LIGATURE
J'élat inflammaloiic n'est pas trop aigu. On n'en fait pas usage autrement et l'on a renoncé à la poiulre , à l'eau distillée et au sirop, de même qu'à une ibule de préparations officinales dans lesquelles il entrait.
( F. Katier. )
LIGATURE, s. f. (chirurgie), Hii^nlura. Cordon de substance flexible et résistante , qui sert à étreindre cci laines parties, afin d'en provoquer la chute ou d'y arrêter la circulation des liquides.
I. Alors même qu'elles ne sont pas séri ées , et par cela seul qu'introduites dans nos parties, elles embrassent dans leur anse des portions plus ou moins considérables des tissus vivans, les ligatures tendent toujours à diviser ceux-ci, et à se rapprocher graduellement des surfaces cutanées ou mucjueuses du cor])s. L'action organique, éliminalrice de toutes les substances étrangères, Cit la Ccuse immédiate de ce phénomène. L'élroitesse du lien employé , sa pesanteur, sa résistance , sou incorruptibilité, sont autant de circonstances qui favorisent la division qu'il doit opérer. 11 coupe toujours les tissus avec lenteur ; 1 inflammation le précède, la cicatrice le suit; de telle sorte, qu à mesure qu'il chemine, la nature ferme derrière lui la solution de continuité qu i! détermine incessamment, et que, toujours, il semble borner son influence à maintenir libre le canal qu'il occupe. C'est d après cette loi, que des fils ])lacés sur les jtarois intestinales , pour en opérer la suture , tombent , après un temps assez court, dans la cavité de l'organe , dont la continuité n'est pas interrompue, et sont expulsés avec les matières alvines. C'est d'après ce principe, encore, qu'est fondée l'opération de la fistule à l'anus d'après la méthode de la ligature , méthode peu em|)loyèe , mais dont les résultats ne sont cependant pas à dédaigner dans la pratique. C'est enfin , d'après cette action constante que les fils quf constituent les ligatures dites d'attente divisent les vaisseaux, derrière lesquels on les a placées , et occasionnent fréquemment i'hémon Iiagie qu'on les destinait à arrêter. La soie , le chanvre , le lin , le plomb , l'argent recuit , sont les substances dont on fait habituellement usage ])our former les ligatures dont il s'agit.
II. Dans d'autres cas, des liens semblables servent, en comprimant fortement les tissus, à les étrangler, à les divi.^er immédiatement, ou à les faire g'aduellement tomber parla mortification , en y arrêtaut le mouvement circulatoire , et en y éteignant la vie. Quelques tumeurs vasculaires , molles et foni^ueuses , développées à la surface cutanée du corps, où à celle des organes que recouvrent des membranes muqueuses, tels que les lèvres, la langue, le gland, les parties génitales de la femme, embrassées par un fil mince et solide , en soie ou en argent, serré avec une certaine violence , sont étranglées tout-à-coup et tombent immédiatement par l'efi'et de la constriction. Ce mode d'action est quelquefois préféré à l'instrument tranchant , d'abord parce qu'il effraie moins les sujets pusillanimes, et ensuite parce que les vaisseaux contondus parla jiiession du fil, donnent ensuite moins de sang que si le bistouri ou les ciseaux ies avaient divisés.
Lorsque la tumeur est ])lus résistante et ])lus volumineuse , l'action du lien ne saurait être aussi prompte, et il faut attendre que la nature sépare spontar.émcnt les parties, dans lesquelles le mouvement organique est détruit par la compression circulaire. Il est à remarquer alors , d une part, que les liens dont on fait usage doivent être aussi solides et aussi étroits que possible ; de l'autre , que leur constriction doit , dans tous les cas , être portée, dès le premier abord, à son plus haut degré d'intensité. Les fils de chanvre , de lin , et même de soie , s'allongent aisément et s'altèrent jiar le si jour dans des lieux chauds et humides, ce qui rend quelquefois leur action incertaine ou insuffisante ; d'où il résulte fjue beaucoup de chirurgiens leur préfèrent des fils métalliques, tels que ceux d'argent recuit, dont la résistance est plus considérable , en même temps qu'ils ne subissent aucune décomposition dans leur substance.
