vu un certain nombre de lèpres apparaître tous les ans en automne pour disparaître spontanément au printemps. Les individus sanguins et pléthoriques, les vieillards et tous les individus dont la constitution a été fatiguée ou détériorée doivent être soumis à un régime et à un traitement préparatoires , dans le but de ramener la constitution à une condition plus favorable au succès du traitement curatif qui doit être commencé sans préparation lorsque la constitution ne présente pas d'indications particulières.

1° Remèdes externes. La lèpre est-elle récente et étendue sur une grande surface du coi ps; la peau des plaques lépreuses est- elle le siège d'une démangeaison incommode ; les mouvemens des jointures sont-ils difficiles; la maladie serait aggravée par les bains de mer, parles frictions, les lotions sulfureuses, etc., qu'où a trop souvent recommandés d'une manière générale, dans le traitement des maladies de la peau : la saignée, les onctions avec la crème, le beurre Irais , le saindoux bien lavé , procurent un prompt soulagement. Les bains de vapeur humide, les bains émoliiens ou gélatineux peuvent être employés comme moyens principaux ou accessoires. Les bains de vapeurs aqueuses guérissent quelquefois seuls les lèpres récentes.

Lorsque les plaques squameuses sont à peine enflammées ou anciennes, on a ordinairement recours à des ajjplicalions topiques plus ou moins excitantes ; mais il faut avoir soin de nettoyer préalablement la peau au moyen de lotions, de bains tièdes et de légères frictions , si les écailles sont fortement adhérentes ou disposées en couches épaisses. Les lotions stimulantes, telles que celles faites avec l'eau alcoolisée ou avec une dissolution de sulfure de potasse , favorisent la chute des écailles et modifient avantageusement la marche de la maladie. Lorsque les écailles sont détachées, on applique sur les points affectés de légères couches d'onguent de poix blanche , d'onguent de goudron ou d'onguent de nitrate de mercure étendu ou mélangé avec du cérat de Saturne. Ces topiques sont employés le soir, avant le coucher, et le lendeuiain matin on lave la peau avec de l'eau tiède ou une solution légèrement savonneuse. A l'aide de CCS applications topiques continuées pendant plusieurs mois , on est quelcjuefois parvenu à rendre à la peau sa texture naturelle , alors même qu'un traitement interne avait été administré sans succès; cependant j'ai obtenu un plus grand nombre de guérisons , à l aide des frictions avec la pommade de protochlorure de mercure (un gros de calomel sur une once d'axonge) à la dose d'un gros et même d'une demi-once par jour ;je ne l'ai jamais vue produire la salivation.

C'est dans de semblables conditions qu'on a employé avec avantage les bains et les lotions sulfureuses. En France , les eaux de Baièges , de Cauterets , de Bagnères , de Bagnoles, d'Enghien , etc. ; en Angleterre les eaux d'HarrowgatCy de Loemington , de Cofton , etc. ; ont souvent été recommandées.

Les bains de vapeurs sulfureuses échouent le plus souvent , quoiqu'ils aient été préconisés. Cependant ils ont quelquefois procuré une guérisoiï complète. Les bains de vapeurs acides, les bains de mer naturels ou artificiels , les bains alcalins , les eaux de Plombières, ont été employés avec plus de succès.

Les bains de mer sont très-recommandés en Angleterre; ils produisent quelquefois une si vive excitation à la peau , qu'on est obligé d'ajouter de l'eau simple à l'eau de mer. Les bains de vapeurs aqueuses , employés pour détacher les squames , modifient quelquefois la peau d'une manière très-avantageuse. Les bains lièdes font tomber les écailles et sont très-utiles en entretenant la propreté de la peau.

Lorsque les plaques lépreuses sont peu nombreuses et très-anciennes , on en obtient quelquefois la guérison en les couvrant successivement de petits vésicaloires volans, ou en les cautérisant superficiellement avec une solution de chlore ou de nitrate acide de mercure affaibli.

Quelques essais peu concluans ont été faits avec l'acétate et le phosphate de mercure , avec le sulfate el le deutoxyde d'antimoine ; des résultats plus avantageux ont été obtenus de l'iodure de soufre incorporé dans l'axonge , à la dose de douze grains pour une onze de graisse.

Ce n'est quelquefois qu'après de longs tâtonnemens qu'on parvient à déterminer celle de ces médications qui est le mieux appropriée à un cas particulier. Je commence presque toujours par essayer la pommade de proto-chlorure de mercure à moins que les plaques ne soient très-anciennes , alors j'emploie de préférence l'iodure de soufre.

2°. Remèdes internes. La décoction de douce-amère à la dose d'une demi-once, puis d'une once, de deux onces pour une pinte il'eau a été conseillée par plusieurs praticiens et plus particulièrement par le docteur Crichlon. Je l'ai plu-

LEPRE

siears fois employée avec succès ; mais j'ai vu cette Jtcoclion , lorsque je les jiorlais à une dose élevée, produire des vertiges quelquefois sans exercer d'action très-sensible sur cette inflammation squameuse de la peau. L'extrait de douce-amère a beaucoup moids d'énergie (jue la décoction ; il peut réussir dans des cas de lèpre peu graves , chez les individus jeunes et bien constitués: j'emploie souvent la pommade de calomel eu même temps que la douceamère.

On a réussi à guérir en un mois ou six semaines des lèpres qui avaient résisté à tout autre moyen, h l'aide des puvf^alifs combinés avec les bains tièdcs ou les bains de vapeur. Le calomel est de tous les purgatifs celui qui réussit le plus généralement ; mais il faut avoir soin de l'associer au jalap ou h la rhubarbe , de manière à produire une ou deux selles liquides ; sans celte précaution il est souvent absorbé et produit la salivation. Dans quelques cas de lèpres rebelles et chez des individus bien coistitués , j'ai eu recours à des purgatifs plus actifs.

La teinture de canthariJes , administrée à l'intérieur à la dose de cinq , dis, quinze, vingt et trente gouttes, fait quelquefois disparaître rapidement la lèpre, surtout lorsque cette maladie est peu étendue et peu animée. Quelques personnes pensent qu'on peut porter ce remède jusqu'à la dose de soixante ou quatre-vingts gouttes, en se guidant d'après l'état des organes digestifs ; de telles doses doivent être graduées avec beaucoup de prudence. De tous les remèdes dangereux et énergiques, employé dans le traitement de la lèpre, la teinture Je cantharides est peut-être celui qui a le plus d'action sur cette maladie; mais il a incontestablement l'inconvénient de déterminer quelquefois des inÛammations des organes digestifs ou des voies urinaires et qui exigent qu'on en suspende l'emploi et quelquefois même qu'on y renonce entièrement.

Lorsque la lèpre est très-ancienne et étendue à un grand nombre de régions, lorsqu'elle a été vainement combattue par divers traitemens plus ou moins énergiques, il faut se bornera un traitement palliatif, aux bains simples, ou recourir aux préparations arsenicales. On donne la solution de Fowlcr a la dose de quatre h cinq gouttes par jour. Cette dose peut être élevée successivement jusqu'à quinze gouttes eu quatre prises et doit être continuée ordinairement pendant plusieurs mois. Quelques praticiens veulent qu'on la porte jusqu'à cinquante ou soixante gouttes. J'ai rapporté (art. AasÉNic) plusieurs observalions de Girdleslon , VVillan , Bateman , Plumbe , etc. , qui démoni rent l'action salutaire de cette préparation contre la lèpre. J'ai obtenu moi-rrême de semblables résultats ; mais plusieurs fois aussi , quelque soin que j'aie pris de graduer soigneusement les préparations arsenicales, je les ai vues produire des dérangemens de fonctions digestives. Leur administration exige donc à la fois beaucoup de circonspection et une surveillance non interrompue. Si , après quelques jours d'usage de la liqueur de Fowler, les malades se plaignent d'un sentiment de tension , de raideur ou d'enflure de la face , de chaleur ou de picotement au gosier, de chaleur dans la bouche, ces phénomènes , alors même qu'il n'existerait aucun dérangement appréciable des fonctions de l'estomac , indiquent que la dose de ce remède a été donnée trop forte et qu'elle doit être diminuée ; si la langue devient rouge à sa pointe ou sur ses bords , s'il survient de la soif et un léger érythème à la face , si la sécrétion de la salive devient abondante, l'usage de celte liq\ieur doit être suspendu ; enfin il faut renoncer à son usage, s'il se déclare des nausées , des vomissemciis , des vertiges , accompagnés de toux et d'épigastralgie. Ces accidens cessent ordinairement parle seul effet de la suspension du remède, sans qu'on soit obligé de les combattre par des émissions sanguines , qui cependant peuvent devenir nécessaires. Les solutions arsénicales moins actives du docteur Valangin , du docteur Pearson , du docteur Lefèvre , et les pilules arsenicales de la pharmacopée d'Edimbourg, ont les mêmes avantages et les mêmes inconvcniens , et elles exigent la même surveillance et la même réserve dans leur emploi.

La résistance déplorable que la lèpre offre trop souvent aux remèdes les plus énergiques et l'espoir de parvenir à les remplacer par quelques autres plus certains ou moins dangereux, ont donné lieu à une foule d'essais et d'expériences dont je vais rappeler les principaux résultats.

he goudron , à la dose de huit, dix, douze grains et plus ; les pilules de térébenthine, à la dose de quinze, vingt- quatre ou trente - six grains, ont été essayés dans la lèpre avec des résultats très-variables.

L'antimoine et le sulfure d'antimoine ont quelquefois produit des améliorations dans l'état de la peau, mais jamais de guérison remarquable.

