‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 12 sur 311 · EXTASE · texte numérisé non relu

EXTASE

tire direle vers les organes pectoraux. En existe-t-il beaucoup qui soient dans ce cas? Je ne le crois pas , et dans le petit nombre même de ceux que j'ai cités au commencement de cet article, il en est peut-être pins d'un auquel on pourrait à juste titre contester la propriété qu'on leur attribue généralement sans y regarder de bien près. Cette classe de médicamens réclame de nouvelles recherches.

Comment agissent les expectorans ? Je me résigne sans peine h l ignorer toujours. Je remarque seulement que l'action de la plupart est beaucoup plus grande lorsqu'ils sont associés à un véhicule chaud et à beaucoup de sucre. On serait souvent tenté de croire même que la propriété de faciliter l'expectoration gît dans le sucre et dans la température du liquide, car leau chaude bien sucrée est souvent un des meilleurs expectorans. (L.-Ch. Roche.)

EXSTROPHIE. l^oyez Monstrcosités.

EXTASE. — § I. Défiiiidon et caractères phjsiolo^iqucs. — Cette expression n'est pas une de celles qu'il soit le plus facile de définir. Selon Georget , ce mot exprime un sentiment de ravissement extrême et inattendu, de volupté vive , avec inaction plus ou moins complète des sens extérieurs et des mouvemens volontaires. Toutefois , cet auteur ajoute qu'on a donné le nom d'extase à un état de perturbation des facultés morales et intellectuelles qui n'est pas toujours accompagné d'un sentiment de plaisir ; tel que , par exemple , cet état de semi-perte de connaissance qui se rencontre cjuelquefois dans la catalepsie , l'hystérie, l'hypochondrie, le somnambulisme et certains paroxysmes des ojfections aiguës du cerveriu. Cette définition est bien loin de nous donner une idée exacte et complète de l'extase.

Il faut en convenir, M le docteur Bertrand , dont la science déplore la perte récente et prématurée , a défini l'extase d'une manière qui n'est guère plus satisfaisante. « L'histoire philosophique de l'homme, dit-il, prouve que, toutes » les fois qu'il se trouve exposé à une cause permanente d'exaltation morale, » portée à un certain degré, son organisation devient susceptible d'éprouver » une modification singulière , qui donne naissance à des phénomènes physi- )i qiies ou intellectuels , dont l'ensemble caractérise un état particulier, que j'ai « désigné sous le nom d'extase. » [Du mngnétisme animal., pag. 308-9.) Cet état pai-tiddier, auquel M. Bertrand donne la dénomination d'extase , n'est pas précisément , de l'aveu de cet auteur, celui qui jusqu'ici avait porté ce nom et auquel s'applique la définition citée plus haut (celle de Georget).

A cet état, qu'il a désigné sous le nom d'extase, se ratache comme simple variété, suivant M. Bertrand, le somnambidisme artificiel on magnétique. Selon ce médecin , les phénomènes que présentaient les pythoniscs de l'aiitiquité doivent être rapportés à l'extase. Il considère enfin comme autant à'épidémics d'extnse : [° la possession des religieuses de Loudiin; 2° \e tremblement des, protestans des Cévennes, survenu après la révocation de l'édit de Nantes; 3o les convulsions des jansénistes autour du tombeau du diacre Paris; 4o l'état de ces malades qui , vers la fin du siècle dernier, allaient implorer comme suprême moyen de guérison, les exorcismes de Gassner.

En donnant ainsi le nom commun d'extase à des troubles divers des facultés morales et intellectuelles , classés par les médecins parmi les difTérentes névroses cérébrales, M. Bertrand n'aurait-il pas embrouillé, plutôt qu'éclairci, le problème qu'il se proposait de résoudre?

D'ailleurs , M. Bertrand , en plaçant parmi les caractères de l'extase, les prodigieuses facultés de la prévision , de la communication des pensées sans le secours des signes , la vision sans le secours dis yeux , etc., etc., est tombé dans une de ces déplorables erreurs dont il semblerait que les médecins , au moins, auraient dù être préservés.

