EXUTOIRE
la disposition extatique. Il faut qu'il s'applique de toutes ses forces à comprimer les facultés en exaltation; tandis que, d'un autre côté , il excitera , stimulera avec prudence les facultés engourdies, celles surtout qui s'appliquent à des objets de nature très-différente de ceux sur lesquels s'exercent les facultés exaltées. Si, comme M. Bertrand, on voulait rattacher à l'extase les faits de possession, faits, à la vérité , fort rares aujour<riiui , en attendant qu'un nouveau Gasswr vienne offrir aux malades le miracle de ses exorcismes , nous recommanilerons les procédés mis en usage dans la comédie de Dominique ou
le Posséllé. ( J. BOBILLACD. )
EXTR\CTION. Fojez Corps étrangers.
EXTRAITS. ( Ph.trm. ) — Un extrait est un médicament retiré d'une substance végétale OU animale à l aide d'un dissolvant convenable, et ramené par l'évaporation du vésicule à une consistance molle ou solide. Les extraits varient beaucoup par leur nature; ce qui tient au grand nombre de principes immédiats qui composent les végétaux et les animaux , et à l'espèce de dissolvant employé. Ainsi, en prenant les végétaux pour exemple , on prépare des extraits soit avec leur propre suc , lorsqu'ils sont à l'état récent ; soit par des infusions aqueuses ou alcoholi((ues, quand ils sont desséchés. Dans les deux premiers cas, le suc naturel ou l'eau peut se charger de gomme , de sucre , de sels , d'acides et d'alcalis végétaux , de matières colorantes et tannantes : dans le dernier, l'alcohol peut également dissoudre des matières sucrées, salines , colorantes et résineuses. 11 s'ensuit, selon que ces principes existeront tous à la fois ou isolément dans les végétaux, que les extraits en seront souvent des mélanges trèscompliqués, et qu'ils pourront d'autres fois n'être presque entièrement formes que de l'un d'eux.
C'est à la fois cette diversité et cette complexité de principes qui rendentsi incomplètes les différentes classifications que l'on a essayé de fonder jusqu ici sur la composition des extraits ; aussi n'en rapporterons-nous aucune , et nous bornerons-nous à donner l'explication des termes les plus usités qui ont rapport à l'origine des extraits, à leur préparation, à leur consistance et à leur nature.
Les extraits sont dits :
yégèlaux , lorsqu'ils sont tirés d'une substance végétale.
Animaux , retirés d'une substance animale.
Aqueux , obtenus par l'eau.
Alcooliques , obtenus par le moyen de l'alcohol.
Mous , ayant la consistance d'une pâte ductile.
Solides y cassant à froid.
Secs, sous forme d'écaillés entièrement privées d'eau. C'est à un extrait de ce genre que le comte de Lagarais a donné le nom de sel essentiel de quinquina. Celte dénomination est tout-à-fait impropre, comme l'ont remar([ué Geoffroy et Baamé; et le nom HCextrait sec est le seul qui convienne à ce genre de médicament.
Acides et sucrés ; ce sont en général ceux des fruits.
Salins ; ce sont ceux qui contiennent une grande quantité de sels qu'ils laissent cristalliser lorsqu'ils sont réduits seulement en consistance sirupeuse. Ces extraits sont en général déliquescens et presque entièrement solubles dans l'eau. Ils sont fournis la plupart par des plantes de nos climats , telles que la chicorée, la fumeterre, le cresson, la bourrache , la laitue, etc. Ce sont eux surtout dans lesquels on a supposé pendant 1 ong-temps l'existence d un principe commun et sut t;eneris nommé extractif; mais ce que nous avons dit jusqu'ici montre combien peu cette supposition était fondée. Rouelle nommait ces extraits des extraits savonn^^ux .
Gommeux ; on nomme ainsi les extraits qui contiennent de la gomme approchant plus ou moins de son état de pureté.
Résineux; ce sont ceux qui conlieuneut beaucoup de résine; on les obtient en général par l'intermède de l'alcohol rectifié.
Gommo- résineux ; ce sont ceux qui , outre la gomme et d'autres principes solubles dans l'eau , contiennent de la résine imparfaitement unie aux premiers j ce qui rend leur dissolution dans l'eau plus ou moins trouble ou laiteuse.
La préparation des extraits peut se réduire à un petit nombre de préceptes généraux. Lorsqu'on doit les obtenir par le moyen du suc de la plante, ce suc exprimé doit être chauffé au baia-marie , dans un malras ou dans un vase d'étain , jusqu'à ce que l'albumine soit coagulée et ait entraîné avec elle la chlorophylle- Alors on passe le suc à travers un tissu de laine; on le fait évaporer dans des capsules d'étain, à la chaleur d'un bain-marie ou de la vapeur , mais jamais à feu nu; et on agite continuellement la liqueur avec une spatule afin d'accélérer l'évaporation ; car , la chaleur altérant un grand nombre de principes végétaux , plus l'évaporation des extraits est rapide et faite à une température modérée , plus ils représentent 1( < propriétés médicales des substances qui les ont fournies. Il y a un certain nombre d'extraits de ce genre (tel est surtout celui de ciguë) dans lequel on a coutume de conserver l'albumine coagulée et la chlorophylle ; soit qu'on ne les sépare pas du suc chauffé , soit que , après les avoir séparées, on les réajoute à h; fin de l'évaporation. Cette manipulation est tout-à-fait vicieuse suivant nous, et nous pensons que les piaticiens devraient l'abandonner : parce que l'extrait de ciguë - pas plus qu'aucun autre , ne parait devoir ses propriétés médicales à l'albumine et à la chlorophyle ; que ces substances nuisent a la conservation de l'extrait ; et qu'enfin la supériorité des extraits préparés à la manière de Storck paraît due à la rapidité de l'évaporation que nous recommandons pour tous sans exception , et non à la conservation des deux principes que nous conseillons d'en éliminer.
