M28 ) MEMBRES (MALADIES DES
Ainsi les membres sont-ils, comme cette organisation le comporte, de simples'^ insirumcns moteurs, n'ayant d'importance dans la hiérarchie des fonctions,: que pour les services qu'ils rendent aux viscères centraux les plus essentiels L la vie.
Les maladies de ces appendices ont le même caractère d'uniformité , et rentrent presque toutes dans les affections générales qui se manifestent indistinc-j lement dans toutes les régions du corps. Elles appartiennent pour la plupart] aux lésions de l'appareil locomoteur, et peuvent être distinguées en celles qui! siègent dans la continuité et celles qui occupent la contiguïté des différentes^ sections dont se composent les membres. 11 a été question des dernières au mot) ARTICULATIONS. Oii trouve Ics généralités qui concernent les premières aux arti-^ cles inutadies des os, des muscles, des artères, des nerfs, etc.; ce serait" tomber dans des redites inutiles que de les reproduire ici. \ La forme fournit donc , plutôt que la texture, le caractère organique dis-i linctifdes membres, et leurs vices de conformation offrent par là, plus que' leurs lésions de tissu , des traits qui leur soient propres. Parmi ces vices , les| uns se classent naturellement dans le groupe des monstruosités (Foy. ce mol),! Les autres coiistiluent des diJJ'onnilès proprement dites , et sont du ressort cle( l'oRTiiopÉDiE. Ces derniers sont plus fréquens aux membres inférieurs qu'aux" membres supérieurs , et à l'extrémité libre qu'à l'extrémité centrale de ces ap-« pendices. Les dill'ormités qui alïèctenl la continuité des membres consislentj généralement dans des courbures anormales des os longs, et sont le plus ordi-t nairement un effet du rachitis. Celles qui siègent dans leur contiguïté sont^ congéniales ou se développent après la naissance. Les plus communes sont île I simples déviations des axes des parties contigues, dont les rapports naturels ne'i sont pas changés. Quelques-unes résultent de la situation anormale des extrémités osseuses : telle est la luxation congéniale des fémurs, |)resque inconnue! parmi nous, malgré les travaux de Paletta , avant les savantes recherches de| iVl. Dupuytren*. ^
Les (/wia//o/;i des membres , plus rares dans les articulations orbiculairesi que dans les jointures à uiouvemcus moins étendus , peuvent avoir lieu daiisi quatre sens ditlèrens, même dans les articulations qui ne perraellent que deuX! mouvemens opposés , comme le genou , le coude , 1 articulation du pied avec M jambe , celle des phalanges des doigts et des orteils. Le changement de direc-i| tion consiste , tantôt en ce que des membres situés sur la même ligne dans l'é-i tat naturel, viennent a former un angle plus ou moins marqué, tantôt en coi' que 1 angle qu'ils forment naturellement se ferme davantage , ou , au contraire,J se rediesse et s'elface plus ou moins complètement. Il eu résulte que la totaliléii du membre est , dans certains cas, plus courte , et dans d'autres , plus longueij que dans l'ctat normal. Les membres déviés sont le plus souvent incapables dd remplir convenablement leurs fonctions comme organes d'équilibre et de mou-' vemens. Leur mobilité n'épiouve parlois aucun changement; fréquemment elU est diminuée ou abolie , plus rarement augmentée.
Il importe de distinguer ilans les causes de ces déviations, ce qui entraîne les parties dans une direction vicieuse, et ce qui les relient d'une manière constante dans leur nouvelle situation. Les pressions extérieures, le poids di corps, l'action musculaire, sont les influences qui impriment le plus fréquem ment aux membres une direction anormale. Le changemenl de forme des extré mités articulaires des os, le raccourcissement des parties libreuses on muscu laires qui repondent à un de leurs cotés , 1 allongement des organes analogues situés dans le sens contraire, font que celle disposition reste permanente. Ce sont les causes proc/taiiies , dans le langage de l école , ce qui constitue et carac lérise l'état morbide; elles sont le résultat de l'action des premières, ou de causes éloignées. J'appellerais volontiers , dans le cas qui nous occupe, les unes les puissances , causes du dérangement de l'ordre normal , les autres, les résis' tances , vrais obstacles qui s'opposent au retour de l'état régulier. Il peut arii ver que ces deux genres d'influence se confondent dans une môme cause, commi dans les contractures musculaires , dans les déformations osseuses primiti ves , etc. ; mais cela est rare.
On conçoit que la mollesse des os , la faiblesse des ligamens et des muscles soient des prédispositions qui favorisent l'action des causes éloignées et les dé formations articulaires qui en sont la suite.
Ou devine aussi que beaucoup de maladies peuvent amener des déviation sjmptomali<]ues consécutives , en altérant d une manière quelconcpie les fonci lions des muscles ou la structure des différentes parties qui composent les arti culations. Tel est le mode d'aclion de la goutte, du rhumatisme, de la paralysie des malailies spasraodiques , etc.
La thérapeutique des déviations des membres se fonde sur les causes etlh nature de ces afléctions. La connaissance des résistances est d'une grande in i portance sous ce point de vue, puisque le but principal que l'on doit se propose! I est de les détruire. La considération des puissances ne doit pas non plus êli négligée , soit <iuc leur influence ait encore besoin d'être combattue , soit que 1 connaissance de leur manière d'agir puisse conduire aux moyens d exercer ur action curative contraire. Les erreurs en éliologie enfantent donc toujours i des erreurs en thérapeutique , comme les découvertes de la première éclaire, constamment la marche de la seconde. S il en fallait de nouvelles preuves, nous suflirail de rappeler celte flexion permanente des deux ou trois demie doigts réputée incurable , alors qu'elle était attribuée à la l étraction des te dons fléchisseurs, et aujourd'hui si facile à guérir, depuis que M. Dupuylren démontré par l'anatomie et par les résultats d'une légère opération , que véritable obstacle à l'e-xtension résidait dans les baiulelelles de l'jponévro palmaire.
MÉNINGITE
Ml^NlNGITE.
Le Iraitement de toute déviation des membres offre trois indications principales à remplir, l" Il fjut ramener dans leur direction normale les axes des parties divisées ; 2° retenir ces parties dans la situation où on les a placées ; 3o empêcher qu'elles ne reviennent dans leur première situation , lorsqu'elles seront abandonnées à elles-mêmes. Pour ;itteindrc ce triple but, il suffit de re- ^marqiier que les puissances capables de dévier les jointures, lorsqu'elles agissent dans uu sens anormal , sont aussi susceptibles de les modifier en sens contraire ; qu'en les mettant en jeu de celte manière , on efface les résistances qu'elles avaient fait naître , et l'on eu crée d'opposées qui préviennent le retour de la déviation , si d'ailleurs les prédispositions ont été détruites , et si les influences qui ont amené la déformation sont éloignées avec soin.
