‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 135 sur 311 · MELA NOSE · texte numérisé non relu

MELA NOSE

daus une simple exhalation sanguine du canal intestinal et principalement tlu système veineux abdominal ; tantôt dans le suintement sanguin de quelque tumeur ou de quelque lésion placée sur le trajet des intestins. Une foule daulres causes peuvent encore loccasioner. Nous l'avons observée, il y a quelques mois, sur un sujet chez lequel un rétrécissement de 1 orilice aorlique gênait tellement le passage du sang dans le système arttnel , que le liquide circulatoire refluait dans les poumons, dans le loie et dans toute la muqueuse intestinale où il occasionait des stases et des liémorrbagies mélaniques. Celte maladie est donc tantôt idiopalhtique et tantôt symptomatique.

Outre l'écoulerafiit d'un sang noir , poisseux , plus ou moins abondant et quelquefois fétide que Ton trouve dans les fèces , le raélaena se fait encore reronnaitre par un état de malaise habituel des voies digestives, de l'anorexie , des borborygmes ; par la pâleur de la face, la faiblesse du pouls , I auiaigiissement du sujet et un trouble général des diverses fonctions de l'économie. Quand la maladie est symplomalique , on observe de plus les signes particuliers de l'affection qui l'occasionne , et qui décèlent l'existence d'une tumeur abdominale , d'une maladie du cœur ou du foie , d'un cancer, etc. La marche du niélœna est ordinaij-ement lente , c'est ua des caractères que les anciens lui on! assignés ; quelques faits prouvent qu'elle peut être rapide et par fois intermittente. Sa durée varie beaucoup puisqu elle dépend de la maladie dont le mélœua n'est en général qu'un symptôme.

Il est facile de disliugucr le mélœna de 1 hémaléu)èse , la voie de ces évacuations est entièrement dilférente. Souvent ces deux aflections , nées de causes analogues , existent simultanément chez le même sujet ( Voyez Hématémèse ). Ou distinguera le mclaena d'une hémorrhagie accidentelle du canal intestinal par la nature du sang évacué. Ainsi , dans un cas d'ulcération intestinale , causée par dothinenlérite , et qui donna lieu à une hémorrhagie , l'évacuation rapide et abondante du sang, sa couleur vive , sa consistance , la disposition cylindrique des caillots et les symptômes antécédens nous ont fait aisément reconnaître que l'hémorrhagie dépendait de l'ouverture de quekjue vaisseau important de l'intestin. Ce seraient encore les symptômes antérieurs qui serviraient à indiquer les cas où une semblable hémorrhagie dépendrait d'une blessure faite dans le canal intestinal par l'introduction de quelque corps étranger, ou de l'ulcération d'une tumeur cancéreuse placée sur le trajet de ce même canal. Les symptômes propres au flux hémorrhoidal empêcheront de confondre cet écoulement sanguin avec le méloena. Il serait moins facile de distinguer le méiœna du suintement sanguinolent qui se ferait à la surface d'une tumeur mélanique ulcérée , car les produits ont la plus grande analogie ; mais la présence d'une tumeur dans l'abdomen éclairerait bientôt le diagnos tic cjui , dans ce cas^ serait d'une importance pratique peu considérable. Les flux bilieux de couleur l'oncée ont pu facilement être confondus avec le mélœna et donner lieu aux erreurs commises a ce sujet par les anciens , et aux ilénominations de maladie noire ou atrabilaire sous lesquelles ils réunissaient ces affections. Cependant , en cxauiinant le licjuide évacué avec attention , en le divisant avec soin , on voit, s'il est bilieux , qu'une couleur verte décèle sa nature , et que cette teinte est due à l'une des matières colorantes de la bile et non à celle du sang.

