‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 138 sur 311 · MENTHE · texte numérisé non relu

MENTHE

Quant à l'abus des excilans et aux métrorrhagies qu'il peut produire, il en a été question ailleurs ; uous dirons ici seulement un mot de l excitalion vénérienne. La plupart du temps , sans danger durant la menstruation , si I on n'en abu.^e point, elle pourrait amener la métrite chez des femmes prédisposées ; ou s'en abstient d'ailleurs le plus souvent alors par raison de propreté , et l'expérience a effectivement démontré que quelquefois le rapprochement des sexes n'était pas sans inconvénient pour I homme ; des écoulcmcns blenorrhagiqucs, qui parfois acquièrent beaucoup de violence, mais qui durent ordinairement beaucoup moins que ceux qui sont dus à une vraie contagion, ont plusieurs lois été attribués rafionnclleuient à cette cause chez des sujets soumis à notre observation. Aussi n est-il qu'un seul cas où le médecin puisse recommander le coit à l'époque meustrucUe , c'est quand une femme mariée désire vivement devenir enceinte , et que, depuis long-temps , déjà les copulations opérées à d autres époques ont été infructueuses. (Akt. Duges.)

MENSURATION. La mensuration est le moyen de diagnostic à l'aide duquel on détermine l'étendue des cavités splanchniques , la volume ou la longueur d'organes, de membres ou de tumeurs qui peuvent devenir le sujet d'une exploration médicale attentive.

Le pelvimèlre de Coutouly, celui de madame Boivin , le compas d'épaisseur de Baudelocque , le doigt indicateur introduit dans le vagin ou dans le rectum, sont les moyens à l'aide desquels les accoucheurs se rendent un compte assez exact de l'étendue des différens détroits du bassin , et que notre collègue M. Dugès a clairement exposés dans cet ouvrage , à l'article Bassin.

On peut, à l'exemple de M. le professeur Chomel . mesurer la capacité du thorax , en se servant d'une sorte de compas d'épaisseur , plus ou moins analogue à celui que Baudelocque appliquait au bassin, et semblable à l'uistrumcnt dont les cordonniers se servent pour mesurer le pied. Des branches de ce compas, l une est fixe, l'autre mobile sur la tige; toutes deux élargies à leur extrcmité libre, sont appliquées par ce point sur deux côtes à-la-fois , afin d'éviter de les placer sur les espaces intercostaux , susceptibles de varier de profondeur et de ne point donner d'appréciations comparables. Les degrés marqués sur la tige indiquent , d'après l'écartement des branches , l'augmentation ou la diminution de volume du thorax. On sait quelle étendue remarquable cette cavité acquiert dans les hydrothorax considérables , quel retrait et quelle dépression cstfcme elle présente lorsque la résorption de l'épanchement est opérée.

Un simple ruban de fil , et mieux une lanière non extensible , en cuir, et sur laquelle sont tracées les divisions du ])ied ou du mècre , conviennent pour mesurer comparativement la longueur des membres inférieurs , dans les diverses périodes de la coxalgie , et le volume du ventre dans les cas d'ascite , etc. Il est utile d'indiquer par une raie d'encre le point du cordon auquel s'étend la mensuration , et d'y inscrire le jour où la mesure a été prise. On se procure de cette manière des tlémens utiles pour juger la marche de la maladie et les résultats du traitement prescrit. C'est ainsi que , dans un cas d'ascite aiguë ou de péiitonite séreuse de Piquer, que nous avons dernièrement observé à l'hôpital Beaujon, nous avons vu l'abdomen, dont la circonlérence s'était accrue de six pouces quatre lignes , par l'accumulation de la sérosité, revenir eu un mois à son volume normal sous l'influence de la saignée du bras et de l'application locale de sangsues. La diminution graduée de l'abdomen annonçait chaque jour la résorption du liquide épanché, et l'utilité des auti-phlogistiques que l'on employait contre la maladie.

C'est surtout dans les hydrocéphales considérables et dans les épanchemens llioraciques et abdominaux, qu'en médecine la mensuration est applicable, (j'est particulièrement dans les deux dernières circonstances qu'elle est employée; la percussion fait reconnaître s'il s'agit d'une accumulation de gaz ou de liquides.

On peut dire avec Laennec, que la mensuration du thorax avec un ruban ne donne qu'une appréciation imparfaite du changement de capacité de .cette cavité. Le compas est, dans cette circonstance, préférable aux autres instrumens. L'inspection sullit le plus souvent pour constater l'ampliation thoracique , soit par la forme bombée de cette cavité, et le soulèvement des côtes , soit par l'augmentation des espaces intercostaux. Quel que soit le procédé employé, il faudra dans cette appréciation, tenir compte de la conformation normale du sujet , et ne point oublier que le côté droit du thorax, présente une capacité plus grande que le côté gauche. Il faudra enfin avoir égard à l'état des parois thoraciques j s'assurer si le tissu cellulaire est surabondamment pourvu de graisse ou in61tré de gaz ou de sérosité.

La mensuration de l'abdomen n'est pas sans utilité dans le cas d'hydropisie , de fympanite , etc. ; mais pour la faire avec soin , il faut s'assurer de quelques jjoints fixes, tels que le bord inférieur des dernières côtes, l'ombilic, la crête de l'os iliaque, afin d'appliquer le ruban sur les mêmes régions , et d'y former des v.ones circulaires toujours comparables. Il faut noter les différences occasionccs par les phénomènes de la respiration, et dans le cas d'ascite, par < xcmple, examiner, à l'aide de la percussion , si la distension des intestins par les gaz est toujours la même, et jusqu'à quel point elle contribue à lu distension lie l'abdomen.

On peut mesurer le volume des membres , et des tumeurs développées à l'ex- Icrieur, par les moyens que nous avons indiqués, ou tout simplement en palj.ant les parties qui sont accessibles à l'action du toucher; mais ces différens moyens sont insuflisans pour s'assurer de l'étendue des organes ou des tumeurs situés dans les cavi'.és : ausoi employons-nous depuis long-temps la percussion l>our reionnailre la place occupée par le cœur ou le foie, et pour mesurer la

hauteur d'un épanchement thoracique mobile ou invariable. M. Piorry a , dan? un mémoire sur la Percussion inscliatPj fait voir toute la précision que ce moveri d'exploration est susceptible de présenter pour circonscrire l'étendue des différens viscères, et apprécier l'état de vacuité ou de plénitude des organes creux, etc. Il faut se garder de prendre pour plus volumineux un foie abaissé ]iar un épanchement thoracique, pour distendu un estomac épaissi par un squirre , etc. Nous dirons comment on évitera ces erreurs. ( f^oy. Percussion. )

Nous bornerons à ces courtes considérations l'indication d'un moyen de diagnostic dont fous les praticiens reconnaîtront l'utilité, qui peut puissamment contribuer, dans beaucoup de cas , à nous éclairer sur le siège et la natuie des maladies, et en faveur duquel on pardonnera sans doute la création du mot me>siKATiOK qui sert à l'exprimer. Martin-Solon.

MENTAGRE. Forez Sycose.

MENTHE. Nom générique d'une plante de la famille des labiées. On en compte un grand nombre d'espèces. Les principales sont : la menthe poicrée , mentha pipcrita , Lin.; la menthe simple ou l'onde, M. rotundifolia, L. ; la menthe crépue, M. crispa. Lin.: celte menthe n'est qu'une variété de la précédente. La menthe poidiot ou simplement le pouUot , M. pulagium, L. ; la menthe verte^ M. viridis , L., qui n'est , suivant Nées, qu'une dégénérescence de la menthe poivrée; la menthe certaine, M, cervina , L. ; la menthe cullwée , M. saliva, L.; les mentha gentilis , procumbens , hirsuta et aquatica passent pour n'en être que des variétés. j Toutes ces menthes ont une odeur et une saveur aromaticjues très-pronoii- ' cées. La menthe poit^rée est celle de foutes qui les présente au plus haut degré. | Aussi est-ce d'elle que l'on se sert le plus , et à elle qu'il faut généralement rapporter ce que l'on dit de la menthe dans les auteurs.

Les menthes contiennent un principe gorarao résineux amer un peu acre plus soluble ordinairement dans l'alcool que dans l'eau, et une huile essentielle très abondante; on y trouve aussi du camphre, comme dans la plupart des plantes de lu famille des labiées.

Ce que l'on a dit des propriétés et des vertus de la menthe est exactement ce : que l'on a dit de celles des autres plantes aromatiques. Ainsi elle produit une excitation vive qui s'étend rapidement de l'organe qui la reçoit à tous les autres. La couséquenoe de cette excitation est un redoublement d'action dans tous les appareils. La transpiration augmente, les urines augmentent, l'activité du cœur augmente , le flux menstruel augmente, etc. Aussi la menthe est-elle utile dans • toutes les affections où il y a faiblesse , atonie, et contraire dans les maladies > inflammatoires. On l'emploie pour relever les forces de l'estomac, pour ranimer les digestions, combattre les dispepsies, les flatuosités, les coliques, voire même les diarrhées qui résultent de l'atonie de l'appareil digestif. On l'emploie dans les affections de même nature de la matrice , comme la chlorose , certaines aménorrhées , etc. On l'emploie comme désobstruant , pour dissoudre les engorgemens chroniques froids , atoniques des divers organes. On l'emploie contre les catarrhes chroniques et muqueiix. On l'emploie en topiques comme résolutif, comme excitant dans les cas de contusions , d'ecchymoses , d'ulcères atoniques, et en fumigations dans la goutte, le rhumatisme et une foule d'autres affections. On l'emploie enfin aux mêmes usages et dans les mêmes circonstances que les autres toniques diffusibles.

Comme à eux aussi, on lui attribue une action puissante sur le système nerveux. La menthe est anti-spasmodique , calmante, nervine. Aussi la recommande-t-on contre l'hystérie , l'hypocondrie , les trerablemens , les spasmes, les céphalalgies, les coliques nerveuses, les vomissemens nerveux, la toux convulsive , l'asthme spasmodique , les convulsions , les vertiges , etc. , et enfin dans les fièvres où les excitans diffusibles sont à-la-fois indiqués par l'atonie générale ' et les symptômes nerveux. i

On pense bien que je ne discuterai pas l'opportunité de la menthe dans les i ' diverses affections (jue je viens d'énumérer ; ce serait vouloir établir jnsqii à ; quel point les médicamens dits excitans , toniques , diffusibles , échaufrans, anti. spasmodiques peuvent convenir dans chacune d'elles ; car, je le répète , on n'a rien avancé sur la menthe que l'on n'ait avancé sur eux. Seulement elle est mise, et avec raison, en tête des autres plantes aromatiques pour son activité. Elle doit à cette opinion la consommation extraordinaire que l'on en a faite pendant le choléra de 1832 , consommation qui avait porté le prix île cette plante a un taux exorbitant. Il ne faudrait pas inférer de ce que je viens de dire que laj menthe a un genre d'action exactement semblable à celui de chacune des aulresj plantes de la même famille, ni même qu'il n'existe aucune différence entre laj manière d'agir des diverses espèces de menthe. Bien loin de là, j'estime qu'il n'y! a pas deux plantes et peut-être deux variétés de la même plante qu'on ait lel droit de considérer comme des modificateurs absolument identiques. J'aivoulul seulement exprimer qu'il existe entre les diverses espèces de menthe , d'unel part, et de l'autre, entre les menthes et les autres plantes aromatiques , unej analooie d'action telle , qu'on est conduit à tenir sur toutes à-peu-près le mêraej langage, ce qui ne veut pas dire que, dans un cas donné , toutes ces plantesl seraient également bonnes. L'on verrait au contraire l'une échouer, l'autre ag-i graver le mal et une troisième le guérir. C'est qu'il existe entre elles des difféT rences que l'on ne peut saisir à priori , et que les résultats seuls de leur appli-| cation peuvent révéler.

Quelques propriétés spéciales ont cependant été attribuées aux menthes erj général, ou plus particulièrement à telle ou telle espèce de menthe. Dioscoride . Galien regardaient cette plante comme aphrodisiaque, et les Africains d'aujourd'hui emploient , dit-on , l'huile volatile de menthe pour s'exciter au plaisir. I D'autre part, Hippocrale et beaucoup d'auteurs ont donné cette plante comme j

MEPHITISME.

MEPHITISME.

produisant l'effet précisément contraire. Suivant Dioscoride , la menthe a sur Je lait une action particulière qui rempèclie de se coaguler , action qui a été dmise par Linné , et que Lewis prétend avoir constatée. Linné ajoute que la menthe (M. arvensis) diminue considérablement le lait des vaches. Aussi ce savant illustre , et avec lui nombre d'auteurs , recommandent-ils l'usage extérieur |et intérieur de celte plante pour dégorger les seins des nourrices. Cette propriété aurait peut-être quelque fondement , s'il était vrai que le camphre , et nous avons dit que la menthe en contient , a , comme on l a prétendu , une aclion particulière sur la sécrétion du lait (voir l'article Iatraleptie t. x, p. 309). M. Astier , ancien pharmacien à l'hôpital d'Alexandrie , a proposé l'emploi de "infusion concentrée de menthe poivrée en lolions contre la gale. Suivant lui , l'es lotions , que l'on peut renouveler deux fois dans la journée , dissipent ordibairemeut la gale en quinze jours au plus et sans inconvéniens. {Butletin de )harinacie , l. vi, p, 350). M. Boullay a proposé de substituer à ces lotions'une pommade di; moelle de bœuf avec de l'essence de menthe poivrée. On en ferait les frictions comme aVéC îéà onguens anlipsoriques. Enfin le nom de mentha \^odijgraria a été donné jadis au pouliot , à cause de la réputation tjii'i! avait fontre la goutte.

L'infusion et l'eau distillée de menthe sont les préparations de cette plante [ue l'on emploie le plus. Cette dernière se donne à la dose d'une ou de [dusieurs ^nces ; l'huile essentielle se prescrit à celle de six à douze gouttes par portion, jes pastilles aromatisées avec celte huile sont usitées pour rafraîchir la bouche, illles m'ont souvent réussi pour apaiser des nausées. La menthe en poudre se |onne par demi-gros ou un gros. Fraîche, on en fdit des espèces de cataplasmes. La rubéfaction et même la vésication de la peau peuvent résulter de leur emlloi. , Léop. Deslandes.

MENYAWTHE. Menyantlies trifoliata. Cette plante, qui appartient à un enre dépendant de l'ordre des genlianées , et qui présente des propriétés ssez notables, est presque abandonnée a[)rès avoir joui d'une certaine ogue. Elle est plus connue sous le nom de trèfle d'eau cjui fait connaître les lieux où elle croît plus abandamraent , et la forme qu'elle atfecte; c'est la plante ntière qu'on emploie. Ses qualités physiques sont une odeur faible et un peu ésagréable , une saveur d'une amertume extrême et quasi nauséeuse , qu'elle ommunique à l'eau dans laquelle on la faitinfuser, et qui est due à une matière xtractivc. Peut-être une analyse bien exacte ferait-elle reconnaître dans cette lante , l'existence du gentianin , et ferait-elle ainsi rentrer dans une classe bien onuue , un médicament auquel on avait voulu trouver des applications toutes articulières. L'analyse qu'on en a faite autrefois y avait fait découvrir, outre 1 fécule , et l'albumine végétale qui en forment les trois quarts en poids , de la ésiue verte, de l'acide malique, de l'acétate de potasse, de la matière animale, e la gomme brune, et une matière extractive très azotée.

Les expériences faites avec cette plante , car il ne paraît pas qu'on ait essayé iparément la partie essentielle , ont montré qu'elle agit à la manière des amers vojez ce mot) , et qu'il n'y a rien dans sa manière d'agir qui la distingue de la ;èntiane, du quassia , et autres médicamens du même genre.

Quant aux applications particulières qu'on en a voulu faire , on est obligé de ^connaître, pour peu qu'on examine , qu'elles ont été faites plutôt d'après des

ées préconçues que d'après des observations judicieuses. Qui a constaté des srtus spéciales au trèfle d'eau contre la goutte, les fièvres d'accès , les maladies e la peau ? En quoi ce médicament est-il préférable à une foule d'autres, comme ^mménagogue, stomachique, vermifuge, anti scorbutique, anti-scrofideux, etc. ? somment a-t-on reconnu son efficacité à la fin du rhumatisme, pour en prévenir k retour ?

On peut donc continuer d'employer la ményanthe , d'après les connaissances u'on possède sur elle comme un amer puissant , dans les cas où cette classe de lédicament promet et produit de bons résultats. On en peut faire également un sage économique en la substituant au houblon dans la fabrication de la bierre, uisque c'est une plante indigène et presque sans valeur. Pour l'usage médicial , il sera convenable de choisir la plante sèche et pulvérisée ; puis , l'extrait fjueux, ou préparé avec l'alcool faible ; enfin, et cela serait préférable , la matière mère extraite par les procédés connus en pareil cas. Douze à vingt-quatre grains ps feuilles sèches et mises en poudre ; un ou deux gros en infusion ; six à douze ^ains d'extrait; et une once du suc de la plante fraîche, telles sont les doses pnseillées dans les auteurs, et qu'on pourrait, je pense, dépasser de beaucoup, jins aucun inconvénient. F. Ratier.

I MIÉPHITISME. Cette expression est généralement employée pour désigner fair vicié et non respirable , quelle que soit du reste sa naluie ; ainsi i on dit [aéphitisme des marais, des égouts, des fosses d'aisance, etc. A ce mot pourrit donc se rattacher l'histoire de toutes les asphyxies résultant du mélange d'un jaz délétère avec l'air ; ainsi que celles de toutes les épidémies qui dépendent {e conditions atmosphériques locales. Aujourd'hui, que le langage scientifique ^t plus précis et que les connaissances médicales sont plus étendues, on a pu l'ailer isolément chacune de ces matières. Néanmoins nous avons cru devoir, en faitant des 2jaz , renvoyer a ce mot , ce qui se rattache à l'aspiiyxie des fosses îaisance et des égouts , attendu que les accidens qui en résultent ne reconnaisf;nt pas toujours pour cause un seul et même gaz, et que souvent aussi ces |phyxies sont produites par un mélange de gaz de nature différente. I Méphitisme des fosses d'aisance. Les matières fécales en putréfaction dans »e fosse , donnent lieu à trois gaz principaux , capables d'amener l'asphyxie : 3 sont les gaz acide hydro-sulfurique , hydro-sulfate d'ammoniaque et azote, es deux premiers sont délétères , le dernier seulement est impropre à la respi- Hion : ces trois gaz peuvent exister ensemble ou isolément dans l'atmosohère

de la fosse. Dans le plus grand nombre de cas , ils n'y existent pas seuls; ils sont toujours mêlés à beaucoup d'air atmosphérique. Les expériences de M. Thénard tendent à démontrer que l'hydro-sulfate d'ammoniaque est toutfonné dans la partie liquide de la fosse ; car il en a retiré de ce liquide jusqu'à un tiers de son volume. Dans d'autres circonstances, l'atmosphère delà fosse est composée d'environ quatre-vingt-quatorze parties de gaz azote, de deux parties seulement de gaz oxigène et de quatre parties d'acide carbonique, ou de sesqui-carbonale d'ammoniaque. Mais, quelle que soit la nature de ces gaz, ils tiennent en dissolution de la matière animale en putréfaction , qui peut, ou modifier l'odeur de l'acide hydro-sulfurique et de l'hydro-sulfale d'ammoniaque, ou bien rendre odorante l azote naturellement inodore. Ces gaz occupent deux places dilTerentes dans la fosse : ou ils contribuent à remplir la partie dépourvue de matières fécales solides ou liquides, c'est-à-dire l'atmosphère; ou ils s'accumulent sous la croûte, ainsi que dans l'épaisseur de la pyramide ou heurte, ce qui est beaucoup plus rare , ou , enfin , dans la partie que l'on nomme gratin , et principalement dans celle qui rempli!; les angles d une fosse de forme carre'e.

