LUMBAGO
posée à leur développement, les loupes eukyslées s'ouvrent ordinairement au dehors , et se terminent par une fistule intarissable ; ou bien elles se vident de la matière qu'elles contiennent (les tannes), et s'affaissent pour reparaître bientôt, lorsque la sécrétion du kyste a reproduit la matière expulsée. Les loupes non enkystées ou graisseuses acquièrent parfois un développement énorme , sans subir aucune espèce de transformation ; mais souvent elles s'altèrent, leur tissu devient dur, lardacé, et il ne tarde pas à prendre tous les caractères cancéreux.
Les loupes par elles-mêmes sont en général très peu graves ; mais elles peuvent devenir dangereuses par suite de leur dégénérescence. Les loupes graisseuses sont plus à craindre que les autres , parce qu'elles ont plus qu'elles de tendance à dégénérer. Le stéalôme est plus grave que le lipôme ; le stéatôme, en effet, comme nous l'avons vu , peut être considéré comme un lipome qui a déjà commence à s'altérer. Les grosses loupes gênent surtout par leur volume et par leur poids. Enfin le lieu , la région dans laquelle les loupes apparaissent ne sont pas indifférens pour le pronostic : les loupes de la tête , par exemple, sont plus graves que toutes les autres, parce que l'opération qu'elles réclament peut déterminer en ce lieu de graves accidens , si l'on ne se tient continuellement en garde pour les prévenir.
L'ablalion est l'indication la plus rationnelle que présentent les tumeurs qui nous occupent ; ce n'est pas toutefois que d'autres méthodes thérapeutiques n'aient été proposées et mises en usage , pour combattre cette maladie; mais il est facile de voir, par la lecture des auteurs , et par l'examen clinique , que ces méthodes sont, pour la plupart, sans eflicacité ; ou qu'elles ne sont propres qu'à la guérison de maladies qu'on ne considère plus aujourd'hui comme des loupes.
La compression , la contusion ou l'écrasement des loupes n'ont guère été efficaces que lorsqu'elles ont été appliquées aux kystes séreux, ou aux ganglions synoviaux. Les substances ammoniacales et les autres résolutifs sont dans le même cas que les moyens précédens. Le procédé des injections irritantes importé du traitement de l'hydrocèle dans celui des loupes , est une conception malheureuse , qui n'a même pas pour elle l'analogie ; car, dans l'hydrocèle , c'est une membrane séreuse dont on produit Tinfiammation , tandis que , dans les loupes enkystées ( tannes , etc. ) , les liquides irritans agissent sur la membrane tégumentaire dont on connaît le peu de tendance à l'inflammation adhésive. Le séton , les caustiques et tous les moyens qui produisent la suppuration des loupes , peu utiles lorsque ces tumeurs sont enkystées , sont absolument inefficaces dans les cas de loupes sans kystes ; que dis-je même ? dans ce dernier cas , les méthodes de traitement que je viens de nommer peuvent hâter la dégénérescence de la tumeur, et devenir ainsi la source d'accidens fâcheux.
L'ablation des loupes est donc la seule méthode qui convienne pour leur traitement. Cette opération n'offre d'ailleurs aucunes conditions particulières pour le cas dont il s'agit ici; qu'il nous suffise seulement de dire, que les loupes enkystées sont plus faciles à emporter que les autres, parce qu'elles sont moins adhérentes qu'elles. Toutefois , cette facilité suppose que l'opéiateur a pris le soin de ne pas ouvrir le kysie , avant la complète séparation des parties voisines, ce qui est quelquefois difficile, lorsque la peau lui adhère intimement. Ajoutons enfin que tantôt les loupes doivent être emportées à l'aide d'une simple incision, et que tantôt une double incision semi-elliptique est nécessaire, pour détacher avec la tumeur la peau altérée, ou celle qui nuirait à la cicatrisation de la plaie par son excès de longueur. Ph. Fréd. Blandin.
LUETTE, s. f . , wa , ufula, grain de raisin , prolongement médian du bord libre du voile du palais. La forme de la luette est , en effet , à peu de chose près celle d'un grain de raisin. Sa longueur varie un peu suivant les individus. Ses deux faces opposées présentent un raphé souvent très prononcé.
