METASTASE
METRITE.
Pui-mi celles-ci , quelques-unes semblent ne consister que dans un simple déplacement d'un des éléniens de la maladie , savoir l'irritation , et rien ne prouve qu'il y ait transport d'uni; matière morbifiquc , d'un tissu sur un autre ; ainsi dans le déplacement métastalique du rhumatisme articulaire, de l'érjsipèle , etc., il est peu probable que ce soit le même sang qui engorgeait les vaisseaux capillaires delà peau ou du tissu fibreux des articulations, qui aille distendre les capillaires de la partie nouvellement enflammée : il est plus conforme aux lois de la physiologie , d'admettre que l'épine inflammatoire a seule changé de place , et qu'elle détermine tout simplement une nouvelle fluxion dans son nouveau siège, comme elle en provoquait une dans le premier. Dans d'autres métastases , au contraire , la maladie paraît se déplacer et se transporter en nature , et comme de toutes pièces , si je puis m'exprimer ainsi , u'est-on pas fondé à croire, par exemple, que les choses se passent de la sorte dans la répercussion des darti es ? Tantôt, comme dans la rougeole , la syphilis , etc. , c'est le miasme , le virus , la cause prochaine d'une maladie , dont le voyage métastalique provoque mille accidens divers; et tantôt , comme dans les résorptions purulentes , c'est au contraire le produit d'un état morbide dont la métastase donne lieu à des maladies nouvelles. Enfin, dans quelques cas, une sécrétion habituelle, comme une hémorrhagie nasale ou un flux hémorrhoïdal, une scci étion normale, comme la sueur ou le lait, se suppriment ou s'arrêtent tout-à-coup, et plusieurs palhologistes pensent que les accidens aui en résultent fréquemment sont engendrés par la métastase de ces fluides sécrétoires.
Or, dans l'état actuel de la science, un même lien théorique peut-il enchaîner tous ces faits? Nous est-il possible de les soumettre au joug d'une même loi ? En d'autres termes, exisfe-t-il dans notre physiologie pathologique, une explication satisfaisante qui soit applicable à tous? Évidemment, non ; car tantôt une maladie se déplace parce qu'un point d'irritation accidentellement développé l'appelle sur un autre organe ; tantôt elle quitte le siège qu'elle occupait pour eu envahir un autre , parce qu'un traitement vicieux la répercute; ici , sans développement d'une irritation nouvelle comme sans répercussion , le mal semble voyager indifféremment d'un organe à un autre ; et là , par le seul fait de l'analogie de structure ou de fonctions entre des tissus, et sans l'intervention, appréciable du moins , d'une autre cause qui en justifie le déplacement , on le voit toujours aller se fixer constamment sur les mêmes parties lorsqu'il abandonne tel organe déterminé. Et d'ailleurs , sommes-nous donc si certains que , malgré la grande analogie qui les rapproche , tous ces faits de métastase soient des phénomènes de même ordre ? Déplacement d'un seul élément d'une maladie , et déplacement de tous ceux qui la composent ; déplacement de sa cause prochaine, et déplacement d'un de ses produits; déplacement de liquides sécrétoires altérés et déplacement de liquides sécrétoires conservant leurs qualités normales : tout cela se ressemble-t-il ? et si cela difi"ère , cela peut - il obéir h la même loi? Ne nous en laisserions-nous pas imposer par une analogie qui n'existerait que dans les mots, et nullement dans les faits , c'est-à-dire , ne verrions-nous dans tous ces phénomènes un transfert de maladies que parce que nous avons l'habitude de les désigner collectivement sous le nom de métastases ?
Quoi qu'il en soit, plusieurs théories ont été proposées pour la solution de ce problème de physiologie pathologique. Dans le nombre , deuj seulement méritent de nous arrêter quelques instans , parce que, seules, elles surnagent au milieu du naufrage de toutes les autres^ et cju'invoquces tour-à tour par les palhologistes modernes pour l'explication des phénomènes métastatiques , elles s'en partagent en quelque sorte l'empire. L'une , matérielle, suppose dans les maladies l'existence d'un principe moibifique différent pour chacune d'elles; elle attribue la génération des métastases au transport de ce principe et à son irruption sur tel ou tel organe; c'est l'absorption qui le puise au sein du premier foyer morbide ; enfin , c'est la circulation lymphatique, suivant les uns, la circulation sanguine, suivant les autres, tantôt l'une et tantôt l'autre, au dire de plusieurs, qui lui servent de moyens de transport. L'autre, vitale, n'admet pas l'existence de cet agent morbifique, elle enseigne que les maladies susceptibles de déplacement métastatique ont cela de commun, de consister toutes en un accroissement de l'action organique ou une irritation, que c'est cette irritation qui seule est transportée dans les métastases , et que la voie des sympathies en est le moyen de transmission.
