MAL DE MER
le mouvement du raisscau, rodeiii- naiiséaboncie fjui s'exliale de lii cale ou des câbles goudronnés. La première de ces causes , le mouvemenl du vaisseau, est cvidcnfe; la deuxième , l'idiosj'ncrasie , n'est pas naoins réelle ; certaine condition inconnue de l'organisme, ou préserve tout-à-fait du mal de mer certains individus , ou ne le leur laisse éprouver (jiie pendant de Irès-gros temps , ou au moins les rend propres à surmonter ce mal au bout de peu de jours ; tandis qu'une autre disposition rend incapable de jamais s'habituer à la navigation , et en fait pour quelques mallieureux qui y sont cbligcs, un snp[)lice continuel. La troisième cause , la manière dont la vue <sl impressionnée par les objets cnvironnans , qui semblent se mouvoir en sens contraire du récei)tacle dans lequel on est porté , augmente sans doute le mal de mer, puisque ce mal s'accroit quand on fixe le sil/age^cl semble diminuer quand on ferme les yeux ; ro:iis, seule , ne produit pas ce mal , puisque les personnes renfermées dans 1 intérieur d'un vaisseau ou d'une diligence, et dont la vue ne peut être désagréablement alleclée par la vacillation d'aucun objet, sont exposées aux accidens dout il s'agit, comme celles qui sont placées sur le tillac du vaisseau , ou sur limpérialde la tliligence ; puis(jue les personnes qui ferment les yeux en se livrant à l'exercice de l'escarpolette, éprouvent tout autant l'envie de vomir que celles qui les tiennent ouverts. Eu outre , ce trouble de la vue, sans le genre de mou\ement qui cause le mal de mer, n'a aucun ell'el semblable ; ainsi , chez un homme qui chemine à cheval , les objets qui paraissent aller en sens coufraire lia cavalier ne déterminent pas les effets propres à la navigation et à l'exercice de la voiture. Quant ;i la qualiiènie cause , l odcur , celle du vaisseau , conune celle de la voiture, peut devenir une cause auxiliaire et aggravante du mal de mer; mais le goudron n'y est pour rien, il n'entre point d ailleurs dans la conlecfion de la voiture. L'odeur nauséabonde est produite par l'air non renouvelé ; celledu gouiiron ou du cuir impressionne désagréablement pendant la navigation ou le voyage en voiture , probablement parce que l'une ou l'autre oticur reproduit une réminiscence des souffrances c|u'on a éprouvées dans l'un ou l'autre cas. D'ailleurs, si tel voyageiu- ne peut sentir lodeur du cuir des diligences sans éprouver des nausées , tid autre , quoifjue sujet au ma! de nier, trou\e l'odeur du goudron agréable. iN'ous nous cioyons donc autorise à penser que Je mal de mer est exclusivement dû aux mouvemens oscillatoires du vaisrseau , et que , de ces mouvemens, le tangage est celui qui cause les plus atroces souffrances.
Sj'mptômes f marche , durée, lerminaison. La scène s'ouvre par un sentiment de malaise qui se concentre à l'épigaslre. Bientôt le voyageur cesse toute conversation , commence i» cracher, fléchit le tronc sur les cuisses, et reste ainsi accroupi dans un douloureui anéantissement, dicz quelques personnes , ce malaise épigastrique et l'anéantissement qui raccompagne montent au plus haut degré sans pouvoir être suivis de voinissemcns , (:|uel(|ues efforts cpie fisse le patient, ( et état est jdus doulouieux c|ue celui des personnes qui vonsissent. jA ces symptômes se joignent , chez la p!u|iart des individus , des nausées, des éblouissemens , des voraissemens très-douloureux. Le malheureux atteint du mal de mer reste accroupi , le nez sur la matière de ses déjections ; ses habits en sont inondés , et cependant il n'a ni la faculté , ni le courage, ni même la volonté de changer de lieu. Rien au monde, ni l'imminence du danger , ni la imcnaee , ni les mauvais tr<iitemens ne peuvent le faire mouvoir , souvent même arracher de lui autre chose qu'un gémissement. « Dans cet état d'anéantissement physique et moral, dit M. Kéraudren, I homme le plus délicat , comme l'animal le plus immonde , reste au milieu des ordures répandues autour de lui ; il ne prend plus aucun soin de son existence; il refuse les aliraens qui lui sont oll'erts ; il verrait avec indiflérence qu'on voulût le délivrer de la vie. » ( Dict. des se. mé.l. ) « C'est, dit M. Forget , un lamentable spectacle que celui d un navire