Il est en général facile d'éviter les accidens résultant de la présence des gaz répandus dans l'atmosphère d'une fosse, en y descendant dos lampes allumées afin d'observer si elles y brûlent, et, dans le cas contraire, en introduisaiit des réchauds remplis de charbon bien allumé, que l'on renouvelle au fur et à mesure que le combustible s'éteint, jusqu'à ce qu'il brûle dans la fosse, comme s'il se trouvait exposé à l'air libre. Un phénomène particulier accompagne souvent cette opération, que tous les vidangeurs prudens pratiquent ordinairement avant de descendre dans la fosse , c'est la production d'une auréole lumineuse autour du foyer. Elle a lieu toutes les fois qu'il existe de l'acide hydro-sulfurique en quantité suffisante dans l'atmosphère delà fosse, et les gens du métier disent Alors qu'ils brûlent le plomb lorsqu'ils opèrent celte combustion. On pourrait aussi éviter les accidens qui i-ésullent le plus souvent de la présence des gaz sous la croûte ou dans la pyramide de matière fécale , en ayant soin de les crever, de pénétrer dans leur intérieur avant de retirer les réchauds • mais les vidangeurs ne prennent pas toujours cette précaution, en sorte qu'au moment où ils commencent la vidange ils tombent asphyxiés , dans un espace de temps plus ou moins court. Cet effet peut même être instantané lorsque le gaz se dé<^a^'e en masse, et que c'est de l'acide hydro-sulfurique ou de l'hydro-sulfate d'ammoniaque; et comme des individus rappelés à la vie disent tous avoir éprouvé comme un poids très fort qui comprime l'épigaslre et serre fortement la tête on a nommé cette asphyxie , asphyxie par le plomb. Le prédominance de l'ammoniaque peut quelquefois être portée h un tel degré que toute odeur est masquée : cet effet a lieu surtout pendant les temps de pluie. C'est à celte quantité d'ammoniaque ([ue l'on doit attribuer l'ophlbalmie des vidangeurs, connue sous le nom de mille.

Une autre circonstance induit souvent les ouvriers en erreur , c'est celle dans laquelle la fosse n'est pas sensiblement odorante, lorsque l'air est vicié par la présence seule de l'azote et de l'acide carbonique. Alors l'asphyxie ne survient que lentement, et par un état de faiblesse que les travailleurs cherchent en vain à surmonter; il peut être porté jusqu'à la syncope et même jusqu'à l'extinction de la vie si des secours ne sont pas administiés à temps.

Une fosse vidée peut asphyxier les ouvriers qui y descendent avec la même rapidité qu'une fosse pleine. Il s'opère alors un dégagement de gaz délétère des murs qui ont été imprégnés de matière fécale , et ce n'est gnère qu'après douze ou quinze jours que la fosse a été vidée ([ue des ouvriers peuvent impunément y descendre pour faire les réparations que la construction exi^e.

On ne connaît aucun antidote du méphitisme des fosses d'aisance par l'azote. Les moyens généraux que nous avons indiqués à l'article asphjxie, sont les seuls que l'on puisse mettre en usage; mais il n'eu est pas de même de celui qui reconnaît pour cause, l acide hydro-sulfuric|ue et l'hydro-sulfale d'ammoniaque. M. Dupuytren a conseillé avec raison l'emploi du chlore : dans ces cas il agit en décomposant ces gaz , dont il met le soufre à nu. Toute préparation capable de dégager spontanément du chlore peut être employée , telles sont les chlorures. M. Labarraque a fait à ce sujet une expérience assez curieuse. Ayant été appelé pour donner des secours à un ouvrier qui avait été asphyxié en remuant les plâtras provenant de la démolition d'une fosse d'aisance, il commença par lui faire respirer de l'ammoniaque , moyen usité autrefois dans ces sortes de cas , et qui dans aucune circonstance ne peut assez agir comme contrepoison ; mais seulement comme stimulant du système nerveux. Le malade ne reprenant pas connaissance, il trempa un linge dans du chlorure de soude et le plaça sous le nez ; aussitôt un effort respiratoire eut lieu. Voulant savoir si ce mieux-être dépendait certainement du chlore, il fit usage de nouveau de l'ammoniaque; mais cette fois encore sans résultat. Il revint au chlorure, et dans peu d'instans le malade avait recouvré sa connaissance parfaite. Ainsi donc lorsque l'asphyxie dépendra de ce dernier genre d'altération de l'air, on devra d'abord soustraire le malade au foyer d'infection , puis lui faire respirer du chlore provenant d'une faible dissolution dans l'eau , en imprégnant un mouchoir ou une éponge de cette dissolution. Il faut bien se gai der d'en introduiie dans la bouche ou dans les narines , on altérerait la raem.brane muqueuse , et on aurait à craindre le développement subséquent d'une inflammation grave pour le malade. Il en pourrait être de même à l'égard des voies aériennes , si la respiration du chlore était trop long-temps prolongée. Ou suivrait pour les autres moyens à employer les indications c{ue nous avons fait connaître à l'article Asphyxie.

Méj}hilisme des égouts. ÏjQ mkphxtïime des égouts est presque aussi dangereux que celui des fosses d'aisance. M. Parent Duchâtelet a inséié dans les

MERCURE

MERCURE

Annales d'hygiène el de médecine légale , ( tome ii , 1829) un mémoire fort intéressant sur ce sujet, à roccasion du curage qui a été faits des égouts Amelot , delà Roquette, Saint-ftiarlin , etc. , à Paris. Nous en extrairons ici les principaux fiiits. L'air des égouts est ordinairement vicié par trois gaz : l'azote, l'acide carbonique et l'acide bydro-sulfurique. Ces trois gaz peuvent exister dans i'air en quantité telle, que la respiration de l'atmosphère qu'ils constituent puisse asphyxier immédiatement les personnes qui la respirent. C'est surtout pendant le déplacement des matières les plus concrètes que leur dégagement a lieu. De 1 air recueilli, après avoir agité la vase de l'égout Amelot a donné pour composition, sur 100 parties, 13,79 d'oxigène ; 81,21 d'azote 2,01 d acide carbonique,2,^9 d'acide hydrosulf urique. Ce dernier gazy était donc dans une proportion telle que l'animal le plus fort pouvait y périr asphyxié en fort peu de temps. (Analj'se de RI. Gauthier de Claubry). Cette analyse avait été faite trois ans avant le curage de l égout Amelot. De pareilles recherches eurent lieu à cette dernière é|)oquc par le même chimiste ; elles furent nombreuses et donnèrent d'autres résultats , explicables , il est vrai, par cette circonstance que l'air qui a servi à ces dernières recherches a toujours été pris alors qu'une ventilation existait dans l'égout, tandis que l'air précédent avait été recueilli au voisinage d'un foyer d iufecliou porté à son summum d'intensité. On a observé que la diminution de l'oxigèiic variait de l/lOO à 4;100; que plusieurs fois la diminution de l'azote avait eu lieu dans la proportion île 1; 100 , que ces diminutions étaient couvertes par la production d'acide carbonique et d'acide hydro-sullurique ; mais surtout par celle de l'acide carbonique; que deux fois l'acide hydrosulfurique entrait pour l/lOO dans l'air ; mais qu'en général sa quantité variait entre 25 et 80;1()00. Ces dernières expériences ne démontrent qu'une seule chose, c'est que l'air des égouts est constamment vicié ; mais elles ne peuvent pas donner la mesure de son altération , puisqu'elles n'ont jamais été faites sur de l'air pris au moment où des accidens étaient survenus chez les ouvriers, mais bien sur celui qu'ils respiraient habituellement. Telle est au moins l'idée que m'a fait naître la lecture du mémoire de M. Parent Duchâtelet. j

Les symptômes que développe la respiration du gaz des égouts consistent le plus ordinairement dans un état d'affaiblissement cjui augmente graduellement jusqu'à la syncope. Le temps qui s'écoule entre la première atteinte de ce gaz et l'asphyxie complète est très variable ; tantôt il permet à l'ouvrier de sortir de l'égout, tantôt il le frappe aussi rapidement que le gaz des fosses d'aisance. Les égouliers sont aussi sujets à une espèce particulière d'ophlhalmie qui résiste à l'emploi des émolliens,et que les astringens guérissent avec facilité.

Les précautions à prendre pour éviter les accidens qui résultent du curage des égouts sont les suivantes : On doit commencer par renouveler l'air dans la partie où le curage doit être effectué. A cet effet, on oblitère le canal de l'égout à une certaine distance du point que l'on veut curer , à l'aide d'un barrage fait avec une toile épaisse clouée eu haut et latéralement autour de la voûle , et dont le bord inférieur libre, flotte à la surface de l'eau , de manière à en suivre toutes les augmentations ou diminutions de volume. On place sur une ouverture de l'égout , située près du barrage , un fourneau avec tuyau de cheminée , de cinq à six mètres de hauteur , dans lequel on active la combus. tion, et quia une forme inférieure telle qu'elle puisse s'adapter au sol, et tirer dans la cavité de l'égout l'air nécessaire à l'entretien du combustible qu'il renferme. On ne laisse descendre les ouvriers que lorsque des lampes brûlent parfaitement dans le point où le travail doit être opéré , et surtout lorsque leur flamme est inclinée dans le sens du courant établi par le fourneau de tirage. On ne doitlaisser travailler les ouvriers que pendantdeux ou trois heures de suite. Chaque fois qu'ils sortent de l'égout, il faut leur faire laver les mains et les bras dans de l'eau contenant sur trente-neuf litres un kilogramme de chlorure de chaux en dissolution. Enfin , ou ne doit jamais oublier que malgré le curage terminé , l'air reste encore vicié pendant douze on quinze jours.

Quant aux soins à donner aux asphyxiés , ils sont fort simples : exposer au grand air la personne qui a éprouvé des accidens (ce qui sulEt le plus souvent lorsque l'atteinte portée à la vie a été faible ) , lui faire respirer du chlore en petite quantité (ce qui produit un effet de mieux-être extraordinaire ) ; le saigner si quelques symptômes de congestion sanguine persistent, et lui administrer l'émétique de manière à la faire vomir , lorsque les moyens précédens n'ont pas eu tout le succès qu'on pouvait en attendre. Ici , comme chez quelques noyés , il succède quelquefois des convulsions assez fortes et du délire au rétablissement de la respiration. Cet état cède à l'emploi de la saignée etde l'émétique. Il faudrait bien se garder de mettre en usage les opiacés dans le but de faire remédiera ces accidens. (Voir pour plus de détails le mémoire cité. )

( Alph. Dbvergie. )

MERCURE j médecine légale ; — chimie médicale. Les ^caractères du mercure eu masse de plusieurs gros, sont trop connus pour que nous les exposions ici; mais il n'en est pas de même de ces petits globules mercuriels que l'on obtient dans les analyses médico-légales, et sur lesquels repose la preuve de l'existence d'un poison , dans des matières suspectées. On pourra allirmer que 1 on a obtenu du mercure , toutes les fois que , dans un tube , existera un certain nombre de globules brillaus , blanc-bleuàtre , susceptibles d'être déplaces par la flamme d'une lampe à esprit-de-vin , sans perdre aucune de leurs propriétés physiques ; capables d élie réunis en globules plus gros, mobiles, et donnant à une lame d'or , sur laquelle on les applicjue , l'aspect hrilLml du mercure. C'est sous la forme d'une couche métallique , et non sous celle de globules , que l'on obtient le métal dans les tubes effilés, si la quantité de ce métal est beaucoup plus appréciable.

A/ercure (bromure de). Solide blanc, d'une saveur caustique , volatil , solu-

bledans l'eau ; la dissolution se comportant avec les réactifs comme le deutochlorure de mercure ( voj'. ce mot ) ; ce qui le caractérise comme composé mercuriel.Et précipitant en jaune serin le nitrate d'argent; précipité insoluble dans l'acide nitrique , soluble dans l'ammoniaque, ce qui le distingue du sublimé. Il exerce sur l'économie animale la même action cjue ce dernier corps.

Mercure ( deuto-chlorure de ) à l'état solide. En morceau.x ou en poudre blanche , d'une saveur stiplique, cuivreuse; frotté sur une lame de cuivre jaune, il lui donne le brillant argentin du mercure métallique. Cette couche mercurielle disparaît complètement en chauffant la lame de cuivre. Introduit dans un tube fermé à une extrémité, après l'avoir préalablement mêlé avec de la potasse , de la soude ou un carbonate de ces bases, on obtient du mercui'e métallique d'autant plus visible , que l'un a pris le soin d'effiler le tube h la lampe , après l'introduction du mélange. Il se dissout dans 20 parties d'eau froide ( Thcnard ) ; 16 ( Orfila ) ; et dans 3 parties d'eau bouillante ; sa dissolution présente les caractères suivans ; elle est incolore , inodore , d'une saveur cuivreuse ; déposée sur une lame de cuivre , elle y fait naître u!!e couche grisenoirâtre, qui, essuyée et frottée, laisse à découvert une surface blanche brillante de mercure métallique disparaissant entièrement par la chaleur. Le nitrate d'argent précipite en blanc cette dissolution ; le précipité ( chlorure d'argent) est insoluble dans l'acide nitrique et soluble dans l'ammoniaque , s, tout le sublimé a été décomposé par le nitrate d'argent; dans le cas contraire, c'est-à-dire si, dans la dissolution de sublimé , on n'a pas versé une cpiantité de nitrate d'argent , capable d'opérer la décomposition complète du deuto-chlorure de mercure , alors le chlorure d'argent se dissout , il est vrai , dans l'ammoniaque , mais il est instantanément remplacé par un ammoniure de deutoxide de mercure et un deuto-chlorure ammoniacal , blanc , grenu, qui pourrait induire en erreur. En effet , si l'on traite ce précipité par l'acide nitri- ((ue , de manière à saturer tout l'ammoniaque, il disparait , et il se reproduit du chlorure d'argent qui devient alors entièrement soluble dans l'ammoniaque , sans qu'il se forme un nouveau précipité de deuto-chlorure ammoniacal et d'ammoniure dedeutoxide de mercure; parce que l'excès do sublimé piéexislant , a été décomposé par l'ammoniaque primitivement employée dans le but de dissoudre le chlorure d'argent. Enfin la dissolution évaporée jusqu'à siccitc, dans un tube large, laisse un résidu solide, blanc , qui se comporte avec la potasse comme nous venons de le dii e pour le sublimé solide.

Il est impossible de ne pas reconnaître la dissolution de deuto-chlorure de mercure à ces caractères. Cependant les auteurs de médecine légale lui en ont assigné d'autres , qu'ils ont déduits de l'action des réactifs sur cette liqueur. Nous les donnons ici , non pas parce que nous croyons utile de les employer , mais parce qu'en médecine légale on peut avoir deux avis à donner; l'un sur ' la nature des matières suspectées, l'autre sur des opérations déjà faites dans le but de constater l'existence d'un poison. |

Pi-écipités obtenus par les réaciij's. Jaune-rougeâtre par la dissolution de po- ' tasse , en petite quantité (hydro-chlorate de potasse et d'oxide de mercure), ; jaune par la potasse en excès ( deutoxide de mercure) ; rouge bricjue par l'eau ' de chaux , en petite quantité ( hydio-chlorale de chaux et de mercure) ; jauue ' par l'eau de chaux en excès ( deutoxide de mercure) ; blanc par l'ammoniaque ' (deuto-chlorure ammoniacal et ammoniure de deutoxide de mercure); brique j par le sous-carbonate de potasse; noir par l acide hydro-sulfurique , et les' hydro-sulfates solubles (sulfure de mercure ) , blanc par l'hydro-cyanate fer- ' ruré de potasse; ce précipité prend une teintebleue plus ou moins marquée si le/ sublimé contient du fer; quelquefois il acquiert cette couleur après quelques^ minutes de contact ; jaune devenant couleur de chair, puis rouge carmin par l'hydriodate de potasse ( dei.to-iodure de mercure ) , le moindre excès d'hydriodate de potasse suffit pour dissoudre ce précipité blanc par une petite quantité de proto-chlorure d'étain (calomelas ), et gris si le proto-chlorure est en excès ! ( mercure alors mis à nu). i

En médecine légale, on agit le plus souvent sur des liqueurs qui contiennentJ des poisons en dissolution très étendue : il est donc important de faire connaîtreif les agens auxquels il faut s'adresser lorsque le sublimé se trouve dans ce cas Comme chlorure, le nitrated'argent peut encore en déceler la présence , par uii» nuage blanc qui se rassemble peu-à-peu en un précipité caiUeboté, que l'ammoniaque dissout et qui résiste à l'action de l'acide nitrique. Comme composé mercui ifil : si l'on prend une lame d'or de deux à trois pouces de longueur sur quelques lignes de largeur, si ou l'applique sur une lame d'étain en l'y fixant avec un; fîl à chacune de ses extrémités ; si l'on contourne les deux lames l'une sur l'autre de manière à leur donner la forme d'une spirale, on formera une pile galvaniqûi (jui , plongée dans la dissolution , en opérera la décomposition de manière à cei que le chlore s'unisse à iVtain et le mercure à l'or, en formant à la face libre dej cette dernière lame une couche blanche de mercure. Ces phénomènes peu; vent avoir lieu dans des espaces de temps qui varient suivant la concentratii de la liqueur mercurielle. Aussi est-il bon pour constater des résultats négati de laisser séjourner ce petit appareil sous le liquide, pendant vingt-qualn heures ou quarante-huit heures. Un favorise son action en ajoutant quelque; gouttes d'acide hydro-chlorique dans la liqueur où elle plonge.

Cette expérience est concluante toutes les fois que l'on peut isoler le mercu, de la lame d'or; dans le cas contraire, elle ne prouve pas que la lame ait été blail' chie par du mercure, puisqu'un ])hénomène semblable a lieu si l'on fait séjournei cet appareil dans de l'eau salée, ou acidulée avec de l'acide hydro-clilorique; dan; CCS derniers cas la couche blanche est due à de l'étain appliqué surl'or. On a biei \ proposé de traiter la lame blanchie , par de l'acide hydro-chlorique concentré qui dissout l'étain , et n'attaque pas le mercure ; mais cette expérience présenli 1 i*l

Il j ^

MERCURE

MERCURE

[•inconvénient de pouvoir laisser clans le cloute un expérimentaleur peu habile; car l'acide hydro-chlorique fumant , ne dissout pas très promptement i'clain ; en sorte que si on ne laisse pas à cet acide le temps d'agir, on est conduit a iPerreur. Négligeant donc ce mode de vérification , on prendra la lame d'or, on la desséchera entre deux feuilles de papier joseph , on la roulera sur ellebêrae ; on l'introduira dans un lube fermé à une extrémité, on effilera l'autre b la lampe à éraailleur et l'on chauffera le tube à la flamme de la lampe en procédant de son extrémité fermée à celle effilée, de manière à chasser le mercure dans la partie rétrécie du tube. On coupera alors le tube au voisinage de Isa partie rétrécie , et on rassemblera la couche mercurielle en globules de manière à acquérir la certitude de son existence. Mais il s'agissait de savoir si les divers léactils que nous avons fait connaître pour le subhmé eu dissolution idans l'eau ne seraient pas plus sensibles que la pile. Or, voici les résultats que inous avons obtenus d'expériences entreprises dans ce but. Le réactit le moins ^sensible est l'hydro-cyanate ferrure de potasse, il n'occasionne plus qu'un léger luage dans la dissolution du sublimé au 1000% il ne précipite plus lorsqu'elle lest au 1500e. Après lui vient l'eau de chaux ; déjà à un 3000» un nuage blanc arde à se former, et à un 4000" ce réactif cesse de troubler la liqueur. La poasse ne produit qu'un faible nuage dans la dissolution au 6000". Cet effet est lul quand elle est à un 7000". Le sous-carbonate de potasse a la même valeur [lue la potasse. L'hydriodate de potasse précipite encore à un 7000e. Mais le noindre excès de réactif dissout ce précipité ou s'oppose à sa formation. L hy- Iro-sulfate d'ammoniaque et l'acide hydro-sulfurique précipitent encore a lin SOOÛOe , la dissolution à un 60000" peut même se colorer faiblement par ces f-éactifs. L'ammoniaque s'arrête à un 36000" , et enfin le proto- -hloruie d'étain itrouble faiblement , il est vrai , la dissolution de sublimé au 80000"- On verra plus bas que la pile va aussi loin que le proto-chlorure d'étain. On a encore conseillé un autre moyen de reconnaître la dissolution tieslendue de sublimé corrosif. Il consiste à mettre la licjueur dans une fiole à médecine , à y introduire ensuite de l'éther de manière à en former une couche de quelques lignes d'épaisseur ; à remuer les deux liqueurs pour multiplier es points de contact de l'éther avec le sublimé, sans toutefois opérer leur mélange. On laisse alors les liqueurs en repos , et lorsque les deux couches de iquides sont bien séparées , on introduit le tout dans un entonnoir, on laisse écouler l'eau, et l'on réserve l'éther, que l'on évapore, et qui donne du sublime solide, que l'on reprend par un peu d'eau distillée pour en faire une dissoluion concentrée sur laquelle on agit comme ci-dessus. Ce procédé est basé sur a propriété qu'a l'éther d'enlever à l'eau le sublimd. Il serait très -bon s il 'enlevait complètement ; mais nous venons de nous assurer par l'expérience Suivante qu'il n'en est pas ainsi Que l'on mette quatre gouttes de dissolution concentrée de deuto-chlorure de mercure dans cinquante grammes d'eau , que on traite le mélange par l'éther, et qu'on fasse séjourner la pile d'or et d'étain rians l'eau épuisée par ce liquide, on obtiendra encore des plaques mercurielles très-marquées. Il y a plus , l'acide hydro-sulfurique , les hydro -sulfates solubles , l'ammoniaque et le nitrate d'argent y feront naître encore des nuages sensibles. Wcnzel et Henry avaient prouvé la même chose.