Les extraits préparés par l'eau sont surtout ceux des racines, tiges, écorces
DlCT. DE MÉDECINE ET DE CuiRURQIE PRATIQUES.
et plantes sèches. Il est de remarque que ces extraits, presque sans exception , doivent être préparés par macération , ou , au plus , par infusion , l'expérience nous ayant appris qu'on obtenait ainsi des produits généralement plus beaux et plus abondans que par la décoction. ( f^oyez Décoction. )
Les extraits alcoholiques, très-peu employés anciennement, se trouvent maintenant recommanilés par beaucoup de praticiens, en raison de la propiiélé que possède l alcohol de dissoudre un grand nombre des principes actifs des végétaux et d'éliminer au contraire la gomme et l'amidon , ce ((ui permet encore de concentrer la substance médicamenteuse sous un raoin<!re volume. A la vérité , ces extraits ne sont guère susceptibles d'entrer dans les potions ((u'ils rendent troubles et désagréables ; mais ils offrent un grand avantage pour les pilules. 11 ne faut pas perdre de vue , non plus , que l'énergie de ces préparations l'emporte tellement sur celle des extraits aqueux correspoiidans, surtout pour les substances qui abondent en principes muqueux et amylacés {ipécticuanhu, noix vomique , coloquinte . pavois , salse/iareille , etc. ) qu'on doit les considérer comme des médica mens entièrement diffcrens, et qu'il n'est pas permis de les substituer les uns aux autres.
Le degré de l'alchol n'est pas indifférent et doit varier suivant la nature des substances que l'on veut soumettre à son action. Les substances dont la propriété réside dans une résine proprement dite , telles que le jalep et le turbilh , devront être traitées par l'alcohol à 35 degrés ; tandis que la rhubarbe , le quinquina , le safran , et la plupart des plantes sèches de nature amère vireuse ou narcotique , pourront être traités par de l'alcohol à 22 ou 24 degrés. On fait en général ces infusions dans le bain marie d un alan)bic , et on les répète une ou doux fois afin d'cpuiser le résidu. On réunit les liqueurs, on les filtre et on les distille pour en retirer toute la partie spiritueuse ; on verse le restant dans une capsule , et on en termine l'évaporation au bain-marie et en agitant continuellement, jusqu'à consistance d'extrait solide.
Pour les extraits particuliers, voyez chacune des substances qui les fournissent : ClGUK , Ol'IUM , QUINQDINA , Ctc. ( GuiBODRT. )
EXUTOIRE ( Thérapeutique) ; de exuere , dépouiller. C'est le nom collectif que 1 on donne aux suppurations artificielles établies dans un but thérapeutique.
Comme il y a été question , à l'article Cautère, des différens procédés opératoires que l'on peut employer pour l'application de ce moyen, et que tous les détails relatifs aux Sétons , Vésicat.oires , etc. , doivent faire le sujet d'articles spéciaux, nous n'avons à nous occuper ici que des elT'ets thérapeutiques des exutoires, ainsi que des indications dans lesquelles on peut y avoir recours avec le plus des succès.
En considérant les exutoires comme des organes supplémentaires ou des moyens d'excrétions artificiels, l'on ne peut s'empêcher d'y trouver deux élémens thérapeutiques ayant entre eux des rapports nécessaires de cause et d'effet: l'un immédiat , irritatif ou fluxionnaire , l'autre secondaire ou excrétoire, donnant lieu à une évacuation plus ou moins abondiintede matières purulentes. Ce sont ces deux élémens, inséparables dans leurs effets, bien que distincts dans la succession de leurs phénomènes généraux, qui constituent l'action révulsiveà laquelle il faut attribuer les bons effets qut peuvent suivre 1 application des exutoires.
D'après cela , il est facile de prévoir les cas dans lesquels ce moyen peut devenir un instrument plus ou moins ulile de médication. Règle générale : les exutoires sont indiqués : 1° toutes les fois qu'une irritation ou une fluxion mobile menace de se porter sur un organe plus ou moins nécessaire à l'existence ( les affections rhumatismales, névralgiques, catarrhales , herpéli(pies; les ophthalmies, etc. , etc. ); 'l" toutes les fois qu'une suppuration artificielle établie sur une partie moins importante peut déplacer une suppuration morbide fixée sur un organe dont la lésion peut compromettre la vie ( maladie chronique , asthme humide, affections catarrhales anciennes , suppurations intérieures ) ; 3o toutes les fois que , par suite de longues suppiuations externes , l'organisme a contracté l'habitude d'une excrétion supplémentaire ou émonctoire accidentel, dont la suppression peut porter dans l'organisme des désordres quelconques (ulcères anciens, fistules, etc. ). Mais ils sont généralement contre-indiqués : lo dans toutes les maladies aiguës, accompagnées de symptômes fébriles; 2° dans toutes les névroses avec phénomène d'excitation et de douleur; 3" dans les maladies chroniques avec fièvre , dépérissement , sueurs . etc. Enfin , ils sont au moins inutiles dans beaucoup de maladies organiijues, telles que le cancer les tubercules , les tumeurs enkystées, etc. Du reste, leur efficacité n'est pas seulementsubordonnée aux cas pathologiques dans lesquels on les emploie, mais encore au temps d'opportunité, au lieu d application et aux soins particuliers qu'exige leur entretien.
Le moment le plus favorable pour l'application des exutoires doit être , en général , celui où les symptômes d'irritation sont le moi ns prononcés. Parla même raison ou doit avoir soin lie n'user des pommades épispastiques ou autres moyens propres à exciter des exutoires qu'aux heures du jour où la réaction fébrile a cessé, c'est-à dire le matin.
On a donné comme précepte , fondé sur les lois de la dérivation , d établir les exutoires loin du siège de la maladie, quand celle-ci est récente ou conserve un reste d acuité, et le plus près possible de l'organe malade quand, au contraire, l'affection est devenue tout-à fait chronique et exempte de symptômes d'irritation ; c'est d'après les mêmes principes de dérivation , et en raison des rapports sympathiques, qui lient tous les organes situés du mcme-côté du corps ,que l'on a conseilli- d'établir les exutoires du côté malade.