L'utilité des préparations mercurielles a été exagérée par M. J. Wilson. De petites doses d'une solution aqueuse ou alcoolique de sublimé corrosif sont de toutes ces préparations celle dont les avantages sont le moins contestés. Le calomel donné comme laxatif, est utiie dans la lèpre vulgaire ; mais il détermine si promptement la salivation, lorsqu'il est absorbé , qu'il faut surveiller ses effets. La décoction de daphne mezereum employée par M. Pearson dans plusieurs cas de lèpre , a procuré un soulagement momentané et rarement de guérison complète ; ses etfels sont cependant plus marqués que ceux de la salsepareille. Le daphne mezereum peut donner lieu à des vomissemens , à une strperpurgation , à une inflammation du pharynx et de l'estomac. Ce médicament est moins actif sous forme de sirop; quelques personnes l administrent comme adjuvant des préparations arsénicales.

La liqueur de potasse de la pharmacopée de Buden , à la dose de 20 à 30 gouttes , l'extrait aqueux d'ellébore blanc , à la dose de 2 à 4 grains , diverses préparations de renoncules , du rlius raJicans et du rhus toxicodendrum, ont parfois apporté une grande amélioration dans l'état des plaques lépreuses, lors- ([■u'elles étaient nombreuses et très-enflammées, et sans déranger notablement

LEUCORRHiE.

les fonctions des organes digestifs. L'action de tels remèdes doit être soigneusement surveillée.

Des expériences postérieures à celles du docteur Leltsom sont loin d'avoir confirmé les avantages qu'il dit avoir obtenus d'un remède beaucoup moins actif, de la décoction d'o/'me pj/amj'ir/a/. Il reste beaucoup de recherches à faire sur le traitement de la lèpre. Quoi qu'il en soit, une vie sobre et régulièrcj un régime alimentaire habituellement composé de viandes blanches, de légumes frais , de fiuils aqueux et fondans , de laitage, favorisent l'action des ditfé^ rens remèdes que j'ai indiqués et qu'on est quelquefois rétiuit à essayer lour-àtour contre une maladie aussi rebelle.

Le mot lèpre n'est point défini dans la colieclion liippocralique ((/e affect.^ interp. van der Linden. t. II , p. 182. — Prorrhet, 1. Il, p. 521 , 522. — Epid. lilj. v. t. i, p. 774) ; mais il oft'rc un sens moins \ague dan.s V Isngoge altriljué à Gaiien (Jsago!;e, p. 9i ), La dclinItiuQ de Paul d'Egine est plus précise : AcHpce per profunditatem corponmi cutem depascitur , oibiculaliori mado, et Squamas piscium squamis similes dimittit : il ajoute n:éme le caractère fjUi la sépare du psoriasis : i/itu^a autem magis in superficie hœret et varié Jîgiirata est (lib. V. cap. 2 de lepra el psora). Plus tord on a indistincicment donné le nom de lèpre à toutes les maladies de ta peau caractérisées par des formes hideuses et dégoûtautes , et S[)éc!alement à l'élépUantiasis des Grecs. Enfin Willan a rendu au mot lèpre sa première atcfption , et a donné de bonnes figures et une description très-exacle de la maladie qu'il avait priniitivenieut désifjnée ( On ciilaneotis disorders , in-4o art. Lepra ). Uateniau a reproduit fidèletuent cette description dans son Synopsis. Le docteur Falconner {An account of ihe lepra Grœcorum, — Memoirs of ihe itiedic. societj of Lond., vol. III, p. 369) , a compris l'imjjétigo dans ses recherches. Rœmer et Carminali ont publié des observations en faveur des bouillons de lézard et de vipère. Galès, Clarté et Wallace ont cité plusieurs cas de lèpre guéris par \esfiimigalions sulfureuses ; Carvère, Cr]chlun, Razuu, Bei trand-Lagrésie ont vanté la douce-amère. Girdleslon, Willan, Balenian , M. Dufl"in et beaucoup d'autres out recommandé les préparations arsénicales (Duffiu (L. Vf ■), of squamous disorders. — Edinb. medic. and surg. journ. January 1826 ). Des observations et des remarques ont été publiées dans difTèrens recueils: (Journal hebdomadaire, t. iv, p. 299. — I. VU, p. 4.'?4. — t. vin, p. 44). — Lancette med. 1831 , t. v, pag. 9. — pag. M.— Lond. med. gaz. t. m, p. 487. — T. viii, pag. 30 ). Enfin on devra consulter Bonorden ( de lepra squamosd Halie 1795) ; Meckel [de leprS squamosd Hala' 1795 ) ; Alibert ( Précis des mal. de la peau, art. dartre squameuse arrondie ) et quelques oliservalions publiées dans mon Traité des mal. de la peau.

(P. Rayer.)

LEIIC031E. ïrjxoç, blanc. Mot par lequel on désigne l'espèce de taie produite par une cicatrice de la cornée, à la suite d'une solution de continuité quelconque tlont cette meuibrane a été le siège.

Le leucome diffère de l'albugo en ce que celui-ci résulte ordinairement d'une inflammation de la cornée qui a amené 1 épanchement et l'épaississement du fluide qui humecte les lames de cette membrane. Les moyens thérapeutiques indiqués contre l'albugo sont d'ailleurs en tout applicables au leucome et offrent aussi peu de chance de succès dans l'un que dans l'autre cas. (f^ojez

AlBDGO, pupille artificielle. ) ( P. JOLLT. )

LEUCOPHLEGMATIE. Fojez Akasarql'e.

LEUCORRHEE, Leucorrhœa. Ecoulement muqueux par les organes génitaux de la femme ; maladie ou incommodité nommée âm /lueurs blanches , vulgairement fleurs blanches . catarrhe utérin, etc.

La plupart des maladies chroniques de l'utérus et de ses annexes sont accompagnées d'une efl'usion de matière muqueuse ou puriforme par la vulve ; c'est ainsi que les squirrhes, les cancers ulcérés ou non, les simples indurations, les polypes , les tumeurs fibreuses de la matrice , les suppurations des ovaires et des trompes ont fréquemment pour symptômes , une perte blanche qui ne doit point ici nous occuper. Nous ne devons pas parler davantage des écoulemens occasionés par des ulcérations superficielles du museau de tanche ou par une inflammation aiguë du vagin, du canal de l'urètre, nées sous l'influence de la syphilis et de toute autre cause, et dont il sera traité ailleurs [F oj. Métrite , Vaginite, Urétrite). Les véritables leucorrhées, les leucorrhées essentielles , ou celles qu'on a spécialement désignées sous le nom de catarrhe utérin, ne consistent que dans un certain degré d'irritation, d'inflammation plus ou moins chronique de la surface interne de l'utérus et notamment de son col, peut-être seulement des follicules muqueux , qu'on y trouve en abondance et fort développés , et quelquefois du vagin.

Nous avons dit que la phlegmasie qui donne naissance au produit dont la leuchorrée emprunte son nom, est plus ou moins chronique, c'est donnera entendre qu'elle l'est toujours , mais à des degrés diflférens. Ainsi , pour accommoder plus convenablement à la pratique les considérations différentes et souvent presque opposées qui se déduisent de ces degrés variés , nous reconnaîtrons ici deux formes principales à celle maladie, la subaiguë , sthénique ou active, et la chronique , hyposthénique ou passive.

A. Leucorrhée subaii^uë. Cette forme se présente avec des symptômes véritablement inflammatoires , quelquefois même , avec un mouvement fébrile. Un sentiment douloureux dans I hypogastre et la région sacrée se propage aux lombes et aux aines , une chaleur prurigineuse occupe la région centrale du bassin et , quelquefois , s'étend au vagin et à la vulve; l'urine alors ne peut être rendue sans cuisson ; et le toucher , la vue même , font reconnaître de la routeur, du gonflement, de la sensibilité dans toutes ces parties. Porté jusqu a°u museau de tanche, le doigt le trouve plus gros , plus mou , plus ouvert , plus sensible et plus humide qu'à l'état normal. L'écoulement suit de près ces premiers symptômes de suraclion morbide dans l'utérus; d'abord séreux ou sanguinolent , surtout s'il succède aux menstrues ou à la métrorrhagie , comme nous l'avons vu quelquefois , il devient bientôt épais , jaune ou jaunâtre , verdâtre même; tantôt glaireux, tantôt plus fluide et puriforme. Il tache le linge

LEUCORRHEE,

LEYRES.

en jaune verdâtre en se desséchant , et lui donne la raideur du linge empesé. Plus tard il devient souvent lactescent ou glaireux et transparent; l'état inflammatoire est alors presque complètement dissipé , ce qui arrive après trenle-six ou quarante jours selon Blatin et Pinel. Nous avons vu fréquemment cet état subaigu céder bien plus promptement encore pour faire place à l'état chronique ; mais les recrudescences sont, en pareil cas, fort faciles. C'est surtout alors qu'il est difficile de démêler à quelle forme on a afl'aire puisqu'elles alternent continuellement, et l'on eu est souvent réduit à l'appréciation exacte des causes et de l'effet des médicamens dont on essaie l'emploi.

Ainsi la leucorrhée qui alterne avec les menstrues est ordinairement active, au moins pendant les jours qui précèdent ou suivent immédiatement la menstruation. On doit aussi considérer comme telle celle qui suit l'abus momentané du coït, une fatigue extrême accompagnée d'autres causes d'excitation générale , comme les nuits passées au bal, des alimens échauffiius , acres , épicés, celle qui dépend de l'usage du vin , que l'expérience prouve être nuisible à la plupart des femmes dans nos départemens méridionaux. On devra aussi considérer comme actives les leucorrhées survenant à l'occasion d'un mouvement fébrile universel , chez des sujets jeunes et sanguins , celle que cause la dentition chez les petites filles , etc. En général il en sera ainsi des flueurs blanches qui s'observent chez de jeunes enfans ( Blatin, Rayer), et chez les enfans nouveau-nés. Pour ces derniers , il est assez commun de voir, sans infection syphilitique, un liquiile épais, blanc ou jaunâtre, sortir de la vulve peu après la naissance, quelquefois même immédiatement après ; cet écoulement, tort connu à l'hospice des enfans trouvés , se dissipe spontanément en moins d une semaine ; si la couleur en est verdâtre ou d'un jaune foncé , ou en suspecte davantage le caractère ; et l'on commence à le regarder comme syphilitique s'il se soutient au-delà d'une dizaine de jours.