M. Orfila a émis deux opinions opposées sur ce fait dans son Tiailé de médecine lés;ale , 1833. On lit page 105 : « L'éther enlève à l'eau la majeure paiiie idu sublimé , et le liquide se partage , etc.; « et page 263 : « L'éther jouit de la [propriété d'enlever à ce liquide tout le deuto-chlorure de mercure qu'il lient en dissolution. »

A l'égard de la pile d'or et d étain , M. Orfila s'exprime de la manière suivante dans son Traité de médecine légale , 3= vol., 1833. « Le caractère dont nous parlons est tellement sensible, que nous avons obtenu des globules mercuriels visibles , surtout à Taide d'une loupe , en distillant une lame d'or qui avait été blanchie dans une liqueur ne contenant qu'un cent dixième de grain 'le sublimé coi'rosif dissous dans un gros d'eau distillée, » ce qui représente une liqueur au 7920" de sublimé. On peut agir avec la pile dans une dissolution beaucoup plus étendue. Nous nous sommes assuré par des expériences successives que l'on })eut obtenir du mercure avec celte pile dans des liqueurs au 13824e de sublimé, au 20736e, au 60000" et même au 80000e ; or l'acide hydrosulfurique influence si peu une dissolution de sublimé au 6OUOO0 qu'il est difîicile d'apercevoir la nuance de coloration en brun à laquelle il donne lieu. Quant au proto-chlorure d étaiu , il fait naitre dans la dissolution au SLOOO" un nuage à peine sensible.

Il reste donc bien démontré par nos expériences que l'appareil galvanique de M. Smithson est le meilleur moyen de reconnaître le deuto-chlorure de mercure en dissolution dans l'eau ; que ce caractère suffit lorsque la dissolution de sublimé est concentrée ou qu'elle est étendue , et que les expériences , par les réactifs, sont tout-à-fait inutiles si Ion en excepte celle que l'on fait avec le nitrate d'argent , qui décèle la présence du chlore , et sert à faire connaître la nature de la préparation mercurielle qui fait partie des matières suspectées.

Douze grains de sublimé , dissous dans de l'eau distillée et mêlée avec six onces deux gros de vin de Bourgogne, il ne se forme aucun phénomène appréciable. Si l'on ajoute au vin une plus grande quantité de sublimé , il se trouble et dépose un précipité violacé. (Orfila, Tox.) Il résulte de celte expérience qu'un mélange fait dans les proportions indiquées peut très-bien être donné pour du vin , et qu'un empoisonnement doit en être la suite. Si le sublimé avait séjourné pendant quarante-huit heures dans le vin, une décoloration partielle s'effectuerait , et un dépôt lie de vin aurait lieu ; néanmoins la décoloration n est pas encore suffisante pour que le liquide ne puisse plus être donné pour du vin. Le y\n ne décompose qu'une petite cjuantité de sublimé corrosif.

DiCT. DE MÉDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

Ce serait à tort que l'on se servirait des réactifs ordinaires pour constater la présence du sublimé dans du vin ; car on obtiendrait un précipité verdâtre foncé avec la potasse , le sous-carbonate de potasse , l'eau de chaux et l'ammoniaque ; un précipité blanc rosé avec l'hydro-cyanate ferruré de potasse; un précipité noir avec l'hydro-sulfate, et un précipité blanc par le nitrate d'argent. Ces deux derniers réactifs sont donc les seuls qui se comportent à l'égard du vin altéré par le sublimé , comme à l'égard de la dissolution de et; poison dans l'eau, et encore le nitrate d'argent donnerait-il le même précipité avec du vin seul. Il est vrai que la quantité serait incomparablement plus petite, néanmoins une pareille analyse ne prouverait rien. La pile d or et d'étain est encore ici le réactif c[u'il faut mettre en usage.

Que s'il existait un précipité dans le vin, il faudrait traiter celte liqueur et ce précipité par le chlore gazeux , comme nous le dirons à l'occasion du sublimé , décomposé par les matières animales.

Il résulte des expériences de M. Boullay (Jnn. de Chimie , 1802) que les infusions ou décoctions végétales opèrent plus ou moins rapidement la décomposition du sublimé corrosif. Aussi arrive-l-il que lorsqu'on verse du deuto-chlorure de mercure en dissolution dans une infusion dè thé, les liqueurs se troublent immédiatement ; un précipité jaune sale se forme , et il est impossible de donner un pareil mélange pour du thé.

L'addition du sublimé dissous dans du lait n'en change pas l'aspect; aussi ce poison peut-il être donné clans ce véhicule. Par la suite la décoroposilion s'opère comme dans toutes les matières animales et le lait se coagule. Cet effet peut même avoir lieu assez vite si la quantité de sublimé est considérable.

L'albumine est coagulée immédiatement par ce poison. Il se forme un précipité blanc que M. Orfila regarde comme étant composé de matière animale et de proto-chlorure de mercure.

M. Chantourelle a soutenu l'opinion opposée dans un rapport fait h la Société de médecine de Paris {Jourii. général de médecine , octobre 1822 ). 11 y a tout lieu de croire cjue la décomposition du sublimé s'opère immédiatement dans l'albumine , mais celte décomposition est-ell<i totale ou partielle? C'est un fait qui n'est pas encore bien éclairci suivant nous.

Ce qu il y a de certain , c'est que le sublimé est transformé en proto-chlorure, après un temps plus ou moins long, par les matières végétales et animales , et principalement par ces dernières ; qu'il subit cette transformation clans nos organes , et que si l'on est appelé à faire l'analyse d'un composé contenant une matière végétale ou animale, il y a deux suppositions h faire : ou le temps écoulé et la nature du liquide n'auront pas amené la décomposition , et dans ce cas, l'emploi de la pile d'or et dé tain décèlera la présence du poison ; ou , au contraire , la décomposition aura eu lieu, et ce sera alors sur le dépôt el sur les tissus animaux qu'il iaudra agir.

Procédés proposés poui- reconnaître le sublimé , lors qu'il a élé transforme en proLo-chloi ure de mercure par des matières végétales ou animales. \" procédé. On ajoute aux parties liquides ou solides soumises à l'expertise, de vingtc]uatre grains à un demi-gros de potasse caustique que l'on a dissous si les matières elles-mêmes ne contiennent pas de liquide ; on fait évaporer jusqu'à siccité, dans une capsule de porcelaine, et à une douce chaleur. On introduit le tout dans une cornue de verre à laquelle ou ajoute un récipient à long col. On chauffe graduellement la cornue de manière à faire rougir une partie de sa panse, et on la retire alors du feu : on la casse lorsqu'elle est refroidie, et prenant alors chacun des fragmens , on dissout 1 huile cmpyreumatiquc dont il est tapissé avec de l'huile essentielle de térébenliiine rectifiée , opération qui se pratique dans une grande capsule de verre afin de ne pas perdre aucun globule mereuriel. Il est tout-à-fait inutile d'exercer aucun lavage sur la partie de la cornue où se trouve le charbon , la température a été trop élevée dans ce point pour ne pas avoir chassé plus loin le mercure. Alois , après avoir retiré de la capsule tous les fragmens de verre, on y verse une grande quantité d'eau, on fait reposer la liqueur, et l'on décante dans un autre vase la presque totalité du liquide ; on répète cette opération plusieurs fois, si la majeure pai lie des lamelles de charbons ou autres corps étrangers n'a pas été entraînée, et l'on aperçoit au fond du vase les globules mercuriels. Afin de s'assurer de l'existence des globules mercuriels dans les cas où ils sont infiniment petits , on décantera la totalité du licjuide , on prendra le résidu avec du papier à filtre, et alors le mercure sera très-appréciable ; on frottera même une lame d'or avec le papier, des taches blanches se manifesteront sur la lame , et en iniroduisant celle-ci dans un tube de verre effilé , on pourra recueillir le mercure dans la parlie rétrécie du tube.

Dans un mémoire c[ue j'ai publié en 1828 , dans la Nouvelle hibliothèque médicale , mémoire ayant pour titre : Uecherches propres à constater L'absence ou la présence du mercure dans Véconoritie animale après les trailcmens anli-sy- ]>hilitiques faits à l'aide de ce métal, j'ai rejeté ce procédé par des motifs cjue je vais faire connaître , motifs que M. Orfila a regardés comme de nulle valeur dans le volume de ses Leçons de médecine légale qui traite des poisons, 1833. Voici quels ils sont.

1". L huile empyreumatique ne se dissout que très difficilement dans une grande quantité d'huile essentielle de térébenthine

2°. Souvent le mercure reste incorporé avec des portions d'huile concrète qui sont intimement adhérentes au col de la cornue. M. Orfila déclare que c'est une erreur ; car, dit-il , il est aisé avec une plume et de lhuile essentielle de térébenthine de détacher par le frottement le plus léger ces portions d'huile concrète. Or il m'est démontré que l'huileessentielle de térébenthine non recti- Jièe dissout fort mal l'huile empyreumatique. L'huile de térébenthine rectifiée

MERCURE

une première fois ne ilissout pas enticrcmeni riuiilo empyrcumatique provenant de la décomposition des inalières végclales, ce que j'ai eu occasion de vérifier de nouveau en examinaut la valeurd'une objection qui m"a été laite par ÎSI. Christison , ainsi que je vais le dire tout à riicurc. Ces deux preniièi es objeclious restent donc dans toute leur force, surtout quand on réflécisit que I on peut être appelé à agir sur des quantités considérables d'Iiuile empyrcumatique.

L'huile erapyreuraatique présente quelquefois dans les allonges des petites bulles qui ont un aspect argentin et qui peuvent en imposer pour d.i mercure. Oui , dit M. Orfila, qui peuvent en imposer à des observateurs qui se contentent d'examiner à travers le verre. Mais M. Ortila , qui semble ici nous adresser un icproche, fait mieux, car je trouve page 101, même traité, la phrase suivante : VI le caractère dont nous parlons est tellement sensible que nous avons obtenu des globules mercuriels visibles, surtout à L'aide d'une loupe, en distillant, etc. « Ajoutons encore cette phrase du même auteur , page I3G : « on ne saurait apporter trop d'attention à la recherche du mercure métallique dans 1 estomac et les intestins; car on peut y trouver une foule de globules gazeux, graisseux et autres, (jui ressemblent tellement à ce métal , qi.\"û faut nécessairement , pour se prononcer sur leur nature, etc. Notre objection est donc complètement fondée.

4°. Il est difiicilc de reconnaître des quantités infiniment petites de mercure à l'aide de la décomposition des matières animales. M. Orfila regarde ce fait comme étant encore inexact: toutefois il ajoute qu'en suivant d'autres procédés on peut arriver à découvrir des quantités encore plus minimes de ce métal. Or, si notre critique veut se reporter à l'épocjue où nous avons publié notre mémoire, Il verra que c'était là le seul procédé connu, et que s'il en existe d'autres aujourd'hui qui lui paraissent préférables , c'est, et nous sommes forcé de le dire pour nous discidper de ses reproches , c'est nous qui les avons découverts.

Deuxième procédé { du professeur Christlson). Après avoir enlevé avec soin les feuilles et les autres matières fibreuses végétales , on traitera la masse suspecte , solide ou liquide , par un excès de proto-chlorure d'étain , qui décomposera le prolo-clilorure de mercure de manière à mettre le métal à nu , et qui communiquera au mélange une teinte grisâtre pour peu qu'il contienne de mercure. La masse sera mise sur un filtre , lavée pour séparer l excès de protochlorure d'étain, et retirée ensuite avant d'être sèche , en évitant d'enlever avec elle les fibres du papier. On l.i fera ensuite bouillir dans une dissolution modérément concentrée de potasse, qui dissoudra toute la matière végétale et animale; en sorte qu'en laissant reposer la liqueur , il se précipitera promplement une poudre grise noirâtre de mercure métallique, reconnaissable quelquefois h l'œil nu ou à l'aide d'une petite loupe, à sa forme globuleuse. Pour mieux réussir à séparer le précipité mercuriel, laissez reposer la liqueur pendant quinze ou vingt minutes , à une température un peu au-dessous de celle de l'ébullition , puis remplissez le malras avec de l'eau chaude : si la masse suspecte contenait beaucoup de matière animale , il viendrait à la surface du liquide une matière grasse, qu'il faudrait enlever avec une cuiller, puis on décanterait toute la liqueur; on placerait le précipité mercuriel dans un tube; on le laverait jusqu'à ce que toute l'eau de lavage ne fût plus alcaline; on le dessécherait et on le sublimerait dans un tube étroit. ( On poisons, 1832 , page 281.)

La manière dont ce procédé est exposé par M. Christison dans son ouvrage, tend à faire présumer qu'il s'est attaché à reconnaître le sublimé décomposé par des matières végétales , liquides, plutôt que par des matières animales, quoiqu'il soit fait mention de ces dernières dans le cours de l'exposition que l'on vient de lire. Afin de connaître sa valeur , nous avons fait l'expérience suivante: nous avons pris de l'estomac d'un chien empoisonné avec dix grains de sublimé , la moitié de la plaque grise que ce poison y avait fait naître ( douze jours s'étaient écoulés depuis la mort de l'animal ). Nous n'avons employé que la moitié de cette plaque grise, parce que nous avons voulu agir comparativement sur l'autre au moyen du procédé conseillé par M. Orfila. Nous avons lavé cette petite partie d'estomac qui pouvait représenter deux pouces carrés en surface. Nous avons eu le soin d'enlever la poudre blanchâtre qui la recouvrait , afin d'agir sur une quantité de poison réellement incorporée avec le tissu de l'organe, ou au moins placée dans toutes les conditions les plus difiiciles d une analyse de ce genre. Nous l'avons traitée par le proto-chlorure d'étain, et aussitôt la surface de la membrane muqueuse est devenue d'un gris noirâtre. A|)rès dix. minutes de contact nous avons filtré, lavé les matières restées sur le filtre; nous les avons eusuite recueillies , traitées par la potasse , et portées à I ebullition jusqu'à dissolution de la matière animale. La liqueur reposée, nous avons ajouté de l'eau chaude , mais il nous a été impossible d'apercevoir des globules raéfalliqurs dans le précipité, qui était du reste fort peu abondant. Nous l'avons alors desséché , recueilli et introduit dans un tube effilé ; il nous a donné alors une quantité de mercure extrêmement petite et difficile à apercevoir , alors même qu'elle fut réunie en globules plus gros que ceux qui avaient été volatilisés, tandis que l'on va voir tout-à-l heure que l'autre moitié de la plaque grisâtre qui se trouvait dans l'estomac, ayant été traitée par.deux procédés différens, a donné dans les deux cas une proportion de mercure beaucoup plus appréciable.

Le procédé que nous venons de décrire est basé sur la décomposition par le proto-chlorure d'étain du calomelas et du sublimé qui peuvent exister dans les matières végétales cl animales. Du mercure métallique est mis à nu. La potasse employée dissout la matière animale , sans modifier le mercure qui se précipite dans le corps gr>satre que l'mi examine après les lavages, et que l'on chauffe dans un tube pour volatiliser le métal. L'expérience précédente nous porte à croire qu'il ollre l'inconvénient grave de ne pas agir sur la totalité du sublimé ncorporc avec les parois de l'estomac , mais seulement sur la partie qui avoisine

( KiùS ) MERCURE.

la surface. Il présente en outre des manipulations longues , que l'on peut éviter en suivant un autre mode opératoire.

Troisième procédé (adopté par RI. Orfila). Après avoir divisé autant que possible la masse alimentaire ou médicamenteuse suspecte, on l'introduira dans un flacon avec une suffisante quantité d'eau distillée pour la couvrir, puis on y fera passer un courant de chlore gazeux. Lorsqu'on aura employé un excès de celui-ci, on filtrera pour séparer la masse solide provenant de l'action du chlore sur la matière organique; on concentrera la liqueur filtrée par l'évaporation , et on y plongera la petite pile composée de lames d'or et d'étain. Quelque minime que soit la portion de proîo-chlorure ou de sublimé contenue dans la masse suspecte, 1 or sera blanchi ; il ne s'agira plus alors que de chauffer la lame d'or dans un petit tube pour avoir le mercure en globules. Ce procédé est base 1° sur la propriété qu'a le chlorure de transformer en peu de temps le proto-chlorure de mercure insoluble en deuto-chlorure soliible ; 2" sur ce que toutes les matières végétales et animales sont attaquées par le chlorure quise( i combine avec elles, après les avoir décomposées , et sur ce que les nouvelles| ; matières qui résultent de l'action du chlore ne jouissent plus de la propriété [ i de décomposer le deuto-chlorure de mercure qui s est reformé , attendu qu'eUes \ i 40/2/ S'iturécs de chlore. {Traité de médecine légale, page 115.") i ■

Avant de prouver que ce procédé est insuffisant dans certaines circonstances! j et bon dans d'autres, nous adresserons à M. Orfila le reproche de le donnerjl comme venant de lui. En 1 828 , dans le mémoire que j'ai déjà cité, j'ai dit page 15 « Pour la recherche du mercure dans la salive et dans l'urine il n'est pas né cessaire d employer l'acide hydro-chlorique. Le chlore seul suffit , en sorte que les manipulations sont bien moins longues. Nous avons même , pour diminuer la durée des opérations, essayé de nous servir de chlorure de soude, en le décomposant par l'acide hydro-chlorique, etc. » N'était-ce pas dire , si la roa tière animale est en dissolution , servez-vous seulement de chlore? Qu'a fait M. Orfila? il a employé indistinctement notre procédé pour opérer sur les ma^ tières animales solides comme sur celles à l'état liquide , et il a eu tort suivant nous , ainsi qu'on va le voir.

Nous avons pris l'autre moitié de la tache grisâtre avec laquelle nous avions répété le procédé de M. Christison ; nous l'avons lavée et coupée en morceaus tres-petits. Nous l'avons mise dans un verre à expérience et recouverte d'eai distillée. Nous y avons fait passer un courant de chlore en excès. La liqueui filtrée , la pile y séjourna pendant trois jours. La lame d'or, traitée par l'acide hydro-chlorique était à peine blanchie. Chauffée dans un tube effilé, elle noui' a donné un nuage blanchâtre , qui, rassemblé , n'a pu fournir qu'un globule mercuriel infiniment petit.