Plus un exutoire est ancien, et plus, en général , sa supression doit exiger de
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précautions; mais c'est une erreur de croire qu'il ne peut être supprimé parce qu'il date d une époque déjà éloignée , ou , à plus forte raison , par cela seul qu'il porte le nom de cautère; seulement, quand on croit pouvoir le guérir, il est prudent de le faire leuteaient et d agir ensuite sur les surfaces excrétoires , soit par df; légers laxatifs, soit par des bains chauds, des vètemens de laine, etc. ( Voyez SÉTON , Vésicatoike. )
P.-E. TVauters. Traclatus de exulorium delectu , prseserlim Je eligendis , vesicatoriis , foaticulis, setaceis, necnon de assignaiido vario eorum loco pro varia io morbis indlcalioae ; 2 vol. iu-S". Porisiis, 1801. Traduit par Curlet, 1803.
(P. JOLLT.)
FACE,yàciei {Séméiologie). La connaissance des signes que fournit l'inspection de la face , pour établir le diagnostic, le pronostic et le traitement des maladies, a de tout temps excité l'attention des médecins. Mais outre les signes qu'elle présente dans la plupart des maladies , la face est encore le siège de lésions nombreuses. Les unes affectent plus spécialement les diverses parties qui la composent : les yeux , le nez et ses aiifractuosilés , l'ophllialmie ,etc. ; d autres occupent la peau et les divers élémens de l'enveloppe cutanée , la couperose, etc. Le tic tlouloureux atteint les nerfs et les muscles auxquels ceux ci se rendent ; le cancer, si commun aux lèvres et au nez , envahit les divers élémens organiques de ces parties , et étend ses ravages jusqu au tissu osseux, si on ne les prévient de bonne heure par une exacte ablation. Toutes ces maladies , aussi différentes par leur siège que par leurs svuiptômes, reconuaissubles, d'ailleurs par les signes particuliers qui appartiennent à leur espèce, ou par ceux qu'elles tirent du lieu qu'elles occupent, seront décrites dans autant d'articles distincts, et ne sauraient exiger utilement d'être étudiées dans leur ensemble. Il n'en est pas tie même des signes à 1 aide desquels une foule de malailies, souvent cachées profondément , viennent, pour ainsi parler , se traduire sur la face. Ces signes , susceptibles de consKiéialions générales, peuvent être isolément examiiiés, afin de faire mieux reconnaître ensuite les maladies auxquelles ils se rapportent. Les anciens et les modernes nous ont laissé des preuves de l'importance qu'ils donnaient à celte élude.
Baglivi taisait un cas particulier des signes offerts par la face dans les maladies graves : In magnis ntitlis semper faciem aspice , dit-il en commençant son chapitre De voce et Jacie in aculis.
INous ne rappellerons pas les ouvrages français ou étrangers écrits sur cette importante matière. Nous aurons plus d une fois l'occasion d en faire mention dans cet article. Nous ferons seulement remarquer que cette partie de la séméiologie a paru assez importanie pour la désigner par un mot particulier. Quelmalz , par exemple , a soutenu en 1748 , à Leipsig , une thèse qui a pour titre : De prosoiioscopià nu du â , de v:f,oc<xiKo-j u/.ok-m , j'examine la face. Le professeur Chaussier recouim.indait beaucoup l'étude de la prosopose. C'est que , en effet, si la pliysiogiiomonie présente , sous le rapport de la connaissance des passions et des dili'crens étals de l'ame, une grande importance au moraliste et au philosophe , la prosoposcopie , ou 1 examen du/àc/ei , n'offre pas moins d'intérêt au médecin pour reconnaître les diverses maladies dont le traitement lui est conlié.
Siège des organes principaux des sens, ce miroir sur lequel viennent en quelque sorte se reflcchir les sensations les plus secrètes et les plus vives, comme les impressions les plus agréables elles plus douloureuses, la face présente une variété infini de couleurs et d expressions qu'il est nécessaire de saisir à propos pendant le cours des maladies. On concevra combien les nuances doivent être variées , lorsqu'on se rappellera les nombreux élémens qui sont appelés à les former, et que recouvre la peau dont la finesse et l'éclat sont plus remarquables que partout ailleurs. Des vaisseaux artériels répandent dans le système capillaire de celle partie le sang et la couleur vermeille qui l'animent; des veines communiquant fréquemment ensemble rendent la circulation plus facile , et se font distinguer par des teintes bleuâtres qui sillonnent la peau; des vaisseaux lymphatiques et du tissu cellulaire, variables en quantité, soulèvent celle-ci , la tendent mollement , font disparaître les saillies osseuses, en formant les traits souples et arrondis que I on remarque surtout chez les femmes et les enfansdes muscles Ircs-conti acliles , diriges dans des sens variés , adhérant souvent à la peau, donnent a la face la luobililé d expression qui a|)parlient exclusivement a 1 homme ; des nerfs plus nombreux qu'en toute autre région, s'anastomosant fréquemment ensemble , annoncent la sensibilité exquise de cette partie, les sympalUies qui l'unissent avec le reste de l'économie, elcomliien les souffrances éprouvées par les divers organes devront lui apporter de modifications.
Nous commencerons 1 élude de ces modilicalious par l'examen des signes qui dcpendentdel'ctat delà peau , des vaisseaux et du tissu cellulaire. Les différences dans la couleur et dans le volume de la face nous les feront connaître Nous verrons eusuite quels cl.angemens le système musculaire imprime aux traits qui composent ce miroir .le nos sensations.
§ 1er. Un teint vermeil et Qeuri , apanage ordinaire de la jeunesse et de la santé, est un des attributs les plus constans de la constitution sanguine. Quand la plénitude des vaisseaux est plus considérable, le visage prend une couleur rouge plus ou moins animée , que l ou observe dans la plupart des phlcmasies
pendant le paroxysme des pyrexies continues , le stade de chaleur des fièvres intermittentes. Lorsque le cerveau ou ses membranes sont enflammés , l'œil, plus particulièrement encore, s'injecte, rougit et devient brillant. La circulation de cet organe, intimement liée avec celle de l encéphale, rend facilement raison de la par.Mcipation qu'ils prennent l'un et l'autre au\ maladies qui les affectent. Cependant on doit remarquer que la face et la conjonctive restent pâles dans quelques hémorrhagies ( érébrales. Cela lient sans doute à ce que le raptus sanguin qui s'est opcré vers le cerveau , ou la quantité de sang qui s'est épanchée dans cet organe , ont détourné celui qui se rendait à 1 orbite et même à la face.