chargé de passagers , et mettant a la voile par une mer un peu houleuse ; il semblerait d'abord que tout le monde est empoisonné , à en juger par les soulèvemens convuisifs des estomacs , et les gémissemens douloureux qui s'élèvent de toute part.... Bientôt le tableau change d'aspect, et l'on dirait celui d'un hôpital où le typhus fait ses ravages ; les malades gissent épars , languissans , décolorés , frappés de prostration complète , et si l'on ne pourvoyait au soin de leurs personnes , le simulacre deviendrait bientôt une réalité , car l'infection ne tarderait pas à naitie de ces corps qui se vautrent avec une indifférence totale dans leurs propres déjections. « ( Médecine itcu'aLe. )
Ordinairement le mal de mer commence quelques isistans après cju'oii est entré dans le vaisseau, pour peu que la mer soit agitée d'un monvement un peu consid-érable. Chez quelques individus , pourtant , ce n'est cjuelquefois qu'au bout de deux jours que le mal survient ; cela tient sans doute au plus au moins d'agitation de la mer : le mal de mer se termine dès qu'on touche le sol. Quelque violent qu'il ait été , il cesse subitement , il n ew reste aucune trace , l'appéfit n'en est pas altéré , et la digestion pas moins active. Quand la navigation continue , le mal de mer cesse chez quelques individus , au bout de deux jours ; chez d'autres , au bout de huit : chez quelques-uns , il dure pendant tout une traversée ; d'autres enfin, naviguant habituellement, n'en sont jamais exempts.
Suivant M. Forget, les femmes éprouvent le mal de mer à un plus haut degré que les hommes ; suivant M. Rochoux , les enfans le supportent mieux que les adultes. Ce sont deux points sur lesquels nous ne sommes pas suffisamment an-étés.
Bien que, le plus ordinairement, le mal de mer n'ait aucune terminaison fâcheuse , il est pourtant arrivé, dit-on , qu'il ait déterminé , par suite des efforts faits pour vomir, une hématémèse mortelle. M. Allardcite , au dire de ftl. Forget, un cas d'encéphalite produite par le mal de mer, et M. Mesnard DiCT. DE Médecine et de Chirurgie I'Ratioues.'
deRochefort, nnc ga.?tro-cntérile , par la même cause, suivie de mort.
Nature essentielle du mal de mer. Si l'on fait attention .H l'analogie du mal de mer , avec l'embarras gastrique , avec les phénomènes produits par une indigestion , par l'émétique ; si l'on remonte au point de départ de ce douloureux anéantissement, qui rend incapable de résistance et de volonté , on voit clairement que l'estomac est le siège essentiel de l'afTection ; mais , pour la production de tant de contractions pénibles , de tant d'efforts déchirans , aucune substance n'a été déposée sur sa membrane muqueuse , aucun miasme n'a été introduit dans l'économie parles absorbans pulmonaires ou cutanés. Par quel mécanisme donc, par quelle route organique le mouvement du vaisseau a-t-il porté une impression douloui euse sur ce viscère ? Ici se tait l'observation , et commencent les hypothèses. 1\1. ICcraudren croit que ce mouvement porte le trouble dans les organes épigastriqiies et abdominaux , en y produisant des frotleiuens, des collisions propres à occasioner l'état spasmodique et les convulsions de l'estomac. Nous avons , en autre lieu ( Gymnastique médicale , 1821 ), objecté à rex]dication de l'illustre flief de la médecine navale , que la plupart des exercices actifs et mixtes , tels que la course , l'équitation, etc., font éprouver , aux parties susmentionnées , des collisions bien plus fortes que ne le fait un vaisseau ou une calèche , et cependant n'occasionnent aucunement les accidens dont nous cherchons la cause eflicieiite. Darwin croit que le ma! de mer est le résultat sympathique de l'encéphale, affecté par le trouble de la vue. Que les symptômes gastri(pies soient , dans le mal de mer , le résultat sympathique d'un trouble tout particulier de l'encéphale, cela peut être; mais que ce trouble de l'encéphale vienne de la vue , c'est ce qui n'est pas , et c'est ce dont nous avons , ci-dessus , prouvé le peu de fondement. Wollaston admet le trouble primitif de l'encéphale, mais il en donne une explication toute basée sur les lois de la physique. Il compare le mouvement du sang , dans les artères , à celui du mercure dans le tube