Les soins de propreté suffisent chez les enfans non entachés du virus vénérien ; cl, chez des enfans plus âgés, un régime modéré et quelques bains ont ordinairement suffi pour dissiper l'écoulement. Chez les adultes , il a fallu quelquelbis en venir à l'application des sangsues à la vidve , au vagin, à l anus et aux aines , et même recourir à la saignée du bras. Plus souvent les lavemens émolliens , les bains, les demi-bains , les cataplasmes sur 1 hypogastre ont suffi, avec une diète plus ou moins sévère , des boissons adoucissantes , émulsives, acidulées, nitrées. Les injections dans le vagin sont quelquefois stimulantes quoi qu'on fasse ; quelques femmes s'en sout pourtant bien trouvées ; plusieuis même se louent des douches vaginales exécutées au moyen d'un tuyau porté dans le vagin et qui y entretient, pendant quelque temps , un courant continu; d'autres préfèrent réitérer les injections pendant leur séjour dans un bain de siège.

Ces moyens antiphlogistiques , même après avoir eu un succès notable , et dénoté ainsi le caractère subaigu de l'affection , restent néanmoins quclqiielois insuffisans pour terminer la cure , et c'est aux toniques qu'il faut recourir alors, parce que le mal a passé à une nouvelle forme, celle dont nous allons parler maintenant.

B. Leucorrhée chronique ou passwe. Bien que succédant à la forme précédente, celle-ci peut être devenue lout-à fait exempte de véritable inflammation, l éduite à l'état àc flux asUiénique. Ce flux aslhénique peut même exister primitivement, et on l'observe chez les femmes lymphatiques et surtout dans les contrées froides et humides. Rare chez les très-jeunes sujets , elle est plus commune chez les tilles nubiles , et coexiste souvent avec l'aménorrhée, la chlorose; elle est i)lus commune encore chez les femmes dont les organes sont relâchés par des couches nombreuses ou par l'excès du coit , surtout lorsque celles-ci commencent à avancer en âge.

Ici point de symptômes d irritation à la matrice; souvent même simple incommodité , assujétissement léger que les soins de propreté empêchent de devenir bien di sagréable, mais quelquefois un relâchement du vagin , un abaissement de l'utérus se lient avec celte sorte de leucorrhée et ajoutent à ses inconvéniens. D'ailleurs l'écoulement peut être assez abondant pour baigner perpétuellement les cuisses et les excorier; il peut, par son abondance même , fatiguer la malade , l'épuiser, causer, du moins, la pâleur du visage , la lividité des paupières , des tiraillemens dans les reins , dans la région épigastrique , la gastrodynie , les vomissemens même ; il peut encore , mais plutôt avec la forme subaiguè , occasioncr une urétrite à 1 homme qui cohabite avec une femme ainsi malade. Peu considérable , l'écoulement est glaireux et ne mérite guère alors l'attention des gens de l'art ; plus copieux il est lactescent et ressemble quelquefois à du lait , assez de monis pour avoir servi du texte aux argumentations des humoristes.

Les toniques , les astringens à l'intérieur , ou même localement appliqués sont indiqués ici comme les adoucissans dans la forme précédente.

On a beaucoup parlé , relativement a ces derniers , des dangers de la répercussion, et l'on a quelquefois pris pour des effets de ce mode d'action ceux d'une irritation , d'une recrudescence provenant , soit de ce que les astringens avaient clé appliqués sans mesure , soit de ce qu'on avait pris la forme subaiguc pour la chronique. Toutefois un écoulement habituel , ancien et copieux, ne serait peul-clrc pas supprimé sans inconvéniens si l'on n'y suppléait d'avance par un oxutoirc à la cuisse ou h la jambe. Nous avons plus d'une fois arrêté sans dillu ultc , et sans suites fâcheuses des leucorrhées passives par des inject^ions avec l'acétate de plomb, le sulfate de zinc , la décoction de historié ou d ccorce de grenadier ; ces injections agissaient principalement sur le vagin , qui peut-être alors clait la principale source de l'écoulement. Si l'on voulait que l'ulcrus en reçut plus directement l'impression , peut-être faudrait-il tenter le

cathélérisme du museau de tanche proposé récemment parle docteur 'Mélier. Plus souvent encore, nous avons utilement administré , par l'estomac, des médicamens de même nature , et nous avons eu surtout h nous louer de l'oxide de fer noir, .î la dose de quatre à six grains par jour , et de l'écorce de simarouba en poudre à celle de dix-huit à trente-six grains. Les gastrodynies cèdent surtout merveilleusement à ces moyens. Le quina, le cachou, l'absinthe, les eaux minérales ferrugineuses, l'alun ont été employés aussi avec succès; ils agissent comme les précédens. Les opiacés ont quelquefois réussi , et l'on a récemment vanté encore l'eau distillée de laurier-cerise , le seigle ergoté. Ott s'est bien trouvé quelquefois de faire porter la flanelle sur la peau , etc.

Toutefois il faut prendre garde de dépasser les bornes d une tonijlcalion modérée : des eaux ferrugineuses et thermales ont, à notre connaissance, promptement ramené l étal subaigu et singulièrement aggravé , rendu plus opiniâtre l'état des malades , et nécessité ensuite un traitement tout opposé.

Blatin. Du calarriie iilprin ou des fleurs hlancbes, 1 vol. in-S". Paris , an X. Dubciucfiot. Trailé du catarrhe utérin ou fleurs blanclics, in-8°. Paris, 1825.

Ant. Dugès.

LEYRES [maladies des). Les lèvres sont des voiles mobiles destinés à fermer ou â laisser béante l'ouverture antérieure de la bouche, suivant les circonstances. Toutefois , il faut convenir que le mot lèvres présente en anatomie une acce|>tion plus générale que celle que nous venons de lui donner. En effet, on désigne ainsi toute production lamellée , dans laquelle les tégumens externe et interne entrent comme élémens nécessaires , et sur le bord libre de laquelle ceux-ci se continuent l'un avec l'autre et se confondent : les lèvres de la vulve, les lèvres de la bouche. Cependant nous ne considérons ici le mot lèvres, que dans le sens de la définition toute particulière que nous lui avons donnée d'abord.

Les lèvres sont au nombre de deux , l'une supérieure , l'autre inférieure. La première est continue avec le nez , la seconde se distingue du menton à la faveur de la dépression menlo-labiale , dans lac|uelle on trouve ; chez l'homme adulte, un petit bouquet de poils raides et dirigé en bas. Les deux lèvres sont séparées de la joue par un sillon courbe et à concavité antérieure, qui devient très-prononcé dans le rire, sillon que l'on peut appeler génio-tabial.

Placées immédiatement au-devant des arcades dentaires, les lèvres se moulent sur elles , et leur adhèrent au moyen d'un repli muqueux médian que 1 on désigne sous le nom de frein des lèvres; elles se re'ur.isscnt sous deux angles qni constituent les commissures.

Les lèvres ont deux faces , l'une muqueuse , l'autre cutanée. La première lisse, polie, est soulevée çà et là par un grand nombre de glandules appelées labiales; la seconde sèche, est remarquable par les caractères snivans : à la lèvre supérieure , une dépression médiane couverte d'un léger duvet , et deux plans latéraux inclinés en dehors , et couverts par les moustaches chez l'homme adulte. A la lèvre inférieure, une dépression médiane continue avec le sillon mento-labial , et comme lui revêtue de poils chez l'homme adulte , et enfin deux plans latéraux inclinés en bas et recouverts seulement d un léger duvet.

Le bord libre dos lèvres est rouge et muqueux ; la peau y commence seulement en avant , suivant une ligne ondulée en sens inverse sur l'une et l'autre lèvre , et sur le trajet de laquelle on trouve le cercle des follicules labiaux. Le bord des lèvres présente des plis antéro-postérieurs qui deviennent très-prononcés lorsque l'on fronce l'ouverture buccale , et qui s'effacent en partie dans les circonstances inverses ; ce bord est saillant sur la ligne médiane à la lèvre supérieure , tandis qu'il est déprimé dans le même point à la lèvre inférieui-e.

La peau de la face et la membrane muqueuse buccale forment principalement les lèvres ; mais , dans l'intervalle de ces tégumens , on trouve , en outre, quelques élémens fort importans : des muscles , des vaisseaux , des neris , du tissu cellulaire et de la graisse.

Les muscles des lèvres sont : l'orbiculaire que forment surtout , en se terminant , les deux muscles buccinateurs ; le myrtiforme dans la lèvre supérieure ; le carré dans la lèvre inférieure ; le canin , le triangulaire , et le grand zigomalique à la commissure.

Trois autres muscles ordinairement signalés comme appartenant aux lèvres, l'élévateur propre de la lèvre supérieure , l'élévateur commun de celte lèvre et de l'aile du nez , le petit zigomalique , sont placés en dehors d'elles ; ailleurs , j'ai montré qu'ils se terminent sur le derme de la peau qui tapisse le sillon géniolabial ou naso-labial.

Les artères labiales sout les coronaires; elles descendent de la faciale et forment, dans les lèvres, un cercle complet qui établit de larges communications entre les deux artères faciales. Les veines labiales n'offrent rien de spécial.

Les vaisseaux lymphatiques des lèvres se rendent dans les ganglions sousmaxillaires.

Deux nerfs, le facial et le trifial animent les lèvres, l'un pour les mouvemens d'expression , l'autre pour la sensibilité et pour les mouvemens digestifs de ces parties.