La structure de la luette est i)eu compliquée : une portion de la membrane muqueuse de l'ouverture bucco-pliarjngienne la constitue principalement. Des glandules muqueuses y doublent de toutes parts la membrane tégumentaire. Enfin le muscle palalo-stapliy Un, azjgos uv-ulce ( albinus , sœminering ) occupe sa base.
La luette se forme par deux parties latérales bien distinctes dans les premiers temps de la vie, et réunies plus tard au niveau du raphé. Chez quelques individus ces deux pièces restent séparées pendant toute la vie , par suite d'un trouble survenu dans leur formation,
La sensibilité de la luette et très peu prononcée; lorsqu'elle est mise enjeu par une irritation un jieu vive , l'estomac est sympathiquement excité dans la même proportion , et il se manifeste des nausées.
La luette est sujette à quelques malatlies : elle s'enflamme avec le reste de l'isthme du gosier dans les angines; et dans celte circonstance elle acquiert un développement qui double ou triple même son volume ordinaire. Dans les .nngines couenneuses on la trouve souvent entourée d'une couche membraniformc épaisse , qui se détache quelquefois sous la forme d'un doigt de gant. Lorsque les inflammations de la luette ont été souvent répétées , celle-ci con-^ serve d'une manière permanente un volume considérable , il survient une véritable hypertrophie de sa couche glanduleuse , qui ne peut être comparée qu'à 1 hypertrophie des amygdales; quelquefois néanmoins l'excès de développement et la proc.dcncc de la luette dépendent seulement d'une sorte d'œdéme sousmuqueux. Quo. qu .1 en soit , le malade ainsi affecté , éprouve une gcne continuelle dans la gorge , la langue est continuellement tilUlée à sa base , et il en résulte des mouvemcns continuels et instinctifs de déglutition. Des gargarismes astringens ou ac.dulcs , l irritation produite par le contact du nitrate d'^r-^ent
font le plus souvent disparaître la seconde variété de cette maladie ; mais à la première il est nécessaire d'appliquer une petite opération , l'excision de l'organe exubérant. 'Voici comment on la pratique : le malade étant placé devant une croisée , la tête appuyée contre la poitrine d'un aide, et la bouche béante, on saisit l'extrémité de la luette avec une petite pince de Museux ; et avec de longs ciseaux on emporte l'extrémité de la partie. Il s'écoule peu de sang , le malade souffre peu , et la petite plaie est promptement cicatrisée. -
Chez les individus qui présentent une division congéniale du voile du palais , la luette est également divisée ; quelquefois même alors une des moitiés de cette partie s'est plus développée que l'autre , de façon qu'au premier abord, on croirait que le trait de la division n'est pas médian. Quand la luette seule est divisée , ce qui arrive rarement , le malade n'éprouve aucune gêne , et ce n'est pas le cas de tenter une opération.
Des chancres syphilitiques affectent souvent la luette et en opèrent la destruction. Nous en avons vu un qui avait perforé ce petit organe de parten part à la base. Outre le traitement anti-syphilitique général , il faut encore , dans ce cas , cautériser la surface ulcérée.
A l'occasion de la vessie, on parlera de la luette vésicale, et de ses états pathologiques. Ph. Fréd. Blakdin.
LUMBAGO, s. m. Douleur dans la région lombaire, tantôt bornée à un seul côté , et tantôt les occupant tous deux , dont l'invasion est ordinairement subite, qui force, en général , les malades à se tenir courbés en avant , et s'oppose invinciblement au redressement de la colonne vertébrale , sans gonflement et sans rougeur dans la partie affectée , rarement accompagnée d'un accroissement de la chaleur locale, et ne réagissant enfin sur les principaux organes pour produire ce qu'on appelle la fièvre , que lorsqu'elle est d'une certaine violence.