Les elTorts extérieurs sont les forces dont on dispose le plus facilement et avec le plus de fruit pour attirer graduellement les membres déviés dans leur situation normale et les y maintenir. C'est à l'aide de substances solides, résistantes et possédant néanmoins un certain degré de flexibilité, que l'on exerce ces efforts d'une manière permanente. Les principes d'après lesquels sont construits et appliques les appareils ou machines employés à cet effet sont li acés ailleurs {f^ojr. Gekou, Orthopédie, Pied-bot, etc.). L'action du poids du corps ou des membres eux-mêmes et la contraction musculaire ne peuvent que rarement être dirigées de m.inière à rétablir, sans le secours des appareils, la situation naturelle des parties.
On comprendra partout ce qui vient d'être dit pourquoi les forces employées au redressement des membres déviés , plus ou moins long-temps après qu'ils ont commencé à se déformer, rencontrent quelquefois des difficultés insurmontables. Détruire par le fer les résistances que l'on n'a pu vaincre autrement, est alors une dernière ressource , dont malheureusement l'art peut trop rarement profiter, comme dans le cas mentionné plus haut, dans certains piedsbots , avec rétraction des extenseurs du pied , etc. Encore les exemples de ce genre appartiennent-ils plutôt aux déviations symptomatiques qu'aux délormalions articulaires proprement dites. ( Bouvier. )
MENINGITE. Le mot méninges, formé de menj'na: membrane , étant réservé pour désigner la membrane qui tapisse l'intérieur du crùne et du rachis , la dure-mère, et celles qui forment à l'axe nerveux une enveloppe immédiate, la pie-mère de l'arachnoïde, il est clair que le mot méningite signifie l'inflammation des méninges , c'est-à-dire l'inflammation collective de la dure-mère de l'arachnoïde et de la pie-mère. Il n'est pas besoin de dire que cette dénomination , prise dans son sens naturel , laisse à désirer plus de précision : ce défaut lient a notre manque de connaissances précises sur les symptômes produits par l'inflammation des méninges , ou , ce qui revient au même , à ce que nous ne savons pas bien encore rattacher à leur vc rilable siège aiiatomique la collection de symptômes propres à faire reconnaitre la maladie décrite par plusieurs sous le nom de méningite.
Pour éviter les inconvéniens que je viens de signaler, plusieurs auteurs n'ont pas fait usage du mot méningite , et regardant couinie propres à l'inflammation d'une des trois méninges, l'arachnoïile , l'ensemble des symptômes donnés comme caractéristiques de la méningite , ils ont employé comme plus précis et plus vrai dans leur sens le mot arachnoidite ou arachnitis pour désigner cette maladie. Toutefois ils n'ont pas satisfait tous les scrupules , et d'autres sont venus bientôt attaquer leur interprétation, s'efforçant de démontrer que la prétendue arachnoidite ou arachnitis n était autre chose que l'inflammation de la pie-mère ; et le mot piitis a été proposé par «ces derniers pour désigner la phlegmasie de la pie-mère; enfin il en est qui , ne voulant faire dépendre de I inflammation des membranes arachnoïde ou pie-mère presque aucun des symptômes qu'on s'accorde généralement à lui attribuer, ont voulu rendre le cerveau responsable de ces désordres.
Les anatomistes ont décrit avec exactitude la plupart des altérations que l'inflammation produit dans la dure-mère , dans l'arachnoïde et dans la pie-mèi e. Mais ce qu un scalpel exercé peut séparer et isoler dans des tissus morts ne coirespond pas nécessairement à des symptômes distincts , tellement tranches pendant la vie que la sagacité du médecin ne puisse se trouver en défaut ; c'est ce qui est arrivé pour l'inflammation des membranes encéphaliques, la lecture attentive de la plupart des traités sur cette maladie eu fait foi. On y trouve d'un cote décrites avec soin les altérations que peuvent subir les méninges. On a d'un autre côté la liste bien complète des symptômes de ces sortes de phleginasies , et pourtant leur histoire générale n'est pas encore tracée d une manière parfiite- «irent satisfaisante pour tous , le rapprochement et la correspondance des altérations et des symptômes, sont encore l'occasion de dissidences fondamentales pour beaucoup d'auteurs. Ce retard de la science est facile à comprendre : en effet ^ il y a deux parties bien distinctes dans les méninges : d'un côté, la durei»ere et la portion d'arachnoïde qui la tapisse ; de l'autre côté, la pie-mère et 1 arachnoïde qui forment l'enveloppe immédiate de l'encéphale ; entre ces deux sections des méninges il n'y a d'autres communications cjue celles qu'établissent les gaines séreuses d'enveloppe des vaisseaux et des nerfs, (|ui d'une région quelconque de l'encéphale se rendent hors de la cavité cranio-spinale ; et compares à l'étendue totale de chacune des sections méningiennes , ces moyens de communication sont peu de chose. Ainsi, la dure-mère et sa doublure séreuse sont bien distinctes de l'arachnoïde cérébrale et de la pie-mère. Mais chacune d« ces parties distinctes résulte elle-même d élémens différens par leur structure : la dure-mère et sa doublure séreuse sont d'une composition anatouiique bien distincte l'une de l'autre; on ne peut les séparer que par la violence, et leur adhérence réciproque, établie par un tissu cellulo-vasculaire dont l'oi igine est dans la dure-mère, et les terminaisons exhalantes et absorbantes à la surface
DiCT, DE MÉDECÏHE ET DE CliinURGIE PRATIQUES,
de l'arachnoïde , est telle que ces deux membranes" n'en font pour ainsi dire qu'une, et ne peuvent rester entièrement étrangères l 'une à l'autre dans le cas de phlegmasie.
Ajoutez encore, pour cette partie des méninges , que la dure-mère , tapissant les cavités osseuses encéphalo-rachidienncs, tient ii leurs parois de la manière la plus intime par une infinité de prolongement fibreux et vasculaires cjui passent de la membane dans les os, et vous concevrez que la dure-mère et les os qu'elle tapisse, considérés dans leur activité vitale, ne peuvent être tout-à-fait isolés , et qu'il existe entre eux la même communauté de vie et d'action , qu'entre la dure-mère et l'arachnoïde collée à sa surface.
On trouve donc , dans cette partie des méninges dépendantes de l'enveloppe osseuse , des structures anatomiques bien distinctes ; mais on reconnaît , malgré ces différences , une adhérence si étroite des unes aux autres , une pénétration si intime des unes dans les autres, qu'on est forcé d'admettre entre elles une communauté de vie, et de pressentir une communauté de souffrances.