Le tissu cellulaire des lèvres est très-fin , il contient à peine de la graisse- Les lèvres apparaissent très-tard chez l'embryon ; aussi dit-on que, dans les premiers temps de la vie , la cavité orale se continue sans interruption avec le plan antérieur de la face. Lorsque les lèvres se forment , elles sont l'une et l'autre fendues sur la ligne médiane , dans le lieu où par suite s'établit le

LÈVRES

LÈVRES

raplié. La lèvre supérieure se soustrait-elle à celte loi , à laquelle est bien évidemment soumise l'inférieure ? C'est l'opinion généralement admise ; mais cette opinion a été établie d'après une simple apparence, comme nous le dirons dans un instant. A une époque très-prochaine de leur formation première, les lèvres , suivant quelques personnes, sont réunies entre elles comme les paupières.

Les lèvres, dans leur développement , se comportent exactement comme les

i pièces du squelette sur lesquelles elles sont appliquées ; la lèvre inférieure se développt; par deux points , comme la partie antérieure de l'os maxillaire inférieur ; tandis que la lèvre supérieure se développe par quatre points, comme la partie antérieure de la mâchoire supérieure. (La partie antérieure de cette mâchoire résulte du rapprochement des os maxillaires, et des os incisifs qui ne sont chez l'homme (|ue des épiphyses des os maxillaires supérieurs.) Les j deux points de la lèvre supérieure rudimentaire qui sont voisins de la ligue ' médiane , se i-énnissent ensemble de bonne heure, et plus tard avec chacun des points latéraux.

Api ès la rénnion de ces deux points centraux , la lèvre supérieure est trificie;

ielle présente un tubercule médian impair , séparé des parties latérales par deux fissures, parmi lesquelles la droite disparaît la première. Le point médian, primitivement double de la lèvre supérieure, correspond à la fossette sousnasale, et les deux fissures latérales remplacent, chez l'embryon, les deux petits raphés latéraux qui bornent chez l'adulte la dépression précédente. On conçoit , d'après ce qui précède, comment il se fait que la plupart des aiiatomistes ont cru au développement de la lèvre supérieure par trois points ; ils ont été abusés parla rapidité de la réunion des deux points centraux de cette lèvre. Chez les animaux de la famille des rongeurs , la lèvre supérieure reste pendant toute la \'ie trifide sur la ligne médiane , et , pour cette raison , il ne me parait pas possible de nier chez eux la théorie d'évolution qui vient d'être exposée.

La similitude de développement de la lèvre supérieure et de la partie antérieure du palais étant reconnue, est-ce bien la voûte palatine qui commande le développement de la lèvre? Ou bien, au contraire, l'inverse n'aurait-il pas lieu? Ou enfin ces deux parties apparaissent-elles ensemble , sans que l'une ait la moindre influence sur le développement de l'autre ? Essayons de résoudre ces questions difficiles , et pour cela appelons à notre secours les faits nombreux de vices de développement de la lèvre supérieure, qui sont déposés dans les archives de la science. Jamais on ne Irouve de division antér ieure du palais , sans division de la lèvre supérieure ; et d'autre part , bien que le bec de lièvre ne suppose pas nécessairement une division antérieure du palais , on doit cependant convenir que cette coïncidence a souvent lieu. Ainsi, le développement régulier de la lèvre supérieure entraine nécessairement le développement régii» lier de la pnrlie antérieure de la voûte palatine , et le développement irrégulier de la première parlie , coïncide souvent avec le développement irrégulier de la seconde. Ces faits ne sont pas tout-à-fait sufiisans pour permettre une conclusion bien sévère et sans appel ; mais cependant , si l'on veut prendre un parti entre les trois c[uestions qui ont été posées , évidemment c'est en faveur de la seconde qu'il faut se prononcer. Il parait, en effet, que c'est la lèvre supérieure qui commande le développement de la partie antérieure du palais. Certains résultats opératoires donnent un nouveau poids à ce raisonnement ; car , comme nous l'avons montré ailleurs ( Voy. Bec de lièvre) après la réunion artificielle de la lèvre supérieure , lorsque le palais est divisé en avant , il est assez commun de voir cette division s'oblitérer spontanément. L'inverse n'aurait certainement pas lieu de la même manière.

Les lèvres exécutent des mouvemens variés cjui servent au jeu de la physionomie, et qui déterminent également l'expression labiale particulière à certaines maladies ; les commissures sont tiraillées en haut et en dehors dans le rire , et dans les passions gaies ; elles sont déprimées, au contraire , dans la tristesse , dans la mélancolie et dans les affections organiques profondes. Les maladies abdominales sont particulièrement accompagnées d'un grippement remarquable de la lèvre supérieure, qu'il est souvent plus facile de reconnaître au lit du malade que de décrire, et qui consiste surtout dans l'état très prononcé du sillon naso-labial ou génio-lahial ; en même temps, comme je l'ai dit précédeuiment, • il y a dépression des commissures. Les lèvres forment la paroi antérieure de la - bouche , e\ peuvent alternativement laisser béante et clore cette cavité ; elles ■' servent quelquefois h la préhension des alimens , dans l'action de sucer et sur- ■tout dans celle de téter ; elles agissent trf-s efficacement dans la prononciation en général , et sont absolument nécessaires pour la formation de certains mots , de certaines lettres en particulier; elles vibrent chez le joueur de cor, de trompette, et forment Tanche productrice des sons, que l'instrument modifie ensuite, suivant les conditions variables qu'il présente.

5 I. Les lèvres sont sujettes à un certain nombre de variétés de conformation, sans parler des variétés individuelles qu'elles présentent , sans parler non plus de leurs différences suivant les races. Elles peuvent être réunies ou presque complètement réunies par leur bord libre , de façon à boucher ou à rétrécir singulièrement l'ouverture buccale. 'Un dérangement dans le développement premier , des brûlures , etc. , peuvent amener ce fâcheux résultat; quelle que soit, au reste , la cause de celte afFection, la même opération lui est applicable dans tous les cas , la section des bric/es contre iialure qui établissent la réunion des lèvres ; cette opération est très simple, mais il n'en est pas tout-'a-fait de même de ses suites. Le chirurgien doit , en effet, apporter les plus grands soins, pour empêcher que les parties se replacent dans leur premier état. § II. Un vice de conformation opposé au précédent , est celui qui constitue

DiCT. DE MÉDECINE ET Dp ChIKDRGIE PRATUJUES.

le bec de lièvre , dans lequel , en effet, la formation des lèvres restée incomplète, a subi un véritable arrêt. Le bec de lièvre a été déjà décrit dans ce dictionnaire , par conséquent je ne dois le mentionner ici que pour donner en entier le cadre des affections labiales; cependant nous devons réparer ici une omission qui a été commise dans la rédaction de l'article Bec de lièvre , touchant une modification que M. Dupuytren a apportée à l'opération du bec de lièvre compliqué de fente double , et de saillie considérable du bouton médian de la voûte palatine. Ce professeur retranche , quand il y a lieu , la partie antérieure des os incisifs ; il conserve le bouton médian de la lèvre supérieure, il l'emploie à former la sous-cloison des narines , et il réunit ensemble les deux parties latérales de la lèvre- Cette modification a cet avantage , qu'elle permet au nez de se relever de l'état d'abaissement dans lecjuel il se trouve chez les individus ainsi conformés, tandis que les procédés ordinaires lui laissent tout ra])latissemeut , tous les vices de direction qu'il avait primitivement.

§ m. Les lèvres sont très mobiles et très extensibles , et par consécjuent , il est rare que l'on ne parvienne pas à réunir facilement les bords des plaies dont elles sont le siège : cependant une plaie avec perte de substance , une brûlure profonde, une gangrène des lèvres , etc.. peuvent produire ce fâcheux résultat; alors les malades ne sont pas seulement défigurés , mais ils éprouvent une gêne considérable dans la prononciation; ils ne peuvent retenir leur salive, la bouche se dessèche, s'ulcère, etc. ; il est, par conséquent, urgent de venir à leur secours : on le fait au moyen d'une opération connue sous le nom de cheilo- PLASTiE. ( F. ce mot. )

§ IV. Les lèvres sont souvent affectées de plaies de diverse nature , et produites dans des circonstances bien différentes. Quelles qu elles soient , les plaies des lèvres ne demandent que la réunion , et la réunion la plus prompte ; ces parties sont , en effet , remarquables par leur extrême vascularité , et par conséquent elles ont la plus grande tendance à l'agglutination. La circonstance d'tine hémorrliagie , fournie par les vaisseaux de ces petites régions , iiidicjue plus immédiatement encore la réunion, car il suffit que les parties soient rapprochées pour que tout écoulement cesse. La ligature des vaisseaux serait le plus souvent dans ces cas superflue ; que dis-je ? elle serait même nuisible en introduisant un corps étranger entre les lèvres de la plaie. Mais quels moyens convient-il d'employer pour opérer ici la réunion ? La suture et la suture entortillée. Les raisons alléguées par Louis contre l'emploi de la suture dans les cas de plaies des lèvres sont spécieuses; mais elles ne sont que cela. Vainement essaieraiton , en effet, de les reproduire ; l'observation pratique la plus simple montrerait promptement toute leur faiblesse , on peut même dire tout leur danger. En effet , si parfaits que soient les moyens différens de la suture que l'on applique à la réunion des lèvres , ils ne sauraient aussi exactement que celle ci assurer le contact immédiat des parties : par conséquent , sous le rapport des chances de réunion par première intention , et sous celui de la guérison avec la moins grande difformité possible , il n'y a pas de comparaison à établir entre ces moyens de contention.