Liés seulement avec une force médiocre , les pédicules de la plupart des tu- , meurs ne sont d'abord que comprimés à un degré suflisant pour que les élémens organiques qui les composent s'afTaissent et diminuent de volume ; de telle sorte (ju'après quelques heures, les juilsations artérielles, inslanVanément suspendues, s'y rétablissent, en même temps que le retour du sang veineux y éprouve un obstacle considérable. La tumeur qui paraissait , au moment de l'opération, insensible, alTaissée et flétrie, se ranime, se gonfle, devient livide, s'enflamme, cause de la douleur et devient quel(|uefois l'origine ou la source d'accidens graves. On prévient ces phénomènes, toujours fâcheux, et dont le moindre inconvénient est de prolonger, sans utilité possible , l'action des liens , en serrant ceux - ci , dès le premier abord , autant que le permettent et la force de cohésion de la matière qui les compose , et la vigueur de celui qui les applique. Si, vingt-quatre heures après la première constriction, l'on aperçoit quelque signe de résurrection de 1 action organique dans la partie étreinte, il faut, sans le moindre relard, ou resserrer davantage la ligature tlevenue trop libre, ou en appliquer une seconde, dont la constriction sera portée plus loin. C'est un précepte toujours faux et dangereux , que celui qu'ont établi quelques auteurs de ne procéder, à la chute de certaines tumeurs par la ligature, qu'en ne serrant (pie gi iiduellcment les liens appliqués sur leurs pédicules. Agir ainsi , c'est mulliplicr et les douleurs des malades et les chances défavorables d'inflammation ou d'autres accidens dont l'opération peut être accompagnée.
Lorsque la base des tumeurs est large et résistante , au point qu'il est douteux que la ligature puisse 1 étrangler avec une promptituvlc suffisante, on a proposé de traverser cette base , dans son plus grand diamètre , avec une aiguille armée d un double lîl. Chncun de ces lils doit être ensuite lié séparément sur chacune des moitiés des parties à diviser, lesquelles deviennent j.ar cela «» même plus f.iciles à étreindre. Ce procédé est quchpiefois employé avec avantage.
Il est préférable à celui qui consiste à former, avec l'instrument tranchant, autour de la base de la tumeur, un sillon plus ou moins profond , destiné à recevoir ensuite le lien constricteur. En agissant ainsi, on réunit les désavantages, s'il y en a, qui sont inhérens à l'emploi du bistouri , à ceux de la ligature ellemême. La saine chirurgie repousse une alliance aussi peu méthodique
Un procédé déjà indi((ué , et que j'emploie souvent avec succès , consiste , après avoir isolé le pédicule de certaines tumeurs profondes, ganglionnaires ou autres, à y placer une ligature fortement serrée, au-devant de laquelle je coupe la masse morbi'ie. J'ai agi plusieurs fois ainsi, dans des cas de tumeurs fibreuses pédiculées du col de la matrice , et toujours avec le plus grand avanlage. On évite ainsi les lenteurs de la séparation organique des parties étreintes , les incommodités inséparables de la présence d'une tumeur qui s'altère de gangrène et se décompose, et même les dangers attachés à la formation, au séjour et à la résorption possible des liquides putrides qui en découlent. La tumeur étant emportée , au contraire , le malade ne garde plus que le fil de la ligature ; et lorsque celui-ci se détache à son tour, la guérison se trouve achevée.
m. La ligature des artères affectées d'anévrisme , ou blessées par des instrumens vulnérans, est une des opérations les plus fréquentes de la chirurgie, une de celles dont on a le plus varié les procédés.
Les liens dont on fait le plus communément usage dans ces cas, sont ceux de chanvre ou de soie. Ils doivent être solides , afin de pouvoir être serrés d'une manière convenable , et cirés à leur surface , pour que l'humidilé les relâche moins aisément, et aussi pour que l'aide qui les noue les manie avec plus de facilité. Autrelois , on attachait une grande importance à proportionner le volume des ligatures à celui des vaisseaux qui devaient les recevoir : un fil simple suffisait pour les artérioles ; deux , trois ou quatre brius du même fil, unis au moyen de la cire, formaient un ruban lisse et uni, qui servait aux arlères d'un calibre moyen ou très-considérable. On pensait, que la forme rubanée du lien rendait sou action plus douce , prévenait la section trop prompte des parois du vaisseau, et éloignait ainsi le danger des hémorrhagies. L'expérience a rectifié ces idées. Il est évident, par exemple, que les liens aplatis deviennent ronds, lorsqu'on les lie sur une artère , qui se fronce , se creuse en sillon , et se divise en partie |)ar leur action. Jl est évident aussi que le lien coupe toujours la tunique interne et moyenne du vaisseau lié , tandis (|ue la tunique cellulaire résiste , s'applique à elle-même et ne sera divisée que par l'efTet secondaire de l'élimination organique ; d'où il résulte que ce ne seront pas la forme du lien ou son volume , mais son degré de constriction et l'énergie vitale du sujet qui , toutes choses d'ailleurs égales, détermineront sa chute rapide ou tardive, après la section des parties qu'il embrasse.