L'autre partie des méninges , l'arachnoïde cérébrale et la pie-mère , sont , au ])remier abord, plus aisément distinguées l'une de l'autre : l'arachnoïde ])asse directement au-dessus des anfractuosités j;érébiales dans riiilervalle desquelles plonge profondément la pie-mère; l'une de ces niembranes, lisse, mince, transparente dans toute son étendue, n'offre, quelque part qu'on la considère, aucuns vaisseaux sanguins dans son épaisseur. La pie-mère , au contraire; est presque entièrement constituée par un riche réseau de ces sortes de vaisseaux ; voilà sans doute des différences bien tranchées ; mais , si l'on veut réfléchir auxrapports nécessaires dans lesquel se trouvent l'une et l'autre , l'arachnoïde et la pie-mère; si l'on veut se rappeler que l'arachnoïde, isolément considérée, ne constitue , comme toutes les autres membranes séreuses d'ailleurs , cju'une espèce d épidémie interne , ainsi que l'ont dit ingénieusement MM. Ribes et de Blainville ; si l'on veut se rappeler que les membranes séreuses , séparées par la pensée du tissu cellulo-vasculaire sous-jacent , ne sont en réalité que des espèces de philtres qui livrent passage aux fluides apportés par les vaisseaux sanguins adjacens , l'exhalent , et, une fois exhalé, s'en imbibent pour se rendre au système vasculaire, on comprendra l'intime liaison , la communauté de vie, l'unité physiologique de la pie-mère et de l'arachnoïde.
Meis, toute la pie-mère n'est pas consacrée à fournir à l'épiderme séreux, les fluides qu'il laisse transsuder ; une distillation plus noble et plus importante lui est encore affectée : les innombrables artérioles qu'elle renferme plongent dans la substance corticale du cerveau ; c'est là que, par leur adjonction aux extrémités périphériques des libres nerveuses , diversement disposées dans rintcrieiir de l'organe, elles constituent l'organe par excellence, le cerveau proprement dit, le siège de l'activité vitale , de l'ordre le plus élevé que nous connaissions.
Or, comme il est impossible d'isoler de la ])ie-inère , les vaisseaux qui se combinent avec les extrémités nerveuses dans la substance corticale; comme il est impossible de concevoir et de comprendre l'action de l'arachnoïde, abstraction faite des vaisseaux de la pie-mère , on conçoit très bien ce qui résultera de cette communauté de sources d'activité vitale.
Intermédiaire h l'arachnoïde et au cerveau par sa situation, la pie-mère, moyen d'action de l'arachnoïde et moyen d'action du cerveau , sera un lernie commun aux phlegmasies de l'arachnoïde , et à celles de la surface du viscère.
Une phlegmasie intense de l'arachnoïde ne pourra , par conséquent , manquer de se propager, au moyen de la pie-mère , à la surface du cerveau ; et ^ par contre, une inflammation de la périphérie du viscère, se transmettra , au moyen de la pie-mère , à l'arachnoïde , et pourra produire à la surface de cette membrane une exhalation albumineusc caractéristique de phlegmasie.
Voici des réflexions propres, ce me semble , à montrer les diflicultés qui ont embarrassé l'histoire des phlegmasies méningiennes. Peut-être sont-elles, en même temps , un moyen d'introduire plus de clarté dans l'étude du sujet.
Conformément aux distinctions établies dans les fonctions des différentes parties des méninges, je parlerai d'abord , sous le nom de méningite pariétale, de l'inflammation de la dure-mère et de la portion de membrane séreuse qui lui adhère ; je parlerai en second lieu des phlegmasies caractérisées parla présence de fausses membranes dans la cavité arachnoïdienue , à la surface libre de l'arachnoïde , et fournies également par les portions pariétale et viscérale de cette membrane. A ces phlegmasies je réserverai le nom d'arachnoidile ou arachnitis , qui convient on ne peut mieux pour les désigner.
Enfin, jé terminerai par les phlegmasies dans lesquelles l'arachnoïde viscérale, la pie-mère et la surface cérébrale participent au travail morbide. Et cette dernière classe d'inflammation des membranes, la plus fréquente, la plus grave, la plus importante à bien connaître , se trouvera convenablement désignée par le nom de méningite cérébrale.
Méningite pariétale. Cette espèce de méningite n'est guère connue par ses symptômes. Rarement exisle-t-elle seule. Les solutions de continuité du crâne ou du rachis , les maladies des os de ces cavités en sont les causes les plus fréquentes ; mais alors ce qui peut appartenir en propre à l'inflammation de la portion pariétale des méninges est trop secondaire pour qu'on s'en occupe comme d'une maladie distincte.
Une altération qui , dans le sujet qui nous occupe , mérite plus d'attention , est l'existence , dans le tissu cellulo-vasculaire intermédiaire à la membrane séreuse et à la fibreuse , d'un épaississement accompagné d'une diminution no-
MÉNINGITE
MÉNINGITE
table de consistance et de changement de couleur dans les parties qui le constituent.
La méninge pariétale ainsi altérée offre , quand on la regarde du côté libre , un nombre plus ou moins grand de taches disséminées, oblongues, irrégulièrement circonscrites , d'un diamètre variable d'une ligne h un pouce ; la couleur de ces taches est d'un rouge tirant sur le brun ou sur le jaune foncé; l'œil elle toucher reconnaissent également que les surfaces ainsi moditiées dans leur couleur , font une saillie légère , et soulèvent la membrane séreuse qui se trouve d'autant écartée de la dure-mère.
Si l'on a détaché la dure-ràère de la voûte osseuse, et que , pressant entre le pouce et l'index ces deux membranes au niveau d'une de ces taches, on essaie lie les faire glisser Tune sur l'autre, on en vient aisément à bout ; cette séparation ne peut avoir lieu que par l'entière solution de l'adhérence naturelle des deux membranes , et si cette adhérence n'était pas considérablement diminuée par l'altération que je décris , il faudrait, comme chacun sait, bien d'autres elTorts pour détacher l'arachnoïde de la dure-mére.
Il n'est pas rare de trouver du sang extravasé sous quelqu'une de ces taches , et quelquefois en assez grande quantité pour qu'il en résulte du côté du cerveau une saillie qui peut être assez forte pour déterminer la compression du viscère et tous les symptômes correspondans CVoyez Rostan , Ramollissement). C'est dans ces derniers cas seulement que quelque phénomène appréciable pendant la vie correspond à l'altération organique dont je m'occupe, tant qu'elle reste exempte de cette complication , aucun symptôme n'en trahit l'existence. Mais n'oublions pas que c'est de méningite , c'est-à-dire d'inflammation , que je dois parler dans cet article , et que 1 altération que je décris , c|uoiqu'elle offre quelques-uns des caractères anatomiques de l'inflammation , n'est pas une inflammation assez bien démoutréo pour que je doive m'étendre beaucoup sur toutes les circonstances qui s'y rattachent.