Le pronostic du mélœna dépend de la cause qui l'occasionne. Kous avons vu des personnes affectées de mélœna, chez les({uelles cet accident ne se renouvelait pas et ne présentait aucune suite lâcheuse. C'est qu'alors la maladie dépendait d'une simple exhalation sanguine |>assagére du canal intestinal. 11 n'eu est pas de même lorsque la maladie est due à l'Ldcéralion de quelque tumeur cancéreuse , ou 'a quelque dégénérescence du canal intestinal. Le mélicna , par l'écoulement sanguin qui le constitue , ne fait qu'ajouter a la gravité du pronostic ])orté déjà sur l'alTectiou primitive.

Lorsque le mélaena dépend d'une simple exhalation sanguine de l'intestin les moyens généraux conseillés contre les liémorrbagies ( Voj ez Héaioruhagies EK cénéral) sullisent pour son traitement. Parmi ces moyens, les boissons froides , acides , l'extrait deratanhia en potion ou en lavement et les révulsifs, sont le plus souvent iniliqués ; le quinquina a réussi dans les cas où la mala.lie était intermittente ; mais quand la maladie dépend d'une lésion grave du canaj intestinal , c'est vers cette lésion qu il faut porter toute son attention , sans négliger toutelois l'indication capitale qui oblige de recourir d'abord aux moyens capables de faire cesser l'écoulement du sang. Martin SoLo^.

MELAIXCOLIE. royez Aliénation.

MELAKOSE. Ou donne ce nom, tiré du grec //.àxi , noir , à des productions qui se développent acclilentcllement dans nos tissus, et dont la couleur est noire , ou se rapproche plu^ ou moins de celle teinte.

Les anatomisles qui ont [irécédé notre époque ne nous ont laissé dans leurs écrits que peu de docuniens sur ce sujet ; il est probable que les maladies atrabilaires des anciens n'étaient autre chose que la mélanose. Bonet cite un assez grand nombre de ces cas. On lit dans la lettre iv , n" 4 , de Morgagni , De sedibus et causis, etc., qu'il trouva , chez un sujet , les poumons comme s'ils avaient été teints avec de l'encre ; dans sa septicuie lettre , n» 1 1 , il décrit les poumons noirs et durs ; chez un liydropique, dont il rapporte l'histoire, lettre xxxviii , n" 10 . le (oie était noir.

On ht dans les opuscules pathologiques de Haller, observ. xvii , qu'il a vu une horrible espèce de plulii.sie pulmonaire. Le sujet qui en était atteint avait un des poumons rempli non pas de pus , mais d'une matière noire comme de l'encre. J'ai trouve depuis , dit-il , chez un autre sujet , une matière semblable dans la cavité de la poitrine. Plusieurs auteurs ont encore signalé l'existence de CCS productions noires dans l'économie ; on trouvera l'indication de leurs travaux dans l'article mélanose de M. Dezeimeris. ( /Y/vAiV. juillet 1829, p. 328.)

Ce sont MM. Dupuylren , Bayle et Laennec qui , dans leurs cours et leurs ouvrages , ont décrit les premiers celle production avec soin. Laennec lui a donné, dans un mémoire lu à l'ancienne société de la faculté , le nom qu'elle porte encore. Depuis, M. Breschet et plusieurs autres médecins distingués, ont, ainsi que quelques vétérinaires habiles , contribué à la mieux faire connaître.

Caractères de la mélanose. On trouve ordinairement la mélanose dans nos tissus à l'état solide, quelquefois cependent elle existe sous forme liquide. La mélanose solide a , pour la consistance et l'aspect , beaucoup d'analogie avec les gani;lions lymphatiques des bronches. Elle est d'une couleur noire foncée et quelquefois seulement noirâtre ou bistre. Son tissu est homogène, inodore, opaque , laisse suinter une sorte d'humidité qui colore les doigts en noir, et ne parait point participer des qualités des matières grasses. On trouve la mélanose solide sous plusieurs formes ; tantôt elle se présente en masse et tantôt en couches minces.