§ V, L'inflammation des lèvres survient quelquefois ; elle peut affecter tous leurs élémens , ou bien être bornée à quelques-uns d'entre eux ; dans l'érysipèle de la face , la peau des lèvres participe à l'inflammation ; même chose arrive à leur membrane muqueuse dans la stomatite. Quelquefois les follicules labiaux sont isolément affectés dans l'inflammation des lèvres , et il en résulte de petites pustules , cjui s'abcèdent promptement , et de l'intérieur desquelles on fait sortir par pression de la matière purulente, mêlée avec la matière ordinaire de la sécrétion de ces petits organes. Cette inflammation folliculaire des lèvres est plus commune vers les commissures ; elle apparaît souvent vers le déclin de maladies intérieures , et souvent on la considère comme une véritable crise.

§ VI. Des clous , des anthrax même , peuvent se développer aux lèvres. Ils déterminent de vives douleurs et quelquefois de la fièvre.

§ VII. Les abcès des lèvres sont rares, cependant ils ont été plusieurs fois observés ; récemment j'ai eu occasion d'en ouvrir un qui était très considérable; la matière qu'il contenait était remarquable par son horrible fétidité.

§ VIII- Le tissu érectile accidentel se développe souvent dans les lèvres , l'extrême vascularité et la structure semi-érectile de ces parties permet, d'ailleurs , très facilement de concevoir cette fréquence. Ici comme ailleurs, le plus souvent la dégénérescence érectile commence par les tégumens , et presque toujours dans le sein d'une de ces taches brunâtres, appelées nœtJi maierni. Tantôt les tumeurs érectiles des lèvres présentent des baitemens , et paraissent spécialement formées d'une base artérielle ; tantôt elles sont privées des mouvemens pulsatiles, et leur essence paraît particulièrement veineuse. Ces tumeurs s'étendent avec une grande rapidité, elles envahissent les lèvres tout entières , les joues , le nez, et le menton; quelquefois même, comme sur une petite fille que nous avons maintenant sous les yeux , elles s'étendent aux parties molles de la voûte palatine.

Les tumeurs érectiles des lèvres ont une couleur brunâtre plus ou moins foncée ; leur surface est bosselée, et parcourue par de nombreuses veines dilatées; elles sont tendues et brunes lorsque le malade fait des efforts , lorsqu'il crie ou qu'il retient sa respiration ; elles sont affaissées dans les circonstances inverses. Les unes , comme nous l'avons déjà dit, sont remarquables par leurs pulsations, tandis que les autres manquent de ce caractère. Les premières présentent une couleur rouge clair; les secondes sont beaucoup plus brunes. Les unes et les autres gênent les malades par leur poids , par la difficulté qu'elles apportent aux mouvemens des lèvres; mais, à l'état simple au moins , rarement elles causent de douleurs. Abandonnée à elle-même , cette maladie s'ac-

LEVRES

LICHEJÎ.

croît avec une grande rapidité, et ses progrès , d'ailleurs, sont d'autant plus faciles cfue les lèvres et les parties voisines sont lit'es vasculairement de la manière la plus étroite.

La compression, la ligature et l'extirpation ont été employées à la cure des lumeurs érectiles des lèvres. M. Boyer a mis le premier moyen en usage avec succès. On conçoit que , pour obtenir cet heureux résultat , il est nécessaire que la tumeur soit très-pelile. Du reste pour opérer la compression des lèvres d'une manière eOicace , on doit employer un instrument composé de deux plaques mobiles , mais susceptibles d'être fixées et rapprochées l'une de l'autre au moyen d'une vis de pression , sur laquelle elles prennent un point d'appui.

La ligature n'est applicable qu'aux seules tumeurs érectiles artérielles. 11 est inutile de dire au reste que ce n'est pas la tumeur elle-même, mais les troncs artériels qui s'y rendent que I on doit entourer par le fil. La ligature appliquée à la maladie qui nous occupe est une opération comjiliquée, parce que les lèvres reçoivent des vaisseaux de sources très-nombreuses ; en général on doit l.ei- Tarière faciale au devant des masséters , les labiales opposées sur le bord libre de la lèvre , et la sous-orbitaire à sa sortie du trou canin. Après cette opération, lu tumeur s'affaisse , mais elle ne disparait jamais complètement, parce qu'il est impossible d'empêcher le sang d'y revenir avec une grande promptitude, tant sont larges et variées les voies collatérales qui servent au rétablissement de la circulation des lèvres. Aussi est-il juste de dire que la ligature ne peut guère être employée que comme moyen préparatoire à une ablation plus ou moins éloignée.

L'extirpation est le moyen le plus j)rompt et le jilus sur : c'est celui auquel il faut avoir recours immédiatement, lorsque la tumeur est petite ; n)ais dans les cas contraires , la prudence exige que l'on fasse précéder l'opération de la compression , si ce n'est même à la l'ois de la compression et de la ligature , afin de réduire le nombre et le volume des vaisseaux qui arrosent la partie malade. L extirpation, au reste , n'offre rien en soi de particulier j on y procède de la même manière que pour les cas de cancer des lèvres.

Jïn terminant ce que je devais dire des tumeurs érectiles ou fongueuses sanguines des lèvres dans cet article , je ne saurais trop recommander aux jeunes praticiens de s'y prendre de bonne heure, pour détruire cette maladie ; les enfans, même les plus jeunes, peuvent être opérés sans grand danger, lorsque la tumeur est encore petite ; une temporisation timide a souvent compromis d'une manière grave la vie des jeunes enfans affectés de cette maladie. Nous avons dans ce moment sous les yeux une petite tille de deux ans et demi , qui ])orte une tumeur érectile presque inopérable, dont les racines s'étendent jusque dans les parties les plus |uofondes de la joue, du nez, de la voûte palatine, et qui affecte presque toute la lèvre supérieure; cette masse n'a pas été enlevée a (omps, et on lui a laissé acquérir rénorme développement qu'elle présente , prévenu qu'on était de la fausse idée que l'enfant ne pouvait être opérée avant 1 âge de deux ans. il y a un an l opéralion eut été des plus simples ; aujourd'hui elle est, je le répète, presque inexécutable; elle exposera l'eufaiit aux plus grands tiangers.

5 IX. Le cancer envahit assez souvent les lèvres. (Voyez l'unicle Cancer chiinrgie.) '

§ X. De petites loupes résultent quelquefois de l'engorgement des follicules qui abondent dans les lèvres; nous en avons observé quelques-unes qui n'ofiraicnt rien du tout de spécial; mais, dans quelques cas, ces petites tumeurs s enflamment, s'ulcèrent, elles déterminent des douleurs vives et lancinantes et elles peuvent facilement être confondues avec des tumeurs cancéreuses véritables. Un malade qu'un médecin nous avait envoyé à l'hôpital Beaujon, comme affecté d'un cancer de la lèvre inférieure, avait tout simplement un engorgement folliculaire profond de cette lèvre; il guérit sans autre opération qu'une petite incision sur la tumeur, incision à la faveur de laquelle nous finies sortir par pression la matière sébacée que renfermait le kyste.

5 XI. La face postérieure des lèvres est fréquemment le siège de petites tumeurs scmi-transpareules , de la grosseur d'un grain de millet , que l'on confond généralement avec les aphlhes , mais qui en diffèrent essentiellement. Ces lumeurs sont creuses et contiennent dans leur intérieur une matière filante , consistante comme du blanc d'œuf, et très-analogue à celle que l'on trouve dans certaines grenouilletles. Nous croyons qu'elles naissent dans certains follicules muqucux des lèvres, dont le goulot aurait été niomeutanéraeut oblitéré. Cette maladie se développe souvent chez les individus les mieux portans sous les autres rapports; cependant elle est plus commune chez les valétudinaires , et spécialement cliti. ceux qui ont le canal intestinal en mauvais état Une vive douleur locale préside à la formation des petites tumeurs qui nous ijccupeiit : une auréole inflammatoire peu étendue se développe ensuite autour d'elles. Quelquefois un pertuis s'établit par fois sur le sommet de la tumeur, pertuis qui donne issue à la matière intérieure , et la maladie disparaît. Dans d'antres cas, l'inflammation détermine la destruction de la tumeur, et une ulcération arrondie , à fond gris, à bords rouges et taillés à pic, lui succède ulcération qui offre ainsi de l'analogie avec les chancres syphilitiques; mais bientôt le fond de cette ulcération se détcrgc et la cicatrisation s'opère. Des collutaircs adoucissans d'abord, détersifs plus tard , la cautérisation supcrficielle des ulcérations , tels sont les moyens à l'aide desquels on peut modifier et guérir piomplenicnt cette maladie.

§ XII. Des ulcères syphilitic,ucs se développent quelquefois aussi sur les Icvrcs , et le plus souvent pri-nitivemenl ; faction de boire dans un vase dont vient de se servir un nulividu aifécté de la syphilis, des baisers lascifs , l'application des doigts sahs par la matière qui s'écoule de 1 urètre ou du va-in dans

la blennorrhagie , telles sont les causes qui produisent le plus ordinairemeut les chancres primitifs des lèvres.