On désigne par le pléon isme ,/7/ce vulCueuse , l'état du visage dont nous avons parlé précédemment, lorsqu'il est porte au plus haut degré. Le visage alors est brûlant; les traits, augmentés de volume, deviennent rouges et animés par I afflux considérable ilu sang dans les vaisseaux et le .système c.ipillaire; les yeux plus saillans , plus vifs , paraissent plus gros ; les artères battent avec violence; le cerveau est vivement surexcité et le délire imminent. Toutes les phlegmasies accompagnées de fièvre intense , l'érysipèle du visage , les exanthèmes , les inflammations céphaliques et thoraciques, se dissipent rarement sans avoir présenté cette turgescence faciale pendant un temps plus ou moins long. Dans la variole, elle survient , dit Sydenham , a6 oclavo die uscjuè ad undecimum ; dans la varioloîde elle commence au quatrième jour et finit au sixième. On l'observe encore dans d'autres affections , mais avec queUpies caractères différens,par exemple, dans l hystérie , l'épilepsie, l'asphyxie, et toutes les fois que le sang ne trouve pas un passage sufiisauiment libre à travers le parenchyme pulmonaire. A'if enim rubicniida faciès , dit Baglivi , ah humarum ledundantid et illorum quodam veluli sirangulata prœserlim circà pulinones.
La rougeur du nez annonce quelquefois une hémorrhagie nasale. On sait que ce symptôme accompagné de l'état dicrole du pouls furent pour Galien les signes qui lui firent pronostiquer l'arrivée d'une épistaxis. Les pulsations et le prurit que les malades éprouvent dans le nez , augmenteraient encore les signes a l'aide desquels on pourrait fonder un pronostic analogue.
La face et spécialement les joues deviennent instantanément rouges chez les femmes , à l'approche de leur époque menstruelle. On observe aussi ces rougeurs chez les femmes hystériques et chez celles qui arrivent à ^àge critique. Elles désignent ordinairement ces rougeurs spontanées et subites sous le nom de feux. Ces rougeurs se présentent souvent encore dans d'autres circonstances; ainsi l'arrivée du médecin pi;ul le nccasioner ; aussi celui-ci ne doit-il juger des faciès, comme du pouls, qu'après les avoir examinés plusieurs fois et être resté quelques niomens auprès de ses malades.
Dans plusieurs affections thoraciques, les joues se colorent d'un rouge vif. Dans la pneumonie , la joue du côté malade est ordinairement le siège de cette injection vasculaire ; cependant on l'observe quelquefois sur la joue du coté opposé , et le plus ordinairement sur celle qui correspond au côté sur lequel le dccubîtus a lieu. Dans ta phthisie pulmonaire, les joues sont souvent le siège de plaques rouges très-vives , mais c'est surtout lorsque la maladie est accompagnée de fièvre intense, que l'on remarque celle augmentation de couleur.
Dans quelques maladies des voies respiratoires, où il existe en même temps gêne pour l'entrée de l'air, et imperfection de l'hématose, la tace devient, on devrait le dire , a'ïJ^/e^ie. Elle est bouffie, légèrement violette, couverte de sueur, froide et quelquefois paie; les traits sont abattus, en même temps qu'ils expriment la douleur; les ailes du nez se soulèvent, et la bouche reste entr ouverte comme pour faciliter l'entrée de l'air dans la poitrine. Ajoutez à cela que les mains se cramponnent pour ainsi dire aux corps environnans , pour que les muscles du thorax puissenlprendresur les bras un point d'appui plus solide, afin de dilater plus aisément la poitrine , et vous aurez le tableau de l'état que nous voulons indiquer. On l'observedans le croup, lorsque l expectoration des pseudo-membranes ne peut se faire, dans l'hydrolhorax , 1 empyème , l'œdème et l'emphysème pulmonaires, et dans l'hépatisation très -étendue du même organe.
Dans les maladies du cœur qui occasionnent une gêne notable pour le passage du sang des cavités droites dans les cavités gauches, en traversant le poumon, les vaisseaux du nez, des lèvres et même de toute la face, contiennent une plus grande quantité de sang , et donnent au faciès une couleur rouge vergetée , quelquefois violette et même livide , qui forme un des symptômes principaux de ces maladies. On sait que , quand le sang veineux se mêle au sang artériel , ou le remplace, dans certaines couformations vicieuses du cœur ou des gros vaisseaux par exemple , le visage prend une teinte bleue qui a fait donner à la maladie qu elle caractérise le nom de cyanose.
M. Billard a observe une couleur bleue morbide dans un cas d'altération de la transpiration i^Archiv., août 1831). Lorry rapporte avoir vu , dans une femme prise de maladie atrabilaire , le visage se couvrir d une couleur d'ébène , qui contrastait parfaitement avec la couleur d'albâtre du reste du corps. (Double , Séméiologie )
Les vaisseaux sanguins semblent quelquefois au contraire disparaître, ou du moins le sang s'y porte en si petite quantité , que le visage devient pâle. Ce faciès pàle est quelquefois le résultat d'une impression vive , ou du début du stade de froid d'une fièvre iiilermitleute. On l'observe ordinairement à la suite des hémorrhagies abondantes , surtout .iprès les pertes utérines. Dans ce cas il acquiert, en outre , une sorte de transparence qui le rend très-remarquable.