1" La mélanose en masse ou les concrétions mélaniques se présentent sous forme spliéroidale plus ou moins régulière , lisse ou bosselée ; quelquefois elle affecte des dispositions tout à-fait irrégulières ; dans d'autres cas , elle est divisée en mamelons ou en lobules qui lui donnent des formes très-variées. Ces m.isses ou concrétions difl'èrent beaucoup par leur volume. On en trouve qui sont grosses comme un grain de millet; d'autres égalent le volume d'une noix ou d'une pomme; on en rencontre, surtout chez les chevaux, qui pèsent de vingt .1 trente livres. Les masses mélaniques sont parfois isolées par des kystes et parfois en contact immédiat avec les parties environnantes , ce qui les a fait distinguer par Laennec en deux sortes: mélanoses enkystées et mélanoses non enkystées. Cette distinction est loin d'avoir, pour la mélanose, l'importance qu'on ne peut lui contester pour le cancer. Ces kystes, d'ailleurs , que l'on rencontre très-rarement sont ordinairement formés d'une trame celluleuse, lâche, qui isole peu les tumeurs mélaniques.

2» On a donné le nom de mélanose infiltrée à cette matière lorsqu'elle se trouve disséminée par molécules dans la trame de l'organe où elle s'est développée , de sorte que le tissu de celui-ci en est pour ainsi parler, farci. Le poumon, plus que tous les autres viscères , présente celte variété mélanique ; c'est principaleuient dans la maladie que nous avons observée plusieurs fois, et que nous continuons d'appeler pneumonie chronique, qu'on la rencontre. Dans ce cas, le tissu pulmonaire, compacte et induré dans une plus ou moins grande étendue, olTre une coloration très-variable, et qui dépend delà quantité de sang combinée avec lui. C'est lorsqu'elle est assez considérable que ce tissu acquiert une couleur noire bien prononcée et les autres caractères de la mélanose. Cette mélanose inslerstitielle , qui paraît être le produit île l'inflammation chronique, se rapporte très bien h la variété mélanique que Laennec désigne sous le nom de mélanose inliltrée : on la retrouve dans la plupart des organes, isolée et indépendante de toute autre lésion. On peut également l'y rencontrer en même temps que le tubercule ou telle autre production accidentelle. Mais il faut prendre garde alors de rapporter à la mélanose des symptômes qui dépendent de ces productions.

ÏjH matière noire pulmonaire , ainsi désignée par Laennec, et que l'on rencontre surtout chez les vieillards , disposée sous forme de points, de lignes ou de petites plaques dans le tissu pulmonaire, doit-elle être rigoureusement distinguée de la mélanose infiltrée? Cette distinction nous semble peu importante, et nous ne voyons dans cette modification des poumons des vieillards qu'une variété île disposition d'une même matière colorante , susceptible de se présenter sous différens as[)ects, et c]ui ne diffère de la mélanose , proprement dite, que parce que ne s'accumulant pas en aussi grande cpiantilé dans le tissu pulmonaire , elle entrave peu les fonctions de l'organe où elle se dépose.

3° Mélanose membrani/or/ne On trouve encore la mélanose à la surface libre et quelquefois à la surface adhérente des membranes séreuses ; elle y est étendue sous forme de couches solides ou de pseudo-membranes consistantes. C'est surtout dans la péritonite chronique que l'on rencontre la mélanose membraniforme ; elle y est quelquefois isolée, mais bien plus souvent encore elle y ; existe avec de la mélanose infiltrée dans les aréoles des fausses membranes et dans le tissu cellulaire sous-séreux. Nous avons vu cinq ou six fois ces cas de mélanose , développée sur les surlaces libre et adhérente du péritoine. La sub-stance mélanique, les fausses membranes el le péritoine lui-même adhéraient ^ tous ensemble, et constituaient une sorte de magma solide, dont on pouvait , à l'aide de la plus légère traction, retirer le tube intestinal tout entier, réduit alors à ses tuniques musculaire et muqueuse.