A. Des liens arrondis, d un vokime proportionné au degré de force avec lequel on croit devoir agir , sont donc généralement substitués aux ligatures si péniblement calculées , quant à leur largeur, dont on se servait autrefois. Doivent-ils être placés sur l'extrémité d'une artère ouverte à la surface d'une plaie récenle ? Le chirurgien , armé de deux pinces à ligature doit d'abord saisir le vaisseau avec une des pinces, puis avec l'autre le dépouiller des parties musculaires , fibreuses , celluieuses ou nerveuses qu'il peut avoir entraînées avec lui, de telle manière que ses parois, libres et exemptes de tout accompagnement | étranger , soient seuls soumises à l'action du fil. Celui-ci est tenu par un aide , <pii le noue , d'un nœud simple fd'abord , lequel est porte avec les deux doigts indicateurs au fond de la plaie , au-delà des extrémités de la pince , et serré sur Tarière avec une force suffisante. Un second nœud affermit le premier et achève d'assurer la ligature. Un des chefs de celle-ci doit être aussitôt coupé, à une faible distance du nœud, et l'autre un peu au-delà du bord de la plaie, qu'il doit dépasser»
Lorsqu'il s'agit de lier une artère dans la continuité d'un membre , et qui ne présente sur ce point aucune altération , après avoir mis à découvert la gaine qui la renferme , le chirurgien doit inciser cetle gaine , mettre l'artère à dècou- i vert et l'isoler complètement, dans la moindre étendue possible, puis glisser sous elle une sonde cannelée , et sur cette sonde un stylet aiguillé , qui entraine les fils de la ligature. Celle-ci est enfin serrée avec un nœud simple qu'un second nœud surmonte. Un des chefs esl encore coupé, comme dans le cas précédent , et l'autre amené entre les lèvres de la plaie, qu'on réunit immédiatement, ou du moins (|u'on rapproche de manière à hâter leur cicatrisation. Nous avons indiqué ailleurs les précautions à prendre , afin de s'assurer que la ligature est convenablement placée, qu'elle embrasse l'artère et qu'elle l'embrasse seule. Nous n'y reviendrons pas. (Z'. Anévbisme.)
C'est celte opération , d'ailleurs si simple dans ses instrumens , si prompte et si facile dans sou exécution , qu'un grand nombre de chirurgiens se sont efTorcés de perfectionner encore.
H. Et d'abord, Scarpa établit qu'il suffit de mettre en contact la surface interne des artères, sans diviser leurs parois , et que l'inflammation adhésive, provoquée ainsi, deviendra le moyen le plus sûr dt; prévenir l'hémorrhagie. Scarpa veut qu'on emploie deux ligatures , plates , composées de six brins de fil , unis en forme de ruban , au moyeu de la cire , et que ces deux liens étant placés sous le vaisseau , on les noue sur un cylindre de sparadrap , long de six à luiit ligues et large de trois. Après quarante-huit ou soixante-douze heures , le travail de l'adhésion est considéré comme assez avancé , pour permettre de couper les ligatures et enlever avec elles le rouleau protecteur de l'artère. Ce procédé a été varié de plusieurs manières ; il comptait naguère encore de nombreux partisans. Clin substitua au louleau de toile de Scarpa un morceau de liège, auquel IM. Willaume , de Metz, donna une forme particulière; Percy l'avait rcm|)lacé par une presse-artère , que Deschamps modifia légèrement à son tour. Au demeurant , ces instrumens n'ont rien ajouté à la méthode de 1 a-
LIGATURES CIRCULAIRES
LIGATURES CIRCULAIRES
plalissemenl, et le procédé de Scarpa est encore, dans celle mithodc , celui qui réunit, ajuste litre, la plus grande somme de suffrages.