Je n'ai pas besoin d'ajouterqu'il n'y a pas à donner le diagnostic , le pronostic et le traitement d'une altération que, dans son état de simplicité, rien ne peut faire prévoir , et qu'on n'observe d'ailleurs le plus souvent que chez des êtres dont le cerveau est malade depuis long-temps , et chez lesquels toutes les parties de la tête, dont les vaisseaux proviennent de la même source que ceux du cei'veau , présentent quelques désordres dans la manière dont elles sont pénétrées de sang.
Àrachnoidile ou Arachnilis. L'affection à laquelle je réserve ce nom ne .peut être l'objet d'un doute sur son siège anatomique véritable ; ce siège est aussi bien caractérisé que celui de la pleurésie , de la péritonite , lorsque la surface libre de la plèvre et du péritoine est trouvée couverte de couches d'un aspect purulent , largement étendues sur les faces viscérale et pariétale de ces membranes séreuses, avec lesquelles elles contractent un commencement d'adhérence.
Le nombre decas de véritables arachnoïdites que j'ai rencontrés s'élève à six ; et , dans tous , voici quels caractères m'ont paru démontrer l'inflammation de l'arachnoïde. Je conserve encore trois ou quatre des pièces anatomiques entières sur lesquelles est tracée cette description. Deux couches pseudo-membraneuses , d'une étendue aussi grande, le plus souvent que la surface interne du crâne et la surface externe du cerveau , existaient l'une à l'intérieur de la portion pariétale , l'autre à l'extérieur de la portion viscérale de l'arachnoïde ; ces couches , d'une épaisseur uniforme assez considérable , d'une densité assez grande, d'une couleur jaunâtre , adhéraient chacune médiocrement à la membrane séreuse, et pouvaient assez facilement en être détachées. Par leur surface opposée elles se correspondaient l'une à l'autre , et n'offraient de ce côté que de rares et médiocres adhérences. La voûte du crâne enlevée , la dure-mère incisée , et les lambeaux rejetés en dehors de l'incision , chacune de ces fausses membranes a pu être, aussi bien que la dure-mère, séparée des surfaces avec lesquelles elle se trouvait en rapport ; puis incisée et rejetée en dehors de manière que toutes les choses remises en place , il fallait relever trois couches membraneuses , la dure-mère comprise , avant d'arriver à l'arachnoïde cérébrale.
Dans les pièces quej'ai conservées , le cerveau a été laissé en place sur la base du crâne, et toutes ces membranes , simplement incisées , ont été soulevées jusqu'à l'arachnoïde cérébrale. On peut ainsi voir facilement ces productions renfermées dans la cavité même de l'arachnoïde doublant les deux portions de celte membrane, et offrant, avec chacune d'elles , des rapports qui ne peuvent laisser matière au moindre doute sur leur véritable nature.
La principale différence que je trouve entre ces couches pseudo-membraneuses et celles que la pleurésie, la péritonite produisent à la surface libre du péritoine et de la plèvre , est que, dans aucun cas , je n'ai vu les poumons d'un côte et les côtes de l'autre , pas plus que le péritoine d'enveloppe des viscères abdominaux et celui qui tapisse les parois du bas-ventre , offrir deux couches pseudomembraneuses aussi étendues , aussi uniformes , et se correspondant aussi parlaiteracntque les surfaces séreuses elles-mêmes auxquelles elles semblent former une doublure parfaite.
Mais entre les produits pseudo-membraneux du péritoine et de la plèvre enflammée il y a déjà une assez grande différence.
Cette différence est plus grande encore dans l'aspect des produits e..l.alés aux surlaces du péricarde dans quelques cas de péricardite : ici les mouvemens du cœur ont évidemment de l'inQuence dans la production de certaines apparences extrêmement rcmarcjuablcs de ces produits. s-">->-a
L'analogie que j'ai rencontrée dans ton; les cas d'araehnitis que je décris , me lait penser que telle est U lorme spéciale que revêtent les pro^.i.t pseudomembraneux de 1 arachnoïde, largement enflaumue ; je pense d'ailleurs que
les mouvemens du cerveau peuvent être pour quelque chose dans leur forme et leur aspect.
Chez le plus grand nombre des sujets affectés de ce désordre , les fausses membranes ne gagnaient pas le rachis , elles s'arrêtaient sur la face supérieure du cervelet, et là les deux surfaces opposées, réunies , adhérentes , complétaient la clôture de la doublure morbide de la séreuse.
Dans tous les cas, il y avait entre ces deux couches une certaine quantité de sérosité , quelquefois médiocre , chez d'autres plus considérable ; dans le dernier exemple, par moi observé , un épanchement de sang considérable s'était lait dans la cavité de la fausse membrane et avait amené la mort.
Aces désordres, avaient correspondu pendant la vie , durant tout le temps que les malades furent soumis à mon observation et la durée de ce temps fut , pour la plupart , de plusieurs années , l'état de stupidité le plus profond , en même temps qu'une paralysie apparente de presque tous les organes des sens.
Tous ces malades étaient de véritables statues, avec cette différence que , quand on les poussait , ils marchaient; que, dressés debout , ils se tenaient bien en équilibre , qu'ils sentaient les alimens déposés dans leur bouche , et les avalaient aussitôt. Du reste, immobilité parfaite de la face, des yeux, des sourcils.
La sensibilité de la peau semblait machinale, ils retiraient le membre pincé sans paraître autrement souffrir.
Chez tous , cet état avait succédé à une maladie cérébrale aiguë, causée chez l'un d'eux , ancien militaire , par un coup violent sur le crâne ; sans cause de moi connue chez les autres , qui furent successivement amenés à l'asile des aliénés de Rouen.
■Voici ce que je puis dire de l'arachnoidite : c'est assez sans doute pour prouver que cette maladie existe réellement , qu'elle est tout autre chose que ce qu'en général on a décrit sous ce nom.
Je reconnais encore comme traces de l'inflammation de l'arachnoïde , ces adhérences éparses qu'on trouve quelquefois entre les deux feuillets de cette membrane, mais ces derniers cas, résultant tantôt de blessures du crâne, tantôt de l'extension d'une méningite cérébrale, à quelques points de l'arachr Roïde , ne me semblent pas constituer une forme d'araehnitis qu'on doive considérer à part.
Méningite cérébrale, méningite, piilis, hydrocéphale aiguë , des auteurs modernes , fièvre cérébrale d'un grand nombre de praticiens. Cette espèce de méningite n'a pas été généralement étudiée d'une manière spéciale par les anciens. Presque tout ce qui, dans leurs ouvrages , peut se rapporter à cette affection se trouve dispersé dans leurs traités de la phrénésie, du carus , du coma.