Chacune de ces théories s'appuie sur des faits incontestables, et chacune d'elles vient se l)riser contre îles faits qui la contredisent. En effet, si l'on peut invoquer en faveur de la première , les métastases de la rougeole , de la scarlatine , de la variole , de la gale, des dartres , de la syphilis, et de toutes les maladies miasmatiques et contagieuses , et celles qui succèdent aux résorptions purulentes et à la suppression de plusieurs sécrétions , métastases dans lesquelles on ne saurait nier l'intervention bien ou mal appréciée d'un principe matériel , tel qu'un miasme , un virus , du pus , de la sueur , du lait , on peut lui opposer toutes les métastases des maladies purement inflammatoires et des névroses , dans lesquelles on chercherait en vain à signaler la trace d'un agent morbifiquc et matériel. 11 en est de même delà seconde : s'il est facilededémontrer que dans les maladies inflammatoires et les alFections nerveuses qui se déplacent, l'Irritation seule change de siège , et qu'elle se propage ainsi par la voie exclusive des sympathies et sans le secours de l'absorption , il n'est pas moins évident que dans les métastases virulentes , miasmatiques et autres de même nature, il y a transport d'un principe morbifique , et que l'irritation n'y joue souvent qu'un rôle secondaire, quand elle y en remplit un. Redisons donc que nous ne possédons pas une théorie satisfaisante des métastases , et que, puisque des deux qui ont cours aujourd'hui dans la science, aucune n'embrasse à beaucoup près la majorité des faits qu'elle devrait comprendre, aucune n'est
complète , ni l'une ni l'autre n'est vraie. Nous n'en conclurons pas cependant qu'il faille les rejeter; faute de mieux , nous devons les conserver et continuer de nous en servir jusqu'à ce que nous eu découvrions une plus large pour les r emplaccr.
Une maladie qui s'est déplacée réclame dans son nouveau siège des moyens de traitement semblables ou analogues à ceux qu'elle exigeait dans son siège primitif; la gale veut des sulfureux , la syphilis , des raercuriaux, rinfl.ammation, des antiphlogistiques , quels que soient les organes qu'elles aient envahi- On pertl peut-être trop souvent de vue cet important précepte thérapeutic{ue. Lorsqu'une métastase s'est opérée d'un organe peu important, comme la peau' sur un autre cjui l'est beaucoup plus, le praticien doit faire tous ses efforts pour rappeler la maladie à son premier siège. Nous ne connaissons que ces deux préceptes généraux de traitement qui soient applicables à toutes les métastases.
MÉTEORISME^ s. f. Meteorismus . Accroissement du volume du ventre par la présence de gaz dans les intestins ou la cavité du péritoine. C'est un symptôme assez ordinaire de l'entérite; il n'est pas grave s'il est peu considérable; c'est souvent au contraire un signe funeste, lorsqu'il se développe tout-à-coup dans le cours d'une violente entérite, et principalement de celle que nous avons décrite sous le nom d'entérite folliculeuse, et lorsqu'il distend fortement les parois abdoininalcs. A l'intérieur, les boissons carminativesj telles que les infusions de camomille, d'anis, de fenouil , etc., et les lavemens d'eau simple pour absorber les gaz contenus dans le gros intestin ; à l'extérieur, les embrocations huileuses et camphrées , tels sont les moyens par lesquels on combat ordinairement ce symptôme.
On observe aussi le méléorisine dans la péritonite, et si dans le cours de cette maladie on le voit tout-à-toup s'accroître considérablement, on peut regarder la perte du malade comme très probable. Enfin, il éclate subitement lorsqu'une perforation spontanée s'opère dans l'estomac ou l'intestin ; mais ici le danger dépend entièi-ement de la violente péritonite qui se déclare en même temps , et le météorisme ajoute seulement de la douleur et de la gène aux symptômes douloureux et à l'anxiété d'une maladie nécessairement et rapidement mortelle-^ Dans l'un ni dans l'autre cas il ne devient l'objet d'indications spéciales.