G. M. Maunoir émit cette opinion , que le défaut de rc-lraction des vaisseaux, liés à la manière ordinaire dans la conlinuilé des membres, est une cause puissante de la section prématurée de leurs tuniques et de la manilestation des hémorrhagies consécutives. 11 établit, en conséquence, le précepte d'ajjpliquer toujours sur les artères deux ligatures , entre lesquelles le tube devait être coupé. Selon lui, on voit alors les deux extrémités du vaisseau s'éloigner, s'enfermer dans leurs gaines celluleuses j aucun tiraillement n étant exercé sur eui, les fils ne tombent que lorsque l'oblitéralion est complète et solide. 11 est incontestable que des ligatures appliquées , selon ce procédé , ont parfaitement réussi ; mais il ne l'est pas moins que la ligature simple n'échoue que très-rarement ; et lorsque cela a lieu , il est au moins douteux , que la section conseillée par le chirurgien de Genève eût prévenu ce malheur. C'est dans la maladie des tubes arléiiels , qu existe la cause des insuccès observés en certaines circonstances après les ligatures, et ces maladies produiront ce réj sultat fâcheux, soit que l'on ait ou non placé deux, liens cl div.sé le vaisseau entre eux.
' D. Adversaire de Jones, qui ne voulait pour ligatures des artères que les liens les plus ténus et les plus divisifs possible, M. H. G. Jauieson , de lialtitnore, préconise des lanières de pe.iU de daim, non tannées , larges de deux lignes environ. Ces ligatures doivent être appliquées à plat, médiocrement sériées , alin de ne point diviser les tuniques interne et moyenne des artères, et même de ne pas étiangler complètement les imsu vasvruin de la membrane celluleuse ; enlin , leurs extrémités seront coupées très-près du nœud qui embrasse le vaisseau. Si l'on en croit le chirurgien américain , les ligatures ainsi faites ne déterminent pas d inOammation suppuratn e ; elles sont ramollies par l'humidité et bientôt détruites par les vaisseaux absoi bans j de telle sorte qu'il n'y a nul danger de les incarcéier dans les plaies , et de réunir immédialeinent les parties sur elles.
E. Celte vue pratique^ relative a la possibilité de faire absorber des ligatures dans les plaies , lit naître , dès 1814 , en Amérique , des tentatives renouvelces en 1815 à Londres. M. Physick se servit , à la première de ces époques , de ligatures de peau de daim et de boyau.x de chatj M. Lawrence se servit de : soie, et fut imité , plus tard , par Dcl|îech j M, Wardrop préféra, au contraire, l'intestin du ver à soie au boyau de chat, que son compatriote, A. Cooper, avait employé. Quoi qu'il en soit , ces ligatures , serrées au point de diviser la tuuique interne et moyenne des artères, et coupées très-près de leur nœud , oat tantôt été abandonnées sans jnconvéïiient , dans la plaie réunie sur elles, et tantôt ont provoque des inflammations secondaires , des abcès , avec le pus desquels leur expulsion a eu lieu. On ne peut donc compter, en aucune uiaiiitre, sur les heureux résultats que leurs auteurs se sont promis en les employant. i\ 11 eu est de même des ligatures metalli([ues , imaginées par .M. II. S. Leî vert d Alabama. Ayant obborvc que des balles , des morceaux de (cr et d'autres i corps analogues demeurent souvent, pendant de long lies années , dans nos i organes sans y provoquer de désordre, le chirurgien qui vient d être cité pensa que des fils d'or, d argent ou de platine, appliques sur les artères, jouiraient du même privilège. Des expériences , faites sur les animaux vivans , coulirmfcreut en partie ces inductions j mais on sait quelles dili'érentes existent ordinairement , entre les résultats obtenus chez l'homme, et ceux que les ten- 'j talives sur les animaux semblaient faire espérer. Tout porte à penser que les I ligatures métalliques réussiraient moins souvent encore , que les ligatures absorbables formées de substances animales.
. G. C'est afin de débarrasser entièrement les plaies de la présence de ces corps étrangers , qu'a surtout été précouiste la torsion des artères , dont nous n'avons
I a nous occuper ici , que pour marquer son rang et ses rapports avec la ligature.
j {y. Torsion .)