Alors nous avons pris les petits morceaux de matière animale restans surl< filtre ; ils n'avaient pas entièrement été détruits par le chlore. Nous les avon) dissous dans l'acide hydro-chlorique fumant; nous les avons traités pa: l'eau , puis la liqueur par un courant de chlore. La pile d'or et d'étain nous donné peut-être dix fois plus de mercure que nous n'en avions obtenu pari chlore seul.

D'où il résulte l" que le procédé adopté par M. Orfila , n'est bon que poui les cas où nous l'avions conseillé avant lui, ceux où la matière animale ou vé gétale se trouve en dissolution ou en suspension dans un liquide, c'est-à-din dans un état de grande division. Exemple , le sang , l'urine, la bile, la salive le mucus , ou tout précipité de matière animale ou végétale très-divisée ; 2° qui la décomposition du sublimé ne s'opérant pas seulement à la surface des tissu de l'estomac , mais encore dans leur épaisseur , soit que cette décomposition ai lieu pendant la vie ou après la mort , il faut un procédé qui désorganise , dan ce cas, la matière animale , afin de mettre toutes ses particules en contact ave( le chlore; que tout procédé qui sera basé sur ce principe devra être incontesta blement préféré à tout autre , et que par cela même celui de M. Christison pèche par ce dernier point , puisqu'il ne paraît agir que sur la surface de tissus.

Pour appuyer sur des faits la préférence que M. Orfila accorde au procéd' que nous avons conseillé pour les matières animales ou végétales liquides oii très-divisées , il cite les deux expériences suivantes : 1° l'extraction du mercuP métallique d'une masse alimentaire composée d'un quart de grain du précipiti que forme l'albumine dans le sublimé corrosif, et de trois onces de pain paP faitement desséché et mêlé au précipité , et d une autre masse obtenue en veï sant un quart de grain de sublimé corrosif dans huit onces d'un mélange de caS à l'eau , de thé , de miel , de gelée de groseilles , de carottes en pulpe, et d' feuilles de laitue; trois jours après le mélange on filtra et on agit sur le précipit recueilli et parfaitement lavé. Ces expériences sont loin de nous paraître cow cluantes. 11 fallait , suivant nous , se placer pour apprécier la valeur du procétli dans les circonstances les plus difficiles , c'est-à-dire dans celles que nous avoni cru devoir choisir nous-même.

Quatrième procédé (proposé par nous en 1828). Traiter les matières végétale et animales , solides par racide hy dro chlorique concentré et fumant ; évapore la majeure partie de l'acide employé; reprendre et dissoudre , ou suspendr dans l'eau , traiter toute la masse par le chlore gazeux; filtrer , et plonger dan la liqueur une pile d'or et d'étain.

Ce procédé a deux buts , 1° désorganiser toute la matière animale ou végélà, de manière à en faire une bouillie , afin de multiplier ses points de contact avei le chlore; l'acide hydro-chlorique le remplit; 2° transformer le proto-chlorufi de mercure insoluble en deuto-chlorure soluble : c'est là le but de i'emplc du chlore.

Moi/e opératoire. La matière est-elle solide et mêlée avec un liquide , on 1

MERCURE

MERCURE

)orte à IcbuUilion, pour coaguler l'albumine , et on filtre. On essaie la liqueur filtrée par la pile d"or et d'étain. On introduit la matifre solide dans une capsule i|e verre que l'on expose à une douce chaleur. On y ajoute de l'acide liydrobhlorique concentré et fumant, partie par partie et en quantité variable suivant a proportion de matière sur laquelle ou agit; mais il vaut toujours mieux em- Lloyer l'acide par petites portions à-la-fois que de le mettre de suite en trop grande quantité. En effet l'acide ayant pour effet de dissoudre la matière anifiale, doit tendre à s'opposer à sa coagulation par le chlore s'il se trouve en ^rand excès. Il ne faut pas que la matière soit assez chauffée pour être portée \ l'ébullition. Bientôt toutes les parties solides se colorent en brun, en même emps qu'elles forment une bouillie homogène. On facilite cette transformation (n les remuant et les pressant lés;èrement avec l'extrémité d'un tube. Lorsque ^a bouillie a acquis l'homogénéité que l'on recherche on continue à la chauffer iour évaporer l i majeure partie de l'acide hydro chlorique ; mais on ne doit jamais amener l'évaporalion jusqu'à siccité , parce que la substance animale Lurcit, et ne devient plus soluble. On reprend alors la matière par l'eau, ajoutée eu-à-pcu, et lorsque l'on a obtenu une dissolution ou une suspension , on fait asser dans la liqueur un courant de chlore gazeux sans l avoir préalablement Urée. Il faut que la masse obtenue soit bien liquide , et que le tube qui sert au égagemcnt , plonge au fond du vase dans lequel elle se trouve. On arrête le égagement du chlore, lorsque la liqueur et le précipité qu'elle peut contenir .nt pris une couleur blanchâtre ou blanc jaunâtre. Lorsque , pendant le déga- ;ement de chlore , il se produit un dépôt qui occupe constamment le fond du ase où se trouve le liijuide, il faut avoir le soin de l'agiter souvent. Enfin on iltre et l'on procède à l'extraction du mercure.

On commence par placer dans le liquide , une pile d'or et d'étain. Si la lame por blanchit immédiatement, c'est une preuve qu'il y existe beaucoup de mer- (ure. Pour le recueillir dans un seul tube , ou bien , on laisse séjourner dans la

Bqueur , trois ou quatre piles pareilles , pendant vingt-quatre heures , ou bien n porte le liquide à l'ébullition , et on y met des petites lames d'étain bien délapées. On reconnaît que ces lames se recouvrent de mercure à ce qu'une partie le leur surface devient d'un blanc mat , d'un toucher gras , tandis qu'une autre ^rend une teinte grise noirâtre, et un toucher âpre. Chacune de ces lames doit lester pendant cinq à six minutes , et on les retire pour les remplacer par d'aubes jusqu'à ce qu'elles deviennent entièrement gris-noirâtre. Alors on dessèche diverses lames entre plusieurs feuilles de papier joseph. On gratte immé-

Iiatement leur surface de manière à enlever par le grattage , une couche notable 'étain métallique ; on introduit la tournure d'étain dans un petit tube fermé, n ayant le soin d y faire entrer auparavant un petit cylindre de papier , pour |ue les petites raclures d'étain ne restent pas appliquées aux parois du tube , au feu de se rendre à son cul-de-sac , ce qui pourrait en imposer à l'opérateur , iprès la volatilisation du mercure. Enfin ou effile l'autre extrémité du tube à la jmpe et l'on porte au rouge la partie qui recèle l'étain. Il est important de se ervir d'étain privé de soufre, parce que ce dernier se sublimerait en même emps que le mercure.

Lorsque nous avons publié ce procédé nous avons conseillé l'emploi de l'acide iydro-chlori(pic affaibli. Nous n'avons pas tai tlé à nous apercevoir (|ue l'acide jrès-concenlré était préférable , et depuis quatre ans nous l'avons indiqué dans ios cours. Nous avons même quelquefois employé l'eau régale; mais ce n'a oujours été qu'avec précaution, l'acide nitrique qu'elle contient, étant suseptible de former avec la matière animale , une substance détonante par la chaleur , détonation après laquelle les substances sont toutes carbonisées.

M. Orfîla s'exprime de la manière suivante sur ce procédé : u Ce proce'dé l'est exempt ni d'inconvéniens ni d'erreurs, quoiqu'il soit recommandable sous iertains rapports. 1°. Il existe des masses animales que l'acide hydro chlorique ffaibli ne dissout pas complètement, lors même cjue l'on a fait bouillir penflant plusieurs heures. Or , l'auteur prescrit d'agir ultérieurement sur la dissoution , quand celle-ci sera complète. 2°. Le docteur Christison a objecté à il. Devergie qu'ayant fait bouillir pendant deux heures , de l'acide hydrohlorique , sur le composé formé par le thé , dans un sel mercuriel , il y en a :u peu de dissous, et qu'il est resté une grande quantité de poudre de laquelle n a retiré beaucoup de mercure, parla distillation ; on aurait donc perdu ette quantité de mercure si 1 on s'était borné à agir sur la dissolution , comme e prescrit M. Devergie ( On poisons , 1829). 3". S'il se forme en peu d'instans, lit l'auteur , une couche de mercure , c'est une preuve que le métal peut être fecueilli, et alors il indique le procédé propre à fournir du mercure. La malière dont M. Devergie s'énonce donne même à entendre que dans ce cas le Mercure ne peut pas être recueilli. Or , cela n'est pas exact , le métal ne pou- 'ant être recueilli d'une lame d'or, même lorsque la petite pile a tardé [ilusieurs leures à offrir une couche de mercure, i

1 La première objection est sans objet du moment que l'on emploie l'acide ■oncentré. Il en est de même de la seconde , qui nous a été faite par M. Chrisison; car à l'inconvénient de l'acide affaibli il a ajouté celui d une ébullition pendant deux heures , qui produit un eflét tout opposé à celui que l'on veut pbtenir par l'acide hydro-chlorique : le ramollissement et la dissolution de la Matière animale. Je viens de répéter l'expérience telle qu'elle doit être faite , |ît la matière végétale du thé coagulée par le chlore, puis décomposée avec de J» potasse par le feu, n'a pas donné un atome de mercure, il se trouvait tout ïintier dans la liqueur. Quant à la troisième objection qui, celle-là, m'est adres- •ce par M. Orfila , il faut avoir envie d'objecter pour taire des suppositions et les interprétations de ce genre. La réponse y est fort simple , M. Orfila l'a jaile lui-même , page 115 de son traité :» que s'il s'agissait d'obtenir tout le

mercure , et de le peser , on opérerait à la température de rébullilion avec une lame d'étain décapé comme l'a proposé M. Devergie. »

On voit donc en résumé que les erreurs et les inconuéniens signalés par M. Orfila , se réduisent à zéro. Mais puisque M. Oifila nous oppose M. Christison , il aurait dû au moins pour ne pas user de partialité , citer l'opinion de ce professeur , sur le procédé que nous avons proposé. Or, voici ce qu'il en dit : « Un nouveau procéilc que nous devons rapporter ici , a été proposé par M. Devergie. Il est bien supérieur à celui de M. Orfila, ou à celui de MM. Orfila et Lesueiir ; mais il est certaines imperfections qui pourraient le rendre

inférieur à celui que j'ai projiosé plus haut , elc » Apres avoir reproduit

les expériences dans lesquelles je pus découvrir des quantités infiniment petites de sublimé dans le sang , M. Christison ajoute : n J ai répété ces expériences , et dans la plupart des cas j'ai trouvé ce procédé commode et exact. Mais il j)0ui rait offrir des doutes , s il élml gé/téi al dans son application ; il parait au moins ne pas être aussi applicable aux mélanges des substances végétales, qu'aux mélanges de substances animales. »

En résumé la marche à suivre est fort simple; s'agit-il d'une matière végétale ou d'une matière animale liquides , dans lesquelles le sublimé a été décomposé ? il suffit alors de traiter la liqueur et le précipité par le chloi e seul. A-t-on au contraire à rechercher le mercure dans des matières animales solides? faire précéder alors l'emploi du chlore, de celui de l'acide hydrochlorique , pour désorganiser avant tout la matière animale.

Action du sublimé sur l'économie animale. Les effets du sublimé sur l'économie varient suivant que cette substance est administrée à petites doses souvent répétées ou à haute dose ; dans le premier cas , c'est-à-dire lorsqu'il s'agit de l'administration journalière d'un sixième, d'un tiers , d'un quart ou d'un demi-grain , il peut en résulter uiie sécrétion de salive plus ou moins abondante avec ou sans gonflement des gencives , et même avec ulcération sur divers points de la bouche , ulcérations qui en im[iosent fréquemment aux praticiens lorsqu'elles siègent au voile du palais ou dans la cavité du pharynx, parce qu'alors ils les prennent pour des ulcérations syphilitiques. A cet état succède une haleine fétide , un vacillemcnt des dents , et même la chute de ces os. Les joues et la tète se tuméfient, deviennent douloureuses , la voix s'éteint, et si, malgré ces accidens , on prolonge l'administration des préparations mercurielles , alors se montrent la cardialgie , les mauvaises digestions , la diarrhée un amaigrissement considérable, la phthisie pulmonaire, un tremblement des membres avec ou sans paralysie et la mort. Ces derniers symptômes, le tremblement des membres et la paralysie , sont le résultat presque inévitable du travail des ouvriers qui exploitent les mines de mercure.

Dans ces divers cas le mercure est-il absorbé ? Tout porte à le croire ; mais peut-on démontrer l'absorption du mercure par la présence de ce métal dans nos fluides ou dans nos solides ? A celte seconde question je répondrai que, malgré le grand nombre tic faits qui ont été publiés dans ce but, je doute beaucoup que l'on ait pu obtenir ce résultat ; ce qui me porte à le croire , c'est que les observations rapportées sont pour la plupart empreintes de circonstances tellement extraordinaires qu'elles deviennent incompréhensibles. Ainsi, qui j)0urra jamais croire à l'expérience suivante : plongez la maiu d'un homme dans une cuve à mercure, et après qu'elle y aura séjourné pendant quelque temps , faites-lui frotter une pièce d'or avec les doigts de l'autre main, et en peu d'instans la pièce d'or deviendra blanche ! ! ! Certes quelques praticiens modernes ont dit avoir constaté la présence du mercure dans les liquides animaux : nous citerons M. Colfon, en particulier, qui à ce sujet a rapporté les faits suivans dans des recherches sur l'action du mercure , recherches insérées dans les archives de médecine (septembre 1826). M. J était soumis à un traitement

mercuriel mixte, consistant chaque jour en un quart de grain de sublimé dissous dans l'eau et un gros d'onguent mercuriel employé en frictions. Ce traitement détermina en moins de quinze jours une fièvre assez intense pour nécessiter une saignée. Deux plateaux d'une balance en cuivre séjournèrent j)endant vingtquatre heures dans le sang qu'elle fournit , et M.'""', élève en pharmacie , crut apercevoir , en certains points, une teinte pâle et blanchâtre du cuivre qu'il regardait comme produite par un amalgame.

Un jeune homme qui avait une légère maladie vénérienne prend en une seule fois quatre ou cinq onces de liqueur de Van Swieten (c'est-à-dire trois grains de sublimé ), ce qui représente deux grains et un quart à-peu-près de mercure métallique disséminés dans toute la masse du sang, en supposant que la totalité en ail été absorbée, et par conséquent une bien faible proportion dans une saignée de douze à seize onces ) : des accidens inflammatoires se développent ; une saignée est pratiquée le quatrième jour. Le sang est reçu sur une lame de cuivre jaune , et de là dans une cuvette de faïence. La lame est laissée dans le sang pendant vingt-quatre heures. Ce temps écoulé, M. Colson et d'auti es personnes y reconnaissent des plaques de mercure.

Enfin M . Colson ayant saigné un autre malade qui avait fait vingt-cinq frictions mercurielles , d'un gros chacune, les plaques de mercure étaient cette fois beaucoup plus étendues et beaucoup mieux marquées. Cette expérience, ré|)étée à plusieurs reprises, a donné les mêmes résultats.

A ces faits j'ai objecté les suivans dans mon mémoire déjà cité: ils ont été observés en présence de M. Cullerier et des élèves de sou hôpital. !<> Une femme de vingt-six ans ayant pris deux cent six pilules d'onguent nercuriel contenant chacune un grain de mercure métallique est saignée au bras , le sang est reçu sur une tige de laiton de trois lignes de diamètre. Cette tige séjourne vingtquatre heures dans le liquide et elle n offre cependant pas d'apparence de couche mercurielle. 2" Même résultat chez une autre femme ayant pris soisante-dix

MERCURE

MERCURE

pilules semblables. 3o Une pièce ilor bien décapée est laissée pendant le même laps de temps dans le sang de deux malades et ne présente pas de changement de couleur après l'expérience. 4» Il eu est de même d une autre pièce d'or qui avait séjourné pendant ving-quatre heures dans le sang d'un troisième malade ayant pris cent dix pilules d'onguent mercuriel. 5» Quatorze onces de sang provenant de deux saignées pratiquées à deux malades qui avaient pris, l'un cent soixante-et-onze , l'autre cent quatre-vingt-quatre pilules mercurielles d'un grain de mercure chaque , furent traités par notre procédé et ne donnèrent pas de trace de mercure. C° Pareille expérience faite sur le sang d'un malade qui avait pris moins de mercure lut suivie d'un résultat négalit. 7" Un litre et demie de salive provenant de divers malades en traitement est soumis aux mêmes recherches , et toujours absence complète de mercure. Relativement à la salive, M. Colson prétend que si Cullcrier oncle n'a jamais pu blanchir les pièces d'or plongées dans la bouche des malades syphilitiques affectes de salivation mercurielle , c'est qu'il ne les a pas fait séjourner assez long-temps. Or une des malades dont j'ai analysé la salive était afTectée de salivation avec tuméfaction des gencives et des joues. Je lui lis conserver dans la bouche une pièce de vingt francs, depuis sept heures du matin jusqu'au soir. Cet'.e pièce fut placée pendant les douze heures suivantes dans la salive qu'elle avait rendue dans le cours de la journée , et elle ne m a pas offert non plus qu'a M. CuUencr neveu le moindre changement de couleur. 8° Enfin nous avons agi à deux fois différentes sur dix litres d'urine du matin recueillie dans une salle d'hommes en traitement par les frictions et toujours sans succès pour la découverte du mercure.

Lorsque le sublimé est pris à l'intérieur et à haute dose , il donne lieu aux symptômes suivans : saveur cuivreuse des plus désagréables, nausées , vomis semens , douleurs vives dans la gorge, le long de l'œsophage, et principalement dans l'estomac. Les douleurs sont tellement cuisantes que les malades enti'ent dans une agitation extrême , se roulent sur le carreau, exécutent les mouvemens les plus tlésordonnés. A cet état succède un abattement complet dans lequel les membres sont abandonnés à eux-mêmes ; la peau est froide , couverte de sueur, la face pâle , décolorée, les yeux ternes , abattus, exprimant la souffrance , et l'horreur de la position d une personne qui sent qu'elle n'existe plus que pour mourir. Les lèvres et la langue blanches , contractées ; la soif vive ; la déglutition tellement difficile et douloureuse que les moindres gorgées de liquide donnent lieu, par l'irritation qu'elles déterminent, à des contractions spasmodiques de l œsophage et de l'eslomic, suivies de vomissemens de matières blanches , muqueuses , filantes et de matière bilieuse verte , lorsque les efforts des vomissemens sont prolongés. La pression du col est douloureuse ; une sensation de chaleur et de cuisson existe sur tout le trajet de l'œsophage ; la peau de l'abdomen est froide dans tous ses points, la région épigastrique dénote une douleur vive à la pression. Des évacuations alvines nombreuses ont lieu , et les envies d'aller à la selle se répèlent avec tant de force et si brust(uement que le malade est le plus souvent obligé d'y céder dans son lit. Des épreintes et un sentiment très-vif de cuisson accompagnent ces déjections. Les baltemens du cœur sont profonds, lents, le pouls petit , filiforme, à peine sensible ; la respiration s'exécute avec lenteur; plus tard l'abattement augmente ; la sensibilité s'éteint dans les membres , on peut pincer la peau des jambes et des cuisses sans que le malade en éprouve la moindre sensation, des sueurs froides , abondantes surviennent ; le pouls diminue de plus en plus et le malade expire dans la prostration la plus grande , après avoir conservé jusqu'au dernier moment l'intégrité parfaite de ses facultés intellectuelles.