L'exaltation extrême de certaines facultés, de certains sentimens intérieurs, est, sans contredit, le caractère le plus frappant de l'extase, et e est à cette concentration de l'individu moral s\ir un seul point qu'il faut attribuer la suspension momentanée des sensations extérieures et des mouvemens réfléchis. Mais l'exaltation des facultés intellectuelles ne va jamais jusqu'à constituer un état miraculeux, tel que la prévision prophétique , la vision sans le secours des yeux, la compréhension de langues qu'on n'a jamais apprises . etc. Il faut , pour admet Ire de tels prodiges , être doué de cette foi robuste que, fort heureusement, la nature n'accorde qu'à un très-petit nombre d'hommes.

Remarquez, d'ailleurs, que dans les épidémies d'extnse rapjiortées par M. Bertrand, on ne trouve rien qui dépose en faveurde l'exislence des merveilleuses facultés admises par l'auteur. Lui-même, en racontant 1 histoire de la possession des religieuses de Loudun , avoue que l'on prit pour surnaturels des phénomènes produits par une affection hystérique (ouvrage cité, pag. 347). Or, qui oserait placer parmi les signes de l'hystérie , le don de prophétie , de voir sans yeux, etc. ? et de quel droit accorder des facultés si hautes et presfpie divmes, à des gens assez slupides pour croire à la possession du diable et au pouvoir des exorcismes ? Tant d'idiotisme d une part, et tant d'intelligence de 1 autre , voilà ce qui ne peut se concevoir chez un seul et même individu.

Quoiqu'il en soit, les diverses facultés qui par leur ensemble constituent lélat d'extase, sont, d'après M. Bertrand : |o l'oubli au réveil; 2o l'appréciation du temps; 3° l'insensibilité extérieure; 4° l'exaltation de l'imagination; :> le développement des facultés intellectuelles ; 6o l'instinct des remèdes; 7° h, prévision ; 8" l'inertie morale ; 9o la communication des symptômes des maladies ; lOo la communication des pensées ; 1 lo la vue sans le secours des yeux : 12o une influence particulière de l'extatique sur sa propre organisation. Après avoir passe en revue ces nombreuses facultés , M. Bertrand a le soin d'ajouter : „ Qu'on ne croie pas cependant que chacun de ces caractères s'observe constam . ment chez tous les extatiques , ni même qu'on puisse citer un caractère quel

11 conque qui se remarque toujours et à tout instant , chez ceux qui l'ont prc- » senté une fois. Ces caractères sont essentiellement variables , fugitifs , et de- )) mandent , pour être constatés, ou des hasards heureux sur lesquels on ne » doit pas trop compter, ou une patience à toute épreuve. Qu'on se persuade .) bien surtout, (pi'il ne s'est peut-être pas rencontré un seul extatique qui les 1) ait présentés tous réunis ; et que même la plupart des extatiques , particuliè- » rement les somnambules magnétiques, ne présentent presque aucun caractère « qui puisse servir à les distinguer de 1 homme dans l'état normal. » Quoi qu'en dise M. Bertranil, ce ne sont ni des hasards heureux , tij une patience à toute épreuve , qui feront rencontrer des individus qui prédisent les événemens à venir, devinent les moyens de guérir les maux incurables, et voient sans yeux. Pour trouver de tels individus , c'est d'une crédulité à toute épreuve qu'il faut se munir :

Notre crédulité fait toute leur science.

Voltaire, OEdipe.

Mais laissons là les caractères mystérieux que M. Bertrand, trompé par les pratiques de quelques magnétiseurs, et doué d'une trop complaisante foi , a considérés comme appartenant à l'extase; et contentons-nous de signaler comme tels les phénomènes indiqués dans la définition de Georget , par laquelle nous avons commencé cet article.

§ II. Causes. — Certaines variétés d'organisation des centres nerveux constituent une véritable prédisposition à l'extase. Quelque difficile qu'il soit de préciser cette spécialité d'organisation des centres nerveux, ce n'est pas trop s'écarter , je crois, de l'observation que d'indiquer comme telle la prédominance ou le développement excessif de quelques-uns de ces centres , organes de nos facultés morales et intellectuelles.