Quant à celles-ci , il est incontestable , pour tous les esprits droits , que la plupart des substitutions faites aux fils ordinaires , au procédé le plus simple de les appliquer, ont surchargé ou compliqué l'art sans le perfectionner en rien. Les artères aplaties sont presque toujours divisées , parla présence des rubans et du cylindre, dans une étendue beaucoup plus considérable qu'elle ne le serait par le fil de chanvre ; les ligatures absorbables ne sont qu'assez rarement abiorbées et ne peuvent être abandonnées avec sécurité dans les plaies ; les ligatures métalliques ont tout ce qu'il convient , pour piquer, pour stimuler, poui enflammer les parties ; et enfin les ligatures ordinaires , bien appliquées , tomj bent ordinairement en un temps si court , et leur présence est un si faible obstacle à la cicatrisation des solutions de continuité , que la .saine pratique hésitera toujours à leur substituer d'autri s procédés. (L. J. Bégin.) LIGATURES CIRCULAIRES DES MEMBRES. {Médecine.) L'emploi de ces ligatures remoate à une époque fort reculée ; Celse en conseille 1 usage dans le traitement des plaies produites par la morsure des ser- ' pens , en même temps qu'il parle de l'extraction du venin au moyen des veu- 1 touses. « Iguur iii primis mprà vubius id membrum deligaiiduni est , non lainen i nitniwn vL'liemenler J ne iofpeat ; dein. veiienum exLrahenduin est. Id cucurbi- \ lulu opliine facit, etc. » (Lib. v , cap. ii, sect. xii, 2"). C'est aussi le moyen dont se servit , pour lui-même , notre Ambroise Paré , mordu par une vipère à l'extrémilé du doigt indicateur, dans le voyage qu'il fit à Montpellier , pour accompagiier le roi Charles IX.
I : La ligature , en pareil cas , est encore généralement recommandée de nos jours , non plus d'une manière empyrique , mais d'après une loi bien appréciée de physiologie, comme moyen de retarder , sinon d'empêcher complètement
l'absorption des venins et des virus ; mais Ton sait aussi qu'il ne faut s'en servir que comme d'un au.^iliaire utile , et jusqu'à ce qu'on ait pu administrer des secours plus efficaces, {Foj. Morsure , Plaies , 'Venîks , 'Veutoi-ses.)
Jusqu'à Ambroise Paré , les chirurgiens, pour s'opposer aux hémorrhagies dans les amputations des membres , n'avaient employé qu'une ligature circuT laire , très-étroilement serrée autour du membre; mais, indépendamment de la douleur et des iuconvéniens qui en sont inséparables , une pareille constriction ne devait apporter qu'un obstacle bien impuissant à récoulemcot du sang artériel ; et l'on a lieu de s'étonner que, du moment où Ambroise Paré eut conçu l'idée de lui associer la compiession des artères, on n'y ait pas renoncé complètement.
C'est à ces seules circonstances chirurgi( aies que les anciens ont borné l'emploi des ligatures circulaires des membres , mais les modernes les ont apposées, avec succès , à diverses autres maladies du ressort de la médecine proprement dite. Ainsi les accès d'asthme convulsif, d'hystérie, ont été suspendus, modérés ou empêchés par leur emploi. Swiéten , CuUen et d'autres praticiens les ont proposées pour prévenir la transmission de Vauva-epiiepiica au cerveau , et faire ainsi avorter les accès d'épilepsie. Elles sont encore d'une application utile dans le traitement des congestions cérébrales ou pulmonaires , et des apoplexies avec tendance à récidive, dins toutes les affections périodiques, dans certaines maladies tlu cœur, surtout de ses cavités droites; dans les ophthalmies rebelles, l'épistaxis, etc. , ijuand d'ailleurs on a usé, autant que possible, des émissions sanguines , et que l'on se trouve réduit au seul emploi des révulsifs. Dans toutes ces circonstances , des ligatures un peu serrées audessous des genoux, ajoutent singulièrement à l'efficacité des pédiluves irritans et des sinapismes dont ils conlitiuent l'action pendant la durée de leur applica- 1 tion, que l'on peut prolonger presque indéfiniment, soit d'une manière permanente , soit à diverses reprises.