On trouverait , dans l'embarras et l'obscurité de leurs travaux à cet égard , une nouvelle preuve, s'il en était besoin , des inconvéniens attachés aux classifications nosologiques basées sur des symptômes. C'est ainsi que Willis , voulant réfuter l'opinion que la phrénésie dépend tl'une inflammation des méninges , dit: « in disseclionibus anatomicis saepiùs vidi meningas , immo non nun- « quam et cerebri exteriorem ambitum tuinore phlegmonodea obsessas ; atqui « laborantes minimè phrœnesi; verum è contra torpore affecti , à earo , aliisve « morbis soporosis interibant. » Mais , ajoute-t-il quelques lignes plus bas : o Sed tune propterea suspicamur (quoniam ita crebro assolel) phrœnitidem in » carum aut lethargum transire à quibus nimirum phraenilici crebro moriuntur.» CVVillis, tom. ii. , liv. 1 , page 23 1)^ Ainsi la méningite qui, sous les yeux d'un médecin de nos jours, est, dans sa violence, caractérisée par un délire plus ou moins actif, auquel succède bientôt un état comateux avant-coureur de la mort, constituait aux yeux de "Willis et des médecins de son temps une phrénésie qui plus tard faisait place à un carus ou à un coma mortel. 11 faut dire cependant qu'antérieurement aux recherches achevées depuis quelques années sur cette matière, quelques médecins, mais des hommes du premier ordre , avaient professé les opinions qui ont été de nos jours représentées avec plus de développement; cjuelques-uns même avaient touché les difficultés de détail qui ont été parmi les modernes des sujets de controverse suscités par les recherches anatomiques les plus minutieuses.
C'est ainsi que Wepfer plaçait dans la pie-mère et non dans l'arachnoïde le siège de cette maladie.
Plus tard Stoll , dans son Ratio mcdendi publia des observations de phrénésie dont il décrit ainsi les caractères anatomiques. « Inter piam meningem et « arachnoïdeam, juxtà ductus majorum cerebri vasorum , pus excurrebat , nul- (1 libi tamen intrà ipsos aufractus profondiùs immittebatur. » Stoll admet d'ailleurs que, chez d'autres phrénéliques , l'altération siège dans le cerveau, chez quelques-uns même plus ou moins loin de cet organe.
Ainsi , par rapport au sujet qui nous occupe, les travaux des modernes ne sont pas complètement originaux; ils ont néanmoins le mérite que devait leur donner les progrès de la science , d'avoir de plus en plus approché de la précision désirable pour fixer le siège aussi bien que les caractères anatomiques et physiologiques de phlegmasies méningiennes.
Les caractères anatomiques de la méningite cérébrale sont fournis par la piemère, l'arachnoïde et la surface du cerveau. Une injection très-déliée des vaisseaux les plus ténus de la pie-mère , injection si générale qu'elle fait paraître d'un rouge extrêmement vif la surface externe du cerveau exposée à l'air depuis c|uelques minutes , caractérise les premières périodes de cette phlegmasie ; en même temps le liquide transparent que contiennent dans l'état sain les mailles de cette membrane est devenu très-rare; il paraît même complètement manquer dans certains cas. La surface libre de l'arachnoïde cérébrale n'a plus le poli ni l'humidité de l'état sain , elle est légèrement visqueuse, quel-
MENINGITE. ( )
Ijuefois sèche , et comme obscurcie ; elle se déchire avec une extrême facilité par petits fiagmens, ce qui rend dans ces cas fort diflicile et longue l'ablation ies membranes.
La surface du cerveau est manifestement rougie, très-finement injectée , et Berne quelquefois gonflée d'une manière remarquable ; cette rougeur se prononce surtout beaucoup lorsqu'on coupe des tranches fort minces de sa surtace. ette surface cérébrale est assez sèche dans quelques cas pour que les membranes paraissent lui adhérer ; mais on s'assure avec de l'attention que cette ippareuce est illusoire et tient simplement à la viscosité de la surface contre aquelie les membranes se collent dans les endroits où elles sont le plus presées contre elle.
Tels sont les caractères observes dans les cas assez rares de mort promptenent survenue dans les premiers temps d'une méningite aiguë.
Plus tard l'injeclion des capillaires les plus tins de la pie-mère persistant au iuême degré, des traînées opaques, jaunes ou verdàtres se manifestent le long les gros vaisseaux de cette membrane , principalement dans la scissure de Syl- /ius; il est ordinaire aussi à cette époque de trouver le liquide sous-arachnoï- ,lieu d'une couleur laiteuse et d'une densité augmentée. Assez souvent encore l'arachnoïde présente à sa surface libre quelques couhes pseudo-membraneuses blanchâtres, fort minces , d'une étendue médiocre. ]'est surtout aux environs des pédoncules cérébraux, de la protubérance, juelquefois dans les cavités ventriculaires , que la présence de ces productions ht fréquemment observée. A cette époque encore, on observe une diminution fiotable dans la consistance de l'arachnoïde ; enfin la surface cérébrale offre de !on côté une injection inflammatoire moins fine et moins vive que dans la pre- [nière période ; mais en même temps que la couleur rouge de la substance coriicale est plus foncée , les surfaces disséquées offrent un pointillé plus prononce ;n rapport avec la dilatation devenue plus grande des vaisseaux qui la pénètrent.
; Cette seconde forme anatomique de la méningite est celle qu'on observe le jlus fréquemment , lorsque la mort est ariivce après toutes les phases de la irialadie parcourues , sans néanmoins que la durée prolongée de la dernière peiode ait caractérisé le passage à l'état chronique.
L'opacité de l'arachnoïde dans un grand nombre de points , l'augmentation lensible de la consistance dans toute son étendue , l'existence à sa surface de granulations miliaires d'une couleur de perle, et fréquentes surtout le long du iinus longitudinal , à la surface des cavités ventriculaires , autour de la moelle llougée et de la protubérance , augmentation de volume et du nombre des landes de Pacchioni : tels sont les caractères les plus saillans de la méningite Chronique. Il convient d'ajouter que presque toujours, dans ces cas, l'abondance lu liquide séreux sous-arachnoidien et ventriculaire est augmentée, que les /aisseaux de la pie-mère sont plus tenaces , et que la surface du cerveau , deenue pâle , jaune et quelquefois un peu atrophiée , peut offrir par places des Adhérences assez intimes avec les membranes pour que l'ablation de ces derrières ne puisse avoir lieu sans arrachement de la substance grise. Au reste !a densité des membranes est tellement augmentée, dans ces cas de phlegmasie îhrouique , que leur ablation s'opère avec une promptitude et une facilité bien îlns grande que dans l'état sain.