A l'ouverture du corps on trouve une tuméfaction de la luette et des piliers du voile du palais avec teinte violacée de ces parties , l'épiglotte injectée ainsi que les cartilages du larynx et toute la cavité de la trachée, injection et rougeur qui s'étendent même jusqu'aux plus petites ramifications des bronches ; l'œsophage d'une couleur blanchâtre , mais quelquefois profondément altéré; c'est le cas où des portions de sublimé solide y ont séjourné pendant un laps de temps plus ou moins long ; estomac contracté et enfoncé sous les côtes. Sa surface extérieure violette est tachetée de points d'un rouge brunâtre, disséminés principalement le long de ses deux courbures, et donnant à cet organe l'aspect d'un granit rouge à fond violet. Des ecchymoses nombreuses le long de linsection des deux épiploons avec teinte noire très-prononcée; l'intestin grêle et le gros intestin en général peu injectes ; en sorte qu'il résulte un contraste extraordinaire entre ces deux aspects si différens. "Vue à l'intérieui- , la membrane muqueuse gastrique est de couleur rouge brique , les replis sont noirs ; elle présente des érosions multipliées ; tous les vaisseaux fortement injectés ne forment qu'un lacis noirâtre. Parfois, et c'est surtout le cas où une portion de sublimé a séjourné long-temps dans l'estomac, on trouve une plaque grisâtre provenant d'une décomposition de sublimé dans l'épaisseur même du tissu, à la surface de laquelle il existe une couche blanchâtre qui n'est autre chose que du calomelas.

Quel(|uef'ois il existe des taches rougeâtres ou noirâtres dans les cavités du cœur, ainsi qu'^ la fin du gros intestin ; le cerveau peut aussi être gorgé de sang. 11 résulte des expériences de Brodie , Campbell , Smith et Orlila , que ce poison peut être absorbé et causer la mort plus ou moins promptement, alors qu'il a été seulement appliqué sur le tissu cellulaire des animaux. Il parait porter son action principale : 1° sur le lieu où il est appliqué comme corrosif; 2» sur le cœur en diminuant sa contractilité ; 3° sur le système nerveux.

T raitemcnt de Vempoisonnement par le deuto- chlorure de mercure. Deux

substances sont considérées aujourd'hui comme les plus propres à neutraliser les effets du sublimé corrosif; la première est l'albumine de l'œuf , étendue d'eau ; la seconde consiste dans un mélange de six parties de gluten frais , dix parties de savon noir triturées ensemble dans un mortier , de manière à avoir une mixture complète , que l'on étend par couches minces sur des assiettes, et que l'on fait sécher à l'étuve pour réduire la matière en poudre et la conserver. C'est dissoute dans l'eau que celte poudre s'emploie. Ce dei nier contre-poison a été conseillé par ïaddei. Le premier est du à M. Orfila , mais M. Bertrand a revendiqué aussi cette découverte dans son manuel médico-légal. M. Orfila regarde l'albumine comme opérant immédiatement la décomposition du sublimé corrosif. J'ai dit que plusieurs médecins ou chimistes ne partageaient pas cette opinion, et qu'ils cro3'aient que cette matière animale se bornait à envelopper le sublimé. Toujours est-il qu'elle masque l'action délétère , et sur ce point, il ne peut y avoir doute. La seule question qui se présente à résoudre est celle de savoir si , comme antidote , ses effets sont puissans. Si nous examinons les expériences faites à ce sujet par M. Orfila , nous voyons : 1° que des chiens supportent sans inconvénient grave l'ingestion de soixante grains du précipité blanc que forme l'albumine dans la dissolution de sublimé corrosif; 2° que la mort a lieu après trois jours de l'ingestion de douze grains de sublimé, mêlés préalablement a six blancs d œufs dissous dans quatre onces d'eau ; , 3° même résultat pour six grains de sublimé dissous , quoique huit blancs d'œufs aient été donnés immédiatement après l'introduction du poison ; 4o que douze grains de sublimé liquide mêlés à deux blancs dœufs amènent la mort d'un chien au bout de deux heures , au milieu de souffrances horribles; 5? que deux lapins, auxquels on a donné deux grains de sublimé dissous dans une once d'eau , et mêlés avec un blanc d œuf délayé, sont morts quatre minutes après avoir pris le breuvage. C'est après ces expériences et beaucoup d autres analogues , dont l'auteur a omis à dessein de parler, que M. Orfila tire les conclusions suivantes : 1° que le corps triple formé par l'albumine , le chlore et le mercure peut être pris sans danger à forte dose ; 2o que lorsqu'on donne une très-granile quantité de blanc d'œuf, parfaitement délayé dans l'eau et mêlé avec le sublimé corrosif , l'action délétère de ce poison est très-peu sensible; '6° que les chiens qui ont pris douze ou quinze grains de sublimé, et auxquels on laisse la faculté de vomir , périssent rarement lorsqu'on leur fait prendre du blanc d'œuf délayé dans de 1 eau (je n'ai pas cité les deux expériences sur lesquelles l'auteur base cette proposition , parce qu'il les regarde comme peu concluantes) ; 4» que de toutes les substances proposées jusqu'à ce jour comme i; antidote du sublimé corrosif, l'albumine avalée en quantité suffisante est la seule utile. u

Pour nous , nous regardons l'albumine comme un contre-poison du sublimé ll en ce sens , que l'albumine neutralise les elfcts du sublimé Mais il est tles considérations à présenter qui tendent à affaiblir de beaucoup l'importance que.ijt l'on a donnée à ce contre-poison , et sans citer des expériences que nous avons »• laites pour établir notre conviction à ce sujet, nous appuierons notre manière de voir sur les expériences même de M. Orfila, qui , suivant nous , ne démontrent pas dans l'albumine une grande énergie d'action antidolique. En effet, pour neutraliser l'action de six à douze grains de sublimé , M. Orfila emploie si.\ à huit blancs d'œufs. S'il se borne à employer l'albumine de deux blancs d'œufs, la mort a lieu en deux heures, et chez deux lapins, quoiqu'on ait donné une bien faible dose de deuto-chlorure de mercure (deux grains) , et qu'on les ait mêlés primitivement à deux blancs d œufs, la mort a lieu en quatrei minutes. Or, si l'albumine d'un blanc d'œuf ne peut pas neutraliser les effets de deux grains de sublimé, que sera-ce dans les cas d'empoisonnemens où les doses sont généralement beaucoup plus fortes? Ce sera en vain que l'oD! fera prendre dix-huit blancs d'œufs à une personne qui aurait avalé trente-si» grains de sublimé. Ce fait particulier vient appuyer ce que nous disions à l'ar-' ticle coNTRE-poïsoN , savoir, que beaucoup de substances qui portaient ce titre ne devenaient d'aucune utilité dans beaucoup de circonstances. Au surplus, si nous avons fait sentir les inconvéniens attachés à l'albumine , c'est dans le bul< d'appeler l'attention des médecins sur ce point de thérapeutique, car rien ne s'oppose aux progrès de la science comme l'admission de faits en apparencej fondés, et qui dans l'application ne présenteut pas toujours les avantages que l'on croit devoir en tirer.

M. Bertrand a recommandé le charbon de bois comme un antidote du sublimé A cet effet, il le prescrit en substance ou en suspension dans de l'eau ; c'est donc le décoctum et la poudre qu'il emploie. Peu de faits viennent h l'appui d) sa proposition. Des expériences qu'il a faites sur des chiens et sur lui-mêmi tendent à établir quelques présomptions favorables à ce moyen thérapeutiquçf M. Orfila les a combattues en leur opposant d'autres expériences qui en effe ne coïncident guère , quant aux résultats , avec celles de M. Bertrand. Toujoun est-il que si le charbon et le décoctum de charbon sont utiles , la chimie ni| peut pas expliquer ces résultats avantageux.

Beaucoup d'autres contre-poisons ont été proposés. Queli|ues-uns sont ai moins aussi vénéneux c[ue le sublimé lui-même, et d'autres sont sans ell'el Nous les passerons donc sous silence.

On peut dire en résumé que soit que l'on emploie l'albumine, soit que I o: se serve du gluten, il faut, pour espérer quelques résultats avantageux tie leu administration, qu'ils soient donnés dans les premières minutes de l'empoi sonuement. Que ces contre-poisons qui sont déjà peu efficaces pour les cas o le sublimé est dissous , et donnés à petites doses , sont presque de nulle valeu:i

si le poison est à l'état solide. Qu'il faut donc favoriser les vomissemens, c faisant avaler au malade la plus grande quantité possible d'eau ou d'eau albi

MERCURE

MERCURE

mineuse , et combatire la phlegmasie consécutive comme toute autre inflammation aiguè de restomac.

Mercure (cyanure de). Solide, cristallisé en prismes quadrangulaires coupés obliquement, d'une saveur styptique ; décomposé par le feu , il donne du mer- |cure métallique , et un gaz ( cyanogène ) susceptible de s'enflammer et de brûler, avec une flamme purpurine. Sa dissolution se comporte à l'égyrd de la pile d'or let d'étain , comme le sublimé, mais elle ne précipite ni par la potasse ni par l'ammoniaque.

Merrure (proto-nitrate de ). Solide , blanc , cristallisé, se décomposant sur jles charbons ardens, à la manière des nitrates ; se transformant par l'eau en deux sels : l'un avec excès d'acide et soluble constitue ce que l'on désigne sous le nom d'eau mercurielle, l'autre avec excès d'oxide et insoluble. 11 se comporte avec une lame de cuivre comme le sublimé. Il fournit du mercure par la pile de ;M. Smilfason , s'il est en dissolution ; dans ce dernier cas , il précipite en noir par la potasse et en blanc par l'acide hydro-chlorique , ce qui le distingue du sublimé.

Mercure ( deuto-nitrate de ). Cristallisé en aiguilles ; même action sur le feu que le proto-nitrate, décomposable par l'eau ou sous deuto-nitrate jaune ( lurbilh nitreux ) et en nitrate acide qui se comporte avec réactifs , la larae de cui- Ivre et la pile comme le sublimé , à cette différence près , qu'il ne précipite pas parle nitrate d'argent à la manière des chlorures.

Mercure ( proto-sulfate de ). Solide , blanc, légèrement soluble dans l'eau bouillante, sa dissolution secomportaiit comme le proto-nitrate de mercure, avec lies réactifs de ce sel , donnant par nitrate de baryte , un précipité blanc de sulfate de baryte , insoluble dans l'eau et dans l'acide nitrique.

Mercure ( deuto-sulfate de ). Blanc, solide , attirant fortement I bumidité de !air, décomposable par l'eau en sous-deuto-sulfate jaune turbith minéral , et fin sur-sulfate soluble. Cette dissolution se comporte avec la lame de cuivre et fa pile d'or et d'étain , comme le sublimé : elle agit sur le nitrate de baryte à la linanière du proto-sulfate.

i Quant aux sous-sels formés par les nitrates et sulfates de mercure, ils donnent jJu mercure métallique , lorsqu'on les chauffe dans un petit tube avec de la pelasse ; la plupart des préparations mercurielles, autres que le sublimé, exercent la même action que lui sur l'économie animale. Quelques-unes d'entre elles sont plus caustiques que , par exemple , les nitrates et sulfates de mercure ; le |;yanure l'est au contraire fort peu. Cette dernière préparation paraît surtout porter son action sur le système cérébro-spinal , ainsi que l'ont démontré les expériences de M. Ollivier d'Angers.

— ( chimie médicale]. Métal électro-positif et l'un de ceux qui ont peu d'affinité pour l'oxigène. Il existe dans la nature principalement à l'état de sulfure, -t en moins grande quantité à l'état de chlorure ou d'alliage. On l'obtient en lécomposant le sulfure rouge par la chaux ou le fer, et en élevant latempéraure pour volatiliser le métal. Dans quelques pays , on se sert de l'argile au lieu ie la chaux. C'est le seul métal liquide. Il est blanc-bleuâtre , pesant un peu plus de treize fois et demie autant que l eau , entrant en ébullition à 350 degrés et se solidifiant à 40 degrés au-dessous de zéro. Il s'évapore à la température prdinaire de l'atmosphère. L'oxigène se combine avec un peu au-dessous du degré nécessaire à son ébullition. Le soufre, le chlore se combinent directement avec lui pour former des chlorures et des sulfures de mercure. Les acides sulpurique , nitrique et nitreux le transforment en des sels à divers degrés d'oxidation , suivant la température à laquelle on agit et la quantité d'acide ou de baetal que l'on emploie. Il forme avec un grand nombre de métaux des com-

f oses connus sous le nom d'amalgames, dont quelques-uns sont usités , tel que elui formé de quatre parties de mercure et d'une partie de bismuth destiné à tamer la surface interne des globes de verre , ainsi que l'amalgame composé de (rois parties de mercure et d'une partie d'étain que l'on emploie pour étamer les glaces. Le mercure lui-même sert à la construction des thermomètres et des baromètres. Uni à l'axonge dans la proportion d'une partie de métal sur trois de graisse, il constitue l'onguent gris ou onguent mercuriel simple, et l onguent raercuriel double ou napolitain , lorsqu'il est mêlé à l'axonge dans des proportions égales. L'eau dans laquelle on fait bouillir le mercure constitue une eau vermifuge.

Mercure (chlorure de ). Il existe deux chlorures de mercure, le proto-chlorure ou calomelas , le deuto-chlorure ou sublimé corrosif. Le premier est une sréparatioii d'autant plus active qu'elle est obtenue dans un étal de division plus grande. Aussi ne se sert-on plus aujourd'hui du calomelas sublimé, mais de celui qui est préparé par l'intermédiaire de la vapeur. C'est en décomposant le sulfate de protoxide de mercure par le chlorure de sodium , que l'on obtient cette substance. Elle est blanche, insipide , pulvérulente, insoluble dans l'eau, volatile et cristallisable en prismes téliaèdres terminés par des pyramides à Iquatre fjces. Le chlore le transforme en deuto-chlorure et le dissout. On en sépare le mercure métallique a l'aide de la potasse et de la chaleur. Quant au deuto-chlorure de mercure, il s'obtient en décomposant le sulfate de deutoxide Ida mercure par le tritoxide de manganèse et le chlorure de sodium. Il se distin- !gue du composé précédent en ce qu'il est en morceau ou en poudre cristalline , ijqu'il a une saveur acre , caustique et cuivreuse. Il est plus volatil et soluble jtdans l'eau. (Voyez pour les autres caractères du sublimé la partie médico-légale). On s'en sert pour préparer la liqueur de Van-Swieten , qui est composée jde huit grains de sublimé dissous dans quinze onces d'eau et une once d'alcool. jC'est aussi avec ce corps que l'on fait la pommade de cirillo , qui contient un gros de sublimé par once de graisse. L'eau phagédenique est confectionnée avec huit grains de deuto-chlorure de mercure dissous dans trois gros d'eau distillée,

DiCT. DE MÉPECIKE ET DE ClHRURGlE PRATIQUES.

et mêlée avec quatre onces d'eau de chaux. Au reste, on administre cette substance sous forme pilulaire , en l'incorporant avec l'opium ou un extrait quelconque.

Mercure ( bromures de). Il en existe deux : l'un que l'on obtient en traitant le proto-nitrate de mercure par l'hydro-bromate de potasse ; l'autre en traitant le proto-nitrate de mercure par de l'eau et du brôme. Le premier est en cristaux, incolores , solubles dans l'eau, susceptibles d'entrer en fusion parla chaleur et de se sublimer. Il peut se combiner avec d'autres bromures pour former des sels doubles cristallisables. ( Voyez pour ses autres propriétés la partie médico-légale du mercure. )

Mercure (cyanure de). Il se prépare en faisant bouillir deux parties de bleu de Prusse , réduit en poudre line , avec une partie de deutoxide de mercure , et huit parties d'eau, filtrant la liqueur quand le mélange est d'un brun clair , et la faisant évaporer jusqu'à concentration convenable, pour obtenir des cristaux; on précipite l'oxide de fer qui peut exister dans la liqueur filtrée , en la faisant digérer sur un peu d'oxide de mercure. Il est solide , cristallisé, décomposable par le feu , de manière à donner un gaz (cyanogène) suseptible de brûler avec une flamme purpurine , et du mercure métallique. Il se disssout dans l'eau , mais plus facilement à chaud qu'à froid.

Mei cure ( iodures de ). 11 en existe deux ; le proto-iodure et le deuto-iodure. Ils s'obtiennent eu décomposant le proto-nitrate de mercure et le deuto-nitrate par l'hydriodate de potasse. Le premier est sous la forme d une poudre d'un vert foncé , qui devient rouge par l'action de la chaleur. Il est fusible et peut se sublimer sans décomposition. Le deuto iodure est écarlate et devient jaune par la fusion. Il se sublime en lamelles d'abord jaunes , qui deviennent rouges par le refroidissement. M. Boullay fils admet encore l'existence d'un troisième iodure que l'on obtient en décomposant le proto-nitrate de mercure par l'hydriodate ioduré «le potasse. Cet iodure est jaune , mais il diffère des deux précédens en ce qu'il est décomposable à la température de l'ébullilion. Il se forme alors du deuto-iodure de mercure , et une portion de métal est mise à nu.

Mercure { proto-nitrate de ) On le prépare en faisant bouillir pendant une demi-heure , de l'acide nitrique, étendu de 4 à 5 fois son poids d'eau , avec du mercure en excès ; la liqueur donne , par le refroidissement , des cristaux de proto-nitrate ; ces cristaux servent à la confection de deux sels , l'un proto-nitrate très-acide, constitue ce que l'on désignait autrefois sous le nom de remède du capucin, remède du duc d Antin , eau mercurielle ; il est liquide et incolore. L'autre sous-proto nitrate solide, pulvérulent, insoluble, et d'un jaune verdâtre, n'a pas reçu de dénomination particulière. Cette séparation en deux sels s'opère par le seul contact de l'eau.

Mercure (deuto-nitrate de). On l'obtient en faisant bouillir ensemble une partie de mercure , avec deux parties d'acide nitrique à 35 degrés : tandis , que pour préparer le proto-nitrate , on emploie partie égale de mercure et d'acide, et encore l'acide nitrique n'est-il qu'à 25 degrés ; il est solide , en aiguilles blanches ou jaunâtres , sa saveur est des plus acres; il rougit la teinture de tournesol , il se décompose par l'eau , comme le proto- nitrate , c'est-à-dire en un sel très-acide , soluble et incolore , et en sous-sel solide et jaune que l'on désigne sous le nom de turbith nitreux. Ce sont les cristaux de deuto-nitrate acide que l'on dissout dans l'acide nitrique , pour former une liqueur employée pour cautériser les plaies gangréneuses ou de mauvais caractères. Il sert à obtenir le pré- cipité rouge que l'on prépare en décomposant le deuto-nitrate de mercure par une chaleur modérée ; c'est aussi avec ce sel que l'on fait la pommade citriiie .

Mercure (oxides de). Il en existe deux, le protoxide que l'on obtient en décomposant un proto-sel par la potasse. Celte substance généralement regardée comme un protoxide de mercure est considérée aujourd hui par M. Guibourt , comme étant formée d'un mélange de deutoxide de mercure , et de mercure très-divisé , en sorte que suivant ce chimiste , on ne pourrait pas obtenir le protoxide de mercure isolé , ou qu'il n'existerait que dans les sels au minimum ; ce qui tend à établir les plus fortes présomptions en faveur de cette manière de voir , c'est que , si l'on comprime celte poudre entre deux feuilles de papier , et qu'on l'examine à la loupe , on y aperçoit des globules mercuriels.

Mercure (deutoxide de). Ce corps est ce que l'on a désigné pendant longtemps sous le nom de précipité rouge , précipité per se. On l'obtient par plusieurs procédés ; le premier en faisant bouillir du mercure au contact de l'air , dans un matras connu autrefois sous le nom d'enfer de Boyle, parce qu'il faut maintenir ce matras à une température assez élevée pendant un temps fort long ; le second en décomposant le nitrate de mercure par la chaleur; le troisième en séparant le deutoxide de mercure, du deuto-nitrate par la potasse. Cet oxide à l'élat sec est rouge , ou rouge orangé , suivant l'état dans lequel se trouvait le nitrate de mercure qui a servi à sa préparation ; il est jaune serin, s'il est humide , cristallisé ou pulvérulent , insipide , décomposable par le feu en oxigène et en mercure ; il se dissout dans l'eau , et lui communique une saveur métal lique; il est escharotique.