Quant aux causes déterminantes de l'extase, on les trouve principalement dans tout ce qui tend à exciter, à irriter des facultés ou des senlimens déjà naturellement très-prononccs. C'est ainsi que tous les bons observateurs ont remarqué que, chez les personnes naturellement portées vers les sentimens religieux , des pratiques exagérées de dévotion pouvaient faire éclater l'état extatique. Chez les individus d'un tempérament érotique , ardent, les circonstances propres à provoquer la passion de l'amour peuvent de même déterminer l'extase ; des méditations forcées pourront occasioner le même état chez celui qui a reçu de la nature des facultés intellectuelles très-puissantes. N'était-il ])as plongé dans une sorte d'extase , ce grand Archimède c|ui , occupé de tracer sur le sable des figures de géométrie et d en étudier les rapports , n'entend ni n'aj)erçoit le soldat romain dont il reçoit la mort? n L'habitude de la méditation , >i dit Georget , la vie contemplative et ascétique ont quelquefois jeté dans une » sorte de rêverie voluptueuse, avec insensibilité extérieure, qui s'est renou- 1^ velée à la fin sans la cause qui l'avait fait naître.

» L'état d'extase, dit feu M. le docteur Bertrand, a dû paraître fréquemment » à toutes les époques où les esprits ont été agités par le fanatisme et par des « croyances cjui entraînaient à leur suite de grandes craintes ou de grandes » espérances. Par cela même, ajoute -t-il , on peut être certain aussi qu'il a été >i plus commun dans les siècles d'ignorance que dans ceux où la civilisntion plus 11 avancée a fait prédominer le raisonnement sur l'imagination, ii ( Ouvr. cité , pag. 309.)

§ III. Siège et nature. — On ne saurait douter que le siège de l'extase ne soit l'encéphale. Mais dire quelle est la modification de cet organe , à laquelle doivent être attribués les phénomènes de l'extase , cela est tout aussi impossible que de dire quelle est la nature du sommeil ou la nature des songes. N'est-ce pas une sorte de sommeil pathologique que l'état extatique proprement dit , comme le somnambulisme lui-même ? M. Bertrand, qui a considéré le somnambulisme artificiel comme une variété de l'extase, assure qu'on rêve dans l'état d'extase ainsi que dans le sommeil. Je renvoie , d'ailleurs , à son ouvrage pour une foule de détails que je ne saurais placer dans un ouvrage tel que celui-ci , consacré spécialement à la pratique. Le sommeil extatique , je le répète , n'est pas plus accessible à nos explications que le sommeil naturel ; nous ignorons les modifications matérielles qui se passent dans le cerveau au moment de sou apparition et pendant son cours.

§ IV. Traitement. — L'extase est aussi difficile à traiter rationnellement qu'à définir. Heureusement qu'en général cet étal n'est point grave eu lui-même , à tel point que M. Bertrand, qui s'en est occupé d'une manière toute spéciale, lui refuse le nom de maladie proprement dite. Les moyens que l'art peut mettre en œuvre contre l'extase devront être appropriés à l'état général des sujets. Si l'individu est, comme on le dit, doué d'un tempérament nerveux, on aura recours aux médicamens caïmans, narcotiques; on emi)loiera , au contraire, les émissions sanguines et les autres débilitans si le sujet est fort , vigoureu:^, , pléthorique.

Il est bien entendu que l'on recommandera d'éviter avec le plus grand soin ' tous les exercices, toutes les pratiques, toutes les circonstances enfin, sous j l'influence desquels l'extase a pu se manifester. C'est ici qu'il faut prodiguer j tontes les ressources de la médecine morale; il faut exciter les sentimens , les j passions endormies, pour ainsi dire, par une autre passion prédominante. Cette influence d'une passion excessive sur les autres facultés est bien connue , • non-seulement des médecins, mais de tous les observateurs de l'homme moral : 1 M. de Chateaubrianil , par exemple, a dit , dans son style figuré : « Une pas - . » fion dominante éteint les autres dans notre ame , comme le soleil fait dispa- « raitre les astres dans l'éclat de ses rayons. » C'est réellement sur celte donnée j que le médecin doit en quelque sorte bâtir l'édifice de sa thérapeutique contre

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