Celle pâleur annonce quel(|uefois une syncope ; elle peut être aussi le résultat de la vie retirée des cloîtres, de 1 habitation d'un lieu sombre, humide et froid, d'une nourriture peu substantielle , ou de l'alfaiblisement qui suit les
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maladies longues et douloureuses -, elle affecte plus particulièrement la paupière inférieure, prend «ne teinte bleuâtre qui environne les yeux, et leur a fait donner le nom djeux cernés. Celte teinte se développe surtout avant et pendant l'époque menstruelle , à la suite de maladies longues et de veilles prolongées ; enfin , elle est encore remarquable chez les jeunes garçons livrés à la masturbation. La fatigue , l'épuisement et le besoin de rechercher des lieux solitaires donnent au visage de ces m.ilheureux enfans une expression particulière qui annonce leur dangereuse habitude. L'examen du pénis , dont le développement est très-considérable , confirme les soupçons que l'inspection de la face avait éveillés.
Cette couleur pâle et plombée envahit quelquefois la totalité du visage , par exemple dans la chlorose, 1 hystérie ancienne , la colique saturnine invétérée. Elle prend une teinte jaune-paille au contraire dans la cachexie cancéreuse et dans plusieurs afTections chroniques.
Dans les maladies bilieuses, le visage présente une pâleur verd.itre ou jaunâtre très-notable . faciès cum virora pallidd , dit SloU. La conjonctive , les sillons qui bornent les ailes du nez et la commissure des lèvres, sont les parties qui le plus ordinaireurent acquièrent cette couleur. Les teintes jaunes , vertes et bronzées se développent quelquefois successivement chez les personnes affectées d'ictère, et sont plus remarquables au visage que partout ailleurs. Les sujets de constitution bilieuse se distinguent par la teinte jaune plus ou moins foncée du visage dont nous devons faire mention.
§ IL La pâleur est quelquefois unie à la bouffissure. Cet état, lorsqu'il n'est porté qu'à un faible degré, s'observe communément au commencement des convalescences. Ordinairement même il n'est pas d'un fâcheux pronostic , car cette mawaise graisse , ainsi que l'appellent les malades, ne tarde pas à dispa ■ raître, et l'exhalation séreuse, rapidement formée, qui la constituait , fait place au fluide graisseux qui distend mollement le tissu cellulaire dans l'état de santé.
La bouffissure , lorsqu'elle est plus considérable , ne se dissipe pas toujours aussi facilement dans l'anasarque , surtout lorsque l'infiltration est assez considérable pour soulever les régions peu adhérentes de la conjonctive oculaire, gonfler et pâlir la caroncule lacrymale. Lorsque cette bouffissure est blafarde et molle , elle indique qu'une cause hypostliéuique l'a produite; elle est au contraire rosée et rénittente, lorsquelle dépend d'une cause hypersthénique. Souvent aussi ou la voit accompagnée de plaques et de vergetures rouges ou violettes : elle dépend alors d'un obstacle qui gène la circulation du sang dans les cavités du cœur.
La bouffissure du visage , tantôt blafarde , tantôt rosée , est un des caractères (le la constitution lymphatique. Cette disposition est bien plus prononcée chez les sujets schrofulcux dont elle épaissit le nez, les lèvres, surtout la supérieure, et imprimeii leurvisageun cachet (larliculicr qui peut servir à faire reconnaitre la nature des maladies dont les individus sont affectés.
L'amaigrissement rapide de la face est le signe ordinaire de maladies graves , et d'une atteinte profonde portée à la nutrition. On l'observe dans le choleraluorbu» , dans beaucoup d'affections abdominales aiguës. Ce signe manque rareniPM dans la plupart des maladies chroniques, f^ojrez Amaigrissement.
§ IlL L'afflux du sang vers la face augmente sa température ; les joues et le froni sont brùians pendant l'invasion des phlegmasies encéphaliques , de l'érysipèle facial , de la variole, de la rougeole, etc. , j)endant la période d'acuité de la plupart des inflammations thoraciques. Dans d'autres circonstances cette tenipérature s'abaisse , et , en se mettant en rapport avec celle de l'air ambiant, la faci' evient froide. Ce signe est surtout très sensible aux parties saillantes, le nez, le menton et les joues. On l'ob-erve lorsqu'une congestion se fait vers un organe important , et que le sang semble abandonner les parties supérieures du corps , dans quelques péritonites suraiguës, et dans plusieurs autres affections abdominales. Pendant le premier stade des fièvres intermittentes , et surtout pendant la fièvre intermittente pernicieuse alglde , ce froid devient bien remarquable. Il l est encore dans beaucoup d'affections nerveuses. J'ai maiutenaut, à 1 hôpital Beaujon , une jeune fille atteinte d une maladie du système cérébrospinal, remarquable par les anomalies les plus singulières, et dont la face ainsi que les membres présentent de temps en temps ce refroidissement aussi sensible pour elle que pour ceux qui la touchent. Après avoir débuté par des symptômes apoplectiques, accompagnes d hémiplégie droite , cette maladie a oli'crt les symptômes les plus insolites de paraplégie, de paralysie croisée de la face et des membres, de contracture, de catalepsie , d'hysterie , etc. Cette singulière affection parait céder à 1 emploi de saignées copieuses , de lavemeus d assa lœtida et de valériane , et k 1 usage de Irictions excitantes , etc. Enfin, on observe encore ce refroidissement quand le cœur, gêne dans ses mouvemens, n'envoie qu'une trop petite quantité de sang dans les vaisseaux pour qu il en arrive suliisamment à la face. C'est ce que 1 on voit dans la syncope et aux approches de la mort dans la plupart des maladies.
§ IV. L'état du système musculaire de la face donne à celle-ci de nombreux caractères qu il importe de bien coniiaitre.