4° Mélanose liquide. Cette forme de la mélanose n'a point été indiquée par Laennec. M. Breschet a désigné sous ce nom certains liquides de couleur noire qui semblaient résulter de la sécrétion morbide de quelques organes. M. Andral a trouvé dans la cavité abdominale de quelques sujets atteints de péritonite chronique , une liqueur noire qu'il considère comme de la mélanose liquide. MM. Trousseau et Leblanc onl vu , au-dessus des reins tl'un cheval , un kysle fibreux de la grosseur du poing, et qui contenait environ huit onces d un liquide de même nature. L'élude de ces diverses matières, analogues sans doute à la mélanose, servirait à rapprocher I histoire de cette production accidentelle, de plusieurs autres que I on retrouve dans l'économie ; telle que la matière qui colore la choroïde , l uvée , le placenta de quelques carnassiers , le corps muqueux de la peau du nègre ; et de quelques produits morbides, comme l'enduit fuligineux des lèvres^ des gencives el de la langue , les vomissemens de la fièvre jaune elles excrétions du mélœua.

M. Proust a trouvé dans de l'urine colorée en noir foncé , un corps qu'il

Vf»"

MÉLANOSE.

MÉLAKOSE.

désigne sous le tiomd'acide mélanique ; l'élymologie du nOm est peut-èUe tout ce qu'il y a de commun outre cet acide et la méhinose car d'après les [analyses de plusieurs chimistes , cet acide serait étranger à la composition de la mélanose.

Composition chimique. L'analyse de cette matière devait nécessairement exciter l'altenlion des chimistes ; aussi se sonl-ils depuis long-temps occupés de sa composition. M. Thénard y a surtout trouvé du carbone; M. Clarion de ll'albumine et une matière colorante noire particulit-re ; M. Barruel s'est assuré que cette dernière matière est analogue à celle qui colore le sang ; mais il a de plus iudiqué dans la mclatiose la présence de la fibrine à un état particulier et celle de phosphate de fer , principes tjui concourent aussi à la composition du sang. Cet habile chimiste a encore conslalé dans la mélanose l'existence de matières grasses que d'autres n'ont point retrouvées. En analysant à AUort la imélanose du che val, M. Lassaigne a également rencontré de la fibrine coloiée, jun peu d'albumine , une matière colorante, noiràlic soluble dans l'acide sullulique , plusieurs sels à base de soude et de chaux , de l'oxide de fer. M. le docteur Foy ( Archives de médecine , juin 1828 ) a analysé comparativement la matière encéphaloïde , le squirre et la mélanose. Il a trouvé dans ces diilerens [corps de l'.ilbumine, de la tïbrine , des sels à base de soude, de potasse et de jchaux , de l'oxide de fer dans une proportion un i>eu moins élevée dans les deux premières substances que dans la mélanose , et enfin d'ans cette dernière seulement un principe éminemment carboné , probablement du carbone altéré , qui pntre pour presque un tiers dans sa composition.

! Nature de lu inélanoie. Ces difiérens travaux démontrent , en général , beaucoup d'analogie enire les principes de la mélanose et ceux qui concourent à la poraposilion du sang. Il est probable que si on appliquait à l'élude de la mélaiiose les recherches chimiques que MM. Lecanu et Boudet tils ont faites dans ces derniers temps avec beaucoup de talent pour la composition du sang , l'analogie Reviendrait encore plus frappante. Comment se fait ce dépôt de matière coloiraute du sang plus ou moins modifiée? On peut croire, ainsi que le pensent MM. Breschct et Andral , à l'opinion desquels nous nous rattachons aussi, qu'il L"st le produit d'une sécrétion ou peut-être d'une transsudation , principalement composée d'albumine , de fibrine , et de la matière colorante du sang; et que ce produit déposé entre les mailles de nos tissus , s'y accumule, s'y dévejloppe ainsi que nous allons l'indiquer.