Mercure (proto-sulfate de ). On le prépare en faisant agir directement l'acide sulfurique sur le mercure. Il est blanc, pulvérulent , peu sapide, indécomposable par l'eau.

Mercure ( deuto-sulfate de ). Ils s'obtient en faisant bouillir 4 parties et demie d'acide sulfurique à 660 , sur trois parties de mercure. Il est solide, blanc, acide, décomposable par l'eau en un deuto-sulfate très acide et un sous-deulo sulfate pulvérulent et jaune qui portait autrefois le nom de turbilh-minéral.

(A. Devergie. )

MERCURE {thérapeutique ). L'histoire du mercure dans son application au

MERCURE

MERCURE

raitement des maladies se divise naturellement en deux chapitres bien distincts : dans le premier on traitera de son emploi général , savoir : des ressources que l'art y a cherchées pour produire des médications diverses ; c'est-à-dire pour agir sur tel ou tel organe de manière à en modifier l'état physique et les fonctions , d'après l'idée qu'on s'est faite de la nature de la maladie et des moyens de la guérir. Dans le second , et c'est la partie lu plus difficile à traiter, dans l'état actuel des connaissances médicales , le mercure doit être considéré comme un médicament spécifique, c'est-à-dire capable de guérir, dans le plus grand nombre des cas , une maladie déterminée, la syphilis , indépendamment des effets locaux qu'il produit.

A. Du mercure considéré comme moyen général de traitement. Il y a dans le mercure plusieurs médicamens très différens , tant par la manière dont ils agissent que par les organes sur lesquels il dirigent leur impression. Chacune de ces préparations a élé tour-à-tour vantée , puis décriée ; et ce serait un travail bien étendu , quoique sans grande ulililé , que la relation des doctrines et des opinions qui ont régné sur ce sujet. Aussi , renvoyant aux ouvrages spéciaux , prendrons-nous la question dans son état présent, et chercherons-nous à exposer ce qu'il y a de mieux établi par Texpérience.

lo Mercure cru. Après avoir été fort employé comme médicament , le mer cure cru est maintenant presque entièrement abandonné aux arts industriels. On a reconnu en effet (jue dans les divers cas où l'on avait jadis coutume de le prescrire , il pourrait être facilement remplacé par des moyens aussi efficaces. Ainsi l'on a renoncé à faire avaler du mercure coulant dans les invaginations intestinales et les étrauglemens tant internes qu'externes , comme le pratiquaient les anciens. Les faits cités en sa faveur ne sont ni assez nombreux ni assez concluanspour encourager de nouvelles tentatives. Il paraît néanmoins que l'ingestion de ce métal peut avoir lieu sans inconvénient , et qu'il est assez promptement évacué sans agir sensiblement sur l'économie.

Mais lorsque le mercure est éteint, c'est-à-dire très divisé par le moyen de la trituration avec différentes substances, il produit une foule de médicamens presque tous composés, et dont , à raison de leur complication, il est extrêmement difficile d'apprécier , non-seulement l'influence thérapeutique, mais encore l'action immédiate. Il faudrait donc les étudier chacune séparément : mais , on est peu porté à entreprendre une pareille étude pour peu qu'on y réfléchisse, et l'on se borne à ceux qui sont les plus simples dans leur préparation comme est par exemple l'ongue nt mercuriel , véritable type des médicamens formés par le mercure éteint.

Sans examiner ici la question controversée et non encore résolue savoir : si le mercure y estoxidé ou simplement divisé , observons-en seulement les eff"ets constans. Lorsqu'on administre l'onguent inercuriel en frictions sur la peau saine , il ne fait éprouver aucune sensation particulière , et ne produit aucun phénomène appréciable ; pourvu qu'il soit frais et qu'on ne le laisse pas séjourner et rancir à la surface des parties, cas dans lequel il détermine les accidens propres aux substances ûcres. Ces effets se manifestent d'autant plus promptement qu'on agit sur une peau plus irritable , qu'on frotte plus rudement et qu'on emploie moins les soins de propreté ; à plus forte raison si la peau était déjà enflammée. Ils consistent dans une inflammation tantôt érythémateuse tantôt vésiculeuse delà peau. D'ailleurs cette circonstance est peu favorable à l'absorption, et par conséquent aux effets généraux du mercure.

Mais quand l'action locale est nulle ou peu marquée, on voit apparaître quel, quefois dès le second , mais plus ordinairement le troisième ou quatrième jour de l'emploi de ce remède , surtout par une température basse , un phénomène remarquable par sa fréquence , et la forme presque constante qu'il affecte. C'est une inflammation de toute la membrane muqueuse de la bouche , et de tout l'appareil folliculaire et glanduleux qui s'y trouve annexé. ( V. salivation). Elle peut se manifester à des degrés divers , et entraîner des accidens quelquefois très graves. La salivation peut aussi avoir lieu lorsqu'on administre le mercure non oxidé , à l'inlcrieur , soit lorsqu'on emploie l'onguent mercuriel en pilules, avec ou sans addition de savon ( pilules de Sédillot ) ; soit qu'on préfère le mercure éteint et associé à des purgatifs comme dans les pilules de Belloste. Mais dans ce cas la salivation n'a guère lieu que quand , les intestins résistant à l'action des substances purgatives , le mercure est retenu et absorbé. "Voilà comment on peut s'expliquer les effets plus r/oua: de ces préparations qui , ne faisant en général que traverser le canal digestif, ne laissaient pas au médicament principal le temps de produire les effets qui lui sont propres. Quant aux pilules qui ne contiennent pas de substances purgatives , on n'a pas remarqué qu'elles produisissent jamais d'irritation gastro-intestinale ; mais elles font plus promptement saliver.

D'ailleurs les simples émanations du mercure déterminent la même série de phénomènes, ainsi qu'on l'observe chez les ouvriers qui le manient lorsqu'ils séjournent trop long-temps dans des ateliers fermés et chauffés ; de même que chez les malades et 'même quelquefois chez les infirmiers et les médecins dans les salles consacrées au traitement par les frictions. Mais on ne voit guère survenir le tremblement et la paralysie que quand les sujets ont respiré longtemps , et avec des intervalles , les vapeurs mercurielles , et quand ils en sont en quelque sorte saturés : de même que les gonflemens des os ne sont guère le résultat de l'usage peu prolongé du mercure ; si tant est môme que les affections osseuses appartiennent expressément à ce métal 5 ce qui n'est pas prouvé suffisamment.

Quant à l'affection cutanée désignée sous le nom dhjdrargyrie , qui se manifeste , dit-on, pendant le traitement mercuriel , nous n'avons pas eu occasion de l'observer , et nous ne pensons pas d après les descriptions , qu'elle présente

des caractères assez constans et assez tranchés pour qu'elle puisse être attri.buée au mercure et seulement à lui , comme la salivation. Nous pensons qu'on a souvent attribué au mercure des syphilitles développées pendant le traitement.

Dans le cas où le mercure éteint , et administré soit en frictions soit en pilules est donné avec assez de prudence et de soin pour ne déterminer nil'mflammalion de la peau ni l'irritation du canal digestif ni de la salivation, il est extrêmement difiicile d'apprécier son action; souvent la maladie contre laquelle on l'administre reste stationnaire , ou s'aggrave ; de telle sorte que , dans les cas où la guérison survient, il n'est pas certain pour l'observateur impartial et judicieux qu'elle puisse lui être attribuée , tandis que souvent il sutHt d'en suspendre l'emploi pour voir disparaître les accidens qu'il avait fait naître , et qu'on peut les reproduire en revenant au même moyen. Nous exceptons de ce qui vient d'être dit les affections véritablement syphilitiques dont nous^ailuns parler plus bas.

Dire dans combien de maladies le mercure a été employé tant à l'extérieur qu'à l'intérieur , ce serait faire l'énumération de toutes les affections connues. On sait en effet que dans les siècles qui nous ont précédés , dès qu'un nouvean médicament paraissait , chacun s'en emparait pour l'exploiter à sa façon , et c'était à qui citerait le plus grand nombre de guérisons. Il faut donc en lisant les auteurs faire dans les succès obtenus , d'abord une large part aux affections qui auraient guéri sans cela, puis examiner avec attention ceux dans lesquels la salivation , moyen révulsif bien énergique , a dû agir, indépendamment de toute spécificité, ou bien encore ceux où l'onguent mercuriel a seulement agi comme un topique excitant, ou même comme un simple corps étranger garantissant les parties , dans l'érysipèle par exemple , du contact de l'air, de la lumière , etc. Il faut remarquer encore que telle affection contre laquelle l'onguent mercuriel était jadis vanté comme très-eflicace ne guérit ni plus tôt ni plus tard maintenant, sous l'influence d'un autre médicament , ou d'une médecine purement expectante.

L'a]>plication de l'onguent mercuriel sur les surfaces ulcérées y produit des effets notablement excitans, indépendamment de leur nature , nonobstant ce qu'on a dit que cette application était un moyen précieux de diagnostic. L'onguent mercuriel améliore l'aspect d'ulcères non syphilitiques sur lesquels la cautérisation superficielle, la pommade de cantharides ou toute autre chose semblable produiraient une modification salutaire ; de même que ces stimulans appliqués sur un ulcère bien évidemment syphilitique seraient eflicaces , si la surface malade était dans un état atonique, tandis que l'onguent mercuriel l'aggraverait évidemment s'il était ti ès-inflammatoire. 'Voilà ce qu'une expérimentation attentive et dégagée de toute prévention nous a fait constater , et l'on peut nous en croire d'autant mieux que nous ne sommes pas des antagonistes systématiques du mercure. L'effet d'absorption est en proportion de l'étendue de la surface ulcérée, et de l'abondance des vaisseaux lymphatiques qui s'y rendent.

Nous croyons donc que l'onguent mercuriel est un médicament à conserver, et que son emploi raisonné peut rendre des services dans la pratique. Il ne nous semble pas important qu'il soit préparé avec telle ou telle substance grasse, mais bien qu'avantde l'employeron constate etson étatde fraîcheur, et les dispositions organiques des parties sur lesquelles on veut en faire usage. Le mode d'administration n'est pas non plus à négliger. Si l'on veut le faire agir par absorption, il faut choisir les parties où les vaisseaux lymphatiques sont plus abondans, frotter doucement et long-temps dans une température qui permette à l'ongueut de se fluidifier ; puis, après la friction, nettoyer les parties avec de l'eau de savon chaudeafin d'empêcher l'action irritante de la graisse rancie ; enfin varier les surfaces sur lesquelles on opère de peur que des frictions trop multipliées ne produisent le même effet.

Moyennant ces précautions l'absorption se fera avec facilité; et le praticien pourra, suivant son désir, introduire telle quantité de mercure, et dans tel délai , suivant qu'il recherchera la salivation comme une médication ou qu'il la redoutera comme un accident.

C'est pour n'avoir pas suffisamment observé les faits de détail que les médecins ont élé souvent trompés dans leur attente et ont souvent été surpris par une salivation qu'ils auraient bien voulu éviter, et dont ils n'ont pas pu se rendre maîtres. Les mêmes principes s'appliquent à l'usage interne, et d'abord nous nous élevons contre la combinaison du mercure avec les substances purgatives, attendu qu'elle est contraire à toute idée physiologique. En effet, si l'on veut introduire du mercure dans l'économie par les organes digestifs , ne faudrait-il pas, au lieu de favoriser l'expulsion rapide de ce médicament, employer au contraire , tous les moyens possibles de prolonger sou contact avec les surfaces absorbantes ? Que doit-on penser, après ces considérations , des guérisons obtenues par les mercuriaux associés aux purgatifs, quand l'effet de ces derniers a été prédominant? Nous soumettons cette question à tous les médecins éclairés et de bonne foi.

On a considéré l'onguent mercuriel comme un résolutif puissant , à raison de la facilité avec laquelle il traverse les vaisseaux lymphatiques. L'expérience ne repond pas toujours à la théorie. Nous avons souvent vu les frictions mercurielles pratiquées sur des tumeurs de différente nature rester ineflicaces, ou n'agir pas mieux que ne faisaient dans des circonstances semblables des onctions d'un autre genre, et même de simples onctions grasses , lorsque d'ailleurs ce; onctions sont faites sans les précautions convenables , elles irritent en enflam mantla peau , et peuvent contribuer à produire la suppuration qui n'aurait pa; eu lieu sans cela.

lut.

MERC URE

MERCURE

Les emplâtres mercuriels sont susceptibles des mêmes réflexions. La petite !uantité de mercure qu'ils contiennent renfermée dans les substances grasses et l'sineuses ne se présente pas dans une condition bien favor able à l'absorption, leut-être leur plus grand avantage consiste-t-il à retenir à la surface des parles malades la matière de la transpiration , et à y former ainsi un bain local [nollient. Car nous n'entendons pas parler ici des immenses emplâtres dont idis on enveloppait les malades de la tête aux pieds pour les traiter de la syphilis, t qui fournissaient une grande quantité de métal à l'absorption.

Les doses auxquelles on peut administrer l'onguent mercuricl, tant à l'intérieur u"à l'extérieur, sont extrêmement variables , et doivent être proportionnées [ix dispositions des sujets et aux con{litions dans lesquelles ils se trouvent placés, e même qu'à l'action rapide ou lente qu'on a l'intention de produire. Si l'on sut mefcui'ialiser le sujet, c'est à-dire le saturer de mercure, ainsi que le font Suelques praticiens, dans la vue de produire une révulsion très puissante, il faut jiire des frictions de deux gros d'onguent d'heure en heure. Nous n'avons pas à pprécier encore cette méthode sur laquelle il n'a été presque rien publié, I qu'on emploie peu. Lorsqu'on prescrit le mercure de cette manière, on arrive jentôt à produire la salivation, et cela d'autant mieux que dans l'état ordinaire des joses ce phénomène se manifeste après cinq ou six frictions et quelquefois plus l't encore. Cependant si I on eu croit quelques expérimentateurs, moins sévèies l'iimis de la nouveauté , le mercure donné à doses très considérables et dans 1 court délai ne produirait pas de salivation : il s'établirait une sorte de toléfnce et l'action thérapeutique viendrait seule se manifester. Le plus habituel- Iment de nos jours on évite la salivation comme un accident, et pour parvenir te but, on n'administre que des frictions d'un gros et seulement de deux jours m ; laissant même , quand il le faut, de plus longs intervalles afin de prévenir

développement de toute irritation du coté de la bouche.

Les mêmes règles s'appliquent à l'usage interne de l'onguent mercuriel qui fit en général plus efficacement de cetle façon que quand il est confié à l'abirption cutanée. Trois ou quatre pilules de deux grains chacune, prises sucissivement, ont souvent suffi pour déterminer une salivation des plus orageuses, serait facile deTamener dansjun courtdélaien augmentant ladose, eten faisant rendre un demi-gros d'onguent dans les vingt-qualres heures. Ou a même moins i peine à susciter la salivation qu'à la prévenir, et nous avons vu fréquemment is malades en être pris, après deux ou trois pilules dans lesquelles le mercure lait associé à du savon et même à des substances purgatives plus énergiques, l'ais qui n'avaient pas produit leur effet. Dans tous les cas, le canal digestif offre à ibsorplion une voie plus sûre et plus facile. IXous exposerons au mol salii^ation s moyens plus ou moins efficaces qu'on a tour-à-Lour proposés pour la prévenir I pour la combattre.

2". Des oxides , iodurcs , bromures , chlorures , sulfures et des sels mercuels. Les oxides mercuriels n'ont pas moins que le mercure cru ou éteint , iercé 1 esprit des praticiens. Comme souvent les malades étaient péniblement fectés par l usage de l'onguent mercuriel ou du mercure cru , on dut chercher !s préparations plus douces et aussi efficaces; et chacun se flattant d'avoir ussi, révéla les méfaits des médicamens qu'il voulait remplacer, en attendant l'on vint lui faire subir à son tour une pareille investigation. On a reconnu que le protoxide n'existant que dans les combinaisons salines \ saurait guère être mis en œuvre comme médicament, et que ce qu'on a cru être \l protoxide n'était qu'un mélange de mercure très divisé et de peroxide. C'est ^nc à ces deux médicamens que doivent être rapportés les faits thérapeutiques ou itres inscrits, jusqu'à présent, sous la rubrique de protoxide. Quantau peroxide j oxide rouge sur lequel les anciens chimistes ont beaucoup travaillé, et qu'ils it désigné sous des noms différens (précipité perse , précipité rouge, etc.) suiint son degré plus ou moins grand de pureté, nous ne devons nous en occuper i c[u'autant qu'il est bien préparé , et en conséquence constant dans ses effets pysiologiques et thérapeutiques. Il est hors de doute qu'il agit comme irritant r les parties vivantes, et qu'à une assez faible dose môme il est caustique : ce li a fait généralement renoncer à son usage interne, même à une époque oii m poussait l'expérimentation jusqu'à la témérité , après l'avoir cependant adinistré comme anti-syphilitique. On a continué de le prescrire à l'extérieur us forme d'onguent , de pommade , etc., soit comme catliérétique, soit seuleent comme excitant. C'est lui qui fait la base d'une foule de pommades iti-ophlhalmiques (le titre est heureusement choisi) que débitent depuis long- Inaps des charlatans plus ou moins titrés, et dont toute l'efficacité dépend d'une jicitation qui , par hasard, a été opportune. Quelques différences dans les projetions et les accessoires suffisaient jadis pour constituer un médicament nousau, capable de mener l'inventeur à la réputation et à la fortune. De nos jours [s noms même sont tombés dans l'oubli le plus complet.

Les sulfures de mercure qui ont joui d'ane certaine vogue, et qui, par suite de iréparations empiriques, étaient fréquemment mélangés de substances étranpres , sont maintenant beaucoup moins employés ; au moins en est-il ainsi du ''Oto-sulfure (vicieusement appelé de ce nom) qui , si l'on en croit les annonces jiensongères des anciennes pharmacopées , serait à-la-fois diaphorétique , purptif, vermifuge, anti-syphilitique, sans parler de ses propriétés contre la Jutte, les scrophules, les maladies de la peau, les douleurs hémorroïdales , îsthme et l'épilepsie elle-même : il exerce, d'ailleurs, peu d'action sur l'ormisme.

I Le sulfure rouge ou persulfure (le seul sulfure véritable suivant les chimistes lodernes ) est resté plus en faveur parmi les médecins ; c'est lui qui, sous le om de cinabre, joue un rôle important dans les traités de matière médicale, nest pas soluble, et ne saurait en conséquence agir d'une manière bien active

( quand on l'emploie à l'état naturel. Aussi, le plus ordinairement no s'en sert-on qu'en le décomposant par l'action de la chaleur, eten soumettant la peau à l'influence des vupeurs , à-la-fois sulfureuses et mercurielles , qui s'exhalent alors , et qui produisent très-promptement une salivation souvent très - orageuse. ( y OJ-. fumigations). C'est principalement dans la syphilis et dans les maladies culanées qu'on a préconisé ce moyen : nous en parlerons plus bas avec détail. Quant aux prétendus proto-sulfures, on les prescrivait à des doses qui montrent bien leur innocuité, savoir, depuis six grains jusqu'à un demi-gros et plus; d'ailleurs, toujours associés à divers médicamens , et surtout à des purgatifs bien propres à tliminuer encore leurs effets immédiats, en supposant qu'ils eussent joui de quelque efficacité.

Nous indiquons seulement ici les cyanures , iodures et bromures de mercure qui ont été conseillés exclusivent contre la maladie vénérienne , pour en venir aux chlorures dont les applications thérapeutiques sont beaucoup plus étendues.