§ XJIL Chez les enfans on observe souvent sur la face postérieure des lèvres de vastes ulcérations à fond grisâtre , et vivement enfiammées. Cette maladie est remarquable par la facilité avec laquelle elle s'étend de proche eu proche, ou par l'efl'et du simple contact aux parties voisines ; les ulcères qui la caractérisent ont la plus grande analogie, sous le rapport de l'apparence extérieure et de la marche, avec ceux qui sont produits par l'usage du mercure plus ou moins long-lemps continué; leur fond ressemble aussi beaucoup à celui des plaies affectées de pourritures d'hôpital , ou de gangrène humide. Au niveau du point où ces ulcères se sont développés , les lèvres sont tuméfiées et fort douloureuses , et plus d'une fois la gangrène des lèvres a été le résultat des progrès de cette base inflammatoire. Celte affection ulcéreuse n'est pas particulière aux lèvres ; loin de là , ces parties sont les points de la bouche , au niveau descjuels elle se développe le plus rarement ; les enfans , et surtout ceux qui sont disposés aux scrofules, sont les individus chez les({ucls oii observe le plus souvent la maladie qui nous occupe. Dans le traitement de cette affection on doit prendre soigneusement en considération l'état inflammatoire du fond de ces ulcères ; et d abord pour cette raison , il convient de mettre en usage les émissions sanguines et les applications émollienles locales ; mais , lorsqu'à l'aide de ces moyens on a fait disparaître la tuméfaction et l'inflammalion extérieures, il faut cautériser la surface malade; le nitrate d'argent, le muriate d'antimoine , le nitrate acide de mercure , sont les cau.5tiques les jjIus généralement usités. Au reste , qu'on n'oublie pas que cette maladie guérit toujours avec la plus grande facilité , à l'aide d'un traitement bien dirigé , taudis cju abandonnée à elle-même elle a souvent déterminé la gangrène profonde des lèvres , des difibrmités affreuses de l'ouverture buccale , et même des accidens plus graves.

§ XIV. Enfin des aphlhes apparaissent souvent sur le bord libre des lèvres , et deirière elles; mais cette affection , le plus souvent symptouiatique d'une autre maladie plus profonde el plus grave , ne présente rien ici de particulier-

(Ph.-Fbéd. Blandik.)

LICHEN. Lichen islandicus. Parmi les nombreuses espèces de la grande famille des lichens, il en est plusieurs auxquelles on attribuait aulrelbia des propriétés méilicales diverses , vermifuges , émétiques , fébrifuges , etc. , le tout sans qu'il y eût des preuves bien suffisantes ; mais aucune n'a joué eu médecine un rôle plus important que le lichen d'Islande. Ce lichen qui se trouve principalement dans les contrées les plus septentrionales de l'Europe, mais qu'on recueille aussi dans ses contrées tempérées , ))réseiite des expansions foliacées , longues de deu.^ h trois pouces, creusées en gouttières écartées, ciliées, sur les bords , de poils raides et parallèles, fermes , coriaces, sèches , d'un gris roux; les fructifications sont rares , orbiculées , planes, entourées d'un rebord cilié de la même couleur que le ikuLlus (Ueiens et Mtrat).

Depuis un temps immémorial ce lichen est une ressource alimentaire , précieuse pour les animaux et même pour 1 homme dans les climats deshérités de la nature ; et la nécessité, comme toujours, avait devancé la science. On avait reconnu que la décoction de lichen fournit une gelée très-abondante , et l'on avait tenlé , plusieurs fois, de le dépouiller de son principe amer par des lotions réitérées, avant que M. Westring n'eûL montré qu'au moyen dune lessive légère de sous carbonate de soude on arrivait à ce résultat d'une manière plus complète et plus prompte.

Comme médicament, il doit sa célébrité à Linnée, qui, d'après ses expéi iences, le déclara un remède excellent conlie la phlhisie et l'hémoptysie: mais i imposante autorité de ce grand nom n'a pas suffi pour lui conserver la vogue qu'il avait su lui donner d'abord. En examinant d'une manière plus scientifique les propriétés tant physiques que médicales du lichen d'Islande, on est arrivé à se l'aire sur cette plante des idées plus judicieuses.

L'analyse de RI. Berzelius y a démontré une quantité très considérable de fécule et d une matière amylacée insoluble , auxquelles se joignent un principe amer dont la saveur domine, puis de la gomme , de la cire , des sels, et eu un mot ces substances communes à la plupart des végétaux. D'autres chimistes ont donné des résultats tant soit peu diflérens pour les proportions relatives des divers' élémens constitutifs. Quant aux expériences thérapeutiques entreprises dans les temps modernes , elles ont montré que le lichen, lorsqu il n'est pas dépouillé de son principe amer, offre un médicament utile , dans lequel existe une propriété tonique assez faible, il est vrai, mais dont on peut cependant tirer parti dans quelques circonstances qu'il est à peine nécessaire d'indiquer. Le principe amer étant enlevé soit par des décodions successives , soit par l'action d un alcali, il ne reste plus qu'une substance gélatino-léculenle , dont l'action adoucissante et nulrilive ne diffère en rien de celle des autres substances du ii.ême genre.

Les préparations qu'on fait subir au lichen sont beaucoup moins nombreuses que celles auxquelles on le soumettait autrefois. La décoction est jaune et a mère ; et par le refroidissement elle se prend en une gelée tremblante , qu'on peut obtenir exempte d'amertume lorsqu'on a jeté l'eau des premières décoctions , ou mieux encore lorsqu'on emploie le lichen a|.rès l'avoir fait macérer quelque temps dans une lessive alcaline. Alors la gelée est fade, mais on la rend agréable au goût , par l'addition du sucre, de l'eau de fleur d'orange, delà canelle. On peut y ajouter même des liqueurs spiritueuses , et changer, par là, ses propriétés, suivant l'indication qu'on .se propose de remplir.

Ou prend quelquefois en tisane la décoction du lichen , amère ou non , pure ou coupée avec le lait. Il est indispensable delà prendre chaude pour la raison

LICHEN

précéilerament indiquée. Le plus ortliiiaircment , c'est la gclcé de licheu qu'on prescrilà la dose de quatre à six onces par jour ; dose qu'on peut di-passer sans danger, vu l'innocuité parfaite de cette substance. On la fait quclquelois servir de véhicule au quinquina , ou bien à quelques vermifuges; de même qu'on a imaginé de faire du chocolat au lichen. Tout le monde connaît la pâte de hchen , qui a lait la fortune de son inventeur , et d'un ex-médecin qui a trop d'esprit pour croiie un mot de ce qu'il en a dit ou fait dire. ï'. Iàatjer.

LICHEjy , s. ni. /-(j/iiv. Inflammation cutanée, caractérisée par 1 éruption Siimultanée ou successive de pa|iules rougeâtres ou de la couleur do la peau, prurigineuses , le jikis souvent disposées en groupes et quelquefois épaises sur une région ou toute la surface du corps ; cette inflamaiation se termine naturellement par une desquamation furfuracée et plus rarement par des excoi iations superficielles , mais très rebelles.

Pour rendre plus précise la description du lichen, Bateimin en a admis six variétés , dont cinq avaient été établies par'Willan. Les unes rappellent une disposition particîilière des papules ; les autres quelques nioililications dans la couleur ou l'intensité de l'éruption. Lichen sinipiex , L. piluris , L. circuinscriplus , L. agrius, L. ILvidus , L. wlicatus , L. tropicus Ce dernier , qui comprend lous les lichens dévclojqiés sous les tropiques et exaspérés par l'influence d'une température très élevée, ne constitue pas réellement une vaiicté distincte ^ des autres.

Ces variétés airectenl quehjuefois une marche aiguë cl plus souvent une marche chioiticjuc.

5 L Sjmplômes. \" Le lichen simplex peut être borné à une région du corps , , il la face , au cou , au bras, ou bien il se montre d'abord sur la face et sur les ! bras , et se propage , dans l'espace de trois ou quatre jours , sur le tronc et les I membres intérieurs , alTectant particulièrement les régions postérieures et ex- ■ I ternes des membres. Le lichen siinpLx acuius est caractérisé par de petites elevurcs solides, rouges , non transparentes , souvent acumiuées et ne conle- : I nant ni pus , ni sérosité, dépassant rarement le volume d'un grain de millet. I I Cette éruption est accompagnée d'une .-.ensalion désagréable de fourmillement, i surtout pendant la nuit ; les papules , irrégulièrement disséminées sur la peau , persistent pendant sept ou huit jours, puis leur couleur louge s'affaiblit et elles se terminent par une desquamation furfuracée. Le lichen est rarement annoncé par des symptômes généraux, et n'est précédé de fièvre , de malaise, etc., que dans les cas rares où l'truplion est considérable.

Quoique la durée individuelle de chaque papule ne soit que d'un septénaire , le lichen simpiex peut persister pendant plusieurs mois et même pendant plu- |, Sieurs années. 11 consiste alors en j)lusieurs éruptions successives ( lichen sim- I I ptex chronicus ). Pendant que l'une d'elles se dissipe , nue autre se déclare et le iichen attaque ainsi diverses régions du corps , après en avoir abandonné d autres. Souvent au moment où la guérison parait assurée, les papules se reproduisent à la suite d'un changement dans les conditions de l'atmosphère , d'une affection morale on de quelque écart de régime. Dans le plus grand nombre des cas , cette éruption n'est point annoncée par un mouvement fubrile. Ce phénomène n'a lieu que lorsque l'eruplion est considérable ou compliquée de (juelque autre inflammation. Willan s est donc trompé, lorsqu'il a aliiruié que le lichen simplex était toujours précédé de symptômes fébriles et en énonçant cette circonstance dans la définition générale qu'il a donnée du lichen.

Le licheu simplex peut passer à l'état de lichen ugnus : alors les papules s'entourent d'une petite auréole rougeâtre et semblent devenir confluentes ; quelquefois toute l'éruption ne participe pas à cette exacerbation, qui peut quelquefois imprimer une marche salutaire à une é-ruplion ancienne.

