‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 120 sur 311 · LUMIERE · texte numérisé non relu

LUMIERE

dont elle est susceptible ? Est-ce le propre de l'inflammation d'être aussi douloureuse que l'est le lumbago ? Et quand une douleur aussi vive l'accompagne , 'ne s'y joint-il pas de la chaleur , de la rougeur et du gonflement ? Une phlegimasie aussi douloureuse n'est- elle pas toujours accrue pas le loucher et la pression , etc. ? Il n'est pas sans exemple , sans doute , de retrouver toutes ces particularités dans le développement et la marche de l'inflammation , mais elles s'y font remarquer comme des circonstances toujours exceptionnelles , tandis qu'elles sont presque constantes et caractéristiques dans le lumbago. Or , tous ces caractères appartiennent aux névralgies : le lumbago est donc une névralgie. Comme ces affections , les contractions musculaires de la partie endolorie le iréveillent j comme elles , il ofi"re souvent ce caractère d'une douleur dilucérante que l'on n'observe pas dans les phlegmasies; comme elles , il a ses redoublemeus le soir et pendant la nuit ; comme elles, il disparaît quelquefois instantanément sans avoir présente de diminution graduelle; comme elles , il se reproduit avec une grande facilité ; entin , nous verrons bientôt qu'il cède aux mêmes moyens |thérapeutiques. Après toutes ces preuves, peut-on tiouter de sa nature? [t A cette nouvelle théorie du lumbago , on ne manquera pas d'oj>poser te petit nombre d'observations d'anatomie pathologique que possède la science sur cette maladie. Baillou, Morgagni, Baglivi , Plater, ont trouvé, nous dira-t-on, (les muscles des lombes d'une couleur brune ou grise , ayant perdu une partie (de leur cohésion , et contenant de petits épanchemens sanguins entre leurs jfibres. Ces faits ne prouvent qu'une chose, à mou avis: c'est que les auteurs Jque je viens de citer ont donné le nom de lumbago à des inflammations muscu- ;laires , et qu'avec tous leurs comteniporains , ils ont confondu sous la même idénominatiou toutes les afl'ections douloureuses de la région lombaire, jusques et y compris la néphrite et même la carie des vertèbres , ainsi qu'on peut le voir en lisant leurs observations. Mais le lumbago, tel que nous l'avons décrit, [le seul que j'aie observé , celui que l'on rencontre tous les jours dans la pratique, n'a pas d'analogie avec ces afl'ections. Qui ne sait d'ailleurs combien les inflammations musculaires sont rares et combien le lumbago est fréquent? Qui ne sait que ces phlegmasies des muscles sont peu douloureuses , taudis que le lumbago l'est beaucoup ? Enfin qu'y aurait-il d'étonnant que les muscles des lombes s'engorgeassent de sang après avoir été long-temps convulsés et maintenus dans un état de crampe prolongée par la névralgie ? Les altérations que nous avons décrites pourraient donc être l'effet du lumbago, sans prouver pour cela que celte aflcction fût de nature inflammatoire.

Mais l'ppinion la plus répandue sur le lumbago ne le considère pas comme une phlegmasie , mais bien comme un rhuinatisine. 11 n'est pas aussi facile de renverser cette opinion que la précédente. On a donné pour caractères au prétendu rhumatisme qui n'a pas son siège dans les articulations , tous les phénomènes de la névralgie. 11 en résulte que toutes les preuves que j'ai accumulées pour établir la nature névralgique du lumbago, servent aussi puissamment à prouver sa nature rhumatismale aux yeux des partisans de celte dernière manière de voir. Je n'entreprendrai pas de discuter ici cette question de pathologie, cela nous entraînerait beaucoup trop loin; mais je ferai remarquer que les personnes cjui sont le plus fréquemment affectées de ces prétendus rhumatismes du tronc ou de la continuité des membres , n'offrent presque jamais d'exemples du véritable rhumatisme articulaire [l^ojez Aiithivite), ce qui est inexpli cable dans la supposition que ces afl'ections sont de même nature. J'ajouterai enfin , qu'en étudiant ces afl'ections dites rhumatismales, sous le rapport de leurs causes, de leurs symptômes, de leur marche et de leur traitement, en un mot , sous tous leurs points de vue, on leur trouve infiniment plus d'analogie avec les névralgies qu'avec le rhumatisme articulaire. Au fond de tout cela, il n'y a peut-être qu'une discussion de mots , et l'on simplifierait beaucoup la question , on en rendrait la solution bien plus facile , si l'on voulait enfin ne donner le nom de rhumatisme qu'à la maladie articulaire que nous avons décrite au mot arthrite. On pourrait alors étudier sans idée préconçue toutes les douleurs du tronc et de la continuité des membres , et les comparer entre elles; on saurait bientôt en quoi elles se ressemblent ou diffèrent , et on arriverait, j'espère, à la même conviction que nous sur la nature de la maladie qui nous occupe.