On évite de confondi e le météorisme avec la distension de l'abdomen produite! par la présence de liquides dans les intestins ou le péritoine par le moyen de la percussion. Le bruit clair et sonore qu'elle fait entendre ne permet pas la méprise. L. Ch. Roche,
METRÎTE. Inflammation de l'utérus. Inerte, engourdi , presque rudimentaire chez la fille en bas Sge, l'utérus , comme tous les organes peu vivans , n'est guère susceptible de maladie et surtout d'inflammation. La puberté, en y décidant un accroissement considérable de volume , en change aussi la structure et j les fonctions; cet organe devient dèsdors plus vasculeux , et chaque mois une; congestion sanguine se dirige sur lui, l'engorge , le met dans un état de turges-; cence bien voisin de l'inflammation. Il semblerait donc dès-lors devoir être très exposé à ce genre de maladie, et surtout aux phlegmasies aiguës ; mais d'une part cette fluxion périodique trouve en elle-même sa crise , et l'écoulement du.f sang , exhalé à la face interne du viscère , dissipe l'engorgement mieux que ne le ferait la saignée locale la mieux dirigée par l'art ; d'autre part , une fois celte congestion dissipée, l'utérus est loin de se montrer aussi vasculaire que beau-^ coup d'autres organes ; ses artères sont comme étouffées dans le tissu fibreux, dense et serré qui forme la masse du viscère, et le péritoine qui le revêt conserve seul une assez forte tendance à l'inflammation. Il résulte de là que si la matrice, à l'état de vacuité , est disposée aux phlegmasies, ce n'est pas aux phi.' actives , aux plus aiguës, mais plutôt aux affections chroniques et aux dégénérescences qui en sont si fréquemment la suite. Ces considérations s'appliquent - i surtout au col utérin , plus exposé que le reste de l'organe à des irritations , det . 1 sur-excitations par cause extérieure. Il n'en est plus ainsi quand la va^cularilf' ^ de l'utérus , développée au dernier point par l'hypertrophie normale de la gros- | sesse , en fait un organe tout différent , et pour le volume , et pour la structure I et pour les propriétés physiologiques ; aussi , chez les femmes en couches, h, métrite aiguë est-elle peu rare, et si l'histoire de cette maladie a été long-temp: et est encore obscure , c'est parce qu'on a pris pour type de la métrite, en gcnéral, celles des femmes récemment accouchées , et que l'on a confondu , dan: l'observation de celles-ci , ce qui appartient à l'inflammation de l'utérus même et à celle du péritoine qui en est presque inséparable.
Ces considérations suffisent pour faire voir que , même en théorie , mais sur tout en pratique, on ne saurait tracer la description générale de la métriti qu'en réunissant des élémens vraiment hétérogènes. Il vaut donc mieux établii, sur-le-champ une division rationnelle entre les espèces de métrite qui diffèrent et par leurs causes , et par leur marche , par leurs caractères, et surtout par le indications qu'elles établissent.
ARTICLE I. — METBITES AIGDES.
§ I. Métrite simple. Souvent latente et obscure , la métrite aiguë a fréqiieini ment été méconnue à cause des symptômes qui la masquaient, ou à cause desoi peu d'intensité ; nul doute que les adhérences , qui lient chez certaines femme l'utérus et ses annexes aux organes voisins, n'aicntété dues, la plupartdu temps à des métrites légères et fréquemment répétées, propagées au péritoine et dues l'habitude de la masturbation dans l'enfance ou à l'âge adulte. Nous avons vu lors du travail menstruel, l'abus du co'it, ou bien une commotion violente (chut sur les fesses) enflammer l'utérus; le choc exercé sur l'utérus par une voie plu courte que celle du vagin par des époux dépravés , paraît avoir aussi amen
MÉTRITE.
MÉTRITE.
quelquefois le même résultai ; mais la cause la plus ordinaire , c'est rabsence de la crise hémorrhagique, lors de la fluxion menstruelle, soit que Técoulement du sang ait été arrêté par les astringens ou par le froid accidentellement ou volontairement appliqués , aux organes génitaux même, ou ailleurs , aux mains , aux pieds, par exemple, soit encore que la difficulté, la nullité de l'écoulement tienne h un état particulier de l'utérus qui constitue la dysménorrhée.
Il arrive quelquefois alors que les symptômes locaux prédominent, que la fièvre est médiocre et les phénomènes sympathiques ou hystériformes peu prononcés, d'autres fois c'est le contraire.
Dans le premier cas , douleur et chaleur à l'hypogastre et dans la région du sacrum, pesanteur sur le rectum, sensibilité de toutes ces régions, douleurs proj pagées même aux aines, aux reins, difficulté d'uriner, d'aller à la selle, du moins ! sans augmentation des souffrances , gonflement, chaleur et sensibilité de l'utéi rus, appréciés par le toucher vaginal et la palpation hypogastrique.