Développement et marche. La mélanose commence sous la forme de petits points noirs ou violets qui se développent, s'étendent, grossissent et prennent ine formel o bronde plus ou moins bosselée, dont le volume peut devenir coniidcrable. Ces tumeurs sont susceptibles de passer à un état de ramollissement, surtout si leur situation les rapproche de l'extérieur : la peau s'amincit, s'ulfère, et l'on voit suinter de la surface ulcérée une matière poisseuse , noirâtre^ |]ui caractérise la maladie. C'est ce que nous avons observé sur une vieille femme, qui plus tard entra à la Salpélrière, et dont M. Breschet a rapporté l'histoire dans son savant mémoire sur la mélanose ( Journal de phjsiologie ;xpér. tome I, p. 354 ). Ces tumeurs se développent dans plusieurs régions du ■orps à-la-fois : ainsi la vieille femme dont nous venons de parler en présentait 1 l'aine droite, à la cuisse et dans les seins. Ces tumeurs ulcérées ou attaquées Jpar l'instrument tranchant laissent couler du sang , outre le li(juide noirâtre iparticulier qui suinte de leur surface. Elles peuvent aussi se couvrir de bour- [geons charnus, suppurer et se cicatriser; c'est ce que l'on observa sur le cheval îjpéré par M. Damoiseau et dont M. Trousseau a rapporté I observation dans les prchives (juin 1828, p. 180. ) Dans la plupart des cas la mélanose ne produit pas de grands désordres dans l'économie. On lui voit acquérir un développe- |nent énorme dans le foie et dans des portions de tissu cellulaire peu irritables, ians que , pendant la vie , elle ait fait présumer son existence par le plus léger ifouble fonctionnel , à moins qu'elle ne détermine une gène mécanique sensible. Quand un travail inflammatoire s'empare de ces tumeurs , ou lorsqu'elles sont le siège d'une hémorrhagie , c'est le tissu cellulaire qui compose la trame de la ïiélanose qui est le siège des phénomènes , de même que c'est encore ce même jissu cellulaire qui est le siège de la dégénérescence cancéreuse qui quelquefois Survient dans la tumeur mélanique.

i Mélanose dans les animaux. Cette production n'est point particulière à l'homme , on la retrouve chez beaucoup d'animaux. Brugnone l'avait observée !>ur les chevaux blancs du haras de Chivasso en 1781. Trois ans plus tard, celte ;même maladie fut observée par CoUety Latournelle qui en donna en 1809 une relation détaillée à l'école vétérinaire de Lyon. MM. Goyer et Kodel ont rapporté dans le journal de médecine vétérinaire, tome ii, p. 273 , des exemples reimarquables de celte production chez le cheval. MM. Trousseau et Leblanc ont f^joulé des faits intéressaas à ceux que l'on possédait déjà sur ce sujet. Leur travail est inséré dans le cahier des ArcidvKS de médecine Ai: ]\im 1828. Ce sont surtout les chevaux blancs ou gris qui ont le plus ordinairement offert ces pro- Juclions insolites. On dirait que chez eux la matière colorante s'est |iour ainsi lire réfugiée dans ces tumeurs. On rencontre cependant quelquefois aussi la inélanose chez les chevau.x de robes did'érentes. M. liodct et M. Andral en ont trouvé chez des chevaux à poil bai. M. Breschet a rencontré des tumeurs mélatniqucs chez quelques autres animaux. Le chien , le chat, le lapin , la souris et te rat lui en ont offert des exemples remarquables. Chez le cheval, ces tumeurs |>e développent surtout sous la queue, se prolongent plus ou moins dans le bas- |ia et peuvent être enlevées avec succès , ainsi que le prouve le fait cité plus [haut et observé par M. Damoiseau. Quelques observations sembleraient prouver ]ue la mélanose se reproduit chez les poulains qui ont une robe semblable à |;elle des parens dont ils sont nés.

Epoque de son développement. La mélanose se développe à toutes les époques de la vie ; elle est néanmoins plus commune chez les vieillards et chez les adultes que chez les très jeunes sujets.