2" Lichen pilai is. Cette variété ne diffère du lichen simpiex qu'en ce que les papules se développent sur les points de la peau traversés par des poils. Leur bulbe parait quelquelbis participer à l'inflammation qui est plus profonde que dans le lichen simplex. Le lichen pilaris est presque toujours chronique ; il 1 n'est pas rare de le voir persister pendant plusieurs années. ' 3o Lichen circuinscripiiis. Cette variété est caractérisée par des groupes de papules d'une forme assez régulièrement circulaire, limités par un boid bien prononcé. Elles se manifestent spécialement sur la face tlorsale de la main , sur ! i'avanî-bras , au jarret et sur la région siernale. La marche du lichen circumj icriptus est à-peu-près la même que celle du lichen simplex : seulement il est «n peu moins opiniâtre. Quelques plaques papuleuses restent slationnaires pendant un certain temps , puis guérissent naturellement à partir du centre vers la circonlérence des groupes. D'autres s'étendent graduellement , au moyen de ! nouveaux cercles tie papules, qui s'ajoutent aux premiers, s'élargissent et I finissent par se confondre. En général, les papules sont moins enflammées cpie ' dans le licheu simplex ; je les ai souvent observées , ayant à-peu-près la même couleur que la peau. En même temps que les bords des plaques s'étendent, leur cealre devient uni, tout en conservant une teinte rose pâle, légèrement jau- ' nàtre et un aspect furfuracé. Pendant que la desquamation des premiers groupes s'opère , il en survient ordinairement de nouveaux, qui se terminent comme \' les précédons, par une desquamation farineuse. Des éruption s semblables de I papules disposées en groupes , prolongent plus ou moins la durée de la mala- F die, suivant qu'elles sont plus ou moins nombreuses. Quelquefois les papules sont disposées en petites bandelettes, de manière u simuler une ligne rugueuse, j que j'ai vu former une espèce de guirlande au-dessous du cou, s'étendant d'une

(oreille à l'autre ( lichen Gyraïus. ) ^ 4» Le lichen agrius s'annonce par l'éruption conflueiite de papules saillantes, ji acuminées , d'un rouge vif, sur une surface érythémafeiise, entourée elle-même ' d une rougeur assez prononcce. L'éruption des ))apules est souvent accoaipa-

LICHEIS.

gnée d'un état fébrile, qui disparait ordinairement lorsqu'elle est o|)éiée. Ces papules produisent un prurit brûlant , intolérable , surtout pendant la nuit et que tous les genres d irritation exaspèrent. Ce prurit est quelquefois porté au point de causer une véritable torture aux malades , qui non-seulement s'égraligneut continuellement avec leurs ongles, mais encore éprouvent une sorte de bien-être \\ s'écorcher la peau avec les brosses les plus rudes. A la sniie de ces manœuvres , le sommet de la plupart des papules est enlevé , la peau devient rouge et sanglante ; un liquide transparent suinte du sommet déchiré des papules , et se concrète sous forme de croûtes jaunâtres , proéminentes , un peu rugueuses , mais molles et peu adhérentes. Ce degré avancé et très-grave du lichen , a été rapproché par M. Alibert des excoriations de l'eczéma et fondu dans sa description de la dartre scjuamense humide.

Dans le \'\c\\en agrius très-ancien et très-invétéré, la peau est sèche , rugueuse, dure et sillonnée de rides profondes , surtout aux plis des bras et aux jarrets , lorsque l'éruption s'y est déclarée. Ces surlaces conservent leur sécheresse, même sous l'influence des bains de vapeur.

Le lichen agrius se présente assez fréquemment à l'observation. Sa durée n'est pas [dus fixe que celle des variétés précédentes. 11 peut se terminer en huit ou dix septénaires, ou se prolonger pendant plusieurs mois ou quelques années, pendant lesquelles l'éruption n'offre que des rémissions plus ou moins mar((uées. Enfin, il se reproduit très-facilement à la suite des vici,-.situdes atmosphériques, lorsqu'il a existé long-temps sur un même point, ou lors(ju'ii s'y est j)lujieurs fois déclaré.

Pendant son cours, il survient quelquefois de la douleur à l'épigastre , des nausées , tles vomissemens , de la diarrhée et quelques autres désordres fonctionnels des organes digestifs.

5» Lichen urlicalus. Celte variété que Baleman a décrite le premier , et c[u(; cet auteur a ajoutée aux espèces admises par 'Willan , a été ainsi désignée à cause de l'analogie qu'elle présente, sous plusieurs rapports , avec l'urticaire. Le lichen urlicalus se déclare spécialement sur le cou et la partie latérale de la face; il est souvent accompagné d'un mouvement fébrile et il apparaît et disparaît dans un court espace de temps. Les papules qui le caractérisent ont une forme irrégulière; elles sont enflammées , semblables aux élevures produites par la morsure des punaises ou des cousins , et sont mélangées de petites papules enflammées et prurigineuses. Pendant que ces premières papules se terminent par résolution ou pardesquamation , d'autres se montrent successivement sur le tronc et les membres , où elles deviennent confluentes et forment de petites plaques. Le lichen urlicalus est rare même chez les jeunes gens et les adultes; je ne l'ai observé que pendant les chaleurs de l'été et du printemps. Lorsqu'il se développe chez les enfaiis , il est impossible de le distinguer du strophulus caiididus , qui parait correspondre à celte variété du lichen chez les adultes.

(jo Lichen liindus. Willan a décrit , sous ce nom, une éruption de papules dont la couleur est d'un rouge obscur ou livide : suivant le même auteur, celte éruption se manifeste princif)alement sur les membres et n'est point accompagnée de symptômes fébriles. Elle est sujette à se reproduire après avoir disparu et se prolonge ainsi pendant quelques semaines. Les papules sont mêlées de pétéchies. Cette espèce de lichen est très-rare, je n'en ai observé que deux exemples, et chez des individus dont la constitution avait été détériorée par des chagrins profonds et des privations de toute espèce.

/o Sous le nom de lichen tropicus , on a compris toutes les variétés précédentes développées et entretenues par la température très-è!evée des régions tropicales. Cette inflammation papuleuse a été successivement étudiée parBontius, Cleghorn , Johnson , etc. , dont les descriptions ne diffèrent que par des circonstances ]ieu importantes. Dans ces climats , dit Bontius , lorsque la sueur a été excitée , il se manifeste des papules rouges et rugueuses qui le plus souvent couvrent tout le corps de la tête aux'pieds, et qui sont accompagnées d'un prurit très-violent. Cette éruption attaque de prélérence les personnes qui sont récemment arrivées dans ces contrées ; mais il n'est aucun de leurs habitans qui n'en ait été atteint. Lorsque la peau , devenue le siège de démangeaisons intolérables ,a été déchirée par l'action des ongles, il survient souvent des ulcérations dont il est difliicile d'obtenir la guérison. Bontius conseille de combattre le prunt en couvrant les parties avec des linges imbibés d'eau acidulée avec le vinaigre, le jus de citron, etc. Ces lolions déterminent d'abord une vive douleur, mais elle est passagère, et le prurit devient ensuite plus supportable.

Cleghorn s'exprime à-peu-près de la même manière : l'éruption cutanée, que l'on appelle pricklf-heal [chAenr piquante ), est si commune dans les pays chauds, que presque tous les habitans en sont atteints à un degré plus ou moins fort pendant les saisons chaudes de l'année. Cependant les enfans en sont plus souvent affectés que les adultes et les vieillards. Celle éruption consiste en un grand nombre de petites élevures rondes, rouges , qui se montrent sur différentes parties du corps , particulièrement après quelque exercice. Cette éruption est ordinairement regardée comme un signe de bonne santé. Tant qu'elle existe, on n'en éprouve d'autres inconvéniens que de fréquentes démangeaisons; mais si elle vient à être répercutée par l'impression du froid, à la suite d'un bain de mer ou de quelque écart de régime, elle peut donner lieu à des symptômes f.îcheux. Aussitôt qu'un malaise , une douleur de tête , une chaleur extraordinaire annoncent la rétrocession du lichen , on doit employer immédiatement la saignée, les légers purgatifs et les boissons rafraîchissantes acidulées.

Le docteur Johnson a été lui-même attaqué du lichen des tropiques. « H est impossible , dit-il , de décrire l'e.xtrcme souffrance que produit \e prickly-heat.

LICHEN

LICHEN

Elle se compose de démangeaisons, de picoteraeiis , de fourmillemens et de plusieurs autres sensations difficiles à définir. Pendant les premières semaines qui suivirent mon arrivée dans l'îiide, à peine pouvais-je goûter une heure de sommeil sans être obligé de quitter mou lit. Fatigué par l'irritation inexprimable que j'éprouvais à la peau , je me lavais avec de l'eau froide ; mais ces lotions étaient s'uivies d'un violent paroxysme. Dans cette maladie, la peau du thorax, du cou, du front , des bras et des cuisses , se couvre d'une éruption de papules d'un rouge vif, qui, en général, ne sont pas plus volumineuses que la lête d'une épingle. Elles disparaissent quelquefois en grande partie pendant le repos; mais un léger exercice ou quelques boissons chaudes et stimulantes reproduisent facilement ces papules.

Hillary avait conseillé de favoriser le développement de cette inflammation de la peau par l'usage du thé, du café , etc. M. Johnson croitavec raison qu'elle n'est d'aucune utilité , et , pour prévenir celte maladie , il engage les Européens à se vêtir légèrement , à éviter toute espèce d'exercice pendant les chaleurs du jour, à vivre sobrement, etc. Quant à la disparition subite du lichen tropicus , toutes les fois que M. Johnson l'a observée, elle a été toujours consécutive au développement d'autres maladies plus ou moins graves.

§ II. Le lichen a pour caractère fondamental des papules rouges et enflammées ; lorsque d'autres altérations se manifestent conjointement avec les ]iapules , elles constituent de véritables complications. Ainsi on dislingue p.irfois , au milieu des papules du lichen et surtout du lichen a-^rius , de petites vésicules accidentelles, semblables à celles de l'eczéma. Celles-ci pourraient même en imposer sur le genre de la maladie , si on ne remarquait que ces vésicules ne se manifestent que postérieurement aux papules , et qu'elles sont plus rares ([ue ces dernières. Ces vésicules doivent être considérées comme une coaiplication passagère, produite par l'iiilensité de l'inflammation de la peau. Le lichen complique quelquefois aussi la gale, lorsqu'elle s'est développée avec force chez un individu jeune, sanguin et robuste. Plus rarement des pustules psydraciées s'agglomèrent et se confondent avec les papules et jettent une grande difficulté sur le diagnostic. Des croûtes plus ou moins épaisses, plus ou moins étendues , couvrent bientôt nue partie de la surface malade, et peuvent faire confondre le lichen avec l'eczéma inipetiqinodes ; souvent même ce n'est qu'après la disparition de ces inflammations accidentelles , qu'on peut reconnaître le caractère papuleux de l'éruption principale. J'ai vu le lichen compliqué avec l'ecthyraa et des furoncles.