Dans le deuxième, fièvre variable, parfois intense, parfois de forme ataxique, iquant à ce qui concerne le pouls et même les fonctions cérébrales : céphalalgie sus-orbitaire ou syncipitale violente , obscurcissement de la vue, surdité, délire obscur , sueurs frontales, prostration excessive, soubresauts des tendons, vomissemeus , etc. Le ventre est quelquefois alors universellement ballonné, et c est en étudiant attentivement le point de départ des accidens, le siège principal des douleurs et de la sensibilité, qu'on parvient à un diagnostic complet , comme nous en avons donné un exemple dans un autre ouvrage ( Traité des maladies de Vutérus et de ses annexes , tome ii, p. 199).
Cette maladie, qui peut durer de deux à trois septénaires ou se borner à quelques jours , ne laisse pas toujours après elle des suites proportionnées à son intensité ; légère et négligée , elle peut passer aisément à la chronicité , ou bien donner lieu à ces adhérences dont il a été question plus haut, ou bien encore amener desmétrorrhagies fâcheuses ; plus grave, elle donne momentanément des inquiétudes plus sérieuses, mais elle a été bien rarement mortelle, à moins qu'elle ne fût l'effet d'une blessure grave elle-même , circonstance qui n"a guère été observée que durant la grossesse, et rentre dans celles dont nous nous occuj perons plus loin.
I Le traitement de celte phlegraasie peut être très-rationnellement établi à \ priori, et l'expérience a seulement démontré l'utilité des moyens propres à combattre à-la-fois linflammation locale et ses effets sympathiques. Ainsi, la saignée du bras ou du pied , l'application des sangsues au pli des aines ou à la j vulve, à l'anus, selon que le corps ou le col de la matrice semblent plus spé- |cialement affectés , les cataplasmes , les bains et demi-bains, les lavemens émolliens , la diète et les boissons adoucissantes rempliront le premier genre d'indications, en même temps que les anti-spasmodiques , l'opium, par exemple, offriront de grands avantages pour satisfaire à celles du deuxième. Nous avons aussi j oconnu que les laxatifs, le mercure doux, l'huile de ricin soulageaient notablement les malades , surtout quand il existait une constipation opiniâtre.
5 II. Métvite puerpérale . La raétrite des femmes en couches est si commuuéj;ment accotiipagnée de la péritonite , qu'on ne peut guère isoler utilement, pour î l'étude et surtout pour l'application, les cas simples des compliqués ; il est d'ailleurs assez facile de faire, dans le tableau que nous tracerons de la mélro-périj tonile puerpérale , le d( part de ce qui appartient à la lésion du péritoine , qui i est parfois seul affecté chez les femmes en couches, comme ou le verra ailleurs (péritokite).
C'est surtout de nos jours qu'on a acquis , sur cette maladie, des notions précises , et qui manquaient à nos prédécesseurs ; on les doit surtout aux recherches minutieuses et attentives de l'anatomie pathologique. Outre la rougeur du péritoine , les épanchemens séro-purulcns , les couennes fibrineuses qu'on trouve dans la cavité de cette membrane , et notamment sur l utérus et ses annexes , on a reconnu que tantôt la matrice même offrait , à l'intérieur , des fausses membranes adhérentes, ou un enduit puriforme , ou bien dans son épaisseur même du pus infiltré ou réuni en foyers , contenu dans ses veines . tantôt que ce viscère était seulement tuméfié , ramolli, parfois facile à déchirer dans toute son épaisseur , plus souvent ainsi altéré seulement du côté de sa cavité , et comme réduit en putrilage dans une partie de son épaisseur. Cette dernière altération , bien différente de la gangrène , qui est toujours partielle et assez rare, s'est surtout rencontrée dans les épidémies graves dejièi^res puerpérales , comme on les a long-temps appelées ; dans les épidémies typhoïdes ; et c'est Ik le /jt/£;-eice/7aa ure/ i c!e Boér , la métrite gangréneuse ou putride de plusieurs modernes. Toutefois , la forme typhode a été aussi observée conjointement avec la présence du pus dans l'utérus, et on l'a plus spécialement rapportée aux cas dans lesquels ce fluide a pu passer par les veines et les lymphatiques dans le torrent circulatoire. Cet;e opinion n'est pas dépourvue de vrai- ! semblance , et on peut l'admettre , soit qu'on regarde le pus enfermé dans ces .deux ordres de vaisseaux comme absorbé par eux , soit qu'on le croie formé ■ Ulans leur intérieur même , qui présente effectivement quelquefois , mais assez rarement, des traces incontestables d'inflammation violente.
La métro-péritonite n'a pas toujours cette forme typhode ; elle a souvent des symptômes purement inflammatoires , à part les complications dont nous du-ons un mot plus loin ; ce sont donc deux genres de cas qu'il est bon de distinguer , et que nous isolerons en conséquence jusqu'à un certain point dans la description qui va suivre.