Tissus et oi'ganes qu'elle njfecle. Quoique la mélanose en\ ahisse les différens tissus de l'économie, cependant elle se montre plus fréquemment dans le tissu cellulaire que pai lout ailleurs. C'est peul-être parce que ce tissu forme la trame de presque tous les autres que la mélanose se retrouve chez la plupart d'entre eux. On trouve dans le Précis d analomie palhologiijue de M. Andral ( tome i, page 459) des exemples de développemens mélaniques dans beaucoup de tissus élémentaires de l'économie. La mélanose y est seule ou réunie avec d'autres productions anormales , ou des dégénérescences organiques. Ces concrétions se rencontrent aussi dans plusieurs tissus cl dans plusieurs organes à-la-fois. Nous avons cité plus haut le cas d'une femme que nous avons observée et dont les ganglions lymphatiques de l'aine droite, les cuisses et les seins étaient en même temps le siège de tumeui-s mélaniques. M. Alibert a rapporte dans la iVoso/o^ie naturelle (tome i ) le cas d'un malade dont la peau , diverses régions du tissu cellulaire , le médiastin , le mésentère, l'épiploon, beaucoup de glandes lymphatiques, le corps thyroïde et les poumons étaient envahis par des productions mélaniques. Quoique observée dans les différens organes , la mélanose affecte cependant de préférence certaines parties : elle est surtout plus commune dans les ganglions lymphatiques , le tissu pulmonaire, le foie , le canal intestinal ; et c'est particulièrement le système muqueux de cet appareil qui en est le siège. JNous avons vuplu.sieurs fois des taches et des exsudations mélaniques répandues sur la face interne de l'eslOmac et de l inlesliu, qui auraient pu faire croire à l'existence d'escarres produites par le contact de l'acide sulfurique ; mais la marche de la maladie , et au besoin les caractères chimiques apjiaitenant à l'acide sulfurique empêchaient de commettre une méprise qui aurait , dans ce cas , de graves inconvéniens.

Diagnostic. Ce serait seulement dans le poumon que l'on pourrait confondre les mélanoses avec les glandes bronchiques ; mais celles-ci sont petites, rapprochées des bronches, leur surface est très-lisse, leur intérieur offre rai ement une couleur noire bien uniforme et le liquide cjui en suinte n'est pas poisseux ; il colore à peine le doigt qui le touche, ce qui est bien difTércnt de celte teinte d encre de Chine que la mélanose laisse sur la peau qui est eu contact avec elle. Quant à la matière noire pulmonaire décrite par Laeunec et qui sillonne les interstices des lobules pulmonaires des vieillards, nous pensons qu'on peut aussi la regarder, lorsqu'elle n'est pas morbide, comme une sorte de dépôt de matière colorante analogue à celui delà choroïde; mais lorsqu'elle accompagne la pneumonie chronique, il nous semble qu'on ne peut pas la distinguer de la mélanose proprement dite. La carcino mélanée du professeur Alibcrl ( Mon. de Derniat. lome II , p. 164) ou le cancer anltiracine de Jurine présentent bien avec la mélanose quelque analogie ; il y a comme dans celle-ci aberration de séciélion de la matière colorante noire ; mais la maladie décrite par Jurine et qui consiste dans une tache très noire qui se développe à la peau et qui prend peu-à-peu le volume et l'aspect granuleux d'une mûre , se reproduit dans d'autres points si on l'enlève ; et , si on lui laisse suivre sa marche , se ramollit , s'ulcère , et offre toute la cohorte d'aecidens propres aux affections cancéreuses, ce que ne présente pas la mélanose simple.

C'est cette différence , bien constatée par l'exposé des quatre faits rapportés par Jurine et reproduits par M. Alibert, qui a engagé ce savant professeur à considérer l'affection cancéreuse comme l'élément principal de l'anthracine et à ta classer parmi les dermatoses cancéreuses.

Si la couleur des tumeurs érectiles pouvait quelquefois les faire confondre avec les mélanoses , la quantité de vaisseaux qui entre dans la composition des premières suffirait pour établir entre les unes et les autres une différence tranchée, reconnaissabie encore à plusieurs autres signes.