Les muscles sont dans un relâchement presque complet dans la stupeur , état du système nerveux que I on rem.irque dans la commotion cérébrale , l'ivresse, le typhus , la fièvre typhoïde, et dans les maladies qui semblent plus spécialement exercer leur inUueuce sur 1 innervation pour l'anéantir. Les malades qui en sont atteints restent couchés sur le dos , ont le regard indécis , les yeux le plus souvent immobiles , ou , s'ils les meuvent, c est avec lenteur et sans expression; les traits de la face sont abattus , les joues pâles ou colorées d'une teiate rouge violette et terne; les sourcils quelquelois froncés et le front ridé ;
les fonctions intellectuelles lentes ou suspendues , les réponses tardives ou nulles ; si le malade est parvenu k montrer sa langue, il oublie de la retirer ; il est plongé dans une somnolence continuelle , avec ou sans rêvasserie , ne se plaint d'aucun mal , d'aucune douleur , et semble étranger à tout ce qui passe autour de lui. Cependant les traits se contractent et annoncent la douleur, quand, dans la fièvre typhoïde, par exemple, on presse les régions ordinairement alfectées de l'abdomen , la fosse iliaque droite et l'épigastre. Dans ce cas , comme dans beaucoup d'autres , la face sera interrogi-e avec avantage pour le diagnostic, puisqu'elle peutcontribuer faire distinguer si la stupeur est symptomalique ou idiopathique. En effet, lorsquelle est causée directement par une affection cérébrale, la pression de l'abdomen ne détermine point les contractions dont nous venons de parler.
On désigne sous le nom d'hébétude l'état que nous venons de décrire, lorsqu'il existe à un plus faible degré. L'expression visage abattu indique un caractère moins prononcé du J'acies , par conséquent un état morbide moins grave , une gastro-entérite légère, par exemple.
Il en est de la stupeur comme de tous les autres signes; il ne faut passe hâter de porter un jugement tout aussitôt qu'on l'observe. Je l'ai vue très-prononcée chez un commissionnaire fatigué par de nombreux et pénibles travaux , et qui , en entrant à 1 hôpital Beaujon, semblait être atteint de fièvre typhoïde . Le lendemain , une simple varicelle s'était développée , et le faciès du malade avait repris une expression entièrement satisfaisante.
La plus fâcheuse de toutes les expresssons de la face est, sans contredit , celle que l'on désigne sous le nom de J<icc hippocraliijue , parce c[ue le divin maître la décrite dans le premier livre de ses pronostics, nasus aculus , oculi concavi j coUapsa tcmpora , aures J'riqidœ et cintractre , imist/ue suis partibus infersœ , cutis circa J'rontem dura , intenta et resiccatu ; et lotiu^ faniei cotor ex viriJi pallescens , aut eliam niger , aut lifidus , aut pluinbcus. Ajoutez à cette description la couche de mucus qui forme un voile opaque au devant de la cornée, et dont l'immobilité des paupières et le contact de l'air déterminent la concrétion ; l'aspect que la poussière grisâtre , en s'arrêtant aux cils et aux poils des narines , donne à ces parties ; l'ouverture permanente de la bouche, par l'abaissement de la mâchoire inférieure, et vous aurez le tableau que l'on observe dans presque toutes les maladies aiguës ou chroniques , lorsque les approches de la mort ne vous laissent plus d'espérance.
On donne le nom de Ja e grippée à un aspect du visage dépendant de la contraction (le ses muscles , et que I on observe dans la plupart des phlegmasies abdominales , et surtout dans la péritonite. Dans cet état particulier, les muscles sont contractés de manière à ramener les traits vers la ligne médiane et vers la partie supérieure du visage. La figure semble rapetissée ; les sourcils sont froncés et rapprochés; le nez est plissé transversalement. Le teint pâle ou livide; l'expression faciale est celle d une douleur vive , profonde et soutenue.
Les maladies thoraciques impriment à la face des caractères opposés à ceux qui viennent d'être tracés. Le besoin de suppléer à la respiration , qui ne se fait plus dans l'un des poumons devenu compacte par l'inflammation ou comprimé par un épanchement , active la respiration dans le poumon sain. Les muscles inspirateurs, ceux de la face comme ceux <lu thorax, semblent redoubler d'action; les narines sont plus écartées; et les traits, en quelque sorte épanouis, offrent un contracte frappant avec l'expression qu'ils présentent dans la face grippée ou abdominiile.
Les muscles de la face sont dans un état de contraction permanente dans le tétanos. Les masséters surtout présentent, lorsqu'il y a trisni'is , une tension , une raideur et une dureté qui rendent très-saillaiis les divers faisceaux qui les composent, et rapprochent tellement les mâchoires qu'il est impossible de les écaiter. Les commissures labiales tirées en dehors par les muscles zygomatiques donnent à la face l'expression du rire sardonique ; la contraction des muscles du front et des yeux exprime les soull'rances horribles qui tourmentent le malade et donne à son visage un aspect qui excite en même temps l'effroi et la pitié.
Dans l'hystérie et dans l'épilepsie, les traits de la face partagent l'état convulsif du système musculaire. Cependant ils sont beaucoup moins hideux dans l'hystérie que dans l'éjjilepsie. Lorsque les accès d épilepsie deviennent fréquens , ils grossissent les traits , ainsi que M. Landré Beauvais le remarque dans sa Séinetoiique {^Age 461), changent la physionomie et lui donnent un air de stupidité.
Les convulsions des muscles de la face sont le plus souvent le signe de l'arachnoidite. Chez les enfans elles dépendent quelquelois de la présence de vers dans le canal intestinal, ou des douleurs causées par la sortiedes dents. Lorsque ces convulsions sont partielles, elles sont dues à l'ali'ection d une branche nerveuse plus ou moins considérable : c'est ce que l'on observe dans la plupart des tics douloureux de la face La contracture des muscles de la face, de même que celle des membres, annoncent l'encéphalite, le ramollissement cérébral. Quant au relâchement ou à la paralysie , elle est ordinairement causée par la compression du cerveau , occasionée soit par un épanchement si reux dans l'un des ventricules , soit par une congestion cérébrale , soit par l'hémorragie Je l'un des hémisphères du cerveau , soit par quelque tumeur, ou enfin par le défaut d'action de l'un des nerfs nombreux qui se distribuent au visage. Le diagnostic est facile quand il n'existequel une des ces all'eclions, mais il devient très difficile lorsque plusieurs d'entre elles se présentent en même temps. Ce n'est qu'en apprcciaut avec soin l'invasion et la marche de la maladie, que l'on peut établir avec certitude le diagnostic de ces diverses affections et distinguer ce qui appartient à chacune d'elles en particulier, {t'^ojez CosïBAtTi'r.E , CoHviLsions. )
FACE
FACE
Dans la plupart des maladies chroniques du cerveau , l'expression de la face est aussi varice que changeante. Les aliénés passent tantôt de la fureur la plus grande à la tranquillité la plus parfaite, tantôt de la tristesse la plus profonde à la joie la plus immodérée Ces changemens rapides et non motivés de l'expression faciale peuvent éclairer le diagnostic de ces maladies. Ride re sine re est signum stulliliœ.