Causes. Nous avons assez fait entendre plus haut que l'état de grossesse et de j couches prédispose éminemment à la métro-péritonite. Cette affeclion, toutefois, Ijest presque exclusive aux femmes accouchées; mais les cas où elle se développe durant la grossesse sont peut-être plus nombreux qu'on ne pense. Plus
DlCT. PE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATKJIES.
d'un avortemenl sans doute ne reconnaît pas d'autre cause que celle-ci , et des faits incontestables ont prouvé que l'utérus avait pu , au terme de la grossesse ou à son approche , s'enflammer et se ramollir au point de se déchirer avec la plus grande facilité durant le travail , ou par l'effet des opérations qu'il avait nécessitées.
On comprend, du reste, que quand les ruptures sont le résultat d'une violence directe portée sur un utérus sain, elles doivent y déterminer aisément l'inflammation, et l'on conçoit très bien encore qu'un travail pénible, prolongé, celui d'une première couche surtout , amène plus fréquemment que les circonstances contraires la métro-péritonite puerpérale. L'avortement provoqué en a été très fréquemment la cause , et la maladie s'est montrée surtout grave et mortelle quand il était résulté une blessure sérieuse de ces tentatives criminelles. Il est aussi des opérations d'un autre genre qui ont souvent des effets analogues, quelque nécessaires, quelque bien dirigées qu'elles soient, comme le tamponnement dans les hémorrhagies qui précèdent l'accouchement, les injections froides ou styptiques dans celles qui le suivent.
Mais ce ne sont guère là que des causes occasionnelles , et le mal du moins serait bien peu grave à leur suite, s'il n'existait le plus souvent quelque disposition f pidémique peu connue dans sa nature , et qui y joignît sa fâcheuse influence. On en peut dire autant du séjour de quelque portion du placenta ou des membranes dans l'utérus , des indigestions , des emportemens de colère , et du froid.
Le froid humide paraît néanmoins être une des constitutions atmosphériques les plus favorables au développement des épidémies puerpérales ; mais ce n'est qu'accidentellement qu'il agit , soit en décidant le frisson , soit en supprimant la transpiration , les lochies ou la sécrétion du lait.
Ces suppressions, auxquelles on a long-temps attaché une valeur exagérée, sont bien souvent consécutives à l'apparition de la maladie , elles en sont l'effe t et non la cause ; souvent aussi elles n'ont pas lieu ; et quelquefois , on pourrait dire même assez souvent , il y a dans la métro-péritonite augmentation de l'écoulement des lochies et prolongement dans la durée de leur nature sanguinolente. Ce sont des points qu'il est bon de faire remarquer aux praticiens , afin qu'ils ne dirigent point fort inutilement leurs efforts vers le rappel d'une fonction qui n'est que sympathiquement , secondairement lésée , et n'oublient pas ainsi les indications essentielles.
Symptômes, etc. C'est ici surtout qu'il faut isoler les deux formes dont il a été question plus haut , et adjoindre à la symptomatologie de chacune sa marche et ses terminaisons.'
|o Métro-périionile franchement injliimmatoire. Symptômes généraux de ple'thore et de fièvre angcioténicjue ; pouls grand, plein, fort, assez dur, peu fi'équent; face rouge ; peau chaude et moite, après un frisson qui manque quelquefois ; céphalalgie gravative; quelc{uefois délire, insomnie; soif modérée, constipation; absence delà turgescence des mamelles à l'époque ordinaire. Symptômes locaux fort semblables à ceux de la métrile simple; douleurs ; sensibililé , tumeur à l'hypogastre , dans les aines, dans les lombes, dans tout le ventre, avec des points plus sensibles que d'autres et une tuméfaction générale. Lochies sanguines , quelquefois surabondantes, quelquefois momentanément supprimées ; d'une couleur et d'une odeur à-pea-près normales.
Marche variable, mais uniforme ; tantôt assez lente et avec diminution graduelle des symptômes après une durée de huit à quinze ou vingt jours ; parfois même elle est supprimée en peu de jours par un traitement énergique. Plus grave et plus opiniâtre , elle ofl're après huit ou quinze jours de phénomènes inflammatoires , une période de collapsus oud'adynamie qui coïncide avec l'épanchement séro-purulent dans le péritoine, amène la mort au bout de quelques jours , quelquefois enfin , marchant avec une effrayante rapidité , elle enlève la malade en très peu de temps , au milieu d'un délire furieux ou d'atroces douleurs accompagnées d'un énorme ballonnement du ventre, de vosmissemens, de borborygmes continuels, etc. L'agonie est souvent , en pareil cas, assez prolongée , mais sans symptômes typhodes ; la connaissance reste complète, le pouls s'afî'aiblit graduellement, et un froid universel s'empare de la malade en commençant par les extrémités des membres.