La mélanose , quoique considérée par Laennec ( Auscut. ii , pag. 33), comme l'une des variétés du cancer , diffère sufTisamment du squirre et du cancer par son aspect et par sa marche , pour qu'on ne la confonde pas avec eux. En effet, la couleur blanche et resplendissante du squirre , son tissu lardacè , criant sous le scalpel qui l'incise , ne présentent rien qui rappelle le tissu mélanique. Les douleurs lancinantes qui accompagnent le cancer, les caractères de la matière encéphaloïde, la reproduction de ces dégénérescences dans un nouveau point de l'économie lorsqu'on les a extirpées d'une autre région , la fièvre hectique qu'elles allument et tous les désordres qu'elles déterminent, empêchent de confondre la mélanose avec le cancer. Les cas où la mélanose et le cancer se trouvent réunis dans une tumeur ont pu seuls faire commettre cette méprise. Nous en pourrions dire autant par rapport au tubercule.

Pronostic. Le pronostic de la mélanose n'a rien de fâcheux en lui-même, ces productions n'exerçant aucune influence dangereuse sur l'économie. Cependant par leur volume , les tumeurs mélaniques peuvent gêner les fonctions de l'organe où elles sont développées , entraver la circulation en comprimant des vaisseaux importans et donner lieu à des hydropisies , ainsi qu'on en lit un exemple dans Morgagni. Elles doivent aussi , en augmentant de volume, devenir nuisibles au reste de l'économie en soustrayant au sang une partie importante de ses matériaux, la matière colorante. Enfin , en formant des saillies que le froissement des corps extérieurs irrite , enflamme et ulcère, le tissu cellulaire qui les compose devient la source d une dégénérescense cancéreuse qui amène dans l'économie tous les désordres particuliers à cette dernière affection.

Traitement. La thérapeutique ne possède aucun moyen spécial pour le traitement de la mélanose. L'extirpation seule , lorsque les tumeurs mélaniques en sont susceptibles et augmentent rapidement de volume, présente des chances

MEMBRES (5IALABIES DES).

favoi iibles pour débarrasser 1 économie de ces productions plus gênantes que dangereuses. Ou peut cependant, avant d'en venir k ce moyen extrême , employer sans inconvéniens les divers résolutifs que nous présente la malièrc médicale. Quand la mélanose envahit des organes profondément placés , et que quelque circonstance fait reconnaître la nature du mal , les moyens généraux adoucissans et caïmans sont les seuls que l'on puisse employer dans le but d eloinner les causes qui occasionneraient l'augmentation de la maladie , ou le développement des accidens que nous avons précédemment indiques.

( Martin Solon. )

MÉLICÉRIS, s. m. de fj.àt, mel , V.v,pci,favus , rajon de miel. Loupe enkystée , contenant une matière fluide , visqueuse et jaunâtre que l'on a comparée a du miel.

Le uiélicéris appartient au même genre de loupe que raihérôme , et il a avec celle-ci plus d'un point d analogie. Le kyste qui forme son enveloppe est plongé dans le tissu cellulaire sous-culané , il adhère à la peau d'une manière intime; sa surface interne est souvent sèche et comme épidermique; sa structure est fibro-celluleuse. La malièro que contient celte tumeur a quelque ressemblance avec le miel commun , comme je l'ai dit en commençant , mais elle présente quelques variétés sous ce rapport : tantôt elle est plus limpiile , tantôt elle oil're une teinte plus foncée que cette substance.

Le mélicéris se développe plus ficquemmeut à la tète que partout ailleurs; du reste , on ignore absolument quelle influence peut déterminer sa formation ; ce qu'il y a seulement de certain , c'est qu'il résulte du iléveloppement d un follicule cutané dont le goulot s'oblitère, et qu'ainsi son kyste n'est pas le produit d'une formation nouvelle.

La tumeur du mélicéris ressemble entièrement à celle de l'atherùme , mais elle ollre plus de mollesse que cette dernière.

Le mélicéris acquieit souvent un volume considérable; alors , la peau qui le recouvre s'amincit et se rompt par excès de distension , la tumeur se vide en grande partie , et l'air ])énèlre dans le kyste; bientôt une inflammation vive s'empare de sa surface interne , et l'ouverture de la plaie, restée tisluleuse, donne issue à une humeur d'une repoussante fétidité.