Le proto-clilorure , plus connu sous le nom de calomelas, mercure doux, est un de ces médicamens dont on a voulu faire une panacée , et dont les effets thérapeutiques sont d'autant plus difficiles à constater que sa préparation est loin d'être constante ; car, dans une foule de cas, des composés mercuriels soiubles ( nitrates , deuto chlorures ) , restant en plus ou moins grande proportion dans le mercure doux , ont pu produire les eifets divers qu'on lui attribuait. Si l'on observe que dans son état de pureté parfaite il est insoluble , et que lorsqu'il est très-divisé , comme quand il a été préparé à la vapeur, il peut repasser plus facilement à l'état de mercure cru divisé , on ne sera pas étonné de le voir produire la salivation, c'est-à-dire les phénomènes propres au mercure cru, et l'on sera peut-être disposé à l'étudier sous un point de vue nouveau ; en laissant de côté les opinions des auteurs lorsqu'elles ne sont pas suffisamment appuyées sur des faits. Car s'il est déjà démontré qu'ils n'ont pas suffisamment flxé le point de départ, en constatant bien l'identité du médicament et ses effets primitifs, sans parler même de la nature de la maladie , la confiance dans les résultats thérapeutiques devra nécessairement s'affaiblir.

Les faits rapportés par les auteurs , et l'observation journalière, viennent à l'appui de l'opinion précédente. On sait en effet que le mercure doux est un médicament peu actif. S'il l'était , que deviendraient les Anglais , qui en font un si continuel et si aveugle usage , pour remplir toutes les indications de la thérapeutique ? On saitcju'il en faut une dose assez considérable pour produire la purgation, qu'il détermine plus rarement la salivation, enfin qu'il n'a jamais été vénéneux , car ou ne saurait lui attribuer les accidens produits par le sublimé qu'il retient quelquefois. Il en est de môme de son action sur les surfaces ulcérées sur lesquelles on l'applique quelquefois sous forme d'onguent, ou de pommade.

Quant à l'action qu'on lui suppose sur les organes de l'absorption, qu'il active suivant les auteurs , comment a-l-elle été démontrée ? Il en est de même de sa propriété diaphorétique, qu'il possède seulement lorsqu'il est combiné à l'opium , médicament qui jouit positivement de cette vertu. Comme vermifuge, il n'a été administré que conjointement avec d'autres substances plus décidément anthelminliques et purgatives. Sous quelque face qu'on l'envisage, on le trouve toujours inactif ou peu énergique par lui-même, et obligé de s'associer à d'autres médicamens deri-ière lesquels il disparait ; innocent par impuissance, jamais il ne suscite de ces phénomènes redoutables , qui au moins laissent entrevoir dans un dangereux ennemi un puissant auxiliaire, lorsqu'on parvient à s'en rendre maître. Nous ne parlerons pas des alliances bizarres qu'on lui fait contracter, par exemple avec le cachou , le baume de copaliu , la scille,et dans lesquelles il figure tour-à-tour comme astringent , comme purgatif et comme diurétique. Ce n'est que pour les blâmer à juste titre que nous citerons les fumigations faites avec le mercure doux , qui ne sont au fait que des fumigations mercurielles , puisque la chaleur doit nécessairement le décomposer. Quel peut être l'effet d'injections dans lesquelles une substance complètement insoluble se trouve suspendue au moyen d'un mucilage ? Enfin , que peut-on attendre comme effet primitif de frictions faites avec le calomel incorporé dans l'axonge, ou même de l'application de cette pommade sur des surfaces ulcérées, si ce n'est l'action du mercure métallique qu'on obtiendrait plutôt et plus sûrement d'un autre moyen ?

Bien que ces idées soient peu exprimées dans les ouvrages de thérapeutique et de matière médicale, il est pourtant vrai qu'elles dominent le monde médical ; car le mercure doux perd généralement de sa faveur. Personne ne lui accorde de confiance dans les cas où l'on a en vue une indication bien nettement arrêtée; et l'on ne s'en sert que comme d'un moyen propre à gagner du temj)s dans les circonstances où le diagnostic étant douteux , le médecin n'agit qu'avec crainte et incertitude.

L'es doses et le mode d'administration sont peu importans dans un médicament peu actif de sa nature ; aussi les anciens s'étaient-ils évertués à multiplier les formules en associant le mercure doux à la plupart des substances connues. On peut, sans grand inconvénient, en employer des doses considérables : à l'intérieur, on le donne à la dose de deux grains renouvelés deux , trois et jusqu'à douze fois en vingt-quatre heures; on le mêle alors avec un peu de sucre en poudre. Pour l'usage externe on l'incorpore dans du cérat, ou de l'axonge , dont on fait des frictions sur la peau saine dans la vue d'agir par absorption , ou qu'on applique comme topique sui- les surfaces ulcérées. Quelquefois aussi on l'a insufflé , réduit en poudre fîiie dans le larynx et le pharynx daiis les cas d'angine pseudo-membraneuse , de même qu'à la surface de la cornée transparente chez les sujets affectés de taies. Ni dans l'une ni dans l'autre maladie ce mode de traitement ne peut être considéré comme efficace. Nous examinerons plus loin son action comme anti-syphilitique.

MERCURE

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MERCURE

Le deuto-chlorure de mercure , sublimé corrosif, est au moins une de ces substances dont l'action sur réconomie animale est énergique et même violente, mais qui maniée d une manière prudente peut rendre des services réels. Aussi , de quelque façon qu'il ait été jugé par les médecins, il n'a jamais été accusé d'être insignifiant ; et les empoisonnemens nombreux qu'il a produits signalent suffisamment ses propriétés irritantes. Mais lorsqu'il est donné à tlose peu considérable , et lorsque surtout il est dissous dans certains liquides ou associé à ertaines substances animales ou végétales, il arrive très souvent qu'il subit une décomposition par laquelle il est ramené d'une manière plus ou moins complète à l'état de proto-chlorure, et par conséquent dépouillé des propriétés énergiques que nous venons de signaler. C'est peut-être à cette miligatiou, pour jiarler le langage adopté , que doivent être souvent attribués les bons eii'els que l'on s'empresse de citer en sa faveur. Quoique pi incipaiement appliqué au traitement des maladies syphilitiques, il a été néanmoins utilisé dans des vues générales , et contre des maladies de nature diverse.

A l'extérieur on s'en est servi en solutions aqueuses qui , selon qu'elles étaient plus ou moins chargées de sel, ont dû agir comme simplement excitantes, comme stimulantes et comme caustiques, outre ([u'elles ont pu produire par absorption des effet généraux faciles à concevoir. Ces solutions ont été employées à lotionner la peau dans diverses aliéctions de cette membrane ; et l'on conçoit de quelle manière elles ont pu agir suivant l'éiat des parties malades et le degré d'activité de la préparation. Mais on doit condamner comme absurde l'addition de l'opium k une solution de sublimé; car il est évident d'abord que l'opium décompose une partie du sel; et quand même il n'en serait pas ainsi , que peut-il résulter de cette médication demi-excitante et demi-narcotique ? Laquelle des deux substances agira la première ? L'opium sera-t-il absorbé lorsque les surfaces malades seront durcies par le proto-chlorure; ou bien si l'opium les a stupétiées , sentiront-elles l'excitation curative du sel mercuriel ? Les mêmes réflexions s'appliquent à son emploi dans les maladies des yeux , de même qu'à son application sur les membranes muqueuses du pharynx, de l'urètre ou du vagin, sous forme de gargarisme ou d'injection ; de même qu'aux bougies dans lesquelles on le fait entrer. Car il ne suliit pas pour constituer une médication nouvelle d'un léger changement dans la forme.

Quant aux bains de solution de deuto-chlorure, on les peut employer dans la vue d'agir topiquement sur la peau saine ou malade, ou de présenter à l'absorption cutanée un médicament qu'on craindrait de confier à l'apjiareil digestif. Dans ce dernier cas, il y a beaucoup d'incertitude dans la médication, parce que l'absorption est fort inégale suivant une foule de circonstances inutiles à rappeler ici.

Enfin l'onguent de sublimé , peu usité, agit soit comme moyen local, soit, plus ordinairement, par voie d'absorption; et si l'on apprécie convenablement l'usage externe de ce médicament sous les diverses formes précitées , on n'y voit rien qui puisse motiver la préférence qu'on lui accorderait , puisque, parmi les effets produits, il n'en est aucun qu'on ne pût également obtenir du nitrate d'argent, de l'éraétique , du sulfate de cuivre, etc.

Pour l'usage intérieur, on l'a prescrit jusqu'ici tantôt en solution dans des liquides plus ou moins propres à le décomposer, tantôt en pilules, où il est incorporé avec la gomme, la farine, la mie de pain; et quelquefois aussi uni à divers médicamens. Lors([u'il a été administré h des doses trop fortes , soit absolument, soit relativement , il a donné lieu à des phénomènes caractéristiques de la gastro-entérite, savoir, des pincemens douloureux à l'estomac , des vomissemens , des coliques et une diarrhée plus ou moins active; on n'eu peut guère donner à-la-fois plus d'un huitième, d'un quart de grain sans déterminer d'accidens. Un demi-grain est une dose assez considérable et qu'on ne peut dépasser sans s'exposer à quelque danger.

C'est dans un petit nombre de cas que le sublimé , tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, a été conseillé contre des maladies étrangères à la syphilis , et il ne parait pas y avoir bien réussi, car son usage n'a pas continué. Ou l'avait essayé dans la paralysie, l'hy dropisie , les scrophules , les douleurs rhumatismales et goutteuses, affections contre lesquelles tous les corps de la nature ont été successivement préconisés.

Presque tous les sels mercuriels ont été employés en médecine , mais seulement contre les maladies vénériennes. Quelques-uns ont été utilisés comme moyens généraux avec plus ou moins de raison et de succès; les autres, toutà-fait inusités en médecine, ne doivent pas même être mentionnés ici.

\j' acétate de mercure , irritant et vénéneux comme le sublimé , pourrait être également employé comme caustique , et l'on s'en est en effet servi de celte manière ; puis on l'a abandonné comme ne présentant pas d'efficacité spéciale qui put lui mériter la préférence.

Le nitrate de mercure , auquel dans ces derniers temps on a voulu refaire une réputation, est sans doute un caustique fort énergique; mais , dont l'efficacité thérapeutique est tout-h-fait subordonnée à l'opportunité de son application , et ne saurait être considérée comme spécifique, ni contre la syphilis ni contre le cancer. On sait qu'on a seulement employé le deulo-nilrate, sel soluble déjà, qu'on dissolvait ensuite dans l'acide nitrique : de sorte que, sans être taxé de prévention , on peut considérer pour beaucoup l'action de l'acide. On y est d'autant plus fondé qu'on a expérimenté que dans les cas où la cautérisation tant profonde que superficielle offre des avantages , elle les produit, quel que soit le caustique choisi, pourvu qu'on opère dans les conditions voulues. C'est ainsi que doivent être appréciées les guérisons de cancer et d'ulcères syphilitiques obtenues par l'application du nitrate acide de mercure ; guérisons d'ailleurs trop peu solides pour acquérir à ce médicament la confiance des médecins , en dépit

•i luit

des idées les plus saines de pathologie et de thérapeutique. On n'a pas administré ce sel à l'intérieur, et l'on ne voit guère pourquoi l'on s'en est abstenu ; car il n'est pas plus dangereux que le sublimé, pourvu qu'on en mesure les doses ; et d'ailleurs il y aurait d'autant inoins d inconvénient que l'acide nitrique a été aussi vanté comme anti-syphilitique.

Le deuto-sulfaie de mercure est un sel vénéneux à peine connu dans la pratique de nos jours, mais qui a été autrefois vanté tant à l'intérieur qu'à l'extérieur dans diverses maladies. C'est principalement sous forme d'onguent et associé quelquefois au soufre et plus souvent à l'opium, qu'il a été recommandé contre les maladies de la peau.

Il est désormais superflu de parler des phosphates, tartrates et autres sels de mercure , qui , après avoir fait une courte apparition , sont bientôt retombés dans le plus entier oubli , et qui d'ailleurs ont toujours figuré dans la matière médicale comme anti-syphilitiques.

Malgré l'immense variété de préparations plus ou moins régulières que peut subir le mercure , on trouve en dernière analyse que son action sur l'économie animale se borne à deux modes principaux : l" à l'état de vapeur ou de grande division qui le rend propre à être absorbé ; il détermine la salivalion , le tremblement, la paralysie ; 2" sous forme d'oxide , de chlorure, ou de sel soluble, il se comporte comme irritant et caustique j>our les tissus avec lesquels il se trouve en contact ; ou bien se décomposant avec facilité , il revient à l'état de mercure divisé et produit ses eff'ets en conséquence ; en un mot il agit d'autant plus d'une manière générale qu'il est moins caustique. C'est ainsi que se simplifieraient bien des questions de thérapeutique, si l'on prenait le soin préalable de

les ramener à leurs véritables élémens , et si l'on voulait examiner les faits con-

sciencieusement et sans prévention.

Quand le mercure est administré, quelle que soit la préparation qu'on choi- ij j"' sisse, à doses assez faibles pouriie déterminer aucun phénomène local ou sympa- il if' Ihique, son influence thérapeutique devient d'autant plus difficile à juger qu'on ' " ne possède pas de données bien positives sur la marche et la durée naturelle;' :* des maladies, et qu il n'en est peut-être pas une dans laquelle on n'ait employé J ce médicament , indépendamment même de l'idée qu'elle peut servir de masque:' ^' à une syphilis ancienne. C'est d'ailleurs aux articles spéciaux consacrés à cha-i| ' que maladie, qu'il faut aller chercher l'appréciation de ses effets dans tel ou lell, cas particulier. On peut dire cependant ici qu'il n'a jamais conservé long-i' temps la confiance, que des observations superficielles avaient pu lui faire * acquérir.

Au résumé , il nous semble que le plus grand nombre des composés mej'curiels doit dispai-aître de la pratique , et n'y rentrer qu'appuyé sur des faits ré« gulièrement observés, et dans lesquels seront constatés positivement et la hhlure du médicament, et son action tant immédiate que secondaire, et enfin son effet thérapeutique. Nous ajouterons encore que, dans l'état actuel de la science, il ne parait pas que les préparations mercurielles soient préférables , comme médicamens généraux , à une foule d'autres , mais elles ne leur sont pas inférieures ; et si elles sont maniées avec prudence, elles peuvent produire de bons, effets , et surtout ne pas susciter d'accidens.

Il faudrait plus d'un volume ]iour établir les assertions que nous venons d'eXH primer ici , et que la nature de cet ouvrage nous empêche de développer; nousi allons donc passer à la seconde partie de l'histoire du mercure dans son applî<4 cation spéciale. Mais c'est à dessein que nous avons placé comme une sorte de transition les idées générales qu'on vient de lire , et qu'on ne doit pai perdre de vue dans l'étude des propriétés particulières du métal qui nous occupe.

B. Du mercure considéré comme spécifique dans la syphilis. Il ne faut pas croire , comme on semble le faire trop souvent , qu'on ne saurait reconnaît au mercure les propriétés spéciales dont il jouit contre les affections syphilitl ques bien constatées , sans faire en même temps abnégation de tout esprit d'ob' servation , de tout jugement ; sans négliger toute analogie ; sans se livrer, en udj mot , en aveugle à une croyance que rien ne peut ébranler. Nous allons essayéi au contraire de suivre une voie peu frayée , il est vrai , pour arriver à quelqm chose de précis et de positif.

Le mercure est-il le spécifique des maladies vénériennes? Cette question, qu à elle seule a soulevé et entretenu une immense controverse et rallume , pou; ainsi dire, une guerre à peine calmée, ne peut être résolue sans quelquei explications préliminaires : et encore nous nous empressons d'ajouter que noui n'exprimons ici que notre opinion, résultat de nos études et de notre expérieno personnelles. Par spécifique, donc, nous entendons non pas un médicameni qui guérisse toujours une maladie donnée, quels que soit le moile d'adminU' (ration et les circonstances dans lesquelles on le donne : mais un remède doni les eff'ets dans une maladie sont plus prompts et plus sûrs que ceux d'aucu autre (bien que d'autres puissent aussi guérir la maladie en question et la guéj rir solidement ) , et qui , de plus , agisse contre cette maladie mieux que da aucune autre. Bien entendu que ce remède devra être administré dans cerlaini conditions ; bien entendu encore qu'on aura eu le soin de constater la naturj du mal , et de s'assurer de sa marche naturelle. C'est dans ce sens que no considérons le mercure comme s))écifique des affeclions syphilitiques constitu lionnelles bien reconnues, et que nous l'administrons avec succès : plus raison^ nables en cela , nous aimons à le croire ,que ceux qui lui font une guerre mort, ou qui lui vouent un culte idolâtre. Pour l'homme éclairé, un résulté ne prouve rien , s'il n'est prévu et annoncé d'avance ; s'il n'est judicieusemer expliqué. Nous nous efl'orçons de suivre cette marche dans notre enseignemer et dans noire pratique, et nous y trouvons l'avantage, au moins, de ne p£

MERCURE

MERCURE

prouver les accidens que nous avons de fréquentes occasions d'observer. Que bous importe, après cela ^ l'explication d'un fait inexplicable? Irons-nous dire jjue le mercure introduit dans l'économie va saisir corps à corps le virus vénéien, ce protée , comme l'appellent les médecins romanciers , puis, qu'il le terasse et l'enchaîne ? ou bien penserons-nous avec les iatrochimistes qu'il se orabine avec lui comme un acide avec une base , el qu'il le neutralise ? Parce jue du pus d'ulcères syphilitiques trituré avec du mercure a perdu ses propriées contagieuses ? Comme si l'on ne savait pas que les produits de sécrétion [aorbide , appelés virus , sont décomposés par le seul contact de l'air et de la umière, et à plus forte raison par le mélange avec toute substance capable d a- ;ir chimiquement sur eux. En sait -on davantage lorsqu'on a lu qu'une fièvre alutaire, suscitée par l'administration des mercuriaux, amène des évacuations iritiques qui entraînent le virus par la sueur, parles urines ou par les selles ? Vous abandonnerons aux oisifs ces stériles théories.

Plus un remède spécifique est précieux , plus il faut l'employer avec mesure t en circonscrire l'emploi aux cas où il est véritablement utile ; sous peine de 'oir, comme pour le mercure , les maux qui résultent de l'abus faire renoncer out-à-fait à l'usage. En effet , après avoir employé ce métal non-seulement sans uccès , mais encore avec désavantage dans une foule de cas où il ne convenait las , et où l'on devait s'attendre à le trouver inefficace ou nuisible, on Ta rejeté omplètement de la pratique. C'est qu'on avait volontairement oublié les lois !e la physiologie et de la thérapeutique , et qu'on ne voulait pas se souvenir [u'ciles sont peu nombreuses et invariables; aussi est-on tombé dans les plus choquantes contradictions.

Dans un travail plus étendu nous nous proposons de développer ces idées ivec tout le soin et toute l'importance qu'elles méritent. Ici nous ne pouvons ;xposer que des corollaires sans entrer dans la démonstration et moins encore !ans la discussion. Nous rappellerons en quelques mots que l'introduction du nei cure dans le traitement de la syphilis eut lieu d'après l'usage qu'on en faiait contre les maladies cutanées, et parce que la syphilis se manifestait à la leau , mais qu'il fut bientôt considéré comme spécifique ; que les opinions les ikis contradictoires se sont partagé le monde médical jusqu'à nos jours, rela- Ivement à la manière dont il agit le virus , c'est-à-dire sur la cause de la aaladie ; qu'enfin , et le choix de la préparation , et les doses , et le mode d'adninistration , et les formes morbides dans lesquelles il convient d'y avoir reours , ont fait cclore des volumes de controverse. Ceux qui auront été forcés , cm me nous , de remuer cet amas de prétendues richesses, ceux-là seuls pouront savoir qu'elles ne laissent dans l'esprit que doute el incertitude, et qu'il aut mieux cent fois observer et étudier les faits. Voici donc ce qu'ils nous ont •nseigné relativement h l'usage du mercure; nous renvoyons à l'article stphi- ,is , pour les autres modes de traitement des affections syphilitiques , ou répuées telles.