Tout récemment . M. Alphée Cazenave a eu recours aux ligatures des membres dans des cas de névralgies qui étaient restés réfractaires à un grand nombre de remèdes, et les succès qu'il en a obtenus permettent de les compter au nombre des moyens les j)lus propres à combattre cette maladie (Bulleliii théiapeulique . n" 2 , tom m )
L'emploi des ligatures circulaires parait être depuis long-temps une praii([ue vulgaire contrôles fièvres iiiterniittcntes dans certaines contrées de l'A ngleterre et de la France; mais ce n'est que depuis peu qu'on l'a introduit dans la pratique médicale comme un mode régulier de traitement. Il résulte des diverses observations qui ont été <l('jà publiées sur ce sujet , que les ligatures doivent être appliquées au début du frisson , à la partie supérieure des quatre membres à-la-fois ; il suffit de deux ou trois tours de bandes assez serrés pour interrompre la circulation veineuse superficielle , et gêner le cours du sang dans les artères et dans les veines profondes, sans jamais pourtant l'y suspendre complètement. MM. Martinet et Robouam, qui , des premiers en France, ont rapporté des observations de fièvres intermittentes guéries par le moyen des ligatures circulaires , dans le service de MM. Récamier et Husson , à l'Hôtel- Dieu , ne les ont jamais maintenues en place moins de vingt - cin([ ni plus de cinquante minutes.
Les phénomènes auxquels donnent lieu les ligatures , sont difTérens selon qu'on les emploie dans telle ou telle autre période des accès : appliquées au début du frisson, indépendamment de la tuméfaction et de la couleur violacée des extrémités , résultat de la rétention du sang veineux au-dessous des ligatures , on observe , après quatre ou cinq minutes , la cessation des symptômes de l'accès , c'est-à-dire du froid et du malaise qui l'accompagnent : quelques malades même accusent alors un sentiment de bien-être : le pouls , de lent, petit , concentré qu'ils est au commencement d'un accès, prend après l'application des ligatures , plus de développement et de frécjuence. Mais au bout de sept à huit minutes , un peu plus tôt, un peu plus tard, les malades commencent à se plaindre d'engourdissemeiis , de fourraillomens , de picotemens incommodes dans les extrémités ; souvent il se manifeste des mouvemens convulsifs , involontaires et partiels, dans les muscles des cuisses, des jambes et des bras , passant avec la plus grande facilité d'un muscle dans un aulre , quelquefois disparaissant pendant l'action des ligatures, d'autrefois persistant encore quelque temps après qu'elles ont été enlevées. Souvent encore il survient des menaces de syncope et même de véritables syncopes ; mais il suffit pour les dissiper , de desserrer une seule ligature que l'on réapplique après quelques instans ; et si les accidens se renouvellent, on revient au même moyen , qui les dissipe encore avec la môme facilité. 'Voilà , du moins , ce qui a lieu le plus communément ; mais il est des malades chez lesquels on n'observe aucun de ces phénomènes , quelques-uns qui no sont pas même incommodés par îles ligatures, et qui pourtant ne laissent pas d'en éprouver les bons effets. Après trente, quarante ou cinquante minutes . on enlève les liens , mais avec la précaution de ne les enlever que successivement, eu laissant un intervalle de plusieurs micutes entre l'enlèvement de chacun d eux.
Quand le malade est débarrassé des ligatures, le pouls se développe davantage, quelquefois il se manifeste un léger mouvement de réaction , mais il ne reparaît ni frisson ni malaise. Cette réaction n'est accompagnée d'aucun accident grave , et dure en général beaucoup moin.s long temps que celle qui , dans les accès précédons , succédait à la période de froid.
Souvent, dès la première application des ligatures, les accès ont été supprimés, quelquefois ils n'ont cédé qu'à la seconde ; rarement la fièvre a résisté à trois applications régulières , faites au début du frisson. ( Robouam. )
Les ligatures , appliquées pendant la période de réaction , ont diminué peut-
LIGATURES CIRCULAIRES
LIMOrf ADE.
être un peu la durée et l'intensité des phénomènes qui caractérisent ce stade des fièvres intermittentes, mais elles ont toujours été sans aucune influence favorable sur le retour et la durée des accès subséquens. Aussitôt après l'enlèvement des liens , la réaction reparaît presque avec la même force qu'aux accès précédens.
Appliquées dans l'intervalle des accès, ou peu après la période de réaction, elles ont paru nuisibles ; les syncopes ont été plus fréquentes et plus promptes, les fouraiillemens plus douloureux ; les malades se sont trouvés dans un état de faiblesse et de prostration plus marqué, et qui a souvent continué après l'enlèvement des ligatures. Loin que les accès aient perdu de leur intensité et de leur durée , ils ont paru plutôt se rapprocher et devenir plus intenses ; et si l'on en juge par deux observations qu'a rapportées, entre autres, M. Robouam , dans la ISowelle Bibliothèque médicale, il semblerait qu'en continuant l'emploi des ligatures pendant plusieurs intermissions successives, on ferait passer une fièvre intermittente au type continu.