La méningite est une affection assez fréquente ; elle frappe tous les âges, nais se montre plus souvent dans l'enfance qu'à aucune autre époque de la vie; ille n'est pas rare dans la jeunesse , le devient davantage dans l'âge adulte , et partout dans la vieillesse, où elle n'existe presque jamais sans complication. Suivant M. Guersent , les filles y sont plus exposées que les garçons ; cette re- Inarque s'accorde parfaitement avec les observations que j'ai faites de mon côté, [l me paraît tenir à la déformation du crâne produite par l'usage de serre-têtes de diverses femmes, employés chez les enfaus nouveau-nés , et continués plus ilong-temps chez les filles.
Les coups, les chutes sur la tête, les commotions de cette partie, l'insolation, ^ont des causes fréquentes de méningite. Il faut y joindre les affections morales ristes , la contention trop forte et trop long- temps soutenue de l'esprit. Quelquefois l'inflammation des méninges se déclare sympathiquement , comme on ,lit, en même temps que la phlegmasie d'une ou de plusieurs autres membranes ide l'ordre des séreuses.
! J'ai donné mes soins à un homme de soixante ans , chez lequel une hydrocèle ayant été opérée par injection , il survint presque immédiatement après celte opération une phlegmasie violente de presque toutes les synoviales, y comipris celles des articulations teraporo-maxillaires , des dernières phalanges dos doigts et des orteils , et même de l'atlas avec l'axis. L'ankylose de plusieurs de rçes jointures en fut la suite. Tous les signes rationnels d'une méningite aiguë se [déclarèrent en même temps que ceux de ces phlegmasies articulaires. i La méningite est souvent épidémique , très- fréquente dans certaines années, [dans certaines saisons , quelquefois aussi très rare pendant une période de temps [assez longue. En général, le printemps et l'automne en ofl'rent plus d'exemples |;que l'été et l'hiver ; M. Guersent n'en a vu qu'un cas pendant les chaleurs brûilantes de l'été. Quelle que soit , au reste, l'époque de l'année à la(juelle elle ■se développe , cette maladie présente toujours les mêmes phénomènes sympto- ^matiques.
|i Comme le plus grand nombre des phlegmasies , la méningite cérébrale déîbute le plus souvent par un sentiment de malaise général, langueur de toutes les fonctions , des frissons irréguliers , suivis de chaleur et d'élévation du pouls, tristesse et céphalalgie , somnolence et en même temps insomnie; de tous ces phénomènes, la céphalalgie mérite le plus d'attention, C'est le symptôme prin-
MENIWGITE.
cipal de la première période : avec elle coïncide d'ordinaire la chaleur du front, la rougeur des conjonctives , un sentiment douloureux de fatigue dans les globes des yeux devenus très sensibles à la lumière; de fréquentes bouffées de chaleur se portent au visage, les joues restent souvent très animées, en même temps que la paupière inférieure est bleuâtre et creusée, les oreilles sont le siège de tintemens- Toutefois, le début de la méningite n'est pas toujours aussi nettement dessiné.
J'ai souvent observé le principe de cette maladie caractérisée par plusieurs jours de langueur , de tristesse , d'anorexie, de frissons, de souffrances obtuses à la tête, de lenteur et d'irrégularité du pouls; souvent aussi existait dans ces cas une constipation opiniâtre. J'ai vu plusieurs fuis pour la combattre, administrer sans succès des purgatifs doux d'abord, et successivement des œédicamens doués de propriétés purgatives très énergiques; enfin après une durée variable de cet état de langueur et d'inertie , les symptômes aigus d'une méningite confirmée se manifestaient , et il se développait une série de phénomènes d'un degré de violence qu'on n'aurait pas cru possible pendant le temps d'incubation de la maladie et de collapsus des forces.
Alors la douleur de tête , comme dans les cas précédons , devenait le symptôme dominant et bientôt le délire et les convulsions venaient s'y joindre.
Cette céphalalgie des premiers temps des méningites offre des caractères remarquables : elle est continue et offre à des intervalles plus ou moins rapprochés des exacerbations accompagnées de grimaces , de douleurs et de cris particuliers appelés par M. Coindet hydrencéphaliques , parce qu'ils coïncident souvent avec une épanchement séreux dans les ventricules.
Le décubilus des malades affectés de méningite est en général assez remarquable dans le début de l'afTection: ils sont ramassés dans leur lit, les jambes rétractées , les bras fléchis , la tête contenue dans leur intervalle.
A une époque plus avancée le décubitus dorsal devient plus fréquent, les mains s'appliquent sur le crâne ; en même temps la tête est renversée en arrière; lu face ofl're l'empreinte de la souffrance, les yeux sont fermés, sourcils froncés, de fréquens changemens de couleur se manifestent dans les joues, quelques mouvemens eonvulsifs légers se prononcent dans les paupières, dans les muscles masticateurs: il en résulte des grincemens de dents et quelquefois des mouvemens précipités et long-temps continués de mastication. Ces mouvemens des mâchoires , des lèvres, des joues, accompagnés de l'écoulement d'une salive plus abondante que dans l'élat de repos de ces parties peut, quelquefois, en peu d'heures, nettoyer les dents et la langue des enduits qui couvraient ces parties , sans que ce changement d'aspect de la langue et des dents annonce aucune amélioration dans l'état des mahules. Au reste l'aspect de la langue et des dents n'a rien de constant dans cette affection. On observe très souvent des vomissemens au début et dans les premiers temps de la méningite ; ce symptôme mérite beaucoup d'attention à cause des méprises auxquelles il donne lieu tous les jours ; la diarrhée coïncide souvent aussi avec les premiers phénomènes propres h révéler l'existence de la phlegmasie des membranes du cerveau ; mais il est plus ordinaire d'observer une constipation d'une opiniâtreté qu'on n'observe guère que dans les cas où l'action du système nerveux est profondément troublée ; les urines sont ordinairement rares , troubles , leur écoulement involontaire ou leur rétention surviennent souvent dans les derniers temps de la maladie. M. Coindet parle d'urines micacées. M. Guersent n'a pas rencontré ce caractère dans les urines. La température de la peau est ordinairement très élevée, le pouls fébrile, inégal , la respiration lente et irrégulière ; mais les phénomènes qui méritent le plus d'attention , parce qu'ils sont eu relation plus directe »ivec les organes malades, sont la céphalalgie , les troubles de l'intelligence, des organes des sens et des mouvemens volontaires.