A cette longue définition , on soupçonne déjà que la nature et le siège du lumbago ne sont pas bien connus. En effet , c'est une inflammation pour plusieurs auteurs, un rhumatisme pour d'autres , une névralgie pour quelquesuns ; il occupe les muscles psoas , au dire d'un certain nombre d'observateurs; les muscles de la région lombaire suivant les uns, l'aponévrose qui les recouvre suivant les autres ; ceux-ci le placent dans les tissus articulaires des vertèbres , ceux-là dans le périoste même de ces os et du sacrum ; enfin, quelques médecins lui assignent pour siège les nerfs de la région des lombes. En un mot, sur cette maladie comme sur tant d'autres, autant d'opinions que de têtes , et peutêtre autant d'erreurs que d'opinions. Nous sera-t-il possible de faire pénétrer un peu de jour au sein de ce chaos ? Essayons , et commençons d'abord par poser les faits.
L'invasion du lumbago est le plus ordinairement subite : un courant d'air frais qui vient frapper sur la région des lombes , un effort pour soulever un fardeau , un mouvement brusque de torsion du tronc , l'action de rester courbé en avant pendant un certain temps , et quelquefois la simple action de se baisser , telles sont les causes sous l'influence desquelles on le voit presque toujours apparaître. J'en ai été atteint en prenant un bain de baignoire dont je refroidissais graduellement la température , et j'ai vu plusieurs personnes en être prises à la suite d'un bain de rivière. Quelques malades en éprouvent les premières atteintes au milieu de leur sommeil, et bien que soigneusement préservées du froid. Enfin, on le voit succéder souvent aux excès des plaisirs vénériens ;■ mais dans ce cas il est ordinairement de courte durée et se dissipe par le seul effet du repos ; il n'y a probablement pas là véritable lumbago , ce n'est qu'un sentiment exagéré de fatigue.
La maladie consiste , avons-nous dit , dans une douleur située dans la région lombaire ; cette douleur occupe l'un ou l'autre côté des vertèbres et souvent les deux côtés à-la-fois , elle s'étend parfois jusqu'au sacrum et au coccix ; dans le plus grand nombre des cas elle est transversale. En général , elle acquiert rapidement le degré de force qu'elle doit avoir ; il n'est pas rare même que , dès le premier moment de son apparition , elle se manifeste avec une violence qu'elle ne dépassera plus. Quelle que soit sont intensité, le toucher et la pression l'augmentent rarement , mais toujours le mouvement la réveille et l'exaspère , et quand elle est très violente, elle cloue les malades dans une immobilité absolue; il leur semble que toutes les parties qu'elle occupe soient brisées et prêtes à se disloquer , ou bien ils y éprouvent un sentiment de morsure ou de dilacération des plus atroces. Cette douleur , enfin , diminue toujours et semble parfois disparaître dans le repos. Comme toutes les douleurs violentes , au reste , elle offre dans la même journée plusieurs alternatives de relâche et d'exacerbalion ; ses redoublemens ont ordinairement lieu le soir et pendant la nuit.
Et cependant aucun symptôme inflammatoire n'accompagne ordinairement cet appareil de souffrances : point de gonflement de la partie, point de rougeur, à peinede l'accroissement de température, Que si ces symptômes se manifestent, aussitôt le pouls s'accélère, l'appétit disparaît, la soif s'allume, la face se colore, la tête devient douloureuse , la peau brûlante et sèche ou h.ilitueuse , les urines sont rouges , rares et ardentes. Ainsi tant que le lumbago reste exempt de toute complication , il n'excite pas la fièvre qu'elle que soit son inlensilc ; aussitôt qu'une complication inflammatoire vient s'y joindre , il provoque cette réaction fébrile. N'est-il pas tout naturel de conclure déjà de ce fait que le lumbago n cst pas une inflammation ?
Mais tout ce que nous avons dit jusqu'ici de son étiologie et surfout de sa marche et de ses symptômes ne démontre-t-il pas qu'en effet la nature de cette maladie n'est pas inflammatoire ? Voit-on l'inflammation se déclarer subitement à l'occasion d'un effort , d'une position gênante , ou d'une contraction musculaire convulsive ? La voit-on en général offrir, dès le début , toute la violence