Maintenant, si nous cherchons à expliquer les effets immédiats de l'application simultanée des ligatures h la partie supérieure des quatre membres , nous voyons qu'une énorme quantité de sang , par sa rétention au-dessous des ligatures, se trouve brusquement soustraite à la circulation générale; mais les effets de cette soustraction doivent nécessairement varier à raison de l'instant où elle s'opère. Au moment du frisson, quand le sang tend à abandonner la périphérie du corps, pour se concentrer, vers les organes intérieurs, il est évident qu elle s'oppose en quelque sorte mécaniquement aux mouvemens congestifs , qui s'établissent durant cette période des fièvres d'accès, et dont la période de réaction n'est qu'une conséquence obligée. En s'opposant à ce premier effet de tous les accès de froid, elle s'oppose par cela même aux effets qui doivent le suivre, et dès-lors l'accès est interrompu. C'est du moins à cette perturbation qu'ont attribué leurs succès tous les mètlecins qui ont écrit sur l'usage des ligatures circulaires des membres dans le traitement des fièvres intermittentes.
Mais quels doivent être les effets des ligatures au moment de la réaction ? Comme déjà la congestion intérieure est un fait accompli au moment où survient la réaction , qui n'en est qu'une conséquence , les ligatures ne sauraient , non plus qu'aucun autre moj^en, s'opposer aux suites de cette congestion. Seulement on conçoit qu'elles puissent modérer sensiblement les symptômes de celte réaction, puisqu'elles ont toujours ralenti plus ou moins les mouvemens du cœur et diminué sensiblement la chaleur; mais c'est h cela seul que doit se borner leur eflèt : elles ne s'opposent pas au principal phénomène de l'accès , à celui qui tient tous les autres sous sa dépendance; elles n'ont par conséquent aucune influence sur le retour des accès subséquens , parce qu'elles ne peuvent rompre la disposition des organes à reproduire les mêmes actes morbides. Peutêtre même serait-ce un tort de maîtriser ces efforts salutaires de réaction par lesquels la nature cherche à détruire les effets funestes de congestions qui s'établissent pendant la période précédente. L'on sait du moins que c'est souvent parce que la réaction ne peut s établir, que les malades succombent dans le stade de froid des fièvres intermittentes pernicieuses.
Si ce que nous venons de dire des ligatures appliquées au moment de la réaction est fondé , à plus forte raison peut on le dire de leur emploi pemlant 1 interaiission des accès. On sent que , par les mêmes raisons , elles doivent être sans aucun effet salutaire, à moins qu'elles ne soient appliquées que fort peu de temps avant la période de froid, au moment où elle va se déclarer; alors elles doivent cire assimilées aux ligatures placées au début du frisson , et leur effet peut être le même.
En résumé, les ligatures circulaires, employées au début d'un accès avec les précautions que nous avons indiquées, paraissent avoir guéri des fièvres intermittentes , et par analogie ou est autorisé à présumer qu'on en retirerait les mêmes avantages dans d'autres affections périodiques , ou caractérisées par un grand trouble de l'innervation. Elles constitueraient surtout un moyen précieux, dans les cas plus rares qu'on ne le croit communément , où les préparations de quinquina ne pourraient être administrées. Leur emploi est tout-à-fait rationnel , et peut être d'un grand secours dans les congestions cérébrales ou pulmonaires, dans certaines dyspnées, dans les maladies du cœur , surtout après un usage convenable des anti-phlogistiques , soit comme moyen de s'opposer à de nouvelles congestions , soit comme propre à les combattre , en produisant momentanément les effets d'une saignée copieuse , sans en avoir les incoiivéniens ; niais leur emploi a besoin d'être surveillé par le médecin, à cause îles syncopes qu'elles provoquent presque inévitablement par suite du défaut de stimulation du cerveau. L'innei vation peut être alors suspendue, et de là nécessairement la syncope et la mort même, si l'on ne se hâtait , en desserrant une des ligatures, de permettre à une plus grande quantité de sang de parvenir au cœur, puis au cerveau.