Le lichen est l'arement remplacé par une autre éruption.

Après plusieurs récidives , ou lorsqu'il a persisté pendant long-temps sur un même région, la peau présente toujours une teinte d'un jaune gris sale, et acquiert , en outi-e , une épaisseur et une résistance remarquables.

§ m. Indépendamment des nuances que présente le liclien, suivant que les papules qui le constituent sont éparses ou disposées en groupes , peu ou fortement enflammées, rares ou confluentes , il offre quelques particularités suivant les régions du corps sur lesquelles il s'est développé.

1° Le lichen de la face est commun , pendant l'été, chez les personnes dont le visage est habituellement exposé aux ardeurs du soleil. La desquamation furfuracée qui annonce sa terminaison a été décrite par quelques palhologistes français sous le nom de dartrejcti-ineuse.

2" Le lichen des membres occupe spécialement leur partie postérieure et externe; la peau de la partie interne des bras et des avant-bras, des cuisses et des jambes est souvent intacte , lorsque celle qui correspond aux partie diamétralement opposées , est couverte de papules. Les bras et les avant-bras des cuisiniers et des forgerons , habituellement exposés à l'influence d'une température très élevée, sont souvent atteints du lichen simplex.

\ IV. Causes. Le lichen attaque tous les âges. Les enfans colériques , les adultes et les individus d'une constitution nerveuse et irritable y sont spécialement prédisposes ; les enfans h la mamelle sont souvent atteints de papules analogues. La chaleur de l'atmosphère, pendant le printemps et l'été , a une influence très marquée sur son développement , et il se reproduit , chaque année, chez quelques sujets , pendant les saisons chaudes. Le lichen agrius atteint le plus ordinairement les personnes adonm'es aux liqueurs spiritueuses. Les inflammations gastro-intestinales et les causes cpii les produisent ont quelquefois précédé le développement de cette affection papuleuse.

§ V. Diagnostic. Une éruption , même très considérable du lichen stmplcx , ne peut être confondue avec la rougeole, la scarlatine et les autres inflammations exanthématcuses. Il y a une trop grande différence entre les taches de ces exanthèmes et les papules du lichen. Les affections avec lesquelles on pourrait le plus facilement confondre le lichen simplex , sont la gale et le prurigo. Dans le prurigo, qui est , comme le lichen , une affection papuleuse , les papules sont plus consitiéiables , aplaties et ont la même couleur que la peau; elles ne sont pas rouges et animées commes celles du lichen aigu ; le prurigo est accompagné d im prurit ardent, tandis que le lichen ne donne ordinairement lieu qu'à une sensation do fourmillement et de chatouillement; dans celte dernière éruption, le malade ne ressent quelquefois de prurit que lorsque le corps a été exposé à la chaleur ou excité par quelque écart de régime , et , en particulier, par l'abus des liqueurs spiritueuses. La gale a pour caractère spécial des vésicules; le lichen est une éruption de papules ; ce sont deux formes bien distinctes. Les vésicules de la gale sont presque toujours discrètes, répandues à la face interne des bras et des avant-bras, sur les poignets et entre les doigts. Les papules du lichen sont ordinairement agglomérées et situées sur le côté externe et postérieur des membres. Dans quelques cas rares, le lichen simpLrx occupe les mains; mais ses

papules sont ordinairement groupées sur leur face dorsale, tandis que les vésicules de la gale sont principalement situées entre les doigts. Les papules surtout lorsqu'elles sont confluentes, sont entourées de petites squames fines et légères; les vésicules de la gale ne le sont jamais que par de petites croûtes. Lorry, en traitant du lichen sous le nom de paputœ ^ avait déjà exposé les principaux caractères qui le distinguent de la gale, m Primo, à scabie differunl quod papulœ illœ vu'gà magis confertœ sint et elatiores ; secundo, qniid rubicundœ magis et miinis aridœ sinl ; tertio, qubd sœpè sanatisfehribus superveniant; quarto, quod latiores sinl et scepiiis récidivant paliantur, qnlim veva et légitima scabics ; quinto , quod, in furfur abeant notabile ; sexlb demàm , quod remediis sanenlur à scabiei curatione alienis. o Lorry, de morbis autan. cap. m , p. 215.

Les papules de la syphilide /j«/^i/ZeMe ( lichen syphilitique ) se rapprochent par leur dimension du lichen n;7/ca<wi ; mais elles ont une teinte cuivrée, ne sont point le siège d'un prurit continuel , et sont souvent accompagnées d'autres symptômes vénériens.

Dans le lichen agrius , lorsque les malades ont déchiré le sommet des papiles , il en exsude une humeur séro-sanguinolente qui se dessèche en petites croules molles ou peu adhérentes ; elles ne forment jamais une véritable incrustation , comme l'humeur fournie par les pustules de l'impétigo.

Le lichen circumscripius a des caractères ordinairement si bien exprimés , cjii'il est impossible de le confondre avec les autres affections papu!euses,ni avec les inflammations squameuses ; cependant, lorsque les plaques de la lèpre marchent vers la guérison, lorsque la peau a repris dans son centre son état naturel, et que les bords des plaques sont divisés en une foule de petits points rouges, proéminens , au-dessus du niveau de la peau, on pourrait les prendre pour un débris de lichen circonscrit. Mais eu examinant attentivement ces points, dont la forme est irrégulière , on reconnaît facilement que ce sont des papules.

Le diagnostic du lichen agrius est assez diflicile, lorsque les élevuressont tellement confluentes, qu'il est impossible de les distinguer. Cependant on découvre toujours en quelques endroits , sur les bords des plaques, des papules dont la présence décèle la nature de la maladie. Les papules confluentes et déchirées du lichen agrius pourraient être facilement confondues avec les excoriations superficielles consécutives à Tecse/na ; mais on trouve presque constamment, dans le voisinage de ces excoriations, quelques élevures intactes qui caractérisent ces maladies , savoir, des papules pour le lichen et des vésicules pour l'eczéma ; en outre , dans cette espèce de lichen , la peau est souvent épaissie.

Les petites pustules de l'impétigo sont quelquefois réunies en groupes, comme les papules du lichen agrius; mais dans celui-ci , il n'existe que des croûtes légères , difficiles à détacher, tandis que dans l'impétigo , les croûtes sont épaisses et tombent aisément. Le psoriasis a des caractères bien tranchés qui le séparent du lichen agrius. Les desquamations successives qui forment le caractère du psoriasis coïncident avec un épaississement de la peau qu'on n'observe point au même degré dans le lichen. En outre, on rencontre presque tou. jours des papules sur les bords des surfaces occupées par le lichen, lors même cju'il est le plus intense et le plus irrité.

Les pustules de la couperose sont enflammées à leur base, comme les papules du lichen agrius , mais elles ne s'ulcèrent point; chacune d'elles renferme une petite gouttelette de pus, taudis que les papules du lichen sont pleines , solides et fournissent , par leurs points ulcérés , un liquide séro-purulent qui humecte leur surface. Les papules , réunies sur une surface étendue marchent simultanément, deviennent confluentes et s'accompagnent d'une iri'itation profonde, qui s'étend au derme, mais rarement au tissu cellulaire sous-cutané; dans la couperose, parvenue à une certaine intensité , l'irritalion se propage toujours jusqu'au tissu cellulaire , et y laisse des empreintes durables. Le lichen agrius de la face occupe ordinairement le front , les joues , les lèvres; la couperose s'établit sur le nez et les joues. Cette dernière est accompagnée d'une sorte de fourmillement qui devient plus marqué, plus incommode après le repas, auprès du feu et dans un lieu chaud. Le prurit du lichen agrius de la face est plus vif et plus profond , il devient quelquefois intolérable pendant la nuit ou après l'ingestion de ([ucKpies boissons stimulantes. La suppuration fournie par les petites pustules acuminécs de la couperose se transforme quelquefois en petites croûtes légères qui se détachent promptement ; les papules ulcérées du lichen agrius de la face se recouvrent aussi de petites croûtes, mais elles sont plus minces, plus étendues , et se confondent ordinairement avec les squames épidermiques.

^ VI. Pronostic. La durée des lichens simples, produits par les fortes cha- ! leurs de l'été , varie entre un , deux ou trois septénaires. | Lorsque le lichen est l'effet de causes inconnues ou qui n'ont pas agi directe- | ment sur la peau, il est souvent difficile d'assigner, d'une manière précise , l'époque de sa terminaison. Il est quelquefois très rebelle et peut persister, quelle que soit la disposition des papules , pendant plusieurs mois ou même pendant quelques années. En général, le lichen est d'autant plus fâcheux et plus rebelle aux moyens curalifs qu'il est plus ancien, caractérisé par des éruptions successives., développé chez des individus d'un âge plus avancé ou d'uiu conslitulion plus détérioiée. Le lichen agrius de la face est ordinairement trèstenace et sujet à de fi équentes récidives.

J'ai a peine vu deux ou trois cas où cette inflammation papuleuse a part critique et salutaire ; c'est un mal insupportable pour les individus bien portans qu'il tourmente et qu'il agile.

^ VII. Traitement. Il me serait facile de citer plusieurs exemples de licher simplex , de lichen circumscripius, de lichen ui ticalus, dans lesquels il a sufli '

LICHEN

Page 1