Le délire et les convulsions , pour peu que la maladie dure , succèdent bientôt aux phénomènes précédemment exposés. En même ienips , les oreilles sont le siège de bourdonnemens , de tintemens et de battemens isochrones à ceux du pouls. Les yeux , très-sensibles à l'action de la lumière , restent habituellement fermés , les paupières , quelquefois contractées, sont plus souvent dilatées ; il n'est pas rare alors d'observer des hallucinations de divers sens, La durée de cette seconde époque varie d'un à deux septénaires.
La céphalalgie et le délire alternent quelquefois avec une somnolence plus prononcée. Le délire et les convulsions , ou du moins l'un ou l'autre de ces symptômes, succédant aux symptômes, caractéristiques du début de la phlegmasie , annoncent ses progrès vers le cerveau-
Je sais fort bien que des objections ont été faites à cette manière de considérer le délire et les convulsions comme des symptômes de méningite : on a recherché des observations de méningite dans lesquelles ces symptômes avaient manqué, on a rapproché de ces faits des cas de phlegmasie cérébrale sans complication de méningite et caractérisés par des symptômes qui comprenaient du délire et des convulsions , et on a dit que , puisqu'il existait des méningites sans délire et sans convulsions , et réciproquement du délire et des convulsions sans méningite , on avait tort , lorsque aux symptômes précédemment décrits de méningite se venaient joindre des convulsions et du délire , de considérer ces phénomènes comme relatifs à l'inflammation des méninges ; enfin on a résumé ces objections en disant que les méninges n'étant pas l'organe de l'intelligence et des mouvemens, le délire et les convulsions ne pouvaient appartenir à la phlegmasie des méninges. Ces objections me paraissent plus spécieuses que solides : en effet, s'il est bon d'apporter dans l'interprétation des symptômes morbides toute la rigueur possible, il faut convenir néanmoins que la prétention d'introduire dans les questions médicales une sévérité et une précision mathématiques serait mal fondée. Il est juste de prétendre que le délire et les convulsions annoncent une perversion des fonctions du cerveau et non des méninges;
MÉNINGITE
MÉNINGITE
mais ceux qui donnent le délire et les convulsions comme des symptômes de méningite n'ont pas une autre pensée; seulement, considérant qu'à des symptômes d'une inflammation siégeant dans la tête et dont le délire et les convulsions ne font pas d'abord partie, ces deux symptômes viennent fréquemment se joindre; observant de plus que dans les cas où un de ces symptômes avait domine jusqu'à la mort, ils trouvaient la phlegmasie des membranes plus prononcée sur les circonvolutions cérébrales, si le symptôme prédominant était le délire, et plus prononcée au contraire sur les pédoncules cérébraux, la protubérance, si les convulsions l'avaient emporté sur le délire , ils ont considéré , et à bon droit , selon moi , le délire et les convulsions dans ces deux cas comme l'indice de l'augmentation de l'inflammation niéningienne. Et en eff'et , s'il (allait qu a chacune de ses ]iériodes la maladie changeât de nom , on retomberait dans le tort dont Willis nous a offert un exemple rapporté au commencement de ce travail , cl loin d'y gagner en clai té , notre langage et nos théories médicales en deviendraient jihis obscurs et plus embarrassés.
On comprend le délire et les convulsions dans la méningite en se rappelant les considérations précédemment exposées sur la pie-mère; on voit les innombrables vaisseaux de cette membrane plonges dans la substance corticale des circonvolutions cérébrales avec laquelle ils complètent l'organe de l'intelligence, et on conçoit qu'en cas d'inflammation de la pie mère, ces régions du cerveau affectées à l'intelligence soient troublées dans leurs fondions. On voit la pie-mère de la base du cerveau , celle du rachis pénétrer de ses vaisseaux , les pédoncules , la protubérance et la moelle épinière affectés à l'exécution des raouveraens volontaires, et on comprend qu'en cas de phlegmasie prononcée de ces régions de la pie-mère la perversion des mouvemens volontaires doive arriver.
Ou a donc raison de considérer comme propres à la méningite cérébrale le délire et les convulsions , et les cas de méningite bien évidente , sans délire , ne prouvent rien contre celle interprétation ; car ce ne sont que des méningites commençantes ou des méningites d'un autre siège , de celles, par exemple, dont j ai traité avant d'en venir à la méningite cérébrale.
Oui , en n'oubliant pas que la substance corticale des circonvolutions est l'organe spécial de l'intelligence, que les vaisseaux si multipliés de la pie-mère constituent une partie essentielle de cet organe ; en se rappelant, d'un autre côté , que les parties blanches fibreuses fasciculées , les pédoncules , la protubérance , tout aussi bien que l'intérieur du cerveau et presque toute la masse de la moelle épinière sont de simples conducteurs de l'influx nerveux , de \éritables nerfs inliinsèques ; en ayant présens h l'esprit , d'ailleurs , la nature des surfaces de l'axe nerveux dans toute son étendue , et les rapi)ort3 de la piemère avec ces surfaces, on saura comprendre le délire et les convulsions dans la méningite cérébrale.
Au reste, la céphalalgie, le délire et les convulsions s'effacent à mesure c[ue la méningite faisant de nouveaux progrès , les produits de cette plegmasie compriment et paralysent le cerveau et les nerfs qui, précédemment irrites par l'extension du travail inflammatoire, avaient manifesté ces progrès parle délire et les convulsions.
La somnolence augmentée, un état comateux plus profond, deviennent alors les symptômes dominans ; en même temps la respiration devient irrégulière et embarrassée, le pouls olfre des troubles correspondans, la sensibilité générale est diminuée, abolie dans quelques régions , les yeux paralysés.
On observe encore à celte époque des exacerbations passagères accompagnées de rougeur à la face et des sueurs abondantes qui se refroidissent d'autant plus vite que les forces sont plus profondément altérées. La déglutition est aussi très - difficile à cette époque , les boissons qu'on tente d'administrer passent plus aisément dans le larynx qu elles ne s'engagent dans l'œsophage.
Lorsque les désordres en sont arrivés à ce degré, il n'y a plus à attendre qu'une terminaison funeste. Telle est à-peu-près la marche de la maladie abandonnée à elle-même ou résistant aux efforts de l'art.
On voit que la méningite cérébrale présente des affinités avec l'encéphalite ; la méditation des traités écrits sur l'une et l'autre de ces maladies permettra d'en apprécier les caractères , la présence très-fréquente dans cette maladie de sérosité sous l'arachno'ide et dans les ventricules, l'a fait appeler par quelques médecins hydrocéphale aigué. On adoptera le terme qu'on voudra , l'essenliel est de bien s'entendre sur la nature des altérations et des symptômes qui les peuvent faire reconnaître.
La maladie qui nous occupe est fort grave. Quelques praticiens qualifient de fièvre cérébrale toutes les affections fébriles qu'ils rencontrent chez les enfans, pour peu , qu'à l'existence de la fièvre , se trouve joint un certain degré de céphalalgie; c'est oublier qu'il ne peut, pour ainsi dire, exister d'irritation aiguc dans les organes les plus éloignés du cerveau sans complication de mal de tête.