L'immobilité complète de la face est ordinairement un signe d'idiotisme. Ce faciès slupide , hèbéié , peut aussi n'être que le résultat d'une atteinte profonde, quoique momentanée, portée aux facultés intellectuelles. C'est ainsi que chez une jeune fille, convalescente d'une araclinilis , j'ai vu cet état du faciès survenir et persister pendant plus d'une semaine à la suite d'une vive contrariété. Cette immobilité dans quelques cas d'idiotisme est instantanément remplacée par des expressions ridicules ou bizarres de la face, analogues à celles que l'on remarque dans la danse île Saint-Guy.
Le faciès des malades présente encore une foule d'autres expressions auxquelles le médecin doit porter une attention particulière : celles de la tiistesse ou de la gaieté, de la satisfaction ou du mécontenlement. La tristesse peut être occasionée par des chagrins ; mais elle peut aussi révéler l'existence d'une lésion profonde méconnue jusqu'alors, et dont on doit rechercher la nature. 11 ne faut pas perdre de vue , dit M. Double (SéinéioLof;ic , \" vol. , page U8) , que celte tristesse même , si elle dure , donne lieu à I hypochondriacie.
Le gaieté présage souvent le début d'une convalescence franche. On a la certitude de ce résultat favorable lorsqu'avec elle paraissent les signes de la résolution graduée de la maladie.
Le rire annonce et accompagne souvent les affections cérébrales. On l'observe aussi chez les enfans atteints de coliques légères ou tourmentés par la présence de vers dans les intestins.
La satisfaction et le mécontentement peuvent être occasionés par une foule de causes différentes, qu'il est bon que le médecin sache apprécier. Il est souvent utile, en effet, que le praticien connaisse quels motifs déterminent ces senlimens. Il y parvientlra le plus ordinairement par le caractère de disci étion et d'intérêts affectueux que ses questions devront tou|ours avoir. Cette connaissance lui dévoilera souvent le caractère et les dispositions morales de la personne confiée à ses soins ; elle déterminera quelquefois le mode de traitement qu il devra employer de préférence,- elle lui apprendra le degré de confiance qu'on lui accorde. Enfin, ce sera en appréciant à leur juste valeur ces signes donnés par le faciès que , dans plus d'une circonstance , le médecin saura régler sa conduite avec le malade et ceux qui l'entourent ; ce qu'Hippocrale prescrit à la fin de son premier aphorisme : Oportet aulem non modo se ipsum exhibere eu, quœ décent , /'(ici enlem , sed et œgrum, el pressentes , et externa.
§ V. L'examen particulier des divers traits qui composent la face se trouverait convenablement placé à la suite des généralités que nous venons d'exposer si déjà il n'en avait été question à l'article Diagkostic, et si ce que nous avons dit nous-même précédemment ne trouvait pas aisément son application aux divers traits en particulier. Hippocrate , qu'on ne saurait trop citer, surtout lorsqu'il s'agit de médecine pratique , a renfermé dans le 49» aphorisme de sa quatrième section le résultat de ses observations h ce sujet. Voici comment il s'explique sur ce point : In fehve non intermittente , si labrum atit superciLium , aut oculus , aut nasus peri/ei latur, si -visus , si audilns dej'eceril , œgro jum debili j quidquid ex liis e^rnerit y in pi opinqiio mors est. La contraction , la rougeur et la chaleur du front dans les maladies aiguës annoncent oïdinairement les approches du délire , surtout lorsqu'en outre les yeux sont injectés et brillans. Dans les maladies exanthémaliques , le front est une des premières p;;rties sur lesquelles l'éruption se développe. C'est aussi sur cette région que la présence du corona iieneris décède l'existence des maladies syphilitiques anciennes.
Nous avons déj'a souvent parlé de l'état des yeux. Ces organes méritent, en effet , plus que toutes les autres parties de la face, l'attention des praticiens. L'injection de leurs vaisseaux, l'état du .système musculaire qui les meut, la teinte brillante ou terne de leur surface , la contractililé de l'iris, etc. , etc., sont autant de signes à l'aide desquels le médecin juge aussi bien de l'état général du malade que de l état particulier de plusieurs autres organes. Nous ne reviendrons sur les signes qu'ils présentent que pour rappeler les étroites connexions qui les unissent avec le cerveau et l'importance que l'on doit attacher àleurexameii , dans le diagnostic des maladies si nombreuses et si difficiles à reconnaître de l'encéphale. C'est ce qui a fait dire à Duret dans ses Commentaires sur Hippocrate : u Oculi , socielalis et vicinitatis jure , cerebri nffectionem prœcipue indicant. ■> Cette liaison est bien évidente chez les apoplectiques, dont les paupières sont le siège d'une ecchymose pointillée quelquefois considérable.