Le lumbago n'offre aucune gravité; abandonné à lui-même , il peut sans doute se prolonger indéfiniment , mais sans jamais compromettre la vie des malades ; combattu par des moyens convenables , il se termine presque toujours par résolution ; dans quelques cas rares seulement , il passe à l'état chronique. Sa durée moyenne est de huit à dix jours; il disparait quelquefois en vingt-quatre heures , et d'autres fois , mais très-rarement, se prolonge pendant plusieurs mois.

Traitement. Lorsque le lumbago est très-inlense et qu'il réagit sur les organes principaux, on peut avec avantage, chez les individus sanguins et pléthoriques, en commencer le traitement par une saignée du bras. 11 est rare toutefois que, même dans ces cas, on ait recours à ce moyen; presque toujours on se contente d'appliquer des sangsues sur la région douloureuse ou à l'anus , et cette saignée locale, répétée autant que la nécessité le réclame, suffit en général. On en seconde puissamment les bons effets en provoquant une abondante diaphorèse par des boissons chaudes et sudorifiques ; par un bain chaud ou un bain de vapeur, en couvrant beaucoup les malades et les condamnant à l'immobilité. Les sueurs ont une telle influence sur la guérison du lumbago, qu'il sufilt souvent de plonger les malades dans un bain très-chaud , de les rouler ensuite dans une couverture ds laine bien chauffée, de leur faire boire coup sur coup plusieurs tasses chaudes d'une infusion de bourrache , ou de sureau , ou de sassafras, etc., etc., et d'entretenir pendant quelque temps lu transpira-

tion que ces moyens provoquent , pour faire disparaître promptemeni le plus intense. Quelques narcotiques à l'intérieur, et en particulier l'extrait d'aconit , à doses fractionnées , m'ont toujours paru favoriser l'eflicacité de cette médication.

Moins intense , surtout lorsqu'il n'excite pas de réaction , le lumbago ne réclame plus une thérapeutique aussi active; mais c'est encore parles mêmes moyens qu'il faut débuter. Toutefois, comme on ne parvient que difficilement alors à exciter la sueur, on ne doit pas insister sur l'emploi des sudorifiques j pour peu que les effets s'en fassent attendre. Il vaut mieux revenir aux saignées locales , si on en a obtenu du soulagement , continuer l'usage intérieur des narcotiques et spécialement, je le répète encore , de l'extrait d'aconit , dont j'ai obtenu les meilleurs effets, y ajouter celui de l'essence de térébenthine , dont l'eificacité reconnue contre la névralgie scialique n'est pas moins grande contre le lumbago, promener des vésicatoires volans sur la partie, et enfin se servir de la surface d'un de ces vésicatoires pour introduire dans l'ccouornie des médicamens doués de propiiétés calmantes, tels que l'acétate de morphine, les extraits de belladone, de jusquiame, etc. , etc. , dont l'action sur la douleur locale est beaucoup plus puissante lorsqu'on les fait pénétrer par celle voie directe que quand on les administre par l'estomac. 11 importe en même temps de maintenir le ventre libre par les lavemeus et les laxatifs ; on a souvent vu le lumbago céder, sans autre remède , à l'action d'un ou deux purgatifs. Ce sont les drastiques qui réussissent le mieux en pareil cas. Quand vers la terminaison de la maladie, on voit persister une petite douleur qui peut faire craindre le retour des accidens primitifs, on la dissipe au moyen de frictions faites avec des linimens dont les huiles , le camphre , l'opium et l'essence de térébenthine forment les bases principales. Ces linimeus suffisent même quelquefois pour guérir le lumbago récent et peu intense.