De plus , il est indispensable de ne desserrer les ligatures que l'une après 1 autre el à un intervalle de quelques minutes. Une aussi grande masse de sang, rendue brusquement à la circulation , exposerait aux plus grands dangers; car c est un fait bien constaté en physiologie que les transitions brusques , de quelque manière et dans quelque sens qu'elles aient lieu, ont toujours des couséquenccs lâcheuses , souvent même funestes. Les ligatures ne sauraient non plus être employées dans tous les cas indistinctement. Une hypertrophie du cœur, un obstacle au cours du sang dans quelqu'un des principaux vaisseaux, la présence de varices très-nombreuse ou très développées , un œdème un peu considérable , un état général de faiblesse ou d'atonie , seraient autant de contreindications à leur application.
Barchstaedt , Je Artuum ligaluris ad nonnullos morbos usitatis, Duisbourg, 1773, in-4''.
fl/(ïr«;nef. Observations sui- des fièvres inlermitlentes , guéries par la ligature des membtes ( liibliolbèque médicale , t. LXXU , Paris , 1821).
Robouam. Mémoire el observaliocs sur l'emploi des ligatures circulaires dans le trailemcut des fièvres intermittentes {Nout^elie Bibl. méd., 1827 , I. 1").
lioiirgery. Quelques faits sur l'emploi des ligatures circulaires des membres dans la plupart des maladies périodiques {Thèses de Paris, 1827 , n° 257).
( P. JOLLT. )
LIMAÇON. Appelé aussi colimaçon ou escargot; ce genre de mollusques dont l'histoire naturelle est très-intéressante, a été employé en médecine, quoiqu'il n'y soit pas d''une grande utilité. Les espèces en sont très-nombreuses ; et un grand nombre d'entre elles sont usitées comme aliment, surtout dans les pays méridionaux où elles constituent un mets tiès-estimé , et où l'on donne beaucoup de soins à leur engraissement, ainsi que le faisaient d'ailleurs les anciens.
La coquille de ces animaux est calcaire et analogue aux écailles d'huîtres et autres substances du même genre ; leur chair fade et visqueuse ne présente à l'analyse que de la gélatine et quelques sels eu proportion peu considérable. Peut-on comprendre, d'après une comj)osition aussi simple, qu'on ait pu attribuer à l'escargot des propriétés médicamenteuses , qu'on l ait considéré comme presque spécifique dans une foule de maladies, et qu'on se soit évertué à lui faire subir une foule de préparations , toutes plus insignifiantes les unes que les autres ?
On n'exigera pas sans doute de nous le triste et stérile tableau des erreurs dans les(juelles peut tomber l'esprit humain , quand il abandonne la voie de l'observation judicieuse. 11 nous suffira de dire que les limaçons , soit avalés tout entiers et crus, soit bouillis dans l'eau, soit traités en eau distillée , en infusion vineuse, etc., ont été vantés contre la phthisie pulmonaiie , le scorbut, le ver solitaire, l'accouchement laborieux, etc.; qu'on les appliquait à l'extérieur en pommade el en cataplasme ; qu'on avait voulu utiliser même l'espèce de bave visqueuse qu'ils excrètent, lorsqu'on les irrite ; qu'enfin leur coquille pulvérisée ou calcinée avait aussi trouvé son application entre les mains des thérapeutistes anciens.
Le temps a fait justice de ces absurdes folies , et si l'on emploie anjourd hui les colimaçons dans la phthisie pulmonaire, ce n'est, on doit le penser au moins pour l'honneur de ceux qui les prescrivent, que comme un moyen sans conséquence de varier des prescriptions dans une maladie de longue durée , et où il est si difficile de soutenir le courage des malades. Le bouillon de colimaçon n'est ni plus ni moins efficace que le bouillon de veau, d'écrevisses , de grenouilles et autres semblables. (F. Ratier.)
LIMON. Ciiriis limo. Fruit connu sous le nom de citron qui ne lui appartient pas et qui est d'un usage fréquent en médecine comme dans l'économie domeslique. Sa chair acide , surtout dans notre climat où il est apporté avant sa maturité parfaite , renferme comme élément principal de l'acide citrique. Quant à son écorce dont les utricules contiennent beaucoup d'huile volalile d'une odeur agréable et dont on se sert pour aromatiser diverses boissons alimentaires et médicamculeuses , vojez Limonades , Acide citrique , Huiles