Nous ne reviendrons pas sur les signes que fournissent le nez, les joues et la bouche , mais nous dirons un mot sur ceux que l'on lire des mouvemens de la langue dans l'héuiorrhagie cérébrale. On sait que, dans ce cas , l'hémisphère gauche du cerveau étant affecté , il y a paralysie des membres droits , relâchement de la commissure droite des lèvres , et qu'en sortant de la bouche la langue se dirige vers le côté paralysé. On a long-temps regardé comme une anomalie et une contradiction dans les symptômes cette direction de la langue , et l'on a cherché ii l'expliipier de diverses manières. Nous ne rappellerons pas ces diverses explications; en voici une qui nous semble tout à fait satisfaisante. Pour que la langue sorte droite de la bouche, il faut que les deux génio-glosses se contractent ensemble. Dans un cas d hémiplégie droite , le muscle gdnioglosse gauche se contractant seul et le droit restant dans l'inaction , la portion
gauche de la langue devrait seule sortir et se porter en avant , mais elle se porte à droite , vers la commissure relâchée des lèvres , parce que , ne pouvant sortir isolée , elle entraîne avec elle la portion droite de la langue qui tendrait à rester dans la bouche à cause de l'inaction du génio-glosse droit. Hé bien! c'est la résistance, quoique inerte , de ce dernier muscle , qui change la direction de la langue et la fait incliner ,à droite, en la retenant de ce côté,
§ VI. La séméiologie de la face reçoit quelques modifications de l'âge , du sexe, de la constitution , de la condition sociale, des habitudes et des maladies antérieures de l'indiviiiu chez lequel on l'étudié. Pendant l'enfance, l'examen du faciès est un des principaux moyens de diagnostic. Heureusement cet examen peut, plus qu'aux autres époques de la vie, faire juger sainement des maladies. Libre , en effet , de foute impression étrangère et factice, le visage traduit mieux à cet âge les souffrances des organes intérieurs. Aussi les maladies aiguës et chroniques du canal intestinal se reconnaissent-elles au moins aussi facilement à cet âge qu'à toute autre époque de la vie. Nous avons dans le cours de cet article indiqué plusieurs des caractères de la face dans différentes maladies de l'enfance; nous n'y reviendrons pas. Qu'il nous suffise d'ajouter que la face de certains enfans peut faire juger, à leur naissance , de la courte dur( e de leur existence. Ce sont ceux qui en venant au monde pré.sentent ces faces ridées, SI remarquables, de vieillards décrépits. Leur existence est pour ainsi dire bornée à la vie intra-utérine, et il est rare qu'ils ne succombent bientôt à la faiblesse de leur constitution.
Plus mol>ile chez les femmes que chez les hommes, la face a besoin chez elles d'un examen plus attentif, soit pour éviter de s'en laisser imposer par des plaintes et une expression de douleurs souvent exagérées , soit dans le cas de maladies réelles pour recounaitre avec certitude les véritables lésions qui existent.
La face ne présente pas dans les mêmes maladies, des signes aussi marqués chez les individus de constitution différente. Chez les sujets lymphatiques, l'expression du faciès est peu modifiée par la douleur, mais l'amaigrissement est plus rapide, et quelques jours de maladies suffisent pour répandre sur leurs traits un air d'abattement qu'ils conservent long-temps. L'impression de la douleur est plus vive chez les sujets doués des constitutions nerveuse , sanguine et bilieuse, mais les traces qu'elle laisse se dissipent plus promptement lorsque la cause a disparu.
Les diverses conditions de la vie, en donnant au visage un cachet particulier, modifient quelquefois les signes qu'il présente dans les maladies. C'est ainsi que l'expression de la douleur sera moins prononcée chez le villageois et l'artisan , que chez ceux dont la vie s'écoule dans l'abondance et l'inaction. Certaines professions modifient la couleur du visage et pourraient induire en erreur les médecins qui n'en connaîtraient point la cause véritable. Les boulangers , par exemple, ont le teint pâle , blalard et comme étiolé , soit parce qu'ils travaillent la nuit dans des caves et dorment dans le jour, soit aussi parce qu'ils sont constamment exposés à la poussière de la farine. Eh bien ! que ces hommes, ordinairement d'une forte constitution, soient atteints d'une phlegmasie intense , faudra-t-il s'en rapporter à leur teint, qui se colorera peu, pour n'employer qu'avec précaution une petite saignée? on ferait une grande faute. En se rappelant l'influence de la profession sur la teinte du visage de ces artisans , on ne se laissera pas tromper par les apparences , et l'on examinera l'ensemble des symptômes avant de décider le traitement qu'il faudra suivre. Il eu est de même des meuniers et des plâtriers pour la couleur de la peau. Nous n'étendrons pas davantage ces considérations ; il nous suffira de les avoir indiquées.
L'habitude de prendre avec excès des liqueurs fortes, du vin généreux , des alimens trop succulens , donne à la couleur du visage des caractères bien différens de ceux que l'on observe aux personnes adonnées à un régime austère et frugal. L'habitant des montagnes et celui des vallées, l'homme adonné h l'étude et celui qui passe sa vie dans les plaisirs, présentent également dans l'expression de la face, des différences dont il faut tenir compte lorsqu'il s'agit d'établir le diagnostic et le traitement des maladies dont ils sont affectéi.
Certaines maladies laissent sur le visage des traces qui pourront servir à éclairer le diagnostic des affections actuellement existantes. Des cicatrices de variole serviront à reconnaître , par voie d'exclusion , la nature de l'éruption dont le développement commence ; le faciès de couleur bise des individus longtemps tourmentés de fièvres intcraiittenles , fera soupçonner la cause de la tuméfaction de la rate, chez celui dont l'hypochondre gauche présentera une augmentation de volume de cet organe; des taches cuivrées apprendront la nature syphilitique d'un écoulement dont on cachera l'origine ; la couleur bronze donnée à la peau par l'usage du nitrate d'argent , dans le traitement de l'épilepsie, fera reconnaître de quelle espèce sont les mouvemens convulsifs d'un individu mal guéri, et que l'on observe pour la première fois ; certaines taies, la rougeur et l'épaississeraent du bord des paupières , la perte des cils, etc., en donnant la connaissance d'une disposition scrofuleuse plus ou moins ancienne, éveilleront l'attention sur une toux sèche et opiniâtre qui pourrait dépendre d'une phthisie commençante. Nous ne multiplierons pas davantage ces exemples; ceux que nous avons cités suffiront pour fixer l'attention , et démontrer que beaucoup de ces signes dont on néglige souvent l'examen , sont cependant d'une grande importance dans le diagnostic des maladies.
Appelé à pratiquer la médecine dans rhô|)ital des Enfans , où les renseignemens sur 1 invasion et les symptômes des maladies sont le plus souvent nuls, M. Jadelot a plus que tout autre senti la nécessité de se livrer à l'étude des signes que fournit la face pour recounaitre les maladies. Voici le résultat de ses observations tel qu'il l'expose dans ses leçons cliniques , et tel qu'on le trouve