Lorsque enfin la maladie est passée à l'état chronique , on retire encore de grands avantages de l'emploi des vésicatoires; mais il faut souvent alors en entretenir la suppuration , et quelquefois même donner la préférence à un moyen beaucoup plus énergique , le moxa. Les vapeurs sèches , celles dans lesquelles surtout on fait vaporiser du camphre , procurent aussi des guérisons. On en obtient aussi , mais en moins grand nombre , par les vapeurs de benjoin et desuccin, et parla vaporisation des décoctions de plantes aromatiques. L'acupuncture compte aussi quelques succès. Enfin , dans les cas rebelles , on est forcé d'avoir recours à l'emploi des eaux thermales en bains et en douches.

Je n'ai pas parié de l'infusion d'arnica , singulièrement vantée par Barthez dans cette maladie, ni des bains de sable , de drèche, et de marc de raisin , préconisés par d'autres , parce que je n'ai pas employé ces moyens et n'ai pas trouvé dans les auteurs que j'ai pu consulter d'observations bien probantes de leur efficacité.

Les personnes qui ont été une fois atteintes du lumbago y sont par cela seul plus exposées que les autres; elles doivent donc se préserver avec soin ia région lombaire de tout refroidissement , car le froid est la cause la plus fréquente des récidives. La flanelle , ou les fourrures dont on applique le poil immédiatement sur la peau remplissent parfaitement cet objet. (L. Ch. Iîoche.)

LUMIÈRE. Si l'on observe ce qui se passe dans les lieux privés de lumière, et chez les individus , à telle classe des êtres organisés qu'ils appartiennent, qui ont dû vivre sans éprouver son influence, on reconnaît sans peine combien cet agent est utile à la vie , à la constitution et à la santé.

Dans les cavités souterraines , la végétation est nulle ou se borne à quelques mousses; partout l'ombre lui est conlraire. La matière verte , c'est-à-dire le produit le plus abondant de la végétation , ne peut se former sans l'influence delà lumière. Soustraits à son action, les végétaux s'étiolent; non-seulement ils se décolorent , mais leur saveur change et leurs formes s'altèrent; elles s'altèrent à ce point qu'ils deviennent méconnaissables et présentent tl'autres attributs que ceux de leur espèce. Des résultats analogues s'observent chez les animaux. Les œufs de grenouille ne sauraient se développer dans l'obscurité. M. Edwards , qui a constaté ce fait , a aussi reconnu que les têtards de grenouille et de crapaud passent difficilement , ou même ne peuvent passer à l'état de reptile quand on les prive de la lumière. Ils ne dépérissent pas , bien loin de là, ils continuent à se développer, et de telle sorte qu'on les voit acquérir des dimensions plus grandes que dans l'état commun. Mais, et c'est ce qu'il faut remarquer , ils restent têtards ; la transformation que , suivant le cours ordinaire des choses , ils devraient éprouver , ne se fait pas : enfin , comme les chicorées que l'on cultive dans les caves, ils ne se développent qu'avec des formes , un aspect , en un mot qu'avec des caractères insolites. C'est ce qui a fait penser à M. Edwards que la lumière a pour objet spécial de développer le corps dans les justes proportions qui constituent le type de l'espèce.

L'homme, quand il vit privé de lumière, présente aussi des caractères qui montrent que sa constitution , que son développement physiques ont subi de profondes atteintes. Sa peau est décolorée , blafarde , ses chairs sont molles , bouffies et comme infiltrées. Une sorte d'atonie semble s'être emparée de tous ses organes et présider à toutes ses fonctions. C'est ce qu'on observe chez les individus qui passent une partie de leur existence dans des lieux obscurs , dans des habitations où les rayons du soleil ne pénètrent jamais. Nous citerons les marins dont le poste habituel est dans les parties profondes du vaisseau (Delivet. Hfg- navale ) ; les prisonniers que l'on confine dans des cachots obscurs ; les individus qui , dans les grandes -villes , habitent des rues étroites , des rezde-chaussée obscurs , des caves et autres localités semblables, et aussi les dames à peau décolorée, à constitution délicate, qui s'abritent avec soin de toute clarté, autre que celle des lustres et des bougies , autre , enfin , que cette

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