On doit se garder de confondre le mélicéris avec le ganglion ; dans la tumeur de celui-ci ou trouve une matière jaunâtre , filante , et qui a souvent beaucoup de rapport avec celle du mélicéris; mais dans le mélicéris, le kyste est fibrocellulaire, adhérent et continu avec la peau, tandis que dans le ganglion il est cellulaire et totalement séparé des tégumens. Quant aux caractères did'érentiels du mélicéris et des autres espèces de loupes , (ont a été dit précétlemment à cet égard. ( l^oj. les articles Loufiî , Athérome , Lipômb , etc. )

Il est facile de faire disparaître le mélicéris ; par conséquent , il ne constitue pas une maladie grave ; l'opération qu'il nécessite peut bien , à la rigueur, déterminer des accidens , mais heureusement ces accidens sont rares , et ne sont pas plus à redouter, dans le cas dont il s'agit, qu'après les opérations chirurgicales les plus simples.

Le traitement du mélicéris n'offre rien de spécial , rien surtout qui n'ait été décrit à l'occasion de I'athérôme ( Voyez ce mot. )

^ - (Ph.-Fréd. Blakdtn. )

MÉLILOT. Midiloius ojjlcinalis (Lin.). Cette plante est de la famille des légumineuses et très-comraune. Bien qu'il s'en fasse , en médecine, une consommation assez grande , et que , pour cette raison , l'occasion de constater ce qu'elle vaut se présente chaque jour, on ne trouve rien sur elle dans les auteurs ou l'on n'y trouve que quelques indications vagues et sans valeur siu' ses propriétés. Il tant en conclure qu'elles doivent, si cette plante en a , être peu évidentes, et surtout n'avoir aucun caractère spécial. On peut croire que le mélilot est un de ces médicamens que 1 on n'emploie que par tradition , qui sont moins line ressource pour le malade que pour le médecin, et dont celui-ci n'attend et ne redoute rien , son innocence lui étant connue.

On n'emploie généralement le mélilot qu'à l'extérieur, à cause de la vertu dite résolutive qu'il a ou qu'on lui suppose. Ainsi on se sert de son infusion en lotions et pour fumigations dans roi)lilhaimie, l'érysipèle, et généralement dans les irritations de la peau. La fleur de mélilot est considérée , dans la pratique , comme le succédané, l'auxiliaire, l'adjuvant de la fleur de sureau. C'est un moyen de varier les topiques résolutifs ; or, on sait qu'à l'extérieur, comme à l'intérieur, ce n'est souvent qu'en tâtonnant avec divers remèdes considérés comme équivalons que l'on arrive à déterminer celui qui convient le mieux.

Peut-être le mélilot acquerrait-il plus il'imporlancc s'il était ])lus souvent administré à l'intérieur; eu tous cas les livres n'apprendraient rien pour en iliri-. gcr 1 emploi. On y trouverait seulement qu'il a été vanté pour les coliques, les inflammations abilominales , les rétentions d'urine, les douleurs qui jjrécèdent ou suivent l'accouchcmenl , la leucorrhée, la ilysscnterie , la tympanitc , le rlmmatisme, etc.

Le mclilot bl<u (melilotus cœrulea, Lin.) qui est très-abondant en Suisse, en Rohême , tn Ilongiie, etc., a plus d'arôme que le mélilot officinal : d'après cela on peiil lui croire plus d'activité. (LÉop. Deslandes.)

MEMBRES ( Maladies des ). Ces deux paires de longs appendices articulés, annexes au tronc de I homme , et formant en quelque sorte la partie périphériipic du corps , se distinguent de la portion centrale par une structure plus simple et presque uniforme, dans laquelle n'entrent que des organes similaires ou généraux , que l'on retrouve aux parois du tronc. Ce sont ceux qui consliluent la charpente commune dis os ou des cartilages , des muscles, et leurs dépendances, ligamens , synoviales, aponévroses, etc., les vaisseaux et les neris q'ii les animent , les envelopi)es cellulaire et cutanée qui révèlent le tout.

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