du baromètre , et , de même que le métal s'élève dans le tube lorsque celui-ci se trouve abaissé avec rapidité , de même , selon "VVollaston ,,lorsque le navire s'abaisse avec la vague, il y a pression plus particulière tlu sang sur le cerveau. Deux faits semblent apjiuj'cr cette inadmissible , mais ingénieuse explication : l'augmentation de douleur, et le bruissement sourd qu'on éprouve dans la tête , lorsque , dans le langage , le navire retombe avec la vague qui l'avait élevé , et , d'un autre côté , le soulagement que procure la ]iosition horizontale , et le peu de souffrance qu'éprouvent les quadrupèdes embarqués. Mais que d'objections .H f tire à cette explication ! Quelle chute , quel abaissement existe-t-il dans une voiture bien suspendue ? dans l'exercice de la walse ? Quelle parité y a-t-il entre un tube de verre unique , inerte , d un diamètre égal, dans lequel le mercure est libre, et des vaisseaux vivans, élastiques, contractiles , ramifiés à l'infini , dans lesquels le liquide est soumis à une impulsion organique et vitale , agissant d'une manière opposée aux lois de l'hydraulique ? Quelle preuve existe- 1 il de l'ascension du sang , aux parties supérieures ? Si elle existe, pourquoi a-t-elle lieu , de préférence , à l'encéphale et pourquoi toutes les parties de la face restent-elles pâles et exsangues ? Ne nous arrêtons pas plus de temps à l'hypothèse de Wollaston. Disons que le mal de mer est le re'sultat d'un genre particulier de mouvemens dont le mode d'action est resté , juscju'à ce jour , inexpliqué.
Traitement. Le spécifique unique du mal de mer est le débarquement ; ce changement de position effectué, il ne reste plus aucune trace du uiiil. Après le débarquement vient l'habitude de la navigation. Ces deux moyens ne sont point , à proprement parler, des remèdes , car le premier ne fait que soustraire ,1 la cause, le second, qu'y rendre moins accessible. Vient ensuite le coucher horizontal dans un hamac , fixé vers le point le plus central et le plus bas du vaisseau , aux environs du grand mât où les mouvemens , bien que le centre de gravité change un peu par le roulis , sont pourtant toujours beaucoup moins prononcés qu'aux extrémités du levier. Ce troisième moyen, néanmoins, bon tout au plus pour un passager, ne peut être employé pour celui qui se trouve soumis aux exigences du service, à moins que sa vie ne soit menacée par la durée des souffrances , car c'est un remède qui n'avance à rien, et avec lequel c'est toujours à recommencer. En effet, aussitôt qu'on quitte la position horizontale , on recommence à vomir, et, comme on ne peut toujours rester couché , il vaut beaucoup imews. s'amnriner de suite. Maintenant, pour seconder et hâter l'habitude, on doit se livrer, autant qu'on le peut, dans les premiers iiistans, par exemple, à l'exercice et à la distraction; porter une ceinture qui comprime la région abdominale , user de boissons acides , pour lesquelles on a , d'ordinaire , dans ce cas, une appétence mar((uée , quand il y a dégoût pour tout, et qui rendent, comme tous les ingesta, beaucoup moins douloureuses , les contractions convulsives de l'estomac.
Jvanlages attribués au mid de mer. Indépendamment de l'importance que MM. Esquirol et Blanche attachent aux distractions de la navigation, pour le traitement de plusieurs affections cérébrales, ces médecins, d'une si grande expérience dans cette classe de maladies , veulent qu'on tienne compte de l'effet occasioné par le mal de mer. M. Blanche reconnaît, d'après l'état de la langue j et de l'haleine , certaines folies récentes qui doivent céder aux vomisseraens I provoqués. M. Esquirol nous a plusieurs fois conseillé, à nous et à ceux de nos I confrères auxquels il confiait des malades, de les soumettre à cette ruile épreuve. Nous avons, malheureusement, nous, et le domestique cjui nous I accompagnait, été horriblement tourmentés du mal de mer, et les monoma- ] niaques confiés à nos soins , n'ont point éprouvé le plus léger malaise. M. le i docteur Lachaise a éprouvé le même désappointement. Le résultat peut avoir été différent chez d'autres confrères , et nous concevons très-bien f[ue le mal tle mer soit, dans les monotnanies, un puissant révulsif. Le mal de mer peut