De la propriété curative du mercure on a induit légèrement sa vertu préser- /ative , et cette croyance s'est répandue et se conserve encore nonobstant les faits multipliés qui prouvent le contraire. Car, non-seulement les ouvriers emiloyés à l'extraction du mercure , mais ceux qui le manient à chaque instant et |ui vivent enveloppes des vapeurs qu'il produit dans différentes professions inhislrielles ne sont pas plus que les autres à l'abri de la contagion syphilitique , tomme l'ont avancé plusieurs auteurs ; mais on voit des individus, dans le cours l'un traitement mcrcuriel , être infectés de nouveau ; mais même les onctions ivec l'onguent mcrcuriel , ou celui de proto-chlorure , non plus que les lotions ;t les injections avec la solution de sublimé , faites au moment du co'it , sont réquemment restées sans effet ; tandis que de simples onctions grasses , ou nieux des lotions d'eau simple ou savonneuse ont été dans quelques cas, c'vilemment préservativcs.

Dans le traitement des symptômes primitifs , nous n'avons pas remarqué que e mercure fût souvent nécessaire. Il n'abrège aucunement la durée des chan- :res ni de la blennonhagic ; il n'influe point d'une manière avantageuse sur eur marche , leur durée ni leur terminaison, et sous ces divers rapports il est aien inférieur au traitement méthodique j c'est-à-dire à celui dans lequel les i^ens thérapeutiques divers sont employés simultanément ou successivement uivant le besoin ; il ne détruit pas la qualité contagieuse des produits de Sécrétion morbide lorsqu'il est administré à l'intérieur, ou même lorsqu'il est ippliqué localement. Enfin il ne s'oppose pas du tout à leur absorption , et par lonséquenl au développement des phénomènes de l'infection générale.

De ce qu'une foule de malades , après avoir fait un traitement mcrcuriel pour les symptômes primitifs et locaux sont restés exempts de symptômes généraux, on n'est pas en droit de conclure l'eflicacité du mercure; puisque ■d'une part un grand nombre de sujets traités sans mercure ont eu le même bonheur; et que , d'un autre côté , le traitement mcrcuriel le mieux fait pendant la durée des symptômes locaux , n'a souvent pas empêché l'invasion de la syphilis constitutionnelle.

On doit bien faire attention, de plus , que, parmi les affections primitives des parties sexuelles , il n'en est qu'un assez petit nombre qui soient véritablement de nature syphilitique, el que , parmi celles-là même , il en est beaucoup qui, soit par un hasard heureux , soit par suite d'un traitement bien dirigé, mais non spécifique , restent constamment locales , et finissent là où elles ont commencé, sans envahir l'organisme tout entier.

Souvent les bons effets de l'application tonique des mercuriaux dans les affections primitives dépendent seulement de leur action chimico-mécanique ; et la preuve , c'est que souvent ces améliorations rapides et sensibles ont été obtenues tout aussi bien avec des médicamens tout-à-fait étrangers au mer-

DlCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

cure, niais capables de produire une stimulation active , et surtout opportune ; comme aussi quelquefois par la simple suspension d'une médication intempestive.

Mais dans les affections syphilitiques constitutionnelles et bien caractérisées, les effets spécifiques du mercure se montrent d'une manière évidente, tout-àtait indépendante de la forme médicamenteuse qu'on a choisie . et de la voie par laquelle on l'a introduit : c'est alors que le praticien , auquel l'observation a rendu le diagnostic facile , peut opérer ce que le vulgaire appelle des miracles ; et telle est même la certitude avec laquelle il a appris à prévoir les résultats qu'il peut les annoncer à l'avance. Loin que, comme les médecins qui suivent une aveugle routine , il soit attaché d une manière exclusive à telle ou telle préparation , à tel ou tel mode d'administration, il sait, lui, que quand le mercure est véritablement indiqué, on peut guérir avec le sublimé comme avec les frictions , avec le cyanure comme avec le mercure doux, avec la salivation comme sans cet incident , et il se détermine dans son choix d'après la connaissance qu'il a des effets de ce métal, si mal jugé pour la plupart du temps. Pour lui les contre-indications absolues n'existent pas : ainsi , par exemple , il sait administrer le mercure aux femmes enceintes sans les faire avorter, aux enfans, aux vieillards ; aux sujets délicats sans produire chez eux des accidens : parce qu'il ne le donne que quand il convient véritablement de le donner, et qu'il ne cherche pas à découvrir, au moyen d'une prétendue pierre de touche, la syphilis masquée sous les apparences de toutes les maladies qui peuvent affliger l'humanilé. Observateur attentif , il ne poursuit pas d'un traitement opiniâtre et aveugle une malaladie qui a cédé facilement ; de même qu'il sait continuer au-delà de la dose sacramentelle, lorsqu'il y a lieu. Enfin il sait joindre au traitement spécifique les ressources de l'hygiène et de la thérapeutique qui sont capables d'en assurer le succès ; car il a appris que certaines circonstances eu favorisent ou en empêchent la réussite.

Tout en reconnaissant les avantages du traitement mcrcuriel , il ne s'empresse pas de le mettre en usage dès qu'il a même constaté l'existence de la syphilis constitutionnelle, qui peut souvent guérir d'une manière très-solide et très-prompte par des moyens tout différens ; de même qu'on voit fréquemment des maladies offrant le caractère intermittent se dissiper sans l'emploi du quinquina , dont la puissance anti-périodique n'est cependant pas douteuse.

De tout ce qui précède , résulte d'abord que le traitement mcrcuriel doit être beaucoup restreint dans son application, et que, dans les cas où il est avantageux, son emploi doit être méthodique et raisonné , d'après l'observation judicieuse des faits. L'expérience journalière prouve que les préliminaires (ju'on employait autrefois avant ce traitement, tels que les saignées , les purgatifs et les bains sont loin d'être indifférens ; qu'il en est de même du régime sévère et du repos auquel les malades étaient astreints lorsqu'on les soumettait aux frictions. Notre opinion bien formelle est que dans les cas de syphilis grave, ce traitement est celui c]ui promet le plus de succès , et qu'il est préférable surtout à ces traitemens qui peuvent se faire en secret et sans rien changer à ses habitudes : car ces traitemens-là guérissent les affections qui auraient aussi bien , et peut-être mieux guéri sans eux. Une condition non moins indispensable ilu succès , quelle que soit la préparation raercuriclle qu'on ait choisie, c'est le soin de soumettre le malade à une température douce et uniforme , propre à provoquer et à entretenir une transpiration modérée.

C'est au traitement mcrcuriel ainsi administré que les praticiens les plus judicieux ont dû des guéri ons vainement tentées jusque-là ; et c'est bien au traitement mcrcuriel , puisque le traitement hygiénique accompagné des saignées , des purgatifs, etc., était souvent resté ineflicace , ou n'avait guéri que d'une manière lente et peu solide surtout.

Nous préférons aux frictions en général , méthode peu sûre en ce qu'on ne peut guère calculera l'avance l'activité de l'absorption, l'usage intérieur du mercure toutes les fois que l'état des organes digestifs le permet; ayant soin de constater souvent l'état des intestins , et de surveiller aussi l'action du médicament sur la bouche ; car si nous regardons la salivation comme un accident sans profit, nous pensons qu'une légère irritation de la bouche est le signe de l'introduction du mercure dans i économie , par la circulation. La salivation elle-même peut avoir de bons résultats, et dans des circonstances peu communes à la vérité nous n'hésitons pas à la provoquer ; car, après tout , ses dangers ont été exagérés ; et ce qu'il y a de plus singulier , par des médecins qui ne craignaient pas de susciter , avec d'autres méilicamens , des désordres non moins dangereux.

D'ailleurs, ainsi que nous l'avons dit précédemment , nous n'avons de préférence exclusive pour aucune préparation mercurielle ; nous les employons toutes suivant les conditions individuelles dans lesquelles se trouve placé le malade ; de même que pour l'augmentation ou la diminution des doses, ainsi que pour la continuation du traitement, nous nous dirigeons d'après les résultats obtenus , au lieu de considérer le traitement comme terminé après un certain nombre de doses , ou de le continuer jusqu'à un certain point déterminé d'avance; nonobstant la guérison complète obtenue dès le commencement, et qui peut être très-solide.

Nous n'avons pas la mission de répondre à tous les reproches qui ont été' adressés au mercure. La plupart d'entre eux tombent d'eux-mêmes , lorsqu'on sait restreindre son usage aux cas dans lesquels il est véritablement indiqué ; mais nous ne pouvons nous empêcher de faire ressortir toute l'inconséquence de ceux qui, après avoir nié que le virus vénérien puisse rester assoupi dans l'économie pendant plusieurs années , pour se manifester ensuite par des désordres locaux, admettent, sans difficulté, que le mercure, après n'avoir

MERCURE

MERCURE

pio.Iiiit aucun accident immédiat, détermine long-temps après les symptômes morbides qui appartiennent à )a syphilis. Ailleurs nous ferons voir que ces deux opinions sont également fausses. On est encore tombé dans une grave erreur, lorsqu'on a prétendu que toute maladie qui guérissait pendant l'emploi du mercure était une syphilis évidente ou larvée. 11 est facile de le démontrer, et Ion doit sétonuer de ce que , pour être consé()uens , les auteurs n'aient pas décrété que les maladies rebelles au mercure n'étaient pas vénériennes. C'est pourtant ce qu'ils n'ont pas pas fait . au moins pour la plupart ; car , au contraire, on les voit ix chaque page attribuer à la malignité de la maladie des accidens,qui bien certaineuieul viennent de l'administration vicieuse ou intempestive du mercure.

C'est un bien grand embarras pour le médecin qui, n'ayant pas d'expériences iicrsonnclles, veut néanmoins choisir un mode de traitement mercuriel pour une affection syphilitique, d'après les conseils des auteurs les plus recommandables, tant anciens que contemporains. Et d abord celui-ci veut qu'on emploie cinq livres d'onguent mercuriel , celui-là seulement cinq onces ; l'un conseille de provoquer la salivation , que l'autre considère comme un accident des plus làcheux. Ici l'on prétend qu'il faut introduire le mercure par doses faibles et lentement; là on conseille de le donner par doses croissantes, de telle sorte (ju'une quantité assez considérable soit prise en une seule fois. Tel veut en saturer le malade , tandis que l'autre prétend réussir eu donnant tous les trente jours une goutte représentant un quadrillionième de grain ; et qu'un troisième soutient que le remède doit seulement traverser l'économie , sans y séjourner. Enfin quelques-uns pensent qu'il faut cesser le traitement, quand les phénomènes extérieurs de la maladie se sont dissipés. Mais voici venir un nom imposant dans la science, et celui-là décide qu'il faut continuer Temploi du spécifique , après la disparition des symptômes , pendant un temps égal à celui qui a été nécessaire pour les dissiper. Ou a même osé écrire qu'un homme qui avait eu la syphilis devait prendre du sublimé tout le reste de sa vie.

S'agit-il du choix de la préparation mcrcurielle, les difficultés se multiplient ; chacun préconise celle qui lui est familière, et fait ressortir les iuconvéniens de toutes les autres; sausépagner même à ses rivaux de malveillantes iu.sinuatious. Enfin , pour tout exprimer en peu de mots, il résulte du dépouillement lie 1 article merccke , dans la Phavinncopée universelle , qu'il n'y a pas moins lie huit cents manières d'administrer ce métal ; et chacune d'elles est la meilleure pour celui qui la conseille, et compte , suivant lui , de nombreux succès , auxquels ne vient jamais se mêler un revers.

Il serait impossible de donner seulement l énumération de ces diverses méthodes suivies pour l'adminislration du mercure , et à plus forte raison des théories sur lesquelles elles reposaient. Le plus grand nombre est maintenant plongé dans 1 oubli , et parmi celles qui ont survécu, les principales sont : |o l'emploi de l'onguent mercuriel en frictions , soit en vue de provo |uer la salivation , soit au contraire en prenant les précautions nécessaires pour empêcher toute action sur la bouche; 2" l'usage intérieur de ce même onguent mercuriel d'après la double intention qui vient d'être indiquée ; ce qui, l'our le dire en passant, ne constitue pas une méthode essentiellement différente de la première ; 3" les fumigations mercurielles qui rentrent encore dans la même série , malgré les iirétenlions de ceux qui lui attribuent une autre manière d'agir ; 4" le sublimé , moyen auquel on accorde généralement la préférence de nos jours , parce qu'on le trouve facile à manier et à prendre en secret ; et qui effectivement est avantageux , soit qu'on le prescrive en solutions , soit qu'on le donne en pilules , avec les précautions nécessaires.

Quant aux iodure.s , aux cyanures , aux sulfates , nitrates et antres composés auxquels on a voulu faire une réputation, ils n'ont jamais joui que d'une faveur locale et passagère , et néanmoins ils ne méritaient pas moins ([ne les autres la ])référcnce que ceux-ci avaient en quelque sorte accaparée; les cyanures , et les lodures surtout, ont été expérimentés avec soin dans ces derniers temps par l'un de nous. Le mercure doux a été également employé dans les maladies syphiliti- (juos, mais il n'est pas aussi avantageux que l'onguent mercuriel et les sels solubles.

En soramc, la tâche f|ue doivent maintenant s'imposer les médecins , c'e»t , non pas de multiplier les méthodes et les procédés pour l'administration du jiK'rcure , mais au contraire d'en limiter l'emploi , d'en apprécier soigneusement l'action immédiate et consécutive , et de bien déterminer les cas où il peut être mis en usage, au lieu de le prodiguer sans choix comme sans mesure dans toutes les niahid.es.

Quelques personnes s'étonneront peut être de la brièveté de cet article comparé avec ceux des autres dictionnaires : nous les inviterons à remarquer que les énormes volumes publiés sur ce médicament renferment plutôt des opinions et des théories que des faits ; et qu'il n'y a point d'utilité à reproduire les erreurs des siècles précédens. Si donc, envisageant le petit nombre de faits bien constatés , nous devions en consigner les résultats sous la forme aphoristique , nous les exprimerions ainsi :

Le mercure est le spécifique des affections syphilitiques constitutionnelles , dont l'un des symptômes les plus caractéristiques , selon nous, est la sypbilide papuleuse.

Ses mauvais résultats accusent l'imprudence et l'impéritie de ceux qui l'ont administré.

Il n'est pas préservatif de l'inoculation syphilitique, et ne détruit pas plus qu'un autre agent chimique, la propriété contagieuse des produits de sécrétion morbide.

Son action curative des symptômes primitifs est souvent nulle; et il ne s'oppose ni à l'absorption des produits de sécrétion morbide, ni à l'infec-

tion générale et au développement des symptômes secondaires qui en sont la suite.

Dans un grand nombre de guérisons , le traitement mercuriel peut être considéré comme non avenu , qu'il s'agisse de symptômes primitifs ou d'affections dites syphilitiques, sans qu'on ait suffisamment constaté leur nature.

La salivation est inutile ; prolongée , elle est nuisible : néanmoins une légère irritation de la bouche est nécessaire pour attester que le médicament a pénétré dans les voies circulatoires.

Quand le mercure est bien indiqué , il réussit, quelle que soit la préparation employée.

Son administration doit avoir lieu d'après les règles générales de la thérapeutique et de la [jhysiologie ; et non d'après les règles invariables et routinières relatives à la durée du traitement ou à la quantité du médicament.

li expérience a prouvé que le concours des agens hygiéniques était indispensable pour assurer le succès des mercuriaux dans le traitement de la syphilis.

C'est se montrer complètement ignorant des faits , que d'attaquer par le mercure toutes les maladies dont le diagnostic présente de 1 obscurité , sous prétexte que ce sont des syphilis larvées : c'est être bien peu logicien que de conclure d'après la guéiison seule que l'affection équivoque était de nature vénérienne.

Dans les affections non syphilitiques, le mercure se montre souvent plus j nuisible qu'utile; et il suffit quelquefois d'en suspendre l usage pour obtenir une | amélioration rapide. j

A plus forte raison, loisquc des phénomènes mercuriels, pris pour des symp- j tomes vénériens, ont été attaqués par des doses exagérées et intempestives de ' mercure. 1

Les émissions sanguines , les purgatifs , les sudorifiques réels, c'est-à-dire ] ceux qui provoc(uent une transpiration évidente , sont d utiles accessoires du ' traitement mercuriel. Ils en préparent et en assurent l'action curative ; mais ils * ne le remplacent pas dans le plus grand nombre des cas au moins ; et même i( alors ils ne guérissent pas aussi promptement que lui. ,

Le mercure, de[)uis quelques années , a été mal apprécié, et la prévention i défavorable a succédé à l'engouement ; il est temps qu'on le juge d'une manière plus éclairée et plus équitable ; alors on en obtiendra les bons effets que les ])raiicien3 judicieu.x de tous les temps ont su en tirer. Alors aussi disparaîtront j les nombreuses méthodes conseillées pour l'administrer , et qui rentrent les unes , dans les autres. \

Nous avqns indiqué dans le cours de cet article la manière d'emi)loyer les jl friclioiib mercurielles , et nous n'avons guère à y revenir ; car qu'importe la maladie contre laquelle on les cmjdoie. Le but réel n'est-il pas d'introduire ' dans l'économie une certaine quantité de mercure dans uu temps donné. Daus U ce cas, il est à-peu-près égal que les frictions se fassent sur tout le corps, ou \ bien seulement sur quelques parties , comme la membrane muqueuse génitouriuaire , chez les deux sexes ; et qu'au lieu de frictionner le malade , on lui place sous l'aisselle un ou deux gros d'onguent mercuriel , puisque, après tout, le résultat tlépend tout entier du plus ou moins d'activité avec laquelle s'exerce l'absorption.

Les frictions faites avec de l'onguent de proto-chlorure, ou d'autres préparations mercurielles non caustiques, n'agissent pas autrement que les frictions d'onguent mercuriel , sur lequel elles ont l'avantage de ne point tacher le linge; avantage plus positif d'après nous, que celui de pouvoir être administré dans le plus grand secret , et sans que les malades changent rien à leurs habitudes.

Dans les fumigations cinabrées, conseillées spécialeuient pour les syphilidcs cutanées , il faut considérer, outre les effets de mercure absorbé, ceux de l'acide sulfureux volatilisé , et ceux de la haute température à laquelle sont soumis les malades , et qui procure une diaphorèse bien utile. Aussi n'est-ce pas seulement dans les maladies syphilitiques de la peau que les fumigations mercurielles présentent un moyen de traitement salutaire.

Par ces diverses méthodes , il est à-peu-j)rès également facile de produire la salivation, et ceux qui auraient desseiu d'en faire un moyeu de traitement savent bien qu'on a plus de peine à s'en rendre maître (ju'à la provoquer.

Les solutions de sublimé , appliquées à l'extérieur sous forme de lotions , de i fomentations ou de bains, sont, comme on peut bien le comprendre, des i moyens infidèles , lorsqu'il s'agit du traitement général; car elles ne peuvent i agir que par absorption, et cette fonction s'exerce d'une manière trop inégale ; pour que l'on puisse compter sur la quantité de médicaïueut introduite dans ! l'économie. D'ailleurs le motif de la préférence accordée à cette méthode , celui de ménager les organes digestifs, est tout-à-fait illusoire , puisque l'expcrieuce i démontre que le deuto-chlorure de mercure introduit par la peau n'en va pas.i moins porter son action sur la membrane muqueuse gastro-intestinale ; et qu'eu: conséquence il faut s'abstenir de ce médicament dans les cas de phlcginasie de I cette membrane. Quand on le donne dans les circonstances et avec les précautions ' convenables , on peut en atlendie les meilleurs résultats ; et la meilleure manière ■ de l'administrer est , à notre avis, la plus simple : c'est-à-dire la solution dans l'eau distillée. Nous considérons comme vicieuse les additions conseillées par divers praticiens , parce que leur principal effet est de mitigev , comme on dit.i le sublimé ; ou pour parler plus exactement, de le décomposer en totalité ou eul partie. Mais cela ne nous empêche pas d'employer de concert avec lui, mai.' i non pas en même temps, divers médicameus propres à assurer laguérisou;' l'opium , par exemple , dont l'utilité est incontestable. Il est facile de concevcui ■ que la solution de sublimé dans l'élher n'est pas plus avantageuse que celle

MÉSENTÉRITE.

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