2° Métro'péritonice tjphode. Frisson très intense et très prolongé ; délire sourd, mais constant et paraissant de bonne heure ; céphalalgie aiguë, somnolence ; petitesse , dureté, concentration du pouls; chaleur acre et sécheresse de la peau , taches phlogosées aux doigts , aux poignets , aux genoux , etc. ; soif extrême, vomissemens , diarrhée ; dyspnée ; prostration des forces, soubresauts des tendons; face pâle ou à peine colorée, traits grippés. Plus tard la face est terreuse , les traits décomposés; il y a des évacuations involontaires d'urine et de matière fécale , des sueurs froides, des fuliginosités à la bouche, une dyspnée considérable, et enfin une agonie prolongée et avec état soporeux.
Bien que le ventre se développe ici parfois énormément, la douleur est souvent obtuse , nulle même ; les lochies sont souvent fétides , et parfois les organes génitaux externes offrent des plaques gangréneuses.
Cette forme est plus souvent fâcheuse que la précédente , quoique généralement moins rapide dans sa marche ; elle estsurtout bien plus réfractaire auxantiplilogistiques , car l'état réellement inflammatoire c[ui en constitue la première période est souvent si court qu'on peut le dire inappréciable, et l'épanchement séro-purulent suit de près l'invasion.
Il est certains cas bien rares d'ailleurs qu'il serait fort difficile de ramener à l'une ou à l'autre de ces deux formes : ce sont ceux d'une maladie foudroyante et qui tue dès la première douleur , dans le frisson d'invasion , par exemple,
BIETRITE.
METRITE.
comme on le voit parfois dans de meurtnères épidémies. Au reste, c'est sur le caractère général de l'cpidéraie même qu'on pourra bien souvent baser son diaenoslic et appuyer ses indications. Ce caractère épidémique se tire non-seulement de la lorme de la méiro-pcritonile , mais encore de ses complications. On pourrait même , jusqu'à un certain point regarder les deux formes ci-dessus décrites comme des cas de complication avec la fièvre inflammatoire et la fièvre alaxique ou l'adynamique. A la première on rattacherait la pleurésie , la péricardite, et les autres inflammations qu'on voit coexister avec celle de l'utérus cbez les femmes en couches ; à la seconde se rapporteraient diverses affections gangréneuses auxquelles elles ont été quelquefois exposées. Mais une complication bien plus commune et plus évidemment digne de ce nom est celle de l'état bilieux ou gastrique , fièvre bilieuse des anciens auteurs, avec la pliiegmasie qui nous occupe. Elle se reconnaît aux vomissemens bilieux , à l'amertume de la bouche , à l'enduit blanc ou jaune de la langue , à la teinte ictériforme de la peau, aux borborygmes , etc. , et c'est dans des cas de cette nature , cas où peut-être l'état gastrique était la véritable source des accidens , la cause qui mettait en jeu la prédisposition offerte aux inflammations de la matrice et du péritoine chez toute femme en couches , c'est alors, disons-nous, qu'on a pu réussir empiriquement dans un grand nombre de cas , et croire <ju'on avait trouvé un spécific|ue assuré contre cette désastreuse maladie, qui dépeuple si souvent les grandes maisons ilestinées aux femmes en couches , et qui enlève aussi, à certaines époques , un assez grand nombre de celles qui font leurs couches .î domicile.
Traitement. Un seul et même traitement ne saurait évidemment combattre des cas qui diffèrent autant que ceux dont nous venons de faire l'exposé , et quant à la méthode de Doulcet en particulier, c'est-.i-dire l'emploi des vomitifs et des purgatifs au début , il ne peut rendre de grands services que dans les épidémies bilieuses. Dans les autres , on se trouve généralement bien des laxatifs , même des purgatifs énergiques et des saignées locales. L'huile de ricin tient le premier rang parmi les premiers ; et , quant aux saignées locales , c'est aux sangsues appliquées vers les points les plus douloureux et dont les piqûres servent ensuite à soutirer du sang à l'aide des ventouses , qu'il faut donner la préférence. Les cataplasmes, les bains, les lavemens , les injections émollicntes, etc., conviennent aussi généralement . Quant aux saignées du bras ou du [)ied , c'est dans la forme franchement inflammatoire qu'elles sont surtout recommandables, et qu'il ne faut pas craindre de les réitérer selon la force du sujet. Elles deviendraient nuisibles dans la forme typhode, surtout chez les sujets épuisés par des hémorrhagies antécédentes , comme on n'a que trop fréquemment occasion de l'observer dans les hôpitaux.