En admettant aussi facilement l'existence d'une phlegmasie niéningienne, on a beau jeu, pour triompher du plus grand nombre des cas , de ces terribles maladies.
On a moms de succès quand on est plus sévèi e dans leur diagnostic. Il arrive aussi tous les jours que les vomissemens et la diarrhée qu'on observe au début de CCS affeclions sont attribués à la présence devers dans le canal intestinal, et traites en conséquence, ce qui le plus souvent ne fait qu'ajouter à la gravité du mal.
La guérison des méningites cérébrales n'est presque jamais due aux seuls clTorts de la nature ; toutes choses égales , d'ailleurs , le nombre des guéiisons est d'autant plus Iréquent qu'on a moins long - temps attendu pour recourir à l'emploi d'un traitement énergique.
J'ai souvent observé dans le pays que j'habite que les déformations du crâne, suites de l'application maladroite du bandeau chez les nouveau-nés , causaient beaucoup de fièvres cérébrales : j'ai pu constater en même temps que celte déformation du crâne est un des obstacles les plus graves à la solution favorable de la maladie.
Dans tous les cas , la gravité de la méningite est facile à comprendre ; d'une ])art, les membranes enflammées dans cette maladie font réellement partie de la surface du cerveau ; d'une autre part, le désordre se passe dans une cavité osseuse dont les limites sont invariables.
Par suite de ces circonstances , aussitôt que la phlegmasie fait des progrès, le cerveau y participe ; dès-lors il devient le siège d'une turgescence intlaramaloire qui tend à lui donner des proportions que la capacité du crâne, toujours la même , ne peut plus librement contenir.
A cette première cause de compression de l'organe, s'en vient bientôt joindre une autre non moins grave : à une certaine époque de sa durée , la phlegmasie méningienne donne lieu à la formation de produits séro-purulens nui , versés dans le crâne , augmentent encore par leur présence la compression déjà produite par la seule turgescence inflammatoire des parties ; un état comateux de plus en plus profond, et enfin la mort deviennent des conséquences inévitables de cette succession de phénomènes.
Ces considérations folit aisément concevoir que, pour obtenir une terminaison favorable de la méningite, il faut faire avorter de bonne heure le travail inflammatoire , puisque , si ce travail parcourt toutes ses périodes , il n'y a de possible qu'une terminaison funeste.
Il est donc urgent d'agir et d'agir avec vigueur, aussitôt qu'on reconnaît les premiers symptômes d'une méningite. Contre une afl'cclion aussi grave, une médecine expectante ou timide ne peut compter que des revers.
I)'a])rès la nature bien connue de la méningite, il est clair que c'est aux anlij)hlogistiques qu'il faut recourir pour la combattre.
Les saignées générales larges, copieuses, mtdtipliées; les saignées locales plus ou moins nombreuses, aux tempes , derrière les oreilles , à l'entrée des narines, en même temps que des applications froides sont maintenues sur la tète, constituent un des meilleurs traitemens qu'on puisse opposer à cette maladie.
Wéannioius , ce traitement me parait le céder eu efficacité à l'emploi combiné des saignées et des bains d'affusion.
Les bains d'affusion ne sont connus que de nom par beaucoup de praticiens: préconisés par d'autres qui en ont fait un grand usage , ils restent pour le plus grand nombre tout-à-falt en dehors de leur arsenal thérapeutique; l'ignorance générale dans laquelle on se trouve sur le mode d'action de ces moyens, n'est pas avec la terreur que généralement ils inspirent, le moindre obstacle à la pro pagation de leur emploi.
J'ai si souvent employé les bains d'affusion avec les résultats les plus favorables, que c'est pour moi un devoir d'entrer dans quelques détails à leur égard.
Suivant M. Gnersent , dont personne plus que moi n'apprécie l'esprit aussi judicieux qu'éclairé , et la profonde expérience, « il ne faut employer les allu- » sions qu'avec une extrême prudence , car te moyen thérapeutique est d abord » promplement sédatif et plus dtbilitant même que la saignée; mais il a sur » elle l avautage de favoriser puissamment la reaction , si les forces ne sont pas » entièrement affaiblies. (Dicl. de rnéd. en 21 vol. , art. Méningite.)
Depuis plusieurs années, il n'est pas de jour que plusieurs de ces sortes Je bains ne soient administrés dans mon hôpital ; j'en fais également un usage assez fréquent dans ma pratique particulière.
Ce que j'ai observé de leurs eflets ne s'accordant pas avec ce qu'en dit M. Guersent dans son article Méningite , j'ai dû chercher à m'expliquer cette, différence.
Si je ne me trompe , elle tient à ce que , dans l'article de M. Guersent , le?f bains d'afi'usiou ne sont conseillés en quelque sorte qu'en sous-ordre, etcominej une tentative pour provoquer une réaction favorable, lorsque le traitenientl anti-phlogistique exclusivement suivi dans le principe n'a pas été couronné de succès. I
Mais ce n'est pas de cette manière que je les ai vus le mieux réussir.
Long-temps j'ai administié les bains d'affusion d'une manière irrégulière flti empirique; ce n'était, dans les premiers temps de ma pratique, qu'après avoir! inutilement administré des moyens de traitemens plus vulgaires que j'y avala recours. J'agissais d'ailleurs avec cette timidité qu'entretient nécessaireinenn notre ignorance sur le mode d'action d'un moyen énergique. Mais enfin , ayanU trouvé dans l'ouvrage de îlarvey sur la circulation du sang, un passage qui me\ parut propre à expliquer, au moins en ])artie , comment les bains d'affusion mo-i difient nos organes , j'ai multiplié et régularisé l'emploi de ces bains, et en ail retiré les plus grands avantages. |
Voici le passage de Harvey ; o Ligetur brachium mediocri ligatura et lamdii » brachium movendo , permaneat ligatura , cjuousque omnes venœ adprime tur- » géant; et infra ligaturam tota cutis insigniter rubescal , tune profondatuii » manus aqua gelidissima vel nive , donec collectus infra ligaturam sanguis rcn frigeseat satis ; dein soluta subita ligatura senties ex sanguine frigido rêver n tente , qiiam céleri cursu sursum ad cor properet et quam mutationem rever » sus in corde faciat. »
Guillelmi Harveii. De rnoiu cordis et sanguinis civculatione. Roferdam^ (page 278).
Le changement senti dans le cœur après la levée de la ligature du bras dan l'expérience dont Harvey rend compte , me parut tenir, lorsque je lus ce pas
it
j !IU
j U \ 'À I iiii
MÉNINGITE