C'est cette forme, ayons-nous dit, qui est la plus opiniâtre et off"re le moins de lessourees; aussi, c'est contre elle qu'on a préconisé l'emploi des frictions mercurielles sur le ventre et sur les membres , qui ont eu quelques succès , soit <iue l'onguent mercuriel fût administré seul, soit qu'on y joignit l'opium Ce moyen serait du moins sans danger s'il était inefficace ; il nous a paru avantageux quand il faisait naître une éruption niiliaire sur la peau du ventre, etc. C'est une indication jjour employer de la même majiière la pommade stibiée, et peut-être même des vésicans , surtout dans la dernière période. C'est alors aussi qu'il faut recourir à quelques toniques , à l'eau vineuse , aux préparations (le kina , aux sinapismes sur les membres , etc.
Ce n'est au contraire qu'au début qu'on pourrait user avec avantages des bains de vapeurs si souvent employés par Chaussier , moyen bien propre à diminuer la durée du frisson , à modérer la fièvre subséquente , et à procurer des sueurs avantageuses. Ce serait une tentative beaucoup plus chanceuse que l'essai des douches d'eau froide sur le ventre , qu'on dit pourtant avoir été quelquefois utiles. Il est plus impossible encore de prononcer rationnellement sur la valeur de quelques autres moyens vantés par certains praticiens , comme la térébenthine, le carbonate de potasse, etc.
En résumé , les évacuans, c'est-à-dire les purgatifs , et au besoin le vomitif, les saignées générales ou locales selon l'occurrence, les bains tièdes et les bains de vapeurs constituent la courte liste des moyens les plus efficaces , et le mercure est ensuite celui pour lequel on pourrait plus favorablement élever la voix. En accommodant le traitement aux indications, Désormeaux avait réussi trois fois sur quatre à l'aide de la saignée; quatre fois sur cinq avec le vomitif; une fois sur trois par les frictions mercurielles.
AnriCLE II. MÉTRITE CHROKIQCE.
Bien que la mélrite puisse être considérée comme l'inflammation du tissu même de l'utérus , et que , dans la description de son état aigu , nous n'ayons pas cru devoir distinguer des autres les cas où la surface interne du viscère est plus spécialement alTcctée, il n'en est pas moins certain que cette localisation se présente quelquefois ; mais elle n'est iuiportante à isoler , à distinguer, que dans l'élut chronique. Nous avons même si bien senti cette nécessité que déjà nous avons traité à part de la phlegmasie chronique et subaiguè de la face interne de l'utérus ou catarrhe utérin , et que nous pourrons en conséquence nous contenter ici de renvoyer sur ce sujet au mot Leucorrhée.
Nous allons donc seulement parler des trois autres formes que peut revêtir ] inflammation chronique de la matrice, l'engorgement , l'ulcération , les granulations.
5 l'T. Chacune de ces formes, et Vengorgement en particulier, peut envahir tout ou partie du viscère , cl le col , le museau de tanche, est la portion qui se présente plus communément aflcctce seule.
Causes. L'engorgement est de toutes ces formes la plus ordinaire ; elle l'est
même bien plus que la mélrite aiguè. A la vérité, cette dernière, si elle est peu intense , latente , si elle sere()roduit fréquemment, se confond totalement avec la chronique ; et c'est ainsi , c'est par des irritations fréquemment répétées que se produisent un grand nombre d'engorgemens. Cet effet se remarque surtout chez les femmes prédisposées , par hérédité , aux affections de matrice, car cette hérédité est bien réelle, abstraction faite même de ce qui concerne les causes. Les lemmes lymphatiques sont dans ce cas plus que d'autres ; bien que le tempérament sanguin n'en mette pas à l'abri , il semble produire plus aisément I état aigu , ou bien des hémorrhagies actives. Au reste , la répétition de ces hémorrhagies , de même que tout travail violent de la part des organes génitaux prédispose aussi singulièrement à l'engorgement utérin; aussi est-il rare chez les filles , commun chez les femmes qui ont eu beaucoup d'enfans , et surtout fait de nombreuses fausses couches. Chez ces dernières, à la vérité, on pourrait bien premlre la cause pour l'eff'et.
Quoi qu'il en soit , c'est souvent après une assez longue durée que ce mal est reconnu ; les souff'rances nulles ou presque nulles ont engagé la malade à garder le silence sur quelques pesanteurs ou tiraiilemens augmentes soulementà l'époque des règles, puis dans les secousses de la marche, dans le coït, dans les efforts même d'une défécation difficile , on s'aperçoit enfin qu'il existe un état vraiment maladif. La constipation peut bien être une cause qui aide à la production du mal; une chute , un saut, etc. , peuvent en être la cause accidentelle; mais le plus souvent ce sont seulement là des occasions qui en décèlent: l'existence.
La syphilis a produit quelquefois l'engorgement de tout l'utérus, plus souvent celui du museau de tanche seulement, et l'ulcération qui accompagnait pour l'ordinaire ces indurations a pu faire croire à un état cancéreux guéri par le mercure. Le cancer est eff'ectivement lui-même confondu assez fréquemment avec l'inflammation chronique , et les élémens de cette confusion se trouvent eu partie dans l'étiologie , en partie dans la symptomatologie. Sous le premier point de vue, en. effet, on conçoit que les progrès du cancer ne puissent s'opérer sans un certain degré d'inflammation dans les parties encore saines, et d'un autre côté 1 inflammation chronique produisant Vinduration des tissus , conduit facilement au squirrhe, et même peut être à l'encéphaloïde.
Sjmplômes. Douleurs sourdes avec chaleur et prurit dans la région de l'ulérus , augmentant par les mouvemens et les efforts, sensibilité à l'hypogastre , tiraillement dans les aines et les lombes, pesanteurs .sur la vessie et le rectum augmentant à l'époque des règles ; ceiles-ci dérangées dans leur excrétion, souvent plus abondantes et plus rapprochées que de coutume. L'engourdissement s'étend quelquefois le long des cuisses, dans la direction du nerf sciatique et simule quelque affection rhumatismale; parfois même, il cause la paralysie, La constipation , la difficulté de rendre les urines deviennent quelquefois ex- ' f*s trèmes , et fréquemment les malades sont aff"ectées des symptômes de l'hystC' ricisine.
Le toucher fait reconnaître la matrice ordinairement plus basse, plus inclinée en avant qu'à l'état normal; le doigt sent que la totalité ou bien une régioBf seulement de l'ulérus , son col , une des lèvi es de son orifice , parfois son corps seul ou l'une de ses parties latérales , est dure , tuméfiée , très-sensible à la près sion. Le doigt ainsi promené sur les parties souffrantes ramène quelquefois un peu de sang à sa surface avec des mucosite's purement glaireuses.
Le spéculum fait reconnaître aussi le gonflement du museau de tanche, quand il est plus particulièrement malade , et il y montre une rougeur variable , mais bien rarement de ce rouge brun dont ont parlé plusieurs écrivains , couleur qui appartient à un autre genre d'alTections. ( Foj ez Hémorrhagies i'térines. )
La main, portée sur l'hypogastre, peut ([uelquefois aussi constater le gonflement et la sensibilité du corps de la matrice, et reconnaître qu'il existe en môme temps un état analogue dans les ligamens larges ou les autres annexes du viscère ; on sent alors de la dureté, et la femme accuse une vive sensibilité sur une des fosses iliaques ( plus souvent la gauche que la droite ), état de choses cj'il ne faut pas confondre avec la rétention des matières fécales dans le colon ou le cœcum , effet de la constipation.
Il y a , au reste, dans l'établissement du diagnostic bien d'autres erreurs à éviter.
1o Si Vhjyerlro/jhie était réellement une affection distincte de l'induralioa de l'utérus , il serait fort difficile de l'en distinguer autrement que par le peu de sensibilité de l'organe ; mais si l'on excepte les cas d'élongation de la matrice en prolapsus , ou du museau de tanche seulement , d'accroissement dû a la grossesse vraie ou fausse, au polype, etc. , l'hypertrophie n'est pour nous qu'un résultat de phlegmasie chronique ordinairement générale, et ne doit pas eu cire distinguée.
2" Le squirrhe peut être aisément confondu , surtout en certains cas de transition , avec la métrite ciuoniquc ; on l'en distingue en ce qu'il est plus souvent partiel , circonscrit , ot non diffus comme l'engorgement simple , bosselé , lobule quand il est considérable , moins sensible à la pression , moins rouge et souvent même pâle , vu au spéculum, plus souvent accompagné d'hémorrhagies utérines , quoique moins facilement saignant à l'exploration, parce que les hémorrhagies qu'il cause viennent de la cavité du corps utérin ; enfin il est traverse par des douleurs lancinantes.
3o Un polype peu avancé , des corps Jihreux développés dans l'utérus donnent à cet organe un volume assez considérable, quelquefois une forme bosselée , mais sans douleurs, sans fièvre, sans recrudescences inflammatoires; il y a d'ailleurs , pour le polype surtout, des hémorrhagies fréquentes , et il se lait aisément reconnaître, dès qu'il a entr'ouvert le col utérin.
ni' tei tli
MÉTRITE.